Catégorie : Politique

  • L’ignorance de l’Ukraine dans « Le Monde » (et pas seulement), avril 1913

    L’ignorance de l’Ukraine dans « Le Monde » (et pas seulement), avril 1913

    Je retrouve ce que j’écrivais au « Monde » au sujet de Mme Tymochenko le 17 octobre 2011, et de l’exposition du Louvre « Sainte Russie » (8 avril 2010) :

    Il est parfaitement légitime, selon moi également, de venir au secours de l’ancienne première ministre ukrainienne, Mme Tymochenko. Faut-il pour autant dévoiler à cette occasion les orientations antirusses du « Monde »? L’Ukraine, comme la Géorgie, n’intéressent les Européens et les Américains que lorsqu’ils sont antirusses. Le papier de M. Smolar,  consacré au fils Glücksmann, dont les seuls titres sont d’être fils de, époux de, conseiller de et d’avoir une belle gueule (décidément « Le Monde » est sensible au physique des personnes – c’est « Gala »…!). Evidemment, toujours rien sur l’opposition à l’actuel cyclothymique chef d’État. Pour en revenir à l’Ukraine, le peu de cas que vous faites de ce grand pays qui n’a jamais connu jusqu’ici que des embryons d’État, est manifeste. Je ne citerai que deux faits : la translittération des noms ukrainiens est russe; il serait bon, pour soutenir l’Ukraine contre les prétentions de la Russie, de manifester son identité précisément au niveau de sa langue, souvent méprisée par l’élite grand-russe. « Le Monde » a fait l’éloge de l’exposition « Sainte Russie » au Louvre qui était l’histoire non de la Russie, mais de la Rouss depuis ses origines à Kiev juqu’à Pierre Ier, à partir duquel apparaît le nom actuel de Russie; cette histoire était illustrée par de magnifiques documents et icônes. L’Ukraine n’existait pas (comme non plus la Biélorussie), ni dans l’exposition, ni dans le catalogue où même le mot « ukrainien » était banni…Il y a du travail à faire dans l’équipe du « Monde » pour approfondir l’histoire multiséculaire de l’Ukraine et de son statut particulier par rapport à la Russie.
    jean-claude marcadé

    On encense une exposition comme « Sainte Russie »  au Louvre, qui, certes, présente un magnifique ensemble de peinture d’icônes, mais dont le parcours se veut historique et non esthétique (aucun sort n’est fait aux diverses écoles qui sont aussi spécifiques que, par exemple, les diverses écoles italiennes) et, de ce fait, est une falsification de l’histoire, au seul profit de la Russie impériale, soviétique et actuelle. « Sainte Russie » est une expression religieuse orthodoxe et slavophile. Avant Pierre Ier, il y eut les États féodaux de la Rous’ et, à partir du XIVe siècle, la Moscovie devint l’État dominant.  Le mot russe pour Russie est « Rossiya » qui n’apparaît qu’au début du XVIe siècle et qui ne devient  le terme officiel pour désigner l’Empire Russe qu’à partir de Pierre Ier, dit le Grand. C’est dire que l’expression française « Sainte Russie » est un glissendo que la Russie d’aujourd’hui visiblement continue de perpétuer, se voulant la seule héritière de la Rous’ kiévienne, et le Louvre, par ignorance, par incompétence ou par soumission à l’historiographie, hier soviétique, aujourd’hui russe, sans doute aussi par souci d’attirer le chaland par un titre  bling-bling, a pris cette appellation qui, de plus, ne correspond en rien au propos de l’exposition, sauf qu’il s’agit d’art chrétien. L’ironie de l’histoire, c’est que les media, si prompts à soutenir l’Ukraine anti-russe et pro-américaine, l’ont ici reléguée aux oubliettes avec cette affaire de « Sainte Russie » dont les Ukrainiens sont, pourtant, jusqu’au XIVe siècle les héritiers directs. Autre ironie, la France laïque a tout fait pour que l’on ne célèbre pas le baptême de Clovis, et voilà que l’on célèbre la Sainte Russie, tout en dénonçant la collusion de l’Eglise et du pouvoir…

     

