Auteur/autrice : Jean-Claude

  • Encore Jégo et son combat pour les valeurs américaines contre les valeurs russes ….

    A paranoïa paranoïa et demie

    Décidément, ma dénonciation des papiers de Mme Jégo devient fatigante et guignolesque et j’ai envie de la laisser continuer son entreprise anti-russe. Mais sa présentation du procès Navalny dépasse les bornes de l’honnêteté journalistique – d’abord le titre qui parle d’un procès spectaculaire : qui est-ce qui organise le spectacle si ce n’est les activistes type Jégo qui ont ameuté le ban et l’arrière-ban qui se nourrit du lobby international ? Jégo est spécialiste des comparaisons fantastiques, aussi a-t-elle puisé dans la blogosphère une identification de Navalny avec … Mandela :  donc la Russie est un pays d’apartheid, et encore  – cela est l’invention de Jégo elle-même- la ville de Viatka s’appelle Kirov, Kirov, c’est l’homme politique assassiné par Staline – ergo comme Poutine= Staline, Kirov = Navalny – Tout cela est assez grotesque, si ce n’était pas triste pour le niveau de l’information sur la Russie au « Monde ».
    Je ne sais pas si Navalny, son frère et leur coïnculpé sont coupables ou non – Jégo, elle, le sait – elle a sans doute eu accès au dossier…En fait, comme Navalny est un opposant à Poutine, il ne peut être que blanc comme neige et qu’importe le dossier…D’autre part, la traduction par le mot « crime » et « criminel » des expressions « prestoupléniyé » et « prestoupny » est totalement fausse pour désigner le « délit » dont se serait rendu « coupable » Navalny… Mais Jégo n’en est pas à un contre-sens près, pourvu que le papier soit à charge.

  • des Guignols de l’info quand ils peuvent être dégueulasses

    Les Guignols de l’Info sont souvent géniaux, quelquefois peu drôles, parfois dégueulasses : c’est le cas de leur réaction à la libération d’une famille de cinq enfants au Cameroun, famille qui n’a jamais étalé sa croyance catholique vécue, et dont les Guignols ont trouvé malin  de présenter le père comme se préparant, à sa libération, à aller manifester contre le mariage pour tous – c’est tout simplement à vomir!

  • L’aventure picturale et philosophique de Kazimir Malévitch

     

     

    L’aventure picturale et philosophique de Kazimir Malévitch

     

    Malévitch est né à Kiev, la capitale de l’Ukraine, dans une famille mi-polonaise mi-ukrainienne et fut baptisé dans l’église catholique romaine de la ville[1]. L’artiste a témoigné dans ses différents écrits autobiographiques de l’influence indélébile qu’a exercée sur lui la nature ukrainienne[2]. L’art naïf des paysans décorant les khaty (les maisons paysannes d’Ukraine), les pyssanky (œufs colorés), aussi bien que l’icône, considérée comme « la forme supérieure de l’art paysan »[3], seront sa première académie « sauvage ».

    De 1896 à 1905, le futur peintre s’installe en Russie dans la ville de province de Koursk, où, avec un groupe d’amateurs, il se livre, à ses heures de loisir, à des études qui, d’après ses dires, évoluent d’un réalisme inspiré du peintre de genre ukrainien Mykola Pymonenko (1862-1912) et surtout de Répine (1844-1930), l’artiste le plus important du mouvement réaliste engagé des « Ambulants », vers l’impressionnisme. Cette période de formation, qui va jusqu’en 1910, reste tout à fait obscure. Nous savons seulement qu’à partir de 1905, Malévitch se trouve définitivement à Moscou, où il s’initie professionnellement à la technique picturale dans l’atelier du peintre kiévien Fiodor Roehrberg. Il s’adonne alors à l’impressionnisme et peint à même la nature (comme Larionov à la même époque[4]) : « J’aimais beaucoup la nature au printemps, en avril et au début mai. Je ne partais plus faire des études et je travaillais dans une pommeraie, près d’une maisonnette que j’avais louée pour douze roubles par mois. C’était, ce jardin, mon véritable atelier. »[5] Malévitch est net : c’est l’impressionnisme qui lui a appris que « l’essentiel n’était pas de peindre des phénomènes ou des objets avec tous leurs détails, mais que tout résidait dans une facture [i.e. texture] picturale pure, et dans le seul rapport de toute mon énergie avec les phénomènes, avec la seule qualité picturale qu’ils contenaient.

    Toute mon œuvre était semblable à celle du tisserand qui tisse une étoffe d’une texture étonnamment pure. »[6]

    À cette base impressionniste Malévitch restera fidèle tout au long de sa carrière, même dans les styles, qui paraîtraient les plus opposés et qui sont issus des leçons du cézannisme géométrique entre 1912 et 1914 (le goût pour les dégradés, pour les luminescences en contraste avec les zones ombreuses), voire dans le suprématisme où l’on remarquera que la texture blanche des fonds est animée par les sillons ondulés tracés par le va-et-vient du pinceau. [suppression du passage placé ici]

    Un  des rares exemplaires d’impressionnisme de cette époque du début, que Malévitch avait emporté avec lui à Berlin, est La femme au journal [Stedelijk Museum, Amsterdam[7]], peinte vers 1905-1906 au moment où il fréquente l’atelier du peintre kiévien Fiodor Roehrberg, sa première véritable école d’apprentissage. Il avait vingt-six ans. Le journal que tient le personnage féminin sur ses genoux porte en cyrillique le titre de « Koursk » (sans doute, le début du journal Kourskiyé goubernskiyé viédomosti [Les Nouvelles du gouvernement de Koursk]. Le peintre nous a dit que la ville de Koursk, où il était arrivé en 1896, venant de Kiev, afin de travailler dans une compagnie de chemins de fer, avait tenu « une grande place » dans sa biographie[8]. Il travaille en dehors des heures de service, à la peinture en amateur, forme un cercle artistique dont font partie ses compatriotes ukrainiens, comme les peintres Loboda ou Kvatchevsky (« Nous étions l’un et l’autre Ukrainiens »[9]). De cette période, où il se dit avoir été sous l’influence du réalisme des « Ambulants » Chichkine et Répine, nous n’avons aucune trace. En 1906, l’artiste est sous l’influence principale de Monet, qu’il avait pu voir dans la Collection Chtchoukine à Moscou et dont il nous a rapporté, dans un texte saisissant, l’impression produite par les deux Cathédrales de Rouen (matin et soir) qui s’y trouvaient. Pour lui, Monet « fait pousser la peinture qui pousse sur les murs de la cathédrale. Ce n’était pas la lumière et les ombres qui étaient sa tâche principale mais la peinture qui se trouvait dans l’ombre et la lumière »[10]. Si cette influence est particulièrement frappante dans l’Eglise de la Collection Costakis (Salonique, Musée d’Art moderne)[11] ou les deux Paysages du Musée national russe de Saint-Pétersbourg[12], elle se conjugue dans la Femme au journal d’Amsterdam à une connivence avec la poétique de Bonnard. Les touches impressionnistes jouent avec les unités colorées de la nappe blanche, la blouse et la jupe rose et mauve du personnage et de l’objet accroché à l’arbre en larges coups de pinceau avec des rapprochements chromatiques francs audacieux (les « brusques fusées de couleur franche » que l’on a notées chez Bonnard) : « Quelque chose, que l’on appelait la lumière, est devenu tout aussi étanche que n’importe quel matériau. »[13]

    De ces années de tâtonnement (1905-1909) date toute une série de dessins et de gouaches qui ressemblent fort à des études d’atelier (portraits, paysages, vignettes décoratives) et qui oscillent entre le réalisme, la caricature, le primitivisme, le symbolisme et l’Art nouveau. Jusqu’en 1910-1911, Malévitch reste tributaire d’une inspiration symboliste, empruntant les formes stylisées et les thèmes littéraires propres aux artistes du « Monde de l’art » de Saint-Pétersbourg ou de « La Rose bleue » de Moscou. Il expose à plusieurs reprises (en 1907, 1908, 1909) à la « Société des Artistes de Moscou » où figurent également des personnalités de l’avant-garde comme Kandinsky, Larionov, David Bourliouk ou Morgounov.

    On le sait, Malévitch n’a jamais remontré de son vivant ses oeuvres de style symboliste ou « moderne » (je rappelle qu’en Russie on appelle « style moderne » ce qui ailleurs s’appelle « Art Nouveau », « Jugendstil », « Secessionstil » ou « Modern Style ») après leur dernière apparition au Premier Salon Moscovite de 1911[14]. Il les avait alors groupées selon trois cycles : « Série des jaunes », « Série des blancs », « Série des rouges ». Ce sont là trois variantes stylistiques du Symbolisme russe entre 1900 et 1910 : un style qui mêle l’esthétique nabi, celle d’Eugène Carrière, de Whistler, de Vroubel et de Borissov-Moussatov[15]; un style franchement « moderne » qui fut le fait surtout du mouvement pétersbourgeois du « Monde de l’Art »; un style primitiviste-fauviste.

    La première apparition avérée d’œuvres symbolistes eut lieu à la XVI exposition de la « Société des Artistes de Moscou » en 1908. Ce sont les détrempes Le Triomphe du Ciel et La prière (toutes les deux au Musée National Russe). Ces œuvres se distinguent par leur tendance à la monochromie jaune. Si, par l’esprit mystico-ésotérique, elles sont proches des peintres de « la Rose bleue » qui se manifestent sur la scène artistique moscovite entre 1904 et 1907, même si le choix du camaïeu jaune or est un défi à ce mouvement, une volonté de s’en distancier. Ce choix de la couleur n’est d’ailleurs pas innocent, comme cela apparaît au « Premier Salon Moscovite » de 1911 où l’artiste polono-ukraino-russe met un point final à son aventure symboliste, dont il est d’ailleurs déjà sorti par ses envois concomitants au premier « Valet de carreau » de 1910-1911 à Moscou et à « L’Union de la jeunesse » d’avril-mai 1911 à Saint-Pétersbourg où se fait jour un puissant style primitiviste fauve. C’est au « Premier Salon Moscovite » qu’il expose les séries jaunes, blanches et rouges, mentionnées plus haut.

    On ne peut plus clairement indiquer que ce qui importe ici, c’est le mouvement de la couleur, issu certes de l’impressionnisme, mais se moulant dans des structures stylistiques différentes dans chacune des trois séries. Dans la « Série des jaunes », il s’agit véritablement du style symboliste original, tel qu’il domine chez les peintres de « La Rose bleue ». Dans la « Série des blancs », nous avons affaire avec de l’Art Nouveau, tel qu’il domine dans « Le Monde de l’art ». Enfin, dans la « Série des rouges, nous trouvons déjà un style primitiviste fauve dans lequel est présent un e iconographie de type symboliste.

    L’exemple de la « Série des jaunes » est exemplaire de ce style symboliste. Dans toutes les œuvres de ce type, l’élément végétal est omniprésent. Ce n’est plus la nature des impressionnistes, peinte sur le vif, c’est un paysage imaginé, synthèse symbolique d’une végétation universelle, d’une croissance universelle que le pictural fait apparaître dans son rythme formel et coloré. Ici la tradition des Nabis est repensée à la lumière de l’esthétique extrême-orientale. D’abord la couleur jaune dominante qui explique pourquoi Malévitch n’a pas été admis à participer à « La Rose bleue», cette couleur qui a une forte consonance bouddhiste est également un analogon pictural de la lumière solaire, mais de la lumière d’un soleil intérieur qui irradie tout l’espace, qui fuse de partout, sans créer de clair-obscur, sans ombre portée. Le jaune se perd en mordorures, en rougeoiements. C’est véritablement un espace iconique qui apparaît, non pas au sens d’une icône orthodoxe liturgique mais d’un tableau auquel serait donné le statut d’image essentielle, non-mimétique, de la réalité sensible, mais allant au cœur de la réalité du monde, car se nourrissant aux racines des apparences.

    La conjugaison des éléments plastiques ou conceptuels de l’icône et de l’art extrême-oriental constitue une synthèse profondément originale par rapport à la tradition française, en particulier celle d’Odilon Redon qui opère la même synthèse chrétienne bouddhiste. Les Christs redoniens ont des faces méditatives qui rappellent celle des Bouddahs (une descendance magnifique est celle des faces christiques de Jawlensky). On a souvent souligné cet élément extrême-oriental, en particulier japonisant, dans la création d’Odilon Redon. C’est une des filiations qu’il faut rechercher dans la « série des jaunes » de Malévitch. De la même façon, l’enveloppement floral, les personnages qui sont plongés dans une végétation diaprée et luxuriante sont un héritage de Redon dont on sait aussi la dette à l’égard de Rodolphe Bresdin chez qui Théodore de Banville avait noté le caractère cosmique du passage de la plante au monde animal : « La transition entre la vie végétale et la vie animale nous échappe comme entre la vie animale et la vie divine. »

    Il faut noter ici que Malévitch vient d’une culture picturale marquée au tournant du XIX et du XX siècle par Vroubel et chez Vroubel, les personnages sortent, émanent de parterres fleuris. Le panthéisme déjà bien présent chez Odilon Redon ou Vroubel est porté chez Malévitch à son maximum d’intensité. Cette fusion des êtres et de la floraison du monde est particulièrement exprimée dans l’Esquisse pour une fresque  qui représente un « bois sacré »[16] et qui doit faire partie  des trois oeuvres exposées en 1911 dans la « Série des jaunes » et intitulées « Saints ». Selon moi, les deux autres œuvres auxquelles pourrait s’appeler cette dénomination sont Le Triomphe du Ciel[17] et l’Autoportrait[18].

    Le «  bois sacré » est dans la ligne de Redon par son style et des Nabis, surtout de Maurice Denis, par son esprit. Cette détrempe représente une déploration semblable à celle des disciples du Christ dans les « Mises au tombeau ». Le corps mort émerge d’une floraison et sa tête se perd dans les troncs élancés d’arbres non réels, « symboliques ». Rappelons-nous ce que Marianne Werefkin [Marianna Vladimirovna Veriovkina] écrivait au début des années 1910 : « L’objet ‘arbre’ n’existe pas, mais le mot ‘arbre’ existe et à lui est lié le concept d’une chose qui n’existe pas […] Il y a cet arbre, et cet arbre, et cet arbre, mais l’arbre en soi n’existe pas. Mais il y a le mot ‘arbre’, et il est le symbole pour tout ce qui ressemble à un arbre. » [19]

    Le Triomphe du Ciel est particulièrement paradigmatique du panthéisme pictural de Malévitch, panthéisme pictural qui est d’ailleurs celui des symbolistes russes de façon générale. Une figure de divinité à la fois Bouddha et Christ, forme un arbre-cosmos ; la divinité qui embrasse cosmos transfiguré est à replacer dans l’iconographie plastique ukrainienne avec la collision du sujet fréquent de l’Arbre de Vie comme personnage central du tableau (que l’on retrouve dans Arbre et dryades de l’ancienne collection N. Manoukian) ,  et de la figuration du sujet de la « Virgine della Misericordia » enveloppant de son manteau l’humanité, également présent dans l’icône ukrainienne. On peut là encore observer le syncrétisme des synaxes de saints dans les icônes orthodoxes et le sujet des mille bouddhas, par exemple, dans l’art d’Extrême-Orient avec le rythme si caractéristique des nimbes. Quant à l’Autoportrait, il montre le personnage émergeant de ramifications arborescentes et de leur synaxe d’« éveillés ». Nous verrons que dans la « série des rouges » ce seront des scènes érotiques qui hanteront la tête du peintre. La cueillette des fruits de l’ancienne collection Khardjiev ressemble à un « bois sacré ». Elle a été exposée à la XVII exposition de la Société des Artistes de Moscou en 1909-1910. Cette œuvre nous fait voir, dans l’iconographie, une tendance philosophico-ésotérique dans la ligne des Nabis, surtout de Maurice Denis, lequel était venu à Moscou, précisément à cette époque, en 1909, pour installer ses panneaux décoratifs L’histoire de Psyché dans l’hôtel particulier du mécène-collectionneur Morozov et, dans la picturologie, un dessin primitiviste, la monochromie et une poétique florale dans la ligne de Redon. La Prière est déjà plus marquée stylistiquement part le « style moderne », en particulier dans l’ondulation de la chevelure qui est comme une métonymie de la tête abîmée dans la méditation ; mais la tendance à la monochromie, l’esprit panthéiste de l’union de l’homme plongé dans la nature, sont bien du même symbolisme que les autres œuvres de la « série des jaunes ».

