Catégorie : De l’Ukraine
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Jacques Attali et la Russie et l’Ukraine
Sarkozy hostile à une nouvelle guerre froide avec la Russie
L’ancien Chef du Quai d’Orsay se prononce sur les relations franco-russes
Sarkozy hostile à une nouvelle guerre froide avec la Russie
L’ancien Chef du Quai d’Orsay se prononce sur les relations franco-russes
L’Occident doit comprendre les préoccupations de la Russie
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50.000 morts dans la guerre civile ukrainienne (Frankfurter Allgemeine Zeitung)
Спецслужбы Германии насчитали 50 тыс. погибших в ходе вооруженного конфликта на Украине. Такая информация была опубликована в воскресенье в немецкой газете Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. По мнению немецкой разведки, данные официальных источников по погибшим на востоке Украины могут быть «слишком заниженными и не заслуживающими доверия».
«По оценкам немецких спецслужб, вероятное число погибших украинских военнослужащих и мирных жителей достигает 50 тыс. человек. Эти цифры почти в десять раз больше, чем заявленные официальные данные», — сообщает со ссылкой на собственные источники немецкое издание Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. Источники издания в силовых кругах уверены, что официальные данные о жертвах «однозначно занижены и неправдоподобны».
Как Киев приготовился к миру
Выступая перед журналистами в Мюнхене президент Украины Петр Порошенко заявил, что Киев «в любое время готов объявить полное безусловное прекращение огня» на востоке Украины
Ранее в ходе Мюнхенской конференции данные о погибших в Донбассе озвучил президент Украины Петр Порошенко. «Украинские войска, солдаты защищают свое Отечество, пали в бою 1 тыс.432 солдата. Более 5,6 тыс. мирных жителей были убиты, и количество убитых мирных граждан все время увеличивается»,— заявил президент.По последним данным ООН, жертвами противостояния в Донбассе стали 5 тыс. 358 человек, ранены более 12 тыс. человек.
Подробнее: http://www.kommersant.ru/doc/2663611 -
Bernard-Henri Lévy fait de l’esprit
Bernard-Henri Lévy fait de l’esprit.
Bernard-Henri Lévy fait de l’esprit. Très bien. On en déduit qu’il est en forme. Et il est même tellement en forme qu’il nous invite à voler au secours de l’Ukraine.
De cette « nouvelle Ukraine née il y a an sur le Maïdan ». Comme est née, faisant exulter les démocraties occidentales, une nouvelle Lybie. Après tout, les cadavres, avec ce qu’on a maintenant de pétrole à fort bon marché, ce ne sont que de simples dégâts collatéraux.Le cas de l’Ukraine est encore plus saisissant. Les Lybiens ne mourraient pas en serrant contre le coeur le drapeau de l’UE. Si on en croit Monsieur-je-me-prends-pour-Sartre, de jeunes Ukrainiens sont morts pour l’Europe place Maïdan, abattus par les snipers de Ianoukovitch. Il est vrai que ces jeunes dupes-paix à leurs âmes- avaient été leurrés par les velléités pro-européistes du Président déchu. Un jour sur deux on allait dans le sens d’une intégration économique avec l’UE, un jour sur deux on y renonçait, incertain du résultat et de l’éventuelle réaction de Moscou. Mais de là à dire que ces jeunes pro-Maïdan étaient prêts à mourir pour l’Europe, il faudrait arrêter le pratique vicieuse des reductio ad absurdum.
S’y ajoute le fait que cette Europe tant revendiquée par ces jeunes idéalistes tombés sous les balles de snipers anonymes, loin d’être représentée par le drapeau bleu piqué d’étoiles scintillantes, incarnait plutôt un pays sans corruption, un pays où il y a du boulot. C’était l’Europe en Ukraine et non l’Ukraine en Europe avec toutes ses « valeurs » spécifiques inapplicables aux réalités du monde eurasiatique parce qu’incompatibles et indésirables. Cette nouvelle Ukraine que M.BHL oppose à l’ancienne dans une récente tribune du 25 janvier publiée sur les pages de Libé, n’a-t-elle pas concentré toute la haine inqualifiable et délirante que les oligarchies sans foi ni racines nourrissent vis-à-vis des peuples,notamment des peuples non-alignés? Cette nouvelle Ukraine, n’est-elle pas celle de la division? Le Donbass ne veut plus entendre parler de Kiev, notre philosophe n’a qu’à y faire un tour pour en avoir le coeur net. Les populations d’origine roumaine et hongroise appelées sous les drapeaux ont préféré regagner leur bercail historique en attendant la fin de la mobilisation dans des motels de l’autre côté de la frontière. Le nombre de réfugiés ukrainiens en Russie-car il est fréquent que les victimes cherchent refuge chez leur agresseur!-oscille entre 2 millions et 2,5 millions de personnes. Enfin, quid des cyborgues dont une partie,une fois sur le terrain, rejoint l’insurrection concevant avoir été trompée puis balancée dans une guerre fratricide qui sera une défaite et pour le pays(émietté), et pour les deux parties en conflit?
Si la Novorossia perd, c’est l’Ukraine qui perdra. Les gagnants ne sont pas ukrainiens. Ils se moquent des Ukrainiens comme ils se moquent éperdument des Syriens massacrés par une opposition djihadiste aussi mondialiste qu’eux-mêmes. Normal. Quand on est de la caste des élus,on peut se permettre de régler en untermensch. Cela me fait penser aux étranges préoccupations d’AFP qui feint de s’inquiéter des conséquences qu’entraîneraient les sanctions sur la commercialisation des produits de luxe en Russie-rouge à lèvres de Dior et lingerie dentellée-sans trop se soucier des SDF français. C’est à en mourir de rire. Pourquoi ne pas évoquer le sort des jeunes enfants de Gorlovka planqués dans de sombres et froids sous-sols à cause des pilonnages perpétrés par les protégés de l’Europe Occidentale?
Bernard-Henri Lévy ne cesse de nous épater par le ridicule de ses propos. Plus il exhibe quantité de miroirs aux alouettes, plus ces mêmes miroirs reflètent la pensée vampiresque et craceuse qu’il partage avec les néo-conservateurs américains. Sa dernière publication dans Libé montre cependant que ce géant du Verbe et du Clavier est à court d’idées. Premièrement, il radote. On croirait à un nouveau résumé d’Hôtel Europe à Odessa. Dommage qu’on ne pouvait ressusciter les morts du 2 mai qui sans doute auraient deux mots à dire sur ce macabre spectacle. Deuxièmement, le co-auteur de notre BHL-à titre exclusif (?)-n’est autre que Georges Soros, vous savez, le fameux financier milliardaire américain qui a reconnu avoir crée «une fondation en Ukraine avant que l’Ukraine ne devienne indépendante de la Russie, [une fondation qui a fonctionné depuis et a joué un rôle important dans les évènements d’aujourd’hui]. Que d’efforts à 84 ans pour prendre la tête de la Banque centrale de Kiev. M. Soros, se croirait-il éternel? Tout comme M. Lévy se croirait éternellement crédible en dénonçant, main dans la main avec son co-auteur, de un, «l’oligarchisme prédateur» de l’«Ukraine d’hier»,de deux, la corruption généralisée. C’est fort original quand on voit qui dirige l’Ukraine d’aujourd’hui. Autre trait d’humour à ne pas manquer: les réformes! Il est vrai que la dénationalisation partielle du gouvernement avec 3 ministres étrangers dans le gouvernement dont l’un ne parle ni ukrainien, ni russe, la vente aux enchères des grandes entreprises énergétiques, sidérurgiques et agro-alimentaires, la suppression progressive des aides sociales constituent autant de réformes indispensables à l’intégration européenne du pays.
