Catégorie : Personnel

  • ARCHIVES – AMIS ÈS ART

    ARCHIVES – AMIS ÈS ART

    ARCHIVES – AMIS ÈS ART

    VLADIMIR GOUSSIEV, IOSSIF KIBLITZKY, IEVGUÉNIYA PÉTROVA,1999

    IEVGUÉNIYA PÉTROVA , BRUGES, 1999 (photo Jean-Claude Marcadé)

    IEVGUÉNIYA PÉTROVA, 1999 (photo Jean-Claude Marcadé)
    DMYTRO HORBATCHOV AU JAPON, 1998

    JEAN-CLAUDE MARCADÉ, SUZANNE PAGÉ, Salle de La Danse de Matisse ao MAMVP, 1996
    RENÉ MASSAT ET JEAN-CLAUDE MARCADÉ, MNAM, 1999 (photos de Garry FAïf)
    JEAN-CLAUDE MARCADÉ ET SIMONE FAÏF, 1999(photo Garry Faïf)

    JEAN-CLAUDE MARCADÉ ET SIMONE FAÏF, 1999(photo Garry Faïf)

    BOULAT GALÉÏEV ET JEAN-CLAUDE MARCADÉ, 1988

     

    KATIA ZOUBTCHENKO, MADAME BRANTÔME, JEAN-CLAUDE MARCADÉ À L’EXPOSITION DU PEINTRE UKRAINIEN PIERRE NILOUS, 1986 (photo Dominique Fontanarosa)

     

    MIKHAÏL FIODOROVITCH ASTROV, NEVEU D’IVAN POUGNI, À SAINTE GENEVIÈVE DES BOIS, 1989

    JEAN-CLAUDE MARCADÉ DEVANT LA SCULPTURE DE PEVSNER « ÉLAN » SUR SA TOMBE AU CIMETIÈRE RUSSE DE SAINTE GENEVIÈVE DES BOIS, 1989

    RAÏSSA CHARMOIS, JEAN-CLAUDE MARCADÉ, OLGA CHARMOIS AU PAM LE 29 AOÛT 2O26

    JEAN-CLAUDE MARCADÉ ET GRÉGOIRE CHARMOIS AU PAM LE 29 AOÛT 2026

    JEAN-CLAUDE MARCADÉ ET GRÉGOIRE  CHARMOIS AU PAM LE 29 AOÛT 2026

  • Bonne Fête de la Dormition de la Mère de Dieu!  С ПРАЗДНИКО

    Bonne Fête de la Dormition de la Mère de Dieu! С ПРАЗДНИКО

    Bonne Fête de la Dormition de la Mère de Dieu!

    С ПРАЗДНИКОМ УСПЕНИЯ ПРЕЧИСТОЙ БОГОРОДИЦЫ!

    La Mère de Dieu est placée, par la volonté divine, plus haut que toutes les créations, elle est la reine de tout ce qui est créé, elle qui a reçu dans sa Dormition, l’adoration des forces célestes, terrestres et infernales ; dans sa dignité de Reine des Cieux elle embrasse et relie le monde des ordres angéliques et le genre humain.

    Le Dieu de Gloire s’est fait homme; il a pris sur lui de la Vierge Éternelle tout ce qui est humain, afin de sauver et de rétablir l’image de Dieu, mise dans l’homme depuis sa création et sans cesse obscurcie par le caractère corrompu de la nature humaine déchue, vaincue par le péché.[•••]

    L’unité de la Mère de Dieu et des Apôtres, aussi bien dans l’Ascension que dans la Pentecôte, est immuable et l’événement définitif final dans la vie de la Mère de Dieu et des apôtres a été la Dormition de la Vierge. Ici, l’unité de l’assemblée des apôtres et de la Mère de Dieu s’est exprimée définitivement et de manière irréfutable. La Mère de Dieu a rassemblé par sa Dormition les apôtres de tous les coins de l’Univers. Chacun des apôtres a été transporté par l’Esprit Saint de l’endroit de son ministère à Jérusalem et tous ont constitué une assemblée autour de la Mère de Dieu. Avec les Puissances Incorporelles et les femmes qui assumaient le ministère apostolique ils ont accompli le rite des funérailles et ont porté la couche où reposait le corps de la Mère de Dieu à l’endroit où elle a été ensevelie. C’est ici précisément que s’est manifestée la même étroite parenté qui a déterminé la présence de la Mère de Dieu parmi les apôtres, aussi bien sur le mont des Oliviers que sur la montagne de Sion, dans le Cénacle, qui s’est empli le jour de la Pentecôte du feu et du souffle du Saint Esprit. Et dans toute la vie ultérieure de l’Église il est difficile de se représenter la moindre action apostolique sans la présence et la participation de la Mère de Dieu. Il est impossible de se représenter aussi la catholicité (la communion universelle) de l’Église sans la participation de la Mère de Dieu ou d’ignorer d’une certaine façon la présence de la Mère de Dieu partout où la nature catholique (de communion universelle) de l’Église trouve son expression, parce que le ministère de la Mère de Dieu dans l’Église embrasse tout. La Mère de Dieu, comme Reine des cieux et de la terre, ne peut être en dehors de la moindre action de l’Église, angélique ou humaine, et aucune manifestation catholique (de communion universelle) de l’Église ne pourrait être emplie de la plénitude de la bénédiction sans la Mère de Dieu. C’est pour cette raison aussi que la plénitude de l’assemblée apostolique rassemblée dans le Cénacle le jour de la Pentecôte, plénitude qui a déterminé la nature apostolique de l’Église, ne s’est pas réalisée sans la participation de la Mère de Dieu. Mais c’est par la volonté du Saint Esprit qu’elle a été présente et a participé à la fête et a été sanctifiée par la réception de l’Esprit Saint lors de la descente des langues de feu et elle a sanctifié la fête par Sa participation. [•••]

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    MOINE GRÉGOIRE (G. I. Krug)

    CARNETS D’UN PEINTRE D’ICÔNES

    TRADUIT DU RUSSE
    PAR JEAN-CLAUDE ET VALENTINE MARCADÉ

     

  • BONNE FÊTE DE LA TRANSFIGURATION!

    BONNE FÊTE DE LA TRANSFIGURATION!

    BONNE FÊTE DE LA TRANSFIGURATION!

    LA TRANSFIGURATION DU SEIGNEUR

    Dans le cycle des fêtes de l’Église trois d’entre elles sont conjointes par des traits de ressemblance, sont rapprochées l’une de l’autre par une parenté étroite et particulière. Ce sont la Pentecôte, l’Épiphanie et la fête de la Transfiguration du Seigneur. Les fêtes sont unies l’une à l’autre par leur nature trinitaire.Dans la Pentecôte, l’Esprit Saint, par Sa descente sous l’aspect de langues de feu, nous introduit dans l’intimité de la connaissance de Dieu, en nous révélant, aussi pleinement que cela nous est accessible, la vie de la Très Sainte Trinité.Dans la fête de l’Épiphanie, les Trois Personnes de la Très Sainte Trinité se sont manifestées dans une action sanctifiante, en préparant notre salut, par une action salvatrice, concordante qui sanctifie le monde. Dans la Transfiguration, la Très Sainte Trinité s’est manifestée principalement dans la gloire de la lumière Divine incréée. En elle tout est lumière, tout est empli de lumière et tout change d’aspect mystérieusement.Le sommet du Mont Thabor sur lequel le Sauveur fit monter les disciples élus, s’emplit de l’effusion de la lumière Divine, de la gloire ineffable de la Divinité. Et l’icône de la fête est tout entière emplie de cette effusion de la lumière Divine. Toute la surface de l’icône devient, pour ainsi dire, réceptrice de lumière. La répartition des représentations sur l’icône (la nuée qui couvre de son ombre le Sauveur, le mouvement des rayons qui indiquent les forces-énergies divines, le mouvement du Mont Thabor et la chute précipitée des apôtres, tout ce qui constitue la base de l’icône parle de la lumière et est déterminé par la lumière. De lumière est emplie la nuée – gloire de l’Esprit Saint qui a couvert de son ombre le Seigneur et l’habit du Seigneur dont la blancheur est emplie d’un fin réseau de rayons d’or qui indiquent également l’irradiation des forces Divines.

    Le reflet de la lumière qui se répand du Seigneur illumine les tuniques de Moïse et d’Élie, celles des apôtres qui sont jetés par terre et les saillies en degrés du Mont Thabor. Le mont lui-même semble être empli de la volonté inspirée de préparer la place du Seigneur, ses contours, en s’élevant, se rétrécissent vers le sommet et tout en haut se divisent en trois petits ressauts formant la place du Seigneur et de ses deux interlocuteurs : Élie, intercesseur des vivants et Moïse, intercesseur des morts. Les plis de leur vêtement ainsi que le vêtement des apôtres sont soulevés par un tourbillon et emplis d’une lumière mystérieuse issue du Sauveur. Parfois les apôtres sont représentés tombant la tête la première, parfois seulement précipités à terre et cachant leur visage de leur vêtement. La Divinité, selon la définition de l’archevêque Innocent de Kherson, dissimulée sous le rideau de la chair, a mis en évidence sa présence et a resplendi comme l’éclair. La prière a éveillé et stimulé la plénitude de la Divinité dissimulée dans l’humanité de Jésus au point que, ayant imprégné l’âme du Dieu-Homme, elle a transpercé de sa lumière le corps et a resplendi sur le visage ; sans pouvoir être contenue ici, elle a auréolé et transfiguré les vêtements eux-mêmes.Ce n’est pas devant tout le peuple ni même devant tous les disciples que s’est accompli le miracle de la Transfiguration, mais seulement devant trois apôtres élus par le Christ, capables de supporter la vision de cette gloire intolérable: et ce n’est pas d’emblée que le Seigneur les a faits témoins de Sa Transfiguration, mais après avoir accompli la montée au sommet du Mont Thabor, montrant ainsi que ce n’est pas partout ni dans n’importe quel état que l’on peut devenir les témoins et les participants de la Transfiguration du Seigneur, mais uniquement par l’effort de la montée. Dans la vie de l’Église ce sont les ascètes (podvijniki) tendus vers la contemplation qui suivent cette voie des sommets. La Montée au sommet du silence les conduit à l’apparition de la lumière Divine et l’Église conserve une multitude de témoignages sur cette lumière qui est atteinte par l’expérience de la plongée dans la prière et la contemplation. Sur la nature de cette lumière mystérieuse qui s’est répandue dans la Transfiguration du Seigneur des discordances naquirent et des discussions âpres eurent lieu, surtout dans les monastères du Mont Athos dont le sommet est couronné par l’église de la Transfiguration. Au Mont Athos, où l’expérience intérieure  des podvijniki en quête du silence (les hésychastes) se conjuguait avec une force et une constance particulière à l’apparition de la lumière du Thabor, naquirent des discussions sur la nature de cette lumière. Certains adversaires ayant à leur tête Varlaam, sous l’influence des notions scolastiques occidentales, affirmaient que la lumière vue par les apôtres au Thabor n’était pas la lumière incréée, la lumière Divine, mais était une manifestation créée par Dieu et qu’elle ne pouvait être visible qu’en vertu de ce caractère créé.  

