Catégorie : De l’Ukraine

  • Samuel (Sacha) Ackerman expose à Lviv

     

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  • ХРИСТОС ВОСКРЕСЕ!

    ХРИСТОС ВОСКРЕСЕ!

    Христос воскрес!

    Χριστός Ανέστη!

    Je souhaite une bonne et joyeuse fête de Pâques à tous mes amis lointains-proches

    Поздравляю всех далeких-близких друзей с величайшим праздником Пасхи, праздником Воскресения Иисуса Христа

    Ich wünsche allen meinen fernen-nächsten Freunden frohe Ostern

    resurrection1 icone-resurrection-descente-aux-enfers

  • Valentine Marcadé et Evguéni Kovtoune (1989)

    En faisant des recherches dans mes archives, je suis tombé sur ces photographies que j’ai prises en février 1989 à l’occasion d’un dîner en l’honneur de notre grand ami Evguéni Kovtoune. Les oeuvres accrochées au mur sont deux aquarelles de Maria Siniakova (achetée par nous à l’artiste ukrainienne au début des années 1970) et une esquisse du décor de Mikhaïl Andreenko pour Les Jumeaux de Plaute, montés par le Théâtre de Chambre de Konstantine Miklachevski à Odessa en 1918 (c’était un cadeau du peintre ukrainien)

    S. Dédiouline, Kovtoune, Valentine Marcadé, Alexis Tiesenhausen, Paris, 36 rue Saint-Sulpice, février 1989 (photo Jean-Claude Marcadé)
    S. Dédiouline, Kovtoune, Valentine Marcadé, Alexis Tiesenhausen, Paris, 36 rue Saint-Sulpice, février 1989 (photo Jean-Claude Marcadé)
     Kovtoune, Alexis Tiesenhausen, Valentine Marcadé, Paris, 36 rue Saint-Sulpice, février 1989 (photo Jean-Claude Marcadé)
    Kovtoune, Alexis Tiesenhausen, Valentine Marcadé, Paris, 36 rue Saint-Sulpice, février 1989 (photo Jean-Claude Marcadé)
    Alexis Tiesenhausen, Kovtoune, Valentine Marcadé, Paris, 36 rue Saint-Sulpice, février 1989 (photo Jean-Claude Marcadé)
    Alexis Tiesenhausen, Kovtoune, Valentine Marcadé, Paris, 36 rue Saint-Sulpice, février 1989 (photo Jean-Claude Marcadé)
  • La réception de la Collection Chtchoukine par les novateurs de l’Empire Russe au début du XXe siècle.

    Jean-Claude Marcadé

     

    La réception de la Collection Chtchoukine par les novateurs de l’Empire Russe au début du XXe siècle. Le prisme malévitchien.

     

    Au même moment, en 1914, où la revue moderniste de Saint-Pétersbourg Apollon, consacrait un numéro spécial à l’événement que représentaient l’ouverture de la Collection Chtchoukine au public et l’édition de son catalogue, avec un article fondateur du grand critique Yakov Tugendhold[1], celui-ci faisait la recension de l’exposition des artistes groupés sous le sigle du « Valet de carreau », montrée concomitamment à Moscou en février de cette même année 1914. Il faut dire que ce « Valet de carreau » se distinguait fortement de la première exposition de ce groupe à la fin de 1910 qui avait vu le triomphe du cézannisme primitiviste fauve, triomphant sur l’impressionnisme, le symbolisme et le style moderne qui avaient dominé l’école russe depuis la fin des années 1890 aux environs de 1909, quand apparut le néo-primitivisme d’un Larionov et de sa compagne Natalia Gontcharova. Ces deux artistes s’étaient d’ailleurs démarqués dès 1911 des tendances occidentales dominantes des protagonistes de ce mouvement, Piotr Kontchalovski, Ila Machkov, Aristarque Lentoulov. Les cézannistes du « Valet de carreau » avaient invité en 1912-1913 des artistes français et allemands[2]. Dans l’exposition de 1914, le cubisme russe y triomphait avec des chefs-d’oeuvre de Malévitch comme Portrait du compositeur Matiouchine, auteur de l’opéra futuriste « La Victoire sur le Soleil, Dame dans un tramway, Le Garde. Il y avait aussi à cette exposition les premières apparitions d’un compagnon de lutte de Malévitch, Alexeï Morgounov, de Lioubov Popova et de Nadiejda Oudaltsova[3].

    Dans son compte-rendu de l’exposition, Yakov Tugendhold analyse le rapport qu’entretient l’avant-garde russe avec la peinture française novatrice, en particulier, en cette année 1914, avec Picasso :

    « Les recherches artistico-scientifiques de Picasso, qui ont eu comme résultat de l’amener au total parcellement et ‘distribution’ du monde, sont profondément individuelles. C’est une impasse de sa propre voie, c’est pourquoi Sergueï Ivanovitch Chtchoukine, qui possède beaucoup de travaux de Picasso, a tout à fait raison de ne plus acquérir d’autres ‘cubistes’.

    Entre temps, à l’exposition du „Valet de carreau  ont déjà fait leur apparition les picassistes qui ont pris chez lui un schéma tout prêt. Ce schéma de la distribution ‚dynamique‘ des objets, empruntée aux « Violons »  de Picasso, Monsieur Morgounov l’utilise, avec le même ‚indifférentisme‘ (en le diluant seulement d’une gamme rose douçâtre) […]. De tels ‚édifices‘ morcelés se retrouvent et chez Monsieur Malévitch et chez Madame Exter […]

    Le Français est toujours sûr de lui et harmonieux ; le Russe, toujours unilatéral, et l’engouement pour la nouvelle manière est chez nous toujours un fait, avant tout, psychologique […] Nous, les Russes, qui avons vécu la révolution [Il s’agit de la révolution de 1905], arrachés à notre point de vue ‚subjectif‘, nous nous somme cramponnés à cette déréification du monde, à cette multitude de points de vue de Picasso, parce que, derrière elles, sous le masque de la ‚science‘ il y a le nirvana, le ‚nonisme‘, le chaos. Ce n’est pas par hasard que Verhaeren, après avoir visité la Collection de Monsieur Chtchoukine, a appelé la pièce consacrée à Picasso, par opposition à la salle des impressionnistes, ce ‚printemps‘ fleuri, — ‚un hiver glacial‘. Dans la peinture de Morgounov, de Malévitch et d’Exter il y a précisément cet hiver, une vieillesse prématurée de chien… « [4]

    Autant le jugement de Tugendhold est judicieux et pionnier au sujet de Picasso et au sujet des autres protagonistes de la peinture française (Monet, Gauguin, Cézanne, Matisse), dans son article de la revue moderniste Apollon en 1914, dont de larges extraits ont été publiés dans le catalogue Icônes de l’art moderne, autant est injuste et non sanctionnée par la postérité l’appréciation qu’il donne de l’art de ses compatriotes russes et ukrainien. Il changera cependant son point de vue puisque, par exemple, il consacrera en 1922 la première étude de fond de l’oeuvre d’Alexandra Exter chez laquelle il ne voit en 1914 qu’ « une vieillesse prématurée de chien ».

