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Musique des couleurs et mémoire picturale dans les paysages russes de Kandinsky
Jean-Claude Marcadé
« Les phénomènes de la vue et de l’ouïe ont comme point de départ les oscillations de l’air. La parenté des accords parfaits en musique et en peinture a comme point de départ les oscillations de l’air. La parenté des accords parfaits en musique et en peinture est la preuve que l’une et l’autre sont soumises aux lois de l’harmonie[1]. »
Henri Rovel
La création kandinskyenne est dominée de façon évidente par son caractère symphonique, ce qui la distingue, en particulier, dans l’abstraction et la non-figuration du premier quart du xxe siècle. Sans aucun doute la fréquentation de l’icône byzantino-russe, où « les couleurs chantent », comme le disait André Lanskoy, a joué un rôle de base déterminant. Mais, sans doute aussi, la fréquentation de la musique allemande, celle d’un Beethoven, d’un Wagner ou d’un Bruckner, imprégnée de la Naturphilosophie romantique, a pu donner des impulsions à la vasteté de la vision du monde comme Univers, et permettre à l’auteur des grandes Compositions, Impressions et Improvisations de jouer avec les couleurs et les lignes comme un compositeur de musique.
Kandinsky a particulièrement insisté sur l’idée que
« la peinture est capable de manifester les mêmes forces que la musique[2] »,
celle-ci étant qualifiée par l’artiste russe de l’art le plus abstrait. La vision rétinienne est trompeuse, seul le Klang, le Laut, le zvuk[3], le son, la sonorité, la résonance peuvent traduire le mieux le monde intérieur.
Dans Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, la musique tient une grande place. Kandinsky souligne les correspondances qui existent entre les vibrations physiques des ondes sonores et celles des ondes lumineuses en se référant à Aleksandra Zaxarina-Unkovskaja au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, où cette dernière a élaboré une méthode pour « voir les sons en couleurs, et entendre musicalement les couleurs[4] ». La tâche de la peinture est
« de mettre à l’essai, d’évaluer ses possibilités et ses moyens, de les analyser comme le fait la musique depuis des temps immémoriaux […] d’essayer d’utiliser ses possibilités et ses moyens d’une façon purement picturale[5] ».
Parallèlement à la rédaction de son essai, Kandinsky écrit ses « Compositions pour la scène » qui doivent faire apparaître, simultanément mais sans confusion, les mots, la musique, le dessin chorégraphique, la peinture, – justement au moment où, progressivement, il passe à la non-figuration.
Bien entendu, il était au courant des recherches musico-picturales de ses contemporains, comme Paul Gauguin, Mikolajus Čiurlionis, Nikolaï Kulbin[6], Robert Delaunay[7], František Kupka, Vladimir Baranoff-Rossiné[8], Mikhaïl Larionov, Léopold Survage. Il ne s’agit évidemment pas chez Kandinsky de faire une peinture « musicaliste », la musique est un analogon du processus pictural et chaque art reste dans son autonomie. On le sait Kandinsky n’est pas passé par la discipline cubiste, il utilise constamment des termes musicaux, car sa non-figuration des années 1910 se veut semblable, mais non identique, à l’abstraction musicale, alors que les cubistes parisiens et les cubofuturistes de Russie, dans leur interprétation de Cézanne, se livrent à la géométrie du monde des objets.
Il est clair que Kandinsky élimine toute théorie de la transformation directe, par exemple des moyens musicaux en moyens colorés, de la forme musicale en couleurs. Le « modèle musical » dont s’inspire la peinture abstraite n’est pas une mise en œuvre d’une concordance, très relative et subjective, entre sons et couleurs mais une prise de conscience du fonctionnement de la peinture selon des lois optiques spécifiques, en repoussant la tentation de représenter quoi que ce soit d’autre que le mouvement de la couleur et de la ligne.
Dans un manuscrit intitulé Unterschied mit Musik [La Différence avec la musique], Kandinsky souligne ce qui différencie fondamentalement la musique et la peinture :
« La peinture est plus riche dans le choix des formes et par cela même plus imprécise [que la musique]. On n’atteint jamais un son discordant [Mißklang] direct, une dissonance[9]. »
Dans ses mémoires Rückblicke [Regards sur le passé] éditées en 1913 à Munich, puis complétées et traduites en russe à Moscou en 1918 avec un nouveau titre – Stupeni [Étapes] –, le rôle de la musique dans sa création picturale est tout particulièrement souligné. Le peintre russe y souligne l’importance pour lui de la « mémoire visuelle » [pamjat’ zrenija][10], et y affirme que
« [ses] paysages peints de mémoire [lui] réussissaient parfois davantage que ceux peints sur le vif »[11].
Il rapporte aussi qu’à certains moments de ses débuts,
« il s’en allait vers ses rêves de sonorité [zvučnost’], d’une plénitude du “chœur des couleurs” »[12].
Il avance, d’autre part, que
« toute œuvre naît, techniquement aussi, à la façon dont est né le cosmos ; elle passe par la voie des catastrophes, pareillement au grondement chaotique d’un orchestre qui débouche finalement en une symphonie dont le nom est la musique des sphères[13] ».
Kandinsky n’a cessé de proclamer que Moscou était sa patrie spirituelle et visuelle, dans quelque lieu du monde où il se soit trouvé. Cette « Moscou féérique » [Moskva-skazka[14]], dit Kandinsky,
« résonnait en moi à l’heure du crépuscule »[15]. « Moscou est pour moi le point de départ de mes recherches. Elle est mon diapason pictural[16] ».
Valentine Marcadé notait en 1965 que
« Kandinsky resta toujours fidèle à l’esprit russe et son inspiration puisa sans cesse sa vie profonde dans l’art populaire, dans son sens de la couleur : les troïkas, les croix orthodoxes, la vie des saints, les ornements des izbas, les bois sculptés et les églises aux multiples coupoles du coucher de soleil moscovite[17]… »
Pour Kandinsky, Moscou est donc la source de sa mémoire plastique. Il lui consacre un hymne qui est un vrai poème en prose, à l’instar de ceux qui constituent son recueil Klänge[Sonorités] en 1913 (cat. p. XXX) :
« Je guettais cette heure qui fut et sera l’heure la plus merveilleuse du jour à Moscou. Le soleil dans son déclin a atteint cette force suprême, vers laquelle il tendait tout le jour, et à travers laquelle tout le jour il languissait. Ce tableau ne dure pas longtemps : encore quelques instants et la lumière du soleil devient rougeâtre par suite de cette tension toujours plus rouge ; d’abord d’une nuance d’un rouge froid, et ensuite toujours plus chaude. Le soleil absorbe Moscou tout entière en une seule pièce, résonnant comme un tuba qui d’une main puissante bouleverse l’âme. Non, ce n’est pas cette unité rouge qui est la meilleure heure moscovite. Elle n’est que le dernier accord de la symphonie qui fait épanouir dans chaque nuance une vie supérieure, qui fait résonner Moscou tout entière comme un fortissimo dans un orchestre immense. Les maisons roses, mauves, blanches, bleues, azurées, vert pistache, rouge flamme, les églises – chacune comme un chant singulier – l’herbe furieusement verte, les arbres qui mugissent profondément, ou bien la neige qui chante sur mille mode divers, ou bien l’allegretto des branches nues et des bois morts, l’anneau rouge, dur, inébranlable et silencieux de la muraille du Kremlin et au-dessus d’elle, dépassant tout, semblable au cri triomphal d’un alléluia oubliant le monde entier, la ligne blanche allongée, harmonieusement sereine d’Ivan-le-Grand. Et sur son cou long, tendu dans une nostalgie éternelle vers le ciel, la tête dorée de la coupole, qui, au milieu des autres étoiles dorées, argentées, diaprées des coupoles qui l’encerclent, apparaît le Soleil de Moscou[18]. »
L’étude des paysages russes de Kandinsky révèle particulièrement la manière dont le peintre met en œuvre cette poïétique musicalo-picturale. La tempéra de 1906 Lied [Chanson] (cat. p. XXX) est très marquée par la peinture de Nicolas Roerich, en particulier son cycle « Les débuts de la Rus’. Les Slaves » [Načalo Rusi. Slavjane], ou plus encore son tableau de 1901 Les Hôtes d’au-delà des mers [Zamorskie gosti] (Galerie nationale Trétiakov). On est frappé dans l’œuvre de Kandinsky par le caractère rythmique des lignes (rames, mâts, voiles) et de l’ornementation des différentes embarcations. Ce tempo linéaire surplombe la palette ondoyante et miroitante de l’eau de la Volga, ce fleuve mythique de tout le continent russien que le penseur Vasilij Rozanov appelait un « Nil russe ».
De même, le pointillisme du Reitendes Paar [Couple à cheval] de 1906-1907 (cat. p. XXX) est moins la figuration d’une scène médiévale que l’orchestration purement mélodique de touches qui n’ont d’autre fonction que la création d’une partition picturale visant à donner la tonalité spécifique d’une imagerie purement lyrique. On trouve ce système pointilliste dans la tempéra sur carton Die Nacht [La Nuit] (1907, fig. 1) et surtout dans la gouache de 1903, Die Braut [La Mariée] (fig. 2), une vraie symphonie de nuances colorées.
Quant à la célèbre toile La Vie bigarrée[Pëstraja žin’] (1907, cat. p. XXX), appelée aussi du temps de Kandinsky La Vie mélangée, elle joue également avec l’instrumentation des touches pointillistes qui se portent du sol aux vêtements de certains personnages. C’est la Sainte Rus’ qui est ici présentée dans son pèlerinage terrestre. Là aussi de gros traits de pinceau rythment le paysage, qui ne représentent rien de précis qu’eux-mêmes. Kandinsky souligne que lorsqu’il peignait ses études, il se donnait une pleine liberté en se soumettant même « aux “caprices” de la voix intérieure » et il mettait avec sa spatule
« des traits et des coups de pinceau [šlepki] sans beaucoup se préoccuper des maisons et des arbres et en faisant surgir la sonorité des diverses couleurs »[19].
