Baranoff-Rossiné, Wladimir (1888-1944)
Baranoff-Rossiné, Wladimir (pseudonyme de Léonid Davydovitch Baranov, appelé aussi Daniel Rossiné entre 1910 et 1917) (1888-1944)
Dans l’oeuvre de l’Ukrainien Baranoff-Rossiné, comme chez la plupart des artistes du XXe siècle, se succédèrent un grand nombre de périodes : réalisme poétique, impressionnisme, pointillisme, art nouveau, fauvisme, cézannisme, cubisme, cubo-futurisme, sculptures polychromes, contre-reliefs, abstraction, biomorphisme, non-figuration musicaliste. Ayant quitté l’Ukraine pour Paris en 1910, il prend le pseudonyme de Daniel Rossiné qu’il garde jusqu’à son retour dans la Russie révolutionnaire de 1917, où il adopte le nom de Vladimir Baranov-Rossiné par lequel il sera connu comme un des inventeurs originaux de l’avant-garde de Russie et d’Ukraine. Il est marqué fortement par le cubisme parisien, tel qu’il s’est manifesté au tout début des années 1910. Son compatriote Archipenko écrit dans Le Messager de Paris [Parižskij viestnik] du 17 juin 1911 un article où il souligne l’importance de Gleizes, Léger, Metzinger, Le Fauconnier, dont il souligne « le géométrisme des formes qui se répète rythmiquement sur leurs toiles » et « dans cet étalement des formes géométriques, on voit une logique étonnante ». C’est précisément ces années 1911-1912 qui sont les plus « cubistes » dans la création de Rossiné. À côté d’oeuvres « cézannistes géométriques », comme la série des « Villages norvégiens », des tableaux comme Coq (ancienne coll. Tatiana Baranoff-Rossiné) ou La cousine aux fleurs (coll. Tsarenkov), on note un dialogue avec André Lhote : La maison au bord du lac (1911, ancienne coll. Eugène Baranoff-Rossiné) peut être mise en rapport avec Vue de la ville de Nevers (Stockholm, Thelska Galleriet), ou La cousine aux fleurs est construite comme Jeunes filles autour de la table (Genève, Petit Palais). Le peintre ukrainien partage également avec Lhote le système des formes en éventail, la couleur verte très saturée, ainsi que les poses des « Ève » (dans la série orphiste de Rossiné sur le thème d’Adam et Ève), à mettre en parallèle avec les « Bacantes » de Lhote autour de 1910). Mais c’est de Gleizes qu’il se rapproche dans son tableau le plus « cubiste parisien », La Forge du MNAM. On y trouve la même composition que, entre autre, dans Le dépiquage des moissons du Français. Mais l’Ukrainien ne peut rester longtemps dans cette retenue coloriste parisienne, il est contemporain des fauvistes cézannistes russes et ukrainiens qui, d’ailleurs, furent exposés aux Indépendants de 1911. Dans le chef-d’oeuvre qu’est la Nature morte avec une chaise (vers 1912), l’énergie du prisme coloré est d’une grande intensité. Cela va se conjuguer à partir de 1912 avec une dynamisation futuriste du volume cubiste et le simultanisme orphiste, par exemple dans la Maternité. La soeur de l’artiste (ancienne coll. Tatiana Baranoff-Rossiné). L’influence ukrainienne se traduit de plus en plus par une propension au « baroque » (torsions, spirales, occupation maximale de l’espace, ampleur du mouvement). L’utilisation du « ruban de Möbius » fragmenté donne une nouvelle dimension au cylindrisme cubiste (voir plusieurs « Autoportraits » cubiste de 1913-1914). Les éléments de la toile volent, sont pris dans un tourbillon multicolore, comme dans la magnifique Rhapsodie norvégienne. Motif d’hiver à Trondheim du Musée national russe, allant jusqu’à la non-figuration dans plusieurs toiles de 1917-1918 (voir les toiles de ce type à la Trétiakov ou au musée de Saratov). D’autre part, l’artiste crée entre 1913 et 1915, une variante originale de sculptures cubo-futuristes (Symphonie N°1 du MoMA, Danse /coll. Tsarenkov/, et de reliefs : Artiste invalide (Duisburg, Wilhelm Lehmbruck), Toréador /coll. part. France/.
Littérature :
Andrei Sarabianov, Vladimir Baranov-Rossiné, Moscou, Trefoil, 2002 (en anglais)
Catalogues d’expositions personnelles (choix) : Paris, Galerie Jean Chauvelin, 1970; MNAM, 1972; Berlin, Galerie Brusberg, 1983; Moscou, Galerie Trétiakov, et Saint-Pétersbourg, Musée Russe, 2002