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  • IGOR MARKEVITCH, LE COMPOSITEUR ET L’HOMME, 1985

    IGOR MARKEVITCH, LE COMPOSITEUR ET L’HOMME, 1985

    En hommage à Igor MARKEVITCH

    « Le Compositeur et l’Homme »

    par Jean-Claude MARCADÉ

    Préfacier  et organisateur d’un livre posthume du Maître

     LE TESTAMENT D’ICARE 

    Conférence donnée en 1985 à la Chapelle romane de

    SAINT-CÉZAIRE sur SIAGNE

     

     

    Voilà maintenant deux ans qu’Igor Markevitch nous a quittés, laissant derrière lui cinquante années au service de la musique. Remarqué par Alfred Cortot en 1925 alors qu’il n’avait que 13 ans, devenu son élève et celui de Nadia Boulanger à 14 ans, le voilà catapulté à 16 ans dans le sillage de Diaghilev qui lui commande en 1928 un concerto pour piano qui sera créé à Londres avec Igor Markevitch lui-même au piano le 15 juillet 1929.

    Pendant toutes les années trente, Igor Markevitch crée une série d’œuvres qui ont une audience mondiale et généralement saluées comme des étapes importantes de la musique, le compositeur étant crédité de génie.

    De ces œuvres créées entre 1929 et 1941, de 17 à 29 ans : le ballet « Cantate » sur un texte de Jean Cocteau, en 1930, suivi d’un « Concerto grosso », puis, en 1931, d’une « Partita pour clavier et orchestre » et d’un ballet « Rébus » pour Léonide Miassine. En 1932, encore un ballet, cette fois pour Serge Lifar, « L’Envol d’Icare » ; en 1933 le « Psaume » pour soprano et orchestre ; en 1935, l’oratorio « Le Paradis perdu » ; en 1937, le « Nouvel Age » ; et en 1940 la sinfonia concertante « Lorenzo il magnifico » sur des poèmes de Laurent de Médicis. Enfin, en 1941, les « Variations », « Fugue et envoi sur un thème de Haendel », la seule œuvre d’Igor Markevitch que l’on puisse trouver dans le commerce puisqu’elle a été enregistrée par le pianiste Fujii en 1982 et sur l’autre face « Stefan le poète » impressions d’enfance pour piano (1939) enregistré également par le pianiste Fujii.

    Ces « Variations » pour piano sont la dernière grande composition d’Igor Markevitch, qui cessa ainsi de composer à 29 ans.

    Après 1945, il se consacre à la direction d’orchestre, ce qui lui assurera une renommée mondiale, le mettant au nombre des grands interprètes de ce siècle. Cet aspect, je veux dire « Igor Markevitch, chef d’orchestre » est la pointe la plus connue, je dirai la plus évidente, de l’iceberg Markevitch. Il était le « Prince Igor », comme on aimait l’appeler se référant à la souveraine aisance de sa gestique où la sobriété et la précision le disputaient à une sensibilité d’une rare intensité. Entre mille, pensons à la restitution de la « Création » de Haydn, de « Daphnis et Chloé », du « Sacre du Printemps », voire de « La Vie pour le Tsar » de Glinka.

    Mais la gloire du chef d’orchestre a éclipsé l’œuvre du compositeur qui pourtant eut son heure de gloire et fut célébré comme un génie.

    Des musicologues comme Henri Prunières, Pierre Souvtchinsky ou Boris de Schloezer, des chefs d’orchestre comme Scherchen, Koussevitzky ou Karel Ancerl, des compositeurs comme Bela Bartok, Francis Poulenc, Florent Schmitt, Henri Sauguet, Darius Milhaud, Jacques Ibert, Dallapicola saluent l’apparition des œuvres du jeune Markevitch.

    Après l’audition d’ « Icare », Bela Bartok âgé alors de 52 ans écrit à Markevitch qui en a 22 :

    « Cher Monsieur, permettez à un collègue  qui n’a pas l’honneur de vous être connu, de vous remercier pour votre merveilleux « Icare ». J’ai nécessité du temps pour comprendre et apprécier toute la beauté de votre partition et je pense qu’il faudra beaucoup d’années pour qu’on l’apprécie. Je veux vous dire ma conviction qu’un jour on rendra justice avec sérieux à tout ce que vous apportez. Vous êtes la personnalité la plus frappante de la musique contemporaine et je me réjouis, Monsieur, de profiter de votre influence. Avec ma respectueuse admiration. Bela Bartok. »

    Henri Prunières, le fondateur en 1919 de la « Revue musicale », écrit en 1933, après la première audition de « L’Envol d’Icare » :

    « Ce qui m’a le plus frappé…, c’est moins son évidente originalité de forme que le dynamisme qui l’anime et la poésie dont il déborde. Pas de sentimentalité, aucune sensualité. Une musique nue, pure comme le diamant, qui reflète une sensibilité pudique mais interne. On est loin des jeux, des petits amusements, des déclamations. »

    Lors d’une exécution du « Psaume » à Florence, Dallapicola dira :

    « Le ‘Psaume’ fait partie de ces œuvres qu’on croit marginales jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’elles se plaçaient au centre de leur temps. »

    Il est bien entendu trop tôt pour faire des bilans, des comparaisons d’influences. La musique de Markevitch doit faire pour cela partie de notre univers sonore, ce qui n’est pas encore le cas. Vous dire que je suis persuadé qu’Igor Markevitch avec une vingtaine de ses opus est un des grands compositeurs de notre siècle – n’est encore rien dire, car je puis être soupçonné de piété filiale et d’être ainsi aveuglé par mes sentiments affectifs. C’est pour cette raison que je m’effacerai le plus possible pour laisser parler les faits, les musicologues avertis et bien entendu, dans la mesure du temps imparti, la musique d’Igor Markevitch.[1]

    Le « Nouvel Age », créé le 21 janvier 1938 à Varsovie, me semble annoncer d’une certaine manière le climat du « Concerto pour orchestre » de Bartok qui est de 1943. Un même champ problématique sonore et rythmique frappe encore ma sensibilité musicale.

    Le « Nouvel Age » joué à Paris en 1938, sous la direction d’Hermann Scherchen, provoqua des articles indignés dont le plus outré revient à la plume de Lucien Rebatet dans l’Action française du 25 novembre 1938 où cette œuvre était traitée d’ « ignoble crachat », d’ « attaques épileptiques » :

    « Derrière ce vacarme obscène ou ce flasque étirement, il n’y a pas une idée perceptible ; rien qu’une impuissance qui serait presque pitoyable si elle était moins répugnante. J’ignore tout des origines de M. Markevitch, sauf qu’il vient de quelque Russie. Mais, pour le coup, en voilà un qui par le seul aspect de sa musique réunit toutes les probabilités du judaïsme. Quel sens attribuer à cette infâme bouillie, cette impudente frénésie sinon celui du sabbat juif, grimaçant et grinçant ? »

    Je voudrais maintenant vous parler de trois autres œuvres d’Igor Markevitch : le « Psaume », l’oratorio « Le Paradis perdu », enfin « Icare ».

    Nous verrons comment Markevitch le compositeur et Markevitch l’homme sont étroitement imbriqués, non pas du point de vue du déroulement anecdotique de la vie mais de cette confrontation entre les orientations essentielles de la musique et les vecteurs forts de la vie se dessine un premier portrait du créateur-Markevitch.

    Ce n’est pas une chose aisée de tracer un tel portrait, tant de facettes y chatoient : compositeur, chef d’orchestre, théoricien et pédagogue de la direction d’orchestre, écrivain et philosophe (ses  mémoires   Être et avoir été), musicologue[2], penseur[3]. Où est le vrai Igor Markevitch ?

    Lui-même s’étonnait que les autres lui donnassent plusieurs visages-personnalités, alors que lui se voyait intérieurement toujours le même.

    Or ce qui frappait les autres, c’était souvent le hiatus, parfois même l’abîme qui pouvait exister entre les « différents Igor Markevitch ».

    Dimension schizoïde d’un grand artiste. Cela explique qu’il ait pu passer sans transition du sublime à des colères disproportionnées avec leur objet ou à des actes frisant la mesquinerie. Cela explique aussi l’état de perpétuelle inquiétude dans lequel se trouvait ce novateur, novateur dans la création musicale et l’art de diriger.