  • Archives – « Le Monde » en 1912-13 et Gilles Deleuze

    Archives – « Le Monde » en 1912-13 et Gilles Deleuze

    12 mars 2012

    Piotr Smolar (ou, du moins le titre de la Rédaction du « Monde ») a trouvé le moyen, à propos du trafic d’organes des Kosovars (tellement unilatéralement et partialement soutenus en son temps), d’incriminer principalement la Russie pour ne pas transmettre les informations médicales qu’elle aurait à ce propos. Donc, ce ne sont pas les trafiquants d’organes kosovars les criminels, mais la Russie…

    Mais pourquoi s’étonner, quand le même Smolar et sa collègue inénarrable Marie Jégo, s’empressent de faire des rumeurs non avérées des vérités, pour peu qu’elles soient à charge contre la Russie – ainsi de « Maghnitski battu à mort (sic!) » dans la prison où il était enfermé. Cela ne suffit pas que la mort de Maghnitski soit une bavure de la justice russe, il faut y ajouter la touche people  de « battu à mort », sans que cela soit mentionné, ni repris, par la grande majorité des sites d’opposition.

    16 mars

    J’ajoute que, depuis ce « Maghnitski battu à mort en prison », Smolar et Jégo ont retiré cette « épithète homérique », par « maltraité » : y a-t-il eu quelque protestation de gens informés plus rigoureusement? En tout cas, la calomnie a joué son rôle : puisqu’il n’y a eu aucune rectification des propos de Smolar et Jégo sur « Maghnitski battu à mort », l’imputation reste en l’air. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. C’est malheureusement la doctrine du journalisme du « Monde » concernant la Russie.

    Toinette Jégo continue à sévir : elle s’est emparée de deux « épithètes homériques » qu’elle va nous ressortir désormais à chaque papier : il y a une « classe créative » en Russie, avide de justice et de liberté » et, en face, « l’élite politico-militaire au pouvoir qui mise sur la bigoterie, le repli sur soi, la haine de l’étranger », évidemment promue, soutenue, encouragée par Poutine, baptisée par Toinette Jégo de « leader national ».

    Font partie de la « classe créative », sans doute selon Jégo, tous ceux qui sont contre Poutine – les Navalny, les Oudaltsov, les Kasparov, les Nemtsov qui, jusqu’ici, ont comme seul programme politique « la Russie sans Poutine », mais aucun  programme socio-économique qui pourrait remplacer le système actuel (le seul qui en est un de cohérent, en dehors des communistes, c’est Prokhorov, dont Jégo ne parle guère, qui n’est pas propoutinien, sans faire une opposition démagogique systématique). Sans doute aussi appartiennent à la »classe créative »  les tristement célèbres Poussy Riot, dont le niveau littéraire et musical reste pitoyable, mais dont l’inénarrable critique d’art Jégo a fait des descendants de Malévitch (mais oui!)…

     

    PS Au G20, un hommage a été rendu à Poutine, pas seulement par politesse, en particulier par Christine Lagarde

    Les deux articles du « Monde » sur la mort de Boris Bérézovski, signés Jégo se terminent, cela va de soi, par Poutine, comparé à Staline face à Trotsky-Bérézovski, via un « politologue », et par le rappel de Poutine-assassin de Litvinenko via les accusations de Bérézovski-Litvinenko…Quel journalisme ! Et  l’on serait assez d’accord avec Mélanchon éructant contre ce journalisme-là, si déjà Gilles Deleuze n’avait mis le doigt sur un certain type de journalisme :

    « Le journalisme, en liaison avec la radio et la télé, a pris de plus en plus vivement conscience de sa possibilité de créer l’événement (les fuites contrôlées, Watergate, les sondages ?). Et de même qu’il avait moins besoin de se référer à des événements extérieurs, puisqu’il en créait une large part, il avait moins besoin aussi de se rapporter à des analyses extérieures au journalisme, ou à des personnages du type « intellectuel », « écrivain » : le journalisme découvrait en lui-même une pensée autonome et suffisante. C’est pourquoi, à la limite, un livre vaut moins que l’article de journal qu’on fait sur lui ou l’interview à laquelle il donne lieu. Les intellectuels et les écrivains, même les artistes, sont donc conviés à devenir journalistes s’ils veulent se conformer aux normes. C’est un nouveau type de pensée, la pensée-interview, la pensée-entretien, la pensée-minute. On imagine un livre qui porterait sur un article de journal, et non plus l’inverse.