    Dans la « Série des blancs », en revanche, nous trouvons une esthétique plus proche du mouvement pétersbourgeois du « Monde de l’art », comme Noces et Société pornographique en hauts-de-forme du Museum Ludwig de Cologne, comme Repos. Société en hauts-de-forme du Musée national russe, ou encore Petite ville du Musée national Radichtchev de Saratov et Société dans un parc[20] de l’ancienne collection Khardjiev. La stylistique de la « série de blancs » est proche de l’esthétique graphique « sécessionniste » du « Monde de l’art ». Les sujets sont tirés de la vie contemporaine avec ironie et sarcasme, avec aussi des trivialités (l’homme qui urine dans Repos. Société en hauts-de-forme) qui sont contemporaines des trivialités de « l’art de gauche » russe qui commence à se manifester précisément au même moment aux expositions « Stephanos- Viénok-La Guirlande » en 1907-1908.

    L’Arbre est au cœur de l’aquarelle inachevée Société pornographique en hauts-de-forme, il se dresse sur les bords du « fleuve de vie » (le « passage de l’eau » comme dans le Jardin des délices de Bosch), tel qu’il est présenté dans le dernier chapitre de l’Apocalypse. Le mysticisme malévitchien s’inscrit dans l’atmosphère générale de la Russie à cette époque, pleine de recherches religieuses, théosophiques, anthroposophiques, ésotériques, voire occultistes.

    La « Série des rouges » est constituée d’œuvres qui, pour une part, sont chargées de symbolisme et, pour une autre, débouchent déjà nettement sur le primitivisme fauve. Une œuvre de transition entre la « série des jaunes » et la « série des rouges » est l’Epitaphios de la Galerie nationale Trétiakov : il s’agit du  Linceul du Christ, en slavon « Plachtchanitsa », une planche peinte représentant le corps du Christ,    qu’on expose et l’on vénère dans l’Eglise Orthodoxe le Vendredi Saint. Chez Malévitch, le sujet traditionnel est transformé en une image se référant plutôt à des modèles bouddhiques, bien que son iconographie s’inspire directement du travail de  Vroubel pour l’église Saint-Cyrille-d’Alexandrie à Kiev dans les années 1880. Remarquons encore une fois l’enveloppement du corps d’une floraison universelle.

    La dominante rouge caractérise la gouache Arbre et dryades. Nous avons ici la synthèse de la tradition grecque, de la tradition biblique de l’Arbre de Vie et celle de l’’ arbre d’illuminations » extrême-oriental. C’est le mystère du cosmos qui s’y déroule avec la jonction du principe masculin (l’arbre-phallus) et du principe féminin (la matrice au cœur de l’arbre). Comme dans l’art bouddhique, le sacré est à la fois mystique et imprégné d’érotisme cathartique. Le contraste du rouge et du vert est typique de l’art tibétain ancien.

    L’Autoportrait de la Galerie Trétiakov est plein du monde nabi. Alors que l’Autoportrait de la « série des jaunes » était hanté par le monde de la sainteté, celui-ci est entouré d’un essaim de femmes nues, en diverses positions. Le regard, comme cela sera le cas dans pratiquement tous les visages de Malévitch, ne porte sur aucun lieu précis, il est, par un léger strabisme, tourné vers l’intérieur.

    Ainsi, Malévitch a bien pendant trois-quatre ans payé son tribut au Symbolisme le plus pur et cela n’est pas une « erreur de jeunesse », même si le fondateur du  Suprématisme sera un adversaire farouche du symbolisme illusionniste et descriptif. Toute l’œuvre de Malévitch est marquée sinon par les « symbolisme » (comme entre 1907 et 1911), du moins par le symbolique, comme révélation de la pure sensation du monde à travers des couleurs quintessenciées dans le sans-objet suprématiste et même dans le retour postsuprématiste à la figure.

     

     

    À partir de 1910, s’opère une mutation. Malévitch participe à Moscou à la première exposition du « Valet de carreau », organisation de peintres partagés entre le cézannisme de Piotr Kontchalovski, Ilia Machkov ou Aristarque Lentoulov, et le Néoprimitivisme de Mikhaïl Larionov et de Natalia Gontcharova qui visait à retrouver les sources nationales de l’art populaire[21]. Malévitch travaille alors à de grandes gouaches influencées par Natalia Gontcharova, mais aussi par Gauguin, Matisse, Picasso, Braque (il avait pu voir des œuvres des  peintres de l’avant-garde française aux Salons de la Toison d’or en 1908 et 1909 et aussi dans les collections des marchands moscovites Ivan Morozov et Sergueï Chtchoukine[22]).

    L’ensemble, qui comporte les deux Autoportraits du Musée national russe et de la Galerie nationale Trétiakov, et le cycle du Stedelijk Museum d’Amsterdam – Baigneur, Frotteurs de parquet, Opérateur des cors au pied, Homme au sac, Jardinier, Sur le boulevard, est unique dans sa facture et sa gamme colorée. Guy Habasque a été un des tout premiers critiques à évaluer avec justesse ces gouaches, à montrer que, dès ce moment, le peintre polono-ukraino-russe s’est libéré définitivement de toutes ses hésitations antérieures : « Le sujet n’y est déjà plus qu’un prétexte, un point de départ, le support d’une composition avant tout plastique. La couleur y est utilisée de manière purement instinctive avec une force brutale et parfois presque agressive. Les dominantes sont chaudes avec, semble-t-il, une prédilection pour le rouge, les tons vifs et saturés. Le dessin, volontairement schématisé et très appuyé, reste réaliste, mais son rôle devient essentiellement rythmique. Aucune droite, en effet, mais de grandes courbes s’opposant asymétriquement et parcourant le tableau dans toute son étendue. »[23]

    Je ne reviens pas sur les filiations cézanniennes, matissiennes, picassiennes, transformées par la structure primitiviste que j’ai pu analyser ailleurs[24]. On le sait, le Néoprimitivisme russe est apparu au troisième Salon de la « Toison d’or » à Moscou en 1909[25] et fut le fait, principalement, de Larionov et de Natalia Gontcharova. Le Néoprimitivisme faisait renaître la fraîcheur naïve, le dynamisme, le vigoureux schématisme des images populaires russes (loubok), des enseignes, des planches servant de formes pour la pâtisserie, des jouets, etc. La désintellectualisation de la peinture s’accompagnait d’une désintellectualisation des sujets. En 1911-1912, Malévitch se trouve dans le sillage de Larionov et surtout de Natalia Gontcharova à laquelle il emprunte les larges contours et les aplats à la Gauguin, la robustesse des lignes, le hiératisme byzantin, en particulier dans la facture des yeux. Il les avait suivis dans leur scission d’avec les cézanniennes russes du « Valet de carreau » en 1911 et participera à part entière à l’aventure du Néoprimitivisme.  C’est d’ailleurs dans le groupe de Larionov, qu’il expose ses gouaches en avril 1911 à l’ »Union de la jeunesse » de Saint-Pétersbourg, puis, à Moscou, à « La Queue d’âne » en mars 1912[26].

    Si Larionov a eu l’importance d’un détonateur, pour Malévitch comme pour tous les novateurs russes des années 1910, c’est cependant Natalia Gontcharova qui paraît avoir eu l’influence la plus déterminante pour faire trouver à l’auteur de Femme aux seaux du Stedelijk Museum d’Amsterdam sa propre voie. On connaît sa déclaration, rapportée par Nikolaï Khardjiev : « Natalia Gontcharova et moi nous travaillions surtout sur le plan de la vie sociale. Chacune de nos œuvres avait un contenu : nos personnages, bien que représentés dans des formes primitivistes, contenaient un plan social. C’est en cela qu’était notre désaccord de principe avec le « Valet de carreau » dont la ligne remontait à Cézanne. »[27]

    Les œuvres de Malévitch étaient si originales et différentes des autres néoprimitivistes russes, et cela alla en s’accentuant au fur et à mesure que la production malévitchienne s’enrichissait de nouvelles propositions plastiques, que la rupture avec le groupe de Larionov eut lieu l’année suivante 1913. Ainsi, on put lire, dans le recueil édité par ce dernier, sous la plume de Varsanofii Parkine (pseudonyme du poète Valentin Parnakh) : « K. Malévitch couvre tout un mur de grandes aquarelles aux tons criards et barbouillés de façon désordonnée, des figures fades – sans expression, avec ce style polonais de mauvais aloi dont abondent les œuvres de Vroubel. »[28]

    En réalité, les flaques colorées qui « barbouillent » les surfaces peintes sont le fait du pictural en tant que tel, pour lequel les « taches de couleur bougent » et « croissent infiniment »[29] en « avalanches de teintes » sorties du cerveau en ignition du peintre[30].

     

     

     

    Entre 1911 et 1913, Malévitch donnera le cycle certainement le plus impressionnant qui ait été consacré au thème de la vie paysanne. La représentation de la vie religieuse orthodoxe sous sa forme populaire y occupe une place privilégiée[31]. Au schématisme et au laconisme naïf du Néoprimitivisme, Malévitch combine les principes du précubisme cézannien (traitement stéréométrique des formes, construction non illusionniste de l’espace). La Moisson de seigle, Le Bûcheron, Tête de jeune paysanne (Stedelijk Museum, Amsterdam), Matin au village après la tempête de neige (Solomon R. Guggenheim Museum, New York) répondent à une mise en pratique du fameux précepte de Cézanne dans sa lettre à Emile Bernard du 15 avril 1904 : « Traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective[…] La nature pour nous, hommes, est plus profonde qu’en surface. » On sait la fortune que cette déclaration a eue parmi les peintres cubistes. On peut dire que l’interprétation qu’en donne Malévitch est tout à fait originale par rapport à celle des peintres français, qu’il s’agisse des œuvres de Picasso et de Braque entre 1907 et 1909, ou encore des Nus dans la forêt (ou « Bûcherons ») (1910) de Léger, que certains critiques ont pu rapprocher des tableaux de Malévitch. Ce que Louis Vauxcelles appela en 1911 le « tubisme » de Léger n’a qu’un rapport superficiel avec les éléments iconographiques intervenant dans l’architecture des tableaux de Malévitch en 1912. La différence capitale entre le peintre russien et les peintres français tient au fait que le premier part d’une structure de base primitiviste, celle du loubok, de l’enseigne de boutique, de l’icône, alors que les Français introduisent des éléments venus des arts primitifs à une structure de base « civilisée », cézannienne. Le peintre russien, lui, fait donc le chemin inverse des peintres français.

    Il n’en reste pas moins que si Malévitch a gardé la structure de base de ses tableaux primitivistes antérieurs, il n’en a pas moins opéré une mutation iconographique totale en appliquant à la lettre le principe cézannien de la réduction au cylindre, à la sphère et au cône. Bien que les contours des personnages, des objets, des motifs paysagistes restent entièrement lisibles, on se trouve, en fait, devant un nouveau réalisme, que le peintre a qualifié de « transmental«  [zaoumnyi]. En effet, si les éléments référents (paysans, seaux, hache, maisons, tronçons d’arbres, gerbes, gestes) ne présentent aucune ambiguïté sémantique et sémiotique, leur figuration sur la toile obéit non plus aux lois du « bon sens » et de la logique visuelle, mais à celles de la « création intuitive », qui sont au-delà du bon sens et de la logique. Opposant la raison, qui développe logiquement les formes utilitaires pour l’usage quotidien, à l’intuition, comme manifestation du subconscient, le peintre écrit : « La création intuitive est inconsciente et n’a pas de but, ni de réponse précise […] Le sentiment intuitif a trouvé une nouvelle beauté dans les objets – l’énergie des dissonances qui résulte de la rencontre de deux formes. »[32]

    Et aussi: « La forme intuitive doit sortir de rien. »[33]

    La gamme des couleurs utilisées distingue totalement l’auteur de Récolte du seigle des artistes français de son époque. Braque et Picasso avaient réduit autour de 1910 leur palette à des ocres, des bruns, des gris et des noirs. Le peintre russien, héritier d’une tradition slave d’art populaire multicolore (en particulier dans son Ukraine natale), couvre en revanche les éléments géométriques de ses tableaux de toutes sortes de nuances rouges, roses, orange, vermillon, bleu de Prusse, vert, indigo, mauve, blanc et noir. C’est un véritable scintillement de toutes les teintes du prisme. Bien qu’appliquée franchement et avec une grande énergie, la couleur est constamment tenue dans une vibration qui intègre, comme nous l’avons noté plus haut, l’héritage impressionniste, grâce à des dégradés subtils et au jeu des ombres et des lumières. Un contraste vigoureux est aussi créé entre la rigidité sacrale et statique des gestes, figés dans l’immobilité de l’instant, et les glissements, les déplacements dynamiques de volumes géométriques assemblés comme les roues d’une machine, recouverts d’une peinture métallisée. Il y a là la première synthèse du cubisme et du futurisme.

    Jusqu’en 1913, Malévitch reste fidèle à la figure, dont il garde le contour néoprimitiviste de base qu’il n’a cessé d’interpréter dans différents styles. On comprend très bien comment il a pu passer en quelques mois du « réalisme transmental » (Portrait perfectionné d’Ivan Vassiliévitch Kliounkov du Musée national russe) à ce qu’il a appelé le « réalisme cubofuturiste » (Portrait du compositeur Matiouchine de la Galerie nationale Trétiakov). Dans les dessins pour le Portrait du compositeur Matiouchine, comme sur la toile, la lisibilité de la représentation est obscurcie au maximum. Des éléments figuratifs apparaissent çà et là (une portion de crâne, un clavier, les parties d’un piano etc.) mais la distribution de ces éléments ne correspond plus à aucune figuration « reconnaissable ». Nous sommes devant un équivalent sémiotique, un système de signes ordonnés uniquement en fonction des lois internes du tableau. Nous sommes en plein cubofuturisme car à l’architecture solidement construite se mêle l’interpénétration des objets et de l’homme (selon les principes et la pratique du Futurisme italien, en particulier de Boccioni et de Ballà autour de 1912).

