Catégorie : Politique

  • Michel Feltin-Palas sur le « patois »

    Gilbert Narioo est notamment le coauteur d’un dictionnaire français-occitan (gascon) comprenant 1000 pages et 50 000 entrées. Il a également écrit des pièces de théâtre, de nombreux articles et poèmes ainsi qu’une méthode d’apprentissage de référence, « le » Parlar plân. Il raconte ici de manière sensible les moyens qu’utilisaient les instituteurs de son village béarnais pour obliger les enfants de sa génération à changer de langue. Des moyens qui rappellent évidemment ceux appliqués en Alsace, et ailleurs.
    Ci-dessous le texte de son intervention en occitan-gascon (en graphie classique, selon sa préférence), suivi de sa traduction en français :
    « En mila nau cents trenta quate, qu’aví sheis ans. Qu’anèi tà l’escòla deu vilatge de Valensun. Tot lo monde que parlavan gascon, tots, e los mainatges tanben, qu’èra la nosta lenga. Lo francés que s’entenèva a l’escòla e a la glèisa. E la regenta, qui èra malena, lo mendre mot qui disèvam en gascon en classa, que ns’atrapava la man com açò, que sarrava, e dab ua règla espessa, que’ns trucava suus dits. Las unclas que sagnavan ! Donc, que soi estat torturat a l’escòla e en mei d’aquò que’ns disèva la regenta — com los bascos, tanben, qu’an subit la medisha tortura — que’ns disèva en mei d’aquò : « Si vos parents vous parlent patois, c’est parce qu’ils ne vous aiment pas. S’ils vous aimaient, ils vous parleraient français. » Ua tortura ! »
    « En 1934, j’avais 6 ans, j’allais à l’école du village de Balensun. Tout le monde parlait gascon, les enfants aussi, c’était notre langue. Le français s’entendait à l’école et à l’église. Et l’institutrice, qui était mauvaise, au moindre mot que nous disions en gascon, nous attrapait la main comme cela, la serrait et, avec une règle épaisse, nous frappait sur les doigts. Les ongles saignaient. Donc, j’ai été torturé à l’école et pire que cela : l’institutrice disait – comme aux Basques, qui ont subi la même torture – elle disait, pire encore : « Si vos parents vous parlent patois, c’est parce qu’ils ne vous aiment pas. S’ils vous aimaient, ils vous parleraient français. » Une torture ! »
  • Michel Feltin-Palas sur la splendeur et la munificence des langues du monde