    Les rapports de force ont tout à fait changé, entre journalistes et intellectuels. Tout a commencé avec la télé, et les numéros de dressage que les interviewers ont fait subir aux intellectuels consentants. Le journal n’a plus besoin du livre. Je ne dis pas que ce retournement, cette domestication de l’intellectuel, cette journalisation, soit une catastrophe. C’est comme ça : au moment même où l’écriture et la pensée tendaient à abandonner la fonction-auteur, au moment où les créations ne passaient plus par la fonction-auteur, celle-ci se trouvait reprise par la radio et la télé, et par le journalisme. Les journalistes devenaient les nouveaux auteurs, et les écrivains qui souhaitaient encore être des auteurs devaient passer par les journalistes, ou devenir leurs propres journalistes. Une fonction tombée dans un certain discrédit retrouvait une modernité et un nouveau conformisme, en changeant de lieu et d’objet. C’est cela qui a rendu possible les entreprises de marketing intellectuel. »

  • Identité nationale ou citoyenneté?

    Identité nationale ou citoyenneté?

    En mettant de l’ordre dans mon ordinateur, j’ai retrouvé cette lettre adressée en 2009 à Ségolène Royal au sujet du débat délétère lancé par Sarkozy

    Date : 30 octobre 2009

    À : Désirs d’avenir <contact@desirsdavenir.com>

    Objet : “identité nationale”

     

    Chère Ségolène Royal,

    Je suis  très inquiet que vous sembliez cautionner une aussi mauvaise cause, nommée “identité nationale”. Il s’agit bien de cette dénomination qui est pour le moins floue et a des relents de nationalisme étroit et borné. Notez que cette appellation est évitée sur les cartes d’identité françaises qui sont des “cartes nationales d’identité” et non des cartes “d’identité nationale”.

    N’entretenez pas la confusion en considérant que la question de “l’identité nationale” est importante et mérite d’être mise en débat public, en faisant croire que cette association de mots voudrait poser la question, légitime dans une certaine mesure, bien qu’ambigüe, de savoir “qu’est-ce qu’être français?”

    En fait, la confusion vient de ce que la France a une tradition jacobine qui a  étouffé toutes les cultures et les langues de ses différentes composantes, au nom d’une francité unifiée. Cela a marché, même si, avant l’arrivée massive d’une immigration devenue française, nous avons eu les Noirs, les Néo-Calédoniens et bien d’autres “Français” dont les ancêtres n’étaient pas les Gaulois et dont la “terre” n’était pas celle de la “douce France”. C’est que les Français de souche et les Français des anciennes colonies, comme les Français d’aujourd’hui issus de l’immigration, se sont sentis pleinement des citoyens français avec une riche identité, celle de leur culture d’origine et celle de la culture traditionnelle française. Car c’est là que la question est : non pas dans une “identité nationale” qui peut être multiple, mais dans une citoyenneté partagée par tous ceux qui désirent faire partie de notre communauté nationale. Je suis très étonné que personne n’ait parlé précisément de “citoyenneté” et non pas d’identité. C’est là-dessus que devrait porter le débat, si débat il devait y avoir. Mais c’est perdre de l’énergie que de disserter sur une association de mots totalement vague.  La question qui pourrait être valide, c’est, selon moi : “Qu’est-ce qu’être un citoyen français?”. On peut très bien être un bon citoyen français et posséder une “identité nationale” dominante venant d’une autre culture. Je pense, par exemple, aux célèbres artistes qui, au XXe siècle, ont enrichi l’art français et universel en ayant des “identités nationales” venus d’un peu partout : Picasso, Kandinsky, Sonia Delaunay, Pevsner, Nicolas de Staël, etc. etc. Et en littérature, un Becket ou un Ionesco!