     

     

     

    L’année 1913 est particulièrement féconde. Malévitch est lié aux poètes et théoriciens « futuraslaves » (boudietlianié) Vélimir Khlebnikov et Alexeï Kroutchonykh ; il travaille en leur compagnie à la mise en forme des recueils lithographiés Les Trois [Troïé] et Jeu en enfer [Igra v adou]. Sa conception du spectacle La Victoire sur le Soleil, opéra de Matiouchine sur un prologue de Khlebnikov et un livret de Kroutchonykh, en décembre 1913, marque une date importante dans l’évolution des arts du XXème siècle. C’est du point de vue scénique le premier spectacle cubiste au monde, c’est aussi la première œuvre théâtrale pleinement futuriste qui ait été réalisée. C’est enfin, pour Malévitch, la première étape vers le suprématisme. Voici ce qu’en dit le poète Bénédikt Livchits : « Dans les limites de la boîte scénique, la stéréométrie picturale prenait naissance pour la première fois ; un système rigide de volumes se constituait, ramenant au minimum les éléments du hasard imposé de l’extérieur par le mouvement des corps humains. Ces corps étaient mis en pièces par les lames des phares, ils perdaient alternativement les bras, les jambes, la tête, car pour Malévitch ils n’étaient que des corps géométriques soumis non seulement, à la décomposition en éléments, mais aussi à la complète désagrégation dans l’espace pictural. L’unique réalité était la forme abstraite qui avait englouti, sans qu’il en restât rien, toute la vanité luciférienne du monde. »[34]. C’est aussi la première apparition du « carré noir » dans les esquisses pour La Victoire sur le Soleil, en particulier dans l’esquisse pour le personnage du Fossoyeur dont le corps forme un carré[35]. Cet « embryon de toutes les possibilités »[36] aboutira en 1915 au « Suprématisme de la peinture ». Dans les toiles de1913-1914, les surfaces quadrangulaires envahissent l’espace. Mais c’est l’’ alogisme » qui triomphe alors. L’alogisme est un autre nom de la « transmentalité » (zaoum’) dont il avait qualifié ses œuvres de 1912. Dans une lettre du début 191#3 à Mikhaïl Matiouchine, il écrit : « Nous sommes parvenus au rejet du sens et de la logique de la raison ancienne, mais il faut s’efforcer de connaître le sens et la logique de la nouvelle raison qui s’est déjà manifestée, l’au-delà de la raison si l’on veut ;  par comparaison, nous sommes arrivés à la transmentalité [zaoumnost’]  […] Je commence à comprendre que dans ce transmental il y a aussi une loi stricte qui justifie le droit à l’existence des tableaux»[37] Le triomphe de l’alogisme dans la peinture de Malévitch au cours des années1913-1914 s’affirmera par une suite de tableaux que l’on pourrait dire « programmatiques ». la peinture y perd définitivement son statut de représentation du monde sensible grâce à un « geste » qui introduit l’absurde : ainsi dans La Vache et le violon du Musée national russe, une vache vient détruire l’image du violon, objet figuratif par excellence du cubisme ; une vraie cuillère de bois était collée à l’origine sur le chapeau de l’ Anglais à Moscou du Stedelijk Museum d’Amsterdam, confrontant ironiquement l’objet matériel, utilitaire,avec la chose peinte ; une reproduction collée de la Joconde est biffée par deux traits dans Composition avec Mona Lisa de l’ancienne collection Léporskaïa, réduisant cet eïdolon de l’expression figurative de l’art renaissant à un objet de troc (sous l’image de la Joconde une coupure de journal porte la légende : « appartement à céder à Moscou »). Sur la toile est écrit au pinceau « Eclipse partielle ». Avec l’apparition du Quadrangle noir entouré de blanc à la « Dernière exposition futuriste de tableaux 0, 10 » à Pétrograd à la toute fin de 1915, ce sera l’éclipse totale des objets. La façon dont le Quadrangle était accroché doit être soulignée : il était suspendu à l’angle supérieur du mur comme l’est l’icône centrale du « Beau coin rouge [krasny ougol] » dans toutes les maisons orthodoxes slaves. On ne saurait mieux, exotériquement, exprimer le caractère iconique du « Suprématisme de la peinture », selon le nom donné par Malévitch à son iconostase picturale de « 0, 10 ». Si l’on suit la progression des quadrilatères dans les œuvres de 1913-1914, on remarque que les tableaux sont tous sans exception saturés de formes. Au regard de ces dernières, les formes pures, nues du quadrilatère, du cercle et de la croix, qui vont désormais habiter les surfaces suprématistes, frappent par leur minimalisme.

    La pratique poétique « transmentale » de Khlebnikov et la théorisation par Kroutchonykh de la réduction du mot à la lettre-son ont joué un rôle certain dans le passage que fait faire Malévitch à sa peinture, vers la réduction minimale à la couleur seule, et tout d’abord au noir et au blanc, c’est-à-dire à l’absorption et à la diffusion de la gamme prismatique. « Contemporain du formalisme naissant, Malévitch en a subi l’influence en profondeur. Ainsi le blanc sur blanc procède d’une réflexion sur la couleur en tant que telle, qui fait pendant au verbe en tant que tel de Khlebnikov, devenu le son en tant que tel de Jakobson […] À cela s’ajoute le problème de la facture – la peinture envisagée dans sa spécificité matérielle […] Mais surtout ce qui domine dans la démarche de Malévitch, c’est l’exigence première du formalisme : la réduction aux unités minimales. »[38]

    Cependant, si ce mouvement « formaliste » a joué un rôle capital dans l’évolution picturale de Malévitch, son itinéraire philosophique amènera le peintre à affirmer que l’art n’est pas une cuisine plus ou moins raffinée de mise en forme des matériaux, mais la percée de l’être non figuratif, sans-objet, dont l’exigence, quand il est reconnu, bouleverse la vie tout entière. Pour Malévitch, qui développera sa philosophie dans de nombreux écrits[39], le seul monde vivant est le monde sans-objet [mir kak bespredmietnost’]. Affirmant le primat de la cinquième dimension (l’économie), il définira le suprématisme dans ses différents stades, statique et dynamique, comme une manifestation purement (économiquement) picturale de la nature en tant que physis, site de l’être, de la vie, de ce  Rien que le peintre libère sur la toile. Car l’acte créateur n’est pas mimétique, mais un « acte pur », qui saisit l’excitation universelle du monde, le Rythme, là où disparaissent  toutes les représentations figuratives de temps et d’espace  et ne subsistent que l’excitation, cette « flamme cosmique » « sans nombre, sans précision, sans temps, sans espace, sans état absolu et relatif »[40]  Du Quadrangle noir de 1915 au Blanc sur blanc (dont le « Carré blanc sur fond blanc » du MoMA) de 1917, c’est l’espace du monde qui émerge à travers «  le sémaphore de la couleur dans son abîme infini »[41]. Ayant atteint le zéro avec le « Carré noir », c’est-à-dire le Rien comme « essence des diversités », le « monde sans-objet », Malévitch explore au-delà du zéro les espaces du Rien.

    L’abstraction suprématiste ne reconnaît donc qu’un seul monde, celui de l’abîme de l’être. Si la non-figuration abstraite de Kandinsky est encore dualiste-symboliste, si l’abstraction néoplastique de Mondrian est un système d’équivalents picturaux sémiologiques, le sans-objet malévitchien suppose la destruction radicale du pont que jettent la métaphysique et l’art traditionnels par dessus le « grand abîme » (Kant) séparant le monde accessible à la raison d’un monde qui ne le serait pas. C’est la sensation [ochtchoutchénié] du seul monde réel, le monde sans –objet [bespredmietny mir] ,  qui brûle tous les vestiges de formes dans les deux pôles du suprématisme, le « Carré noir » et le « Carré blanc ». Entre ces deux pôles se situe un ensemble de tableaux suprématistes aux couleurs vives et contrastées. Les couleurs ne sont pas ici des équivalents psychologiques artificiellement (culturellement) établis ; Malévitch est opposé à toute symbolique des couleurs (celle de Kandinsky, par exemple). Les signes minimaux auxquels il recourt, et qui ne sont jamais exactement géométriques, doivent se fondre dans le « mouvement coloré », s’y dissoudre. La surface colorée est, en effet, la seule « forme vivante réelle » ,    mais comme la couleur « tue le sujet », ce qui compte finalement dans le tableau, c’est le mouvement des masses colorées.

     

     

    Pendant dix ans, de 1916 à 1926, Malévitch est un des protagonistes de l’art de gauche russe. Il participe à des débats, polémique avec les passéistes comme Alexandre Benois[42], après les révolutions de 1917 avec les constructivistes-productionnistes[43], anime des groupes suprématistes à Pétrograd et à Moscou (1916-1918), à Vitebsk (1919-1922), à Pétrograd-Léningrad (1922-1927), donne son enseignement sans relâche et crée une architecture utopique (« architectones », planites, etc.)[44]. Malévitch écrit beaucoup : des pamphlets (« Les vices secrets des académiciens »[45], des manifestes dans le journal moscovite Anarchie en 1928, des prises de position [46] ; mais surtout, il élabore avec acharnement des textes théoriques et philosophiques dont seule une faible partie est publiée de son vivant, textes qui ne sont pas compris de ses contemporains et même soulèvent des tempêtes d’indignation chez les adversaires marxistes-léninistes du suprématisme. Malévitch est violemment attaqué dans la revue marxiste Petchat’ i révolyoutsiya [Presse et révolution], en 1922 (N°7), par l’un des théoriciens marxistes les plus autorisés de l’art constructiviste-productionniste, Boris Arvatov, qui qualifie le bel article de 1919 « Sur la poésie »[47] de « bavardage d’illettré ». Quant à la brochure De Cézanne au Suprématisme, parue à Moscou en 1920 aux éditions officielles de la Section des Arts Plastiques [IZO], elle est considérée, dans la même revue, par l’obscur I. Kornitskii comme « un ramassis de phrases ineptes ». Boris Arvatov dénonce encore de façon agressive le traité Dieu n’est pas détrôné. L’Art, L’Eglise, la Fabrique : « Sa langue est inintelligible et présente on ne sait quel mélange ventriloquent de pathologie et de maniaquerie ; c’est celle d’un dégénéré s’imaginant être un prophète. »

    Le texte de Malévitch Dieu n’est pas détrôné. L’Art. L’Eglise. La Fabrique (Vitebsk,1922) est la dernière brochure parue du vivant du fondateur du Suprématisme. C’est un des textes philosophiques les plus hauts du XXe siècle. Malévitch qui n’avait aucune formation scolaire, universitaire, intellectuelle suivie, a su par la seule pénétration de son génie développer, à partir de connaissances glanées çà et là (le Tertium Organum (1911) du théosophe Piotr Ouspensky, en particulier, a pu être une anthologie des idées venues de Grèce, d’Inde ou d’Extrême-Orient) une pensée complexe, orientée vers le questionnement de l’être, en quête d’une nouvelle figure de Dieu et d’une nouvelle spiritualité. Le philosophe Emmanuel Martineau, auteur de Malévitch et la philosophie[48], n’hésite pas à écrire à propos de Dieu n’est pas détrôné. L’Art. L’Eglise. La Fabrique : » Or, qu’a à dire Malévitch ? La vérité de l’être (et non point l’essence de l’étant) comme in-objectivité ; l’ineffabilité divine et la purification possible du rapport de l’homme au divin ; les conditions d’un communisme supérieur à l’ ‘humanisme du jeune Marx ; surtout : la liberté propre au Rien, d’un Rien où il faut que l’homme apprenne lui aussi à prendre son libre envol. En d’autres termes : l’affaire de la pensée suprématiste, c’est exactement ce que la phénoménologie heideggérienne portera plus tard à la parole. Et plus étonnant est qu’en résumant ainsi l’enseignement du peintre, nous n’avons rien ajouté à ses propres énoncés ; rien orné ni enjolivé : en dépit d’une formation philosophique probablement sommaire, malgré son ignorance des conditions historiques propres à l’éclosion de la méditation de Heidegger, Malévitch, faisant le plus avec le moins, trouve en dix ans de réflexion solitaire le nom propre de la question suprême’ : le ‘Rien libéré’ »[49]

    Le livre de Malévitch est d’une richesse inouïe et n’a trouvé    jusqu’ici que des commencements d’exégèse et d’herméneutique, en particulier dans les travaux d’Emmanuel Martineau. Nous suivrons le philosophe français pour qui Dieu n’est pas détrôné. L’Art. L’Eglise. La Fabrique se situe dans les régions de la  » théologie spirituelle au sens large, patristique entre autres, incluant la théologie négative classique  » et celles de  » la théologie apo-phatique du Dieu in-objectif, présupposant, outre un accès expérimental à la vie positive du Rien, une remise en question ‘phénoménologique’ […] de la signification de l’apophase comme telle : cette dernière parole sur Dieu culmine naturellement dans la nomination du retrait de Dieu dans Dieu n’est pas détrôné, §32), motif où entrent en écho imperceptible la parole de Malévitch, la parole de Hölderlin, et la parole ultime de Nietzsche « [50].

    Pour Malévitch, la mise à zéro des formes n’est qu’un tremplin pour aller au-delà du zéro, dans les régions du Rien libéré. Cet « au-delà » n’est pas une transcendance au sens traditionnel, mais est immergé dans le monde sans-objet, seule réalité.

    Il faut ici citer un large extrait de la lettre, jusqu’ici inédite, que Malévitch écrivit à Mikhaïl Gerchenzon le 11 avril 1920, c’est-à-dire précisément au moment où il commence son grand œuvre philosophique. Cette lettre confirme, s’il en était besoin, l’antimatérialisme foncier du peintre et son ambition de faire du suprématisme pictural et philosophique une nouvelle religion de l’esprit, appelée à succéder à toutes les religions, – une « religion de l’acte pur » :

    « Je ne considère plus le Suprématisme en tant que peintre, ou comme forme que j’aurais fait sortir de l’obscurité de mon crâne, je me tiens devant lui comme quelqu’un qui est à l’extérieur et qui contemple un phénomène. Pendant de nombreuses années, j’ai été occupé par mon mouvement dans les couleurs en laissant de côté la religion de l’esprit ; vingt-cinq années ont passé, et maintenant je suis retourné ou bien suis entré dans le Monde religieux ; je ne sais pourquoi cela s’est passé. Je fréquente les églises, regarde les saints et tout le monde spirituel en action et voilà que je vois en moi, et peut-être dans le monde entier, qu’est arrivé le moment du changement des religions. J’ai vu que de la même façon que la peinture est allée vers la forme pure de l’acte, de la même façon le Monde des religions va vers la religion de l’Acte Pur ; tous les saints et les prophètes furent stimulés par ce même acte mais n’ont pu l’accomplir, car ils avaient pour barrière la raison qui voit en toute chose but et sens, et tout l’acte du Monde religieux s’est brisé sur les deux parois de la palissade rationnelle. »[51]

    Les textes de Malévitch permettent de saisir la portée de son acte pictural. Si Malévitch a été pris d’une véritable rage d’écrire, ce fut autant pour défendre son système pictural que par un besoin ontologique de formuler par le verbe ce qu’il formulait, silencieusement, par le pictural. Les écrits malévitchiens nous font entrer dans les méandres mêmes de la création où « peindre-écrire-penser-être » sont des positions identiques sinon semblables. Ils sont le fruit d’une réflexion venant après une œuvre déjà faite. À la fois défense et illustration de l’art sans-objet, ils nous donnent la version philosophique d’une pratique picturale. Malévitch n’est pas un philosophe-théologien professionnel. Il est un peintre qui a exprimé discursivement, avec les outils verbaux fournis par son environnement culturel, la nécessité philosophique de l’art pictural. L’extraordinaire, la chose unique dans l’histoire universelle des arts, c’est que Malévitch soit non pas un peintre-philosophe mais un grand peintre et un grand philosophe qui a su poser en termes philosophiques, souvent idiolectiques, et au même niveau que les grands, la question de la vérité de l’être.

