Les airs de la calomnie des journalistes activistes anti-poutine/anti-russes

 

 

 

  • 11/6/2013 3:15

Qui a des oreilles entende, à bon entendeur salut!

jean-claude marcadé

Basile est bien vivant, et il vit en France

Jacques Sapir

© Photo

17:27 10/06/2013

« Promenades d’un économiste solitaire » par Jacques Sapir*

Je ne sais si vous vous souvenez de ce personnage dans la pièce de Beaumarchais, le Barbier de Séville, don Basile. Il est devenu célèbre car il incarne la Rumeur et la Calomnie. Il est l’incarnation de la bassesse. Dans l’opéra tiré de cette pièce qu’écrivit Rossini (1) l’air de la calomnie, chanté par Basile (2) , est l’un des morceaux de bravoure.
Pourquoi cette tribune commence-t-elle par une référence à l’art lyrique ? Parce que Basile est aussi devenu un symbole, un nom commun, pour désigner, en France et ailleurs, ceux qui propagent les rumeurs et les calomnies. On se croit à l’abri mais, en réalité, nul ne l’est. Et c’est bien là tout le problème de la rumeur et de la calomnie :
« La calunnia è un venticello
Un’auretta assai gentile
Che insensibile, sottile,
Leggermente, dolcemente,
Incomincia, incomincia a sussurrar.
Piano, piano, terra terra,
Sottovoce, sibilando,
Va scorrendo, va scorrendo
Va ronzando, va ronzando
Nell’orecchie della gente » (3).
Sur le site de Radio-France Internationale (RFI) a été installé vendredi 7 juin un papier sur le divorce du couple Poutine (4), co-signé par Anya Stroganova et Thomas Bourdeau. Ce papier contient ce qu’il faut bien appeler des allégations mensongères me concernant : « …des rumeurs courent concernant cette même fille, qui écrirait sa thèse à l’EHESS sous la direction bienveillante de Jacques Sapir, l’expert en économie russe et un proche de papa. »
On est frappé de ce que des journalistes (mais méritent-ils encore ce nom) fassent référence à une « rumeur » et utilisent le conditionnel.
D’autant plus qu’il était des plus facile de vérifier, soit en m’appelant par courriel ou par téléphone, soit en appelant le secrétariat de l’EHESS, soitenfin en vérifiant (par internet) au fichier central des thèses. Il faut croire que l’on est bien fatigué quand on travaille à RFI, car rien de tout cela ne fut fait… Le duo de bras cassés décide de laisser courir la rumeur.
Et c’est là où il y a calomnie. De plus, elle prouve que ces deux « journalistes » n’ont aucune idée (et n’ont pas cherché à en avoir…) sur comment on s’inscrit en thèse. Une inscription signifie un dossier qui est expertisé par le conseil scientifique de l’EHESS. Et donc, si l’une des filles du Président Poutine avait décidé de s’inscrire en thèse, que ce soit sous ma direction ou sous celle de n’importe quel autre collègue, elle aurait dû en passer par là et tout le monde serait au courant.
Deuxième calomnie, plus subtile mais en réalité plus grave car elle porte atteinte à ma réputation d’enseignant chercheur, c’est l’utilisation du mot « bienveillant ». Que signifie-t-il si ce n’est que, par « amitié » pour son papa (le Président de la Russie) ou peut-être pour obtenir on ne sait quel avantage, je favoriserai un étudiant ? C’est une accusation grave de favoritisme, mais qui est portée sur ce ton mielleux et doucereux de la rumeur. Cette demoiselle « écrirait » donc une thèse et je la dirigerais de façon « bienveillante ». Allons, Madame et Monsieur, ayez le courage de vos opinions ! Dites que j’ai touché de l’argent, que j’ai demandé une position, que j’accepte sciemment de fausser ce qui est un diplôme d’État en l’échange d’un quelconque avantage. Ah, l’on se dit grand et pur quand on est journaliste, mais tout ceci est petit et méprisable !
Troisième allégation, je serai donc « un proche de papa », comprendre Vladimir Poutine. Et bien, au risque de décevoir bien des gens, il n’en est rien. Je ne suis pas non plus de ceux qui accablent Poutine. Je cherche avec honnêteté à établir ce qu’il a fait pour l’économie de la Russie. J’ai écrit, et je le maintiens, que son action a été plutôt positive (5). C’est aussi l’avis des collègues russes avec lesquels nous avons rédigé La Transition Russe, Vingt Ans Après (6). Cela ne fait pas de moi un « proche », je ne dîne pas à chacun de mes séjours à Moscou au Kremlin.
De cela, je tire deux leçons. La première, c’est que RFI est tombée bien bas. Colporter de telles âneries est le signe d’un média devenu officine de propagande. On me dit qu’il reste de bons journalistes dans ce qui fut autrefois une maison respectable. Je veux bien le croire, mais ils ne sont sûrement pas à Moscou.
La seconde c’est que, quand on dit des vérités qui dérangent, que ce soit sur la Russie ou sur la France, il faut s’attendre à de telles attaques. Elles en disent long sur la pente que nous avons prise et qui nous conduit tout droit à la Tyrannie.
Les Basiles sont bien vivant et le personnage de Basile est éternel. Il continue à répandre cette calomnie comme « un petit vent » et elle peut gonfler, gonfler, colportée par milles bouches jusqu’à ce qu’elle devienne :
« Un tumulto generale
Che fa l’aria rimbombar.
E il meschino calunniato,
Avvilito, calpestato,
Sotto il pubblico flagello,
Per gran sorte va a crepar » 
(7).
Anya Stroganova et Thomas Bourdeau n’ont certes pas la voix pour se produire dans « Il Barbiere di Siviglia », mais leur intention de nuire est avérée.
***
1. « Il Barbiere di Siviglia », plus connu qu’un premier opéra tiré de la pièce et écrit par Giovanni Paisiello
2. « La calunnia è un venticello » , Acte I, tableau 2. Basile est traditionnellement une voix de basse.
3. La calomnie est un petit vent / Une petite brise très gentille / Qui, imperceptible, subtile, / Légèrement, doucement, / Commence, commence à murmurer / Piano ,piano , terre à terre, / À voix basse, en sifflant, / Elle glisse, elle glisse / Elle rôde, elle rôde / Dans l’oreille des gens`
4. http://www.rfi.fr/europe/20130607-russie-divorce-poutine-lioudmila-poutina 
5. Par exemple dans Sapir, J., « Rossija posle Putina :Ekonomitcheskie i Social’nye Osnovy Polititchekoj Stabil’nosti » [La Russie après Poutine. Fondements économiques et sociaux de la stabilité politique] in N. Lapina (ed). Dva Prezidentskih Sproka V.V. Putina. Dinamika Peremen, Éditions de l’Académie des Sciences de Russie, Moscou 2008, pp. 112-142
6. Sapir J., (sous la direction de), La Transition Russe, Vingt Ans Après, (avec V. Ivanter, D. Kuvalin et A. Nekipelov), Éditions des Syrtes, Paris-Genève, 2012.
7. Un tumulte général / Qui fait retentir l’air. / Et le pauvre calomnié, / Avili, piétiné / Sous le fléau public, / Par grand malheur s’en va crever.
L’opinion exprimee dans cet article ne coïncide pas forcement avec la position de la redaction, l’auteur étant extérieur à RIA Novosti.
*Jacques Sapir est un économiste français, il enseigne à l’EHESS-Paris et au Collège d’économie de Moscou (MSE-MGU). Spécialiste des problèmes de la transition en Russie, il est aussi un expert reconnu des problèmes financiers et commerciaux internationaux.Il est l’auteur de nombreux livres dont le plus récent est La Démondialisation (Paris, Le Seuil, 2011).
© 2013 RIA Novosti