    Varlaam considérait comme également créées toute action de la Grâce Divine et toute manifestation des forces-énergies Divines.

    «Mais cet enseignement est nuisible à l’intelligence, qui dit que la grâce commune au Père, au Fils et au Saint Esprit, que la lumière du Siècle à venir par laquelle les justes resplendiront comme le Soleil, lumière dont le Christ a montré la préfiguration en resplendissant sur le Mont Thabor, que simplement toute force et que toute action de la Divinité trihypostatique… que tout cela est créé.» (Synaxaire de la deuxième semaine du Grand Carême).

    Cette querelle s’acheva au Concile de Constantinople par la profession de foi de saint Grégoire Palamas qui démasqua Varlaam et son partisan Akindinos et établit pour toujours la doctrine orthodoxe de la nature de la Grâce, des forces Divines et de la lumière du Thabor. La lumière, selon le témoignage de saint Grégoire Palamas, apparue aux apôtres sur le Mont Thabor, n’est pas une lumière formée, créée, mais est une irradiation de la Divinité elle-même, une effusion rayonnante de lumière de la grâce de la Très Sainte Trinité qui sanctifie et illumine le monde.

    « La lumière de la Transfiguration du Christ emplit mystérieusement l’Église, rendant porteurs de lumière les hiérarchies angéliques et se manifestant chez les saints, et cette lumière est déjà la gloire du Siècle à venir et les Saints qui témoignent de la lumière du Thabor sont non seulement ses témoins, mais eux-mêmes en sont emplis, car en regardant à visage découvert la gloire de notre Seigneur on doit se transfigurer par l’Esprit de Dieu de gloire en gloire. La Transfiguration donne exactement l’image de notre transfiguration.» (Saint Innocent de Kherson).

    Voici en quels termes saint Siméon le Nouveau Théologien parle de cela :

    « La Grâce de l’Esprit Saint, qui vient comme une lumière intelligente, vient avec douceur, apportant l’allégresse, c’est-à-dire le reflet de la lumière éternelle et l’éclat rejaillissant de la béatitude qui n’a pas de fin; elle fait de lui – de l’homme – l’ami et le fils de Dieu, et Dieu dans la mesure où l’homme peut Le contenir » ; et plus loin :

    « L’intelligence qui s’est unie à Dieu devient comme la lumière. L’intelligence est alors lumière et voit la lumière, c’est-à-dire Dieu. L’intelligence se voit totalement unie à cette lumière et veille avec vigilance. »

    Dans la série innombrable des témoignages sur la lumière du Thabor il en est un qui nous est particulièrement proche dans le temps et à cause des conditions dans lesquelles s’est produit le miracle. C’est l’apparition de la lumière pleine de grâce par laquelle s’est achevé l’entretien de saint Séraphin de Sarov avec son ami Motovilov sur le sens et la destination de la vie chrétienne. Dans cet entretien, saint Séraphin explique à Motovilov que ni la pureté de vie, ni la qualité, ni l’abondance des vertus ne sont le sens final de la vie chrétienne, mais seulement les conditions indispensables pour atteindre ce sens. Le trésor qui seul est digne d’être le couronnement de la vie, c’est la plénitude de l’acquisition de l’Esprit Saint lorsque l’âme humaine recevant la plénitude de la grâce «resplendit de l’unité Trinitaire». Motovilov n’arrivait pas à comprendre ce qu’était l’acquisition du Saint Esprit et alors soudain saint Séraphin, afin que Motovilov saisisse jusqu’au bout ce qui a été dit clairement, fit de lui le participant et le témoin oculaire du miracle. Le visage du saint commença à s’illuminer mystérieusement. À la question de saint Séraphin qui demandait pourquoi Motovilov ne le regardait pas, celui-ci répondit :

    « Je ne peux pas, mon père, regarder; de vos yeux tombent des éclairs, votre visage est devenu plus lumineux que le soleil et j’ai dans mes yeux des douleurs lancinantes.»

    Puis Motovilov rapporte ce qu’il a vu en ces termes :

    « Imaginez au milieu du soleil, dans l’intensité la plus étincelante de ses rayons de midi, le visage de l’homme qui converse avec vous. Vous voyez les mouvements des lèvres, l’expression de ses yeux qui change, vous entendez sa voix, vous sentez que quelqu’un vous tient de ses mains par les épaules, mais non seulement vous ne voyez pas ses mains, ni vous-même, ni son corps, mais seulement une lumière aveuglante s’étendant au loin, à plusieurs sagènes alentour et qui illumine de son vif éclat le voile neigeux qui couvre la clairière et les flocons neigeux qui se déversent sur moi et sur le starets très vénéré.»

    C’est en ces termes que Motovilov décrit l’apparition de la lumière incréée qui a illuminé saint Séraphin et cette lumière est toujours la même lumière de la Transfiguration du Seigneur qui illumine les Saints, revêt de gloire la Sainte Église et qui, selon la définition du Concile confirmant la profession de foi de saint Grégoire Palamas, est

    «la gloire indicible et la gloire très parfaite et pré-éternelle de la Divinité, la gloire sans commencement ni fin et le royaume de Dieu, la vérité et la beauté ardemment désirée, la Divinité du Père et de l’Esprit qui siège dans le Fils unique.»

    Si l’on met côte à côte les paroles de saint Siméon et celles de saint Séraphin, dans l’entretien avec Motovilov, on est frappé par leur extraordinaire similitude non seulement dans la connaissance de la lumière, mais aussi dans les expressions de la langue à laquelle ont eu recours les saints dans leur témoignage sur la lumière et dans leur définition de sa signification finale. Nous voyons cela également chez d’autres témoins et spectateurs de la lumière Divine, incréée ; la parenté, l’expérience intérieure de saints aussi éloignés l’un de l’autre dans le temps et par les conditions dans lesquelles leur vie s’est écoulée, sont comme un flot porteur de lumière qui nous entraîne vers la lumière sans crépuscule du Jour à venir. Et le triomphe de la pureté du combat pour défendre la doctrine orthodoxe sur la lumière Divine de la Transfiguration est conjointe ecclésialement à la célébration du Triomphe de l’Orthodoxie.

    La Transfiguration du Seigneur sur le Mont Thabor ne saurait être comprise par nous comme un miracle isolé dans la série des événements évangéliques, mais elle est la voie, l’image et le sommet de la Transfiguration universelle.

    Moine Grégoire (Kroug), Carnets d’un peintre d’icônes, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2019 (traduction de Jean-Claude et Valentine Marcadé)

  • La Vierge du Maître de Moulins

    La Vierge du Maître de Moulins

    forum Marine d’Avel, écrivain

    Passant par Moulins…

    Ne demande jamais ton « chemin à quelqu’un qui le connaît, d i s a i t  R a b b i Nachman de Bratslav, car tu pourrais ne pas t’égarer. » 
    Nous n’avons demandé notre chemin, ni aux rares personnes qui le connaissaient, ni aux autres dont le nombre était considérable, et nous sommes passés par Moulins. Moulins, son beffroi, ses ruelles pavées et ses maisons de guingois, son abbatiale et son retable marial…
    La Vierge du Maître de Moulins valait à elle seule non seulement un détour, mais qu’on traverse la France pour aller la contempler. Pour l’élégance de ses couleurs, pour la finesse des mains et pour le glacis de mystère qui émane du panneau central, elle bat à plate couture La Joconde . Mais la première se trouve à Moulins, tandis que la seconde est au Louvre. La première se mérite : une fois entrés dans la cathédrale, il faut trouver la salle latérale, dont la porte est ordinairement fermée, trouver les 3 € en petites pièces car le guide n’a pas de monnaie, supporter l’attente dans un vestibule étroit.
    Le dernier des imbéciles qui ne saurait pas où se trouve la Joconde trouverait dans toutes les salles du Louvre une image de Mona Lisa en noir et blanc pour lui flécher le chemin, assortie d’interdictions de photographier ou de pickpocketter. Contempler le Triptyque de la Vierge en gloirecommence par un doux supplice : le commentaire du guide. Il nous apprend beaucoup de choses, ce guide zélé, on ne peut même pas lui en vouloir : il nous apprend que le panneau central du retable représente le couronnement de la Vierge par deux séraphins, tandis que le disque d’or sur laquelle elle se détache, ainsi que le croissant de lune à ses pieds s’inspirent d’une citation de l’Apocalypse, partiellement reprise sur un ruban tenu par les deux anges du bas: 
    « Voici celle dont les Écritures saintes chantent l’éloge : enveloppée de soleil, ayant la lune sous ses pieds, elle a mérité d’être couronnée de douze étoiles. »
    La Vierge présente au monde son fils : il s’échappe de son giron et esquisse avec désinvolture un geste de bénédiction. Les yeux mi-clos de sa mère enchâssent une intériorité silencieuse, en elle s’accomplissent l’ancienne et la nouvelle Alliances, ce que suggèrent les sept cercles d’un arc-en-ciel représenté dans la totalité. La ronde des douze chérubins, aux visages chafouins, pétris encore par le charme gracile de l’enfance, montent autour d’elle une garde de feu, une girandole de prière et de joie. Le guide évoque les deux donateurs à droite et à gauche du panneau central, mais on souhaiterait le silence. On voudrait rester là comme un arbre planté dans un champ qui voit s’incurver vers la terre la courbe de la Voie lactée, et descendre en gerbe dans les nuits d’été des incandescences d’étoiles filantes.
    La Vierge à l’Enfant vient vers nous, comme un étrange vaisseau spatial, propulsée hors du temps et de la galaxie par le disque d’or eucharistique sur lequel son trône de gloire est suspendu. Les premiers jours de la Genèse qui virent la création des grands luminaires, les premières pages des Évangiles, qui narrent la naissance du Verbe, consonent avec les dernières pages de l’Apocalypse et le triomphe tranquille de la Jérusalem céleste. De la peinture jaillit la symphonie de la Parole, qui se déverse elle aussi vers les spectateurs, sous la forme d’invisibles météorites. Des bribes de prophéties ou de psaumes semblent choir du retable : 
    « pour vous qui craignez mon Nom, le soleil de justice se lèvera, portant la guérison dans ses rayons » , ou encore « jusqu’aux cieux ta splendeur est chantée », et aussi : « à voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme que tu en prennes souci ».
    C’est souvent quand on ne cherche plus qu’on trouve…
    La Vierge à l’Enfant vient vers nous, comme un étrange vaisseau spatial, propulsée hors du temps et de la galaxie par le disque d’or eucharistique sur lequel son trône de gloire est suspendu.
  • IGOR MARKEVITCH, LE COMPOSITEUR ET L’HOMME, 1985