    À ce propos, il faut noter que tous les artistes de l’avant-garde russe durent faire face à cette critique : ils ne seraient que de mauvais imitateurs de l’Occident. La postérité n’a pas donné raison à ces contempteurs de toute novation et si l’influence des révolutions esthétiques venues des bords de la Seine et, tout particulièrement, celles de Picasso, sont évidentes, elle furent combinées aussitôt sur le sol russe aux structures de base de l’art populaire russien, que ce soit les images populaires, les enseignes de boutique, les icônes et autres objets qui fleurissaient dans les marchés de l’immense Empire Russe. Un tableau russe du premier quart du XXe siècle est la combinaison de plusieurs cultures picturales. Alors que Picasso et les novateurs contemporains occidentaux ont intégré les données des arts africains ou ibériques à une structure de base de type cézannien, les artistes de l’Empire Russe ont intégré les données empruntées à la peinture venue de France ou d’Italie à des structures de base primitivistes. D’où leur totale originalité. Ils ont fait ce que Picasso, d’après Tugendhold, a fait à partir du Greco, de Cézanne ou de Derain, c’est-à-dire qu’ils ont transmué leurs emprunts, voire leurs « vols », en des picturologies totalement originales. De tous les artistes du XXe siècle, c’est, sans aucun doute, Picasso qui domine, en Russie comme ailleurs, les débats contradictoires du monde des arts.

    Malévitch a reconnu très clairement dans plusieurs textes l’impulsion décisive qu’a donnée la peinture française de la fin du XIXe siècle et du début du XXe à la révolution opérée dans les arts de la Russie et de l’Ukraine entre 1907 et 1927. Voici un extrait d’une déclaration du fondateur du Suprématisme:

     » Dans les travaux cézanniens, l’essence était la pesanteur, le caractère pondéreux de l’objet, ce que Picasso a réussi à développer dans sa femme avec une obstination qui a atteint une telle force que le globe terrestre, du fait de son obstination, aurait pu se mettre à tourner dans l’autre sens (cf. collection S.I. Chtchoukine à Moscou). Mais au fur et à mesure que Picasso se rapproche du cubisme, ses travaux se font légers, esthétiques; et il n’atteint le développement de la monumentalité et du contenu dynamique que dans L’homme à la clarinette ; cette dernière est si forte que le pictural lui-même s’éteint. Dans cette œuvre, le caractère dynamique des formes atteint le dernier stade du cubisme, après quoi le développement dynamique ultérieur trouve désormais sa place dans le futurisme et dans le suprématisme. »[5]

    Ces dernières phrases pourraient être mises en exergue de l’ensemble d’oeuvres majeures de l’avant-garde russe qu’a tenu à présenter la commissaire de l’exposition « Icônes de l’art moderne », Anne Baldassari, en tant que conséquence de ce contact unique entre les novations venues de France et leur intégration dans de nouvelles structures par les avant-gardistes de l’Empire Russe.

    Une exposition spéciale devra être faite un jour qui confrontera directement les oeuvres de la Collection Chtchoukine et des créations précises de l’avant-garde russe et ukrainienne. Dans le cadre de ce colloque je ferai un survol de ces contacts directs entre les oeuvres françaises de la Collection Chtchoukine et un choix d’oeuvres de l’avant-garde dans la Russie du début du XXe siècle.

    Il faut, bien entendu, commencer par Monet. Vers 1907-1908, à peu près au même moment, Larionov et Malévitch interprètent de façon originale, l’un le Monet des Rochers à Belle-Île ou des Rochers à Étretat, l’autre le Monet des Cathédrales de Rouen. Malévitch et Larionov étaient pratiquement du même âge, le premier né en 1879, le second en 1981 (comme Picasso!). Ils ont été marqués tous les deux par l’Ukraine. Malévitch était encore un inconnu avant 1910, il s’était formé sur le tas en Ukraine et à Koursk, avait fait ses premières armes, à partir de 1906, dans l’atelier privé de Fiodor Rerberg à Moscou. Larionov, lui, avait suivi un cursus artistique « normal », traditionnel, celui de l’École de peinture, sculpture et architecture de Moscou, il avait montré ses oeuvres dans des expositions importantes, en particulier en participant à la fameuse exposition parisienne de Diaghilev au Salon d’automne de 1906, ou encore, en 1907-1908, à la non moins fameuse exposition Στέφανος, en russe « Viénok », la Guirlande, à Moscou et à Saint-Pétersbourg.

    La série des Paysages sous la pluie ou des Poissons indique une technique qui annonce celle des toiles néo-primitivistes ou rayonnistes : tous les objets représentés perdent leur statut représentateur mimétique, étant noyés sur toute la surface dans la ligne du Monet des séries normandes.

    La série des « Meules » et des « Cathédrales de Rouen » de Monet a joué un rôle de premier plan dans la prise de conscience authentiquement impressionniste. David Bourliouk a été le premier à parler, en 1912, à propos des Cathédrales de Rouen, de la peinture qui pousse comme des plantes sur ces toiles. La couleur, dit Bourliouk « a des racines », « leurs fibrilles [se dressent] de la toile délicieusement aromatique. ‘Structure fibreuse’ […] », ai-je pensé : fils délicats de plantes admirables et étranges ». Malévitch accentuera encore cette métaphore dans un grand passage de son traité de 1919 Des nouveaux systèmes en art. Ayant observé que les visiteurs de la Collection Chtchoukine voulaient à tout prix apercevoir les objets représentés sur la toile « dans leur ensemble », il conclut :

     » Mais personne ne voyait la peinture elle-même, ne voyait bouger les taches colorées, ne les voyait croître de manière infinie, et Monet qui a peint cette cathédrale s’efforçait de rendre la lumière et l’ombre qui étaient sur les murs de la cathédrale. Mais cela était faux ; en réalité, toute l’obstination de Monet était ramenée à ceci: faire pousser la peinture qui pousse sur les murs de la cathédrale. Ce n’était pas la lumière et les ombres qui étaient sa tâche principale, mais la peinture qui se trouvait dans l’ombre et dans la lumière. Cézanne et Picasso, Monet, choisissaient le pictural comme des coquillages à perle. Ce n’est pas la cathédrale qui est nécessaire, mais la peinture, mais d’où et de quoi elle est prise nous importe peu, comme il nous importe peu de savoir de quels coquillages sont sorties les perles. »

    Le deuxième peintre qui accompagna les premiers pas de l’avant-garde de Russie entre 1907 et 1911, c’est Gauguin qui fut la base théorique, conceptuelle et pratique des néo-primitivistes russes, celui qui lui donne les impulsions décisives. Le critique Yakov Tugendhold a bien résumé ce rôle de Gauguin, quand il écrit:

    « Gauguin cherchait, à travers leur pauvre apparence enfantine, dans le plus petit bibelot primitif, dans l’art le plus anonyme, les racines du grand style. Les calvaires bretons, les arabesques maories et l’imagerie d’Épinal lui ont enseigné la simplification et la synthèse, au même titre que les dadas puérils – car l’art de l’enfant et l’art du peuple se ressemblent non seulement par leur gaucherie, mais aussi par leur langue laconique et leur esprit de synthèse. »

    De son côté, Malévitch a pu déclarer :

    « Gauguin, qui a fui la culture pour aller chez les sauvages et qui a trouvé chez les primitifs plus de liberté que dans l’académisme, se trouvait soumis à la raison intuitive.