En contemplant ces effets de rassemblement dans une seule image de la diversité des acteurs humains de la vie russe, cette communion des anciens et des jeunes, des boyards et des simples gens, on pense au concept de la pensée philosophique russe depuis Alexej Xomjakov, celui de la sobornost’ [communion universelle] dans sa perspective pravoslave. L’idéal suprême de la pensée russe, tel qu’exprimé par Dostoïevski dans son célèbre discours sur Pouchkine en 1880, repose sur « la conciliation universelle des idées ».
Dans les non-figurations de 1911-1013 – Improvisation 21a (1911, cat. p. XXX), Étude pour Kleine Freuden [Étude pour Petites joies] (1913, cat. p. XXX), Kleine Freuden [Petites joies] (1913, fig. 3) – Kandinsky organise une partition picturale avec le même souci rythmique, multipliant les lignes zigzagantes comme des graffitis, les « rames » ou les « brancards » de canots ou de troïkas improbables, les courbes en contrepoint, prêtes à s’envoler, le tout formant la liaison du ciel et de la terre.
À cette esthétique du trait, correspondent le son, des bruits indistincts dans les poèmes en prose qui contrastent avec toute une poétique du silence sonore, pour parler comme Mallarmé. Ce sont des pauses, des syncopes, des points de suspension, des gestes sans paroles. Kandinsky fait apparaître la vibration intérieure non seulement par le silence mais aussi par la transformation de certaines voyelles et consonnes en onomatopées.
« Chaque sonorité, chaque couleur, chaque mouvement a une valeur intrinsèque[20]. »
Un des traits distinctifs de la poétique de Kandinsky est la hiéroglyphisation des éléments figuratifs qui apparaît comme une constante de sa création et cela dès la mise en branle du monde sensible autour de 1909, ce qui va de pair avec son écriture théorique, critique, philosophique, poétique.
[1] Henri Rovel, « L’harmonie en peinture et en musique », article traduit en russe que publie Kandinsky dans le catalogue du second Salon d’Izdebsky à Odessa en 1910. Henri Rovel y passe en revue les théories de Young, de Helmholtz, de Rood sur les rapports entre les ondes musicales et les ondes colorées.
[2] À l’écoute de Lohengrin, Kandinsky dit avoir pris conscience que
« la peinture est capable de manifester les mêmes forces que la musique » (V. Kandinsky, Stupeni [Étapes], Moscou, Section des arts plastiques du Narkompros [IZO], 1918, p. 19).
C’est en fait le Wagner de Tristan und Isolde et le Ring des Nibelungen qui, plus tard, l’a conforté dans cette idée.
[3] Les deux premiers termes relèvent de l’allemand, le troisième du russe [NdE].
[4] Vassily Kandinsky, Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, éd. établie et présentée par Philippe Sers, traduit de l’allemand par Nicole Debrand et du russe par Bernadette du Crest, Paris, Denoël, 1989, p. 110-111. Un livret inédit d’Aleksandra Zaxarina-Ukovskaja se trouve dans le fonds Kandinsky du Lenbachhaus à Munich.
[5] Ibid., p. 114, note 1. Dans une note inédite, écrite en allemand vers 1909, Kandinsky fait remarquer que
« la correspondance des tons colorés et musicaux n’est, cela va de soi, que relative ».
Par exemple,
« le vert – jaune et bleu – un violon calme dans des tons plus profonds. Violet – rouge et bleu (tous les deux froids) équilibre difficile (il est difficile de désigner le violet et le lilas) cor anglais, chalumeau. Orange – rouge + jaune comme un funambule, tenir toujours l’équilibre, inclinaison vers la droite et vers la gauche. Cloche d’église médiane qui sonne de façon monotone (Angelus) ; voix de contralto, alto » (Wassily Kandinsky, « Das Korrespondieren der farbigen und musikalischen Töne », dans Wassily Kandinsky: Gesammelte Schriften 1889–1916: Farbensprache, Kompositionslehre und andere unveröffentlichte Texte, Helmut Friedel [éd.], Munich, Berlin, Londres, Prestel Publishing, 2007, p. 321).
[6]
« Aux combinaisons étroites des sons correspondent en peinture les combinaisons étroites de couleurs, voisines dans le spectre […] Par des combinaisons étroites on peut obtenir aussi des tableaux musicaux, faits de taches de couleur séparées qui se fondent en une harmonie fugitive, semblablement à la nouvelle peinture impressionniste » (Nikolaï Kulbin, cité parValentine Marcadé, Le Renouveau de l’art pictural russe, Lausanne, 1971, p. 208.
Kulbin va jusqu’à établir, dans ce qu’il appelle « la musique en couleur » [tsvetnaja muzyka] chez Rimskij-Korsakov, un tableau de correspondances son-couleur : do rouge, ré orange, mi jaune, fa vert, sol bleu ciel, la bleu, si violet, (ibid.).
[7] Robert Delaunay, lettre à Kandinsky, 5 avril 1912 :
« J ’attends encore un assouplissement des lois que j’ai trouvées, basées sur des recherches de transparence des couleurs comparable aux notes musicales, ce qui m’a forcé de trouver le mouvement de la couleur » (citée dans Robert Delaunay, Du Cubisme à l’art abstrait, Documents inédits publiés par Pierre Francastel et suivis d’un catalogue de l’œuvre de R. Delaunay par Guy Habasque, Paris, 1957, p. 178).
[8] Voici ce que Kandinsky écrivait à son ami, le compositeur russe Thomas von Hartmann [Foma Aleksandrovič Gartman] :
« Rossiné (un jeune peintre russe), qui travaille la théorie de la peinture et tout spécialement des partitions musicales, veut absolument faire ta connaissance. Lui-même est fantastique. Peut-être qu’il viendra encore une fois à Munich en septembre, autrement il te demande de venir en Suisse (à Weggis près de Lucerne – il y a un centre de la Suisse qui peint : “Moderner Bund” » (Lettre de V. V. Kandinskij à F. A. Gartman du 2O.VIII. 1912, Archives nationales de Russie [RGALI], Moscou).
[9] Wassily Kandinsky: Gesammelte Schriften 1889-1916, op. cit., p. 347
[10] Stupeni, op. cit., p. 32
[11] Ibid.
[12] Ibid., p. 26.
[13] Ibid., p. 34.
[14] Ibid., p. 19.
[15] Ibid., p. 25.
[16] Ibid., p. 56.
[17] Valentine Vassutinsky [Marcadé], « L’effervescences intellectuelle et les recherches esthétiques des peintres russes du début du xxe siècle », Revue de l’École nationale des langues orientales, vol. 2, 1965, p. 159.
[18] Stupeni, op. cit, p. 12-13. Traduction de Valentine et Jean-Claude Marcadé.
[19] Stupeni, op. cit., p. 25.
[20]
« Jeder Klang, jede Farbe, jede Bewegung haben einen inneren Wert » (Kandinsky, Über das Theater. Du théâtre. O teatre, éd. établie et présentée par Jessica Boissel, avec la collaboration de Jean-Claude Marcadé, Paris, Adam Biro, 1998, p. 68.
Catégorie : Des arts en général
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Musique des couleurs et mémoire picturale dans les paysages russes de Kandinsky
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С КРЕЩЕНИЕМ ГОСПОДНЕМ! JOYEUSE FÊTE DE L’ÉPIPHANIE!
LE BAPTÊME DU SEIGNEUR (THÉOPHANIE)
Le Baptême du Seigneur porte l’appellation de Théophanie, car dans l’événement du baptême s’est manifestée la participation des Trois Personnes de la Très Sainte Trinité : Dieu le Père qui se révèle par Sa parole, Dieu l’Esprit Saint sous l’aspect d’une colombe bénissant les eaux de son ombre et Dieu le Fils qui reçoit le baptême de Jean et sanctifie les eaux. Le contenu trinitaire de la fête est exprimé dans le kontakion de la Théophanie et détermine l’action trine et une de la Divinité avec une extrême clarté.
«Quand tu étais baptisé dans le Jourdain, Seigneur, l’adoration trinitaire s’est manifestée car la voix de Ton Père a témoigné en Toi en T’appelant Son Fils Bien-Aimé et l’Esprit sous l’aspect d’une colombe a proclamé la vérité de la Parole. Manifeste-Toi, Christ notre Dieu et illumine le monde, gloire à Toi.»
Le Baptême par lequel saint Jean baptisait était un baptême de repentance. L’eau du baptême était purification, délivrance de l’homme ; un tel baptême n’était pas nécessaire pour le Christ, car il était pur de toute éternité et c’est seulement par humilité qu’il a reçu le baptême de Jean ; mais ayant reçu le baptême par l’eau, le Sauveur n’a pas été sanctifié par les eaux, ce qui n’était pas nécessaire pour lui, mais il a sanctifié par sa Personne la substance des eaux et avec elle, le monde entier. Par le Baptême de Jean, par l’action de l’humilité suprême du Christ, s’est révélée Sa Divinité, en tant qu’une Personne de la Trinité, inséparable en tout du Père et du Saint Esprit.Le Baptême est l’apparition du Christ au peuple, le départ pour Sa Mission, la création nouvelle du monde corrompu mortellement par sa chute. Le Baptême est la fête de la création du monde une nouvelle fois, à l’instar de la Nativité du Christ, et ces deux fêtes sont liées indissolublement l’une à l’autre. [•••]
Le Christ entre dans les eaux pour les purifier, les vivifier, les sanctifier et anéantir les serpents qui y ont leur nid. L’Esprit Saint, sous la forme d’une colombe, couvre de son ombre les eaux semblablement à ce qui s’est passé lors de la création du monde lorsque l’Esprit de Dieu planait sur les eaux. Selon l’explication de saint Basile le Grand,
« non seulement Il planait sur les eaux mais Il semblait communiquer à l’eau la faculté de faire naître la vie, rendait l’eau porteuse de vie, la réchauffait pareillement à une poule couveuse qui fait sortir vers la vie grâce à sa chaleur ses poussins. Ici aussi l’Esprit Saint communique aux eaux la grâce et la force d’engendrer la vie dans le mystère du Baptême, d’être l’eau « qui bondit dans la vie éternelle « .