    J’aime citer ce passage du critique et penseur russe Guerchenzon, dans un petit livre de 1922, intitulé “Les destinées du peuple juif”  : “L’identité nationale [j’ai traduit ainsi le mot russe qui veut dire “la nationalité”] est notre compagnon de route immuable : de même que nous percevons immuablement les phénomènes dans des catégories d’espace, de temps et de causalité, de même l’identité nationale détermine toutes nos perceptions et tous nos actes conformes à leur visée.” Et Guerchenzon dit que l’homme “traîne” cette “identité nationale” dans tous les lieux où il lui arrive de se trouver, en non pas forcément dans la “terre” où il est né. Guerchenzon distingue bien le nationalisme néfaste et cette “identité”, “nationale” si l’on veut, que tout homme porte en lui au-delà des contingences historiques, territoriales, voire linguistiques.

    Jean-claude marcadé

    (un de vos fervents soutiens, non socialiste)

  • Deleuze sur la pensée devenue journalistique, 1977

    Deleuze sur la pensée devenue journalistique, 1977

    Ce  que disait Deleuze en 1977, n’est-il pas devenu encore plus criant aujourd’hui? Outre les philosophes et les littérateurs, ce sont les anciens généraux,  ambassadeurs, correspondants, ou ceux qui se sont autoproclamés « historiens », « essayistes », qui sévissent dans les médias, se veulent plus activistes les uns que les autres, se gargarisent de notions comme génocide, dictature, goulag, corruption, esclavage, chair à canon, ne choisissent que des images qui justifient leur grille de lecture, vouant aux gémonies tout ce qui pourrait ne serait-ce que nuancer leur point de vue univoque. Ce journalisme dit la vérité et ce qui n’est pas cette vérité est mensonge, propagande, enfumage, ce journalisme est un ersatz de la pensée.

     […] Le marketing a ses propres principes : il faut qu’on parle d’un livre et qu’on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n’a à dire. À la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d’interviews, de colloques, d’émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien ne pas exister du tout.
    C’est pour cela que le travail auquel se donnent les nouveaux philosophes est moins au niveau des livres qu’ils font que des articles à obtenir, des journaux et émissions à occuper, des interviews à placer, d’un dossier à faire […]. Il y a là toute une activité qui, à cette échelle et à ce degré d’organisation, semblait exclue de la philosophie, ou exclure la philosophie[…]

    Le journalisme, en liaison avec la radio et la télé, a pris de plus en plus vivement conscience de sa possibilité de créer l’événement (les fuites contrôlées, Watergate, les sondages ?). Et de même qu’il avait moins besoin de se référer à des événements extérieurs, puisqu’il en créait une large part, il avait moins besoin aussi de se rapporter à des analyses extérieures au journalisme, ou à des personnages du type « intellectuel », « écrivain » : le journalisme découvrait en lui-même une pensée autonome et suffisante. C’est pourquoi, à la limite, un livre vaut moins que l’article de journal qu’on fait sur lui ou l’interview à laquelle il donne lieu. Les intellectuels et les écrivains, même les artistes, sont donc conviés à devenir journalistes s’ils veulent se conformer aux normes. C’est un nouveau type de pensée, la pensée-interview, la pensée-entretien, la pensée-minute. On imagine un livre qui porterait sur un article de journal, et non plus l’inverse.

    Les rapports de force ont tout à fait changé, entre journalistes et intellectuels. Tout a commencé avec la télé, et les numéros de dressage que les interviewers ont fait subir aux intellectuels consentants. Le journal n’a plus besoin du livre. Je ne dis pas que ce retournement, cette domestication de l’intellectuel, cette journalisation, soit une catastrophe. C’est comme ça : au moment même où l’écriture et la pensée tendaient à abandonner la fonction-auteur, au moment où les créations ne passaient plus par la fonction-auteur, celle-ci se trouvait reprise par la radio et la télé, et par le journalisme. Les journalistes devenaient les nouveaux auteurs, et les écrivains qui souhaitaient encore être des auteurs devaient passer par les journalistes, ou devenir leurs propres journalistes. Une fonction tombée dans un certain discrédit retrouvait une modernité et un nouveau conformisme, en changeant de lieu et d’objet. C’est cela qui a rendu possible les entreprises de marketing intellectuel. […]

    Ce qui me dégoûte est très simple : les nouveaux philosophes font une martyrologie, le Goulag et les victimes de l’histoire. Ils vivent de cadavres. Ils ont découvert la fonction-témoin, qui ne fait qu’un avec celle d’auteur ou de penseur […]