    Michel Feltin-Palas
    mfeltin-palas@lexpress.fr
    Splendeur et munificence des langues du monde
    Dans un ouvrage hilarant et brillantissime, Jean-Pierre Minaudier défend la diversité culturelle menacée par la standardisation.
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    Une fois n’est pas coutume : je m’aventure cette semaine hors du territoire de France. L’occasion m’en est fournie par la lecture d’un livre réellement extraordinaire (je pèse mes mots) publié en 2017 mais dont on vient de me faire le présent (grâces en soient rendues au donateur). Un livre consacré à l’ensemble des langues du monde, brillantissime non seulement par son érudition, mais surtout par la profondeur et l’originalité de la pensée, le tout servi par un humour digne de l’enfant coupable qu’auraient pu avoir ensemble Raymond Devos, les Monty Python et Groucho Marx (panthéon personnel totalement subjectif). Je précise que Jean-Pierre Minaudier n’est ni mon ami d’enfance, ni mon partenaire de squash, ni mon collègue de bureau – je ne soupçonnais pas même son existence. Mais j’en prends le pari : avec Poésie du gérondif (1), cet amoureux des mots vous fera éclater de rire – oui, éclater de rire – tout en parlant de linguistique – preuve du génie infini du genre humain.
    Un exemple, entre mille. Page 63, on apprend que certaines langues ne font pas la distinction entre être et avoir, ce qui paraît très surprenant pour un Français. Comment les locuteurs parviennent-ils à se faire comprendre, demanderez-vous ? « Sans aucun problème dans l’immense majorité des cas, répond Jean-Pierre Minaudier. Dans la phrase, « Mon beau-frère X un crétin », il est évident que X est le verbe « être » ; dans la phrase « Mon beau-frère Y un ordinateur », il est évident, sauf dans la science-fiction la plus débridée, que Y est le verbe « avoir ». La tournure, poursuit-il, n’est ambiguë que dans de rares cas, du genre : « Ma voisine Z une grosse vache » – encore faut-il que le contexte rende plausible qu’elle exerce la profession d’agricultrice (sinon, Z est forcément le verbe « être ») et que, par ailleurs, il n’ait pas été mentionné qu’elle possède le sex-appeal de Marilyn Monroe, l’humour de Woody Allen, la conversation de Voltaire et un PhD de physique quantique (s’il y a une mention de cet ordre, Z est forcément le verbe « avoir »). »
    Donc, on rit, mais on s’instruit aussi. Saviez-vous, par exemple, que la langue du Christ, l’araméen occidental, est encore pratiquée dans trois villages de Syrie ; que le !xoon, parlé au Botswana et en Namibie, compte 44 voyelles et 117 consonnes ; que des langues bantoues distinguent 20 genres ; que le tariana (Amazonie) possède sept impératifs différents ; qu’il existe deux langues distinctes pour les hommes et pour les femmes en japonais et en thouktche (Sibérie) ; ou encore que l’on respecte six degrés de politesse en coréen ?
    En multipliant les exemples, Minaudier ne cherche pas à impressionner. Ce qu’il illustre avec maestria, c’est qu’une langue ne sert pas seulement à communiquer, mais représente toujours une manière différente de voir le monde. Et que, de ce point de vue, savoir qu’au moins un tiers d’entre elles sont en danger de disparition devrait tous nous alerter. « Une langue, argumente-t-il, est un phénomène essentiellement culturel, un réservoir inépuisable et jamais identique d’associations logiques ou illogiques, de moyens d’expressions inégalement développés, de métaphores, d’images, d’attention ou d’inattention à divers aspects de la réalité. »
    Il démontre aussi que la complexité de la grammaire n’est pas réservée aux « grandes langues », comme on le croit souvent sur les bords de Seine. Cela, note justement Minaudier, c’est simplement et bêtement de l’occidentalo-centrisme. Certaines langues d’Amazonie comme le puinave ou le galibi conjuguent ainsi les verbes, mais aussi les noms ! Quant à l’estonien, il est plus précis que le français pour la notation du temps.
    Je ne surprendrai personne en disant que, comme lui, « je suis de ceux que passionne non ce qui ressemble mais ce qui diffère, non l’unité, les centres, les métropoles, l’ordonnancement régulier des grandes avenues symétriques et des palais classiques, la pureté géométrique et transparente du cristal, mais les périphéries et les minorités, les ruelles torves et les placettes que nul architecte n’a dessinées, l’infinie variété de formes du corail » (car en plus, le bougre écrit très bien). Et je me prends à rêver que la France, que j’aime tant, rompe enfin avec son parisianisme coutumier et défende comme il le mérite son formidable patrimoine linguistique.
    (1) Poésie du gérondif, Jean-Pierre Minaudier. Le Tripode, 11 €.
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    À LIRE AILLEURS
    Voici les conclusions d’une très sérieuse étude menée par des chercheurs en Allemagne, qui évaluent à 20 % la différence en bas de la fiche de paie. En cause : les préjugés dont souffrent ceux qui n’ont pas le « bon accent ». Il est probable que ce soit la même chose en France, un pays où aucune étude n’a été menée sur le sujet.
    C’est sans doute une première pour une langue dite régionale. Ma langue maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour, une pièce écrite en partie en poitevin-saintongeais, vient d’être nommée aux Molières 2020. Une reconnaissance méritée pour son auteur, Yannick Jaulin, artiste exceptionnel, et pour un texte à la fois bouleversant et universel.
    Branle-bas de combat chez les associations finistériennes de défense de la langue bretonne. Elles demandent que l’initiation au breton, mise à mal par une circulaire de l’Éducation nationale, soit maintenue à l’école et surtout, n’entre pas en compétition avec l’anglais.
    Depuis toujours, l’euskara fascine. Les hommes qui peuplent ces territoires ont résisté à toutes les invasions, préservant une culture unique en Europe et des croyances ancestrales. Longtemps menacé, l’euskera a survécu et reste le ciment de cette région à cheval entre la France et l’Espagne. Un reportage d’Arte.
    L’incroyable succès d’un mot qui n’existe pas. Cherchez bien dans vos dictionnaires : « déconfinement » n’y figure pas. Bernard Fripiat a eu la bonne idée de relever ce paradoxe dans une vidéo instructive et amusante.
    Le rap au secours des langues indigènes