Comme archétype, la colombe lâchée par Noé de l’Arche et qui y revint avec une branche d’olivier dans le bec, préfigure l’Esprit Saint dans la Théophanie au-dessus des eaux du Jourdain. Saint Jean Chrysostome explique l’image de la colombe qu’a prise le Saint Esprit dans la Théophanie : le Christ en recevant le baptême de la main de saint Jean est venu accomplir toutes les vérités. On appelle vérité l’accomplissement de tous les commandements. Étant donné que tous les hommes devaient accomplir cette vérité, mais que personne parmi eux ne l’a observée ni accomplie, c’est le Christ qui accomplit cette vérité par sa venue. Ainsi, si la soumission à Dieu constitue la vérité et que Dieu a envoyé saint Jean pour baptiser le peuple, alors le Christ a accompli cela aussi. Notre lignée devait payer sa dette, mais nous ne l’avons pas payée et la mort nous a étreints, nous qui avons été soumis à cette faute. Le Christ, étant venu, nous ayant trouvés en proie au démon, paya cette dette. « Il me revient à moi, qui possède, de payer pour ceux qui ne possèdent pas », dit-il. Telle est la raison de Son baptême. C’est pourquoi l’Esprit est descendu sous l’aspect d’une colombe ; là où est la réconciliation avec Dieu, là est la colombe. De la même façon que la colombe a apporté la branche d’olivier dans l’Arche de Noé comme signe de l’amour de Dieu pour l’homme et de la fin du fléau, de même à présent c’est sous l’aspect d’une colombe et non sous un aspect corporel (il faut noter cela particulièrement) que descend l’Esprit, annonçant à l’Univers la grâce divine.
MOINE GRÉGROIRE (KRUG), CARNETS D’UN PEINTRE D’ICÔNES
PAUL CLAUDEL
La deuxième Épiphanie de Notre-Seigneur, c’est le jour de Son baptême dans le Jourdain.
L’eau devient un sacrement par la vertu du Verbe qui s’y joint.
Dieu nu entre aux fonts de ces eaux profondes où nous sommes ensevelis.
Comme elles Le font un avec nous, elles nous font Un avec Lui.
Jusqu’au dernier puits dans le désert, jusqu’au trou précaire dans le chemin,
Il n’est pas une goutte d’eau désormais qui ne suffise à faire un chrétien,
Et qui, communiquant en nous à ce qu’il y a de plus vital et de plus pur,
Intérieurement pour le Ciel ne féconde l’astre futur.
Comme nous n’avons point de trop dans le Ciel de ces gouffres illimités
Dont nous lisons que la Terre à la première ligne du Livre fut séparée,
Le Christ à son âge parfait entre au milieu de l’Humanité,
Comme un voyageur altéré à qui ne suffirait pas toute la mer.
Pas une goutte de l’Océan où il n’entre et qui ne Lui soit nécessaire.
« Viderunt te Aquæ, Domine », dit le Psaume. Nous Vous avons connu !
Et quand du milieu de nous de nouveau Vous émergez ivre et nu,
Votre dernière langueur avant que Vous ne soyez tout à fait mort,
Votre dernier cri sur la Croix est que Vous avez soif encore ! -

Samuel Ackerman « Sur Malévitch » (2021)
Au commencement, il y eut l’excitation, l’état premier de toute la vie dont a parlé Malévitch.
L’excitation est la quatrième dimension du feu intérieur de l’âme de l’art et de l’inspiration de l’homme.
Le suprématisme est une révélation et un exode du monde de l’objectivité illusoire vers la liberté, le défi créateur, le canon intérieur de la foi personnelle.
Donner des noms à ce qui existe, donner des noms aux nouveaux objets du monde, telle est la tâche de la culture.
Le suprématisme est le Nom de la réalité du monde de la création, donné par Malévitch.
Il faut préciser qu’en 1913, le prélude à l’exposition « 0-10 » fut la mise en scène de l’opéra « Victoire sur le Soleil », œuvre commune de Malévitch, Khlebnikov, Matiouchine et Kroutchonykh, où le quadrangle apparaît, pour la première fois, sur le rideau.
L’exposition « 0-10 » est à mes yeux un manifeste de la même importance que l’ajout d’un seul mot dans la traduction de la Bible par Luther. Il a ajouté le mot « seule ». L’homme peut être sauvé par la foi seule (en latin sola fide).
Le premier message suprématiste de la révélation visuelle est « Le Quadrangle noir ». Tel est le nom du « Carré noir » donné par Malévitch.
Ayant donné le nom à la nouvelle icône et défini ainsi le sens de la novation, Malévitch installa cette œuvre au coin supérieur de la nouvelle iconostase en tant que source originelle de toutes les 39 œuvres présentées dans l’exposition.
Malévitch écrivait que Dieu était caché dans le noir. Quatre angles du carré correspondent à quatre lettres du nom du Créateur qu’il est interdit à prononcer.
Frémissement et excitation, tels sont les sentiments que provoque l’icône de l’image inconcevable de toute la création.
Pour Malévitch, « Le Quadrangle noir » était comme un nouveau-né.
Ma première rencontre avec les œuvres de Malévitch eut lieu au Musée de Jérusalem en 1975. Ce fut une des premières expositions de ses œuvres graphiques en Europe.
Il est étonnant que le Musée de Jérusalem lui-même soit bâti sur une colline, comme un architectone de Malévitch, et qu’au pied de la colline, se trouve le monastère de la Croix où, selon la légende, avait poussé l’arbre utilisé pour la croix du Golgotha. Dans cette rencontre des temps, il y a une profondeur qui correspond au nom imprononçable de la prophétie du quadrangle noir.
Un autre rappel du passé. Après l’exposition « 0-10 », Vélémir Khlebnikov, qui cherchait constamment des rapports mathématiques dans l’histoire, prit des mesures des œuvres qui y étaient présentes, ainsi que des dessins préparatoires, et il arriva aux chiffres de 317 et 365. Or, 317 est le nombre d’os dans le squelette humain, et 48, c’est la périodicité, selon Khlebnikov, des événements importants dans le monde. La somme de ces deux chiffres est justement égale à 365, le nombre de jours dans l’année.
Et encore une analogie du langage des noms. Le carré en hébreu s’appelle meruba, et la racine de ce mot est riche de sens : la reproduction, le maître, la création, etc.
La première lettre du mot meruba, le M comme dans le nom de Malévitch, signifie également le nombre 40, cela évoque des analogies avec le désert où Moïse (un autre M) avait conduit les Hébreux pendant 40 ans. Quarante, c’est aussi 39, le nombre d’œuvres de l’exposition « 0-10 » plus le Un de la chaise (vous savez qu’il y avait là une chaise posée à l’angle), c’est-à-dire, c’est un objet matériel dans la confrontation avec le monde bi-dimensionnel de la pénétration totale qui, ensemble, donnent le chiffre 40.
Il était aussi important que toutes les œuvres de Malévitch fussent présentées dans cette exposition sans cadres – sans ces chaînes traditionnelles qui donnent de la lourdeur et délimitent les frontières. La nudité et le fond blanc pour les œuvres suprématistes – tel est le canon de la liberté et de la jeunesse du renouveau.
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С Рождеством Христовым!
С Рождеством Христовым!
JOYEUSE ET BELLE FÊTE DE LA NATIVITÉ!
Moine Grégoire Krug
[…] A partir de la fête de la Nativité du Christ prirent naissance toutes les fêtes comme prennent naissance à partir d’une source différents courants. La Nativité du Christ est comme une nouvelle création du monde. La commémoration de l’incarnation de Dieu le Verbe devient une pierre angulaire. La confession de l’incarnation de Dieu sépare mystérieusement la lumière des ténèbres. Selon la définition de saint Jean :
«Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu ;
et tout esprit qui ne confesse pas la venue du Verbe de Dieu, Sa venue dans la chair, n’est pas de Dieu ; C’est là l’esprit de l’Antéchrist» (Première Epître de Jean, 4, v. 2-3). […]L’image de la Nativité du Christ est contenue mystérieusement dans le songe qu’a vu Nabuchodonosor et qui a été prophétiquement expliqué par le prophète Daniel (Daniel, ch. 2). La pierre qui s’est détachée de la montagne, sans que la main l’eût touchée, et qui a anéanti la grande idole est l’image de la Nativité du Christ. Et habituellement sur l’icône de la Nativité du Christ le Sauveur a, pourrait-on dire, une ressemblance imagée avec la pierre qui a vaincu et anéanti le terrible orgueil humain sous la forme de cette idole. L’Enfant est représenté habituellement au centre même de l’icône emmailloté, sa taille est extrêmement petite. Souvent, par ses dimensions, la représentation du Sauveur est plus petite que toutes les autres représentations sur cette icône et dans le même temps c’est l’icône du Seigneur – l’icône du Christ ; la position du Sauveur sur l’icône occupe la place royale du Seigneur. Quant à la représentation de la Mère de Dieu, elle est habituellement plus grande que toutes les représentations de cette icône et en cela s’est reflétée la prophétie qui avait été donnée dans le songe de Nabuchodonosor et interprétée par Daniel. L’image de la montagne et de la pierre qui s’était détachée de la montagne sans que main l’eût touchée est l’image prophétique de la virginité de toute éternité de la Mère de Dieu. C’est dans cette petitesse du Sauveur qui a accepté l’humilité des langes et de la crèche des animaux qu’est le mystère par lequel le genre humain a été guéri du poison de l’orgueil, déversé par Satan dans « l’ouïe d’Ève ». Toute la superbe humaine […]
Afanassi Fet
Ночь тиха. По тверди зыбкой
Звезды южные дрожат.