    Ce ne sont pas les nouveaux philosophes qui importent. Même s’ils s’évanouissent demain, leur entreprise de marketing sera recommencée. Elle représente en effet la soumission de toute pensée aux médias ; du même coup, elle donne à ces médias le minimum de caution et de tranquillité intellectuelles pour étouffer les tentatives de création qui les feraient bouger eux-mêmes. Autant de débats crétins à la télé, autant de petits films narcissiques d’auteur – d’autant moins de création possible
    dans la télé et ailleurs […]

  • Du grégarisme médiatique

    Du grégarisme médiatique

    Devant l’avalanche des commentaires répétitifs et univoques qui s’abat sur les médias télévisuels, journalistiques, électroniques, je me souviens de la dénonciation de ce que Montherlant a appelé le GRÉGARISME :

    « La peur et la haine de la pensée personnelle et l’auto-suggestion collective »

    « Le monde est rongé par le lieu commun comme la vigne par le phylloxéra. Tous pensent de la même manière au même moment, comme les pantins auxquels l’opérateur fait faire en même temps le même geste. »

    Voir Le Monde, Le Figaro, Libération, LCI….

     

  • la désinformation sur l’Ukraine dans « Le Monde » en 2010

    Un collègue de l’Université de Brest, Jean Vareille, m’a adressé un courriel où il me dit avoir lu avec profit mes articles publiés dans mon blog sur la Russie et l’Ukraine, et il me cite une notule que j’avais oubliée, envoyée en 2010 au Courrier des Lecteurs du Monde, qui n’avait, bien entendu, trouvé aucun écho auprès de ceux qui aujourd’hui se disent, pour des raisons circonstancielles, « être Ukrainiens »…

    La désinformation sur l’Ukraine

    J’ai retrouvé cet ancien texte qui reste,en cette fin février 2013, toujours d’actualité, envoyé : lundi 15 février 2010 23:46
    À : COURRIER-DES-LECTEURS
    Objet : l’Ukraine vue de Moscou

    Décidément “Le Monde” continue à maltraiter l’Ukraine. Naguère le grand poète national ukrainien et grand poète universel,  Taras Chevtchenko ,était appelé dans ses colonnes “le romancier Tchevtchenko”! Voilà maintenant Mme Jégo qui s’y met, répétant  que “Kiev est la mère des villes russes”, slogan préféré des Grands- Russes de toutes les époques, alors qu’il s’agit d’une phrase qui aurait été dite au Xe siècle par le prince de Kiev Oleg, alors que la Russie n’existait pas, mais qu’existait la Rous’, c’est -à – dire, pour  une grande part, le territoire de l’Ukraine actuelle. Donc il faut rétablir cette phrase en “Kiev mère des villes de la Rous’”.
    De même, le terme de “Petite Russie” (Malorossiya et non “Malaïa Rossia”, qui est le terme des chancelleries depuis Byzance) et de Petits Russiens a cessé d’être courant, même chez les chauvinistes grands-russes, après 1917 et je ne connais personne qui l’emploie encore (mais on continue à désigner, plutôt péjorativement,  les Ukrainiens comme des “khokhly” – les “toupets” – allusion à la coupe de cheveux des cosaques, alors que les Ukrainiens traitent les “moskali” (les Moscovites) de “katsapy” – allusion à la barbichette, comme celle des boucs, de beaucoup de Grands-Russes). Quant aux linguistes qui ont “considéré le plus souvent’ la langue ukrainienne
    “comme une sous-catégorie de la langue russe”, on voudrait des noms;
    faire état de cela sans crier haut et fort que l’ukrainien est une langue slave de base, chose reconnue par tous les linguistes de renom, qu’il y a une littérature importante à toutes les époques (en particulier au vingtième siècle, une pléiade de poètes de premier rang), c’est ne pas informer le lecteur français, cela ressemble à ce qu’a déclaré,  au moment de l’indépendance de l’Ukraine, Giscard d’Estaing – qu’il fallait comprendre que l’Ukraine c’était important pour la Russie, car son indépendance, c’était comme si l’on amputait la France de la région Rhône-Alpes (sic!!!!) jean-claude marcadé

