Archives – Jean-Claude Marcadé en 1964-1965







12 mars 2012
Piotr Smolar (ou, du moins le titre de la Rédaction du « Monde ») a trouvé le moyen, à propos du trafic d’organes des Kosovars (tellement unilatéralement et partialement soutenus en son temps), d’incriminer principalement la Russie pour ne pas transmettre les informations médicales qu’elle aurait à ce propos. Donc, ce ne sont pas les trafiquants d’organes kosovars les criminels, mais la Russie…
Mais pourquoi s’étonner, quand le même Smolar et sa collègue inénarrable Marie Jégo, s’empressent de faire des rumeurs non avérées des vérités, pour peu qu’elles soient à charge contre la Russie – ainsi de « Maghnitski battu à mort (sic!) » dans la prison où il était enfermé. Cela ne suffit pas que la mort de Maghnitski soit une bavure de la justice russe, il faut y ajouter la touche people de « battu à mort », sans que cela soit mentionné, ni repris, par la grande majorité des sites d’opposition.
16 mars
J’ajoute que, depuis ce « Maghnitski battu à mort en prison », Smolar et Jégo ont retiré cette « épithète homérique », par « maltraité » : y a-t-il eu quelque protestation de gens informés plus rigoureusement? En tout cas, la calomnie a joué son rôle : puisqu’il n’y a eu aucune rectification des propos de Smolar et Jégo sur « Maghnitski battu à mort », l’imputation reste en l’air. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. C’est malheureusement la doctrine du journalisme du « Monde » concernant la Russie.
Toinette Jégo continue à sévir : elle s’est emparée de deux « épithètes homériques » qu’elle va nous ressortir désormais à chaque papier : il y a une « classe créative » en Russie, avide de justice et de liberté » et, en face, « l’élite politico-militaire au pouvoir qui mise sur la bigoterie, le repli sur soi, la haine de l’étranger », évidemment promue, soutenue, encouragée par Poutine, baptisée par Toinette Jégo de « leader national ».
Font partie de la « classe créative », sans doute selon Jégo, tous ceux qui sont contre Poutine – les Navalny, les Oudaltsov, les Kasparov, les Nemtsov qui, jusqu’ici, ont comme seul programme politique « la Russie sans Poutine », mais aucun programme socio-économique qui pourrait remplacer le système actuel (le seul qui en est un de cohérent, en dehors des communistes, c’est Prokhorov, dont Jégo ne parle guère, qui n’est pas propoutinien, sans faire une opposition démagogique systématique). Sans doute aussi appartiennent à la »classe créative » les tristement célèbres Poussy Riot, dont le niveau littéraire et musical reste pitoyable, mais dont l’inénarrable critique d’art Jégo a fait des descendants de Malévitch (mais oui!)…
PS Au G20, un hommage a été rendu à Poutine, pas seulement par politesse, en particulier par Christine Lagarde
Les deux articles du « Monde » sur la mort de Boris Bérézovski, signés Jégo se terminent, cela va de soi, par Poutine, comparé à Staline face à Trotsky-Bérézovski, via un « politologue », et par le rappel de Poutine-assassin de Litvinenko via les accusations de Bérézovski-Litvinenko…Quel journalisme ! Et l’on serait assez d’accord avec Mélanchon éructant contre ce journalisme-là, si déjà Gilles Deleuze n’avait mis le doigt sur un certain type de journalisme :










UN BOUQUET DE POÉSIES À TOUTES MES AMIES SUR LA TERRE ET AU CIEL!
Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.
Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.
Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.
LOUISE LABÉ
À AKHMATOVA
O muse des pleurs, la plus belle des muses !
Complice égarée de la nuit blanche où tu nais !
Tu fais passer sur la Russie ta sombre tourmente
Et ta plainte aiguë nous perce comme un trait.
Nous nous écartons en gémissant et ce Ah!
Par mille bouches te prête serment, Anna
Akhmatova ! Ton nom qui n’est qu’un long soupir
Tombe en cet immense abîme que rien ne nomme.
A fouler la terre que tu foules, à marcher
sous le même ciel, nous portons une couronne !
Et celui que tu blesses à mort dans ta course
Se couche immortel sur son lit de mort.
Ma ville résonne, les coupoles scintillent,
Un aveugle errant passe en louant le Sauveur…
Et moi je t’offre ma ville où les cloches sonnent,
Akhmatova, et je te donne aussi mon coeur.
Moscou, 19 juin 1916
MARINA TSVÉTAÏÉVA
О, Муза плача, прекраснейшая из муз!
О ты, шальное исчадие ночи белой!
Ты черную насылаешь метель на Русь,
И вопли твои вонзаются в нас, как стрелы.
И мы шарахаемся и глухое: ох! —
Стотысячное — тебе присягает. — Анна
Ахматова! — Это имя — огромный вздох,
И в глубь он падает, которая безымянна.
Мы коронованы тем, что одну с тобой
Мы землю топчем, что небо над нами — то же!
И тот, кто ранен смертельной твоей судьбой,
Уже бессмертным на смертное сходит ложе.
В певучем граде моем купола горят,
И Спаса светлого славит слепец бродячий…
— И я дарю тебе свой колокольный град,
Ахматова! — и сердце свое в придачу.
19 июня 1916
Ruth
Und du suchst mich vor den Hecken.
Ich höre deine Schritte seufzen
Und meine Augen sind schwere dunkle Tropfen.
In meiner Seele blühen süß deine Blicke
Und füllen sich,
Wenn meine Augen in den Schlaf wandeln.
Am Brunnen meiner Heimat
Steht ein Engel,
Der singt das Lied meiner Liebe,
Der singt das Lied Ruths.
ELSE LASKER-SCHÜLER
He was weak, and I was strong —then-
So He let me lead him in—
I was weak, and He was strong then—
So I let him lead me —Home.
‘Twas’ntfar —the door was near—
‘Twas’nt dark —for He went —too—
‘Twas’nt loue, for He said nought—
That was all I cared to know.
Day knocked —and we must part-
Neither —was strongest —now—
He strove —and I strove —too—
We did’nt do it — tho’l
EMILY DICKENSON
Il était faible, et j’étais forte —alors
Il m’a laissé l’emmener—
J’étais faible, et il était fort —alors
Je l’ai laissé m’emmener —chez moi.
Ce n’était pas loin —la porte était à côté—
Il ne faisait pas noir —puisqu’il est venu —aussi—
Il n’y avait pas de bruit —puisqu’il n’a rien dit—
C’est tout ce qui m’importait.
Le jour a frappé —et il a fallu nous quitter—
Ni l’un ni l’autre n’étions plus forts —à présent—
Il luttait —et je luttais —aussi—
Nous ne l’avions pas fait —pourtant!

MIRRA LOKHVITSKAYA, SŒUR DE NADIEJDA TEFFY

















