SUR LA CONSTELLATION MOROZOV

 

Jean-Claude Marcadé

 

SUR LA CONSTELLATION MOROZOV

La montée fulgurante du capitalisme en Russie dans la seconde moitié du XIXe siècle est aujourd’hui bien connue. Et l’on sait le rôle qui a joué la classe marchande, le koupietchestvo, en particulier dans le domaine de l’art[1]. En trois générations cette nouvelle bourgeoisie moscovite est devenue économiquement dominante et s’est peu à peu substituée à la noblesse séculaire qui vivait principalement dans la jeune capitale Saint-Pétersbourg. Anton Tchekhov a décrit ce phénomène dans son oeuvre à partir de 1888, cela culminant dans sa dernière pièce La Cerisaie en 1904. Dans la littérature qui touche à la famille d’Abram Morozov, père des collectionneurs Mikhaïl et Ivan Morozov, aujourd’hui à l’honneur à la Fondation Louis Vuitton, on trouve le roman de Piotr Boborykine (1886-1921) Kitaï-gorod paru en 1883.

 

 Kitaï-gorod, le centre moscovite des marchands,

Varvara Alexéïevna et Abram Abramovitch

Morozov

Kitaï-gorod est un quartier très ancien, toujours existant, du centre de Moscou, face à l’hôtel Métropole. Le roman est un hymne à Moscou, à la Moscou des marchands, à son mode de vie, à son rôle économique et social dans la seconde moitié du XIXe siècle, quand le capitalisme profita aux entrepreneurs de cette classe. Boborykine doit constater, lui qui est de noblesse provinciale, que le renouveau russe économique, politique, intellectuel, philanthropique, intellectuel, international est lié à cette classe qui supplante dans tous les domaines la couche aristocratique et noble de l’Empire russe. Cela n’empêche pas Boborykine d’ironiser çà et là sur ces « bourgeois gentilshommes » dont le vernis ne couvre pas entièrement les origines roturières, de se gausser de l’architecture néo-byzantino-moscovite des nouveaux riches de la Russie.

Son héros principal, le noble désargenté Paltoussov, porte-parole de l’auteur, aime cette Moscou « ventrue » et « succulente »: « Il ressentait une beauté artistique dans ce ramassis asiatique et européen de bâtiments, de rues, d’impasses, de carrefours […] La horde tatare, Byzance  et l’ancienne Rous’ économe zieutaient là depuis chaque fissure »[2]

Nous sommes, en particulier, intéressés par un des personnages principaux du roman, à savoir la « marchande » Anna Sérafimovna Stanitsyna qui est à la tête d’une fabrique prospère. Le prototype de ce personnage féminin est Varvara Alexéïevna Morozova, née Khloudova, la mère de Mikhaïl et d’Ivan Morozov. Nous avons aussi le portrait de cette femme peu ordinaire, fait par sa bru, la femme de Mikhaïl, la célèbre Margarita Kirillovna Morozova. Il est intéressant de confronter ces deux portraits.

Le roman Kitaï-gorod met en scène plusieurs types de cette nouvelle bourgeoisie[3]. « Leurs fils séjournent à Nice, à Paris, à Trouville, font bombance avec les derniers princes, appâtent divers principicules déclassés. Leurs femmes ne font leurs achats que chez Worth. Et chez eux, ce sont des tableaux, de vrais musées, des villas. Chopin et Schumann, Tchaïkovski et Rubinstein, – tout cela, c’est leur menu habituel. Il est impossible de rivaliser avec eux. « [4]

Varvara Alexéïevna est un personnage exceptionnel pour son époque, bien qu’elle soit née dans la famille Khloudov, connue pour ses collections d’art[5], elle-même ne s’est jamais intéressée à ce domaine. Son journal intime qu’elle mène de 13 ans à 19 ans, date de son mariage avec Abram Abramovitch Morozov, montre un esprit volontaire, non conventionnel. Elle dit avoir le mariage en horreur et c’est presqu’à contre coeur, après des péripétie nombreuses, de refus et d’acceptations, qu’elle consent à épouser un homme qu’elle n’aimait pas mais à qui elle a donné trois fils, Mikhaïl, Ivan et Arséni. [6].