Enfin, voici la cerise sur le gâteau. Selon BHL et co, il faudrait obtenir des dirigeants occidentaux que «tel fonds d’aide, en principe réservé aux peuples de l’Union, soit étendu à ces Européens de coeur et d’adoption». Et l’austérité alors? Les peuples européens vont sans doute apprécier cette faveur des Soros et Lévy vis-à-vis d’un pays qui est, soyons réalistes, le cadet de leurs soucis. Et ils vont doublement apprécier en apprenant- si ce n’est pas encore arrivé- que leurs impôts serviront au financement des opérations militaires de Kiev dont les civils sont les premiers à pâtir. Toujours plus d’austérité au nom d’une guerre contre les peuples et pour les oligarchies économiques atlantistes et pro-atlantistes.
Suivant cette logique, comment ne pas donner raison à Alexandre Zakhartchenko, Président de la RPD, qui «rendant» les cyborgues prisonniers à leurs parents leur demande de ne plus jamais regagner le front «parce que cette guerre n’est pas [la leur], cette guerre n’est pas la nôtre». Celle des BHL, des Soros, des banquiers de Wall Street, des faucons néo-conservateurs et d’autres «grands amis» de l’Europe qui contribuent à sa perte. Avec un peu de chance et de bon sens, l’Ukraine se sauvera elle-même, sans les BHL et leurs béquilles, les ONG. Qu’elle craigne les Danaens, même porteurs de présents.
Françoise Compoint
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Baсютинская-Корбе и Тэффи
JeanClaude <jc.marcade@wanadoo.fr>
À : Aleksandrova Tamara <alektamar@yandex.ru>
Re: Baсютинская-КорбеМногоуважаемая госпожа Александрова!
Матерью моей жены, русской украинки Валентины Дмитриевны Васютиннской-Маркадэ, является Евгения Антоновна Корбе, в замужестве Васютинская (1875 Одесса-1953 Бордо). Оба рода Васютинских и Корбе принадлежали к украинскому дворянству. Когда я стал жить с Валентиной Дмитриевной в 1958 году, Евгении Антоновны уже не было в живых. Следовательно, я знаю о ней только по рассказам жены. Я не знаю, каким образом она стала « работать » у Надежды Александровны, может-быть по рекомендации какого-то лица, во всяком случае Евгения Антоновна была сама не молодая и скорее играла роль dame de compagnie у Тэффи.
Прилагаю фотографии моей Ляли и её матери конца 1930- начала 1940-х годов.
С совершенным к Вам уважением,
жан-клод маркадэ

Le 19 janv. 2015 à 20:23, Aleksandrova Tamara <alektamar@yandex.ru> a écrit :Уважаемый господин Маркадэ!
Простите, пожалуйста, меня за вторжение!Я – литератор. Работаю над биографической книгой о Тэффи.
Знаю, что ваша покойная супруга Валентина Дмитриевна дружила с Надеждой Александровной. Я читала ее прелестные, живые воспоминания в «Возрождении» (№131, 1962г.), где она рассказывала об их совместной жизни перед вторжением немцев в Париж. Тэффи в это время писала Буниным, что живет в Ванве, у дочери Евгении Антоновны.
Но мне никак не удается что-либо узнать о Евгении Антоновне Васютинской: кто она и какие отношения связывали ее с Тэффи? Можно предположить, что она была помощницей по дому, помогала Тэффи ухаживать за П.А.Тикстоном, другом, который не вставал с постели пять лет. Но и после ухода Павла Андреевича, судя по переписке, они продолжали жить вместе.
Если Вы сможете ответить на мои вопросы и что-то прояснить, буду Вам чрезвычайно благодарна.
Еще раз простите за беспокойство.
С уважением, Тамара Александрова, член Московского союза литераторов.
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Emmanuel Todd sur la Russie

Emmanuel Todd
OPINION
28.01.2015L’historien et sociologue français Emmanuel Todd il n’a jamais été prisonnier des idéologies, bien qu’il les ait minutieusement étudiées du point de vue scientifique. Auteur de nombreux livres et monographies, il a accepté de répondre aux questions de Rossiïskaïa gazeta.Le monde occidental est parti en guerre contre la Russie, l’accusant de tous les péchés capitaux et de mauvaises intentions. Qu’en pensez-vous?
Emmanuel Todd:
Avant les événements ukrainiens déjà, j’avais attiré l’attention sur cette tendance antirusse, manifestement planifiée, dans les médias occidentaux. Les premières attaques régulières contre Moscou ont porté sur le « rejet » des minorités sexuelles. Ensuite, de nombreux articles ont avancé que la politique de Poutine était « impossible à comprendre » et qu’il était « imprévisible ». Pour être franc, cela m’a beaucoup amusé. Car à mon avis, la ligne politique du gouvernement russe est au contraire très rationnelle et réfléchie. Les Russes sont fiers d’être Russes et s’ils disposent des moyens nécessaires, ils font tout pour éviter la cabale. Ainsi, le soutien affiché à la population russophone dans le sud-est de l’Ukraine s’inscrit parfaitement dans cette logique.
En ce qui concerne les préoccupations des Baltes ou des Polonais, persuadés que demain Moscou compte les engloutir, elles sont complètement infondées. Cela n’a absolument aucun sens. La Russie a déjà suffisamment de soucis pour aménager son vaste territoire.
Cela fait longtemps que vous vous intéressez à la Russie — essentiellement comme anthropologue et sociologue. En 1976 déjà, à l’âge de 25 ans, vous avez écrit un livre intitulé La Chute finale où vous évoquiez les causes susceptibles de désintégrer l’URSS. Ce livre, qui a fait beaucoup de bruit, n’a pas été pris au sérieux à l’époque. Quelle est votre vision de la Russie contemporaine?
