Il est dangereux de trop faire voir à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de lui faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l’un et l’autre. Mais il est très avantageux de lui représenter l’un et l’autre.
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Que l’homme donc s’estime son prix. Qu’il s’aime ; car il a en lui une nature capable de bien ; mais qu’il n’aime pas pour cela les bassesses qui y sont. Qu’il se méprise ; parce que cette capacité est vide ; mais qu’il ne méprise pas pour cela cette capacité naturelle. Qu’il se haïsse ; qu’il s’aime : il a en lui la capacité de connaître la vérité, et d’être heureux ; mais il n’a point de vérité ou constante ou satisfaisante. Je voudrais donc porter l’homme à désirer d’en trouver, à être prêt et dégagé de passions pour la suivre où il la trouvera ; et sachant combien sa connaissance s’est obscurcie par les passions, je voudrais qu’il haït en soi la concupiscence qui la détermine d’elle même ; afin qu’elle ne l’aveuglât point en faisant son choix, et qu’elle ne l’arrêtât point quand il aura choisi.