    Le « Psaume » pour soprano et petit orchestre a été créé le 30 novembre 1933 avec l’Orchestre du Concertgebouw conduit par le jeune compositeur de 21 ans et chanté par Vera Janacopoulos, la musique écrite sur un texte français établi par Igor Markevitch à partie des psaumes 8, 9, 59, 102, 148 et 150. La beauté complexe de cette œuvre a été commentée diversement.Gabriel Marcel, après s’être plaint de la cacophonie fatigante du « Psaume », cette façon de rendre la musique paroxystique dans la ligne du « Sacre du Printemps », conclut :

    « Il n’y a pas, semble-t-il, de musique à laquelle le sens de la grâce ait été plus radicalement refusé. »

    A l’opposé, Florent Schmitt note la volonté du jeune compositeur de se débarrasser de toute couleur et brillance orchestrales.

    Et Henri Prunières de déclarer dans Le Temps du 15 mai 1934 qu’il ne s’agit pas de musique religieuse dans le sens traditionnel.

    Igor Markevitch fait dans  Être et avoir été  les remarques suivantes à ce propos :

    « Il y a lieu de dire ici mon étonnement de ce que le « Psaume » parût tourmenté, sans doute à cause de la nouveauté du langage. Aujourd’hui, le temps aidant, y prédominent l’exaltation peut-être, mais aussi la sérénité. Avec le recul, je vois cette œuvre m’ouvrir la voie, laquelle après de longs cheminements me conduirait un jour à un agnosticisme libérateur. C’est elle qui m’attacha à la signification du Paradis Perdu, avec l’apparition en l’homme de l’homme, sa mort relative symbolisée par la perte de son innocence, suivie de sa naissance réelle. J’ajoute que dans l’évolution que cette expérience ouvrit, je ne renierais jamais la métaphysique, cette plus haute des institutions humaines, sans laquelle l’énergie vitale n’aurait plus aucun sens. »[4]

    Le fait même d’avoir écrit le texte en français et non dans une des langues sacrées liturgiques, le fait de le donner dans la langue du pays où l’œuvre est jouée, indique à lui seul et souligne de façon exotérique ce que nous apercevons encore de la personnalité de Markevitch à travers le « Psaume » : sa dimension cosmopolite[5] – dimension cosmopolite qui rejoint le cosmopolitisme évident d’Igor Markevitch.

    Déjà sa généalogie comporte des Serbes, des Ukrainiens, des Russes, des Suédois.

    Russe et Ukrainien par la naissance, puis par une prise de conscience de plus en plus aigüe au fur et à mesure qu’il avançait dans la vie, Suisse d’adoption depuis l’âge de deux ans. Ce pays « fut un des lieux privilégiés de la formation intellectuelle, des amitiés fécondes avec Alfred Cortot, Elie Gagnebin, Charles Faller, Ramuz, le lieu des randonnées, de la vie quotidienne, des séjours bénéfiques après les fatigues des voyages à l’étranger. C’est en Suisse, à Corsier en particulier, qu’ont été écrites la plupart de ses œuvres principales

    Italien aussi. Se retrouvant au moment de la guerre en Italie, profitant de l’amitié de l’historien de la Renaissance Bernard Berenson et concevant en 1940 une sinfonia concertante pour soprano et orchestre « Lorenzo il magnifico » sur des poèmes de Laurent de Médicis, participant à la résistance contre les fascistes et écrivant en 1943 en italien un « Hymne de la libération nationale », cette période se reflète bien dans son premier livre de mémoires « Made in Italy », Genève 1946

    Français d’élection enfin.

    Je me souviens encore du visage illuminé d’Igor pendant l’été 1982, quelques mois avant sa mort : il avait été reçu par le Président de la République François Mitterrand et avait obtenu, sans les formalités habituelles, la citoyenneté française.

    Je l’ai vu juste après cette réception, heureux comme un enfant qui a reçu un cadeau longtemps désiré. Toute sa personne était détendue et dans un état de grâce, ce qui était rare chez lui à cause de la multiplicité de ses occupations, préoccupations et soucis.

    Igor Markevitch a eu la capacité d’assimiler les diverses cultures européennes. En cela même, il est profondément russe, si l’on en croit Dostoïevski qui a développé à plusieurs reprises, dans son roman «L’Adolescent » et dans son célèbre discours de 1880 sur Pouchkine, l’idée selon laquelle le Russe était en Europe celui qui pouvait le mieux s’identifier aux différentes cultures européennes, tout en restant par là-même profondément russe. Être russe, selon Dostoïevski, c’est être pan-humain.

    Mais le statut particulier du Russe Igor Markevitch, par rapport, par exemple, à Igor Stravinsky, c’est qu’il est, comme l’a bien noté dès 1930 Darius Milhaud, à propos du « Concerto grosso », un Russe sans lien immédiat avec son pays. Il avait deux ans lorsque ses parents partirent de Russie et il n’y revint que dans les années 60.

    Cela pourrait expliquer, selon Milhaud, la sublime violence, l’explosion ininterrompue, l’émotionnalité ébouriffante de tel passage de sa musique. Alors que le trait distinctif du génie de Stravinsky jusqu’à l’opéra « Mavra », c’est-à-dire pendant toute l’époque diaghilevienne, aura été le rapport étroit au folklore russe.

    Avec Igor Malevitch, et je rapporte ici encore les propos de Darius Milhaud dans L’Europe du 13 février 1930, il s’agit d’une grande musique intemporelle, sans superficie, pittoresque, où l’instrumentation est d’une richesse incroyable.

    Je prendrai l’exemple de la collaboration de Ramuz avec Stravinsky et avec Markevitch : avec le premier – « L’Histoire du soldat », avec le second « La Taille de l’Homme ». Pour Stravinsky, Ramuz a puisé dans le trésor des contes populaires russiens et a écrit son texte de « L’Histoire du soldat ». Pour Markevitch, il compose un poème dont l’inspiration dépasse les sources folkloriques, dans une vision globale de la place de l’Homme dans l’Univers.

    C’est là le problème de toute l’œuvre d’Igor Markevitch et de la difficulté de sa réception. C’est là si l’on veut le côté négatif de son cosmopolitisme, car forte est la propension de la critique et du public à ranger dans des cadres connus.

    La musique d’Igor Markevitch n’appartient pas directement à l’Histoire de la Musique russe, même si elle n’aurait pas pu naître sans « Le Sacre du Printemps », même si elle assimile l’héritage de Scriabine. Elle n’appartient pas non plus de façon évidente à la musique française. On doit donc la recevoir telle qu’elle est, dans son intemporalité qu’il faut comprendre non comme un avatar de « l’art pour l’art », mais plutôt comme la création, à travers les structures offertes par l’époque contemporaine, d’un tissu musical

    « ivre du mystère, trouant les nuages de l’esprit et de la musique »,

    selon l’expression d’Hermann Scherchen.

    Le critique Léon Kochnitzky a été certainement injuste lorsqu’il écrivit dans Marianne le 27 juillet 1938 que la musique de Markevitch était un contrepoint de thèmes que la jeunesse de notre époque a établis, sans différence de race, de nation et de classe.

    « La Paradis perdu » est un oratorio en deux parties pour soprano, mezzo-soprano, ténor, chœur mixte et orchestre, créé à Londres en 1935 par l’Orchestre et le Chœur de la BBC sous la direction du compositeur.

    Le texte avait été écrit par Igor Markevitch d’après Milton. Il s’agit d’une œuvre capitale extraordinairement belle et stricte, inexorable et parfois inhumaine, selon Darius Milhaud dans Le Jour du 26 décembre 1935 qui parle d’un climat proche des gamelans, les orchestres de Bali et de Java et des psalmodies extrême-orientales.

    La musique extrême-orientale avait intéressé Debussy lors de l’Exposition Universelle de 1889 où il avait visité le Théâtre annamite.

    Paris eut son Exposition coloniale internationale en 1931 où des « spectacles exotiques » faisaient connaître le Théâtre annamite, les musiques et les danses du Cambodge, de Thaïlande et de Bali et elle semble aussi avoir eu un écho dans la musique d’Igor Markevitch dès « L’Envol d’Icare ».

    « Le Paradis Perdu » nous révèle tout un pan de l’Homme Markevitch, son écartèlement entre la culture chrétienne dont les fruits magnifiques lui paraissent empoisonnés et l’annonce d’une genèse de l’homme, d’un nouvel humanisme qui, pour autant qu’il nie la spiritualité chrétienne, ne se détourne nullement des Forces métaphysiques qui agissent sur l’Univers.