    Il cherchait quelque chose de simple, de courbe, de grossier. C’était la recherche de la volonté créatrice. Ne peindre à aucun prix comme voit l’oeil du bon sens. »

    La première « gauguinide », c’est-à-dire « fille de Gauguin », dans l’avant-garde de Russie, c’est Natalia Gontcharova. Je ne donnerai ici qu’un seul exemple, particulièrement parlant, ce sont ses quatre panneaux intitulés Récolte des fruits (vers 1909) qui sont, pour prendre une métaphore musicale, une variation sur le motif des toiles de Gauguin Te avae no Maria et surtout La récolte des fruits (1899). On note une même gamme jaune-verte-bleue; la sacralisation du travail; la représentation de profil; le grossissement des pieds et des mains (cela se trouve encore plus accentué dans les oeuvres primitivistes fauves de Malévitch). Cependant, les éléments russes sont très nets : un côté « gobelin » à la Borissov-Moussatov; gamme de couleurs de l’art populaire russe avec des associations de mauves et de bleu, de roses vifs et de marrons; le décorativisme des robes et de blouses.

    Prenons encore la série des « Vénus » de Larionov qui sont une primitivisation maximale de l’iconologie gauguinienne.

    Après Monet et Gauguin, c’est Cézanne qui triomphera à partir de 1910 avec la première exposition du « Valet de carreau » dont j’ai parlé au tout début de ma communication. Cela est assez largement connu aujourd’hui grâce à la grande exposition, organisée en 1999-2000 par Suzanne Pagé au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, intitulée « Le fauvisme ou l’épreuve du feu », et, à Monaco, en 2004, l’exposition « Les peintres russes du ‘Valet de carreau’ entre Cézanne et l’avant-garde », organisée par l’actuelle directrice de la Galerie Trétiakov, Zelfira Trégoulova. On le sait, il y avait 24 Cézanne chez Chtchoukine. Les artistes du « Valet de carreau » furent, et sont toujours, appelés des « cézannistes russes » qui ont complétement bouleversé le paysage artistique de l’époque, dominé autour de 1910 par un symbolisme évanescent, un académisme cacochyme et un impressionnisme épigonal. Comme l’a écrit Dmitri Sarabianov, les peintres du « Valet de carreau » « rendaient à l’objet toute sa masse, son volume, sa couleur, sa forme tridimensionnelle, visaient à une synthèse de la couleur et de la forme. De là leur intérêt pour la nature-morte qui a trouvé dans leur création un rôle d’une importance inconnue auparavant dans la peinture russe ».

    C’est, sans aucun doute, Malévitch qui a le plus profondément assimilé l’apport de Cézanne. Pour lui, l’art moderne commence avec Cézanne, comme l’indique son petit livre paru à Moscou en 1920 – De Cézanne au Suprématisme. Parmi beaucoup de textes qu’il a consacrés au Maître d’Aix, je citerai seulement ce qu’il a écrit sur l’Autoportrait de la Collection Chtchoukine, dans un de ses cours pour les élèves de l’Académie des beaux-arts de Kiev à la fin des années 1920 :

    « Cézanne apparaît comme un maître magnifique qui exprime les éléments picturaux, forme ceux-ci à travers la sensation. Le cézannisme se manifeste comme un l’une des grandes réalisations de l’histoire de la peinture. précisément à cause de son expression pure de la sensation picturale du monde […]

    Dans de nombreuses œuvres de Cézanne nous voyons une coloration inadéquate du phénomène qu’il a pris comme objet de peinture.

    Prenons comme exemple son autoportrait qui se trouve dans les collections du Musée de la Peinture Occidentale (collection S.I. Chtchoukine) à Moscou […]

    Nous voyons ici que le visage ne peut pas correspondre à la réalité par sa coloration, et nous pouvons dire que le visage n’était que la forme sur laquelle a été portée la masse picturale.

    Si l’on examine la constitution de cette masse, nous verrons que le pourcentage de coloration de l’“auto-visage” sera mince, alors que toute la masse picturale présente l’ensemble des éléments picturaux de toute la série des phénomènes qui l’entourent. Cela est précisément la cause qui transforme la nature. Et cela nous montre que Cézanne, sans avoir conçu la nature comme forme de copie, n’a pas perçu distinctement le monde mais il a seulement eu la sensation de sa matière picturale. Il s’est comporté à l’égard de la forme du phénomène comme à l’égard d’un lieu où il peut porter la masse picturale en tant que somme constituée par lui à partir d’éléments picturaux. »[6]

    Malévitch avait lui même, dès 1910, tiré les conséquences de la leçon donnée par l’Autoportrait de Cézanne dans ses deux Autoportraits :

    L’Autoportrait de la galerie Trétiakov est tout plein du monde nabi qui hantait il ya encore peu le peintre russo-ukrainien. Toute sa sensualité est exprimée par un essaim de femmes nues rouges aux postures diverses, qui entourent la tête de l’artiste. Curieusement cet élément figuratif reprend, il faut le dire de façon plus vigoureuse, une partie de l’iconographie de l’Autoportrait avec allégorie sur le siècle alias Vision d’Émile Bernard[7], admirateur de Cézanne, sur lequel il écrivit un des premiers articles en 1889. Je n’ai pas trouvé où Malévitch a pu avoir connaissance de cette oeuvre, puisque l’artiste français ne participe à aucune des expositions importantes de Moscou, de Saint-Pétersbourg ou de Kiev. En tout cas, il y a une parenté iconographique entre les deux tableaux, avec, comme toujours chez Malévitch, une transformation totalement idiolectique de son « modèle ». Tout particulièrement on est frappé que c’est Malévitch qui occupe le centre du tableau au milieu des baigneuses, là où chez Émile Bernard, il y avait une figure du Christ…Ecce Homo. Le regard, comme cela sera le cas dans pratiquement tous les visages de Malévitch, ne porte sur aucun lieu précis, mais sur un au-delà. Dans l’Autoportrait du Musée Russe, le regard est comme tourné vers l’intérieur, donnant à cette oeuvre peinte dans une riche technique mixte (gouache, encre de Chine et laque) une dimension iconique.