Emmanuel Todd:
Si vous vous penchez sur l’histoire de la Russie, vous comprenez que son rôle dans les affaires mondiales — et en particulier européennes — a toujours été positif. La Russie a subi une humiliation dans les années 1990, juste après l’effondrement de l’URSS. L’attitude de l’Ouest fut alors insupportable et injuste mais en dépit de cela, la transition a pu se faire dans une certaine dignité. Aujourd’hui, ce pays a retrouvé sa place dans les affaires mondiales et a atteint un équilibre interne. Il a atteint une stabilité démographique et enregistre même une croissance de sa population plus élevée que dans le reste de l’Europe. L’espérance de vie augmente. A terme, le taux de mortalité infantile sera inférieur à celui des États-Unis selon les statistiques. Le fait que la Russie attire un flux d’immigrés en provenance des pays voisins montre qu’elle revêt pour eux un intérêt économique.
À mon avis, la Russie joue un rôle particulier dans les affaires internationales, dont elle a hérité de la Guerre froide, qui est d’assurer l’équilibre mondial. Grâce à son arsenal nucléaire, la Russie est aujourd’hui le seul pays capable de contenir les Américains. Sans elle, le monde aurait connu un sort catastrophique. Tous les libéraux occidentaux devraient l’applaudir: contrairement aux démocraties européennes, elle a accordé l’asile à Edward Snowden. Quel symbole explicite: la Russie, bastion des libertés dont les pays européens se veulent les porte-drapeaux.
En 2002 sortait votre livre Après l’Empire, où vous évoquez les causes de l’affaiblissement, lent mais sûr, des USA. Qu’en est-il aujourd’hui?
Emmanuel Todd:
En effet, j’ai écrit à l’époque que l’agressivité de l’Amérique n’était absolument pas une manifestation de sa puissance. Au contraire, elle cachait la faiblesse et la perte de son statut dans le monde. Ce qui s’est passé depuis a confirmé mes conclusions de l’époque. Et cela reste exact aujourd’hui également. Ne croyez pas que j’ai été motivé par un anti-américanisme quelconque. Pas du tout. Néanmoins, je constate que l’ »empire » américain est en phase de déclin. Et cela peut être vu particulièrement dans la manière dont les États-Unis, à chaque fois qu’ils perdent l’un de leurs alliés, prétendent que rien de significatif ne s’est produit. Prenez l’exemple de l’évolution des relations de Washington avec l’Arabie saoudite. Les échecs permanents des Etats-Unis au Moyen-Orient sont flagrants pour tout le monde, notamment à travers les derniers conflits en Irak et en Syrie. Et Riyad, qui était autrefois leur plus proche allié dans la région, est en fait sorti du contrôle américain, même si bien sûr personne ne l’admet. Même chose pour la Corée du Sud, qui s’éloigne des États-Unis pour coopérer de plus en plus activement avec la Chine. Le seul véritable allié loyal des Américains en Asie reste le Japon. Mais à cause de sa confrontation avec Pékin, ce pays ne sait plus où se mettre.
Et l’Europe?
La crise en Ukraine vue par les Européens
Emmanuel Todd:
Le processus est similaire en Europe. La principale évolution que le Vieux continent ait connue ces dernières années est la montée en puissance de l’Allemagne. Avant, je pensais que l’Europe allait continuer à se développer, tirée par la locomotive d’intégration Berlin-Paris. Mais les choses se sont passées autrement. Tout d’abord, l’Union européenne ne s’est pas transformée en union des nations « libres et égales », comme le rêvaient ses fondateurs. Elle a pris la forme d’une structure hiérarchique sous l’égide de l’Allemagne, qui a largement dépassé sur le plan économique tous les autres pays de l’UE. Par nature, les Allemands ne peuvent pas percevoir le monde autrement qu’à travers un prisme hiérarchique. Cette ascension de Berlin s’est accélérée notamment après la crise financière de 2008. Aujourd’hui, l’Europe est contrôlée par l’Allemagne. Les premiers signes d’une perte de contrôle sur Berlin par les Américains sont apparus au début de la guerre en Irak quand Paris, Moscou et Berlin, qui marchaient jusque-là dans le sillage des USA, s’y sont opposés. Ce fut une étape fondamentale.
Depuis, dans un domaine aussi crucial que l’économie internationale, l’Allemagne mène sa propre ligne pour défendre ses intérêts nationaux. Elle ne cède pas à la pression des Américains, qui croient que tout le monde devrait jouer selon leurs règles et insistent pour que les Allemands renoncent, par exemple, à leur politique d’austérité budgétaire. Cette ligne est imposée sous la pression de Berlin à l’ensemble de l’Union européenne, et les Etats-Unis ne peuvent rien y faire. Dans ce domaine, les Allemands n’accordent pas d’importance à l’avis des Américains. Nous pouvons aussi rappeler les récents scandales impliquant les écoutes téléphoniques, quand les Allemands – un cas sans précédent – ont expulsé le chef de la CIA à Berlin. Mais l’économie reste le plus important. Les Américains n’adoptent pas, dans ces circonstances, une attitude menaçante. Pas parce qu’ils ne veulent pas, mais parce qu’ils ne peuvent pas. En l’admettant tacitement, ils reconnaissent en quelque sorte que leur pouvoir touche à sa fin. Cela ne saute probablement pas aux yeux, mais c’est la réalité.
Néanmoins, certains pensent que les USA restent une puissance dirigeant les affaires mondiales, notamment européennes.
Emmanuel Todd:
Il y a l’ancien monde et le nouveau monde. L’ancien monde, c’est la vision héritée de l’époque de la Guerre froide. Elle reste bien ancrée dans la conscience des faucons américains, dans les pays baltes et en Pologne. Il est clair que l’expansion de l’OTAN vers l’Est après la chute du mur de Berlin est un exemple typique de l’inertie de la pensée dans l’esprit de la Guerre froide, peu importe les termes employés. Dans l’ancien monde, l’Allemagne jouait plutôt un rôle de modérateur, d’élément rationnel préconisant une solution pacifique aux problèmes et favorable au partenariat économique. Mais un nouveau monde est apparu et il n’est plus contrôlé par les Américains.
Après le mur de Berlin, le mur des sanctions
L’Europe a aujourd’hui sa propre dynamique. Elle n’a pas d’armée, mais elle est dirigée par l’Allemagne. Et tout se complique, car cette dernière est forte, mais elle est instable dans ses concepts géopolitiques. A travers l’histoire, le pendule géopolitique allemand a oscillé entre une approche raisonnable et des élans mégalomanes qui ont conduit, rappelons-le, à la Première Guerre mondiale. C’est la « dualité » de l’Allemagne. Par exemple, Bismarck cherchait la paix universelle et l’harmonie avec la Russie, alors que Guillaume II, dans l’esprit « l’Allemagne est au-dessus de tous », s’est brouillé avec tout le monde, à commencer par la Russie. Je crains que nous retrouvions aujourd’hui cette dualité. D’une part, l’ancien chancelier Schröder a prôné l’expansion des relations avec Moscou et il a maintenant beaucoup de partisans. D’autre part, on constate une position étonnamment ferme de Merkel dans les affaires ukrainiennes. L’agressivité du monde occidental envers la Russie ne s’explique donc pas uniquement par la pression des Etats-Unis.