    Se défendant de tout mysticisme de type chrétien, Igor Markevitch n’a cessé, à la suite de Schopenhauer, de voir dans la musique « une métaphysique sensible ».

    Dans son « Introduction au Paradis Perdu »[6], il formule cela ainsi :

    « Se développant lui-même dans le temps qui passe, l’art de la musique est capable de nous livrer au grand jour, avec son connu divin, un morceau de cet éternel présent que j’ai appelé une seconde dimension du temps, d’être en d’autres termes, « une vérité faite de sons ». « Métaphysique sensible », autrement dit « vérité faite sons », était-ce là une impasse expliquant l’arrêt de la création musicale, comme on l’a avancé ?[7] Peut-être.

    Igor Markevitch avait nettement le sentiment que mille ans de musique venaient à leur fin et que ce qui venait à la suite et s’appelait « musique » était autre chose que cette « métaphysique sensible ».

    On peut se demander si Igor Markevitch a vu juste et en débattre un jour.

    En tout cas, nous devons constater qu’aucune nécessité intérieure ne l’a poussé à créer.

    « Icare », sans doute la plus célèbre œuvre d’Igor Markevitch, a été d’abord conçue comme un ballet destiné à Serge Lifar et portant le titre « L’Envol d’Icare ». Cette version fut créée le 26 juin 1933 à la Salle Gaveau par l’Orchestre symphonique de Paris sous la direction de Roger Desormière. Puis, en 1943, Markevitch recomposa cette œuvre et lui donnera son aspect définitif. Il s’est non seulement identifié au mythe d’Icare tel que la Grèce nous l’a transmis, mais il en a fait son propre mythe au point de vouloir appeler le dernier livre qu’il ait livré à la postérité et que nous avons fabriqué ensemble  Le Testament d’Icare .

    Comme la musique de Markevitch, ce livre ne peut s’assimiler qu’avec le temps. Il est comme un contrepoint de l’œuvre musicale, voire son filigrane.

    Markevitch-Icare, c’est à la fois l’envol, l’enthousiasme, l’arrachement à la terre, la plongée dans le mystère du monde, c’est aussi l’audace de celui qui vainc toutes les pesanteurs terrestres, donc un transgresseur de l’humanité moyenne. Mais corollairement au « couronnement de l’expérience » que représente l’aventure d’Icare, il y a la mort, mais, dans la volonté consciente de Markevitch, cette mort n’est pas un moment négatif, une défaite ; chez lui il n’y a pas chute comme dans la tradition grecque. L’exemple le plus frappant de cette tradition dans la pensée européenne est « La Chute d’Icare » de Breughel où Icare est même ridiculisé.

    Markevitch écrit :

    « Dans ‘Icare’ on retrouve quelque part ses ailes, comme les restes d’un serpent qui a fait peau neuve. Ce sont les signes de renouveau. »[8].

    Icare est comme « le papillon amoureux de la lumière » qui « vient se consumer sans la flamme de la chandelle ». Markevitch cite encore la Goethe de « La Nostalgie bienheureuse » :

    « Tant que tu n’auras pas compris ce ‘Meurs et Deviens’, tu ne seras qu’un hôte obscur sur la terre ténébreuse ».

    Dans « Faust »,

    « la victoire naît d’une défaite où l’orgueil abdique devant notre faculté productrice, symbolisée par l’Eternel Féminin. Alors nous pouvons dominer notre existence en contribuant au travail du monde sur nous, c’est-à-dire nous intégrer à un Tout qui nous enrichit par sa grandeur ».

    « Icare », c’est donc, d’une certaine façon, selon la volonté créatrice de son auteur, une autre façon de dire « Mort et Transfiguration ». Mais comme dans  toute grande œuvre, il y a ce qui échappe à la conscience même de son auteur, ce qui apparaît comme y étant celé et scellé, ne se découvrant que peu à peu et jamais de toute façon entièrement. Dans ce sens « Icare » dissimule peut-être la clef d’un secret markevitchien. Le Maître a-t-il cessé de composer parce qu’il avait brûlé trop vite ?

    Icare, c’est aussi le mythe de la brûlure. Et le vocabulaire courant nous offre bien des images de cette consumation.

    Dès 1936, le sentiment de la critique, à la fois étonnée et agacée, est qu’Igor Markevitch a déjà écrit ses chefs-d’œuvre et a découvert dès les premières œuvres un nouveau monde sonore. Il serait vain, à mon avis, de spéculer sur l’arrêt de la création chez Markevitch : qu’il s’agisse d’un tarissement parce que l’essentiel à dire avait été dit, qu’il s’agisse d’un refus de subir jusqu’au bout la condition d’artiste, à la merci d’un mécénat en voie de disparition ou d’une nouvelle orientation de la musique non acceptée, peu importe. Nous devons prendre tel quel le fait que le compositeur Markevitch ait voulu dire à un moment donné, autrement que par l’écriture musicale, la musique. Il faut lever les obstacles qui empêchent encore que cette œuvre musicale totalement originale soit jouée et enregistrée.

    Malheureusement Markevitch a su se créer dans le milieu musical de nombreuses inimitiés. Autant sa vie est jalonnée de grandes amitiés, autant elle est parsemée de litiges, de contentieux, d’ « affaires ». Igor Markevitch a lui-même écrit, lorsqu’il relate la façon grossière dont il avait traité le compositeur Vittorio Rieti : « Quelques mufleries de ce genre entachent malheureusement une vie ». Les meilleures formations, les meilleurs solistes et les meilleurs chefs devront comprendre l’importance de la musique de Markevitch :

    « On n’a pas toujours Birgit Nilsson comme soliste ».[9]

    Igor Markevitch aussi a relativement peu travaillé à mettre en valeur son œuvre : orgueil non dissimulé, tout pénétré de vieille tradition noble selon laquelle l’homme sait ce qu’il se doit … et ce qu’on lui doit :

    « On s’étonna dans mon entourage du peu de hâte que je montrais pour faire jouer ma musique. Je me disais pour « Icare » ce que je me suis dit plus tard pour l’ensemble de mon œuvre : si elle a de la valeur, elle peut attendre, et si elle ne peut attendre, il est inutile qu’on la joue. »[10]

    La précocité non plus d’Igor Markevitch n’a pas joué en sa faveur. Si, en effet, beaucoup de contemporains, parmi les meilleurs esprits et les meilleurs connaisseurs ont crié au génie, il y a eu parallèlement tout un courant qui a été agacé par cette trop impudente précocité et l’ont trouvée suspecte. Stravinsky n’a-t-il pas dit du jeune compositeur qu’il « n’était pas un Wunderkind, mais un Altklug ». Ce dernier mot étant péjoratif en allemand et équivalent à peu près à « malin comme un singe ».

    « cette bizarre maturité est périlleuse. Où est la fraîcheur juvénile, l’eau de source agreste qui permet de tenter un long voyage, de s’abreuver, de se renouveler ? »

    Cela tient de ce que j’appelle la mythologie de la création qui pense qu’il y a des modèles… Pourrait-on arriver à débarrasser notre réception des œuvres de toutes les considérations adjacentes, en particulier des spéculations sur la « précocité suspecte » ou sur l’arrêt de la production. Sommes-nous capables de juger une œuvre telle quelle ? C’est à ce défi que nous appelle l’œuvre musicale de Markevitch.

    Enfin, dans le passage uniquement orchestral de « Laurent le Magnifique », Contemplation de la Beauté, plus qu’ailleurs on sent combien la fonction de la musique n’est pas d’imiter la réalité :

    « Il ne s’agit aucunement pour la musique d’imiter la réalité ».[12]

    Ce passage dit, plus que toute parole, le site, la hauteur visitée un jour par Igor Markevitch.

    Dans ce site où, du temps de Laurent de Médicis, a séjourné le néo-platonisme de Marsile Ficin, le rythme se fait harmonie céleste et nous permet d’entendre le silence.

     

     

    Jean-Claude Marcadé

    1985  –  Saint-Cézaire  –  Bordeaux


    [1] « Bien entendu » ici dans ce n°, nous avons pensé devoir ne pas reproduire les passages de la conférence où Jean-Claude Marcadé annonçait et commentait les extraits des œuvres des œuvres du Maître enregistrées qu’il nous a donnés à entendre.