    La trace fulgurante de Matisse est évidente sur les protagonistes des arts russes du début du XXe siècle, dans la libération de la ligne de toute fonction autre qu’expressive dans le contour des objets, dans également un puissant décorativisme. L’œuvre de Matisse, picturale et théorique, était d’ailleurs bien connue autour de 1910 et commentée par la critique. Le peintre français vint lui-même à Moscou pendant deux semaines en1911 et fut, lui aussi, fortement impressionné par l’art des icônes, ce qui eut d’ailleurs des conséquences sur l’évolution de sa palette[8]. Une des principales leçons que de nombreux peintres de Russie dont Larionov et Malévitch tirèrent de l’art du maître français est que la ligne et la couleur doivent être libérées de tout mimétisme naturaliste. Voyons un exemple du néo-primitiviste Larionov, son bien connu Soldat au repos de 1911. Voici aussi les gouaches de Malévitch en 1910-1911, Baigneuses et Fruits, dont les simples contours, les procédés décoratifs, sont directement tributaires de cet enseignement. Voici aussi le célèbre Baigneur que dans une esquisse préliminaire Malévitch appelle « Il court se baigner » : ici la ligne matissienne se fait précubiste avec la dislocation de toute l’anatomie au profit d’un assemblage de volumes et de plans mis en contraste. Chez le néo-primitiviste Malévitch, il y a oscillation entre hiératisme et mise en mouvement.

    Matisse joua aussi un rôle déterminant dans l’évolution des peintres symboliste comme Pétrov-Vodkine (Enfants jouant, La baignade des chevaux) ou les deux protagonistes de « La Rose bleue », Paviel Kouznetsov et le Russo-Arménien Martiros Sarian, qui quittent après 1910 les brumes crépusculaires et les sujets oniriques de leur création pour adopter des compositions où la ligne délimite les éléments figuratifs de façon nette et appuyée.

    Dès 1909, Picasso est connu, commenté, vilipendé dans la critique russe. En peinture, son oeuvre sera un des moments essentiels, avec le futurisme italien, du cubo-futurisme. D’ailleurs Malévitch a toujours affirmé que Picasso et Marinetti (lequel n’était pourtant pas peintre) étaient les deux piliers de l’art du XXe siècle. Le poète et critique d’art Maximiliane Volochine raconte une visite de la Collection Chtchoukine qu’il a faite avec le peintre réaliste Sourikov et d’autres personnes. Une dame était indignée par Picasso, mais Sourikov prit la défense du peintre de la façon suivante :

    « Ce n’est absolument pas si effrayant que cela. Le vrai artiste doit justement commencer chaque composition ainsi : avec des angles droits et des masses générales. Et Picasso veut seulement s’arrêter à ce stade pour que soit plus forte la force de l’expression. Cela est effrayant pour le grand public. Mais pour l’artiste – très compréhensible. »[9]

    Selon la critique russe des années 1910-1920, l’oeuvre de Matisse serait une déduction extrême de Gauguin, alors que la peinture de Picasso « apparaît comme un achèvement paradoxal de Cézanne », selon la formulation de Yakov Tugendhold.

    Natalia Gontcharova fut parmi les premiers peintres russes qui associèrent au primitivisme de l’image populaire (loubok), de l’icône, des arts archaïques nés sur le sol de l’Empire russe, la géométrisation du proto-cubisme parisien (ce que, personnellement, j’appelle « cézannisme géométrique ») entre 1907 et 1909. Pour des raisons polémiques, elle déclarera en 1912, lors du débat organisé par les membres du « Valet de carreau » :

    « Le cubisme n’est pas une mauvaise chose en soi, bien qu’il ne soit pas un phénomène nouveau, surtout en Russie. C’est dans ce style que les Scythes de bienheureuse mémoire exécutaient leurs kamiennyïé baby (bonnes femmes de pierre), que sont vendues sur nos marchés, des poupées de bois d’une étonnante beauté[10]. »

    La majorité des œuvres de Natalia Gontcharova, à partir de 1909, est marquée au sceau du cézannisme géométrique et garde toujours, avec une netteté sculpturale, parfois architecturale, le contour des objets. Il est certain que, lorsqu’elle peint des toiles comme Colonne de sel (Galerie Tretjakov, vers 1910), Moisson. La vierge sur la Bête (Musée de Kostroma, 1911) ou Paysans cueillant des pommes (Galerie Trétiakov, 1911), elle a vu dans la Collection Chtchoukine, visitée par tous les artistes russes contemporains, des toiles de Picasso, comme La Fermière ou l’Étude pour les Trois femmes (de la collection Stein), qui s’y trouvaient alors.

    Malévitch est ici encore celui qui a interprété conceptuellement et pratiquement la picturologie et l’iconologie de Picasso. Il n’a cessé dans ses déclarations théoriques et polémiques, aussi bien que dans ses cours devant les étudiants de Vitebsk, de Léningrad et de Kiev de souligner l’importance capitale de l’Espagnol dans l’évolution des arts du XXe siècle. J’ai déjà montré la gouache primitiviste fauve du Baigneur pour souligner la ligne matissienne libérée de tout mimétisme représentateur, mais cette oeuvre se ressent aussi de la dislocation des formes telles qu’elle se présente dans La danse des voiles de Picasso.

    Si le premier géométrisme de Picasso d’avant 1910 a ainsi marqué le cubo-futurisme de Malévitch, c’est seulement en 1913-1914 que ce dernier intègre le cubisme analytique et synthétique dans un cycle d’oeuvres dont la sémiologie est analogue à celle de Picasso. Deux séries se côtoient. D’un côté, une surface construite en éventail, toute feuilletée dans Dame à un arrêt de tramway, Table de comptabilité et pièce ou le Garde. De l’autre, une construction à la verticale dans les deux petites toiles Coffret de toilette et Station sans arrêt. Kountsévo, ou dans Instruments de musique / Lampe.

         Dans la première série, le sujet a comme implosé.

       Dame à un arrêt de tramway répond bien au programme malévitchien de  « ne pas rendre les objets, mais de faire un tableau », principe cubiste par excellence, selon le peintre. Dans ce fouillis de formes quadrilatères on aurait bien de la peine à identifier une « dame » et un « tramway ». L’intitulé n’est plus qu’un moyen mnémotechnique de nommer telle ou telle composition picturale sans vraiment révéler le sens pictural du tableau.

         La même gamme sombre dans les gris et les noirs avec juste trois plans dans les tons rouges-bruns se retrouve dans Table de comptabilité et pièce où, de la même façon, il serait vain de chercher une représentation quelconque. La vitre est un élément qui pourrait se référer au lieu qui est le prétexte à ces variations quadrangulaires : des quadrilatères transparents dans des variations obliques sont figurés selon la technique avec laquelle dans la peinture traditionnelle on peignait les voiles sur le visage ou sur le corps de façon à laisser passer la lumière et paraître la chair en dessous. On est frappé par un élément arrondi de tête avec les cheveux réduits à des stries.