En effet, tout le monde s’attendait à une médiation active de Berlin dans la crise ukrainienne, mais ce n’a pas été le cas.
Emmanuel Todd:
Il me semble que l’Allemagne s’engage de plus en plus dans une politique de force et d’expansion voilée. La réalité de l’Allemagne après la réunification est qu’elle a miné les structures étatiques fragiles en Europe. Rappelez-vous la défunte Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, et aujourd’hui il semble que ce soit le tour de l’Ukraine. Pour la plupart des Européens, l’Ukraine n’aucun intérêt particulier. Pas pour les Allemands. Depuis l’époque de la réunification, l’Allemagne a mis la main sur la quasi-totalité de l’ancien espace de domination soviétique et l’utilise à ses propres fins économiques et industrielles. En c’est, je pense, l’un des secrets de la réussite de l’économie allemande. Face à un grave problème démographique et un taux de fécondité faible, elle a besoin d’une main-d’œuvre qualifiée et bon marché. Donc, si vous restez dans cette logique, obtenir par exemple les deux tiers des travailleurs ukrainiens est une opération très bénéfique pour Berlin.
D’ailleurs, le 23 août, Angela Merkel a été la seule des chefs d’Etats de l’UE à se rendre en visite à Kiev à l’occasion de la célébration de l’indépendance de l’Ukraine.
Emmanuel Todd:
D’après moi, c’était un événement marquant. Et je pense que Moscou l’a également remarqué.
Pourquoi, d’après vous, les États-Unis montrent-ils un tel zèle dans les affaires ukrainiennes?
Emmanuel Todd:
Parce que leur stratégie vise à affaiblir la Russie. En l’occurrence par la crise ukrainienne. Mais n’oublions pas qui l’a provoquée. Après tout, le point de départ était la proposition de l’UE de conclure un accord d’association avec Kiev. Puis l’Union européenne a soutenu le Maïdan conduisant au coup d’Etat, qui s’est déroulé avec le consentement silencieux des capitales européennes. Quand les événements en Crimée se sont produits, les Américains ne pouvaient pas rester à l’écart, au risque de « perdre la face ». Les « faucons », partisans des idées de la Guerre froide, sont alors passés au premier plan pour définir la politique américaine vis-à-vis de la Russie. Je ne pense pas que les Américains souhaitent l’exacerbation de ces conflits, mais nous devons suivre de près jusqu’où pourrait aller leur désir de « sauver la face ».
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Du nationalisme néfaste (Nikolaï Berdiaev)
« Ошибочно отождествлять национализм с патриотизмом и обвинять противников национализма в отсутствии патриотизма, в равнодушии к своей родине и своему народу. Национализм не есть только естественная и элементарная любовь к своей родине и своему народу, сознание единства исторической судьбы. Национализм есть прикрытая форма эгоцентризма, гордости и само-пороком для отдельного человека, признается добродетелью для мнения, чванства и бахвальства. Все, что признается грехом и национального коллектива. Национализм пользуется элементарными инстинктами, но он есть уже рационализация, есть целая идеологическая доктрина. Средневековье не знало национализма, он есть порождение веков нового времени. В конце концов национализм стал возможен вследствие ослабления веры в Бога. Нужно различать нацию и народ. По-русски это различие можно выразить, употребив один раз иностранное слово. По-французски и по-немецки делают различие между nation и people, Nation и Volk. Народ есть природная и историческая общность, в которой осуществляется судьба человеческой личности. Существование народа основано на общем труде и на исторической преемственности. Нация же есть продукт рационализации, это отвлеченная категория и она связана с государством. Во Франции национализм очень связан с французской революцией, с идеей суверенитета нации. Народ не есть суверен и его природа человеческая, а не этатическая. Нациясвязана с волей к экспансии и к власти, к могуществу в мире, что совсем не обязательно свойственно народу. Национальное процветание может быть народным захирением. Отвлеченность нации делает ее безличным орудием могущества, превращает человеческие поколения в средства. Нация лишена оригинальности, своеобразия народной жизни. Современный национализм неразрывно связан с культом могущества государства, он этатачен и милитаристичен и потому лишен всякой национальной оригинальности, употребляя слово «национальный» в смысле «народный». Всe националисты современного мира как две капли воды походят друг на друга и хотят одного и того же. Отождествляя национальную волю и национальную миссию с ростом могущества государства, с культом силы и насилия, с техническим вооружением, с жаждой войны в господства над другими народами, современный национализм приобретает совершенно безличный интернациональный характер. Ничего национального нет в технике, в вооружениях, в спорте, в организации полиции. Все это одинаково у всех народов. Пушки и авионы находят во всех странах, как Гепеу и Гестапо. Народы различаются между собой своей культурой, своим творчеством и это не смотря на то, что культура имеет универсальные основы. Каждый народ имеет свою музыку души, свою проблематику мысли. Но культурой современный национализм не интересуется, он подвергает культуру и ее творцов гонению.