Очи Матери с улыбкой
В ясли тихие глядят.
Ни ушей, ни взоров лишних, –
Вот пропели петухи – С Рождества
И за ангелами в вышних
Славят Бога пастухи.Ясли тихо светят взору,
Озарен Марии лик.
Звездный хор к иному хору
Слухом трепетным приник, –И над Ним горит высоко
Та звезда далеких стран:
С ней несут цари Востока
Злато, смирну и ладан. -
Archives – quelques amis artistes
Archives – quelques amis artistes

MIKHAÏL CHÉMIAKINE, 1979, photo PATRICK BERNARD 
SABINE BUCHMANN, SON MARI, LEURS JUMEAJUX , AUTOUR D’ALVARO VARGAS, fin des années 1980 
L’ARTISTE ALLEMAND MICHEL (WULF) ET JEAN-CLAUDE MARCADÉ, 1992 
À GAUCHE – GUÉORGUI (GAGA) KOVENTCHOUK, GARRY FAÏF, JEANNE KOVENTCHOUK, ANNÉES 1990 CHEZ MARCADÉ 
À GAUCHE ALEXEÏ KHVOSTENKO, ANNÉES 1990, CHEZ MARCADÉ 
LA PREMIÈRE À DROITE SIMONE FAÏF, ANNÉES 1990 
VLADIMIR VOROBIEV CHEZ MARCADÉ -
SUR QUELQUES TRAITS DISTINCTIFS DE L’ÉCOLE UKRAINIENNE
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On Some Distinctive Features of the Ukrainian School
Jean-Claude Marcadé
Cet article, initialement publié dans les Cahiers slaves et réédité augmenté d’un avant-propos pour le présent volume, est consacré à la définition des spécificités de l’art ukrainien en regard des arts d’Europe et de Russie. Peut-on faire ressortir des traits communs aux productions des artistes originaires d’Ukraine du début du xxe siècle ? Et si oui, qu’apportent-ils à la compréhension de cet art ? En dressant un véritable panorama de l’art moderne ukrainien, la présente contribution explore ces différentes questions.
INDEX
Mots-clés
Index géographique
Index chronologique
PLAN
TEXTE
Ce texte est issu d’une contribution au colloque « Les chemins d’Odessa », qui s’est tenu au Mucem, à Marseille, en octobre 2013. Il a d’abord été édité dans les Cahiers slaves en 20161. La pertinence du panorama proposé ne s’étant pas démentie, Histoire de l’art a décidé de le rééditer, augmenté d’un avant-propos présentant les travaux significatifs parus depuis la publication initiale.
Avant-propos
J’ai à plusieurs reprises souligné, en particulier dans L’Avant-garde russe (1907–1927)2, l’existence d’une « école ukrainienne » spécifique et affirmé que l’appellation « avant-garde russe » n’était pas adéquate et devrait être remplacée par une formule comme « l’art de gauche dans l’Empire russe et en Union soviétique ». En 2000 déjà, lors de la belle exposition de l’Unesco qui montrait les œuvres d’artistes ukrainiens en France au xxe siècle, j’avais relevé ce qui différenciait l’art des artistes venus d’Ukraine de celui des autres artistes du monde slave3.
La vie artistique a connu depuis l’indépendance de l’Ukraine un développement exponentiel d’une vigueur, d’un dynamisme et d’un niveau exceptionnels. Les galeries, les expositions, les publications sur l’art et sur les artistes ukrainiens ont connu une fortune spectaculaire dans toutes les régions du pays. J’ai pu voir à Kiev des foules jeunes et enthousiastes, des couples avec leurs enfants, se passionner pour les événements multiples (expositions, débats littéraires et philosophiques, forums les plus divers) dans cet endroit magique qu’est l’Arsenal, citadelle de la fin du xviiie siècle et l’un des centres névralgiques de la vie artistique et intellectuelle de l’Ukraine.
Un autre centre d’importance nationale et internationale auquel j’ai pu participer est le Forum des éditeurs, qui présente régulièrement à Lviv les nouveaux livres (prose, poésie, beaux-arts, écrits politiques, philosophiques, etc.). En effet, l’activité éditoriale est également multiple et d’un très haut niveau. Je mentionnerai ici, entre autres, les éditions kiéviennes Rodovid, que je connais plus particulièrement, créées par Lidia Lykhatch en 1992 et publiant des ouvrages sur l’histoire culturelle et l’art de l’Ukraine (catalogues d’exposition, monographies de référence). La langue est en premier lieu l’ukrainien, certains livres étant traduits en anglais ou en français dans des éditions séparées. Parmi quelques titres, signalons ceux consacrés à Oleksandr Bogomazov, Kazimir Malévitch4, Vassyl Yermilov, Katerina Bilokour, à l’artiste contemporain Anatoliy Kryvolap, à l’avant-garde ukrainienne5, aux artistes ukrainiens à Paris dans la première moitié du xxe siècle6 et à l’art populaire sous tous ses aspects (icônes, tapis, images populaires, broderies). Rodovid offre ainsi une véritable encyclopédie des arts sur le territoire de l’Ukraine depuis ses origines.
Je ne saurais terminer cette revue, très personnelle, et qui sera donc toujours à compléter par d’autres observateurs ou acteurs du foisonnement artistique ukrainien, horriblement mis à mal aujourd’hui par une guerre fratricide, sans mentionner le travail éditorial de la maison kiévienne Stedley Art Foundation, qui publie le travail des artistes de sa collection7.
Sur quelques traits distinctifs de l’école ukrainienne
L’apport de l’école ukrainienne à l’intérieur de ce que nous avons pris l’habitude d’appeler « l’avant-garde russe » est considérable. Le « futurisme russe » est né en Ukraine, au sein de la propriété de la famille Bourliouk, dans le gouvernement de Tauride8. Tous ceux qui ont visité ces lieux autour de 1910 sont, d’une manière ou d’une autre, étroitement liés à l’Ukraine : Bénédikt Livchits, Vélimir Khlebnikov, Mikhaïl Larionov, Vladimir Tatline. De nombreux protagonistes de l’art de gauche manifestent des impulsions provenant de ce territoire que, sous le tsarisme, on appelait Petite Russie : outre les visiteurs des Bourliouk, on doit nommer ici, entre autres, Malévitch, Alexandra Exter, Vladimir Baranoff-Rossiné, Sonia Delaunay…Je voudrais commencer mon article en rappelant la très importante, sinon par la taille, du moins par sa résonance, exposition de Mykhaïlo Boïtchouk et de son école « byzantiniste », à Paris, au Salon d’automne de 1910. Je noterai, d’un côté, la réaction qu’elle a suscitée chez le poète et critique d’origine mi-italienne, mi-polonaise, Guillaume Apollinaire et, de l’autre, celle du grand critique et historien de l’art Yakov Tugendhold. Voici ce qu’écrit, le 19 mars 1910, Apollinaire :
Passons à l’École de rénovation byzantine qui groupe trois peintres : Boïtchouk, Kasperowitch et Mlle Segno. L’ambition de ces artistes est de maintenir intactes les traditions de la peinture religieuse dans la Petite Russie.
Ils réussissent pleinement et leurs travaux sont d’un byzantinisme accompli. Ils ont également appliqué la simplicité, les fonds d’or, le fignolage de leur art à de petits tableaux plus modernes : La Gardeuse d’oie, L’Architecte, La Liseuse, Idylle, etc. Le malheur est que, se confinant volontairement dans le pastiche, ils ne soient pas encore assez adroits pour y adapter un personnage moderne et malgré toute leur bonne volonté quand ils peignaient un monsieur à faux-col, tout le byzantinisme disparaît et il reste la peinture un peu maladroite de Petits Russiens qui ont tout à apprendre de la peinture moderne, bien différente et plus difficile en somme que celle des icônes des cathédrales de l’Ukraine9.
Tugendhold, au contraire d’Apollinaire, considère comme plutôt réussis les travaux des boïtchoukistes qui utilisent précisément la poétique de la peinture d’icônes ukrainienne pour représenter des sujets contemporains ; il critique leur peinture religieuse. En août 1910, il écrit dans la revue moderniste pétersbourgeoise Apollon :
Ce qui est seulement indiqué et annoncé en peinture par les jeunes « primitivistes » français [au Salon des indépendants] est montré en toute logique (même si c’est avec un talent moindre) dans les œuvres exposées des Russes, des Petits Russiens et des Polonais. Comme toujours, et en tout, les Slaves vont directement au bout des choses. Les artistes français, malgré tout leur traditionalisme, restent en fait des anarchistes incorrigible. Les Slaves, eux, dans leur soif de communier à l’éternel et au collectif, en arrivent à l’imitation directe des traditions historiques, en faisant peut-être plier le ressort du côté opposé.