    New York – Né dans le Bronx des années 1970, le rap a conquis le monde entier et acquis un statut sinon de langage, du moins de style quasi-universel. A tel point qu’il peut même parfois aider à faire renaître de…
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    Au Mozambique, les défis de l’enseignement en langues locales

    Manhiça (Mozambique) – Une cinquantaine de gamins sont assis à même le sol de leur classe, les yeux rivés sur leur maître. Une école comme tant d’autres au Mozambique, à la différence près qu’ici, les élèves n’ap…
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  • Extrait du « Journal du confinement » de Gérard Conio

    Un autre son de cloche….

    Extrait du « Journal du confinement » de Gérard Conio

    11 avril 2020

    […]La crise sanitaire du coronavirus a mis au jour une crise du langage, en montrant aux populations qu’elles étaient victimes d’un nouveau système totalitaire qui a déjà  investi les pays réunis dans ce qu’on appelle  «  la communauté internationale »  parce que les démocraties occidentales prétendent s’arroger le monopole de la parole et de la vérité.

    Il ne faut pas être grand clerc, en effet, pour comprendre que le terme de «  communauté internationale » recouvre une notion biaisée qui fait prendre la partie pour le tout.

     A cet égard,  la mondialisation du coronavirus a fait éclater un leurre qui s’est  incrusté dans l’opinion dominante depuis la disparition de l’Union soviétique et la fin du communisme.

    En réalité, comme Derrida l’avait montré dans  Spectre de Marx , l’idéal de justice sociale promu par Marx n’a jamais été aussi fort dans les esprits que depuis qu’il a été anéanti dans les faits par ceux-là mêmes qui s’en réclamaient.

    On peut également tenter un parallèle avec l’idéal de liberté porté par la démocratie qui n’est aussi obsédant dans les discours que parce qu’il n’a jamais été entériné dans les faits.

    C’est un grand paradoxe de l’histoire.

    Il faudrait tout d’abord rappeler que le régime soviétique n’avait du communiste que le nom, de même que le système en vigueur dans nos contrées civilisées n’a de la démocratie que le nom.

    Brejnev se gaussait de ceux qui voulaient faire croire qu’il avait lu Marx.

    Le seul véritable connaisseur du marxisme en Union Soviétique était David  Riazanov, le fondateur de l’Institut Marx et Engels, qui a été exécuté par Staline.

    Il serait long et fastidieux de passer en revue tous les pays de la planète sous l’effet du coronavirus et on doit, dans un premier temps, se contenter d’observer la situation qui nous concerne directement depuis que le Président Macron a décrété le confinement comme moyen de vaincre une épidémie dont il avait sous-estimé la gravité.

     Il serait, certes, injuste d’imputer au Président Macron l’entière responsabilité d’une crise sanitaire qui est l’expression d’une crise économique, politique et sociale.

    Cette crise germait bien avant l’apparition du coronavirus qui n’a été que le révélateur de l’échec de l’Union européenne, mais plus encore de la démocratie occidentale.

     Les critiques nées de l’actualité se contentent en effet trop souvent de demi-mesures et hésitent à aller au fond du problème.

     Seuls quelques esprits libres ont eu le courage et la lucidité de montrer que «  le roi est nu » , comme l’a fort bien dit Michel Onfray.

    On ne saurait dénier au Président Macron ses bonnes intentions qu’il a manifestées quand il a compris tardivement l’importance du danger.

    Mais ceux-là mêmes qui lui savent gré des mesures qu’il a prises ont rapidement constaté l’écart croissant entre ses paroles et ses actes, entre ses promesses et la réalité du terrain, aussi bien pour les soignants privés de moyens de remplir leur tâche que pour la population privée de liberté afin de pallier le manque d’anticipation et de protection causé par la destruction du service public.