  • Nosferatu Zemmour

    Zemmour, à la fois «Nosferatu», «Goebbels» et «Gargamel», selon le sociologue Ahmed Boubeker 22 déc. 2021. Dans un entretien paru sur le site Oumma, un sociologue n’a pas hésité à comparer Eric Zemmour au célèbre vampire, au ministre de la propagande du IIIe Reich et au sorcier adversaire des Schtroumpfs. Le candidat aurait «quelque chose de monstrueux». Dans un entretien paru le 20 décembre sur le site Oumma, qui se revendique comme relayant des informations «d’un point de vue musulman», Ahmed Boubeker, sociologue à l’université de Saint-Etienne (Loire) et auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’immigration (dont Le Grand repli), a analysé le phénomène Zemmour en recourant à des comparaisons pour le moins osées. Interrogé sur la candidature du polémiste à l’élection présidentielle et sur son impact dans l’opinion publique, Ahmed Boubeker a d’abord répondu que «ce triste personnage» lui faisait penser à la célèbre formule de Bertolt Brecht selon laquelle : «Il est toujours fécond le ventre qui enfanta la bête immonde.» Avant d’enchaîner en estimant qu’Eric Zemmour «a quelque chose de monstrueux, entre Nosferatu le Vampire, Goebbels le ministre de la propagande nazie, Gargamel le sorcier ennemi juré des Schtroumpfs et le Golem de la légende juive, cette créature de terre glaise, animée par la magie des mots, qui finit par se retourner contre son créateur».  Ahmed Boubeker a également qualifié le candidat de «pseudo-intello médiatique», qui «n’a jamais rien fait d’autre qu’agiter les formules toutes faites, qui enferment l’immigration postcoloniale dans le carcan des préjugés et le piège des mots». Selon lui, Eric Zemmour appartiendrait à la catégorie des «apprentis sorciers qui appellent à l’existence les phénomènes qu’ils évoquent», maniant une «magie du verbe» pour tenter d’imposer une certaine vision du monde, «plus précisément une division entre ceux qui auraient le plein droit de faire partie de notre communauté politique et les autres». Jugeant légitime de «s’alarmer de l’impact du discours de Zemmour sur l’opinion publique», le sociologue a estimé que la théorie du «grand remplacement» était une «ineptie», en accusant «l’Etat et non pas la société française» d’être responsable de cette dérive. Et d’ajouter que «Zemmour est un enragé du républicanisme, un enfant de l’Etat qui surfe sur les contradictions de notre modèle d’intégration […], d’autant plus radicalisé qu’il est lui-même issu de la diversité». Ahmed Boubeker tance «certaines élites politico-intello-médiatiques» Faisant référence aux origines du candidat de la droite radicale, Ahmed Boubeker a rappelé que Zemmour signifiait «olive» en berbère. Symbole de paix, le fruit a cependant «un goût des plus amers avant d’être confit», a noté le sociologue ajoutant que «c’est franchement une confiture qui pue la moisissure que cette mixture de zouaves, identitaires, lepénistes dissidents et autres illuminés du Puy du Fou qui se retrouvent dans la génération Z et les soutiens du polémiste, sauveur de la vieille France des « chevaliers et des gentes dames »». Lire aussi «Islamo-gauchisme» : pour Jean-Michel Blanquer c’est un «fait social indubitable» Interrogé sur le risque de voir l’islamophobie atteindre son paroxysme à l’occasion de l’élection présidentielle, le professeur de sociologie a estimé que les amalgames entre islam et terrorisme, ainsi que la polémique sur l’islamo-gauchisme, participaient à la «construction d’un problème musulman», avançant que «si les musulmans ont effectivement des tas de problèmes très concrets (la précarité de l’islam de France n’étant pas le moindre…), leur principal problème, c’est précisément d’être perçus comme un problème». Il a également affirmé que «le monde entier […] s’étonne de la virulence du débat public français sur l’islam depuis plus de 20 ans», mettant en cause «les obsessions de certaines élites politico-intello-médiatiques».  Selon Ahmed Boubeker, la montée de l’islamophobie est un «psychodrame» qui découle de la présence de plus en plus visible des héritiers de l’immigration postcoloniale dans la société française, qui n’acceptent plus de «raser les murs». Ce qui n’aurait rien à voir avec un supposé «grand remplacement», mais correspondrait simplement à «une revendication légitime de l’égalité des droits face à l’épreuve des discriminations». Il s’est également alarmé de l’instrumentalisation du droit pour construire le «problème musulman», évoquant la loi sur le «séparatisme» adoptée en juillet 2021. Y voyant une dérive synonyme de «la reconstruction postcoloniale de l’étranger», le sociologue a conclu : «Même Le Pen père n’en aurait pas espéré autant dans ses rêves les plus fous».
    En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/93924-zemmour-fois-nosferatu-goebbels-gargamel-selon-sociologue-ahmed-boubeker