    IGOR MARKEVITCH, LE COMPOSITEUR ET L’HOMME, 1985

    En hommage à Igor MARKEVITCH

    « Le Compositeur et l’Homme »

    par Jean-Claude MARCADÉ

    Préfacier  et organisateur d’un livre posthume du Maître

     LE TESTAMENT D’ICARE 

    Conférence donnée en 1985 à la Chapelle romane de

    SAINT-CÉZAIRE sur SIAGNE

     

     

    Voilà maintenant deux ans qu’Igor Markevitch nous a quittés, laissant derrière lui cinquante années au service de la musique. Remarqué par Alfred Cortot en 1925 alors qu’il n’avait que 13 ans, devenu son élève et celui de Nadia Boulanger à 14 ans, le voilà catapulté à 16 ans dans le sillage de Diaghilev qui lui commande en 1928 un concerto pour piano qui sera créé à Londres avec Igor Markevitch lui-même au piano le 15 juillet 1929.

    Pendant toutes les années trente, Igor Markevitch crée une série d’œuvres qui ont une audience mondiale et généralement saluées comme des étapes importantes de la musique, le compositeur étant crédité de génie.

    De ces œuvres créées entre 1929 et 1941, de 17 à 29 ans : le ballet « Cantate » sur un texte de Jean Cocteau, en 1930, suivi d’un « Concerto grosso », puis, en 1931, d’une « Partita pour clavier et orchestre » et d’un ballet « Rébus » pour Léonide Miassine. En 1932, encore un ballet, cette fois pour Serge Lifar, « L’Envol d’Icare » ; en 1933 le « Psaume » pour soprano et orchestre ; en 1935, l’oratorio « Le Paradis perdu » ; en 1937, le « Nouvel Age » ; et en 1940 la sinfonia concertante « Lorenzo il magnifico » sur des poèmes de Laurent de Médicis. Enfin, en 1941, les « Variations », « Fugue et envoi sur un thème de Haendel », la seule œuvre d’Igor Markevitch que l’on puisse trouver dans le commerce puisqu’elle a été enregistrée par le pianiste Fujii en 1982 et sur l’autre face « Stefan le poète » impressions d’enfance pour piano (1939) enregistré également par le pianiste Fujii.

    Ces « Variations » pour piano sont la dernière grande composition d’Igor Markevitch, qui cessa ainsi de composer à 29 ans.

    Après 1945, il se consacre à la direction d’orchestre, ce qui lui assurera une renommée mondiale, le mettant au nombre des grands interprètes de ce siècle. Cet aspect, je veux dire « Igor Markevitch, chef d’orchestre » est la pointe la plus connue, je dirai la plus évidente, de l’iceberg Markevitch. Il était le « Prince Igor », comme on aimait l’appeler se référant à la souveraine aisance de sa gestique où la sobriété et la précision le disputaient à une sensibilité d’une rare intensité. Entre mille, pensons à la restitution de la « Création » de Haydn, de « Daphnis et Chloé », du « Sacre du Printemps », voire de « La Vie pour le Tsar » de Glinka.

    Mais la gloire du chef d’orchestre a éclipsé l’œuvre du compositeur qui pourtant eut son heure de gloire et fut célébré comme un génie.

    Des musicologues comme Henri Prunières, Pierre Souvtchinsky ou Boris de Schloezer, des chefs d’orchestre comme Scherchen, Koussevitzky ou Karel Ancerl, des compositeurs comme Bela Bartok, Francis Poulenc, Florent Schmitt, Henri Sauguet, Darius Milhaud, Jacques Ibert, Dallapicola saluent l’apparition des œuvres du jeune Markevitch.

    Après l’audition d’ « Icare », Bela Bartok âgé alors de 52 ans écrit à Markevitch qui en a 22 :

    « Cher Monsieur, permettez à un collègue  qui n’a pas l’honneur de vous être connu, de vous remercier pour votre merveilleux « Icare ». J’ai nécessité du temps pour comprendre et apprécier toute la beauté de votre partition et je pense qu’il faudra beaucoup d’années pour qu’on l’apprécie. Je veux vous dire ma conviction qu’un jour on rendra justice avec sérieux à tout ce que vous apportez. Vous êtes la personnalité la plus frappante de la musique contemporaine et je me réjouis, Monsieur, de profiter de votre influence. Avec ma respectueuse admiration. Bela Bartok. »

    Henri Prunières, le fondateur en 1919 de la « Revue musicale », écrit en 1933, après la première audition de « L’Envol d’Icare » :

    « Ce qui m’a le plus frappé…, c’est moins son évidente originalité de forme que le dynamisme qui l’anime et la poésie dont il déborde. Pas de sentimentalité, aucune sensualité. Une musique nue, pure comme le diamant, qui reflète une sensibilité pudique mais interne. On est loin des jeux, des petits amusements, des déclamations. »

    Lors d’une exécution du « Psaume » à Florence, Dallapicola dira :

    « Le ‘Psaume’ fait partie de ces œuvres qu’on croit marginales jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’elles se plaçaient au centre de leur temps. »

    Il est bien entendu trop tôt pour faire des bilans, des comparaisons d’influences. La musique de Markevitch doit faire pour cela partie de notre univers sonore, ce qui n’est pas encore le cas. Vous dire que je suis persuadé qu’Igor Markevitch avec une vingtaine de ses opus est un des grands compositeurs de notre siècle – n’est encore rien dire, car je puis être soupçonné de piété filiale et d’être ainsi aveuglé par mes sentiments affectifs. C’est pour cette raison que je m’effacerai le plus possible pour laisser parler les faits, les musicologues avertis et bien entendu, dans la mesure du temps imparti, la musique d’Igor Markevitch.[1]

    Le « Nouvel Age », créé le 21 janvier 1938 à Varsovie, me semble annoncer d’une certaine manière le climat du « Concerto pour orchestre » de Bartok qui est de 1943. Un même champ problématique sonore et rythmique frappe encore ma sensibilité musicale.

    Le « Nouvel Age » joué à Paris en 1938, sous la direction d’Hermann Scherchen, provoqua des articles indignés dont le plus outré revient à la plume de Lucien Rebatet dans l’Action française du 25 novembre 1938 où cette œuvre était traitée d’ « ignoble crachat », d’ « attaques épileptiques » :

    « Derrière ce vacarme obscène ou ce flasque étirement, il n’y a pas une idée perceptible ; rien qu’une impuissance qui serait presque pitoyable si elle était moins répugnante. J’ignore tout des origines de M. Markevitch, sauf qu’il vient de quelque Russie. Mais, pour le coup, en voilà un qui par le seul aspect de sa musique réunit toutes les probabilités du judaïsme. Quel sens attribuer à cette infâme bouillie, cette impudente frénésie sinon celui du sabbat juif, grimaçant et grinçant ? »

    Je voudrais maintenant vous parler de trois autres œuvres d’Igor Markevitch : le « Psaume », l’oratorio « Le Paradis perdu », enfin « Icare ».

    Nous verrons comment Markevitch le compositeur et Markevitch l’homme sont étroitement imbriqués, non pas du point de vue du déroulement anecdotique de la vie mais de cette confrontation entre les orientations essentielles de la musique et les vecteurs forts de la vie se dessine un premier portrait du créateur-Markevitch.

    Ce n’est pas une chose aisée de tracer un tel portrait, tant de facettes y chatoient : compositeur, chef d’orchestre, théoricien et pédagogue de la direction d’orchestre, écrivain et philosophe (ses  mémoires   Être et avoir été), musicologue[2], penseur[3]. Où est le vrai Igor Markevitch ?

    Lui-même s’étonnait que les autres lui donnassent plusieurs visages-personnalités, alors que lui se voyait intérieurement toujours le même.

    Or ce qui frappait les autres, c’était souvent le hiatus, parfois même l’abîme qui pouvait exister entre les « différents Igor Markevitch ».

    Dimension schizoïde d’un grand artiste. Cela explique qu’il ait pu passer sans transition du sublime à des colères disproportionnées avec leur objet ou à des actes frisant la mesquinerie. Cela explique aussi l’état de perpétuelle inquiétude dans lequel se trouvait ce novateur, novateur dans la création musicale et l’art de diriger.