     

     

    Le 22 mai 1923, Malévitch publie son credo sous la forme d’un manifeste comportant huit propositions, Le Miroir suprématiste [Souprématitcheskoïé zierkalo], où encore une fois il fonde son art sur une philosophie du Rien : « Le monde en tant que diversités humaines égale zéro […] L ‘essence des diversités est le monde sans-objet »[52]. Puis, dans un article publié le 29 mai et intitulé « Le Poussah » [Van’ka-vstan’ka], il répond sur un mode parodique à l’idéologue marxiste orthodoxe, S. Issakov, qui l’avait accusé de « déviation théologique ». Faisant allusion à la formule de Marx qui veut que l’être-conscient [das Bewusstsein] soit déterminé par l’être social [das gesellschaftliche Sein], il écrit : « Est-ce que la conscience détermine l’existence ou l’existence la conscience, est-ce que la poule vient de l’œuf ou l’œuf de la poule ? Est-ce que l’existence existe en dehors de la conscience ou la conscience en dehors de l’existence ? Qu’en pensez-vous, camarade Issakov ? »[53]

    Elu le 15 août 1923, directeur du Musée de la Culture picturale de Pétrograd, Malévitch reçoit mission de le réorganiser. Cet établissement, qui avait été créé en 1921 et rassemblait 257 œuvres de 69 artistes représentant tous les courants « de l’impressionnisme au cubisme dynamique », constituait en fait, avec le musée du même type à Moscou, le premier « musée d’art moderne» du monde. Malévitch décide d’en étendre les activités et le transforme à cette fin en Institut National de la Culture artistique (GUINKHOUK), se réservant d’y diriger la section « Recherches formelles et théoriques », les sections « Culture organique » et « Culture matérielle » étant respectivement assumées par Matiouchine et Tatline, la « Section expérimentale » par Pavel Mansouroff, l’« Idéologie générale d’abord par Filonov, ensuite par Nikolaï Pounine .

    En 1927, l’artiste est autorisé d’aller à Varsovie, puis à Berlin où une rétrospective de son œuvre se tient dans le cadre de la « Grosse Berliner Kunstausstellung » (7mai-20 septembre). Il fait la connaissance de Schwitters, d’Arp et de Moholy-Nagy et, sur une invitation de Walter Gropius, visite le Bauhaus à Dessau. Un volume de ses écrits paraît à la fin de l’année dans la série des « Bauhausbücher » sous le titre Die gegenstandslose Welt. Sentant que la situation de l’avant-garde est précaire en Union Soviétique, il laisse ses tableaux et une importante sélection de manuscrits inédits à des amis allemands. Le 30 mai, il rédige un testament olographe concernant son œuvre écrite : « Dans le cas de ma mort ou d’un emprisonnement définitif, et dans le cas où le propriétaire de ces manuscrits désirerait les publier, il faudra les étudier à fond et, après cela, les éditer dans une autre langue ; en effet, comme je me suis trouvé en son temps sous des influences révolutionnaires, on pourrait y trouver des fortes contradictions avec la manière que j’ai de défendre l’Art d’aujourd’hui, c’est-à-dire en 1927. Ces dispositions doivent être considérées comme les seules valables. K. Malévitch, 30 mai 1927. Berlin .»

    De retour en URSS, il est arrêté pour quelques jours. Entre 1928 et 1934, Malévitch se remet intensément à la peinture. Pendant ces six années, il donne plus de cent tableaux. Ce retour à la peinture de chevalet, qu’il avait pratiquement abandonnée de 1919 à 1927 au profit de son travail pédagogique, de la création d’une « architecture artistique » (les architectones) et de la formulation de sa philosophie, reste encore énigmatique. C’est en effet un retour thématique au cycle paysan et un retour formel à la figure. Il y a quelque chose d’impressionnant dans la série de ces visages sans visage » aux bandes de couleurs vives, dont la gamme russo-ukrainienne rappelle celle de la table pascale orthodoxe, dans ces paysages campagnards où la terre et le ciel forment un contraste pictural saisissant, dans ces paysans aux poses hiératiques, traversés par ce sans-objet, ce non-être universel que le suprématisme avait fait apparaître de façon si énergique entre 1915 et 1920. Malévitch y montre qu’il n’a pas renié le suprématisme. On a affaire dans ce postsuprématisme à un espace iconique où tout est transpercé par la couleur, élément révélateur de la vraie dimension, de la véritable mesure des choses. La couleur est pure, rigoureuse, laconique. La parenté avec la peinture d’icônes y est plus nette que dans les œuvres d’avant 1914. Certaines « Têtes de paysans » reposent sur une structure de base empruntée aux icônes de la Sainte Face (ou « Christ Acheïropoiète » ou du Pantocrator. A  côté de titre indiquant brièvement le sujet (Femme au râteau, Sportifs, Jeunes filles aux champs), on trouve des dénominations comme « Compositions colorées », qui suggèrent les intentions avant tout picturales de l’artiste.

    Le 15 mai 1935, l’artiste mourut à Léningrad.

    La démarche philosophico-picturale de Malévitch s’inscrit dans le champ des interrogations les plus hautes de la pensée universelle, non seulement comme point culminant de l’évolution esthétique européenne à partir de Cézanne, mais encore comme système ontologique permettant à « la vérité de l’être » de se révéler.

     

    JEAN-CLAUDE MARCADÉ

     

     

     



    [1] On sait aujourd’hui  que Kazimir Sévérinovitch Malévitch est né le 12 février 1879 (et non en 1978, comme l’affirmait l’artiste lui-même). Son certificat de baptême est publié dans un ouvrage récent très important par les documents rassemblés sur sa vie et son œuvre : Malévitch o sebié. Sovremenniki o Malévitchié. Dokumenty. Vospominaniya. Kritika [Malévitch sur lui-même. Les contemporains sur Malévitch. Documents. Souvenirs. Critique] (par les soins d’Irina Vakar et de Tatiana Mikhienko),  2 tomes, Moscou, RA, 2004). On y apprend, entre autres, que Malévitch était, du côté de son père polonais, « noble héréditaire ». Sa mère, d’après le témoignage d’une sœur de l’artiste, était d’origine ukrainienne et orthodoxe et s’appelait Loudmila Galinovska et qu’elle aurait adopté le prénom de Ludwika et peut-être la religion catholique lors de son mariage (il n’y a pas de documents qui le prouvent, le certificat de mariage à l’église catholique romaine de Kiev mentionnant seulement que les deux époux étaient paroissiens de cette église)

    [2] Voir « Autobiography », in : Malevich, Essays on Art 1915-1923 (ed. Troels Andersen), New York, George Wittenborn, 1971, t. II, pp. 147-154 ; même texte en allemand dans : Kasimir Malewitsch. Zum 100. Geburtstag, Cologne, Galerie Gmurzynska, 1978, pp.11-19, et en français, dans K. Malévitch, Ecrits IV. La Lumière et la Couleur. Textes inédits de 1918 à 1926, Lausanne, L’Age d’Homme, 1981, pp. 49-58 ; Dietstvo i younost’ Kazimira Maliévitcha. Glavy iz avtobiografii khoudojnika [Enfance et jeunesse de Kazimir Malévitch. Chapitres de l’autobiographie de l’artiste » [1933], dans The Russian Avant-Garde, Uppsala, Almquist & Wiksell, 1976, pp. 85-129 ; même texte en traduction française dans : Malévitch. Colloque International, Lausanne, L’Age d’Homme, 1979, pp. 153-168

    [3] Malévitch. Colloque International, op.cit., p.163

    [4] Cf. Jean-Claude Marcadé, « De quelques impulsions méridionales dans l’œuvre de Larionov », in catalogue Nathalie Gontcharova-Michel Larionov (par les soins de Jessica Boissel), Paris, Centre Georges Pompidou, 1995, pp. 195-196

    [5] K. Malévitch, « Enfance et adolescence », op.cit., p. 167

    [6] Ibidem

    [7] Sur la collection du Stedelijk Museum d’Amsterdam, voir le catalogue Malévitch. Un choix dans les collections du Stedelijk Museum d’Amsterdam (sous la direction de Suzanne Pagé et de Rudi Fuchs), PARISmusées,2003

    [8] K. Malévitch, « Enfance et adolescence. Chapitres de l’autobiographie de l’artiste » (réd. Nikolaï Khardjiev), in : Malévitch, Actes du Colloque International tenu au Centre Pompidou, Musée national d’Art moderne, Lausanne, L’Age d’Homme, 1979, p. 161

    [9] Ibidem, p. 162

     

     

    [10] K. Malévitch, »Des nouveaux systèmes en art », op.cit., p. 102

    [11] Cf. Angelica Zander Rudenstein, Russian Avant-Garde. The George Costakis Collection, Londres, Thames and Hudson, p. 252, N° 474

    [12] Voir le catalogue raisonné du Fonds Malévitch du Musée national russe : Kazimir Malevich in State Russian Museum, Saint-Pétersbourg, Palace Editions, 2001, pl. 1 et 2 (le catalogue existe également en russe et en suédois)

    [13] K. Malévitch, « La lumière et la couleur » [début des années 1920], in : Ecrits IV. La lumière et la couleur, Lausanne, L’Age d’Homme, 1993, p. 68

    [14] Les œuvres de style symboliste et moderne ont été révélées pour la première fois dans toute leur ampleur dans l’exposition mémorable hollando-soviétique de 1988-1989 au Musée national russe, à la Galerie nationale Trétiakov, au Stedelijk Museum d’Amsterdam. Entre temps, la Galerie Jean Chauvelin avait exposé en 1977 Arbre et dryades de l’ancienne collection N. Manoukian, cf. catalogue Suprématisme, Paris, Galerie Jean Chauvelin, 1977, p. 115; la rétrospective Malévitch au Centre Georges Pompidou en 1978 montra aussi une série de dessins symbolistes et modernes de l’ancienne collection Anna Léporskaya, voir : Malévitch, Actes du Colloque International, op.cit., N° 21-36

    [15] J’ai essayé de montrer qu’il y avait bien un style symboliste russe spécifique qui se distinguait du symbolisme dans l’Art Nouveau européen et du symbolisme dans le Fauvisme, cf. Jean-Claude Marcadé, « Le Symbolisme russe dans les arts plastiques », in catalogue Le Symbolisme russe, Bordeaux, Musée des Beaux-Arts, 2000, p. 11-17

    [16] Voir le catalogue raisonné Kasimir Malevich in The State Russian Museum, op.cit., N° 5

    [17] Ibidem, N° 4

    [18] Ibidem, N° 6

    [19] Marianne von Werefkin « Causerie sur le symbole, le signe et sa signification dans l’art mystique » [1914], in : L’année 1913. Les formes esthétiques et l’œuvre d’art à la veille de la première guerre mondiale, Paris, Klincksieck, 1971, tome III, p. 203 [le texte russe original a été publié dans la revue russe de New York Novy journal, 1955, N° 85, pp. 115-122]

    [20] Voir la reproduction dans : Malévitch. Un choix dans les collections du Stedelijk Museum d’Amsterdam, op.cit., p. 69

    [21] Cf. Jean-Claude Marcadé, « The Russian Cézanneists-Fauvists-Neoprimitives of the Knave of Diamonds (1910s) and Western European Fauvists and Expressionists » in : The Knave of Diamonds in the Russian Avant-Garde, Saint-Pétersbourg, Palace Editions, 2004, pp. 21-26

    [22] Voir la liste des expositions de la Toison d’or et des œuvres de la collection, de Morozov et de Chtchoukine dans : Valentine Marcadé, Le Renouveau de l’art pictural russe. 1863-1914, Lausanne, L’Age d’Homme, 1972, pp. 271-295 et passim. Dans son traité paru à Vitebsk en 1919, O novykh sistemakh v iskousstvié [Des Nouveaux systèmes en art], Malévitch a relevé la place que la collection de peinture française de Sergueï Chtchoukine a tenue dans l’avant-garde russe et les polémiques qu’elle a suscitées : « Il m’est arrivé, quand je visitais la collection de S. Chtchoukine, de voir plusieurs personnes s’approcher d’un Picasso et s’efforcer à tout prix d’y reconnaître l’objet dans son ensemble ; dans Cézanne, comme ils trouvaient des défauts de naturel, ils ont décidé que Cézanne voyait de manière primitive la nature et qu’il peignait de façon grossière. En s’approchant de la Cathédrale de Rouen de Monet, ils plissaient les yeux et s’efforçaient de trouver les contours de la cathédrale ; mais comme les taches floues n’en exprimaient pas de manière tranchée les formes, celui qui conduisait la visite fit remarquer que jadis il avait vu le tableau et qu’il se souvenait qu’il était alors plus net ; visiblement, il avait perdu ses couleurs ; en même temps, il décrivait les séductions et les beautés de la cathédrale. On fit la proposition originale de suspendre à côté du tableau une photographie, les couleurs seraient rendues par le peintre et la photographie donnerait le dessin, ainsi l’illusion serait complète. Mais personne ne voyait la peinture elle-même, ne voyait bouger les taches de couleur, ne les voyait croître de manière infinie : pour eux, Monet, en peignant cette cathédrale, s’était efforcé de rendre la lumière et l’ombre qui étaient sur les murs. Ce n’était pas la lumière et les ombres qui étaient son principal souci, mais la peinture qui se trouvait dans l’ombre et la lumière. Cézanne, Picasso, Monet recherchaient le pictural comme des coquillages à perles. », K. Malévitch, Ecrits I. De Cézanne au Suprématisme, op.cit., p. 102

    [23] Guy Habasque, « Documents inédits sur les débuts du Suprématisme », Aujourd’hui, septembre 1955

    [24] Cf.Jean-Claude Marcadé, Malévitch, Paris, Casterman, 1990,   p. 51 sqq.