    On peut faire valoir que les défaillances du Président Macron étaient dues à son manque d’autorité, mais il faut ajouter que ce manque d’autorité prend sa source dans son absence de légitimité.

     Et il convient de rappeler que pour Rousseau comme pour Hannah Arendt il ne saurait y avoir d’autorité légitime que celle conférée par la volonté générale.  Quand la volonté générale est foulée aux pieds, quand un pouvoir est usurpé, le peuple a droit à l’insurrection, et c’est tout le sens du mouvement des Gilets Jaunes.

    Hannah Arendt a montré amplement que les droits de l’homme proclamés par la Révolution français n’étaient qu’une abstraction qui ne correspondait à aucune réalité. Et elle reprenait les arguments d’Edmund Burke contre une conception universelle des droits de l’homme qui n’étaient que «  le signe manifeste d’un idéalisme illusoire ou d’une hypocrisie hasardeuse et débile ».

    Les seuls droits de l’homme qui ont connu une existence concrète sont les droits des citoyens protégés par un Etat-nation.

    Et Hannah Arendt l’a prouvé en décrivant le sort des minorités, des apatrides et des réfugiés qui, dans l’entredeuxguerres n’avaient que le droit d’avoir des droits, c’est –à-dire, en réalité aucun droit.

     On a eu un aperçu tragique de la malédiction qui s’abat sur un pays, quand, après la chute de l’URSS, on a fait valoir ces «  droits universels » pour imposer un régime soi-disant démocratique qui n’appliquait plus aucun droit autre que celui des prédateurs qui se sont mis au-dessus des lois pour confisquer le pouvoir et opprimer les masses privées désormais de tout autre droit que celui d’exister dans la misère et la corruption au nom de la liberté et de la modernité.

     Non seulement ces droits universels  n’ont jamais eu aucune validité, mais ils condamnent à la condition de parias ceux-là mêmes qui s’en réclament. Seule la citoyenneté donne une réalité à des droits qui, réduits à une définition abstraite et universelle , ne sont que de la poudre de perlimpinpin. Et après la chute de l’URSS  la nouvelle condition des populations démocratisées ressemblait étrangement à celle  des millions de sans-droits nés du Traité de Versailles et de la création artificielle de nouveaux Etats sans tradition, sans légitimité et sans autorité, sans passé et sans avenir,  qui vouaient leurs populations à être les déchets de l’Europe.  .

    Les Juifs  dépossédés depuis toujours d’une patrie, mais aussi les Arméniens, les Polonais, les Russes et les Allemands chassés de leurs pays n’avaient aucune possibilité d’intégration dans une autre société que leur milieu d’origine qui seul leur donnait une « identité ».

     Hannah Arendt  a montré que le seul statut possible pour ceux qui étaient devenus des « gens de rien » était celui que leur donnait la loi, quand ils commettaient des délits, voire des crimes pour une reconnaissance qui leur était interdite par leur état d’hommes « sans qualité », des  « hommes  libres et égaux » devant la nature mais non devant la société. Il  n’est pire condition que celle d’innocent coupable. Et il est certes  préférable d’être enfermé dans une prison, défendu par un avocat pour un acte ouvertement illicite et par là même reconnu par la loi, que de croupir dans des camps d’internement sans avoir commis aucune autre faute que celle d’exister au nom des droits de l’homme tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789.

    Les droits des « hommes libres et égaux »  du seul fait de naître proclamés par cette Déclaration ne recouvrent que du vide.

    Ils n’ont pas plus de valeur que celle des animaux qui naissent eux aussi « libres et égaux » avant d’être soumis eux aussi à la loi de la nature qui privilégie les forts au détriment des faibles.

    Et il serait bon de s’inspirer de ce paradoxe pour juger aujourd’hui de la  crise des «  migrants » mais aussi de celle des Gilets Jaunes.