Nous voulons parler, avant tout, du groupe des Petits Russiens et des Polonais qui travaillent sous la direction de M. Boïtchouk (Galicie). Amoureux passionnément des antiquités ukrainiennes, ils rêvent de « la renaissance de l’art byzantin » (comme cela est dit dans le catalogue) et utilisent le style et la technique des icônes en bois pour rendre les sujets évangéliques et les portraits contemporains. Parmi les travaux de cette catégorie, sont intéressants L’Automne et La Bergère de Boïtchouk qui sait faire se tresser le rythme égyptien et l’immobilité byzantine, Idylle et les paysages de Mme Segno (Varsovie), l’étude de Mme Nalépinska (Varsovie) et une bagatelle de Kaspérovitch (Tchernigov). Ces petites planches dorées peintes à la tempera sont visiblement des projets pour de grandes œuvres : tout ce groupe rêve de peinture murale, de fresque et de mosaïque qui soient fondues dans un ensemble architectural. Au milieu de l’anarchie et de la bacchanale qui dominent dans l’exposition des Indépendants, on sent, dans les efforts conjugués de ce groupe restreint, quelque chose de sérieux et de grand – la nostalgie d’un style monumental, d’une création anonyme et collective, d’une peinture qui soit le secret professionnel des artisans et des moines. C’est ainsi que, s’étant nourris de Cézanne et de Gauguin, ayant absorbé les conquêtes de l’Occident, l’âme slave retourne à son bien populaire et séculier de toujours.
Cependant, il y a un énorme danger devant ces « jeunes byzantinistes » – d’une impasse des canons ecclésiaux et d’un style tout prêt, l’impasse dans laquelle se sont embourbés Nestérov et Vasnetsov. L’âme du peuple ukrainien, à ce qu’il nous paraît, s’est incarnée de façon plus libre et éclatante dans les contes et les mythes, dans les ornements et les miniatures, dans les objets des koustari et le loubok archaïque, que dans les icônes figées par l’Église. S’il est possible de jeter un pont depuis la contemporanéité jusqu’aux rives lointaines du passé, c’est justement vers les forces élémentaires de la création populaire de mythes qui, par bonheur, n’est pas encore morte chez nous10.
Il faut encore citer la rectification d’Apollinaire, après sa première critique de l’utilisation par les boïtchoukistes des procédés de la peinture d’icônes pour représenter des scènes de genre. En avril 1911, dans un autre article, il affirme que le « néo-byzantin Boïtchouk, qui emplit l’an dernier les “Indépendants” de ses peintures et de celles de ses élèves », a peut-être permis aux Français d’en tirer profit, et rappelle :
« Les peintres aussi bien que les poètes peuvent bien tricher avec les siècles. Et Mallarmé ne s’est point trompé en le disant11. »
Ces réflexions du début du xxe siècle sur la spécificité de l’art ukrainien peuvent être étendues jusqu’à l’analyse de quelques traits distinctifs de la veine artistique ukrainienne à l’intérieur des mouvements d’avant-garde dans l’Empire russe des années 1910 et dans l’Union soviétique des années 1920.
Chaque pays fait naître des artistes marqués à jamais par la lumière du soleil qui lui est propre. Les théories du peintre arménien Georges Yakoulov sur l’ars solis sont très fécondes pour comprendre les processus de la création picturale du point de vue de la lumière12. Mais les artistes d’un pays donné sont également marqués par les contours de ses paysages13, par les formes et les couleurs de l’environnement (architecture, tissus, objets quotidiens, rituels folkloriques ou religieux, etc.), ainsi que par la tissure religieuse et culturelle qui imprègne leur pensée depuis l’enfance. Un tel complexe détermine la spécificité d’un art « national » et fait qu’un artiste travaillant à l’âge adulte dans un autre pays que celui où il est né se distingue des créateurs du pays d’adoption – il suffit de prendre, entre mille exemples, Le Greco ou Pablo Picasso.
Certes, il y a des périodes où un style international a tendance à effacer ces distinctions. Ainsi, le Picasso du cubisme analytique (1910–1912) a tendance à se faire « français » autant que Georges Braque. Pour l’art ukrainien, Vassyl Yermilov, dans sa période constructiviste, a tendance à se faire plus « européen ». Mais si les distinctions s’amenuisent, elles ne disparaissent pas. Qui penserait faire de Picasso un peintre français, bien qu’il ait passé la majorité de sa vie créatrice en France ? Tout juste appartient-il à l’histoire de la peinture française. Et Vassily Kandinsky, n’est-il pas un peintre russe en Allemagne et en France ? Il n’est pas indifférent de le savoir et de le dire – non pas pour des raisons étroitement nationalistes, mais pour mieux comprendre leur œuvre, à moins de se contenter d’une lecture horizontale des productions artistiques en les supposant venues vers nous comme des bouteilles jetées à la mer. Alexandre Archipenko, David et Vladimir Bourliouk, Sonia Delaunay, Mikhail Andreenko et beaucoup d’autres, en exil, n’ont cessé de revendiquer leurs racines ukrainiennes. Il s’agit là d’une composante essentielle de leur art, tant les artistes originaires d’Ukraine sont marqués par l’espace, la lumière, la gamme des couleurs et les formes de l’art populaire local, l’un des plus riches au monde. Le livre de Valentine Marcadé, Art d’Ukraine14, a apporté la démonstration d’une « école ukrainienne » qui ne se définit pas par des pseudo-critères socio-biologiques ou par l’appartenance à telle ou telle religion (encore que l’orthodoxie sous sa forme constantinopolitaine ou gréco-catholique soit ici une composante majeure), mais par une série de traits distinctifs dont le plus constant, dans la littérature et dans les arts, est l’hyperbolisme : ici, nous pourrions citer aussi bien les écrivains Ivan Kotliarevsky, Nikolaï Gogol, Mikhaïl Zochtchenko ou Ostap Vychnia que Tatline (fig. 1), Malévitch, Exter et tous les primitivistes du xxe siècle, jusqu’aujourd’hui.
1. Vladimir Tatline en bandouriste aveugle, vêtu d’un costume ukrainien, Berlin, 1914.
Épreuve argentique (anonyme), 24 × 17,5 cm, collection particulière.
L’espace est un élément primordial de la pensée picturale. Et l’espace ukrainien, c’est la vastité de la steppe, la totale liberté du mouvement et de l’esprit : n’oublions pas l’origine étymologique turco-tatare du mot « cosaque », qui désigne l’homme libre, indépendant, l’aventurier, le nomade. Ici, pas de joug tatar, pas d’imprégnation du despotisme asiatique. Les artistes enracinés à un moment ou à un autre dans la terre ukrainienne, abreuvés à ses valeurs éternelles – depuis la culture de Tripolié jusqu’au IIIe millénaire –, ont senti ce besoin d’aller au-delà des limites.
Tatline, de Kharkiv à Odessa, se libère de la tutelle parentale et s’engage comme mousse sur la flotte de la mer Noire – n’est-il pas comme ce cosaque proverbial qui, voyant les immenses étendues de la steppe à perte de vue, s’écrie : « Bissova tisnota ! » (Par le diable, on étouffe ici !) ? Il projette une nouvelle tour de Babel qui suivra les rythmes solaires et lunaire (fig. 2). Nouvel Icare, il veut que le corps de l’homme vainque la pesanteur du monde et épouse le vol de l’oiseau, et ce sera le Létatline (1932).
2. Vladimir Tatline, Reconstitution du monument à la IIIe Internationale.
Bois et métal, 465 × 336 cm, Stockholm, Moderna Museet (MOM Sk 4).
© Tomislav Medak.
Le Moscovite Kandinsky, qui a passé son enfance et son adolescence à Odessa, a plus tard contribué, à partir de Munich, à faire de la célèbre ville de la mer Noire l’un des lieux où s’est illustrée l’avant-garde européenne, en particulier avec les deux Salons organisés par le sculpteur Vladimir Izdebsky en 1910 et 1910–1911. Le catalogue édité lors du IIe Salon, avec des textes de Kandinsky, de Nikolaï Koulbine, d’Henri Rovel, d’Arnold Schönberg, entre autres, fut, sans aucun doute, le banc d’essai et le modèle pour l’almanach Der blaue Reiter que Kandinsky et Franz Marc éditèrent à Munich en 1912. Chez Kandinsky aussi, on retrouve l’aspiration à un espace immense, illimité, cosmique. Cela ne lui vient-il pas de la conscience d’appartenir à un territoire démesuré – les contrées sans borne de la Sibérie, d’où venait sa famille paternelle, autant que les steppes ukrainiennes de son enfance ? Nina Kandinsky aimait raconter l’anecdote d’une conversation entre lui et Paul Klee, dans laquelle ce dernier disait :
« Tu as derrière toi et en toi des terres sans bornes, c’est pour cela que tes toiles débordent, alors que moi, j’ai les cantons suisses, c’est pourquoi je fais de petits tableaux parcellés15. »
Apocryphe ou non, cette anecdote rend bien compte de l’importance de l’espace géographique qui entre dans la conscience picturale de tout artiste dès sa naissance.
Malévitch, lui, écrit de mars à juin 1918 dix-sept articles dans le journal moscovite Anarkhiya :
« Nous sommes comme une nouvelle planète sur la voûte bleue du soleil éteint, nous sommes les confins d’un monde absolument nouveau, nous déclarons tous les objets inconsistants16. »
« Le drapeau de l’anarchie est le drapeau de notre “moi” et notre esprit, tel le vent libre, fera frissonner ce que nous possédons de créateur dans les espaces de l’âme17. »
Avec le suprématisme, Malévitch crée un nouvel espace interplanétaire, nouveau ciel et nouvelle Terre :
« J’ai troué l’abat-jour bleu des limitations colorées, je suis sorti dans le blanc, voguez à ma suite, camarades aviateurs, dans l’abîme, j’ai établi les sémaphores du suprématisme. / J’ai vaincu la doublure du ciel coloré : après l’avoir arrachée, j’ai mis les couleurs dans un sac et j’y ai fait un nœud. Voguez ! L’abîme libre blanc, l’infini sont devant vous18. »
On sait qu’il eut la vision prémonitoire des satellites autour de la Terre, des spoutniks se déplaçant sur orbite entre Terre et Lune en ayant tracé leurs nouvelles voies19.