         Le Garde est sous le signe du sdvig, ce décalage entre les plans, cet écart hyperbolique dont la fonction n’est pas la correspondance avec le réel mais uniquement la justesse des valeurs, des rapports, des contrastes dans la composition d’une surface picturale. D’un garde, c’est-à-dire d’un soldat de la garde, nous reconnaissons uniquement des galons placés sur une épaulette, laquelle est placée à l’endroit où se trouve habituellement la tête. Cette tête est un amas de formes où l’on s’ingénierait en vain à vouloir retrouver, ici – un œil, là – une lèvre, ailleurs un couvre-chef. Le corps n’est pas mieux traité : il se développe en une série de plans quadrilatères signifiant peut-être la vareuse et la ceinture du personnage. La perspective est totalement irréaliste, les objets et les hommes s’interpénètrent.[11]

    Les deux petits chefs d’œuvre cubistes Coffret de toilette et Station sans arrêt (Kountsévo) pourraient, au premier regard, passer pour „parisiens «. En effet, on y trouve les mêmes effets de trompe-l ‘oeil que chez Picasso (ou Braque), l’imitation de différentes textures, surtout celle du bois. Des fragments du réel sont dispersés çà et là : clef de serrure, ferrures, fumée de train. Mais la note typiquement « russe » ne nous laisse aucun doute sur l’origine des tableaux : la « transmentalité » (zaum‘) de l’énorme point d’interrogation en plein milieu de Station sans arrêt (Kountsévo) est un geste qui met en question l’espace cubiste lui-même et annonce le passage au zéro, chiffre qui émerge à moitié de derrière une masse biseautée, c’est-à-dire au suprématisme.

    On note qu’à partir de 1913 les quadrilatères empruntés principalement aux toiles de Picasso structurent désormais la surface picturale malévitchienne avant que le saut dans le minimalisme suprématiste ne s’effectue en 1915 avec le Quadrangle noir dans le blanc.

    Ainsi, la Collection Chtchoukine a été la véritable académie des beaux-arts de la jeune génération des artistes de l’Empire Russe au début du XXe siècle. « Les Russes, ayant pris les formes occidentales qui leur étaient étrangères, y ont introduit leurs propres traits nationaux et leur propre esprit. », comme l’écrit Alexeï Grichtchenko. Le tableau de chevalet européen s’est transformé dans des structures nouvelles sous l’impulsion de l’art des icônes, des images populaires ou des enseignes de boutique. Cette spécificité de l’avant-garde, unique dans le concert des arts du XXe siècle, fait mentir tous ceux qui n’ont vu dans le choc donné par la peinture française qu’un sous-produit, voire une « imitation simiesque ».

    [1] Ya. Tugendhold, «Frantsouzskoïé sobraniyé S.I. Chtchoukina» [„La collection française de S.I. Chtchoukine“], Apollon, 1914, N° 1-2.

    Voir de larges extraits de cet article dans le catalogue de l’exposition Icônes de l’art moderne.

    [2] Gleizes, Derain, Van Dongen, Léger, Matisse, Picasso, Le Fauconnier, Friesz, Robert Delaunay, Braque, Signac pour les Français; Kirchner, Macke, Franz Marc, Gabriele Münter, Pechstein, Heckel pour les Allemands; la participation de Kandinsky aux expositions du « Valet de carreau » explique la forte présence des artistes de « Der blaue Reiter » et de la Brücke.

    [3] Ces deux dernières étaient passées à cette époque par les ateliers parisiens de Metzinger et de Le Fauconnier. Cela explique que Le Fauconnier était très bien représenté au « Valet de carreau » de février 1914 par des oeuvres créées entre 1908 et 1913)

    [4] Ya. Tugendhold, «Pis’mo iz Moskvy. Vystavka ‘Boubnovogo valiéta’» [Lettre de Moscou. L’exposition du «Valet de carreau»], Rietch [La parole], 13 février 1914, p. 4, Andreï Kroussanov, Rousski avangard [L’avant-garde russe], I (2), Moscou, Novoïé litératournoyé obozréniyé, 2010 p. 205

    [5] Kazimir Malévitch,  » O novykh sistiémakh v iskoustvié. Statika i skorost’ ” [Des nouveaux système en art. Statique et vitesse], Vitebsk, 1919 [republié dans le tome I de Kazimir Malévitch, Sotchiniéniya v piati tomax [Œuvres en cinq volumes], (sous la direction d’Alexandra Chatskikh), Moscou, « Guiléya » 1995], trad. française de Jean-Claude Marcadé, dans K. Malévitch, Écrits, t. I, Paris, Allia, 2015, p. 237.

    [6] Kazimir Malévitch, « Forme, Couleur et Sensation » (Moscou, 1928), « Analyse du nouvel art représentateur. Paul Cézanne » (Kiev, 1928) in Écrits, t. op.cit., p. 415, 434

    [7] À ma connaissance, c’est l’historienne de l’art ukrainienne Myroslava Mudrak qui a la première fait l’association de l’Autoportrait (Vision) d’Émile Bernard avec les premiers autoportraits de Malévitch, voir son excellent article « Kazimir Malevich and the Liturgical Tradition of Eastern Christ and christianity », in Byzantium/Modernism. The Byzantine as Method in Modernity, ed. Roland Betancourt, Maria Taroutina, Leiden/Boston, Brill, 2015, p. 49-50

    [8] J. Cl. Marcadé, « Un musée Matisse à Moscou », in : Matisse 1904-1917, Paris, Beaux-Arts Magazine, 1992, p. 23-31

    [9] Maximiliane Volochine, « Sourikov (matérial dlia biografii) [Sourikov-matériaux pour une biographie], Apollon, 1916, N° 6-7, republié dans Liki tvortchestva [Faces de la création], Léningrad, 1988 (éd. V.A. Manouilov, V.P. Kouptchenko, A.V. Lavrov), p. 345

    [10] N. Gontcharova, « Pis’mo v rédaktsiyou » [Lettre à la rédaction], Protiv tetchéniya [À contre-courant], 3 mars 1912, p. 4.

    [11] « [Les cubistes] entreprirent de traiter l’objet de tous les côtés. Ils estimaient que jusque-là les peintres avaient rendu l’objet de trois côtés seulement, en utilisant la tridimensionnalité, alors que nous savons bien que l’objet possède six, cinq, dix côtés et que pour le rendre plus complètement, tel qu’il est dans la réalité, il est indispensable de représenter tous ses côtés […]

    [Dans un deuxième stade], les cubistes déclarèrent que si le peintre trouve dans l’objet donné trop peu de formes nécessaires, picturales, facturales, graphiques, du volume, linéaires et autres pour son édification constructionnelle, alors il est libre d’en prendre dans un autre objet et de rassembler les éléments indispensables jusqu’à ce que son édification atteigne la tension nécessaire des états harmoniques et dynamiques. » K. Malévitch, Des nouveaux systèmes en art [1919], Kazimir Malévitch, Écrits, p. 219, 220

     

  • De la langue russe des Ukrainiens/O русском языке украинцев

    O русском языке украинцев

    […] Малевич знал и польский и украинские языки в их устном варианте. Очень часто, как его мать Людвига Александровна, он перемешивает в письменном виде слова этих языков внутри русской речи.