    Le « Psaume » pour soprano et petit orchestre a été créé le 30 novembre 1933 avec l’Orchestre du Concertgebouw conduit par le jeune compositeur de 21 ans et chanté par Vera Janacopoulos, la musique écrite sur un texte français établi par Igor Markevitch à partie des psaumes 8, 9, 59, 102, 148 et 150. La beauté complexe de cette œuvre a été commentée diversement.Gabriel Marcel, après s’être plaint de la cacophonie fatigante du « Psaume », cette façon de rendre la musique paroxystique dans la ligne du « Sacre du Printemps », conclut :

    « Il n’y a pas, semble-t-il, de musique à laquelle le sens de la grâce ait été plus radicalement refusé. »

    A l’opposé, Florent Schmitt note la volonté du jeune compositeur de se débarrasser de toute couleur et brillance orchestrales.

    Et Henri Prunières de déclarer dans Le Temps du 15 mai 1934 qu’il ne s’agit pas de musique religieuse dans le sens traditionnel.

    Igor Markevitch fait dans  Être et avoir été  les remarques suivantes à ce propos :

    « Il y a lieu de dire ici mon étonnement de ce que le « Psaume » parût tourmenté, sans doute à cause de la nouveauté du langage. Aujourd’hui, le temps aidant, y prédominent l’exaltation peut-être, mais aussi la sérénité. Avec le recul, je vois cette œuvre m’ouvrir la voie, laquelle après de longs cheminements me conduirait un jour à un agnosticisme libérateur. C’est elle qui m’attacha à la signification du Paradis Perdu, avec l’apparition en l’homme de l’homme, sa mort relative symbolisée par la perte de son innocence, suivie de sa naissance réelle. J’ajoute que dans l’évolution que cette expérience ouvrit, je ne renierais jamais la métaphysique, cette plus haute des institutions humaines, sans laquelle l’énergie vitale n’aurait plus aucun sens. »[4]

    Le fait même d’avoir écrit le texte en français et non dans une des langues sacrées liturgiques, le fait de le donner dans la langue du pays où l’œuvre est jouée, indique à lui seul et souligne de façon exotérique ce que nous apercevons encore de la personnalité de Markevitch à travers le « Psaume » : sa dimension cosmopolite[5] – dimension cosmopolite qui rejoint le cosmopolitisme évident d’Igor Markevitch.

    Déjà sa généalogie comporte des Serbes, des Ukrainiens, des Russes, des Suédois.

    Russe et Ukrainien par la naissance, puis par une prise de conscience de plus en plus aigüe au fur et à mesure qu’il avançait dans la vie, Suisse d’adoption depuis l’âge de deux ans. Ce pays « fut un des lieux privilégiés de la formation intellectuelle, des amitiés fécondes avec Alfred Cortot, Elie Gagnebin, Charles Faller, Ramuz, le lieu des randonnées, de la vie quotidienne, des séjours bénéfiques après les fatigues des voyages à l’étranger. C’est en Suisse, à Corsier en particulier, qu’ont été écrites la plupart de ses œuvres principales

    Italien aussi. Se retrouvant au moment de la guerre en Italie, profitant de l’amitié de l’historien de la Renaissance Bernard Berenson et concevant en 1940 une sinfonia concertante pour soprano et orchestre « Lorenzo il magnifico » sur des poèmes de Laurent de Médicis, participant à la résistance contre les fascistes et écrivant en 1943 en italien un « Hymne de la libération nationale », cette période se reflète bien dans son premier livre de mémoires « Made in Italy », Genève 1946

    Français d’élection enfin.

    Je me souviens encore du visage illuminé d’Igor pendant l’été 1982, quelques mois avant sa mort : il avait été reçu par le Président de la République François Mitterrand et avait obtenu, sans les formalités habituelles, la citoyenneté française.

    Je l’ai vu juste après cette réception, heureux comme un enfant qui a reçu un cadeau longtemps désiré. Toute sa personne était détendue et dans un état de grâce, ce qui était rare chez lui à cause de la multiplicité de ses occupations, préoccupations et soucis.

    Igor Markevitch a eu la capacité d’assimiler les diverses cultures européennes. En cela même, il est profondément russe, si l’on en croit Dostoïevski qui a développé à plusieurs reprises, dans son roman «L’Adolescent » et dans son célèbre discours de 1880 sur Pouchkine, l’idée selon laquelle le Russe était en Europe celui qui pouvait le mieux s’identifier aux différentes cultures européennes, tout en restant par là-même profondément russe. Être russe, selon Dostoïevski, c’est être pan-humain.

    Mais le statut particulier du Russe Igor Markevitch, par rapport, par exemple, à Igor Stravinsky, c’est qu’il est, comme l’a bien noté dès 1930 Darius Milhaud, à propos du « Concerto grosso », un Russe sans lien immédiat avec son pays. Il avait deux ans lorsque ses parents partirent de Russie et il n’y revint que dans les années 60.

    Cela pourrait expliquer, selon Milhaud, la sublime violence, l’explosion ininterrompue, l’émotionnalité ébouriffante de tel passage de sa musique. Alors que le trait distinctif du génie de Stravinsky jusqu’à l’opéra « Mavra », c’est-à-dire pendant toute l’époque diaghilevienne, aura été le rapport étroit au folklore russe.

    Avec Igor Malevitch, et je rapporte ici encore les propos de Darius Milhaud dans L’Europe du 13 février 1930, il s’agit d’une grande musique intemporelle, sans superficie, pittoresque, où l’instrumentation est d’une richesse incroyable.

    Je prendrai l’exemple de la collaboration de Ramuz avec Stravinsky et avec Markevitch : avec le premier – « L’Histoire du soldat », avec le second « La Taille de l’Homme ». Pour Stravinsky, Ramuz a puisé dans le trésor des contes populaires russiens et a écrit son texte de « L’Histoire du soldat ». Pour Markevitch, il compose un poème dont l’inspiration dépasse les sources folkloriques, dans une vision globale de la place de l’Homme dans l’Univers.

    C’est là le problème de toute l’œuvre d’Igor Markevitch et de la difficulté de sa réception. C’est là si l’on veut le côté négatif de son cosmopolitisme, car forte est la propension de la critique et du public à ranger dans des cadres connus.

    La musique d’Igor Markevitch n’appartient pas directement à l’Histoire de la Musique russe, même si elle n’aurait pas pu naître sans « Le Sacre du Printemps », même si elle assimile l’héritage de Scriabine. Elle n’appartient pas non plus de façon évidente à la musique française. On doit donc la recevoir telle qu’elle est, dans son intemporalité qu’il faut comprendre non comme un avatar de « l’art pour l’art », mais plutôt comme la création, à travers les structures offertes par l’époque contemporaine, d’un tissu musical

    « ivre du mystère, trouant les nuages de l’esprit et de la musique »,

    selon l’expression d’Hermann Scherchen.

    Le critique Léon Kochnitzky a été certainement injuste lorsqu’il écrivit dans Marianne le 27 juillet 1938 que la musique de Markevitch était un contrepoint de thèmes que la jeunesse de notre époque a établis, sans différence de race, de nation et de classe.

    « La Paradis perdu » est un oratorio en deux parties pour soprano, mezzo-soprano, ténor, chœur mixte et orchestre, créé à Londres en 1935 par l’Orchestre et le Chœur de la BBC sous la direction du compositeur.

    Le texte avait été écrit par Igor Markevitch d’après Milton. Il s’agit d’une œuvre capitale extraordinairement belle et stricte, inexorable et parfois inhumaine, selon Darius Milhaud dans Le Jour du 26 décembre 1935 qui parle d’un climat proche des gamelans, les orchestres de Bali et de Java et des psalmodies extrême-orientales.

    La musique extrême-orientale avait intéressé Debussy lors de l’Exposition Universelle de 1889 où il avait visité le Théâtre annamite.

    Paris eut son Exposition coloniale internationale en 1931 où des « spectacles exotiques » faisaient connaître le Théâtre annamite, les musiques et les danses du Cambodge, de Thaïlande et de Bali et elle semble aussi avoir eu un écho dans la musique d’Igor Markevitch dès « L’Envol d’Icare ».

    « Le Paradis Perdu » nous révèle tout un pan de l’Homme Markevitch, son écartèlement entre la culture chrétienne dont les fruits magnifiques lui paraissent empoisonnés et l’annonce d’une genèse de l’homme, d’un nouvel humanisme qui, pour autant qu’il nie la spiritualité chrétienne, ne se détourne nullement des Forces métaphysiques qui agissent sur l’Univers.

    Se défendant de tout mysticisme de type chrétien, Igor Markevitch n’a cessé, à la suite de Schopenhauer, de voir dans la musique « une métaphysique sensible ».

    Dans son « Introduction au Paradis Perdu »[6], il formule cela ainsi :

    « Se développant lui-même dans le temps qui passe, l’art de la musique est capable de nous livrer au grand jour, avec son connu divin, un morceau de cet éternel présent que j’ai appelé une seconde dimension du temps, d’être en d’autres termes, « une vérité faite de sons ». « Métaphysique sensible », autrement dit « vérité faite sons », était-ce là une impasse expliquant l’arrêt de la création musicale, comme on l’a avancé ?[7] Peut-être.

    Igor Markevitch avait nettement le sentiment que mille ans de musique venaient à leur fin et que ce qui venait à la suite et s’appelait « musique » était autre chose que cette « métaphysique sensible ».

    On peut se demander si Igor Markevitch a vu juste et en débattre un jour.

    En tout cas, nous devons constater qu’aucune nécessité intérieure ne l’a poussé à créer.

    « Icare », sans doute la plus célèbre œuvre d’Igor Markevitch, a été d’abord conçue comme un ballet destiné à Serge Lifar et portant le titre « L’Envol d’Icare ». Cette version fut créée le 26 juin 1933 à la Salle Gaveau par l’Orchestre symphonique de Paris sous la direction de Roger Desormière. Puis, en 1943, Markevitch recomposa cette œuvre et lui donnera son aspect définitif. Il s’est non seulement identifié au mythe d’Icare tel que la Grèce nous l’a transmis, mais il en a fait son propre mythe au point de vouloir appeler le dernier livre qu’il ait livré à la postérité et que nous avons fabriqué ensemble  Le Testament d’Icare .