  • MIKHAÏL YOURIEV   (Mikhaïl Abramovitch Morozov) , 1895

    1895

    MIKHAÏL YOURIEV   (Mikhaïl Abramovitch Morozov)

    <Réflexions du voyage en Europe et en Égypte>

     Extraits de la première partie du livre de Mikhaïl Youriev [Mikhaïl Morozov], Moï pis’ma (4-vo dékabriya 1893-15 mai 1894) [Mes Lettres (4 décembre 1893-15 mai 1894)], Moscou, Grossman et Knebel, 1895

    « J’ai étudié huit ans le monde artistique dans un lycée classique, j’ai écouté pendant quatre ans des cours sur ce sujet à l’université, j’ai lu beaucoup de livres intelligents et bêtes, ai parlé et discuté avec de grands savants et parfois avec des étudiants débutants. Je me souviens être resté avec un Privat-Dozent de Heidelberg dans la taverne du « Cheval d’argent » jusqu’à tard dans la nuit et nous disputions de Tacite. Lui, démontrait que Tacite était un républicain tandis que moi, je disais qu’il aimait tout simplement la liberté et me référais à un passage de l’Agricola où Tacite considère comme un État idéal celui qui réunit la monarchie et la liberté ». (p. 38)

    « Tout de même le Colisée est une oeuvre d’art, précisément parce que chaque arc, chaque colonne, chaque banc se trouvent les uns par rapport aux autres dans une stricte proportion géométrique « . (p. 41)

    « Près de la tombe de sainte Cécile, se trouve des représentations byzantines du VIIe et VIIIe siècles. J’ai surtout été touché par l’image acheïropoiète du Sauveur qui est peint aux pieds de Sainte Cécile. C’est une représentation tout à fait russe, c’est tout à fait notre icône de l’école pré-Stroganov ». (p. 47)

     » Il est évident qu’à diverses époques divers peuples ont essayé d’utiliser la peinture pour représenter le mouvement. N’est-il pas d’ailleurs vrai qu’il n’y a pas si longtemps ont été établies les frontières de la peinture et de la poésie. Je me suis souvenu du Laocoon de Lessing, du bruit qu’a produit la parution de ce livre, les paroles de Goethe à son sujet et mes pensées se mirent à tourbillonner et m’entraînèrent loin – loin ». (p. 48-49)

    [L’auteur ne comprend pas que les Russes qu’il côtoie soient émerveillés par le Passage Umberto à Naples] :

    « Est-ce qu’ils ne comprennent pas que les halles (riady) de Moscou, faites d’après le projet du professeur Pomérantsev, sont meilleures que tous les passages qu’ils soient du roi Umberto ou de Victor-Emmanuel. Je ne comprends pas ces enthousiasmes devant ce qui est étranger parce qu’il est étranger ; d’ailleurs je ne comprends pas les Russes à l’étranger. Pour quoi ils grasseyent en français, s’habillent tout en gris, jugeant que cela est la chose la plus élégante et pourquoi, malgré cela, les hommes portent des diamants jaunes sur les épingles et les dames mettent des broches serties d’argent ? Et pourquoi ils s’efforcent de montrer qu’ils ne sont pas russes et même ne coupent pas le poisson avec le couteau en argent qui est mis exprès pour cela, mais en revanche, ils se disputent avec bruit, les dames ayant les yeux rouges et les hommes avec le front couvert de taches ». (p. 72-73)