    [2] Edition encyclopédique des symphonies de Beethoven

    [3] Le livre de pensées et aphorismes que nous avons fait ensemble  Le Testament d’Icare , mais aussi dans le flux du quotidien : amant, époux, père, ami, maître de maison, seigneur ou despote

    [4] P. 301

    [5] Et je ne dis pas, intentionnellement, « universaliste », ce serait une redondance car toute œuvre d’art authentique est bien « universaliste

    [6] Musica Viva, avril 1938

    [7] Claude Tannery in Libération 1/IV 1983

    [8] « Être et avoir été » p. 236

    [9] Citations de « Etre et avoir été », p.292, p.300

    [10] O.C. p.250

    [11] Vera Stravinsky, Robert Craft,  « Stravinsky in pictures and Documents « , London 1979, p.166

    [12] O.C. p.301

  • Archives – Famille et amis en vrac

    Archives – Famille et amis en vrac

    Archives – Famille et amis

    Valentine Marcadé et Simon Karlinsky (aux murs des œuvres de Maria Siniakova aujourd’hui à la Villa Beatrix Enéa d’Anglet)
    Alvaro Vargas, Blandine, Coralie, Claude Marcadé au Pam (fin des années 1980)
    Claude Marcadé, Valentine Marcadé, Coralie et Blandine Marcadé (années 1980)
    Jean-René Marcadé, Claude, Coralie, Blandine Marcadé au Pam (fin des années 1980)
    Jean-René Marcadé, Claude, Coralie, Blandine Marcadé (années 1980)
    Alvaro Vargas, au Capitole à Rome, août 1987
    Jean, Valentin, Claudine Lavielle, 1984
    IXOUNE, NOTRE PETIT BERGER DES Pyrénées
    Le siamois Mamaï à 17 ans (Le Mont Dore, 1990)
    Mamaï à l’Hôtel des Sapins au Mont Doreen 1990
    Valentine Marcadé, Riom, août 1991
    Valentine Marcadé, Le Mont Dore,1993
    Valentine Marcadé à l’Hôtel des Sapins au Mont Dore, 1993
  • ARCHIVES – UN REPAS CHEZ LARISSA ET EVGUENI kOVTOUNE (LENINGRAD, ANNEES 1980)

    ARCHIVES – UN REPAS CHEZ LARISSA ET EVGUENI kOVTOUNE (LENINGRAD, ANNEES 1980)

    ARCHIVES – UN REPAS CHEZ LARISSA ET EVGUENI kOVTOUNE (LENINGRAD, ANNEES 1980)

     

    depuis la gauche – Jean-Claude Marcadé, Alla Povélikhina, Pavel Kondratiev, Evguéni Kovtoune, Larissa Kovtoune
    depuis la gauche : Jean-Claude Marcadé, Alla Povélikhina, Fédia Kovtoune (le fils de Larissa et Evguéni), Pavel Kondratiev, Evguéni Kovtoune
    LARISSA  KOVTOUNE
    Pavel Kondratiev et Evguéni Kovtoune
    depuis la gauche – Jean-Claude Marcadé, Alla Povélikhina, Pavel Kondratiev, Evguéni Kovtoune
    Fédia Kovtoune
    Alla Povelikhina et Fédia Kovtroune
    depuis la gauche – Jean-Claude Marcadé, Alla Povelikhina, Pavel Kondratiev, Larissa Kovtoune
    depuis la gauche – Jean-Claude Marcadé, Pavel Kondratiev, Evguéni et Larissa Kovtoune
  • Archives – « Le Monde » sur Poutine et la Russie déjà en 2007-2008

    Archives – « Le Monde » sur Poutine et la Russie déjà en 2007-2008

    Archives – « Le Monde » sur Poutine et la Russie déjà en  2007-2008

    Date : 28 novembre 2007 17:44:11 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : les toinettes,  les pythies, les moutons de panurge de l’information sur Poutine et la Russie

    Après l’ ignoble papier de Glucksmann osant comparer le peu recommandable Khodorkovski au martyr de la liberté que fut Sakharov, voici l’éditorial et l’article des toinettes du journalisme à propos des incidents, relativement mineurs par rapport à ce qui se passe dans des pays aux traditions démocratiques plus anciennes que ce n’est le cas en Russie,  intervenus lors de manifestations dans les deux capitales -comme toujours, c’est le ressassement de faits antérieurs amalgamés aux faits actuels afin de gonfler l’effet de dramatisation (mais, tiens, plus rien sur la Tchétchénie! Bizarre, non?). Donc haro sur Poutine que nos toinettes du Monde mettent à toutes les sauces, dès qu’il y a un événement négatif un peu partout en Russie : c’est le Kremlin, c’est Poutine qui est derrière. Naguère, un humoriste répondait à toutes les questions : « Stéphanie de Monaco »…

    En revanche, nous avons le résultat des incidents entre manifestants et la police, mais non les causes. Il s’agit, d’après les toinettes journalistes, de manifestations pacifiques qui n’enfreignent nullement les droits légitimes des citoyens. Or avez-vous vu dans notre petit pays de France des manifestations qui ne seraient pas autorisées, en accord avec la préfecture de police sur les itinéraires, laisser indifférent un maire  ou un gouvernement quels qu’ils soient? Ne faisons pas croire aux Russes que chez nous on peut impunément manifester en dehors de certains cadres établis par la loi. D’autre part, je ne cesse de m’élever contre l’idée que Kasparov représenterait l’opposition à lui seul; financé, entre autres, par l’escroc et criminel Bérézovski, son programme politique est très primaire : « La Russie sans Poutine ». A côté de la droite ultra-ultra-minoritaire de Kasparov, il y a la gauche fascisante de Limonov (tiens! il n’est plus mentionné dans vos papiers!) avec comme emblème, que vous refusez de montrer, de la faucille et du marteau en forme de swastika sur des brassards aux couleurs nazies. Mais, dans la droite libérale, il y a des personnalités de qualité dont le programme et l’action ne vous intéressent guère. Enfin, ignorer, comme opposition importante, les communistes, c’est purement de la malhonnêteté, car ils trouvent un écho en Russie malgré l’ultra-présence du parti poutinien partout.

    Je reviens de 3 semaines en Russie, dans les deux capitales et dans l’Oural, j’ai noté que la majorité de mes interlocuteurs étaient anti- « Russie unie » et anti-Poutine, ce qui prouve que, malgré la matraquage du parti officiel, tous les Russes ne sont pas près à se laisser impressionner, mais qu’ils votent, comme chez nous, selon des critères plus ou moins valables dans l’absolu, pour tel ou tel parti. J’ai vu un peuple et une société extrêmement dynamiques malgré le niveau de vie faible par rapport à l’Occident.

    En plus d’être des toinettes, nos spécialistes de la Russie sont des pythies, ils vous concoctent des scénarios sur l’après-poutine comme si vous y étiez. Ces politologues de service sont la plupart démentis par les faits, mais cela ne fait rien, tels nos sondeurs – ils continuent à prophétiser et ne prennent aucun risque lorsqu’ils sont démentis.

    Enfin, notre presse occidentale est à la traîne des analyses de l’Amérique et de son satellite l’Angleterre et est incapable d’avoir son jugement équilibré. Nous avons commencé à être les moutons de Panurge à partir de la couverture de la guerre avec la Serbie, où seules les versions de l’Otan étaient mentionnées dans tous les media. Paradoxalement,  les américanistes Sarkozy et Kouchner, qui devaient nous faire voir ce que l’on verrait, ont une position, à mon avis juste, de l’évolution de la société russe – il faut tenir compte de l’histoire du pays et surtout ne pas donner des leçons quand soi-même on n’est guère exemplaire. Cela ne veut pas dire fermer les yeux sur les faits négatifs, mais sans cet hystérique  a-priori antipoutinien, qui se révèle bien souvent comme un racisme antirusse. Dans son compte-rendu du film de Sokourov « Alexandra », J.M. a trahi la position du Monde, qui va pousser des cris d’orfraies pour la nier, en parlant du « russophile Sokourov »!!! Donc il faut être russophobe pour plaire à J.M. et au Monde… Et la censure du journal concernant le prix spécial du jury de Venise au film « 12 » de Mikhalkov…

    Le problème de la Russie, ce n’est pas le Kremlin ou Poutine, c’est la totale absence de contre-pouvoirs, car la population qui peine à vivre convenablement, est plus préoccupée par la stabilité acquise que par des revendications sous forme de grèves ou de manifestations. Il faudra du temps pour que l’immense Russie atteigne un niveau de vie confortable et puisse alors faire jouer des mécanismes démocratiques.