Бердяев Н.А., « О современном национализме », Учёные записки, Париж, 1938, c. 234-235
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Sur le livre de Vita Susak « Les artistes ukrainiens à Paris (1900-1939), Kiev, Rodovid
Le travail de Vita Susak sur les artistes ukrainiens en France, et tout particulièrement à Paris, représente une contribution novatrice pour une meilleure connaissance de l’art ukrainien du XXe siècle. Aujourd’hui, alors que l’Ukraine est devenue un pays totalement indépendant, il est naturel qu’elle écrive l’histoire de cet art fondé sur les artistes qui sont nés sur son territoire et qui se réclament de cette terre, de son ciel, de sa lumière, de sa géographie, de son mode de vie, des particularités de sa gamme colorée. Il serait vain de se borner uniquement à des artistes ethniquement ukrainiens, car l’Ukraine a un caractère multinational très marqué, proche en cela d’un pays comme l’Autriche. Ainsi, à côté des Ukrainiens orthodoxes et gréco-catholiques, le pays a compté, au cours des siècles et des péripéties de son histoire, des Ukrainiens juifs, arméniens, grecs, voire …russes ! Évidemment, dans le cadre de l’Empire russe, les citoyens étaient déclarés « russes » et n’étaient distingués sur leur passeport que par leur religion ; l’Ukraine était appelée « Petite Russie » et fut jusqu’aux révolutions de 1917 considérée comme une province (gouberniya) de l’Empire russe et Kiev, la « mère des villes de la Rous’ » selon le prince Oleg, comme le chef-lieu de cette province! Toute tentative de manifester une identité nationale ukrainienne était réprimée en Russie même. Et pourtant de grandes personnalités russes n’ont cessé d’être fascinées par la terre ukrainienne dont ils ont souligné la spécificité et l’altérité par rapport à la Russie pétersbourgeoise et moscovite. Pensons à Leskov, au philosophe Vladimir Soloviov ou encore à l’écrivain paradoxaliste Rozanov. Je voudrais citer ici également Ivan Bounine qui écrit ces phrases étonnantes dans La vie d’Arséniev (1927-1934) : « Je ne puis entendre sans être remué les mots : Tchighirine, Tcherkassy, Khorol, Loubny, Tchertomlyk , Dikoïé Polié, je ne puis voir sans émotion les toits de roseaux, les têtes tonsurées des moujiks, les paysannes chaussées de bottes jaunes et rouges, même leurs paniers de tille dans lesquels elles portent sur des palanches des cerises et des prunes. « La mouette geint tout en volant, on dirait qu’elle pleure ses enfants, le soleil chauffe, le vent souffle sur la steppe cosaque… » Cela, c’est Chevtchenko, – un poète tout à fait génial ! Il n’y a pas de pays plus magnifique que la Petite Russie. Et surtout, elle n’a plus d’histoire, – sa vie historique est terminée depuis longtemps et pour toujours. Elle n’a que son passé, les légendes s’y rapportant, – je ne sais quelle intemporalité. Cela me transporte plus que tout. » [Не могу спокойно слышать слов : Чигирин, Черкассы, Хорол, Лубны, Чертомлык, Дикое Поле, не могу без волнения видеть очеретяных крыш, стриженых мужицких голов, баб в желтых и красных сапогах, даже лыковых кошелок, в которых они носят на коромыслах вишни и сливы. « Чайка скиглить, литаючи, мов за дитьми плаче, солнце гріе, ветер віе на степу козачем…» Это Шевченко, – совершенно гениальный поэт! Прекраснее Малороссии нет страны в мире. И главное то, что у нее уже нет истории, – ее историческая жизнь давно и навсегда кончена. Есть, только прошлое, легенды о нем – какая-то вневременность. Это меня восхищает больше всего.]
Bien entendu, c’est le héros du roman qui parle, mais ce roman est à tel point autobiographique qu’il ne fait pas de doute qu’est exprimée là la pensée du Grand-Russe Bounine, pensée qui est et est toujours, hélas! la pensée de beaucoup de Russes : l’Ukraine est le Sud de la Russie dont on chante la lumière et la joie de vivre, dont on veut bien se souvenir d’un passé glorieux «légendaire», mais dont l’histoire se confond désormais avec celle de la Russie… L’Ukraine d’aujourd’hui a apporté un démenti éclatant à cette situation. Elle n’est plus qu’ un passé, elle est un présent, elle est un avenir. Elle prend enfin pleinement conscience de son identité qui lui fut contestée pendant trop de temps. Dans cette perspective, elle se doit de se réapproprier dans le domaine artistique ce qui lui appartient en propre et qui, souvent, a été noyé dans la nébuleuse impérialiste russe ou soviétique.
Pour la littétature, la langue choisie par un écrivain est un facteur déterminant, même s’il paraît évident qu’un Gogol, par exemple, qui a choisi la langue russe pour sa grandiose oeuvre littéraire, reste ukrainien jusqu’à la moelle des os, non seulement dans son ethos, mais également dans son expression linguistique. Il suffit de comparer sa prose à celle d’un Pouchkine ou d’un Tourguéniev pour voir que dans la prose gogolienne se lit en filigrane le substrat ukrainien, et pas seulement lexical.
Pour ce qui est des arts plastiques, la difficulté est plus grande pour établir l’identité ukrainienne de tel ou tel artiste qui est souvent englobé dans l’histoire de tel ou tel pays voisin (Russie, Pologne, Austro-Hongrie). Beaucoup d’artistes se sont déclarés formellement ukrainiens, en particulier dans leur exil en France, et pas seulement ceux qui venaient de Galicie ou de Bukovine. Dans l’exposition que Vita Susak a organisée à l’UNESCO en avril 2000, on pouvait trouver des artistes du XXe siècle se revendiquant comme ukrainiens, tels Archipenko, Grichtchenko, Andreenko, Khmeluk, Babij, Zarycka, Omeltchenko, Nicolas Krytchevsky, Nyznyk-Wynnykiw, Thémistocle Wirsta, Youry Koultchytsky, Sohogub, Hutsaliuk, Hnizdovsky… Il faut noter que, par exemple, Archipenko ou Andreenko, bien qu’ ukrainiens à part entière ont participé régulièrement à des expositions d’avant-garde russe; c’est le cas aussi de la grande artiste kiévienne Alexandra Exter qui a été tellement marquée dans son oeuvre par l’Ukraine ou encore de Sonia Delaunay qui n’a pas participé à des expositions ukrainiennes mais qui a affirmé de façon forte et sans ambiguité son appartenance à son pays natal, l’Ukraine… Le problème des artistes ukrainiens enrôlés sans réserve par beaucoup d’historiens dans l’art russe est un des problèmes les plus difficiles à résoudre de façon univoque, surtout qu’au XXe siècle il y eut une tendance à l’internationalisation de l’art.
Il faut féliciter Vita Susak d’avoir fait une première tentative d’envergure pour réunir un grand nombre d »artistes sous le «label» ukrainien. En son temps, Valentine Marcadé dans son livre Art d’Ukraine (1990), a proposé une dénomination pour tous les artistes originaires d’Ukraine et ayant dû oeuvrer, pour une raison ou une autre, dans le cadre de l’Empire Russe, celle d’artistes «russo-ukrainiens». C’est le cas, au XVIIIe siècle, de Lévitsky ou de Borovykovsky. Valentine Marcadé n’hésite pas à mettre dans cette catégorie, au XIXe siècle, Riépine… Et au XXe, dans le cadre de ce que l’on appelle conventionnellement «l’avant-garde russe», je n’ai moi-même cessé d’insister sur le fait que cette «avant-garde russe» comporte une «Ecole ukrainienne» qui a des spécificités la distinguant de la création des artistes «grands-russes». La part de cette «Ecole ukrainienne» est même considérable. N’oublions pas que le «futurisme russe» est né en Ukraine chez les Bouliouk. De nombreux protagonistes de l’art de gauche du premier quart du XXe siècle manifestent des pulsions venues de l’Ukraine : Malévitch, Tatline, Larionov, Alexandra Exter, Sonia Delaunay etc.