    Автор первой книги о своём отчиме Василии Кричевском, Вадим Мефодьевич Павловский, который ревизовал наш с женой французский перевод малевических статей с украинского, отметил, что украинский перевод с русского не подвергся редакции. Вот одно его общее замечание по этому поводу :

    « Текст Малевича производит впечатление переведённого русского и слабо проредактированного. Есть неуклюжие обороты и встречаются ошибки – не типографические, а явно авторские (или переводчика, что вероятнее) » [1]

    Наш эксперт по украинскому языку, искусству и культуре пишет в другом письме по поводу двух статей « Просторовий кубізм’ и  »Леже, Гріс, Ербен, Метценже » (« Нова ґенерація », № 4 и 5, 1929) :

     » Эти статьи производят впечатление недостаточно отредактированной записи лекций, читанных Малевичем где-нибудь студентам. Чувствуется этот недостаток не только в украинском, часто неуклюжем, тексте; видно, что и русский оригинал нуждался в отделке и обработке. Очень жаль ». [2]

    Мы знаем, что русская речь Малевича хаотична, не отредактирована, испещрена синтаксическими ошибками, снабжена капризной пунктуацией. Я здесь приведу воспоминания Харджиева о высказываниях самого художника: [3]

     » – Я не люблю переделывать или повторять уже написанное, – прибавил он. Скучно! Пишу другое. Но я плохо пишу. Никак не научусь…

    Такая самооценка сейчас может вызвать улыбку, но она неслучайна. Энергетичность его ‘тяжёлого слога’ ценили немногие. Даже один из ближайших последователей Малевича, Эль Лисицкий, переводивший на немецкий язык его статьи, считал, что у него ‘грамматика совершенно навыворот’. Между тем, Малевич обладал удивительной способностью фиксировать процесс живой мысли. Он писал с необычной быстротой и почти без помарок. »[3] […]

     Надо ещё прибавить тот факт, что украинский язык, из-за травли, которой он подвергался в рамках Русской империи, ещё не выработала терминологию и стиль свойственные художественной критике и теории. В рамках Русской империи культурным языком был русский и никому из украинских художников этой империи не приходила на ум идея писать на украинском языке, языке крестьян, сравнительно малой кучки интеллигентов и писателей, или галичан. не имеющих тогда действительной власти. Архипенко, Андреенко, Александра Экстер, Малевич, Бурлюки, Кручёных, Богомазов, Ермилов, чтобы процитировать самых известных живописцев, тесно связанных с украинской землёй, говорили и писали по-русский. Однако, они не меньше являются настоящими украинцами, как пишущий по-русский Гоголь остаётся до мозга костей украинцем. Эта историческая ситуация напоминает ситуацию в других странах до наших дней. Например, пишущие на немецком языке немцы, австрийцы, швейцарцы остаются полностью немцами, австрийцами, швейцарцами. Не говоря уже об английском языке британцев, ирландцев, шотландцев, американцев, южноафриканцев или индийцев… Это не значит, что не надо защищать родного украинского языка и его всесторонне развивать.

    В этом отношении, надо подчеркнуть преважную роль такого журнала, как « Нова ґенерація », под редакцией большого поэта Михайля Семенко [5], которая приспособляла украинский язык к теоретическим, философским, эстетическим проблемам мировой культуры. « Нова генерація » остаётся одним из самых богатых и захватывающих художественных журналов этой эпохи, где доминировали новейшие передовые течения – неопримитивизм, кубофутуризм, супрематизм, конструктивизм. Она является неисчерпаемым источником для исследования новаторского украинского и европейского искусства во всех его гранях, целях, теориях, полемиках. Она была иллюстрирована репродукциями мировой живописи, скульптуры, архитектуры (Сезанн, Пикассо, Леже, Арп, Сервранкс, Глэз, Метценже, Гри, Гаргайо, Ле Корбюзэ, и многие другие…). Были переведены статьи из знаменитого французского художественного журнала « Cahiers d’art » (Художественные тетради) франко-греческого критика и издателя Кристиана Зервоса. Была, например, переведена статья известного французского кинорежиссёра Ренэ Клэра « Миллионы », посвящённая посредственным коммерческим фильмам. Были опубликованы и многие другие статьи о кино, театре и архитектуре ( из « Альманаха современной архитектуры » Ле Корбюзье). В России не было тогда такого журнала, который так тщательно информировал о культурной жизни в Западной Европе. Поэт и эссеист Вадим Козовой (родившийся в Харькове) отметил :

    « Тот сложный комплекс, которым « Нова ґенерація » приступала к художественно-культурным проблемам, отличал её от близких к ней русских журналов « Леф » и « Новый Леф ».[4] […]

    [1] Письмо В.М. Павловского к Валентине и Жан-Клоду Маркадэ от 20/09-1983].

    [2] Письмо В.М. Павловского к Жан-Клоду Маркадэ от 19/09-1984

    [3] Н. Харджиев, Статьи об авангарде в двух томах, Москва, РА, 1997, т. 1, с. 109

    [4] Cf. Jean-Claude Marcadé, « Le panfuturiste ukrainien Sémenko », Po&sie, N° 151, 2015, p. 36

    [5] См. Myroslava M. Mudrak, The New Generation and Artistic Modernism in the Ukraine, Ann Arbor, Michigan, UMI Research Press, p. 46-47; Oleh S. Ilnytzkkyj, Ukrainian Futurism, 1914-1930. A Historical and Critical Study, Cambridge, Massachusetts, 1997, passim

  • Interview du galeriste Pavlo Goudimov sur mon rapport à l’Ukraine, à Malévitch (8/10.16)

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    Jean-Claude Marcadé et Pavel Goudimov devant les oeuvres de Volodymyr Kostyrko
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    Jean-Claude Marcadé et Pavel Goudimov devant les oeuvres de Volodymyr Kostyrko

    Жан-Клод Маркаде, Україна та Малевич            

                              

    Під час проведення міжнародної конференції «Казимир Малевич: київський аспект», 8 жовтня, в коридорах НАОМА куратор Павло Гудімов мав нагоду поспілкуватися з французьким мистецтвознавцем Жан-Клодом Маркаде. Дослідник вже протягом багатьох років вивчає тему українського та російського авангарду, зокрема феномен Малевича. В 2013 році вийшла книга Маркаде «Малевич» (видавництво «Родовід»), яка прямо звертається до українських витоків творчості художника.

    Як почався зв’язок французького дослідника з Україною, коли вперше Захід побачив роботи російських та українських авангардистів і чому молоді художники Франції не сприймають Малевича – розпитав у Жан-Клода Маркаде Павло Гудімов.

     

    Україна

    Мій зв’язок з Україною розпочався завдяки дружині Валентині. Вона походить з української родини поміщиків Васютинських, які вимушені були емігрувати з України в 1918 році. На той час для росіян Україна відігравала приблизно таку ж роль, як Італія для німців – спокійної та приємної місцевості.