    Comme la musique de Markevitch, ce livre ne peut s’assimiler qu’avec le temps. Il est comme un contrepoint de l’œuvre musicale, voire son filigrane.

    Markevitch-Icare, c’est à la fois l’envol, l’enthousiasme, l’arrachement à la terre, la plongée dans le mystère du monde, c’est aussi l’audace de celui qui vainc toutes les pesanteurs terrestres, donc un transgresseur de l’humanité moyenne. Mais corollairement au « couronnement de l’expérience » que représente l’aventure d’Icare, il y a la mort, mais, dans la volonté consciente de Markevitch, cette mort n’est pas un moment négatif, une défaite ; chez lui il n’y a pas chute comme dans la tradition grecque. L’exemple le plus frappant de cette tradition dans la pensée européenne est « La Chute d’Icare » de Breughel où Icare est même ridiculisé.

    Markevitch écrit :

    « Dans ‘Icare’ on retrouve quelque part ses ailes, comme les restes d’un serpent qui a fait peau neuve. Ce sont les signes de renouveau. »[8].

    Icare est comme « le papillon amoureux de la lumière » qui « vient se consumer sans la flamme de la chandelle ». Markevitch cite encore la Goethe de « La Nostalgie bienheureuse » :

    « Tant que tu n’auras pas compris ce ‘Meurs et Deviens’, tu ne seras qu’un hôte obscur sur la terre ténébreuse ».

    Dans « Faust »,

    « la victoire naît d’une défaite où l’orgueil abdique devant notre faculté productrice, symbolisée par l’Eternel Féminin. Alors nous pouvons dominer notre existence en contribuant au travail du monde sur nous, c’est-à-dire nous intégrer à un Tout qui nous enrichit par sa grandeur ».

    « Icare », c’est donc, d’une certaine façon, selon la volonté créatrice de son auteur, une autre façon de dire « Mort et Transfiguration ». Mais comme dans  toute grande œuvre, il y a ce qui échappe à la conscience même de son auteur, ce qui apparaît comme y étant celé et scellé, ne se découvrant que peu à peu et jamais de toute façon entièrement. Dans ce sens « Icare » dissimule peut-être la clef d’un secret markevitchien. Le Maître a-t-il cessé de composer parce qu’il avait brûlé trop vite ?

    Icare, c’est aussi le mythe de la brûlure. Et le vocabulaire courant nous offre bien des images de cette consumation.

    Dès 1936, le sentiment de la critique, à la fois étonnée et agacée, est qu’Igor Markevitch a déjà écrit ses chefs-d’œuvre et a découvert dès les premières œuvres un nouveau monde sonore. Il serait vain, à mon avis, de spéculer sur l’arrêt de la création chez Markevitch : qu’il s’agisse d’un tarissement parce que l’essentiel à dire avait été dit, qu’il s’agisse d’un refus de subir jusqu’au bout la condition d’artiste, à la merci d’un mécénat en voie de disparition ou d’une nouvelle orientation de la musique non acceptée, peu importe. Nous devons prendre tel quel le fait que le compositeur Markevitch ait voulu dire à un moment donné, autrement que par l’écriture musicale, la musique. Il faut lever les obstacles qui empêchent encore que cette œuvre musicale totalement originale soit jouée et enregistrée.

    Malheureusement Markevitch a su se créer dans le milieu musical de nombreuses inimitiés. Autant sa vie est jalonnée de grandes amitiés, autant elle est parsemée de litiges, de contentieux, d’ « affaires ». Igor Markevitch a lui-même écrit, lorsqu’il relate la façon grossière dont il avait traité le compositeur Vittorio Rieti : « Quelques mufleries de ce genre entachent malheureusement une vie ». Les meilleures formations, les meilleurs solistes et les meilleurs chefs devront comprendre l’importance de la musique de Markevitch :

    « On n’a pas toujours Birgit Nilsson comme soliste ».[9]

    Igor Markevitch aussi a relativement peu travaillé à mettre en valeur son œuvre : orgueil non dissimulé, tout pénétré de vieille tradition noble selon laquelle l’homme sait ce qu’il se doit … et ce qu’on lui doit :

    « On s’étonna dans mon entourage du peu de hâte que je montrais pour faire jouer ma musique. Je me disais pour « Icare » ce que je me suis dit plus tard pour l’ensemble de mon œuvre : si elle a de la valeur, elle peut attendre, et si elle ne peut attendre, il est inutile qu’on la joue. »[10]

    La précocité non plus d’Igor Markevitch n’a pas joué en sa faveur. Si, en effet, beaucoup de contemporains, parmi les meilleurs esprits et les meilleurs connaisseurs ont crié au génie, il y a eu parallèlement tout un courant qui a été agacé par cette trop impudente précocité et l’ont trouvée suspecte. Stravinsky n’a-t-il pas dit du jeune compositeur qu’il « n’était pas un Wunderkind, mais un Altklug ». Ce dernier mot étant péjoratif en allemand et équivalent à peu près à « malin comme un singe ».

    « cette bizarre maturité est périlleuse. Où est la fraîcheur juvénile, l’eau de source agreste qui permet de tenter un long voyage, de s’abreuver, de se renouveler ? »

    Cela tient de ce que j’appelle la mythologie de la création qui pense qu’il y a des modèles… Pourrait-on arriver à débarrasser notre réception des œuvres de toutes les considérations adjacentes, en particulier des spéculations sur la « précocité suspecte » ou sur l’arrêt de la production. Sommes-nous capables de juger une œuvre telle quelle ? C’est à ce défi que nous appelle l’œuvre musicale de Markevitch.

    Enfin, dans le passage uniquement orchestral de « Laurent le Magnifique », Contemplation de la Beauté, plus qu’ailleurs on sent combien la fonction de la musique n’est pas d’imiter la réalité :

    « Il ne s’agit aucunement pour la musique d’imiter la réalité ».[12]

    Ce passage dit, plus que toute parole, le site, la hauteur visitée un jour par Igor Markevitch.

    Dans ce site où, du temps de Laurent de Médicis, a séjourné le néo-platonisme de Marsile Ficin, le rythme se fait harmonie céleste et nous permet d’entendre le silence.

     

     

    Jean-Claude Marcadé

    1985  –  Saint-Cézaire  –  Bordeaux


    [1] « Bien entendu » ici dans ce n°, nous avons pensé devoir ne pas reproduire les passages de la conférence où Jean-Claude Marcadé annonçait et commentait les extraits des œuvres des œuvres du Maître enregistrées qu’il nous a donnés à entendre.

    [2] Edition encyclopédique des symphonies de Beethoven

    [3] Le livre de pensées et aphorismes que nous avons fait ensemble  Le Testament d’Icare , mais aussi dans le flux du quotidien : amant, époux, père, ami, maître de maison, seigneur ou despote

    [4] P. 301

    [5] Et je ne dis pas, intentionnellement, « universaliste », ce serait une redondance car toute œuvre d’art authentique est bien « universaliste

    [6] Musica Viva, avril 1938

    [7] Claude Tannery in Libération 1/IV 1983

    [8] « Être et avoir été » p. 236

    [9] Citations de « Etre et avoir été », p.292, p.300

    [10] O.C. p.250

    [11] Vera Stravinsky, Robert Craft,  « Stravinsky in pictures and Documents « , London 1979, p.166

    [12] O.C. p.301

  • Archives – Famille et amis en vrac

    Archives – Famille et amis en vrac

    Archives – Famille et amis

    Valentine Marcadé et Simon Karlinsky (aux murs des œuvres de Maria Siniakova aujourd’hui à la Villa Beatrix Enéa d’Anglet)
    Alvaro Vargas, Blandine, Coralie, Claude Marcadé au Pam (fin des années 1980)
    Claude Marcadé, Valentine Marcadé, Coralie et Blandine Marcadé (années 1980)
    Jean-René Marcadé, Claude, Coralie, Blandine Marcadé au Pam (fin des années 1980)
    Jean-René Marcadé, Claude, Coralie, Blandine Marcadé (années 1980)
    Alvaro Vargas, au Capitole à Rome, août 1987
    Jean, Valentin, Claudine Lavielle, 1984
    IXOUNE, NOTRE PETIT BERGER DES Pyrénées
    Le siamois Mamaï à 17 ans (Le Mont Dore, 1990)
    Mamaï à l’Hôtel des Sapins au Mont Doreen 1990
    Valentine Marcadé, Riom, août 1991
    Valentine Marcadé, Le Mont Dore,1993
    Valentine Marcadé à l’Hôtel des Sapins au Mont Dore, 1993
  • ARCHIVES – UN REPAS CHEZ LARISSA ET EVGUENI kOVTOUNE (LENINGRAD, ANNEES 1980)

    ARCHIVES – UN REPAS CHEZ LARISSA ET EVGUENI kOVTOUNE (LENINGRAD, ANNEES 1980)

    ARCHIVES – UN REPAS CHEZ LARISSA ET EVGUENI kOVTOUNE (LENINGRAD, ANNEES 1980)

     

    depuis la gauche – Jean-Claude Marcadé, Alla Povélikhina, Pavel Kondratiev, Evguéni Kovtoune, Larissa Kovtoune
    depuis la gauche : Jean-Claude Marcadé, Alla Povélikhina, Fédia Kovtoune (le fils de Larissa et Evguéni), Pavel Kondratiev, Evguéni Kovtoune
    LARISSA  KOVTOUNE
    Pavel Kondratiev et Evguéni Kovtoune
    depuis la gauche – Jean-Claude Marcadé, Alla Povélikhina, Pavel Kondratiev, Evguéni Kovtoune
    Fédia Kovtoune
    Alla Povelikhina et Fédia Kovtroune
    depuis la gauche – Jean-Claude Marcadé, Alla Povelikhina, Pavel Kondratiev, Larissa Kovtoune
    depuis la gauche – Jean-Claude Marcadé, Pavel Kondratiev, Evguéni et Larissa Kovtoune
  • Archives – « Le Monde » sur Poutine et la Russie déjà en 2007-2008