Dans la période après 1928, lors de ce que Dmytro Horbatchov appelle avec justesse la « réukrainisation » de Malévitch, l’espace est celui des champs polychromes à partir d’une vue aérienne. Il est également celui de la jonction des bandes multicolores horizontales, venues, comme l’a bien montré Horbatchov, des motifs les plus archaïques sur les tissus ukrainiens et du ciel immense, sans fond, abyssal.
Sonia Delaunay, née à Odessa, comme Sara Stern, et ayant vécu sa petite enfance à Gradijsk, au bord du Dniepr, bien qu’installée définitivement à Saint-Pétersbourg chez son oncle maternel Terk à partir de l’âge de 7 ans, a revendiqué l’Ukraine comme source de toute son activité ultérieure. Ainsi débutent ses mémoires :
« Je suis née la même année que Robert Delaunay, sous le même soleil, à quelque trois milles verstes près.
1885. Les souvenirs d’une petite fille qui vit dans les plaines d’Ukraine restent des souvenirs de couleurs gaies. Elle va chercher son père à l’heure des repas par un chemin creusé entre deux murs de neige trois fois plus haut qu’elle. Autour, les maisons blanches, longues et basses, semblent incrustées comme des champignons. Bientôt l’hiver disparaît et éclate un soleil joyeux sur l’horizon à l’infini.
Poussent les pastèques et les melons. Les tomates ceinturent de rouge les fermes, et de grandes fleurs de soleil jaunes aux cœurs noirs éclatent dans le ciel bleu, léger, très haut. Gaîté, équilibre, confiance en la vie, dans la bonne terre noire. Passent les petites charrettes, les chevaux nerveux et rapides qu’on attelle l’hiver aux traîneaux à clochettes joyeuses. Tout est immense, infini, mais un infini amical, plein d’une gaîté à la Gogol, un autre enfant du Pays20.
Ce texte permet de mieux comprendre l’originalité de Sonia Delaunay dans son organisation picturale de l’espace. La confrontation avec son mari éclaire encore plus le propos. Alors qu’il crée des constructions colorées aux unités délimitées – presque comme dans les jardins à la française –, souvent avec des rythmes sériels, elle trace des courbes inachevées, des spirales qui ne commencent ni ne finissent, des soleils aux contours indécis. La prose poétique truculente de Blaise Cendrars, les affiches simultanées, les marchés du Portugal, les revêtements des objets de l’environnement : elle revêt tout d’un rythme coloré, dansant, souple, capricieux, fuyant toute délimitation.
Cela est aussi un élément de l’esthétique d’Exter, dont le caractère baroque vient, sans aucun doute, de l’Ukraine. La spirale ample et généreuse, la création d’unités colorées aux facettes chatoyantes comme sur un cristal ou un diamant taillé, l’élan romantique – voilà les traits dominants de sa poétique, aussi bien dans ses œuvres de chevalet (fig. 3) qu’au théâtre (par exemple, Roméo et Juliette au théâtre de Chambre d’Alexandre Taïrov en 1921) ou au cinéma (les costumes tout en tournoiements constructivistes d’Aélita de Yakov Protazanov en 1924). On pourrait encore citer la série d’œuvres abstraites qui déroulent des « couleurs en mouvement » entre 1918 et 1920, où le tourbillon des formes colorées, très proche du travail théâtral de l’artiste, est une synthèse des cultures picturales cubo-futuristes et suprématistes, avec l’accent mis sur l’énergie foisonnante de la construction. La lumière-couleur vient du centre du tableau et s’épanouit, comme des profondeurs, sur l’ensemble de la structure picturale.
3. Alexandra Exter, Paysage, maisons, vers 1912.
Huile sur toile, 81 × 65 cm, Saint-Étienne, musée d’Art moderne et contemporain (73.6.1).
Le spécialiste des avant-gardes russe et ukrainienne et du théâtre Guéorgui Kovalenko a écrit de nombreux articles et livres sur Exter, mais les deux volumes qu’il a consacrés en 2010 à la grande artiste kiévienne sont une somme sur son activité à Kiev, à Moscou, à Paris et à Odessa pendant la première moitié du xxe siècle. Cette monographie est le fruit d’incessantes recherches dans les archives de Moscou, d’Ukraine, de France et de Slovaquie. Les racines ukrainiennes de la création d’Exter y sont analysées dans toute leur ampleur :
Dans les abstractions d’Exter se fait entendre une pure mélodie lyrique – cela est tellement évident dans chacune des Dynamiques colorées. Ses origines ne font aucun doute. D’un côté, à travers la foi intellectuelle dans la logique de la nouvelle peinture et dans ce que cette peinture, selon les propos d’Alexandre Rodtchenko, est naturelle, dans la mesure où elle « prévoit l’avenir » – ce qui perce, c’est l’émotion nostalgique de la jeunesse kiévienne, des impressions reçues de l’art populaire ukrainien qui n’ont jamais quitté l’artiste.
Il faut regarder attentivement ces œuvres et l’on pourra voir ceci : les figures dentelées rappellent les découpes des calices des fleurs, les courbures des bandes étroites, les lignes souples de leurs tiges, tout cela étant caractéristique des peintures murales paysannes ; les triangles, les trapèzes et les losanges, leurs angles et les rapports des côtés entre eux, leurs proportions et les rythmes spatiaux – échos des ornements ukrainiens sont évidents ; et, bien entendu, la vie de la couleur – surabondante, débridée, sonore – comme si la structure même de l’âme des maîtres populaires avait été héritée par une artiste du xxe siècle, encline à tout vérifier algébriquement21.
Cette tendance au baroque se rencontre chez des artistes ukrainiens aussi divers qu’Archipenko, que Baranoff-Rossiné (Symphonie no 1, 1913, sculpture en bois et carton polychromés avec coquilles d’œufs, New York, Museum of Modern Art, ou toutes ses variations figuratives et abstraites avec le ruban de Möbius) ou encore le cubo-futuriste Bogomazov et même Andreenko (par exemple, son collage Composition héroïque, 1926, collection particulière), alors que son « cubisme constructiviste » des années 1920 a tendance à s’internationaliser.
On comprendra mieux encore la spécificité ukrainienne dans la création de nouveaux espaces picturaux si on la compare avec l’organisation spatiale dans les œuvres d’artistes entièrement russes, comme Pavel Filonov. La spiritualité orthodoxe russe tire son originalité de la géographie grand-russe et tout particulièrement du développement de son monachisme dans le cadre de ses immenses forêts. Il serait, à ce propos, possible d’interpréter l’obsession philosophique de la liberté chez le Kiévien Nikolaï Berdiaev et son antimonachisme comme conditionnés par les espaces de son enfance…
Chez Filonov, on note l’enchevêtrement, l’inextricabilité des unités colorées, leur impénétrabilité, la diffusion disséminée, oblique, tamisée, nocturne, de la lumière. L’espace ici est tout sauf ouvert sur l’illimité avec l’ambition de l’enserrer dans les mailles du pictural, alors que, si nous prenons l’« icône » païenne de Maria Siniakova, Ève (fig. 4), nous sommes frappés non seulement par la liberté du corps (Siniakova était adepte du nudisme, comme sa compatriote Delaunay), mais encore par la liberté de l’espace. La structure de base de l’aquarelle est celle des icônes biographiques ecclésiales (une figure centrale de saint entourée de compartiments [kleïma] représentant les épisodes marquants de sa vie), mais chez Siniakova, les compartiments avec des scène érotiques sont ouverts vers l’extérieur et non enfermés dans un cadre rigide. Les influences de la miniature persane, de la gamme colorées de l’art populaire ukrainien et du néoprimitivisme de Larionov sont ici rassemblées en une image totalement originale.
4. Maria Siniakova, Ève, 1916.
Aquarelle sur papier, 28 × 25 cm, Anglet, Villa Beatrix Enea.
Le suprématisme de la Russe Lioubov Popova, si on le compare à celui de son fondateur Malévitch, offre un espace qui retient fermement les formes, les accroche au support du tableau (fig. 5), alors que les quadrilatères ou les cercles de Malévitch sont autant de planètes en état de suspension, prêtes à tout moment à l’envol.
5. Lioubov Popova, Peinture architectonique, 1918.
Huile sur toile, 104 × 80 cm, Slobodksoï, Musée régional.
Sonia Delaunay a souligné l’apport de l’Ukraine à sa gamme colorée :
« Je suis attirée par la couleur pure. Couleurs de mon enfance, de l’Ukraine. Souvenirs de noces paysannes de mon pays où les robes rouges et vertes, ornées de nombreux rubans, volaient en dansant22. »
Ses surfaces picturales tourbillonnent de couleurs éclatantes. L’association du bleu et du jaune, couleurs nationales de l’Ukraine, est très fréquente, comme chez Exter, en particulier dans de nombreuses toiles de la fin des années 1910, ou chez Malévitch, par exemple dans deux tableaux suprématistes sur contreplaqué de lin des années 1920, ou sur le Charpentier du Musée national russe de Saint-Pétersbourg. Sonia Delaunay affectionne également les jaunes d’or, qui sont comme une danse symphonique de tournesols. Verts et carmins, rouges et bleus, jaunes et noirs, bleus profonds et verts se livrent chez elle à des rotations, à des chatoiements, à des rondes pleines de jubilation solaire.