    У 1972 році ми автівкою їздили по містах України: почали з Одеси, рідного міста дружини, далі до Харкова та Києва. Тут ми зустрілися з Дмитром Горбачовим, який тоді був куратором у Музеї українського образотворчого мистецтва. Він нам показав музейні запасники, роботи художника Олександра Богомазова, навіть влаштував зустріч з дружиною авангардиста – Вандою Монастирською. Побачили ми й колекцію творів Василя Єрмилова, познайомилися з колекціонером Ігорем Диченко. Це було те творче коло, яке відкрило нам Україну. А потім ми поїхали до Москви, прийшли в Третьяковську галерею, а там директором був Полікарп Лєбєдєв. Я починаю йому з ентузіазмом розповідати: «Ми були в Україні, бачили там Богомазова, Єрмилова, Екстер!..». І чуємо від нього у відповідь: «Ви маєте забути про ці імена». Коли повернулися додому, до Франції, то дізналися, що через нас звільнили Діму Горбачова в Україні.

    Тоді моя дружина вже написала книгу про зародження російського авангарду й планувала працювати над темою Сергія Дягілєва. Однак, коли вона побачила, як саме складається ситуація з українським мистецтвом, мовою, культурою – то вирішила присвятити себе тематиці України. Адже до цього розглядала свою країну як «райське місце», але тут побачила трагічність і важливість становища. Тож книга вийшла французькою мовою, це була така собі панорама українського мистецтва до років Розстріляного Відродження. Моя дружина присвятила цю працю всім, хто постраждав за українську ідею. Це й було моє перше знайомство з Україною, адже на той час ми завжди працювали разом.

    З цього моменту я почав бачити цінність усього українського, навіть коли воно знаходилося всередині так званого російського авангарду. Я проти вузького націоналізму, однак у своїх статтях завжди наголошую на цих «українських моментах». І це більше навіть не питання націоналізму, а категорії відчуття землі, кольорової гами народного мистецтва та історії.

    З Україною пов’язано багато імен. Не завжди за етнічними ознаками. Наприклад, наприкінці 70-х я був знайомий з Сарою Штерн (більш відома як Соня Делоне – ред.). В останніх мемуарах вона писала про своє українське коріння.

    Я був у Карпатах, відносно нещодавно, років шість-сім назад. У мене є друг з Мукачева, Саша Аккерман, він ще товаришує з Тіберієм Сільваші. Разом з Сашею я подорожував по тих місцях, бачив ту «гуцульську» культуру. Відвідували Коломийський музей, хату-музей фільму «Тіні забутих предків» – це дивовижно. Я, до речі, переклав цю чудову новелу на французьку мову. А ще Саша водив мене в Ужгороді до музею Федіра Манайла, адже сам був його учнем. Аккерман був спочатку дуже українським, вже потім почав спрямовуватися до кабалістичного, єврейського.

    Малевич

    Тривалий час Казимир Малевич майже не демонструвався в Європі. Вперше «Чорний квадрат» (варіант 1929 року) побачили на виставці «Париж-Москва» в центрі Помпіду в 1979 році. Ідея належала Понтусу Хультену – він був геніальним генератором ідей. І така демонстрація французького та російського мистецтва вдалася вперше саме Хультену. Навіть Андре Мальро, міністр культури за правління де Голля, не зміг організувати подібну експозицію.

    Зараз подивишся на виставку – така барахолка. Шагал поряд з Бурлюком та Кандинським… Геніальні ідеї, однак оточення Хультена, його команда, не завжди могли втілити їх.

    Одним з організаторів виставки був Жан-Юбер Мартен, який у тому ж 1979 році курував першу у Франції персональну виставку Малевича. Він опанував всю тему за чотири місяці. Мартен розумів, що є куратором з великим відчуттям. Я тоді лише склав літературу про Малевича до каталогу.

    Через мене учениця Малевича Анна Лепорська присилала різні супрематичні речі на виставку – багато що реалізувалося завдяки їй. Ще Лепорська казала, що Малевич для Франції має величезне значення, та й сам Париж був для митця своєрідним центром і початком.

    Коли тільки відбувалася навіть найменша виставка з декількома рисунками Малевича – про це одразу ж писали всі газети. Велику експозицію по художнику організував вже Метью Дратт в 2003 році: він узяв супрематизм Малевича до Музею Гуггенхайма в Берліні, потім до Музею Гуггенхайма в Нью-Йорку та Хьюстоні. Тоді в Нью-Йорку вперше побачили чорний «Чотирикутник» Малевича (перша назва «Чорного квадрату» – ред.), який фактично не виставлявся після його створення в 1915. До цього ж Малевич був більше міфологічною постаттю.

    Сьогодні на Заході панує русофобська ситуація. На мистецтво Росії майже не виходить рецензій. Раніше про російське мистецтво дуже любили писати, а зараз – навпаки.

    На молодих художників Франції творчість Малевича не впливає, тому що домінуюча тенденція в мистецтві швидше «фізіологічного» типу. Іноді проводять паралелі між Малевичем та П’єром Сулажем. Однак чорний колір Сулажа – це іспанський чорний, але це не Малевич, а ближче до Едуарда Мане. Він також відрізняється від американських експресіоністів. П’єр Сулаж – мій земляк, окситанець (Окситанія – історична місцевість на півдні Франції – ред.). Він дивиться в іспанське коріння. Американські експресіоністи ліричні, тоді як Сулаж – конструктивний. Якщо ж повернутися до чорного кольору, то помітно, що колір Сулажа чи Мане є насправді квінтесенцією чорного.

    В сучасному мистецтві тему Малевича продовжують більшою мірою в архітектурі, однак не в живописі. Особливо відчутно це в японській архітектурі. Ще окреслився, як я особисто це називаю, «барочний конструктивізм» – це оксюморон, коли одночасно поєднуються ці два поняття. Приклади: Музей Гуггенгайма в Більбао чи паризький Фонд Louis Vuitton – роботи Френка Гері. Цей термін, «барочний конструктивізм», можна вжити й по відношенню до українського художника Володимира Костирка.

     

     

  • Samuel (Sacha) Ackerman à Kiev en octobre-novembre 2016 sur le « shibboleth »

    В галерее Art14 (Киев, пер. Михайловский, 14) в конце октября открылась совместная выставка двух художников: «Шибболет» Самуила (Сашей его по привычке называют знакомые и близкие из постсоветской территории) Аккермана и «Пастели» Яна Раухвергера.

    Телесность с привкусом французской новой волны, причудливые гармошки из рисунков, орнаменты из фигур, совсем не вангоговские подсолнухи и завтрак не в стиле Мане. Их искусство немиметично, а трансцедентно. С Яном и Сашей мы поговорили о чувственности, доверии, принятии « иного » и сошлись на вечном диалоге: с друг другом, искусством, зрителем и миром.

    Откритие выставки 20.10. 2016.

    —  Саша, объясните неподготовленному зрителю что такое «шибболет» и почему у вашей части выставки такое название.