Le philosophe russe de la culture Mikhaïl Guerchenzone a bien distingué dans son livre «Destinées du peuple juif» (1922) le nationalisme néfaste, qui exclut l’Autre, et l’identité nationale (natsional’nost’) que tout homme porte en lui au-delà des contingences historiques, territoriales, voire linguistiques (rappelons que des artistes aussi ethniquement et mentalement ukrainiens que, par exemple, Archipenko ou Andreenko s’exprimaient en russe…). Guerchenzone écrit : «L’identité nationale est notre compagnon de route immuable; de même que nous percevons immuablement les phénomènes dans des catégories d’espace, de temps et de causalité, de même l’identité nationale détermine toutes nos perceptions et tous nos actes conformes à leur visée.» [Национальность – наш неизменный спутник; как мы неизменно воспринимаем явления в категориях пространства, времени и причинности, так и национальность определяет все наши восприятия и всякое наше целесообразное действие].
Mais, également, chaque pays fait naître des artistes de toute nationalité, quelles que soient leur origine ethnique ou leur religion, qui sont marqués à jamais par la lumière du soleil propre à ce pays, par les contours de ses paysages, par les formes et les couleurs de l’environnement (architecture, tissus, objets quotidiens, rituels folkloriques ou religieux, etc.), par la tissure religieuse et culturelle qui imprègne sa pensée depuis l’enfance. Un tel complexe détermine la spécificité d’un art «national» et fait qu’un artiste travaillant à l’âge adulte dans un autre pays que son pays natal se distingue totalement des créateurs du pays d’adoption. Il suffit de prendre, entre mille exemples, le Greco ou Picasso. Certes, il y a des périodes où un «style international» a tendance à effacer ces distinctions. Mais si les distinctions s’amenuisent, elles ne disparaissent pas. Qui penserait faire de Picasso un peintre français, bien qu’il ait passé la majorité de sa vie de créateur en France? Tout juste appartient-il à l’histoire de la peinture française. Archipenko, David et Vladimir Bourliouk, Sonia Delaunay, et beaucoup d’autres, en exil à l’étranger, n’ont cessé de revendiquer leurs racines ukrainiennes. Il s’agit là, à n’en pas douter, d’une composante essentielle de leur art, tellement les artistes originaires d’Ukraine sont marqués par l’espace, la lumière, la gamme de couleurs et les formes de l’art populaire, un des plus riches au monde.
Le livre de Vita Sussak est donc un livre pionnier car il montre les multiples aspects de l’art venu d’Ukraine dans le cadre de ce que l’on a pris l’habitude d’appeler l’ «Ecole de Paris» dans le premier quart du XXe siècle. Vita Susak recrée le contexte artistique dans lequel ont oeuvrés les artistes venue d’Ukraine et retrace pour les plus importants de petites monographies. Cet ouvrage sera désormais un ouvrage de référence.
Jean-Claude Marcadé
Le Pam, août 2008
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L’ avant-garde « russe » ou « de Russie »? (Moscou, Institut d’histoire de l’art, 16 octobre 2014)
«Русский» или «Российский авангард»?
Я несколько раз в своих статьях и книгах обращал внимание на то, что название «русский авангард» было условно зафиксировано во второй половине 20-го века под влиянием европейских марксистских или марксиcтсвующих интеллигентов, которые создали тогда миф 1920-х годов, когда великая Октябрьская революция породила мол великое искусство авангарда. Не повторю утверждение, что, в самом деле, так называемый «русский футуризм», также условное не совсем адекватное название, создал до 1917 года главный художественный переворот в мировом искусстве, когда были пересмотрены все коды, господствующие со времён Возрождения. Нео-примитивизм, фовистский сезаннизм, кубо-футуризм, супрематизм, беспредметничество, «конкретная абстракция» Татлина – все эти первостепенные достижения авангарда в России были реализованы, когда вспыхнули революции 1917 года. Можно только сказать, что вследствие мирового резонанса советской истории стало возможным распространение российских достижений. 1920-ые годы породили по крайней мере три крупнейших новаторских течений – органическая школа Матюшина, советский конструктивизм, аналитическое искусства Филонова и его школы.
Но вернёмся к проблеме названия «русский авангард», чтобы, с другой точки зрения, оспорить его.
Во первых было бы более целесообразно вернуть новаторской школе, которая проявилась в рамках Русской империи и затем Советского союза, название «левое искусство», «левое» не будучи понимаемым до Октябрьской революции в политическом смысле, но как отличающeеся от «правого» консервативного, рутинного, академического искусства[1].
Теперь обратимся к вопросу, действительно ли «левое искусство» в России и в Cоветском союзе является «русским»? Если судить об этом по паспорту, то в рамках Русской империи, все граждане были «русскими», отличающимися друг от друга своим вероисповеданием, и в Советском союзе все граждане были советскими, отличающимися своей национальностью. Например, Малевич был до 1917 русским римско-католического вероисповедания, а в Советском союзе он обозначал себя украинцем, и в заграничных анкетах – поляком.
Сегодня в практике языка, несмотря на то, что это ещё не узаконено словарями, употребляется слово «россиянин», «российский», когда дело идёт о гражданине Российской федерации, не являюшемся этнически русским. Наблюдается при этом постоянное стремление и в государственных кругах и даже среди многочисленных представителей интеллигенции к русифицированию всех компонентов Российской федерации, которую охотно отождествляют с Россией. Этот процесс, мне кажется, начался с Петра и создания Русской империи, которая претендовала на эксклюзивное наследие древней Руси. Знаменательно в этом отношении, что прилагательное от слова «Россия» оказался не грамматически правильным «росский», а двусмысленным «русский».
Я позволил себе напомнить об этих лексических особенностях, не из педантичного желания уточнить некоторые специфические языковые проблемы, которые являются подтекстом доминирующей идеологии и в культурной сфере. Значит, это относится и к сфере искусства. Надо ли здесь повторить, что в искусстве, в частности в изобразительном искусстве, формы в разных творческих периодах у разных художников не возникают ex nihilo. Иногда так кажется самим творцам, что они творят из ничего. Но нет такого случая, когда любое произведение искусства сознательно или несознательно не использует и не трансформирует те элементы, что собирались в его творческой памяти в контакте с реальностью и с другими творениями. Поэтому мне кажется неадекватным словосочетание «русский авангард», несмотря на то, что оно уже вошло в обиход, как «бренд», чтобы использовать этот ужасный постсоветский термин, и будет трудно обойтись без него. Но таким же образом, как «кубизм» не является адекватным определением того максимального геометризма, выведенного из творчества Сезанна, тем же образом «русский авангард», если рассмотреть его компоненты не ограничивается лишь одной русской стихией. Поэтому было бы более целесообразно говорить о «российском авангарде», в новом понимании термина «российский».