    Archives – « Le Monde » sur Poutine et la Russie déjà en 2007-2008

    Archives – « Le Monde » sur Poutine et la Russie déjà en  2007-2008

    Date : 28 novembre 2007 17:44:11 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : les toinettes,  les pythies, les moutons de panurge de l’information sur Poutine et la Russie

    Après l’ ignoble papier de Glucksmann osant comparer le peu recommandable Khodorkovski au martyr de la liberté que fut Sakharov, voici l’éditorial et l’article des toinettes du journalisme à propos des incidents, relativement mineurs par rapport à ce qui se passe dans des pays aux traditions démocratiques plus anciennes que ce n’est le cas en Russie,  intervenus lors de manifestations dans les deux capitales -comme toujours, c’est le ressassement de faits antérieurs amalgamés aux faits actuels afin de gonfler l’effet de dramatisation (mais, tiens, plus rien sur la Tchétchénie! Bizarre, non?). Donc haro sur Poutine que nos toinettes du Monde mettent à toutes les sauces, dès qu’il y a un événement négatif un peu partout en Russie : c’est le Kremlin, c’est Poutine qui est derrière. Naguère, un humoriste répondait à toutes les questions : « Stéphanie de Monaco »…

    En revanche, nous avons le résultat des incidents entre manifestants et la police, mais non les causes. Il s’agit, d’après les toinettes journalistes, de manifestations pacifiques qui n’enfreignent nullement les droits légitimes des citoyens. Or avez-vous vu dans notre petit pays de France des manifestations qui ne seraient pas autorisées, en accord avec la préfecture de police sur les itinéraires, laisser indifférent un maire  ou un gouvernement quels qu’ils soient? Ne faisons pas croire aux Russes que chez nous on peut impunément manifester en dehors de certains cadres établis par la loi. D’autre part, je ne cesse de m’élever contre l’idée que Kasparov représenterait l’opposition à lui seul; financé, entre autres, par l’escroc et criminel Bérézovski, son programme politique est très primaire : « La Russie sans Poutine ». A côté de la droite ultra-ultra-minoritaire de Kasparov, il y a la gauche fascisante de Limonov (tiens! il n’est plus mentionné dans vos papiers!) avec comme emblème, que vous refusez de montrer, de la faucille et du marteau en forme de swastika sur des brassards aux couleurs nazies. Mais, dans la droite libérale, il y a des personnalités de qualité dont le programme et l’action ne vous intéressent guère. Enfin, ignorer, comme opposition importante, les communistes, c’est purement de la malhonnêteté, car ils trouvent un écho en Russie malgré l’ultra-présence du parti poutinien partout.

    Je reviens de 3 semaines en Russie, dans les deux capitales et dans l’Oural, j’ai noté que la majorité de mes interlocuteurs étaient anti- « Russie unie » et anti-Poutine, ce qui prouve que, malgré la matraquage du parti officiel, tous les Russes ne sont pas près à se laisser impressionner, mais qu’ils votent, comme chez nous, selon des critères plus ou moins valables dans l’absolu, pour tel ou tel parti. J’ai vu un peuple et une société extrêmement dynamiques malgré le niveau de vie faible par rapport à l’Occident.

    En plus d’être des toinettes, nos spécialistes de la Russie sont des pythies, ils vous concoctent des scénarios sur l’après-poutine comme si vous y étiez. Ces politologues de service sont la plupart démentis par les faits, mais cela ne fait rien, tels nos sondeurs – ils continuent à prophétiser et ne prennent aucun risque lorsqu’ils sont démentis.

    Enfin, notre presse occidentale est à la traîne des analyses de l’Amérique et de son satellite l’Angleterre et est incapable d’avoir son jugement équilibré. Nous avons commencé à être les moutons de Panurge à partir de la couverture de la guerre avec la Serbie, où seules les versions de l’Otan étaient mentionnées dans tous les media. Paradoxalement,  les américanistes Sarkozy et Kouchner, qui devaient nous faire voir ce que l’on verrait, ont une position, à mon avis juste, de l’évolution de la société russe – il faut tenir compte de l’histoire du pays et surtout ne pas donner des leçons quand soi-même on n’est guère exemplaire. Cela ne veut pas dire fermer les yeux sur les faits négatifs, mais sans cet hystérique  a-priori antipoutinien, qui se révèle bien souvent comme un racisme antirusse. Dans son compte-rendu du film de Sokourov « Alexandra », J.M. a trahi la position du Monde, qui va pousser des cris d’orfraies pour la nier, en parlant du « russophile Sokourov »!!! Donc il faut être russophobe pour plaire à J.M. et au Monde… Et la censure du journal concernant le prix spécial du jury de Venise au film « 12 » de Mikhalkov…

    Le problème de la Russie, ce n’est pas le Kremlin ou Poutine, c’est la totale absence de contre-pouvoirs, car la population qui peine à vivre convenablement, est plus préoccupée par la stabilité acquise que par des revendications sous forme de grèves ou de manifestations. Il faudra du temps pour que l’immense Russie atteigne un niveau de vie confortable et puisse alors faire jouer des mécanismes démocratiques.

    ++++++++

    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 21 décembre 2007 11:49:07 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : de la désinformation sur la Russie (suite)

    Mme Jégo devrait se reconvertir dans le roman policier, là ses « éclairages » et ses intuitions seraient les bienvenus (je me demande si elle vit vraiment en Russie, ou si elle se contente de regarder les sites internet) – ou bien alors, je vois pour elle un recyclage dans une série télévisée  à la Dallas avec Poutine dans le rôle de JR. Et pendant ce temps, les lecteurs du Monde continuent à être désinformés sur l’état réel de la Russie aujourd’hui.

    ++++++

    De : Jean-Claude Marcadé<jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 18 janvier 2008 18:52:37 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : la haine de kasparov

    « Le Monde » est vraiment ignoble : non seulement vos lecteurs ne sauront pas que Kouchner a donné au journal d’Anna Politkovskaïa « Novaïa gaziéta » une interview où il déclarait, entre autres, que nous n’avions pas à donner des leçons à la Russie, que Mikhalkov  a obtenu un lion d’or à Venise pour son film « 12 », que Poutine a été déclaré « l’homme de 2007 » par le « Time », que la nombreuse opposition du petit pays qu’est la Géorgie dénonce, à tort ou à raison, des « fraudes massives » lors des élections présidentielles, que Kasparov ne représente politiquement rien en Russie, que même ses alliés, dont Mme Alexéïéva, ne veulent plus rien à voir avec lui, etc.etc.etc., mais vous publiez un article haineux, qui amalgame de façon émotionnelle-hystérique des faits disparates, qui salit non seulement le honni Poutine, mais également notre chef de l’Etat, Sarkozy, élu largement (malgré vous, sans ma voix…). On se demande pourquoi il est nécessaire de déverser sur Poutine ces avalanches d’imputation de totale malfaisance. A ce que je sache, Poutine a souscrit à l’abolition de la peine de mort, a signé le protocole de Tokyo, n’a pas porté la guerre, sans être menacé, loin de ses frontières en créant désastres irréparables et désolation, ne fomente nulle part dans le monde (comme le faisait l’URSS et le fait toujours la CIA) des complots, a mis la Russie sur la voie du redressement etc. Ce n’est pas rien pour un pays qui a connu 70 ans de dictature sanglante et de gabégie, qui est, rappelons-le aux roquets de la fable qui aboient sur les éléphants, le territoire le plus grand au monde.

    Que quelqu’un, qui est politiquement un zéro, se permette de reporter, de l’étranger où il vit confortablement, la haine qu’il a pour Poutine sur notre chef de l’Etat, est indigne de la déontologie du grand journal que vous voulez être. Jamais le pus farouche opposant français à Sarkozy n’emploie une telle rhétorique offensante. Mais vous avez la lâcheté de le faire, en vous couvrant du fait qu’il s’agit de la rubrique « débat » : ce n’est pas nous, c’est lui…C’est misérable. A quand un article du sympathique Bérézovski et du sympathique Tchetchène de Londres Zakaïev? Et à quand le grand philosophe Glücksman qui vous a trompés avec « Libération » où il a été très gentil avec Sarkozy après que ce dernier l’a invité dans sa suite, je crois en Egypte (ou ailleurs?).

    Il ne faut pas vous étonner de vos difficultés, continuez comme cela à pipoliser le journal à manière de la « BildZeitung » et l’on continuera à cesser de vous lire.

    +++++++++

    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 8 février 2008 16:13:09 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : Mes notes sur la perverse désinformation du Monde sur la Russie

    Votre éditorial « la vindicte de Poutine » est poussive car vous n’avez guère de matière sur la prétendue main-mise malfaisante du chef de l’Etat sur tous les rouages de l’Etat russe, sauf de ressasser les mêmes arguments. Et le peuple russe a-t-il une autre existence pour vous que celle d’une petite minorité de droite ou fascisante? Ce peuple russe est donc très idiot et « apathique » (selon votre politologue préférée) pour, avant même toute propagande télévisuelle et autre, donner sa préférence massive au poulain de Poutine, le « terne » (selon votre verdict définitif) Medvédev. Etre prorusse, c’est mal – écrivez-vous à longueur de colonnes. Qu’est-ce, sinon de l’antirussisme avéré?

    Je note la mansuétude de vos articles concernant la Chine, qui rappelle celle que vous aviez jadis à l’égard de l’URSS dont chaque pet fleurait bon…Et alors que la Russie est devenue une démocratie malgré les aléas que cette démocratie peut connaître, vous faites tout non pour l’aider à être plus démocratique, mais au contraire pour  donner de la voix uniquement aux escrocs (Bérézovski, Khodorkovski et ses complices) ,  aux malhonnêtes (Kassianov) ou aux agités (Kasparov-Limonov). Les opposants qui ont la dignité de ne pas faire appel à l’Occident pour soutenir leur combat ne vous intéressent guère. Il vous faut du piment!

    J’avoue avoir été interloqué d’entendre de la bouche de personnes cent pour cent antipoutiniennes, à ma déclaration que Khodorkovski passait en Occident pour un héros et une victime : Quel héros? Quelle victime? Quand il avait les coudées franches, il n’hésitait pas à éliminer ses concurrents – je n’ai pas d’information à ce sujet, mais ce n’est pas chez Mme Jégo que je la trouverai, qui ne fait que répéter les informations antirusses d’internet.