    [25] Cf. Valentine Marcadé, Le Renouveau de l’art pictural russe. 1863-1914, Lausanne, L’Age d’Homme, 1972, p. 295-296

    [26] Cf. Valentine Marcadé, Le Renouveau de l’art pictural russe. 1863-1914, ibidem, p. 318, 322

    [27] N. Khardjiev, Maïakovski i jivopis’ [Maïakovski et la peinture], 1940, p. 359, cité ici d’après : Valentine Marcadé, Le Renouveau de l’art pictural russe. 1863-1914 , op.cit., p. 205

    [28] Varsanofii Parkine, « Oslinyi khvost i Michen’ »[ La Queue d’âne et la Cible], in : « Oslinyi khvost » i « Michen’« [« La Queue d’âne » et « La Cible »], Moscou, 1913

    [29] K. Malévitch, « Des nouveaux systèmes en art », op.cit., p. 102

    [30] K. Malévitch, « De la poésie » [1919], in : Ecrits II. Le miroir suprématiste, Lausanne, L’Age d’Homme, 1993, p. 74

    [31] Cf. Valentine Marcadé, « Le thème paysan dans l’œuvre de Kazimir Sévérinovitch Malévitch », in Malévitch. Cahier I, Lausanne, L’Age d’Homme, 1983, p. 7-16 (même texte en anglais et en allemand dans : Kasimir Malewitsch. Zum 100. Geburtstag, op.cit., et en ukrainien dans la revue Soutchastnist’, 1979, N° 2 [218], pp. 65-76)

    [32] K. Malévitch, « Du Cubisme au Suprématisme. Le nouveau réalisme pictural » [Pétrograd, 1915], in : Ecrits I. De Cézanne au Suprématisme, op.cit., p. 40, 41

    [33] K. Malévitch, « Du Cubisme et du Futurisme au Suprématisme. Le nouveau réalisme pictural » [Moscou, 1916], in : Ibidem, p. 61

    [34] Bénédikt Livchits, L’Archer à un œil et demi, Lausanne, L’Age d’Homme, 1971, p. 181

    [35] Je renvoie à mon article « La Victoire sur le Soleil ou le merveilleux futuriste comme nouvelle sensibilité », dans l’édition bilingue de l’opéra La Victoire sur le Soleil, Lausanne, L’Age d’Homme, 1976, pp.65-97 (le Fossoyeur y est représenté pour la première fois, p. 62)

    [36] K. Malévitch, lettre à Matiouchine de mai 1915, en français dans : Malévitch, Actes du Colloque International, op.cit., p. 173 ; en allemand, dans Sieg über die Sonne, Berlin, Akademie der Künste, 1983, pp. 48-49

    [37] K. Malévitch, lettre à Matiouchine du 3 juillet 1913, in : Malévitch o sebié. Sovremenniki o Malévitchié. Dokumenty. Vospominaniya. Kritika [Malévitch sur lui-même. Les contemporains sur Malévitch. Documents. Souvenirs. Critique], op.cit., t. I, p. 53

    [38] Dora Vallier, « Malévitch et le modèle linguistique en peinture », Critique, Paris, mars 1975, N° 334, pp. 294-295

    [39] En russe, il faut signaler les Oeuvres en cinq tomes [Kazimir Malévitch, Sobranié sotchinénii v pyati tomakh], Moscou, « Guiléïa », 1995- 2004 ; en anglais : Malevich, Essays on Art (4 tomes éd. Troels Andersen), Copenhage, Borgen, 1968-1978 ; en français : K. Malévitch, Ecrits (4 tomes, éd. Jean-Claude Marcadé), Lausanne, L’Age d’Homme, 1974-1994  ; en italien : Malevic, Scritti, Milan , Feltrinelli, 1977, (éd. Nakov) ; en allemand : K. Malewitsch, Die gegenstandslose Welt, Munich, Bauhausbücher, 1927 (traduction A. Van Riesen), Suprematismus. Die gegenstandslose Welt, Cologne, DuMont Schauberg, 1962 (traduction H. van Riesen, –  Kazimir Malevic, Gott ist nicht gestürzt. Schriften zu Kunst, Kirche, Fabrik, Munich-Vienne, Hanser, 2004 (éd. Aage A. Hansen-Löve)

    [40] Kazimir Malévitch, Dieu n’est pas détrôné. L’Art, l’Eglise, La Fabrique, Lausanne, l’Age d’Homme, 2002, § 1 et passim

    [41] K. Malévitch, « le Suprématisme » in : Ecrits II. Le miroir suprématiste, op.cit., p. 83

    [42] Voir la lettre de Malévitch à Alexandre Benois en mai 1916 dans : K. Malévitch, Ecrits II. Le miroir suprématiste, op.cit., pp. 44-48

    [43] Voir, entre autres, la lettre de Malévitch à la rédaction de la revue constructiviste d’architecture Sovrémiennaya arkhitektoura en 1928 dans : K. Malévitch, Ecrits II. Le miroir suprématiste, op.cit., pp. 112-113

    [44] Voir :  Patrick Vérité, « Malevic et l’architecture », Cahiers du MNAM, N° 65, 1998 ; Patrick Vérité, « Sur la mise en place du système architectural », Revue d’Etudes slaves, N°1-2, 2000 ;Malévitch, peintures, dessins, Paris, Centre Georges Pompidou, 1980 (textes de Jean Hubert Martin, Jacques Ohayon, Paul Pedersen, Chantal Quirot) ; voir aussi : Jean-Claude Marcadé , « Le Suprématisme de K.S. Malevic ou l’art comme réalisation de la vie », Revue des Etudes slaves K. Malévitch, Ecrits II. Le miroir suprématiste, op.cit., pp. T. 56, pp. 61-77 

    [45] K. Malévitch, Ecrits II. Le miroir suprématiste, op.cit., pp. 48-49

    [46] Ibidem, pp. 49-61 ; dans le

    [47]  K. Malévitch, « De la poésie » in : K. Malévitch, Ecrits II. Le miroir suprématiste, op.cit., pp. 73-82

    [48]  Emmanuel Martineau, Malévitch et la philosophie, Lausanne, L’Age d’Homme, 1977 : ce livre, à la fois « pamphlet juvénile » et profonde réflexion sur la question de l’Abstraction, a pour ambition de viser à poser les premiers jalons, à partir de la pensée suprématiste de Malévitch, d’une « phénoménologie apophatique ».

    [49]  Emmanuel Martineau, « Préface » in : K. Malévitch, Ecrits II. Le miroir suprématiste, op.cit., p. 9

    [50] Emmanuel Martineau, « Préface », ibidem, p. 12

    [51]  K. Malévitch, Lettre à M.O. Gerchenzon du 11 avril 1920, in : Œuvres en cinq tomes, tome I, op.cit., p. 341

    [52] K. Malévitch, « Le Miroir suprématiste » in : K. Malévitch, Ecrits II. Le miroir suprématiste, op.cit., pp. 96-97

    [53] K. Malévitch, « Le Poussah » in : K. Malévitch, Ecrits II. Le miroir suprématiste, op.cit., p. 100

  • poutinophobie ou poutinomania = ni l’un ni l’autre

    International

    Poutinophobie ou Poutinomania: avis des Allemands

    Nezavissimaïa gazeta

    Nezavissimaïa gazeta

    © RIA Novosti. Alexei Druzhinin

    12:10 11/04/2013
    MOSCOU, 11 avril – RIA Novosti

    Les Allemands ont une attitude contrastée envers le président russe. D’un côté, tous les hommes politiques allemands se souviennent du passé « KGBiste » de Poutine et attendent de lui des mesures dans l’esprit de l’oppression de la dissidence et de l’autoritarisme, écrit le quotidienNezavissimaïa gazeta du 11 avril.

    Car c’est ainsi qu’agissaient les agents du KGB en Allemagne de l’Est, aujourd’hui pratiquement tous sur liste noire indépendamment de leur culpabilité personnelle.

    D’autre part, les Allemands disciplinés et respectueux de la loi ne peuvent pas nier que Poutine – quoi qu’en disent ses opposants russes – est un président légitimement élu dans un pays ayant des liens économiques et historiques solides avec l’Allemagne.

    Malheureusement pour les deux camps, la visite de Poutine en Allemagne a été ternie par les procureurs russes. La veille de sa venue, ils ont mené des vérifications dans les bureaux de fondations politiques allemandes implantées en Russie. Une opération qualifiée de « descente » par l’hebdomadaire Spiegel.
    Comme s’il était question d’organisations mafieuses. Probablement ces actions maladroites ont créé une atmosphère assez négative, contrairement aux visites antérieures. La radio allemande Deutsche Welle débat à nouveau pour savoir quelle conduite adopter avec la Russie – les journaux allemands s’entendent pour dire que le partenariat est impossible sans évoquer les droits de l’homme.

    La précédente visite de Poutine à la foire de Hanovre avait eu lieu il y a huit ans, à l’époque du chancelier Gerhard Schröder. Les deux hommes politiques avaient visité les salles d’exposition en échangeant des plaisanteries, posé devant les photographes dans la cabine d’un tracteur géant, annoncé des chiffres astronomiques témoignant du succès du partenariat entre les deux pays et signé un accord stratégique pour l’éducation et la santé. Tout était parfaitement en ordre dans les relations entre les deux présidents et, par conséquent, entre Moscou et Berlin. Beaucoup de choses ont changé depuis.

    Le quotidien Süddeutsche Zeitung remarque que Vladimir Poutine n’a jamais été considéré comme un démocrate pur mais on voulait croire qu’en Russie, tout changeait progressivement pour le mieux – vers la démocratie, un Etat de droit et des libertés civiles. Cette foi déterminait la position allemande envers la Russie, qualifiée tantôt de partenaire stratégique, tantôt de partenaire pour la modernisation.

    A quelques mois des législatives de septembre, un débat a été lancé en Allemagne sur les relations russo-allemandes. Le candidat du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) Peer Steinbrück a récemment appelé à ne pas appliquer à la Russie les « normes occidentales » et à éviter la critique publique afin de conserver un dialogue et de bonnes relations. Les partisans de cette politique aiment se faire passer pour les véritables amis de la Russie, écrit le Süddeutsche Zeitung. Ils estiment que ce n’est pas à l’Allemagne de donner des leçons. Les entrepreneurs allemands qui investissent activement en Russie sont également de cet avis.

  • de l’art de gauche en Russie (Premier quart du XX siècle non-figuration, abstraction et sans-objet)

     

    Русское и советское левое искусство: молниеносная и неизбежная эстетическая революция XX века

     

    Оригинальность настоящей выставки, посвященной, главным образом, уникальному историческому феномену, который принято называть «русским aвангардом», заключается не только в ее междисциплинарном характере, но также и в том, что впервые подобным образом представлены произведения, принадлежащие к более ранним течениям, предшествовавшим собственно авангарду (с которыми этот последний ожесточенно боролся),  и более поздние, которые, начиная с 1920-х годов, возвращаются к более благоразумной фигуративности и все более идеологизированным сюжетам.

    Таким образом, мы увидим замечательного натуралиста Малявина, который около 1905 года, сам того не сознавая, создавал фовистские произведения. Его крестьянки («бабы»), кружащие в пестрых юбках с преобладанием красного и зеленого цветов, поражают силой колорита и динамизмом. В том же самом пышном рядусимволист Врубель представлен одним из самых впечатляющих своих полотен – «Шестикрылый серафим» – образцом живописной мозаики, столь характерной для этого великого визионера. Впрочем, во многих творениях Врубеля в зародыше содержатся некоторые из русских художественных культур XX века: русский кубо-футуризм, аналитизм Филонова и его школы, лирическая абстракция. При всем различии, Врубель сыграл для русского искусства ту же роль, что Сезанн для искусства европейского.

    Подборка произведений, которые можно квалифицировать как поэтический реализм (Левитан, Куинджи) или стиль модерн (у Серова и Рериха), обнаруживает естественную склонность к минимализму, к исключению второстепенных деталей ради достижения известной абстрагированной реальности. К примеру, вызывают удивление своим «пред-хопперовским» характером лунные пейзажи Куинджи, в которых совершенно отсутствует какой-либо эмоциональный психологизм.

    Даже в картине «Хоровод» (1906) убежденного символиста Николая Милиоти (члена «Голубой розы») сюжет теряется, тонет в импрессионистском тумане, тяготеющем к монохромии, доводящем дематериализацию чувственного мира до границ не-фигуративности. Как и в «Сирени» Врубеля, в этой работе Николая Милиоти можно увидеть зародыш будущей лирической абстракции, которая систематически будет разрабатываться лишь спустя десятилетия.

    Каково значение этой преамбулы по отношению к чистому и суровому авангарду, возникшему между 1907 и 1910 годом на выставках, вызвавших неприятие части тогдашней публики?  Можно ли сказать, что переход от художественных культур, существовавших в момент взрыва русского импрессионизма, примитивизма и фовизма, – то есть реалистического академизма, модерна, символизма, – происходил постепенно, что это была эволюция, а не революция? Для меня, и думаю, что зритель согласится с моим мнением, здесь произошел откровенный разрыв со всем господствовавшим в то время традиционным искусством, и этот разрыв был очень резок. Приверженцы авангарда противопоставляли себя протагонистам реалистического академизма с Репиным во главе, но также и «сецессионистам» из «Мира искусства» во главе с Александром Бенуа.

    Понятно, почему в такой атмосфере Малевич на протяжении всей жизни затуманивал период символизма и модерна в своем творчестве, хотя на наш сегодняшний взгляд, это время представляется не «заблуждениями юности», но важным этапом в развитии живописи и концепции основателя супрематизма.

    Война между молодыми новаторами и пассеистами с обеих сторон велась не на жизнь, а на смерть. Примирение было невозможно. Это была эпоха «пощечин общественному вкусу», когда в литературе сбрасывали «с Парохода современности» Пушкина, Достоевского, Толстого и проч. «Отец русского футуризма» Давид Бурлюк со своей стороны в том же 1913 году написал совершенно ницшеанский по стилю памфлет, озаглавленный «Галдящие Бенуа и новое русское национальное искусство. Беседа гг. Бурлюка, Бенуа и Репина об искусстве», в котором радикально отвергал все существовавшие до сих пор формы, отстаивал право на эксперимент, отрицая любые авторитеты, кроме «природы и меня», и требуя, чтобы Россия перестала быть «художественной провинцией Франции».

    Что касается опубликованного на средства четы Пуни в январе 1914 г. альманаха «Футуристы. Рыкающий Парнас», в котором приняли участие художники Пуни, Ольга Розанова и Филонов, то он начинался со статьи «Идите к черту!» в адрес писателей-символистов, акмеистов и «буржуазных футуристов», которая завершалась фразой «мы выплевываем навязшее на наших зубах прошлое».

    Но «пассеисты» в долгу не остались. Репин, глава передвижников (этих тенденциозных реалистов XIX века), ставший профессором петербургской Академии художеств, постоянная мишень для нападок авангардистов, при показе в 1910 г. в Северной столице «Салона» Владимира Издебского, писал:

    «Здесь ожидал нас целый ад цинизма западных бездарностей, – хулиганов, саврасов без узды, на полной свободе выкидывающих курбеты красками на своих холстах.

    Я совершенно убежден, что декадентом нарочито может быть только бездарный хам или психически больной субъект. В варварской душе хама вы видите ясно холодного скопца в искусстве: он идет в продажу для скандального успеха – ясно […]

    Искусство – есть самый высший дар Бога человеку, святая святых его.

    И вот в это святая-святых вползает дьявол и цинически оплевывает сущность красоты Жизни, природы».