Chez Archipenko, en particulier dans ses sculpto-peintures de 1914–1917, ou chez Yermilov, par exemple dans son huile sur bois Arlequin (1923–1924, collection particulière) ou dans son relief sur bois Guitare (vers 1918, collection particulière), le jaune tournesol est la note fondamentale aux harmoniques variés. On retrouve cette couleur, quintessence de la fleur à pétales jaunes si caractéristique du paysage ukrainien, des champs de blé à perte de vue et de la lumière solaire, aussi bien chez Bogomazov que chez Vadim Meller. Bien plus tard, loin de sa terre natale, Emmanuel Mané-Katz traduit cette force colorée jaune dans un magnifique Paysage d’Ukraine (1957, Haïfa, musée Mané-Katz).
Dans les aquarelles des années 1910 de Siniakova, on assiste à la même exubérance coloriste, à la même gaîté des teintes vives. L’esthétique naïve des jouets, des étoffes et des fleurs des champs est souveraine. Le néoprimitivisme russe et ukrainien s’est emparé de l’ornement décoratif et l’a transformé en pure picturalité. Dans l’ornement distribué sur les carreaux de faïence des poêles, les ustensiles quotidiens, les tissus, il y a des rythmes venus du plus profond de la nature. Là aussi, l’utilisation par les Ukrainiens du décorativisme diffère de celle des Russes comme Natalia Gontcharova, Olga Rozanova, Filonov et Ilia Machkov, chez qui le motif ornemental est ample, massif, véhément, monumental. Chez Sonia Delaunay, Exter, Siniakova, Meller, David et Vladimir Bourliouk ou Hanna Sobatchko-Chostak, l’ornementation est rutilante, scintillante, surabondante, excentrique. Vient à la mémoire le poème que le comte Alexeï Konstantinovitch Tolstoï, descendant du dernier hetman d’Ukraine, a dédié à ce pays :
Connais-tu le pays où tout respire l’abondance
Où les rivières coulent plus pures que l’argent
Où la brise berce l’herbe de la steppe
Où les fermes sont noyées dans les cerisaies
Où dans les vergers les arbres ploient
Sous le poids des fruits jusqu’au sol23.Dans cet hymne à l’Ukraine, il n’y a presque aucune mention de couleurs des paysages et du mode de vie. Seul un distique fait allusion aux couleurs nationales :
Tu connais le pays où les champs d’or
Sont émaillés de l’azur des bleuets24.Profusion et opulence de la nature, des arts populaires, des formes et des couleurs picturales se conjuguent à un humour hyperbolique, à un goût de l’énorme plaisanterie, du rire homérique. Ainsi du rire colossal des cosaques zaporogues écrivant une lettre ordurière au sultan turc dans les célèbres tableaux de l’Ukrainien Ilya Répine ou du rire gigantesque de Khlebnikov (Ukrainien du côté maternel) dans son « poème sur une syllabe » Zakliatie smiekhom (Conjuration par le rire) – que le poète et sculpteur russe Alexeï Khvostenko lisait avec les accents colossaux des cosaques zaporogues…
Larionov, lui aussi Ukrainien du côté maternel et ayant passé son enfance à Tiraspol, en Bessarabie, avait « un caractère exubérant et enjoué, tout méridional », selon son élève et biographe Tatiana Loguine, qui ajoute :
« Attaché […] à sa magnifique liberté […], [Larionov] aura du mal à se faire à la vie de la capitale. À “l’Institut Voskressensky” il est l’élève le plus indiscipliné, mais aussi celui qui connaît le plus grand nombre de farces et d’histoires25. »
Ce goût des facéties, du burlesque, de la mystification et de la provocation se manifeste dans son œuvre comme dans ses interventions dans la vie des arts russes avant 1914, où il dispute le leadership à David Bourliouk, dont toute la complexion et la manière d’être sont entièrement enracinées dans son Ukraine natale26.
Rappelons ici l’appellation provocante de l’exposition organisée à Moscou en 1912, « La queue d’âne », une allusion à l’accrochage organisé par les adversaires de la modernité au Salon des indépendants de tableaux peints avec la queue de l’âne Bon Lolo, présentés comme les œuvres d’un peintre italien inconnu, Boronali. Cet incident est mentionné dans l’article de Répine consacré au premier Salon d’Izdebsky, venu d’Odessa à Saint-Pétersbourg, qui fait apparaître les passions contradictoires agitant les arts de Russie autour de 1910 :
« Cézanne ! » : la meilleure réponse à cette sorte de peinture – l’instantané d’un âne qui peint avec sa queue un tableau.
Le lecteur a vu vraisemblablement cet instantané.
On avait attaché à la queue un pinceau, on avait placé sous la queue une palette avec des couleurs et une toile. On avait nourri l’âne avec quelque friandise : de plaisir, il agitait la queue et c’est ainsi que sortit de cette queue un tableau de Cézanne.
– Quoi-a-a ?!, déclare avec aplomb l’esprit du cynisme (le Diable), après avoir relevé cyniquement la tête. J’obligerai la presse, cette grande puissance – à trompéter la gloire de cet art dans le monde entier : viendront des milliardaires d’Amérique, ils paieront des sommes folles pour cette marchandise produite facilement et rapidement. Nous rejetterons tout ce qui auparavant nous était cher et nous nous prosternerons devant mes barbouilleurs de l’ordre de la queue d’âne !… A Moscou, déjà, plusieurs se sont prosternés.
– Il semble que, par arriération, vous vous imaginiez que les Moscovites continuent à manger des cochons savants et des rossignols qui chantent magnifiquement ? Vous vous trompez, maintenant ils collectionnent des matisses27.
N’est-ce pas là également un exemple d’hyperbolisme ukrainien ? Dans son pamphlet Les Benois gueulards et le nouvel art national russe. Causerie de MM. Bourliouk, Benois et Répine sur l’art (1913), le « père du futurisme russe », l’Ukrainien David Bourliouk, rejette radicalement toutes les formes jusqu’ici existantes, défendant le droit à l’expérimentation, réfutant toutes les autorités autres que « la nature et moi » et exigeant que la Russie cesse d’être « la province artistique de la France28 » (fig. 6).
6. David Bourliouk, Moment de décomposition des surfaces du vent et du soir, introduits dans un paysage de bord de mer (Odessa), représenté de quatre points de vue, 1912.
Huile sur toile, 97 × 131 cm, Saint-Pétersbourg, Musée national russe.
Et que dire de la propension au canular, à la mystification démesurée chez Tatline dans le conte apocryphe de sa visite rocambolesque de l’atelier de Picasso à Paris en 1913, alors que cette visite eut lieu une seule fois, en mars 1914 ? Anatoli Strigaliov nous en a donné tous les détails et toutes les variantes29. N’avons-nous pas affaire ici à ce « quelque chose qui n’existe pas chez les gens30 » (chtcho sé také, chtcho na lioudex néma), typiquement ukrainien ?
On trouve le caractère débridé, sans retenue, allant au-delà des limites, teinté d’humour, qui distingue, pour une grande part, l’esprit ukrainien dans les sculpto-peintures d’Archipenko ou dans l’œuvre sculptée pré-dadaïste de Baranoff-Rossiné entre 1913 et 1915 (fig. 7), dans le Malévitch de la toile Réserviste de premier rang (1914, New York, Museum of Modern Art), avec sa moustache provoquante et le thermomètre collé à un endroit précis de l’anatomie du guerrier, là où la température peut subir des fluctuations au gré des émotions. On le trouve encore dans Éclipse partielle (Composition avec Mona Lisa) (1914, Saint-Pétersbourg, Musée national russe), avec le geste iconoclaste contre la Joconde, voire dans les appellations de certaines toiles suprématistes, comme Réalisme d’une paysanne en deux dimensions (le « Carré rouge » du Musée national russe ; fig. 8) ou Réalisme pictural d’un garçonnet avec son sac à dos – masses colorées en deux dimensions – c’est-à-dire le « Carré rouge et le carré noir sur fond blanc » du MoMA.
7. Vladimir Baranoff-Rossiné, Contre-relief (Artiste invalide), vers 1915.
Assemblage de bois, métal, tissu et objets en bois dans un cadre, 140 × 85,5 cm, Duisburg, Lehmbruck Museum.
8. Kazimir Malévitch, Réalisme pictural d’une paysanne en deux dimensions, dit Carré rouge, 1915.
Huile sur toile, 53 × 53 cm, Saint-Pétersbourg, Musée national russe.
L’étude de l’école ukrainienne au xxe siècle en est encore à ses commencements. Il existe encore trop d’idées fausses, préconçues, partiales, aux ressorts émotionnels. Il faut sortir l’art ukrainien de la nébuleuse grand-russe dans laquelle il est encore trop souvent noyé pour des raisons politiques, ou tout simplement par ignorance. L’école ukrainienne d’avant-garde a une histoire glorieuse sur son propre sol, de l’exposition « Zvéno » (Le Maillon) organisée par Exter et Bourliouk à Kiev en 190831, à la revue Nova guénératsiya, dirigée par le grand poète panfuturiste Mykhaïl Sémenko à Kharkiv entre 1928 et 193032. Mais il ne faudrait pas oublier l’apport spécifiquement ukrainien aux avant-gardes russe et européenne. Cet article est une contribution au travail d’information et de recherche qui reste à faire.