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    jean-claude marcadéDe : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 12 février 2008 17:36:48 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : RE: Mes notes sur la perverse désinformation du Monde sur la Russie (suite)

    Le Monde persiste et signe…Que Mme Jégo consacre un article à Mme Litvinovitch, pourquoi pas, mais qu’elle essaie à travers lui de nous rendre respectable son chéri Kasparov , le seul vrai opposant à Poutine (sic!), et qu’elle nous parle de la passivité de la jeunesse russe parce qu’elle ne suit pas massivement les manifestations de ces individualités qui n’ont aucun programme sérieux, c’est à la limite de l’honnêteté journalistique. Car nous attendons toujours un article complet sur l’opposition au parti dominant, avec ses personnalités et ses programmes. On nous sert des portraits d’individualités qui, certes, le méritent mais qui ne nous donnent qu’une vue très partielle de la réalité russe. Mme Jégo ressemble au Répétilov du « Malheur d’avoir de l’esprit » de Griboiédov dont la seule politique de vie était « Faisons-du bruit, mes amis, faisons du bruit! ». La jeunesse russe ne serait passive que parce qu’elle ne suit pas massivement quelques trublions (Kasparov-Limonov), mais quand cette jeunesse est poutinienne (les fameux « Nachi ») et qu’elle manifeste, elle est traitée de moins que rien. Pour ma part, j’observe le dynamisme incroyable de la jeunesse russe dans son ensemble qui se bat quotidiennement pour améliorer ses conditions de vie. Et il y a à faire en Russie! Car son état est loin d’être à la hauteur de ses ambitions.

    On saura que Kasparov est soutenu par Mme Litvinovitch, mais on ne saura rien, nous les lecteurs du Monde, sur le dernier discours important de Poutine, ni sur l’intervention d’Ivanov à Munich. Tout cela n’a aucun intérêt, certainement, pour le futur de la Russie ou pour les rapports internationaux, car ceux-ci paraissent uniquement réglés par la politique si porteuse d’espérance des Etat-Unis. On ne saura rien sur la présence de Perminov à Kourou avec Sarkozy (mais Sarkozy, n’est plus votre chou-chou…)

    Espérons qu’avec l’intègre M. Schweizer « Le Monde » aura plus de souci d’intégrité informationnelle…

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 16 février 2008 17:55:47 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : Mes notes sur la perverse désinformation du Monde sur la Russie (suite)

    Décidément, les choses continuent au Monde – rien de ce qui s’est fait en Russie et de ce qui se fait aujourd’hui ne trouve grâce à ses yeux. Aucune lueur de quelque chose de positif.  Et l’avenir est sombre puisque Medvédev est déclaré a priori la créature de Poutine. Nous avons donc  le salmigondis habituel de Mme Jégo qui fait une « synthèse » d’une superficialité abyssale (les anecdotes seules sont dominantes) de la conférence de presse de Poutine, avec une minime mention incidente du discours-programme de Medvédev à Krasnoïarsk d’une très grande importance pour l’avenir et montrant un Medvédev loin de la potiche que nous présente Mme Jégo avec l’aval du  Monde. La mauvaise foi n’est pas seulement dans le choix des déclarations de Poutine (par exemple, sont passées sous silence son indignation du système général des pots-de-vin en Russie et sa volonté de lutter contre la corruption). Comme à la Russie, à travers Poutine, il est fait en permanence un procès d’intention, la règle est de faire un florilège de citations négatives ou, pire, de faire dévier les propos vers des affirmations péremptoires. Ainsi, on parle de « successeur programmé » (le peuple votant est un troupeau de moutons, de Gaulle aurait dit de « veaux », que l’on peut manipuler comme on l’entend?). Ainsi, Le Monde est coutumier de mettre des titres qui forcent le contenu des articles. Ce n’est pas de l’information, c’est du commentaire avec visée malveillante. Quand, enfin, Le Monde reviendra-t-il d’abord à l’information de première main, d’après laquelle le lecteur peut se faire une opinion, ce qui n’empêche pas le journal d’en faire le commentaire et  d’avoir son opinion? Mais d’abord l’information! Et non d’abord le commentaire!

    Où est passé Piotr Smolar qui faisait des papiers sur l’aire ex-soviétique où justement nous étions informés de façon équilibrée? Etait-ce trop équilibré aux yeux de la rédaction du Monde?

    Ne pourrait-on envisager pour des sujets aussi brûlants et controversés de les présenter sous des rubriques « Pro » et « Contra », en faisant appel à des personnalités compétentes (par exemple, pour l’économie russe- vous ne faites jamais appel à un parfait connaisseur de la question, chercheur au CNRS, Jacques Sapir).

    Mme Jégo n’est pas sensible au style russe imagé de Poutine. C’est une affaire de goût. Mais il faut qu’elle s’habitue que la Russie n’est pas le pays de Voltaire et que l’usage des proverbes et des expressions populaires y est courant. Il faut que l’Occident s’habitue, plus généralement, que la Russie atteint à l’universel par des voies autres que celles de l’Occident – et heureusement! Heureusement que Poutine ne parle pas comme Bush ou comme Sarkozy.

    Le bouleversant film de Lounguine « L’île » est la preuve qu’en effet les Russes sont autres – et tant mieux! Quel enrichissemnt pour le monde!

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    jean-claude marcadéDe : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 16 février 2008 18:31:53 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : Afterphilosophie

    L’idée du Monde de faire présenter ses volumes philosophiques par des personnalités médiatiques n’est pas forcément très bonne (toujours cette tendance pipolisante!). La présentation du Voltaire par M. Lévy est affligeante – ce n’est plus le logos, c’est la logorrhée, le pathos – Voltaire précurseur de Lévy dans sa dénonciation de l’islamisme….Mais on pourrait, dans cette veine pathétique, montrer que Voltaire, au-delà de son antichristianisme, annonce l’antijudaïsme (je n’ose dire l’antisémitisme) dans ses articles du terrible, mais salubre pour les croyants comme pour les incroyants, « Dictionnaire philosophique » dont, semble-t-il Mahomet et le Coran sont absents.

    Nietzsche dans son « Schopenhauer als Erzieher » parle des philosophes de son temps qui tenaient le haut du pavé comme appartenant à l’ « Afterphilosphie » – je laisse le soin de traduire « After » à M. Lévy.

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 12 mars 2008 18:51:56 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : de la désinformation sur la Russie (suite)- circenses ludi!

    Tiens! Tiens! Rien sur la Géorgie, sur son opposition au pouvoir en place, sur la grève de la faim de cette dernière – N’est-ce pas significatif, indirectement, de l’information malhonnête du Monde sur la Russie dont « L » opposition (toujours cet article défini qui ne désigne que les trublions sans écho dans le pays) a fait l’objet d’une très belle photo en couleurs en première page lors de sa manifestation provocatrice réprimée? Si ce n’est pas une preuve flagrante de la dépendance du Monde des médias anglo-saxons et/ ou sous influence de la CIA, alors qu’est-ce? Le dialogue Merkel-Poutine escamoté à l’avance; les propos de Kouchner sur les élections russes malicieusement tronqués etc.etc.

    Vous commettez une mauvaise action en faisant croire à « l »opposition que les manifestations en Occident peuvent se dérouler sans règles, ou alors on crée un climat d’émeute. L’opposition a besoin d’apprendre, autant que le pouvoir russe, la démocratie. Vous lui rendez mauvais service en faisant passer des actions irresponsables pour de la « vraie » opposition (c’est pour cela que vous ne parlez guère des vrais opposants, avec un programme, comme, par exemple, Iavlinski – il vous faut du sang, du croustillant – panem et circenses…)

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 29 mars 2008 16:52:19 HNEC

    À : smolar@lemonde.fr

    Objet : le reflux démocratique dans l’ex-ursss

    Cher Piotr Smolar,

    J’apprécie beaucoup vos papiers qui sont équilibrés, mais il me semble que la « ligne générale » du  » Monde » pointe parfois, noblesse oblige…

    Je pense qu’on ne peut comparer la politique à l’oeuvre dans des petits pays comme la France, l’Ukraine, La Géorgie et tous les autres pays ex-satellites ou non de l’URSS avec la Russie, un pays qui est un continent, le plus grand Etat géographiquement parlant au monde, une mosaïque ethnique, linguistique, culturelle, religieuse d’une  complexité inconnue ailleurs. De plus, le passé récent et de toujours de la Russie permet de comprendre pour quoi la démocratie, réelle selon moi, si l’on compare avec l’URSS, éprouve des difficultés à se mettre en place. Et il y a encore tant de petits potentats soviétiques quand on va un peu loin de Moscou!

    Il est de mode de parler de la  paranoïa russe, brandissant le complot international qui menace le pays. Mais vous serez d’accord avec moi que la Russie d’aujourd’hui, à la différence de l’URSS, ne menace personne en dehors de ses frontières, et qu’elle peut être inquiète à juste titre de voir l’unipolarisme américain triomphant venir placer des missiles ou les armes de l’Otan à ses portes. Aucun Etat ne resterait passif dans de telles conditions.

    cordialement,

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    jean-claude marcadéDe : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 29 mars 2008 17:20:27 HNEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : de la désinformation du « Monde » sur la Russie (suite)

    Mme Jégo s’est surpassée dans son compte-rendu du livre de Natalia Narotchnitskaïa « Que reste-t-il de notre victoire? Russie-Occident : le malentendu ». C’est un petit chef-d’oeuvre de mauvaise foi et de malintention, digne des textes de l’époque soviétique qui vilipendaient ceux qui n’étaient pas dans la « ligne générale » : citations tronquées et amalgames sont mis au service du dénigrement systématique de l’auteure qui nous est présentée – ô crime impardonnable!- comme « le chantre d’un patriotisme décomplexé dans la Russie de Vladimir Poutine » .donc – a priori – tout doit être faux : vous pensez :  cette auteure fait partie de « la Russie de Poutine », mais c’est dégoûtant ça, cela sent le kgb, les chiottes de Poutine et autres méfaits du Grand Satan. Donc – démolition en règle. Ce petit chef-d’oeuvre de recension devra faire partie à l’avenir d’une anthologie. Il montre en tout cas le sérieux des « analyses » et des comptes-rendus de Mme Jégo sur la Russie.