    « Il semble que, parmi les peintres, c’est Hildebrandt qui ait le mieux rendu les couchers de soleil méridionaux. Si je peignais ce coucher, j’aurais immanquablement exécuté le ciel à l’ancienne avec Flöz* [= couche, sédiment] (parmi les peintres d’aujourd’hui seul Aïvazovski travaille ainsi), si je n’avais pas des couleurs à l’aquarelle, c’est-à-dire que j’aurais imbibé le papier, comme on le faisait dans les années 1830 et comme maintenant personne ne le fait ». (p. 97)

    « Particulièrement remarquable est la tombe de Set. Les crocodiles et les serpents y ont des têtes d’antilope. Ces fresques sont tout à fait artistiques et belles. Sont surtout intéressantes les parties que l’on n’a pas réussi de terminer. Sont restés seulement les contours, mais comme ces contours sont dessinés audacieusement et de façon inusitée, quelle main sûre devait avoir l’artiste qui les a peintes. Je suis persuadé qu’il est douteux que quelqu’un des maîtres actuels puisse s’attaquer à cela…Nous avons été enthousiasmés par l’audace de Desmoulins, mais il est à vrai dire un gamin timide en comparaison de cet Égyptien inconnu. Il n’y a vraiment rien de nouveau sous la lune ! » (p. 128-129)

    [Le spectacle d’un derviche qui ne cesse de balancer son corps lui fait penser aux vieux-croyants russes] :

    « C’est ainsi que nos vieux-croyants exécutent leurs neuf cent quatre-vingt-dix prosternations le jour du haut service en l’honneur de Marie l’Égyptienne. D’ailleurs, entre l’Orient d’aujourd’hui et la vieille Rous’, il y a beaucoup de similitudes ». (p. 167)

    « Après l’Orient, l’Europe me parut ennuyeuse et inintéressante. Il m’est apparu parfois que pourrait arriver un moment où tout deviendra si ennuyeux en Europe que les gens cesseront totalement de priser cette culture européenne si louée etc. Alors déferlera une vague terrible, une vague sauvage de peuples, et elle déboulera de l’Orient. Vous vous souvenez de cette opposition qu’aimaient les Slavophiles et un écrivain russe écrivant à l’étranger : l’opposition d’un Occident pourri[1] à l’intérieur, mais brillant à l’extérieur ou un Orient rebutant à l’extérieur et magnifique à l’intérieur. Il me semble que cette position possède un certain fondement, mais pas celui que sous-entendaient ceux qui le disaient. L’Orient véritable peut être opposé à l’Occident, mais absolument pas le monde slave avec la Russie à sa tête. À Trieste, ce sont aussi des Slaves, mais Trieste n’en va pas mieux pour autant. L’Orient – l’Orient musulman -voilà qui l’Occident doit craindre. Je ne comprends pas du tout ce que peuvent espérer les anarchistes. Bon, très bien, ils détruiront l’ordre qui s’est installé en Europe, mais est-ce que vraiment ils pensent que les gens vivent seulement en Europe. Viendront des peuples de l’Asie, ils vaincront les Européens affaiblis par les troubles intérieurs, et alors – que se passera-t-il ? Selon les anarchistes, les choses iront mieux alors ? Il se peut que la Russie devra un jour jouer ici un grand et éminent rôle. Nous sommes en retard par rapport à l’Europe dans beaucoup de choses et en cela est notre force ; dans beaucoup de choses nous ressemblons à l’Orient et en cela est notre avantage…Et notre malheur, c’est que nous ne voulons pas reconnaître ces ressemblances et cette différence. Mais peut-être que nous nous raviserons et que lorsque viendra le jour où tombera avec fracas et grondement l’humanité occidentale, nous resterons intacts. C’est seulement alors qu’il faudra avoir son bien propre, ce bien propre qui ne sera pas semblable à l’occidentalo-européen. Nous possédons cela, mais il faut qu’il se développe, se renforce et ne périsse pas ». (p. 172-174)

    [1]  L’idée d’un « Occident pourri » remonte à un article de l’écrivain slavophile Stépane Chévyriov « Point de vue d’un Russe sur l’éducation en Europe » dans le premier numéro de la revue Moskoviitianine [Le Moscovite] en 1841. Le critique littéraire Vissarione Biélinski s’opposa à cette formulation slavophile.