 

Voici ce que moi-même  j’écrivais en mars et en mai 2012   sur la « calomnie » :

12 mars 2012

Piotr Smolar (ou, du moins le titre de la Rédaction du « Monde ») a trouvé le moyen, à propos du trafic d’organes des Kosovars (tellement unilatéralement et partialement soutenus en son temps), d’incriminer principalement la Russie pour ne pas transmettre les informations médicales qu’elle aurait à ce propos. Donc, ce ne sont pas les trafiquants d’organes kosovars les criminels, mais la Russie…

Mais pourquoi s’étonner, quand le même Smolar et sa collègue inénarrable Marie Jégo, s’empressent de faire des rumeurs non avérées des vérités, pour peu qu’elles soient à charge contre la Russie – ainsi de  « Maghnitski battu à mort (sic!)» dans la prison où il était enfermé. Cela ne suffit pas que la mort de Maghnitski soit une bavure de la justice russe, il faut y ajouter la touche people  de « battu à mort », sans que cela soit mentionné, ni repris, par la grande majorité des sites d’opposition.

16 mars

J’ajoute que, depuis ce « Maghnitski battu à mort en prison », Smolar et Jégo ont retiré cette « épithète homérique », par « maltraité » : y a-t-il eu quelque protestation de gens informés plus rigoureusement? En tout cas, la calomnie a joué son rôle : puisqu’il n’y a eu aucune rectification des propos de Smolar et Jégo sur « Maghnitski battu à mort », l’imputation reste en l’air. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. C’est malheureusement la doctrine du journalisme du « Monde » concernant la Russie.

Toinette Jégo continue à sévir : elle s’est emparée de deux « épithètes homériques » qu’elle va nous ressortir désormais à chaque papier : il y a une « classe créative » en Russie, avide de justice et de liberté » et, en face, « l’élite politico-militaire au pouvoir qui mise sur la bigoterie, le repli sur soi, la haine de l’étranger », évidemment promue, soutenue, encourager par Poutine, baptisé par Toinette Jégo de « leader national ».