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 21 décembre 2007 11:49:07 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : de la désinformation sur la Russie (suite)

    Mme Jégo devrait se reconvertir dans le roman policier, là ses « éclairages » et ses intuitions seraient les bienvenus (je me demande si elle vit vraiment en Russie, ou si elle se contente de regarder les sites internet) – ou bien alors, je vois pour elle un recyclage dans une série télévisée  à la Dallas avec Poutine dans le rôle de JR. Et pendant ce temps, les lecteurs du Monde continuent à être désinformés sur l’état réel de la Russie aujourd’hui.

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    De : Jean-Claude Marcadé<jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 18 janvier 2008 18:52:37 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : la haine de kasparov

    « Le Monde » est vraiment ignoble : non seulement vos lecteurs ne sauront pas que Kouchner a donné au journal d’Anna Politkovskaïa « Novaïa gaziéta » une interview où il déclarait, entre autres, que nous n’avions pas à donner des leçons à la Russie, que Mikhalkov  a obtenu un lion d’or à Venise pour son film « 12 », que Poutine a été déclaré « l’homme de 2007 » par le « Time », que la nombreuse opposition du petit pays qu’est la Géorgie dénonce, à tort ou à raison, des « fraudes massives » lors des élections présidentielles, que Kasparov ne représente politiquement rien en Russie, que même ses alliés, dont Mme Alexéïéva, ne veulent plus rien à voir avec lui, etc.etc.etc., mais vous publiez un article haineux, qui amalgame de façon émotionnelle-hystérique des faits disparates, qui salit non seulement le honni Poutine, mais également notre chef de l’Etat, Sarkozy, élu largement (malgré vous, sans ma voix…). On se demande pourquoi il est nécessaire de déverser sur Poutine ces avalanches d’imputation de totale malfaisance. A ce que je sache, Poutine a souscrit à l’abolition de la peine de mort, a signé le protocole de Tokyo, n’a pas porté la guerre, sans être menacé, loin de ses frontières en créant désastres irréparables et désolation, ne fomente nulle part dans le monde (comme le faisait l’URSS et le fait toujours la CIA) des complots, a mis la Russie sur la voie du redressement etc. Ce n’est pas rien pour un pays qui a connu 70 ans de dictature sanglante et de gabégie, qui est, rappelons-le aux roquets de la fable qui aboient sur les éléphants, le territoire le plus grand au monde.

    Que quelqu’un, qui est politiquement un zéro, se permette de reporter, de l’étranger où il vit confortablement, la haine qu’il a pour Poutine sur notre chef de l’Etat, est indigne de la déontologie du grand journal que vous voulez être. Jamais le pus farouche opposant français à Sarkozy n’emploie une telle rhétorique offensante. Mais vous avez la lâcheté de le faire, en vous couvrant du fait qu’il s’agit de la rubrique « débat » : ce n’est pas nous, c’est lui…C’est misérable. A quand un article du sympathique Bérézovski et du sympathique Tchetchène de Londres Zakaïev? Et à quand le grand philosophe Glücksman qui vous a trompés avec « Libération » où il a été très gentil avec Sarkozy après que ce dernier l’a invité dans sa suite, je crois en Egypte (ou ailleurs?).

    Il ne faut pas vous étonner de vos difficultés, continuez comme cela à pipoliser le journal à manière de la « BildZeitung » et l’on continuera à cesser de vous lire.

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 8 février 2008 16:13:09 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : Mes notes sur la perverse désinformation du Monde sur la Russie

    Votre éditorial « la vindicte de Poutine » est poussive car vous n’avez guère de matière sur la prétendue main-mise malfaisante du chef de l’Etat sur tous les rouages de l’Etat russe, sauf de ressasser les mêmes arguments. Et le peuple russe a-t-il une autre existence pour vous que celle d’une petite minorité de droite ou fascisante? Ce peuple russe est donc très idiot et « apathique » (selon votre politologue préférée) pour, avant même toute propagande télévisuelle et autre, donner sa préférence massive au poulain de Poutine, le « terne » (selon votre verdict définitif) Medvédev. Etre prorusse, c’est mal – écrivez-vous à longueur de colonnes. Qu’est-ce, sinon de l’antirussisme avéré?

    Je note la mansuétude de vos articles concernant la Chine, qui rappelle celle que vous aviez jadis à l’égard de l’URSS dont chaque pet fleurait bon…Et alors que la Russie est devenue une démocratie malgré les aléas que cette démocratie peut connaître, vous faites tout non pour l’aider à être plus démocratique, mais au contraire pour  donner de la voix uniquement aux escrocs (Bérézovski, Khodorkovski et ses complices) ,  aux malhonnêtes (Kassianov) ou aux agités (Kasparov-Limonov). Les opposants qui ont la dignité de ne pas faire appel à l’Occident pour soutenir leur combat ne vous intéressent guère. Il vous faut du piment!

    J’avoue avoir été interloqué d’entendre de la bouche de personnes cent pour cent antipoutiniennes, à ma déclaration que Khodorkovski passait en Occident pour un héros et une victime : Quel héros? Quelle victime? Quand il avait les coudées franches, il n’hésitait pas à éliminer ses concurrents – je n’ai pas d’information à ce sujet, mais ce n’est pas chez Mme Jégo que je la trouverai, qui ne fait que répéter les informations antirusses d’internet.

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    jean-claude marcadéDe : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 12 février 2008 17:36:48 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : RE: Mes notes sur la perverse désinformation du Monde sur la Russie (suite)

    Le Monde persiste et signe…Que Mme Jégo consacre un article à Mme Litvinovitch, pourquoi pas, mais qu’elle essaie à travers lui de nous rendre respectable son chéri Kasparov , le seul vrai opposant à Poutine (sic!), et qu’elle nous parle de la passivité de la jeunesse russe parce qu’elle ne suit pas massivement les manifestations de ces individualités qui n’ont aucun programme sérieux, c’est à la limite de l’honnêteté journalistique. Car nous attendons toujours un article complet sur l’opposition au parti dominant, avec ses personnalités et ses programmes. On nous sert des portraits d’individualités qui, certes, le méritent mais qui ne nous donnent qu’une vue très partielle de la réalité russe. Mme Jégo ressemble au Répétilov du « Malheur d’avoir de l’esprit » de Griboiédov dont la seule politique de vie était « Faisons-du bruit, mes amis, faisons du bruit! ». La jeunesse russe ne serait passive que parce qu’elle ne suit pas massivement quelques trublions (Kasparov-Limonov), mais quand cette jeunesse est poutinienne (les fameux « Nachi ») et qu’elle manifeste, elle est traitée de moins que rien. Pour ma part, j’observe le dynamisme incroyable de la jeunesse russe dans son ensemble qui se bat quotidiennement pour améliorer ses conditions de vie. Et il y a à faire en Russie! Car son état est loin d’être à la hauteur de ses ambitions.