    Mme Jégo se paie également un éminent chercheur du CNRS, économiste de réputation internationale, Jacques Sapir, pour avoir osé dire que ce qui se passe dans un pays qui est un continent doit être proportionné par rapport aux petits pays européens (les crimes racistes des skinheads allemands sont, en effet, proportionnellement plus, ou au moins autant, significatifs que ces mêmes crimes dans la Fédération de Russie). Mais c’est vrai que Mme Jégo préfère Kasparov, un grand politique et un grand savant, qui pense qu’il renversera le régime actuel (la fameuse « Russie de Poutine ») si on lui donne le contrôle de la télévision et des media…

    jean-claude marcadé

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 6 avril 2008 16:48:37 HAEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : de la désinformation sur la Russie (suite)

    A propos de l’article de Pierre Hassner « Les dilemmes de l’Occident », je ne parlerai que de ce que je connais bien, à savoir l’histoire de la Russie : mettre sur le même plan les Albanais du Kossovo, les Tchetchènes de la Fédération de Russie et les Tibétains annexés par la Chine ne tient pas à l’examen :

    1) il n’y a pas eu de colonisation de la Tchetchénie, comme la France a colonisé la Corse ou l’Algérie,  la Russie – l’Ukraine, la Sibérie ou l’Estonie,  les Hans – le Tibet;

    2) il y a eu russification, comme partout ailleurs dans l’Empire russe, puis soviétique, mais pas de christianisation forcée et création, sur la base de la tradition orale, d’une langue tchetchène écrite au début des années 1920;

    3) il n’y a pas eu simplement une lutte entre le pouvoir central de Russie et le séparatisme tchetchène, il y a eu la lutte des Tchetchènes entre eux pour le pouvoir dans la république autonome de Tchetchénie. Donc dire « les » Tchetchènes, comme s’il s’agissait d’un bloc dressé contre le pouvoir de Russie, ne correspond pas à la réalité : il y a eu, essentiellement, trois groupes politiques tchetchènes qui ont lutté pour le pouvoir : les whahabites qui ont mené des actions terroristes dans toute la Fédération de Russie et dont le programme était l’indépendance totale et la création d’un Etat islamique pur et dur; l’islamisme dit « modéré » de Maskhadov qui a été mêlé à des actions terroristes contre les représentants du pouvoir de la Fédération de Russie;  l’islamisme pro-russe des Kadyrov qui a fini par prendre le dessus. Ces trois groupes tchechènes ont mené une guerre impitoyable les uns contre les autres.

    Rien à voir, donc, avec le Kossovo ou le Tibet qui n’ont pas connu de luttes fratricides, mais seulement des luttes contre ce qu’ils considéraient comme des envahisseurs, pour l’indépendance et l’affirmation de leur culture.

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 1 septembre 2008 01:07:38 HAEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : l’ »information » sur la Russie

    Les médias européens et, en particulier, français se sont surpassés dans la présentation de la « guerre » Géorgie-Russie : depuis l’information sur la guerre contre la Serbie, nous n’avions connu rien de plus indécent. Et ces médias prétendent donner des leçons aux médias russes! Je dois dire que « Le Monde » (à mon grand étonnement) a été parmi les plus modérés et équilibrés même si le racisme antirusse, sous prétexte d’antipoutinisme », n’a pas manqué de pointer çà et là : Poutine en pieuvre de Plantu (qui s’est déjà planté avec la Serbie, mais on pardonne à un dessinateur génial), le sourire que M. Dhombres  a réussi à voir chez Poutine (nous, nous avons vu plutôt à plusieurs reprises les sourires « Colgate » de Saakashvili aux pires moments de ce conflit…); et toujours les coups de pied de l’âne de Mme Jégo (qui s’est pourtant calmée!); et, bien entendu, les papiers orientés du « philosophe » Lévy (tiens, pas de Glücksman?) et hier d’un obscur spécialiste géorgien du Caucase qui ne nous a livré, sur toute une page s’il vous plaît, que des ânonnements obscurs; et, bien entendu,  les lacunes dans l’information, très révélatrices, surtout celle concernant l’opposition politique géorgienne qui a été réprimée par le « bouillant » Saakshvili (tiens, cela me rappelle le « flamboyant » Bérézovski de Mme Nougayrède), opposition bien plus importante que les groupuscules russes genre Kasparov ou Limonov, si chers à Mme Jégo. Cette Russie, que vous regardez de haut et dont vous ne cessez de donner une image négative, est un continent multinational et multiconfessionnel où, par exemple, j’ai pu le constater, les populations chrétiennes et les populations musulmanes coexistent pacifiquement, ce qui n’est pas le cas partout, et chez nous en particulier! Et la Tchetchénie est une affaire intertchetchène autant que tchetchéno-russe, et elle est aux mains des Tchetchènes, certes prorusses – ce qui pour « Le Monde » les discrédite a priori (ah! s’ils étaient proaméricains, comme ce serait bien!)

    Evidemment, vous évitez de dire que Poutine depuis des mois et des mois, n’a cessé de dire le caractère explosif de la situation au Caucase géorgien, vous vous contentez de ressasser des formules qui ne veulent rien dire mais qui font de l’effet : le regret de la perte de l’Empire, comme si la reconnaissance de tout petits pays comme l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, apportait quelque chose d’important à l’ »impérialisme » russe – c’est aussi ridicule, mutatis mutandis, que l’argument selon lequel Khodorkovski était un danger politique pour Poutine.

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 6 septembre 2008 17:08:55 HAEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : de la campagne antirusse (suite)

    Le papier de M. Vernet justifiant la reconnaissance de l’indépendance du Kossovo et condamnant la reconnaissance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhaszie est un vrai petit exercice jésuite, avec des ellipses, des lacunes, des silences sur certains faits, quand ceux-ci n’entrent pas dans le schéma antirusse tracé à l’avance. Bien entendu, il n’y a aucune originalité car ce sont les positions que l’on retrouve dans les sites sous influence de la CIA, comme « gazeta.ru ». Est-ce que les journalistes du « Monde » ne pourraient pas avoir une analyse et une information autres, que celles venant du monde anglo-saxon? Par exemple, la mauvaise foi consistant à souligner ce qui n’a pas été dit lors du sommet du Groupe Shangaï, à savoir la reconnaissance de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, alors que ce n’était pas le but de la rencontre, mais de passer sous silence ce qui a été dit, à savoir l’approbation sans réserve de la façon dont la Russie a répondu à la monstrueuse agression de la Géorgie en Ossétie du Sud. N’est-ce pas un exemple flagrant de jésuitisme? Et je ne parle pas du pathos subjectiviste de M. Dhombres, ému par certaines images, mais ne voulant pas en connaître d’autres (celles, par exemple  de la dévastation de Tskhinvali et de ses victimes – mais que sont les Ossètes?). Je ne pense pas que M. Dhombres soit un imbécile, ni un journaliste non informé, mais il est malhonnête, car il ne peut ignorer que la manipulation des images est la chose la mieux partagée du monde.

    Quand à la ritournelle que la Russie d’aujourd’hui continue la politique monstrueuse de l’URSS (que d’ailleurs le « Monde » mettait moins d’ardeur à condamner), elle ne résiste pas à l’examen. Les Russes restent,  aujourd’hui, à leurs frontières et ne viennent pas allumer des foyers de tension ailleurs dans le monde comme le faisait l’URSS, alors que les Etats-Unis jouent les Batman à des milliers de kilomètres de chez eux…

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 12 septembre 2008 10:47:10 HAEC

    À : smolar@lemonde.fr

    Objet : occident-russie

    Je comprends, cher Piotr Smolar, que vous ne pouvez vous désolidariser de la ligne générale de votre journal, qui est délibérément antirusse. Vous êtes le seul qui, au moins, essayez de donner de la voix à ceux qui sont occultés systématiquement du discours dominant et du politiquement correct.

    Permettez-moi cependant de faire quelques remarques à propos de votre dernier papier :

    1) vous n’avez vu et entendu que l’hystérie unilatérale des médias russe, mais comment peut-on donner des leçons à ces médias, quand les nôtres n’ont cessé pendant des semaines de nous déverser des images et des discours, tous antirusses jusqu’à l’indécence , allant même jusqu’à présenter les ruines de Tskhinvali comme étant celles de Gori!

    2) pourrait-on cesser de parler de la guerre en Tchetchénie comme étant le seul fait des forces fédérales russes, et ne pas rappeler que cette guerre est autant tchetchèno-russe que tchetchèno-tchetchène?

    3) Poutine n’a  pas seulement répondu à notre arrogance à l’égard de la Russie par un sursaut de fierté nationaliste, comme vous le soulignez, mais il n’a cessé haut et fort de prévenir l’Occident du danger de guerre à ses frontières caucasiennes et comme on ne retient de lui seulement qu’il est un kguébiste voulant buter les Tchetchènes dans les chiottes ses propos n’ont pas mérité l’attention;

    En tout cas, félicitations pour avoir présenté des « pro » aux « contra » généralisés.

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    De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>

    Date : 13 septembre 2008 11:23:06 HAEC

    À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>

    Objet : de l’Ukraine

    Je suis très étonné que dans la question posée à Viktor Youchtchenko au sujet des passeports russes que possèdent certains habitants russes et russophones de la Crimée, question à laquelle d’ailleurs le président ukrainien n’a pas répondu, vous n’ayez pas informés vos lecteurs que la Constitution d’Ukraine n’autorise pas la double nationalité et que les citoyens issus d’Ukraine doivent choisir, si la question se pose pour eux. Déjà plusieurs citoyens de Crimée possédant deux passeports, ukrainien et russe, ont été privés de leur nationalité ukrainienne.

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