    Опозоренные авангардом символисты ссылались главным образом на Канта (искусство как мост между миром феноменов и непознаваемым миром ноуменов) и Шопенгауэра (искусство есть не подражание природе, но восстановление архетипов, предчувствие абсолютного). Главный грех, вменяемый футуристам, заключался в «механизации» жизни через материалистический взгляд на мир. Религиозный философ Бердяев, одним из первых проанализировавший импрессионизм, кубизм и футуризм с точки зрения мысли, писал:

    «Футуризм есть пассивное отражение машинизации, разлагающей и распыляющей стареющую плоть мира. Футуристы воспевают красоту машины, восторгаются ее шумом, вдохновляются ее движением. Прелесть мотора заменила для них прелесть женского тела или цветка […] Иных планов бытия, скрытых за физическими покровами мира, они не знают и не хотят знать».

    Поэт, романист и теоретик русского символизма Дмитрий Мережковский написал в 1906 г. небольшую книгу под названием «Грядущий хам», в которой среди прочих любезностей, встречаем изречение вроде такого:  «все эти русские  нигилисты,  материалисты, марксисты,  идеалисты,   реалисты  –  только волны мертвой зыби, идущей с Немецкого моря».

    А в 1914г. он повторяет свое выступление, выпуская сильный памфлет против «отбросов футуризма»: «Еще шаг грядущего хама». Против современных «бесов» (распространенный намек на «Бесов» Достоевского, эпиграф к которым взят из пассажа Евангелия от Луки о Гадаринских бесах), одержимых «настоящей страстью к измам», он провозглашает, что футуризм есть утверждение не техники, а «машинизма», иначе говоря, утверждение нехватки души; убийство Психеи, мировой души, вот откуда идет пренебрежение к женщине, обесценивание любви. И он продолжает: человек мечтал царствовать над природой с помощью техники, но этот мнимый царь становится рабом своих рабов. Для Мережковского, футуризм – это песня рабов машины, которая стала государыней мира.

     

     

    Итак, как я писал в другом месте, авангард решительно порвал с прошлым, не внешне, но в самых глубинных основах искусства. Он радикально разорвал со всеми ориентировавшимися на Возрождение академизмами, но, порвав с ренессансными канонами, обрел союзников в русском народном искусстве (новые формы, новые сюжеты), в иконописи (обратная перспектива, энергия
    цвета), в первобытных эстетических культурах, в искусстве степей (знаменитые «каменные бабы»), скифов, негров, острова Пасхи, или же в культурах, рожденных вне европейских академических правил (Азия,
    Дальний Восток, Индия).
    Итак, в 1907-1910 гг. во Франции (Пикассо, Брак, Kupka, Delone), в Италии (Боччиони, Балла), в России (Кандинский, Ларионов, Татлин, Малевич), в Нидерландах (Мондриан) разразилась тотальная революция. Эта
    революция открыла новое пространство, новые измерения мира, до сих пор совершенно неизвестные.
    Я не стану развивать здесь идеи, которые имел возможность изложить в других исследованиях, а именно то, что феномен, называемый «русским авангардом», получил это название много времени спустя своего хронологического
    существования. Русские новаторы 1910-х годов исповедовали «левое искусство», что не имело прямого политического значения. Только после Октябрьской Революции 1917 года произошло отождествление эстетической революции с революцией социополитической. Таким образом, в 1922 г. смог появиться ЛЕФ (Левый фронт), группа и журнал, возглавляемые коммунистом-футуристом Маяковским и конструктивистом-производственником Родченко.

    Это «левое искусство» было заклеймено противниками всякого новаторства. Таким образом, название «русский футуризм» обозначало то, что мы сегодня зовем «русским авангардом», и включало в себя совершенно различные художественные культуры, от примитивизма до абстракции. Поэт, теоретик и блестящий мемуарист Бенедикт Лившиц заявлял:

    «Термин «футуризм» у нас появился на свет незаконно: движение было потоком разнородных и разно-устремленных воль, характеризовавшихся прежде всего единством отрицательной цели.»

    Итак, «левое искусство», «русский футуризм», «русский авангард» образуют ячейки одного уникального периода в истории русского искусства, а также и в истории мирового искусства в течение – скажем для краткости – первой четверти XX века, между 1907 (появление на московской выставке « Στεφανος», или по-русски «Венок», примитивистской тривиальности в форме и тематике, перед лицом господствующего символизма) и 1926 годом (закрытие Ленинградского Государственного Института художественной культуры (ГИНХУК), возглавляемого Малевичем).

    Западноевропейская публика была заинтригована, очарована, увлечена и потрясена этой иконографией и иконологией, пришедшей из Российской Империи, а затем из Советской России, с ее специфическими формами, непривычной для западного глаза цветовой гаммой, даже если поначалу было очевидно решающее влияние Сезанна, постимпрессионизма в целом, фовизма, кубизма и футуризма. Но все, пришедшее из Парижа, Мюнхена или Милана, на русской почве сразу же преображалось, ибо сочеталось с вековой местной традицией, с XVII по начало XX века отодвинутой на периферию по сравнению с искусством Академии, искусством профессиональных живописцев, искусством, если угодно, «цивилизованным». Это, разумеется, традиция иконы, но главным образом – народное искусство во всем его разнообразии: подносы, изразцы, обои, шитье, формы для пряников, резные коньки изб, кружева, ситец, игрушки, прялки и, в особенности, народная гравюра по дереву (лубок) и лавочные вывески.

    В пику утонченности сюжетов символизма, эклектизму модерна и, разумеется, тенденциозному реализму передвижников, начиная с 1907 г. (« Στεφανος» в Москве) на полотнах братьев Давида и Владимира Бурлюков, Михаила Ларионова и Натальи Гончаровой стали возникать сознательно примитивные, топорные, даже «вульгарные» манеры исполнения и сюжеты. Так называемый «неопримитивизм» черпал из детских рисунков и всевозможных произведений ремесленничества, перечисленных выше, элементы, обновившие всю концепцию искусства: лаконизм, несоблюдение «научной» перспективы и пропорций, полную свободу рисунка в соответствии с множеством «точек зрения», симультанизм, подчеркивание в первую очередь выразительности и юмора и провинциальную тематику. Даже в картинах, где преобладает другой стиль, можно обнаружить присутствие этого неопримитивизма, даже в самой радикальной абстракции  супрематизма можно выявить среди прочих элементов художественной культуры присущую народному искусству лапидарность.

    Двумя протагонистами неопримитивизма, восторжествовавшего в 1909-1910 гг. на «Третьем Салоне «Золотого руна» в Москве, были Ларионов и его спутница жизни Наталья Гончарова. Сюжеты их произведений, взятые из самой обыденной жизни, из глубокой русской провинции, показывают уличные сцены с домашней птицей и свиньями, рядовых солдат, парикмахеров и циркачей. Манера исполнения свободна, сурова, без заботы об академической перспективе, схематична. Вот что писал в 1913 году их биограф, писатель и теоретик Эли Эганбюри (псевдоним Ильи Зданевича):

    «После долгого затишья, после долгого господства дешевого эклектизма в конце XIX века в русских городах, после того как русские художники совершенно утеряли всякое знание, всякое мастерство, – появление Ларионова […] на поле живописи, нового человека, прекрасного выученика французов, неутомимого художника, смелого и сильного, явилось неожиданным и вместе своевременным […]

    Было бы ошибочно утверждать, что он вырос исключительно на французах и близок лишь им. Другой стихией его творчества явилось искусство вывесок и всевозможная живопись стен и заборов разных безвестных гениев, искусство высокой ценности, которое мы назвали бы «провинциальным», ибо оно характерно для русской провинции, являющееся синтезом чисто русских национальных вкусов с наносными пережитками городов».

    По поводу Натальи Гончаровой тот же Эганбюри-Зданевич отмечал:

    «Детство Гончарова провела в деревне у бабушки. Большим влиянием на нее пользовалась няня Мария, очень религиозный человек, и дворник Дмитрий, бывший солдат, превосходно певший песни и рассказывавший сказки. Девочка обнаружила большую любознательность, влечение к природе, интересовалась ботаникой и жизнью животных  […] Ее манила окружающая жизнь, полевые работы крестьян, одежда темная и строгая. С некоторыми из них она знакомится, подолгу беседует, и вот благодаря этой обстановке у нее возникает цикл крестьянской живописи. […]

    В крестьянских полотнах Гончарова выводит баб, мужиков, парней, занятых работами, то жнущих, то пашущих, то косящих, то собирающих плоды».

    Поэт-символист, блестящий критик и живописец Максимилиан Волошин со своей стороны отмечал в рецензии на выставку «Ослиный хвост», продемонстрировавшую в начале 1912 года всю оригинальность русского неопримитивизма. У всех участников «Ослиного хвоста», говорит он, заметна особенная страсть к изображению жизни солдат, военных лагерей, парикмахеров, проституток и педикюрш; oни пытаются перенести на персонажей цвета с предметов, которые их представляющих:  пишут парикмахеров губной помадой, фиксатуаром, бриллиантином и лосьоном для роста волос,  пишут солдат дегтем, грязью, керосином и т.д., и таким образом придают изображаемым объектам запах.

    Кроме Ларионова и Натальи Гончаровой, среди участников «Ослиного хвоста» – Малевич с серией своих мощных примитвистско-фовистских гуашей, Моргунов, Татлин, Александр Шевченко. Провоцирующее название «Ослиный хвост» намекало на организованную в Париже противниками модернизма, по указке Доржелеса, постановку в салоне «Независимых» картин, написанных хвостом осла Бон Лоло и представленных, как произведения кисти неизвестного итальянского художника Боронали! Этот момент упомянут и в цитированной выше статье Репина, посвященной «Салону» Издебского. Стоит полностью привести этот пассаж, демонстрирующий противоположные страсти русского искусства около 1910 года:

    « “Сезанн!”: на эту манеру живописи лучший ответ – моментальная фотография с осла, написавшего хвостом картину.

    Читатель, вероятно, видел этот моментальный снимок.

    Ослу привязали к хвосту кисть, подставили под хвост палитру с красками и холст. Осла кормили чем-то лакомым: от удовольствия он махал хвостом, и вышла из-под хвоста его картина Сезанна.

    – Что-o-o?! – нагло подняв голову, самоуверенно заявляет дух цинизма (Дьявол). Я заставляю прессу – великую силу –трубить этому искусству славу на весь мир: приедут миллиардеры из Америки, будут платить сумасшедшие деньги за этот, легко и скоро производимый товар. Мы выбросим все бывшее дорогим для нас, и вы поклонитесь моим мазилам ордена ослиного хвоста!.. В Москве уже некоторые поклонились.

    – Вы, кажется, по отсталости, воображаете, что те москвичи все еще едят ученых свиней и очаровательно поющих соловьев? – Ошибаетесь, теперь они коллекционируют матиссов».

    Репин не думал, что он будет пророком, Репин, который, начиная с 1922 года, служил образцом и даже был превознесен «Художниками революционной России» (АХРР), а после 1934и подпевалами «социалистического реализма»,  то есть всеми, кто при помощи Коммунистической Партии и по ее побуждению, содействовал ликвидации левого искусства, то есть русского авангарда. Его статья появилась в мае 1910 года, а в декабре того же года прошла триумфальная выставка «Бубнового валета», русских сезаннистов, которые одновременно были наследниками и постимпрессионизма, и французского и немецкого фовизма. Присутствие «русских из Мюнхена» – Кандинского, Явленского, Марианны Веревкиной, Бехтеева – в этом смысле очень показательно.

    Метафора «атлетизма», мускулистого искусства, драки красок, была воплощена в картинах с говорящим сюжетом, таких как «Автопортрет и портрет Кончаловского» Машкова, «Борцы» Натальи Гончаровой, «Бой быков» Кончаловского, «Портрет атлета» Ларионова. Эстетика «Бубнового валета» находится в сфере влияния западной живописи, в том виде, в котором она развивалась начиная с 1905 года во французском, бельгийском, скандинавском, немецком фовизме (напомним, что слово «экспрессионизм» в строгом смысле, появилось как характеристика специфически североевропейского стиля лишь в 1914 г.) Русская специфика по отношению к этому последнему течению состоит в том, что иконография и даже манера исполнения извлекается (по крайней мере, в «авангардистской» фазе фовистского сезаннизма, до 1913 г., смешанного со схематизмом, орнаментализмом) из мощной «топорности» народного искусства провинции или столиц на Руси.

     

    В самом конце 1912 года Ларионов представил свое первое лучистское произведение «Лучистские колбаса и скумбрия», ныне хранящееся в музее Людвига в Кельне. Лучизм лежит у истоков абстракции в общем смысле слова, и его создатель, Ларионов, наряду с Кандинским «Импровизаций» и произведений 1911-1912 гг., был первым последовательным не-фигуративистом в России, чья практика и теоретические работы приведут в 1914 г. к конкретной абстракции Татлина, потом в 1915 к супрематизму Малевича. Голоса русской не-фигуративности, абстракции и беспредметного искусства 1911-1920 гг. звучат совершенно уникально в концерте новаторского европейского искусства начала XX века. Список русских абстракционистов впечатляет: здесь мы встречаем имена москвича Кандинского, «органицистки» Елены Гуро («Камень», 1910), лучистов Ларионова, Натальи Гончаровой, Ле-Дантю («Дама в кафе» из Самарского музея), Сюрважа [он же – Л.Л. Штюрцваге], автора «цветовых ритмов» 1912-1913 гг., «орфистов» Сони Делоне и Якулова, Татлина – создателя живописных рельефов (1914-1916), Пуни с егонаклеенными предметами, супрематистов с 1915 по 1920 гг., Малевича, Ольги Розановой, Александры Экстер, Пуни, Клюна, Любови Поповой, Веры Пестель, Менкова, Моргунова, Родченко; последний с 1921 г. будет вожаком советских конструктивистов, в рядах которых, среди абстракционистов, были братья Владимир и Георгий Стенберги, Медунецкий, Александра Экстер, Александр Веснин, Любовь Попова, Антонина Софронова и Варвара Степанова в дизайне и театре; что касается супрематистов Уновиса («Утвердители нового искусства») Витебска и Петрограда-Ленинграда 1919-1920 гг., то они будут представлены Лисицким, Суетиным, Чашником, Мансуровым и их попутчиками Натаном Альтманом, Митуричем и Сенкиным; в нашем перечислении нельзя не упомянуть и школы «органицистов» Матюшина (Мария, Ксения, Борис Эндеры, Гринберг) и Филонова конца 1910-1920-х гг. Россия действительно была привилегированным местом, где концептуально и на практике (с 1909-1910) ковалась абстракция XX века.

    Одновременно с возникновением не-фигуративного искусства, сопровождая его на пути к отказу от миметического воспроизведения видимого мира, в России развивалось другое новаторское течение, также совершенно оригинальное – кубо-футуризм. Разумеется, оно имело итало-французское происхождение, как я это показывал в другом месте, но на русской почве оригинальность синтеза парижского кубизма и итальянского футуризма заключалась в том, что изобразительные принципы и иконография кубизма (реконструкция живописного пространства через деконструкцию предмета) и футуризма (изображение движения, урбанистическая и промышленная тематика) привились на формальной и тематической практике нео-примитивизма. Среди наиболее поразительных образцов этого феномена можно назвать, например, «Дровосека» и «Уборка ржи» (1912, Стеделийк Музеум, Амстердам) Малевича или его «Утро в деревне после вьюги» из Solomon R. Guggenheim Museum. Предшественником этих произведений был такой шедевр как «Косарь» из Нижегородского музея: в ее основе примитивизм (это «лавочная вывеска» по фронтальности, лицо – с иконы, с овальной структурой, мистически косящими миндалевидными глазами, символическими цветами фона), геометрический сезаннизм (или протокубизм) трактует сюжет в конических цилиндрах и сферах (без какого-либо парижского влияния), наконец в иконографии и окраске персонажа присутствует «футуристический» металлический элемент. Малевич повторит это столкновение (и синтез) между крестьянской цивилизацией дерева и городской цивилизацией металла в другом абсолютном шедевре, в «Усовершенствованном портрете Ивана Васильевича Клюнкова» (1913). Констатируем, что Малевич не прошел через этап парижского кубизма, хотя в этот момент, в 1912 г., он и получил от него концептуальный импульс. Парижское влияние проявится позднее в его аналитическом кубизме 1913 г. (среди прочих примеров, «Гвардеец» из Стеделийк Музеум Амстердама).