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Я хочу резюмировать тезисы, которые я выдвинул в своей книге о «Русском авангарде между 1907 и 1927 годами», они ещё не прозвучали на русском языке. Я выдвигаю «географические». различия, когда пишу о художниках, произошедших из Русской империи. Между Москвой и Петербургом всё время существовало соперничество, которое выражалось в эстетическом складе и разных художественных стилях. В этом плане, Александр Бенуа, в каталоге дягилевской «Выставки русского искусства» в Париже в 1906 году, выделял «два совершенно разных течения в современном искусстве : «Петербургский Мир искусства, будучи порой несколько литературным, отдаёт предпочтение утончённым ощущениям, присущим эпохам великого изыска, находит удовольствие в милых прогулках в прошлое и исповедует культ интимного, драгоценного и диковинного.»[2]
Этому «искусству Петербурга» Бенуа противопоставляет «искусство Москвы, которое, в основном, берёт своё начало в творчестве великого декоратора Врубеля» и «содержит тенденции более декоративные, в большей степени чисто живописные».[3]
Конечно, надо в каждом случае нюансировать такие порой слишком общие и редуцирующие противопоставления. Но внутри российского левого искусства наблюдаются различные знаковые и иконографические линии, отличительные черты, которые черпают свою специфичность в различных культурных традициях тех мест, где они сформировались.
Если применить к российскому левому искусству различие «Петербургской» и «Московской» школ, то это можно было бы проследить в многочисленных творческих стихиях протагонистов этих школ. Я возьму только один пример. В рисунках китайской тушью, сделанных Пуни в 1916-1917 годах, мы находим эмблематику столицы на Неве, города призраков, блуждающих теней, двойников и галлюцинаций, населяющих его со времени повестей Пушкина и Гоголя и перетекающих по сумрачным лестницам и тёмным углам Достоевского в жуткие лабиринты Андрея Белого. Пуни запечатлел ошеломляюще беглым штрихом куски интерьеров улицы и домов. Здесь какая–то особая тональность, свойственная только Пуни, мир, созданный из наслоения абстрактных планов и обрывков реальности, весь дробящийся, «бегущий», замирающий в подобном сну пространстве. Этому миру можем противопоставить творчество московской красочности Кандинского, создавшего такие вещи, как Пёстрая жизнь и оставившего известный гимн Москве в своих мемуарах.
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Повальное участие «украинской школы» внутри так называемого «русского» авангарда замолчать невозможно. Напомним, что так называемый «русский футуризм» (ещё неадекватное название!) возник в Украине у Бурлюков. Многие протагонисты левого искусства проявляют в своём творчестве импульсы, идущие из территории, называвшейся при царизме Малороссией – самые яркие примеры – Бурлюки, Малевич, Татлин, Ларионов, Александра Экстер, Архипенко, Соня Делонэ…
Каждая страна порождает художников, которые навсегда отмечены солнечным светом, свойственным этой стране, контурами её пейзажей, формами и красками окружающего мира (архитектуры, тканей, бытовых изделий, фольклорных обрядов и т.п.), религиозного и культурного ткачества, которое внедряется в его творческую мысль с детства. Такой ансамбль определяет специфичность «национального» искусства и объясняет тот факт, что художник, в зрелом возрасте работающий в другой стране заметным образом отличается от творцов приёмной страны. Стоит вспомнить многочисленные примеры : Эль Греко, Пикассо, Кандинский, Архипенко, Соня Делонэ, Шагал и пр.
Кто бы подумал сделать из Пикассо Французского живописца, хотя он всецело принадлежит к истории французской живописи? И не является ли Кандинский русским художником в Германии и во Франции? Безразлично ли об этом знать и писать, конечно не из-за узких националистических, или – horribile dictu ! – социо-биологических, или этнических соображений, но чтобы лучше понять их творчество. Разве что ограничиться горизонтальным чтением художественной продукции.
Итак я различаю в историческом российском искусстве очень влиятельную и важную «украинскую школу», и также восточные течения, в которых выделяется «армянская школа», благодаря её корифеям Г.Б. Якулову и М.С. Сарьяну, да ещё и такое явление, как ташкентские «Мастера Нового Востока».
Не смогу детально в рамках этого доклада разобрать, как все эти не русские школы внутри российского левого искусства или на его периферии отмечены специфическим пространством, светом, цветовой гаммой и формами традиционного искусства их земли.
Приведу кратко только несколько общих примеров. Супрематизм Малевича и супрематизм его великорусских последователей. Если сравнить супрематизм Любови Поповой с малевическим супрематизмом, то видно, как у Поповой пространство не освобождено, а формы твёрдо прикреплены к картинной поверхности, тогда как у Малевича четырёхугольники, прямоугольники, круги парят как планеты, готовые ко взлёту.
Вопрос пространства безусловно связан с географией. Самый русский, на мой взгляд, из всех русских художников Филонов насыщает пространство картины до максимального напряжения. И тут не могу не вспомнить о русском лесе, который, как на это указал В.О. Ключевский, возымел такое важное влияние на формирование русского сознания, в частности на русскую православную духовность.[4]
Ещё пример творчества киевлянки Александры Экстер, которая безусловно является крупнейшей представительницей «украинской школы» внутри российского левого искусства. Меня поразило чтение у некой известной русской исследовательницы искусства, для которой Александра Экстер примыкала к московской группе художников как «космополитка»!!! Хочу лишь привести два места из монументальной двухтомной монографии Г.Ф. Коваленко, которые лучше всяких дискурсов показывают всю нелепость таких утверждений:
«Большая часть жизни Александры Экстер связана с Киевом, с Украиной. Она много ездила, подолгу жила в Париже и в Москве, в Риме и Петербурге. Но всегда возвращалась : в Киеве были её дом, её мастерская, её знаменитая студия. Когда же ей доведётся расстаться с Киевом навсегда, свой парижский дом она устроит точно так, как был устроен киевский. В нём будет много ярких украинских ковров, вышивок, украинской керамики, украинских икон.
Но дело даже не в этих дорогих сердцу вещах, с которыми Экстер прожила всю свою жизнь. Важнее другое – Киев очень рано и, можно сказать, навсегда стал одним из главных и постоянных героев её живописи : его силуэты, ландшафты, его архитектура давали о себе знать не только в её киевских пейзажах, непостижимым образом они преображали собой большинство её городских мотивов – парижских, генуэзских, флорентийских.»[5]
И ещё по поводу беспредметных картин украинской художницы, которые наполнены «ностальгией по киевской молодости, по тем впечатлениям от украинского народного искусства, которые не покидали художника никогда» : «Стоит внимательно присмотреться и можно увидеть : зубчатые фигуры напоминают характерные для крестьянских росписей разрезы чашечек цветка, изгибы узких полос – упругие линии их стеблей, треугольники, трапеции и ромбы, их углы и соотношения сторон, их пропорции и пространственные ритмы – здесь переклички с украинскими орнаментами очевидны : ну и, конечно, жизнь цвета – полнокровная, раскованная, звонкая – как будто сам строй души народного мастера бы унаследован склонным всё проверять алгеброй художника 20 века.»[6]
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А теперь о другой стихии – восточной, о востоке и его пейзажах и его традициях, которые иногда берут своё религиозно-культурное начало в древнейших временах. Возьмём Якулова и Сарьяна, сынов великой Армении. Хотя они оба принадлежат к истории российского искусства, их творчество не входит в общую его струю. Сарьян сильно очень рано отличается энергией своей знаковой и цветовой системы от часто малокровной живописи голуборозцев и я уверен : Сарьян сыграл первостепенную роль в восточно-матиссовской перемене творчества своего московского друга Павла Кузнецова после 1910-го года. Все оттенки синего у Сарьяна далеки от синеватостей голуборозцев, они восходят к синей доминанте полихромных армянских миниатюр. А место дерева в картинах Сарьяна напоминает место, значение и трактовку Древа Жизни в древнем армянском искусстве.