NOTES
1 Jean-Claude Marcadé, « Quelques remarques sur les traits distinctifs de l’École ukrainienne de peinture dans le premier quart du xxe siècle », Les Cahiers slaves, no 14 : Les chemins d’Odessa, 2016, p. 279-295. Retour au texte
2 Id., L’Avant-garde russe (1907-1927) (1995), Paris, Flammarion, 2007. Le présent article précise et développe, à partir d’exemples concrets, les idées qui se trouvaient dans le livre de ma femme, Valentine Marcadé, Art d’Ukraine (Lausanne, L’Âge d’homme, 1990), qui reprenait la thèse d’État qu’elle avait soutenue sous le titre « Contribution à l’étude de l’art pictural ukrainien » en 1981 à l’Inalco. Retour au texte
3 Jean-Claude Marcadé, « Quelques réflexions sur l’art ukrainien à Paris au xxe siècle », dans Les Artistes d’origine ukrainienne dans l’art moderne en France (1900-1960), cat. exp. (Paris, Maison de l’Unesco, avr. 2000), Paris, Maison de l’Unesco, 2000 (en français et en ukrainien). Retour au texte
4 Jean-Claude Marcadé, Malévitch, Kiev, Rodovid, 2013 ; Kazimir Malévitch. La Période kiévienne (1928-1930). Articles, documents, lettres, éd. Tétyana Filevska, Kiev, Rodovid, 2018. Cette remarquable publication en français rassemble, en les illustrant, les treize articles ukrainiens de Malévitch parus dans la revue Nova guénératsiya entre 1928 et 1930 ainsi que des documents et écrits inédits datant de son activité à l’Institut d’art de Kiev à la fin des années 1920. Retour au texte
5 En particulier le livre pionnier de Myroslava Mudrak paru en anglais (The New Generation and Artistic Modernism in the Ukraine, Ann Arbor, UMI Research Press, 1986), qui a été pendant des décennies le livre de référence pour la connaissance de l’avant-garde ukrainienne des années 1920, traduit en ukrainien dans une version augmentée et richement illustrée : Nova guénératsiya. Mystetskyi modernism v Oukraïni [Nouvelle génération. Le modernisme artistique en Ukraine], Kiev, Rodovid, 2018. Retour au texte
6 En français, le livre pionnier de Vita Susak, Les Artistes ukrainiens à Paris (1900-1939), Kiev, Rodovid, 2012. Retour au texte
7 Plusieurs livres ont été publiés sur l’œuvre d’un des grands peintres contemporains actuels, Oleksandr Doubovyk. Retour au texte
8 Voir la biographie de David Bourliouk par l’écrivain et historien de l’art ukrainien Evguéni Déménok, David Bourliouk (Moscou, Molodaya Gvardiya, 2020), véritable encyclopédie de l’avant-garde en Russie, en Ukraine, au Japon et aux États-Unis. Retour au texte
9 Guillaume Apollinaire, Œuvres en prose complètes, t. II, Paris, Gallimard, 1991, p. 140. Retour au texte
10 Yakov Tugendhold, « Pis’mo iz Parija » [Lettre de Paris], Apollon, no 8 : Khronika [Chronique], 1910, p. 1. Je traduis. Retour au texte
11 Apollinaire, Œuvres en prose, p. 321. Retour au texte
12 Voir les textes de Yakoulov et sa bibliographie dans Notes et documents de la Société des amis de Georges Yakoulov, nos 1-4, 1967-1975. Retour au texte
13 Liliane Brion-Guerry, Cézanne et l’expression de l’espace, Paris, A. Michel, 1966. Retour au texte
14 Marcadé, Art d’Ukraine. Retour au texte
15 Cette anecdote m’a été rapportée par Valentine Marcadé, à qui Nina Kandinsky l’avait racontée lors de l’une de leurs rencontres. Retour au texte
16 Kazimir Malévitch, « Otviet » [Réponse], Anarkhiya [Anarchie], no 29, 28 mars 1918 ; en français dans id., Écrits, t. I, trad. Jean-Claude Marcadé, Paris, Allia, 2015, p. 81 Retour au texte
17 Kazimir Malévitch, « K novoï grani » [Vers de nouveaux confins], Anarkhiya [Anarchie], no 31, 30 mars 1918 ; en français dans id., Écrits, t. I, p. 82. Retour au texte
18 Id., Bespredmietnost’ i souprématizm [Création sans objet et suprématisme], cat. exp., Moscou, Bureau central des expositions, 1919 ; en français dans id., Le Miroir suprématiste, trad. Valentine Marcadé et Jean-Claude Marcadé, Lausanne, L’Âge d’homme, 1977, p. 160-167. Retour au texte
19 Kazimir Malévitch, Souprématizm. 34 rissounka [Suprématisme. 34 dessins], Vitebsk, Ounovis, 1920 ; en français dans id., Écrits, t. I, p. 248-263. Retour au texte
20 Sonia Delaunay, Nous irons jusqu’au soleil, Paris, R. Laffont, 1978, p. 11. Retour au texte
21 Guéorgui Kovalenko, Aleksandra Exter, t. I, Moscou, Moskovski mouzieï sovrémiennogo iskousstva, 2010, p. 76 (en russe et en anglais). Retour au texte
22 Delaunay, Nous irons jusqu’au soleil, p. 17. Retour au texte
23 Alexeï Konstantinovitch Tolstoï, « Ty znaiech’ kraï, gdié vsio obil’iem dychit… », années 1840. Je traduis. Retour au texte
24 Ibid. Retour au texte
25 Tatiana Loguine, Gontcharova et Larionov. Cinquante ans à Saint-Germain-des-Prés, Paris, Klincksieck, 1971, p. 10. Retour au texte
26 Voir Déménok, David Bourliouk. Retour au texte
27 Ilya Répine, « Salon Izdiebksogo », Birjévyié viédomosti [Les nouvelles de la bourse], no 14 (27), 20 mai 1910, repris dans Andreï Kroussanov, Rousski avangard [L’avant-garde russe], t. I, vol. I, Moscou, Novoyé litératournoyé obozréniyé, 2010, p. 175-176. Je traduis. Retour au texte
28 David Bourliouk, Galdiachtchiyé « Benois » i novoyé rousskoyé iskousstvo [Les Benois gueulards et le nouvel art national russe], Saint-Pétersbourg, Schmidt, 1913. Retour au texte
29 Voir Anatoli Strigaliov, « O poïezdkié Tatlina v Berlin i Parij » [À propos du voyage de Tatline à Berlin et à Paris], Iskousstvo [Art], no 2-3, 1989, n. p. ; id., « Berlin-Paris-Moscou. Le voyage à l’étranger de Vladimir Tatline (1914) », Les Cahiers du musée national d’Art moderne, no 47, printemps 1994, p. 7-23. Retour au texte
30 Expression proverbiale ukrainienne. Retour au texte
31 Voir Kovalenko, Aleksandra Exter, t. I. Retour au texte
32 Voir Jean-Claude Marcadé, « Le panfuturiste ukrainien Sémenko », Po&sie, no 151, 2015, p. 33-37. Retour au texte
ILLUSTRATIONS
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1. Vladimir Tatline en bandouriste aveugle, vêtu d’un costume ukrainien, Berlin, 1914.
Épreuve argentique (anonyme), 24 × 17,5 cm, collection particulière.
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2. Vladimir Tatline, Reconstitution du monument à la IIIe Internationale.
Bois et métal, 465 × 336 cm, Stockholm, Moderna Museet (MOM Sk 4).
© Tomislav Medak.
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3. Alexandra Exter, Paysage, maisons, vers 1912.
Huile sur toile, 81 × 65 cm, Saint-Étienne, musée d’Art moderne et contemporain (73.6.1).
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4. Maria Siniakova, Ève, 1916.
Aquarelle sur papier, 28 × 25 cm, Anglet, Villa Beatrix Enea.
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5. Lioubov Popova, Peinture architectonique, 1918.
Huile sur toile, 104 × 80 cm, Slobodksoï, Musée régional.
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6. David Bourliouk, Moment de décomposition des surfaces du vent et du soir, introduits dans un paysage de bord de mer (Odessa), représenté de quatre points de vue, 1912.
Huile sur toile, 97 × 131 cm, Saint-Pétersbourg, Musée national russe.
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7. Vladimir Baranoff-Rossiné, Contre-relief (Artiste invalide), vers 1915.
Assemblage de bois, métal, tissu et objets en bois dans un cadre, 140 × 85,5 cm, Duisburg, Lehmbruck Museum.
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8. Kazimir Malévitch, Réalisme pictural d’une paysanne en deux dimensions, dit Carré rouge, 1915.
Huile sur toile, 53 × 53 cm, Saint-Pétersbourg, Musée national russe.
CITER CET ARTICLE
Référence papier
Jean-Claude Marcadé, « Sur quelques traits distinctifs de l’école ukrainienne », Histoire de l’art, 91 | 2023, 31-44.
Référence électronique
Jean-Claude Marcadé, « Sur quelques traits distinctifs de l’école ukrainienne », Histoire de l’art [En ligne], 91 | 2023, mis en ligne le 01 juin 2024, consulté le 19 décembre 2025. URL : https://devisu.inha.fr/histoiredelart/100
AUTEUR
Jean-Claude Marcadé
Jean-Claude Marcadé est agrégé de l’Université et docteur ès lettres, directeur de recherche émérite au CNRS, écrivain d’art et traducteur du russe, de l’allemand et de l’ukrainien. Auteur d’ouvrages sur Kazimir Malévitch, sur Nicolas de Stäel et sur l’avant-garde russe, il a été conseiller scientifique et commissaire d’expositions, dont « La Russie à l’avant-garde, 1900-1935 » (Bruxelles, palais des Beaux-Arts, 2005-2006) et des rétrospectives de Malévitch et d’Alexandre Rodtchenko (Barcelone, La Pedrera, 2006 et 2008-2009).
DROITS D’AUTEUR
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