    Между 1912 и 1920 годами мы становимся свидетелями расцвета картин очень большой пластической силы, комбинирующих множество художественных манер (особенность русской школы) с геометризацией фигуративных элементов через различные способы перемещения планов (сдвиги), принятие в расчет металлизации форм и цветов в новой промышленной цивилизации – все на примитивистской структурной основе. Практически все крупные русские художники авангарда – за знаменательным исключением Кандинского и Ларионова – прошли через важную фазу кубо-футуризма: Наталья Гончарова, Давид и Владимир Бурлюки, Александра Экстер, Малевич, Клюн, Ольга Розанова, Любовь Попова, Вера Пестель, Надежда Удальцова, Ле-Дантю. Скульптуры и живописные рельефы украинца Архипенко и Баранова-Россине стоят в ряду высших достижений искусства XX века.

     

     

    Примечательный факт левого русского искусства – взаимопроникновение поэзии и живописи. Редко можно наблюдать подобный «священный союз поэзии и живописи». В России, как и на Западе, поэты очень часто были живописцами и рисовальщиками, но эта художественная деятельность в большинстве случаев была для них не более чем хобби. Можно констатировать, что немало поэтов левого русского искусства начала XX века пришло к поэзии, сформировавшись прежде как художники (Давид Бурлюк, Маяковский, Крученых). Творчество Елены Гуро столь же значительно в области живописи, как и в области поэзии. Велимир Хлебников и Василий Каменский писали картины и рисовали. Ольга Розанова и Филонов создавали «заумную» поэзию, как и Малевич, который, более того, написал в 1918 году фундаментальную работу «О поэзии». Кубизм оказал долговременное влияние на русскую поэзию модерна, благодаря синтаксическим и лексическим переинструментовкам словесной массы и новому визуальному, графическому расчленению поэзии. Это было призвано обогатить провозглашенное типографическими компоновками поэмы Малларме «Бросок костей никогда не исключает случайность», того самого Малларме, который фотографировал рукописи, чтобы составить свои «Poésies complètes» 1887 г. Целью подобных приемов было «третирование» изобретения Гуттенберга и возвращение к рукописному тексту – нарисованному-написанному, написанному-нарисованному. Начиняя с 1912 г., благодаря усилиям Крученых, Ларионова и Натальи Гончаровой, мы видим расцвет маленьких книжек со стихами, целиком литографированных, текст которых был написан от руки поэтом или художником. Эти выпуски, оформленные художниками (кроме Ларионова и Натальи Гончаровой, также Малевичем, Ольгой Розановой, Филоновым), стали одним из наивысших моментов в развитии искусства XX века.

     

     

    Таким образом, в то время как Февральская, а затем и Октябрьская революции 1917 года перевернули все геополитические параметры России, пробудив надежду на создание нового мира на новых основаниях, русские искусства произвели собственную радикальную эстетическую революцию, вызвавшую такие слова Малевича:

    «Кубизм и футуризм были движения революционные – в искусстве, предупредившие и революцию в экономической и политической жизни 1917 г.».

    По иронии судьбы, как раз те, от имени которых намеревался говорить авангард, и смешали его с грязью.

    1915 год стал решающим годом, когда русские изобразительные искусства поднялись в воздух на своих собственных крыльях и преподали урок искусствам целого столетия и даже более того. В этом году прогремели три выставки: «Трамвай В» и «0,10» в Петрограде, «1915 год» в Москве. Это был триумф абстрактных рельефов и контррельефов (Татлин, Пуни), ready made, наклеенных на живописную поверхность (Пуни, Ларионов), и особенно, самой абсолютной абстракции, какую когда-либо видели, – супрематизма Малевича и его учеников. Начиная с этого момента, по крайней мере, пять лет (1916-1921) стали для беспредметности необычайно счастливым временем по количеству и качеству созданных произведений, чьих авторов мы перечислили выше.

     

     

    Левое искусство пользовалось почти полной свободой вплоть до 1922 г. Оно развивалось в невероятной атмосфере романтического энтузиазма. Конечно, между различными художественными лагерями случались ожесточенные схватки в борьбе за власть. Изобразительные искусства были поделены между правыми (приблизительно: «реалистами», сохранившими избитые приемы передвижников XIX века и посредственного импрессионизма, и «ретроспективистами» «Мира искусства»); в центре находились остатки прежней красоты «Бубнового валета», фовистский сезаннизм которых стал «рецептурой»; наконец, слева – кубофутуристы, не-фигуративисты (такие как Кандинский, Филонов, Баранов-Россине), супрематисты, «пространственники» школы Матюшина и Татлин, продолжавший развивать «культуру материала», на которую ссылался конструктивизм, последнее течение русского авангарда, возникшее в течение 1921 г. в недрах ГИНХУК’а в Москве. Советский конструктивизм стал великим течением двадцатых годов. Его идеология постепенно утверждалась против понятия предмета, воспринимаемого как эстетический (то есть, «реакционный»). Конструктивизм выступал против чистого искусства, воплощенного в станковой живописи. «Памятник III Интернационала», макет которого был создан Татлиным и его командой в 1919-1920 гг., стал эмблемой конструктивмизма, хотя его автор и отрицал всякую причастность к этому течению. Сведение предмета к деревянному или металлическому каркасу, принимающее в качестве базового конструктивного принципа линию, приведение элементов в движение (в «Памятнгике  III Интернационала» три элемента внутри спирали вращаются с различной скоростью; за этим последует «кинетическая  скульптура» Габо, вибрирующий железный стержень, выставленный в 1922 г. в Галерее Van Diemen в Берлине), подвешивание элементов, создающее «движение» (у Родченко), – таковы будут отличительные черты конструктивизма двадцатых годов. «Смерть картины», конец всякого «созерцательного» искусства и пришествие искусства «действенного», провозглашенные выставками («5 х 5 = 25» с Варварой Степановой, Родченко, Любовью Поповой, Александрой Экстер, Александром Весниным, «Конструктивисты» с Георгием и Владимиром Стенбергами и Медунецким) и литературными работами (книга-манифест Алексея Гана «Конструктивизм») 1921-1922 гг., побудили художников массово обращаться к дизайну, театральным декорациям, оформлению книг, текстилю, меблировке, архитектуре и т.д. Те, кто не желал расстаться со станковой живописью, как Клюн, Древин и его жена Надежда Удальцова, покинули ИНХУК. Мы видим, как таким образом, даже в недрах левого искусства, сосуществовало максималистское течение с абстрактными и беспредметными тенденциями (супрематизм, экспериментальный конструктивизм и производственный конструктивизм, школы Матюшина и Филонова) и течение, которое не отказывалось от «чувственного» присутствия предметов и персонажей на живописной поверхности станковой картины.

    Густав Клуцис, Эль Лисицкий, Георгий и Владимир Стенберги, Петр Митурич, Любовь Попова, Александр Родченко, Владимир Татлин внесли капитальный вклад в создание дизайна XX века, работая с деревом и металлом в объемной и пространственной перспективе, неутомимо создавая образцы текстиля, одежды, мебели, киосков, значительно развив искусство плаката, фотографии и фотомонтажа.

    Параллельно с этим видом конструктивизма, старавшимся впитать в себя марксистко-ленинскую идеологию, развивался другой конструктивизм, также революционный в плане формы, но не желавший быть передатчиком идей политической власти (Якулов, Александра Экстер, Александр Веснин, Любовь Попова). У братьев Антуана Певзнера и Наума Габо конструктивизм стал чистым искусством, что они продемонстрировали на своей выставке «Русские конструктивисты» в парижской галерее Персье в 1924 г.

    Что же касается политической пропаганды – агитпропа – в течение первых пяти лет после Революции это была исключительно благоприятная для развития дизайна почва. Улицы Москвы и Петрограда, также как и многих других крупных городов, были украшены знаменами, лозунгами, гирляндами, эмблемами, живописными панно. Площади часто превращались в места для выставок. Художники, скульпторы, дизайнеры, архитекторы содействовали тому, чтобы превратить эти манифестации в народные праздники искусства.

    С эстетической точки зрения, двадцатые годы неоспоримо были полем неслыханных и разнообразных живописных, архитектурных, теоретических, философских экспериментов. Конечно, после Революции артисты активно разрабатывали изыскания и реализации, постоянно кипевшие в левом искусстве начиная, по крайней мере, с 1907 г. Отметим это, чтобы не исказить перспективу, как предлагает – и в этой сфере тоже, стойкий миф «двадцатых годов». Правда, что главные художественные течения не были обусловлены политической революцией, но, тем не менее, именно эта революция создала поначалу творческую атмосферу, климат, благоприятный для расцвета всевозможных форм искусства. С 1922 г., а особенно после смерти Ленина в 1924 г., когда началось неумолимое восхождение сталинизма, коммунистическая политическая власть принялась за все более настойчивые придирки, стремясь уничтожить всякую свободу объединений в 1932 г., а в 1934 в конце концов провозгласить догму «социалистического реализма» с базовым принципом в виде партийности и классового сознания. После показа в 1922 г. в Берлине выставки всех русских художественных течений, от реализма конца XIX века до супрематизма и конструктивизма, впервые открывшегося западной публике, мы еще раз станем свидетелями манифестации всех эстетических течений в Париже в 1925 г., по поводу Международной выставки декоративного и промышленного искусства. Придется ждать выставки «Париж-Москва» в 1979 г. в Париже, чтобы вновь увидеть – при неблагоприятных политических и музеографических условиях – столь же широкий спектр произведений.

     

     

     

    После развала СССР на Западе стало проводиться все больше примечательных выставок под знаком «русского авангарда», начиная с « Die grosse Utopie. Die russische Avantgarde. 1915-1932 » (Франкфурт, 1992) до последней по времени « La Russie et les avant-gardes » (Сен-Поль-де-Ванс, Фонд Магта, 2003). Каждая из этих выставок предлагает новые темы для размышления. К примеру, открывая сокровища из музеев русской провинции. Это касается и нынешней брюссельской выставки, на которой зритель откроет для себя не только малоизвестные, но и неизданные произведения. Этот авангардистский ансамбль, противостоявший современной ему «фигуративности», которая после 1934 г. привела к соцреализму, ярчайшим образом показывает уникальный характер художественной поэтики левого искусства, для которого онтологическим двигателем являлась абстрактная идея. Конечно, пост-супрематизм Малевича, «конструктивный реализм» I.Пуни, Натана Альтмана, Ю. Анненкова или Владимира Лебедева, даже визионерская виртуальность Филонова, начиная с самых 19020-х гг., являются современниками архитектурным произведениям Дейнеки и Самохвалова, иконическим иератизмам Пахомова и Пакулина. Все это приведет к великой машинерии соцреализма, представленного здесь образцовым произведением «Киров принимает парад физкультурников» (1935) Самохвалова. Достаточно лишь сопоставить, хотя бы мысленно, «атлетические» полотна Машкова, Кончаловского, Ларионова или Натальи Гончаровой, и героико-романтическую картину Самохвалова, чтобы увидеть пропасть, разделяющую авангард и эту душеспасительную фабрику картинок, сколь бы профессионально они не были выполнены.

    Следовательно, мы можем констатировать, что установка авангарда, стремящегося к тотальности, – изменять при помощи новых форм искусства отношение человека к миру – совершит сдвиг в сторону установки соцреализма, также стремящегося к тотальности, – изменять это отношение человека к миру при помощи идеологии коммунистической партии. Мы видим бездну, разделяющую официальный советский академизм и достижения левого русского и советского искусства, украшение мирового искусства, в его одновременно утопическом и пророческом порыве.

     

    Жан-Клод Маркадэ

    Май 2005 г.

     

  • Taraboukine et l’icône

    ARTS & SOCIETIES Editorial of 5th march 2009

    Jean-Claude Marcadé
    nicolaï taraboukine (1889-1956) : the philosophy of the icon (1916-1935)

    Igor Sokologorsky pavel florensky : icons and worldviews
    Seminar of March 5th 2009
    Jean-Claude Marcadé, PhD, is a director of research emeritus at the French National Center of Scientific Research (Institute for the Aesthetics of Arts and Technologies). Author of Malévitch (Paris: Casterman, 1990), L’avant-garde russe 1907-1927 (Paris: Flammarion, 1995; 2007), Calder (Paris: Flammarion, 1996), and Nicolas de Staël. Dessins et peintures (Paris: Hazan, 2008), he is the president of the “Friends of Antoine Pevsner” association.
    Nicolaï taraboukine (1889-1956) : the philosophy of the icon (1916-1935)


    Icons and Art in the Twentieth Century
    Icons have played a key role in the liturgical, theological, and intellectual life of Russia, and this is true in the field of Russian music, as well. Let us recall, among other things, that Kandinsky–that “modernist” par excellence of the twentieth century–said that he already had an existential familiarity with the synthesis of the arts (what at the end of the nineteenth century was called Gesamtkunstwerk or synesthesia) in the izbas of the Vologda Oblast and “in the Moscow churches, and especially in the cathedral of the Dormition and the church of St. Basil the Blessed.” “In these magical houses I experienced something I have never encountered again since. They taught me not to look at the picture sidelong, but to move within the picture, to live in the picture. . . . The “red” corner (red is the same as beautiful in old Russian) thickly, completely covered with painted and printed icons of the saints, burning in front of it the red flame of a small pendant lamp, glowing and blowing like a knowing, discreetly murmuring, modest, and triumphant star, existing in and for itself. When I finally entered the room, I felt surrounded on all sides by painting, into which I had thus penetrated. The same feeling had previously lain dormant within me, quite unconsciously, when I had been in the Moscow churches, and especially in the cathedral of the Dormition and the church of St. Basil the Blessed.”
    The choice of these two Moscow churches is no accident. For, both of them are lined with frescos or wall paintings to which are added the wall of iconostases covered with icons.
    The link between icons and the Russian avant-garde manifested itself in a striking way, one could say exoterically, during the Last Futurist Exhibition of Paintings 0, 10 in Petrograd in late 1915, when Malevich installed his “Suprematism of Painting” as the “Red/Beautiful Corner” of Russian Orthodox houses with, as central icon, the Quadrangle (what later on people took to calling the “Black Square against White Background”), which he called “the icon of our times.” This gesture was not meant to signify that it was to be an Orthodox icon, with its liturgical-cultural function (in the sense of the Seventh Ecumenical Council of Nicaea II, a tradition that has remained intact in the Eastern Church). For, ecclesiastical icons make no sense without the conjunction of the human and the divine in the incarnation of Christ. From this Orthodox point of view, the Malevichian icon, which could be said to manifest only a deus absconditus, is incomplete and has an air of Monophysitism about it.