    Depuis que les Etats Nations ont perdu leur souveraineté et leur indépendance en se mettant sous le joug d’une Institution extraterritoriale,  les citoyens privilégiés de ces Etats Nation se sont eux-mêmes privés de leurs droits et soumis à un pouvoir sans autre légitimité que celle qui lui est conférée par une Constitution inventée pour le seul bénéfice de l’oligarchie financière qui gouverne le monde à l’abri de tout contrôle démocratique.

     La seule identité dont on peut se prévaloir est celle donnée par l’Argent qui n’a ni odeur ni saveur et a une existence aussi volatile que celle du coronavirus.

     Puisque le mot même de patrie est exilé du vocabulaire, il est dans l’ordre des choses que des ouvriers salariés soient livrés comme des esclaves au bon plaisir des fonds d’investissement qui n’ont d’autre légitimité que celle d’être cotés en Bourse.

     L’érosion du code du travail, sabordé définitivement par la réforme de Macron, n’a dans ce contexte qu’une importance relative puisque les intérêts des salariés sont de toute façon sacrifiés aux dividendes des actionnaires sans que l’Etat puisse intervenir.

    La relation qui s’est établie entre les actionnaires et les salariés dans les entreprises  reproduit la logique financière qui met au sein des mêmes Banques l’argent déposé par leurs clients à la disposition de la cupidité hasardeuse des traders.

     Banquier de son métier, comme le dit une chanson, il était naturel qu’Emmanuel Macron, profitant de ses pleins pouvoirs, prenne ouvertement le parti des «  premiers de cordée » au détriment des « gens de rien », corvéables à merci.

     Les bons esprits prétendront que ces considérations générales n’ont rien à voir avec une crise sanitaire qui frappe indistinctement toutes les couches de la population.

      Et de même qu’ils affirment qu’il n’y a pas d’alternative à la loi du Marché, les bons esprits aux ordres de la Répuhlique font valoir qu’il n’y a pas d’autre issue que le confinement pour endiguer la progression d’un ennemi aussi impitoyable qu’invisible.

     Il est vrai qu’en déclarant la guerre au coronavirus le Président Macron a créé un état d’exception qui le rend inexpugnable.

     C’est un stratagème commode pour empêcher de poser les vraies questions.
    Il est aussi absurde  de faire la guerre à un virus que de se révolter contre la mort, contre le temps, contre le froid et la faim,

    La Nature suit son cours sans se préoccuper de nos désirs et de nos besoins.

    La Nature et l’Humanité suivent des chemins parallèles qui obéissent à des lois différentes.

    Si on associe au mal une épidémie qui s’abat sur nous sans nous demander notre avis, c’est une manière d’ignorer que le vrai mal dont nous souffrons porte des noms que les zélotes d’un pouvoir inique ne cessent de nous ressasser pour achever la destruction programmée de nos existences qu’ils englobent dans des statistiques et dans la soumission au fait accompli.

    En effet, quel esprit normalement constitué pourrait s’insurger quand on le presse dé défendre un droit aussi indispensable que «  le droit à la vie » ?

     Et c’est au nom de ce «  droit à la vie » que nous sommes confrontés à une hécatombe qui est présentée comme une nécessité irrémédiable.

    Ce mal au nom du bien qui s’est infiltré dans nos consciences par «  le principe du tiers inclus » est celui d’un pouvoir que nous subissons après l’avoir instauré nous-mêmes, par notre absence d’esprit critique, par notre docilité envers la fausse parole des escrocs qui abusent de notre crédulité.

     En renvoyant leur faute aux gouvernements antérieurs, nos dirigeants oublient qu’ils s’inscrivent eux-mêmes dans la suite logique d’un système de domination qui a pris le relai des anciens totalitarismes dont Hannah Arendt nous a donné la clé.[…]

  • Hélène Chatelain (1935-2020)