    On saura que Kasparov est soutenu par Mme Litvinovitch, mais on ne saura rien, nous les lecteurs du Monde, sur le dernier discours important de Poutine, ni sur l’intervention d’Ivanov à Munich. Tout cela n’a aucun intérêt, certainement, pour le futur de la Russie ou pour les rapports internationaux, car ceux-ci paraissent uniquement réglés par la politique si porteuse d’espérance des Etat-Unis. On ne saura rien sur la présence de Perminov à Kourou avec Sarkozy (mais Sarkozy, n’est plus votre chou-chou…)

    Espérons qu’avec l’intègre M. Schweizer « Le Monde » aura plus de souci d’intégrité informationnelle…

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 16 février 2008 17:55:47 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : Mes notes sur la perverse désinformation du Monde sur la Russie (suite)

    Décidément, les choses continuent au Monde – rien de ce qui s’est fait en Russie et de ce qui se fait aujourd’hui ne trouve grâce à ses yeux. Aucune lueur de quelque chose de positif.  Et l’avenir est sombre puisque Medvédev est déclaré a priori la créature de Poutine. Nous avons donc  le salmigondis habituel de Mme Jégo qui fait une « synthèse » d’une superficialité abyssale (les anecdotes seules sont dominantes) de la conférence de presse de Poutine, avec une minime mention incidente du discours-programme de Medvédev à Krasnoïarsk d’une très grande importance pour l’avenir et montrant un Medvédev loin de la potiche que nous présente Mme Jégo avec l’aval du  Monde. La mauvaise foi n’est pas seulement dans le choix des déclarations de Poutine (par exemple, sont passées sous silence son indignation du système général des pots-de-vin en Russie et sa volonté de lutter contre la corruption). Comme à la Russie, à travers Poutine, il est fait en permanence un procès d’intention, la règle est de faire un florilège de citations négatives ou, pire, de faire dévier les propos vers des affirmations péremptoires. Ainsi, on parle de « successeur programmé » (le peuple votant est un troupeau de moutons, de Gaulle aurait dit de « veaux », que l’on peut manipuler comme on l’entend?). Ainsi, Le Monde est coutumier de mettre des titres qui forcent le contenu des articles. Ce n’est pas de l’information, c’est du commentaire avec visée malveillante. Quand, enfin, Le Monde reviendra-t-il d’abord à l’information de première main, d’après laquelle le lecteur peut se faire une opinion, ce qui n’empêche pas le journal d’en faire le commentaire et  d’avoir son opinion? Mais d’abord l’information! Et non d’abord le commentaire!

    Où est passé Piotr Smolar qui faisait des papiers sur l’aire ex-soviétique où justement nous étions informés de façon équilibrée? Etait-ce trop équilibré aux yeux de la rédaction du Monde?

    Ne pourrait-on envisager pour des sujets aussi brûlants et controversés de les présenter sous des rubriques « Pro » et « Contra », en faisant appel à des personnalités compétentes (par exemple, pour l’économie russe- vous ne faites jamais appel à un parfait connaisseur de la question, chercheur au CNRS, Jacques Sapir).

    Mme Jégo n’est pas sensible au style russe imagé de Poutine. C’est une affaire de goût. Mais il faut qu’elle s’habitue que la Russie n’est pas le pays de Voltaire et que l’usage des proverbes et des expressions populaires y est courant. Il faut que l’Occident s’habitue, plus généralement, que la Russie atteint à l’universel par des voies autres que celles de l’Occident – et heureusement! Heureusement que Poutine ne parle pas comme Bush ou comme Sarkozy.

    Le bouleversant film de Lounguine « L’île » est la preuve qu’en effet les Russes sont autres – et tant mieux! Quel enrichissemnt pour le monde!

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    jean-claude marcadéDe : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 16 février 2008 18:31:53 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : Afterphilosophie

    L’idée du Monde de faire présenter ses volumes philosophiques par des personnalités médiatiques n’est pas forcément très bonne (toujours cette tendance pipolisante!). La présentation du Voltaire par M. Lévy est affligeante – ce n’est plus le logos, c’est la logorrhée, le pathos – Voltaire précurseur de Lévy dans sa dénonciation de l’islamisme….Mais on pourrait, dans cette veine pathétique, montrer que Voltaire, au-delà de son antichristianisme, annonce l’antijudaïsme (je n’ose dire l’antisémitisme) dans ses articles du terrible, mais salubre pour les croyants comme pour les incroyants, « Dictionnaire philosophique » dont, semble-t-il Mahomet et le Coran sont absents.

    Nietzsche dans son « Schopenhauer als Erzieher » parle des philosophes de son temps qui tenaient le haut du pavé comme appartenant à l’ « Afterphilosphie » – je laisse le soin de traduire « After » à M. Lévy.

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 12 mars 2008 18:51:56 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : de la désinformation sur la Russie (suite)- circenses ludi!

    Tiens! Tiens! Rien sur la Géorgie, sur son opposition au pouvoir en place, sur la grève de la faim de cette dernière – N’est-ce pas significatif, indirectement, de l’information malhonnête du Monde sur la Russie dont « L » opposition (toujours cet article défini qui ne désigne que les trublions sans écho dans le pays) a fait l’objet d’une très belle photo en couleurs en première page lors de sa manifestation provocatrice réprimée? Si ce n’est pas une preuve flagrante de la dépendance du Monde des médias anglo-saxons et/ ou sous influence de la CIA, alors qu’est-ce? Le dialogue Merkel-Poutine escamoté à l’avance; les propos de Kouchner sur les élections russes malicieusement tronqués etc.etc.

    Vous commettez une mauvaise action en faisant croire à « l »opposition que les manifestations en Occident peuvent se dérouler sans règles, ou alors on crée un climat d’émeute. L’opposition a besoin d’apprendre, autant que le pouvoir russe, la démocratie. Vous lui rendez mauvais service en faisant passer des actions irresponsables pour de la « vraie » opposition (c’est pour cela que vous ne parlez guère des vrais opposants, avec un programme, comme, par exemple, Iavlinski – il vous faut du sang, du croustillant – panem et circenses…)

    ++++

    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 29 mars 2008 16:52:19 HNEC

    À : smolar@lemonde.fr

    Objet : le reflux démocratique dans l’ex-ursss

    Cher Piotr Smolar,

    J’apprécie beaucoup vos papiers qui sont équilibrés, mais il me semble que la « ligne générale » du  » Monde » pointe parfois, noblesse oblige…

    Je pense qu’on ne peut comparer la politique à l’oeuvre dans des petits pays comme la France, l’Ukraine, La Géorgie et tous les autres pays ex-satellites ou non de l’URSS avec la Russie, un pays qui est un continent, le plus grand Etat géographiquement parlant au monde, une mosaïque ethnique, linguistique, culturelle, religieuse d’une  complexité inconnue ailleurs. De plus, le passé récent et de toujours de la Russie permet de comprendre pour quoi la démocratie, réelle selon moi, si l’on compare avec l’URSS, éprouve des difficultés à se mettre en place. Et il y a encore tant de petits potentats soviétiques quand on va un peu loin de Moscou!

    Il est de mode de parler de la  paranoïa russe, brandissant le complot international qui menace le pays. Mais vous serez d’accord avec moi que la Russie d’aujourd’hui, à la différence de l’URSS, ne menace personne en dehors de ses frontières, et qu’elle peut être inquiète à juste titre de voir l’unipolarisme américain triomphant venir placer des missiles ou les armes de l’Otan à ses portes. Aucun Etat ne resterait passif dans de telles conditions.

    cordialement,

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    jean-claude marcadéDe : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 29 mars 2008 17:20:27 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : de la désinformation du « Monde » sur la Russie (suite)

    Mme Jégo s’est surpassée dans son compte-rendu du livre de Natalia Narotchnitskaïa « Que reste-t-il de notre victoire? Russie-Occident : le malentendu ». C’est un petit chef-d’oeuvre de mauvaise foi et de malintention, digne des textes de l’époque soviétique qui vilipendaient ceux qui n’étaient pas dans la « ligne générale » : citations tronquées et amalgames sont mis au service du dénigrement systématique de l’auteure qui nous est présentée – ô crime impardonnable!- comme « le chantre d’un patriotisme décomplexé dans la Russie de Vladimir Poutine » .donc – a priori – tout doit être faux : vous pensez :  cette auteure fait partie de « la Russie de Poutine », mais c’est dégoûtant ça, cela sent le kgb, les chiottes de Poutine et autres méfaits du Grand Satan. Donc – démolition en règle. Ce petit chef-d’oeuvre de recension devra faire partie à l’avenir d’une anthologie. Il montre en tout cas le sérieux des « analyses » et des comptes-rendus de Mme Jégo sur la Russie.