    — В Библии, в Книге Судей есть трагический эпизод. Израильский судья Ивтах воевал с ефремлянами и победил их. Чтобы помешать побежденным попасть на свои территории он приказал занять все переправы через Иордан. И каждый, преодолевая переправу, должен был сказать первый военный пароль – «шибболет», что означает «колос пшеницы». Враги-ефремляне не могли правильно произнести это слово (в их исполнении оно звучало как «сибболет») и вследствие этой аномалии в произношении завязывается война и гибнут тысячи людей. Тот, кто не знает пароля – не может пройти на чужую территорию и соответственно именуется «чужим». Непонимание языка и неприятие иного продолжается по сегодняшний день в истории человечества. Также и в искусстве – новое слово, обновляющее искусство и саму жизнь, не всегда воспринимается адекватно, чаще – враждебно. Произносящий новое слово становится жертвой. Эта проблема новизны и обновления традиции меня всегда интересовала: в поэзии Целана, в творчестве Малевича. И что особенно важно эта проблема сейчас просматривается в Украине!

     Автопортрет, Самуил Аккерман.

    Выставка связана с паролем и визуально: то, как мы видим других людей с их украшениями, орнаментами. И в этом контексте Ян дополняет иного своими портретами. Здесь и связующий элемент двух наших экспозиций – то, как мы видим «другого».

    — ЯН: Часто это проявляется в любови к человеку, человечности. Ведь главная задача искусства – приближать и стирать разногласия в мире.

    — Саша, Ваши картины напомнили мне концепцию Умберто Эко о поэтике закрытого и открытого текста. Мы видим открытые тексты – произведения, в которые заложен авторский ключ, инструкция к прочтению, но одновременно зритель «открывает», интерпретирует картину согласно своему культурному, интеллектуальному уровню.

    — Важна точность выражения чувств, не хаос – а порядок. Тогда другой прочтёт эту точность. Любой текст, если в нем есть мир – читается. Если есть аномалия, как в «шибболе» – происходит трагедия. Поэтому «открытость» очень важна. Когда текст/картина закрыты – пропадает диалог и взаимопонимание.

     Самуил (Саша) Аккерман на Книжном Арсенале.

    —  Саша, Ваше творчество всегда диалог: с Малевичем, Целаном, Шагалом, иудаизмом. О чем может рассказать диалог вашей выставки с Яном?

    — Для меня главное в диалоге – это стремления к оригиналу, оригиналу с большой буквы, к истокам вещей. Как в поэзии, например, происходит понимание слова, его источника, правды, истины.

    Вот Ян действительно оригинал в подлинном смысле слова. Обычные люди часто проходят мимо и не обращают внимание на какие-то уникальные вещи в мире, а в его работах эта обыденность превращается в живописную ценность. Это физиологический дар!

    —  Ян, вы занимаетесь офортом и скульптурой, почему в Киев привезли именно «Пастели»?

    — Пастель, как техника мне характерна, это та часть меня, которой достаточно для коммуникации со зрителем. В каждую картину я вкладываю всю свою жизнь. И получается, что каждая моя работа – центральная и любимая. Между работами завязывается диалог и нерешённые в одной работе проблемы, находят вариации решений в другой.

    — САША: Пастель – материал нежный, хрупкий. С ее цветом и текстурой песка она не приклеена к бумаге, как гуашь или масло. Пастель, как мандала, кристал – есть угроза что она может распылиться, распасться, рассыпаться.

    А поскольку и так все в этой жизни подвержено хрупкости и уничтожению, то вера художника в материал способствуют возникновению особенной связи со зрителем. Она превращает зрителя в подобие пчелы, которая на своих крыльях переносят пыльцу, связывая работы. В этом и заключается особенность материала и уникальность работ Яна.

    —  Почему вы решили сделать совместную и в тоже время раздельную выставку?

    — ЯН: В 1974 году в Израиле была первая групповая выставка художников из СССР – там мы и познакомились. Многие годы я в диалоге с Сашей, несмотря на то, что я в Израиле (с 2002 года Ян Раухвергер живет в городе Яффа), а он в Париже (с 1984 года Самуил Аккерман живет в Париже). Поэтому я с радостью согласился провести это время с Сашей в Киеве. Тем более у него пару лет назад уже была выставка в Art14 и куратор галереи Глеб Вышеславский предложил сделать такой особенный совместный проект.

    Дневник прошлого с датой будущего (фрагмент), Самуил Аккерман.

    — Что важнее для вас: передать на полотне гармонию, красоту, истину, идею или эмоцию?

    — ХОРОМ: Всё вместе.

    — ЯН: Я пишу уже больше 60-ти лет и найти что говорить, о чем и как, для чего бежать в мастерскую – это большое счастье. Но никаких грандиозных задач я перед собой не ставлю. Важен процесс работы, а не результат. Правда, за которую ты боролся и чувствовал внутри себя проявляется на бумаге. И мне интересно как ее воспримут зрители.

    — САША: Эти концепты не идут раздельно. Современный мир очень сильно давит на творца, чтобы он не создавал оригинал, а создавал копию. Весь мир современного искусства заполнен копиями. И наша цель с Яном – приблизить людей к оригиналу.

    — ЯН: Даже помочь приблизить людей друг другу. Потому что без другого нет тебя. Невозможен становится и акт творения, и акт жизни в мире.

    Жертвоприножение, Самуил Аккерман.

    —  Если бы вы могли, что бы вы посоветовали себе молодому – художнику, который еще не знает станет ли искусство его работой, жизнью, хобби?

    — САША: Быть самим собой. Но, как ни парадоксально, также получить чистую традицию ремесла. Прежде чем сказать о себе, художнику стоит изучить грамматику языка, а это требует много лет работы над собой. И должен быть хороший учитель (В 1966-73 гг. Ян Раухвергер учился у Владимира Вейсберга – представителя «неофициального искусства» и «невидимой живописи»).

    — ЯН: Я бы посоветовал не следовать влиянию временного, не искать быстрого финансового успеха. Коммерция и деньги правят миром, поэтому выжить и быть честным сейчас очень тяжело. Лучше быть тем художником, который может спать спокойно.

    — Ян, Вы 55 лет не были в Украине, Киеве. Какие ощущения от пребывания в Киеве, что для вас есть Украина сегодня?

    — Я не знаю – будет ли мое искусство «сообщать» кому-то что-то в Украине. Сегодня у меня не осталось никакой связи с живыми одноклассниками или родственниками тут.

    В Украине меня не интересует политика, а вот стремлением к свободе я очень тронут. Многие годы меня связывали с Москвой (в 1968 году Ян Раухвергер окончил Московский Полиграфический), но на протяжении этих лет мои симпатии были с Украиной.

    А глобально все как будто бы поменялось, но когда заходишь в подворотню – все запахи и цвета для меня воскресают.
    Выставочный проект «Шибболет» Самуила Аккермана и «Пастели» Яна Раухвергера можно увидеть до 27 ноября в галереи Art14 (Киев, пер. Михайловский, 14). 

    Экспозиция выставок Яна Раухвергера « Пастели » и Самуила Аккермана « Шибболет ».