    Je connaissais la comédienne et scénariste Hélène Châtelain, pour laquelle j’avais  beaucoup d’estime et d’admiration pour son activité, mais elle ne faisait pas partie de mon cercle rapproché. Je l’ai connue à Toulouse dans la mouvance d’Armand Gatti dont elle était l’aide (je pensais même à cette époque que c’était sa compagne), au début des années 1980. Hélène et Gatti ont organisé dans la capitale toulousaine toute une série d’événements artistiques autour de Khlebnikov. J’ai été invité le 14 mars 1984 à faire une conférence sur Khlebnikov dans la célèbre librairie Ombres blanches, dans le cadre des activités théâtrales de l’équipe d’Armand Gatti autour du thème « La Victoire sur le soleil ». Y ont participé  mes amis Alexeï Khvostenko et Sergueï Essaïan qui ont monté, entre autre, L’erreur de la mort du grand Vélimir. Est inoubliable pour moi la lecture par Khvostenko de l’Incantation par le rire, ce poème transmental de Khlebnikov: c’était un énorme grondement, des roulements, des rugissements sonores qui m’ont fait penser au tableau de Répine  Les Zaporogues écrivant au Sultan turc – il ne faut pas oublier que Khlebnikov a  une mère ukrainienne,  comme Larionov  et comme Hélène Châtelain. J’étais donc sensible à cette dimension ukrainienne chez la scénariste Hélène Châtelain, qui a fait, entre autre, un film qui m’a marqué – Nestor Makhno, un paysan ukrainien. Quand seront débarrassées de l’aventure anarchiste makhnovienne en 1918-1921 les falsifications grossières de  la propagande bolchevique ou ultra-droitière, on pourra voir le vrai visage de Makhno qui représente un type d’authentique Ukrainien (ce qui n’est pas le cas de l’horrible nazi Bandéra qui est aujourd’hui glorifié à Kiev). J’ai eu sur Makhno aussi le témoignage de  Maguelone, la veuve du graveur Jean Lébédev qui a fréquenté Nestor Makhno à Paris jusqu’à sa mort (le frère de Jean Lébédev, Nikolaï Kontantinovitch Lébédev,  était un historien anarcho-syndicaliste, ayant traduit en russe Élisée Reclus, ami de Kropotkine, un des fondateurs et directeur de son musée à Moscou).

  • Réponse d’Alexandre Soljénitsyne à Jean-Claude Marcadé en 1972

    En mettant en ordre mes archives, je suis tombé sur un ensemble de copies de lettres dont je ne sais pas  si les originaux sont jamais parvenus à ceux à qui je les avais envoyés en 2010 (Nikita Struve, Natalia Soljénitsyna), n’ayant jamais reçu d’accusé de réception. C’est pourquoi j’ai décidé de les publier dans mon blog, en suivant l’ordre chronologique des envois.

     

     


  • La honte des bien-pensants…

    Edward Snowden

    @Snowden
    Images of Ecuador’s ambassador inviting the UK’s secret police into the embassy to drag a publisher of–like it or not–award-winning journalism out of the building are going to end up in the history books. Assange’s critics may cheer, but this is a dark moment for press freedom.

  • Au secours ! Retour du maccarthysme…

    AU SECOURS ! RETOUR DU MACCARTHYSME!

    L’ histoire se répète, nous dit Marx, comme une farce. Nous en faisons l’expérience, depuis au moins deux ans de façon paroxystique, avec les méthodes des enquêtes qui   interprètent les faits de façon hystérique et paranoïaque, mais une hystérie et une paranoïa bien calculées et visant un seul objectif, Untel ou Untel, créés de toute pièce comme ennemis, érigés en boucs émissaires, boucs émissaires dont le grand anthropologue chrétien René Girard a démonté les mécanismes. Une grille de lecture est créée à laquelle on se réfère avec un automatisme réflectif pavlovien : les faits avérés ne suffisent pas, il faut du probable et de l’improbable, du highly likely, une hyper-interprétation des relations humaines, des coïncidences (« Si ce n’est toi, c’est donc ton frère!), rappelant, mutis mutandis, l’hyper-criticisme faurissonnien. À cela s’ajoute une sélection éhontée des informations : Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage…

    Ce néo-maccarthysme inauguré par les États-Unis se répand dans toute l’Europe et touche non seulement la géo-politique, les politiques nationales, les faits-divers gonflés en événements quasi planétaires, mais pratiquement tous les media qui font une course commerciale à l’information-buzz pour attirer le chaland. Le journal de référence Le Monde se veut un premier de cordée dans la pipolisation de ce  « journalisme d’investigation » maccarthyste.