    Mme Jégo se paie également un éminent chercheur du CNRS, économiste de réputation internationale, Jacques Sapir, pour avoir osé dire que ce qui se passe dans un pays qui est un continent doit être proportionné par rapport aux petits pays européens (les crimes racistes des skinheads allemands sont, en effet, proportionnellement plus, ou au moins autant, significatifs que ces mêmes crimes dans la Fédération de Russie). Mais c’est vrai que Mme Jégo préfère Kasparov, un grand politique et un grand savant, qui pense qu’il renversera le régime actuel (la fameuse « Russie de Poutine ») si on lui donne le contrôle de la télévision et des media…

    jean-claude marcadé

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 6 avril 2008 16:48:37 HAEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : de la désinformation sur la Russie (suite)

    A propos de l’article de Pierre Hassner « Les dilemmes de l’Occident », je ne parlerai que de ce que je connais bien, à savoir l’histoire de la Russie : mettre sur le même plan les Albanais du Kossovo, les Tchetchènes de la Fédération de Russie et les Tibétains annexés par la Chine ne tient pas à l’examen :

    1) il n’y a pas eu de colonisation de la Tchetchénie, comme la France a colonisé la Corse ou l’Algérie,  la Russie – l’Ukraine, la Sibérie ou l’Estonie,  les Hans – le Tibet;

    2) il y a eu russification, comme partout ailleurs dans l’Empire russe, puis soviétique, mais pas de christianisation forcée et création, sur la base de la tradition orale, d’une langue tchetchène écrite au début des années 1920;

    3) il n’y a pas eu simplement une lutte entre le pouvoir central de Russie et le séparatisme tchetchène, il y a eu la lutte des Tchetchènes entre eux pour le pouvoir dans la république autonome de Tchetchénie. Donc dire « les » Tchetchènes, comme s’il s’agissait d’un bloc dressé contre le pouvoir de Russie, ne correspond pas à la réalité : il y a eu, essentiellement, trois groupes politiques tchetchènes qui ont lutté pour le pouvoir : les whahabites qui ont mené des actions terroristes dans toute la Fédération de Russie et dont le programme était l’indépendance totale et la création d’un Etat islamique pur et dur; l’islamisme dit « modéré » de Maskhadov qui a été mêlé à des actions terroristes contre les représentants du pouvoir de la Fédération de Russie;  l’islamisme pro-russe des Kadyrov qui a fini par prendre le dessus. Ces trois groupes tchechènes ont mené une guerre impitoyable les uns contre les autres.

    Rien à voir, donc, avec le Kossovo ou le Tibet qui n’ont pas connu de luttes fratricides, mais seulement des luttes contre ce qu’ils considéraient comme des envahisseurs, pour l’indépendance et l’affirmation de leur culture.

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 1 septembre 2008 01:07:38 HAEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : l’ »information » sur la Russie

    Les médias européens et, en particulier, français se sont surpassés dans la présentation de la « guerre » Géorgie-Russie : depuis l’information sur la guerre contre la Serbie, nous n’avions connu rien de plus indécent. Et ces médias prétendent donner des leçons aux médias russes! Je dois dire que « Le Monde » (à mon grand étonnement) a été parmi les plus modérés et équilibrés même si le racisme antirusse, sous prétexte d’antipoutinisme », n’a pas manqué de pointer çà et là : Poutine en pieuvre de Plantu (qui s’est déjà planté avec la Serbie, mais on pardonne à un dessinateur génial), le sourire que M. Dhombres  a réussi à voir chez Poutine (nous, nous avons vu plutôt à plusieurs reprises les sourires « Colgate » de Saakashvili aux pires moments de ce conflit…); et toujours les coups de pied de l’âne de Mme Jégo (qui s’est pourtant calmée!); et, bien entendu, les papiers orientés du « philosophe » Lévy (tiens, pas de Glücksman?) et hier d’un obscur spécialiste géorgien du Caucase qui ne nous a livré, sur toute une page s’il vous plaît, que des ânonnements obscurs; et, bien entendu,  les lacunes dans l’information, très révélatrices, surtout celle concernant l’opposition politique géorgienne qui a été réprimée par le « bouillant » Saakshvili (tiens, cela me rappelle le « flamboyant » Bérézovski de Mme Nougayrède), opposition bien plus importante que les groupuscules russes genre Kasparov ou Limonov, si chers à Mme Jégo. Cette Russie, que vous regardez de haut et dont vous ne cessez de donner une image négative, est un continent multinational et multiconfessionnel où, par exemple, j’ai pu le constater, les populations chrétiennes et les populations musulmanes coexistent pacifiquement, ce qui n’est pas le cas partout, et chez nous en particulier! Et la Tchetchénie est une affaire intertchetchène autant que tchetchéno-russe, et elle est aux mains des Tchetchènes, certes prorusses – ce qui pour « Le Monde » les discrédite a priori (ah! s’ils étaient proaméricains, comme ce serait bien!)

    Evidemment, vous évitez de dire que Poutine depuis des mois et des mois, n’a cessé de dire le caractère explosif de la situation au Caucase géorgien, vous vous contentez de ressasser des formules qui ne veulent rien dire mais qui font de l’effet : le regret de la perte de l’Empire, comme si la reconnaissance de tout petits pays comme l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, apportait quelque chose d’important à l’ »impérialisme » russe – c’est aussi ridicule, mutatis mutandis, que l’argument selon lequel Khodorkovski était un danger politique pour Poutine.

    +++++

    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 6 septembre 2008 17:08:55 HAEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : de la campagne antirusse (suite)

    Le papier de M. Vernet justifiant la reconnaissance de l’indépendance du Kossovo et condamnant la reconnaissance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhaszie est un vrai petit exercice jésuite, avec des ellipses, des lacunes, des silences sur certains faits, quand ceux-ci n’entrent pas dans le schéma antirusse tracé à l’avance. Bien entendu, il n’y a aucune originalité car ce sont les positions que l’on retrouve dans les sites sous influence de la CIA, comme « gazeta.ru ». Est-ce que les journalistes du « Monde » ne pourraient pas avoir une analyse et une information autres, que celles venant du monde anglo-saxon? Par exemple, la mauvaise foi consistant à souligner ce qui n’a pas été dit lors du sommet du Groupe Shangaï, à savoir la reconnaissance de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, alors que ce n’était pas le but de la rencontre, mais de passer sous silence ce qui a été dit, à savoir l’approbation sans réserve de la façon dont la Russie a répondu à la monstrueuse agression de la Géorgie en Ossétie du Sud. N’est-ce pas un exemple flagrant de jésuitisme? Et je ne parle pas du pathos subjectiviste de M. Dhombres, ému par certaines images, mais ne voulant pas en connaître d’autres (celles, par exemple  de la dévastation de Tskhinvali et de ses victimes – mais que sont les Ossètes?). Je ne pense pas que M. Dhombres soit un imbécile, ni un journaliste non informé, mais il est malhonnête, car il ne peut ignorer que la manipulation des images est la chose la mieux partagée du monde.

    Quand à la ritournelle que la Russie d’aujourd’hui continue la politique monstrueuse de l’URSS (que d’ailleurs le « Monde » mettait moins d’ardeur à condamner), elle ne résiste pas à l’examen. Les Russes restent,  aujourd’hui, à leurs frontières et ne viennent pas allumer des foyers de tension ailleurs dans le monde comme le faisait l’URSS, alors que les Etats-Unis jouent les Batman à des milliers de kilomètres de chez eux…

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 12 septembre 2008 10:47:10 HAEC

    À : smolar@lemonde.fr

    Objet : occident-russie

    Je comprends, cher Piotr Smolar, que vous ne pouvez vous désolidariser de la ligne générale de votre journal, qui est délibérément antirusse. Vous êtes le seul qui, au moins, essayez de donner de la voix à ceux qui sont occultés systématiquement du discours dominant et du politiquement correct.

    Permettez-moi cependant de faire quelques remarques à propos de votre dernier papier :

    1) vous n’avez vu et entendu que l’hystérie unilatérale des médias russe, mais comment peut-on donner des leçons à ces médias, quand les nôtres n’ont cessé pendant des semaines de nous déverser des images et des discours, tous antirusses jusqu’à l’indécence , allant même jusqu’à présenter les ruines de Tskhinvali comme étant celles de Gori!

    2) pourrait-on cesser de parler de la guerre en Tchetchénie comme étant le seul fait des forces fédérales russes, et ne pas rappeler que cette guerre est autant tchetchèno-russe que tchetchèno-tchetchène?

    3) Poutine n’a  pas seulement répondu à notre arrogance à l’égard de la Russie par un sursaut de fierté nationaliste, comme vous le soulignez, mais il n’a cessé haut et fort de prévenir l’Occident du danger de guerre à ses frontières caucasiennes et comme on ne retient de lui seulement qu’il est un kguébiste voulant buter les Tchetchènes dans les chiottes ses propos n’ont pas mérité l’attention;

    En tout cas, félicitations pour avoir présenté des « pro » aux « contra » généralisés.