Font partie de la « classe créative », sans doute selon Jégo, tous ceux qui sont contre Poutine – les Navalny, les Oudaltsov, les Kasparov, les Nemtsov qui, jusqu’ici, ont comme seul programme politique « la Russie sans Poutine », mais aucun  programme socio-économique qui pourrait remplacer le système actuel (le seul qui en est un de cohérent, en dehors des communistes, c’est Prokhorov, dont Jégo ne parle guère, qui n’est pas propoutinien, sans faire une opposition démagogique systématique). Sans doute aussi appartiennent à la »classe créative »  les tristement célèbres Poussy Riot, dont le niveau littéraire et musical reste pitoyable, mais dont l’inénarrable critique d’art Jégo a fait des descendants de Malévitch (mais oui!)…

jean-claude marcadé

PS Au G20, un hommage a été rendu à Poutine, pas seulement par politesse, en particulier par Christine Lagarde

 

 

La fixation monomaniaque sur Poutine, responsable de toutes les violences et de  tous les faits divers en Russie, continue dans « Le Monde ». Les Toinettes du journalisme s’en donnent, après une petite accalmie, à coeur joie. Le relai a été passé à Piotr Smolar qui, visiblement, s’informe plus par internet , où il fait un tri très édifiant, et par téléphone que sur place. Ainsi on apprend que Poutine est responsable des incidents violents qui ont eu lieu le 6 mai à Moscou contre des manifestants qui avaient cessé d’être dans la légalité pour provoquer les réactions policières. Smolar n’a peut-être jamais participé à des manifestations en France, moi si, et je sais très bien que si l’on n’ obtempère pas à des policiers quand on a enfreint « l’ordre public », on est menotté et mené au poste. Cela m’est arrivé. Le plus scandaleux dans le dernier papier de Smolar, c’est la mise en avant de faits qui ne sont pas vérifiés, sont répandus par les activistes et gonflés. Ainsi,  la « femme enceinte » battue à terre par « les policiers de Poutine » s’est révélée être l’étudiant Nikolaï qui a raconté son histoire, sans en faire par ailleurs une histoire à la Jégo-Smolar!!!  Est-ce que Smolar apportera une rectification à sa fausse information? Les Toinettes se font ainsi régulièrement des Don Basilio. C’est triste que « Le Monde » se livre à cette course aux informations systématiquement négatives, alors que le lecteur ne sait rien sur la vie politique courante du pays, comme il ne sait rien d’ailleurs de l’opposition hors système – on attend toujours  un article de fond sur la composition de cette opposition… Mais, comme cela corrigerait l’image que le journal veut donner de « la Russie de Poutine », on préfère entretenir le grand flou. Et je ne parle pas du flou qui enveloppe « les prisonniers politiques » : aujourd’hui, en Russie, une personne qui a commis un délit économique a intérêt à dire qu’elle est condamnée pour raison politique, surtout qu’ elle aura aussitôt le soutien des McCain et des Romney… Et les écrivains qui viennent soutenir les manifestations et que l’on compte d’ailleurs sur les doigts, , fort bien! Mais les personnalités du monde des arts et des lettres qui ont soutenu Poutine, où sont-ils? Ils sont voués aux gémonies, comme Assange,  devenu tout soudain « un idiot utile », travaillant pour la « télé de Poutine », laquelle télé est la bête noire des Etats-Unis, donc les moutons de Panurge européens, français en particulier, s’en vont répétant qu’il s’agit d’un medium qui nous fait revenir à la guerre froide. Comme la créatrice du Monologue, Nougayrède, a parlé avec dédain des experts qui sont chaque jour interrogés par les journalistes de la « télé de Poutine », j’ai pris la peine de relever, dans la semaine du 21 au 26 avril, aux informations de 14h,  le nom de ces experts :21/04-22/04 :  Nicolas Baverez sur la France; Ali Salman sur le Bakhrein; Glyn Ford sur Breivik et le racisme en Europe; Joseph Lieberman et Daniel Wagner sur Assange; Mike Raddie (Londres) sur les photos scandaleuses des soldats américains en Afganistan; David Martin sur les protestations contre ACTA.23/04- : John Laughland et Benoit Hamon sur les élections française; Amotz-Asa-El sur le Caire; Leah Bolger sur les médicaments pris par les soldats américains.24/04 Phil Rees, Glenn Greenwald sur Assange; Afshin Rattansi, John Laughland sur la Libye et le Syrie; Dr. Sreeram-Chaulia sur le Soudan; Francis Lun sur la Chine et l’Arctique; Dr Uri Avnery, Zeev Bielski, Yifta Shapir sur Israël-Iran.25/04 Afshin Rattansi, Omar Nashabe sur Bakhrein; Prof. Ismael Hossein-Zadeh, Mateusz Piskorski sur la Syrie; Pepe Escobar sur la provocation chinoise; Senapathy, Sandip Sen sur l’Inde.
26/04 Bruce Burgess, Alexandre Korobko, David Miliband  sur Litvinenko-LougovoÏ; Ali Rizk sur Israël-Iran, Christoph R. Horstel, Fares Al-Shehabi sur la Syrie.
Je n’ai pas pu noter tous les noms, mais la liste est déjà assez impressionnante, montrant que l’information sur l’international n’est pas unilatéralement otano-américaine  comme dans nos télévisions.
jean-claude marcad

Commentaires

Laisser un commentaire