    The Art Historian Nicolai Tarabukin (1889-1956)

    Tarabukin is known as a great Soviet art historian who, beginning in 1917, devoted his studies to the innovative arts, and quite particularly to left-wing art (the avant-garde), teaching during the 1920s at Proletkult (Proletarian Culture), at Vkhutemas (Higher Art and Technical Studios), at GAKhN (the State Academy of Artistic Sciences), and at the Meyerhold Theater. In France, people are familiar with translations of his brochures from the very early 1920s: L’expérience de la théorie de la peinture (Towards a Theory of Painting) and Du chevalet à la machine (From the Easel to the Machine), which analyze Soviet Constructivism and Productivism. Most of Tarabukin’s books, like those on the Gothic-Renaissance-Baroque, and the remarkable essay on Vrubel did not appear during his lifetime. The same goes for The Philosophy of Icons, which remained in manuscript form until 1999. This work may seem to be a surprising one to come from a theorist and historian of art known rather for his rigorous study of forms and styles who relegated the thematic aspect of works to the background. And this choice of subject matter is all the more surprising as, in contrast to Father Pavel Florensky, Tarabukin was a layman–a believer, certainly, but someone whose experience with prayer, he tells us, was “weak.” And yet here we have a man who declares, in the Second Letter of his Philosophy of Icons (entitled “The Meaning of Icons”): “When applied to religious creativity, aesthetic criteria become, quite suddenly, extraordinarily impoverished and narrow-minded; such criteria can shed light on but a tiny portion of its brilliant content. The aesthete or the philosopher who goes about analyzing religious creativity aesthetically appears a rather pitiful figure of a man, like one who tries to measure the volume of the sea with a dipper. One can, and one should even, speak of an icon aesthetics, but that is but one tiny feature of a very profound content, one problem in a larger whole. Moreover, that feature is conditioned by this whole; the former can be understood only by starting from the latter. And this whole is the religious meaning of the icon.”

    Philosophical and Theological Context

    The main part of The Philosophy of Icons is made up of fourteen Letters addressed to his “dear friend,” which is reminiscent of the epistolary format of Father Florensky’s theological dissertation, The Pillar and Ground of the Truth: An Essay in Orthodox Theodicy in Twelve Letters (1914). There is no doubt that the passages in that treatise on art and mathematics gave Tarabukin a decisive impetus to write The Philosophy of Icons, even though he himself was neither a philosopher nor a theologian. Another impulse was to be given to the young Tarabukin by the famous lectures of Prince Yevgeny Trubetzkoy, which appeared between 1915 and 1918 and which took their title from his first lecture, “Speculation in Colors, on Russian Icons and their Place in the Destiny of Russia.” Finally, when he completed his text–clearly sometime in the late 1920s or the early 1930s–Tarabukin undertook a dialogue with Florensky’s Imaginary Numbers in Geometry (1922) and Lev Lossiev’s Dialectic of Myth (1930), traces of which are to be found in The Philosophy of Icons. The head-on opposition to Western art, from the Gothic onward, which is to be found among all Russian authors writing about icons (and particularly in Florensky), becomes in Lossiev and in Tarabukin a violent rejection of Western religious art.

    Various Approaches to Icons

    Simplifying things, it could be said that there are four types of approaches to icons–approaches that take into account the specificity of this pictorial art form whose status is totally different from the kind that developed in Western religious painting. It is no accident that Russian vocabulary distinguishes ikonopis (iconography, i.e., the painting-writing of images) and zhivopis (zoography, the painting-writing of life). The first type of approach is theological; icons are here considered to be a “theology in colors,” nay, purely religious. In this category, one could mention Theology of the Icon, a remarkable book by Leonid Ouspensky, the lay icon painter who lived and worked in Paris. The second type of approach is purely philosophical and deals with the issue of images as this issue was raised during the crisis of iconoclasm in the seventh and eighth centuries. Works by Marie-José Mondzain in the 1970s, 1980s, and 1990s can be mentioned from this standpoint. The third approach involves taking the onto-theological aspect of icons into account, but it does so while placing this aspect of icons in the service of their formal features, icons being the creation of something beautiful, a branch of painting in general. One finds this approach in Father Florensky, particularly in his Iconostasis or, in the West, in the classic book The Icon: Image of the Invisible; Elements of Theology, Aesthetics, and Technique by the German Jesuit scholar Egon Sendler. Finally, a fourth type of approach considers Russian icons as “the beginnings of Russian art,” to borrow a phrase from Nikolai Leskov, the author of The Sealed Angel (1873), a novel that contains a brief treatise on icons. This type of approach could also be linked to The Russian Icon, a book by the Russo-Ukranian painter Alexis Gritchenko that was published in Moscow in 1916, and quite particularly to the pioneering work done by the painter Lev Fedorovich Zhegin (1892-1969), The Language of the Pictorial Work (The Conventions of Ancien Art), which was published posthumously in 1970.

    Specificities of Icon Art

    Tarabukin’s Philosophy of Icons belongs, in the main, to the first type of approach, the religious one. That is paradoxical, we said, for an art historian who is reputed to be “formalistic”!
    In the First Letter, entitled “Paintings and Icons,” Tarabukin declares: “Paintings, like all artworks, are individualistic; in the case of icons, they are prayers expressed in figurative terms. . . . Paintings can have a religious or worldly content. Icons are not only religious but also ecclesiastical.” In the Second Letter, entitled “The Meaning of Icons,” one can read the following: “Worldly paintings act in a contagious way. They carry the viewer away, take him by the throat. Icons are not an appeal; they are a path. They show the ascent toward the Archetype. One does not look at icons; one experiences them and prays to them.” In the Third Letter, “Miraculous Icons,” he states forcefully that “icons, like all rituals, are traditional, canonical, and sanctified by the Church, which, and this goes without saying, would not be the case with just any object.” In the other Letters, Tarabukin lays emphasis (as does Florensky) on the opposition between Catholic sacred art and the Orthodox painting of icons: “Catholic painting narrates; Orthodox iconography prays.” In the Ninth Letter, “The Outward Means of Expressing the Inner Meaning of Icons,” Tarabukin studies in detail the specific techniques of icon painting. The composition of icons stands out on account of its extraordinary self-enclosure. It is a microcosm that contains in itself the macrocosm. It renounces all that is worldly. To this end, it makes use of the composition’s tripartite division, the parallelism of planes, the repetitions, and the symmetry.
    The composition of icons is indissolubly linked to rhythm. Rhythmic repetitions fulfill the role played by meter in versification and poetic rhyming. Iconography does not think in a Euclidean way. It rejects perspective as a form of expressing an endless space. The world of icon painting is finite. In place of a blue-sky background, icons have a golden background, which symbolizes that the events being contemplated in icons come from outside the delimited boundaries of earthly time and space and are represented, rather, sub specie aeternitatis. “In icon painting, the spatial moment is not separate from the temporal one. The world is understood, it could be said, in the manner of Hermann Minkowski, who says that neither space nor time exists separately, but that the world exists as a n-dimensional spatiotemporal unity. . . . Inverse perspective is the representation of space that is found beyond the terrestrial world, presented in another (i.e., inverted) aspect than the usual one here below. Inverse perspective is the visual representation of the concept of the other world. But as concepts (any concepts) are not representable on their own, but only thinkable, the visual expression of concepts is imaginary. In Imaginary Numbers in Geometry, Florensky says that in representation there are visual images and there are some images that seem to be visual.”
    What follows are some quotations from Florensky’s book, which allow Tarabukin to conclude: “The world of icons is, in its own way, real and concrete. In icon painting understood as meaning, subjectivism and psychologism are absent. . . . The icon painter has an entirely other relation to the flat surface than the one, for example, that Egyptian painting or Greek vase painting had. . . . The icon painter thinks in four dimensions and constructs a conception of spherical space, with the two-dimensional flat surface as his basis.”

    The Place of Icons in the Transition from the Nineteenth to Twentieth Century

    The debate that began in post-Soviet Russia bears on the way in which icons are to be presented and considered today. Starting from the evident facts that icons are not works of art like other ones and that their full meaning resides only in an ecclesiastical polyphony-symphony, some Orthodox believers would like to see the most venerated images that had been removed by force be returned to the churches. Today, the Mother of God of Vladimir (12th century) is placed in a church adjacent to the Tretyakov National Gallery in Moscow, and one can see people come into this same museum to pray in silence before Andrei Rublev’s Old Testament Trinity (early 15th century). The monk Grégoire Krug, an iconographer who died in France in 1969, stated that the presence of icons in the secular world has a meaning: “It is in this way that icons that are prayed to, those whose purpose is to serve prayer, complete their salvational action in the world. They can leave the church, be found in a museum or in the homes of collectors, and be part of exhibitions. Such apparently incongruous conditions are neither fortuitous nor absurd.”
    In fact, throughout the twentieth century Russian icons have catalyzed the at-once utopian and prophetic movement of metamorphosis and transfiguration of painting in general, as well as of life as a whole, toward what Bruno Duborgel calls, in opposition to the “iconoclasm of a surfeit of naturalistic images and in rupture with it,” “the iconophilic obsession with approaching an experience of the Unfigurable.”.


    Bibliography

    Boespflug, François, and Nicolas Lossky, Nicée II (787-1987). Douze siècles d’images religieuses. Paris: Cerf, 1987.
    Duborgel, Bruno. Malévitch. La question de l’icône. Saint-Étienne: Université de Saint-Étienne, 1997.
    Florensky, Pavel. La perspective inversée/L’iconostase et autres écrits sur l’art. Trans. Françoise Lhoest. Lausanne: L’Âge d’homme, 1992.
    Larchet, Jean-Claude. L’iconographe et l’artiste. Paris: Cerf, 2008.
    Nicéphore. Discours contre les iconoclastes, Trans. and intro. Marie-José Mondzain-Baudinet. Paris: Klincksieck, 1989.
    Ouspensky, Leonid. Theology of the Icon. Trans. Anthony Gythiel with selections translated by Elizabeth Meyendorff. Crestwood, N.Y.: St. Vladimir’s Seminary Press, 1992.
    _____, and Vladimir Lossky. The Meaning of Icons. Trans. G. E. H. Palmer and E. Kadloubovsky. 2nd ed. Crestwood, N.Y.: St. Vladimir’s Seminary Press, 1982.
    Sendler, Egon. The Icon, Image of the Invisible: Elements of Theology, Aesthetics, and Technique. Trans. Steven Bigham. Redondo Beach, CA: Oakwood Publications, 1988.
    Troubetzkoï, Eugène. Trois études sur l’icône. Paris: YMCA-Press/O.E.I.L., 1986.
    Yon, Ephrem, and Philippe Sers. Les Saintes Icônes. Une nouvelle interprétation. Paris: P. Sers, 1990.
    Zibawi, Mahmoud. Eastern Christian Worlds. Preface Olivier Clément. Trans. from French Madeleine Beaumont. English translation edited by Nancy McDarby. Collegeville, MN: Liturgical Press, 1995.
    _____. The Icon: Its Meaning and History. Pref. Oliver Clément. Collegeville, MN: Liturgical Press, 1993.

     



     

     

    1. Malevich. Head of a Peasant (two versions, late 1920s).

    2. Transfiguration (16th century, Berat Church, Albania).

     

    3. Andrei Rublev. Old Testament Trinity (Moscow, early 15th century).  

     

    4. School of Rublev. Nativity (Moscow, c. 1410-1430).

     

    5. Beheading of St. John the Baptist (Northern Russia, 15th century).

     

    6. The Prophet Elijah (School of Novgorod, 14th century).

     

    7. Synaxis of Mary Mother of God (School of Pskov, 14th century). 
    8. Saint John Chrysostom and Saint Paul (Byzantium, 13th century). 



     

     

  • les fémènes qui font de la publicité à Poutine

    Poutine a apprécié la manifestation des Femen à Hanovre

    Poutine a apprécié la manifestation des Femen à Hanovre

    Poutine a apprécié la manifestation des Femen à Hanovre

    © AFP/

    19:10 08/04/2013
    HANOVRE, 8 avril – RIA Novosti

    Le président russe Vladimir Poutine a déclaré avoir apprécié l’irruption, seins nus, de militantes du mouvement féministe ukrainien Femen à la Foire de Hanovre, en Allemagne, mais a dit préférer discuter politique avec des interlocuteurs dûment vêtus.

    « Quant à la manifestation, je l’ai bien aimée (…). Cela permet de mieux promouvoir la Foire de Hanovre. Mais il vaut mieux mener des discussions politiques quand on est habillé », a indiqué M.Poutine lors d’une conférence de presse conjointe avec la chancelière fédérale allemande Angela Merkel.

    Quatre jeunes manifestantes ont franchi la barrière de sécurité à la Foire industrielle de Hanovre alors que M.Poutine, en visite de travail en Allemagne, et Mme Merkel se trouvaient sur le stand du constructeur automobile allemand Volkswagen. Les militantes se sont mises seins nus et ont commencé à scander des slogans obscènes en anglais.

  • Des Femen et de la pudeur des journalistes

     

    Rundgang auf der Hannover-Messe… Plötzlich entblößt sich eine Femen-Aktivistin direkt vor den Augen der Kanzlerin – und die ist sichtlich entsetzt. Russlands Präsident Putin hält sich im Hintergrund (2.v.l.). Ihm gilt der Protest der Dame. Auf ihren Brüsten (nicht zu sehen) steht „Fuck dictator“, auf ihrem Rücken eine ähnliche Parole gegen Putin.

    Les journalistes allemands ne traduisent pas ce qui est écrit sur le dos de la fémène  : « Poutine, va te faire enculer » – un peu comme les Toinettes du « Monde » qui ont eu des pudeurs de vieilles filles en ne traduisant pas le lexique des « Pussy Riot » au cours de leur carrière « artistique », afin de ne pas compromettre leur action politique anti-poutine. De même le site d’opposition « gazeta.ru », ci-dessous, floute le mot « khouï » (bite) qui est dans l’inscription du dos de la fémène. Ah, les faux-culs!

     

    Путину понравилась акция Femen, которые разделись перед ним в Ганновере

    Фотография: Facebook Юрия Сапрыкина

     | «Газета.Ru»

    Владимиру Путину понравилась акция активисток украинского движения Femen, которые на ярмарке в Ганновере разделись по пояс перед ним и канцлером Германии Ангелой Меркель.

    «Что касается акции, она мне понравилась. В принципе, мы знали. Что такая акция готовится. Скажите спасибо украинским девушкам, они вам помогают раскрутить ярмарку», — цитирует президента «Интерфакс».

    Путин отметил, что не расслышал, что кричали активистки.

    «Я не очень расслышал, потому что секьюрити работают очень жестко. Такие здоровые лбы навалились на девчонок. Это, мне кажется, неправильно, можно было бы помягче с ними обращаться», — сказал он.

    Однако президент добавил, что для обсуждения политических вопросов раздеваться не обязательно.

    «Если кто-то хочет дискутировать по политическим вопросам, то лучше это делать в одетом виде, а не раздеваться. Раздеваться нужно в других местах», — пояснил Путин.