    ++++

    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 13 septembre 2008 11:23:06 HAEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : de l’Ukraine

    Je suis très étonné que dans la question posée à Viktor Youchtchenko au sujet des passeports russes que possèdent certains habitants russes et russophones de la Crimée, question à laquelle d’ailleurs le président ukrainien n’a pas répondu, vous n’ayez pas informés vos lecteurs que la Constitution d’Ukraine n’autorise pas la double nationalité et que les citoyens issus d’Ukraine doivent choisir, si la question se pose pour eux. Déjà plusieurs citoyens de Crimée possédant deux passeports, ukrainien et russe, ont été privés de leur nationalité ukrainienne.

    +++++

     

     

  • Alexeï Khomiakov sur l’état du catholicisme romain au milieu du XIXème siècle

    Alexeï Khomiakov sur l’état du catholicisme romain au milieu du XIXème siècle

    Alexeï Khomiakov, « Quelques mots par un chrétien orthodoxe sur les communions occidentales à l’occasion d’un mandement de Mgr l’Archevêque de Paris » (1857)

    « Le triomphe définitif du scepticisme religieux n’est point encore arrivé; mais même au temps présent [au milieu du XIXe siècle!] l’Europe occidentale tout entière peut être considérée comme n’ayant aucune religion, quoiqu’elle n’ose point se l’avouer. Les individus sont tourmentés du désir d’en avoir une, et n’en trouvant pas, se contentent généralement de ce que les Allemands ont fort bien nommé religiosité – mot admirablement ironique qui correspond du reste à la religion subjective de Néander et fait le revers de la foi du charbonnier. Les États, c’est-à-dire les gouvernements comprenant fort bien les avantages sociaux d’une religion quelconque, surtout pour les classes inférieures du peuple, font semblant d’en avoir une pour ne pas se trouver face à face avec une incrédulité patente. (Cela n’empêche pas certainement les gouvernants d’avoir quelquefois, comme individus, une certaine dose plus ou moins forte de religiosité)

    Tous, gouvernants et gouvernés, sont dirigés par le précepte machiavélique : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer », mais tous, gouvernants et gouvernés se contentent soit d’un fantôme, soit d’un à peu près de religion. L’expression la plus claire de l’état présent serait peut-être de dire que l’idée latine de religion l’a emporté sur l’idée chrétienne de foi, et c’est ce que le monde n’a pas encore remarqué. Le monde sans foi tient à avoir une religion quelconque; de la religion en général. Ainsi l’incrédulité seule a de la franchise, et elle est le plus souvent attaquée non parce qu’elle est incrédule et en cela mauvaise, mais parce qu’elle est franche et en cela bonne et noble. L’indignation publique poursuit le pair de France qui proclame du haut de la tribune sa propre incrédulité et celle de ses auditeurs; l’indignation publique poursuit le poète dont les oeuvres sont l’hymne de l’athéisme (Pauvre et admirable Shelley! Les accents de son incrédulité sont souvent pleins d’un christianisme qu’il n’a jamais compris, et ne devraient inspirer qu’une profonde compassion pour cette noble intelligence si fatalement égarée.) elle poursuit le savant qui sape par de laborieuses recherches les bases d’une religion à laquelle il ne croit pas; mais l’indignation publique n’a rien à dire à l’hypocrisie religieuse, qui est pour ainsi dire l’unique religion de l’Occident. »

    A.S. Khomiakov, L’Église latine et le Protestantisme au point de vue de l’Église d’Orient,Vevey, Xenia, 2006, p. 148-149

  • Archives – nos amis en vrac

    Archives – nos amis en vrac

    Archives – nos amis en vrac

    Jean-Claude Marcadé, Vita Susak, Edward de Lumley (année 2000)
    Vita Susak, Edward de Lumley, (avril 2000), (photo Jean-Claude Marcadé)
    VITA sUSAK (avril 200O)
    Edward de Lumley à Prague. (hiver 2000) (photo de Jean-Claude Marcadé)
    LOU, NATHALIE, JEAN-LOUIS ANDRAL AU PAM (Noel 2000) (photo de Jean-Claude Marcadé)
    Jean-Claude Marcadé, Jean-Louis Andral, Lou Andral (Noël 2000) (photo de Nathalie Andral)
    Jean-Claude Marcadé et Reinold Werner en face de la maison des Faïf 42 rue du Château d’eau (fin des années 1990) (photo Garry Faïf)
    Jean-Claude Marcadé et Reinold Werner en face de la maison des Faïf 42 rue du Château d’eau (fin des années 1990 ) photo Garry Faïf)
    MARINA FIODOROVA, IGOR MINAEV (années 1990)
    Antonia Dessart, Jean-Claude Marcadé, Laurent et Spyridon-Andreas Dessart (fin des années 1990)
    Jean-Claude Marcadé, Laurent; Antonia, Spyridon-Andreas, Sabine Dessart (Buchmann) au Pam dans les années 1990 (photo Michel Dessart)
    Spyridon-Andreas, Antonia, Sabine, Laurent Dessart au Pam dans les années 1990 (photo Jean-Claude Marcadé)
    Jean-François Hamon au Pam devant des sculptures de Maxime Arkhanguelski et un tableau de Sabine Buchmann (aujourd’hui à la Villa Beatrix Enea à Anglet), 2001
    à droite – Jean-Louis Andral, Dominique Urolatéguy, Huguette Beaugé et deux personnes non iidentifiées au Pam en 2001
    Dominique Urolatéguy, Jean-Louis Andral, Beaugé, au Pam – devant une sculpture de Maxime Arkhanguelski (aujourd’hui à la Villa Beatrix Enea à Anglet)
    de la gauche – deux personnes non identifiées, Huguette Beaugé, Dominique Urolatéguy, 2001
    Jean-Claude Marcadé, Madame Malmstad et son fils John Malmstad dans un restaurant parisien en 1998
    Jean-Louis Andral, Herman Berninger, Marie-Anne Chambost et Jean-Claude Marcadé devant une œuvre de Pougny à l’exposition Die grosse Utopie à la Schirnkunsthalle de Francfort, 1992
    Lieven Van den Abbeele, Jean-Claude Marcadé, Geneviève Breerette, 1995
  • С великими праздниками Пятидесятницы и Святого Духа!  À tous les Orthodoxes – Bonne Fête de la PENTECÔTE et du SAINT-ESPRIT!  Καλή εορτή της Πεντηκοστής και του Αγίου Πνεύματος!

    С великими праздниками Пятидесятницы и Святого Духа! À tous les Orthodoxes – Bonne Fête de la PENTECÔTE et du SAINT-ESPRIT! Καλή εορτή της Πεντηκοστής και του Αγίου Πνεύματος!

    С великими праздниками Пятидесятницы и Святого Духа!

    À tous les Orthodoxes – Bonne Fête de la PENTECÔTE et du SAINT-ESPRIT!

    Καλή εορτή της Πεντηκοστής και του Αγίου Πνεύματος!

    « Il faut croire que la descente du Saint Esprit qui a eu lieu dans un endroit précis et un jour précis est dans l’Église un mystère agissant qui ne s’interrompt pas, comme la respiration de l’Église. Né dans des conditions précises, ayant un commencement, il n’a pas de fin. C’est comme un flot céleste qui a jailli dans l’Église, flot dont les eaux ne se tariront jamais. »

    [MOINE GRÉGOIRE (KRUG), CARNETS D’UN PEINTRE D’ICÔNES, L’Âge d’Homme, Lausanne, 2019]

    Moine Grégoire

    Moine Grégoire, église du Saint-Esprit, Le Mesnil – Saint-Denis (Yvelines)

    Saint André Roubliov

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    Ernest Renan sur Mahomet

    Mahomet nous apparaît comme un homme doux, sensible, fidèle, exempt de haine. Ses affections étaient sincères; son caractère, en général, porté à la bienveillance. Lorsqu’on lui serrait la main en l’abordant, il répondait cordialement à cette étreinte, et jamais il ne retirait la main le premier. Il saluait les petits enfants et montrait une grande tendresse de cœur pour les femmes et les faibles. « Le paradis, disait-il, est au pied des mères. » Ni les pensées d’ambition, ni l’exaltation religieuse n’avaient desséché en lui le germe des sentiments individuels. Rien de moins ressemblant à cet ambitieux machiavélique (Mahomet de la pièce de Voltaire) et sans cœur  qui explique en inflexibles alexandrins ses projets à Zopyre.

     Ernest Renan, Études d’histoire religieuse, éd. Michel Lévy frères, 1858, p. 248