Якулова же всё отличает от всех других протагонистов российской школы живописи. Между прочим, Георгий Богданович отказался от участия в художественных группах левого искусства, единственное исключение – его активная теоретическая деятельность в создании, вместе с Есениным, имажинизма. Обособленность Якулова не только в восточной тематике, не только в экзотизме сюжетов. Якулов трансформировал все формальные сюжетные элементы, почерпанные будь то в классическом искусстве, в Возрождении, будь то в цветовых оптических экспериментах орфизма, будь то в передаче вихра и «стекоьности» современной толпы, он всё это трансформировал при помощи своей первой художественной иллюминации, а именно «мысли, что разница культур заключалась в разнице светов». При помощи также проникновения в многогранные аспекты китайского искусства. Поэтому так поражает у него «китайская линеарная графичность» и акварельная прозрачность «влажного спектра Китая», как он пишет о своих знаменитых Скачках в Третьяковской Галере,
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Хочу сейчас обратить внимание на деятельность художников «русского Востока» от сибирских регионов до Аральского моря, до Закавказья и Кавказа, там где сталкиваются до сих пор большие мировые культуры, доминирующая мусульманская, христианская, тибетская и китайская. Знаменитое собрание Узбекского Нукусского музея им. Игоря Савицкого до конца не изучено, а там находятся жемчужины представителей той периферии восточного российского левого искусства. Здесь я приведу только творчество Михаила Курзина (1888-1957), Виктора Уфимцева (1899-1964), Урала Тансыкбаева (1904-1964), Николая Карахана (1900-1970) или более известного Александра Волкова (1886-1957).
Конечно, восточная тематика бросается в глаза. Это экзотика для европейцев. Но это не самое главное, Схематизм контуров, яркость солнечной призмы, китайская линеарность преобладают в произведениях Михаила Курзина. У Виктора Уфимцева такое впечатление, что урок Матисса прошёл через призму Сарьяна, как показывает жгучая сила красного, синего, коричневого и зелёного, чётко и плотно пригнанных друг к другу.
Изображения же Александра Волкова, Урала Тасыкбаева и Николая Карахана колебятся между примитивизмом, фовистским сезаннизмом и цветовой энергией, которая присуща этим краям, где окружающие бытовые вещи щедро раздают своё многоцветное изобилие.
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Мой доклад отчасти вызван наблюдением над сегодняшней тенденцией в русской историографии русифицировать все культурные и художественные проявления, какими бы они ни были, игнорируя чужие влияния и корни. Квасной патриотизм обычно не ладит с живой свободной многогранностью, осмосом культур, уникальностью творческих процессов. Не уменьшает величие данной культуры сосуществование в ней разнородных, инородных истоков, и их нарочито замолчать или ассимилировать не достойно правил настоящей науки. Поэтому, я лично заменяю название «русский авангард» более адекватным обозначением «российское левое искусство» или «левое искусство в России» в первой четверти 20-го века.
Жан-Клод Маркадэ
30 сентября 2014
[1] Ещё в 1922 году, когда состоялась в Берлине первая советская выставка всех течений в галерее Ван Димена, говорили и писали в таких терминах о художественной ситуации искусств в России. Ксения Богуславская-Пуни опубликовала рецензию об этой выставке в одной Берлинской газете под названием « Bolschewismus und Kunst », где она пишет о «правом крыле», о «группе художников центра (сезаннистов) » и о беспредметниках (см. вторую публикацию этой статьи и её перевод на английский язык в каталоге Die Russen in Berlin, 1910-1930, Berlin, Stolz, 1995, p. 42-50. В швейцарском архиве покойного Германа Бернингера находилась машинопись французского перевода статьи К.Л. Богуславской, которую я опубликовал в Petit journal de l’exposition Jean Pougny. 1892-1956, Paris, Musée d’art moderne de la ville de Paris, 1993 ; этот французский вариант был переведён по-английски, см. Jean-Claude marcadé, « Ksenija Boguslavskaja (Pougny) on the ‘First Russian Exposition’ in Berlin, 1922 », in : For SK. In Celebration of the Life and Career of Simon Karlinsky, Berkeley, Slavic Specialities, 1994, p. 184-190
[2] A. Benois, « Préface », Salon d’Automne. Exposition de l’Art Russe, Paris, 1906, p. 11, русский перевод в моей статье «Санкт-Петербург как главная ось современности», в кн. Санкт-Петербург. Окно в Россию 1900-1935, СПг, Феникс, 1997, с. 208
[3] Там же
3 « Ключевский начинает свой обзор с леса, отмечая ту великую роль, которую лес сыграл в истории России. До второй половины XVIII в. жизнь наибольшей части русского народа шла в лесной полосе. Лес оказывал русскому человеку услуги хозяйственные, политические, даже нравственные. Он заменял русскому человеку горы и замки, служа самым надёжным убежищем от внешних врагов. Русское государство могло укрепиться только на далёком от Киева севере под прикрытием лесов со стороны степи. Вместе с тем, несмотря на все услуги, лес всегда был тяжёл для русского человека: он грозил дикими зверями, разбойниками, у него было трудно отвоевать новые территории для хлебопашества. недружелюбное или небрежное отношение русского человека к лесу проявляется в том, что он населил лес всевозможными страхами: чудовищами, представителями «нечистой силы» ».Н.В. Солманидина, Ключевский о роли природы как социального фона и потенциала формрования русского народа и его ментальность
(Научная библиотека КиберЛенинка: http://cyberleninka.ru/article/n/v-o-klyuchevskiy-o-roli-prirody-kak-sotsialnogo-fona-i-potentsiala-formirovaniya-russkogo-naroda-i-ego-mentalnosti#ixzz3F7XX7o64)
[5] Георгий Коваленко, Александра Экстер, Москва, Московский музей современного искусства, 2010, т. 1, с. 8
[6] Георгий Коваленко, Александра Экстер, цит. произв., с. 176