Abram Morozov donne les premiers signes de démence en 1881 et meurt en 1882 à l’âge de 42 ans « d’une paralysie progressive », conséquence d’une encéphalite syphilitique. Dans son testament, qu’il avait fait officiellement trois ans auparavant, il répartit son énorme fortune entre son épouse et ses enfants ; une clause dit qu’étant donné la forte inclination de sa femme aux oeuvres philanthropiques, il lui donne toute latitude pour utiliser à sa guise la fortune qu’il lui laisse. [7] Et l’oeuvre philanthropique de Varvara Morozova est considérable.[8]

Devenue propriétaire d’une énorme manufacture textile, elle déménage  en 1885 et achète un hôtel, particulier  au 14 de la rue Vozdvijenka, dans l’Outre-Moskova marchand,  avec trois parcs, 23 pièces à l’étage et 19 au sous-sol, avec une salle de réception pouvant contenir de 200 à 300 personnes. Elle y a reçu le Tout-Moscou intellectuel et artistique après son union maritale avec le directeur du quotidien moscovite les Nouvelles russes [Rousskiyé novosti] Vassili Sobolievski (1846 (?)-1913) dont elle eut deux enfants qui portèrent le nom de Morozov.[9]

Le salon de Varvara Morozova est bien décrit par le poète, « anarchiste mystique », Guéorgui Tchoulkov. Elle était en contact avec des écrivains comme Tchekhov et Bounine (plusieurs lettres subsistent), avec Tolstoï qui la sollicite pour aider financièrement la secte des doukhobors. Elle y reçoit aussi l’opposition libérale après 1905, comme sa belle-fille Margarita Kirillovna Morozova qui, comme elle, tenait un salon célèbre.

 

Margarita Kirillovna Morozova

Veuve en 1903 du fils aîné de Varvara et d’Abram  Morozov, Mikhaïl Abramovitch, Margarita, née dans une autre célèbre famille de mécènes moscovites, les Mamontov, fit de l’hôtel particulier somptueux du boulevard  Smolienski, le siège non seulement des opposants politiques libéraux après la révolution de 1905, mais surtout celui d’un des plus importants mouvements philosophiques non-marxistes, à savoir la branche moscovite de la Société pétersbourgeoise de philosophie religieuse qui existait dans la nouvelle capitale depuis 1897, intitulée à Moscou « À la mémoire de Vladimir Soloviov ».[10]

Margarita Kirillovna finança aussi le journal de son compagnon adultère, le prince philosophe Evguéni Nikolaïévitch Troubetskoï (1863-1920), L’Hebdomadaire moscovite qui préconisait des idées socio-politiques chrétiennes et qui exista de 1906 à 1910. Elle finança également l’importante revue de philosophie de la culture Logos, fondée en 1910 par Boris Yakovenko (1884-1949) et Fiodor Stepun (1884-1965), qui parut jusqu’ en 1914.

Le penseur paradoxaliste Vassili Rozanov fit un brillant éloge de Margarita Kirillovna, dans son célèbre livre Feuilles tombées [Opavchiyé list’ya],  la présentant comme une éminente organisatrice et participante des  éditions et réunions de philosophie religieuse:

« C’est une femme d’une intelligence et d’un goût étonnants. Non seulement elle ‘jette l’argent par les fenêtres’, mais elle prend sa tâche à coeur et participe personnellement à tout. C’est plus important que les hôpitaux, les foyers d’accueil et les écoles […]

Qu’importe le corps quand l’âme est en train de périr.

Voilà pourquoi elle a commencé par l’âme […] »[11]

Le grand écrivain, dessinateur, musicien, romancier, poète, théoricien et penseur Andréï Biély, dans ses mémoires tardifs, écrits en  pleine période stalinienne autour de 1930, a tendance à ironiser sur Margarita Kirillovna dont il avait été l’amoureux « mystique » entre 1901 et 1906 et à laquelle il avait écrit des lettres délirantes, signées « Votre chevalier ».[12] Au début, les lettres étaient anonymes et Margarita eut le premier soupçon de l’identité de leur auteur quand elle a acheté au  printemps 1903 la prose rythmée de la Deuxième Symphonie dramatique de Biély où elle a pu se reconnaître dans la « légende » (skazka), qui est « la fée » qui hante le héros.[13]

Vingt ans plus tard, en 1921, Biély, dans son poème Premier rendez-vous (Piervoïé svidaniyé) parle de sa première rencontre avec la Sophia (la Sagesse éternelle) incarnée par Margarita Kirillovna, la Zarina du poème, Zarina pouvant être interprétée étymologiquement  comme « L’Aurorité », la « Reine Aurore ».[14]

Il n’avait pas hésité de déclarer à la date de juin 1901:

« En moi se forme la conviction que Margarita Kirillovna Morozova est unie, au tréfonds de son âme individuelle, à l’Âme du Monde : je perçois les déclins diurnes et les aurores comme les sourires de l’Âme du Monde à moi adressés ».[15].

Margarita mis au compte de la maladie de Biély « les explosions de sur-irritation à l’égard de son passé », étant sûre que « ce conflit affectif complexe avait provoqué une exacerbation de sa maladie et l’avait mis aux portes de la mort. »[16]

Biély s’en prend aussi au prince Evguéni Troubetskoï. Georges Nivat corrige le portrait à charge de l’écrivain et loue chez ce dernier « la position d’un réformisme social-chrétien »[17]

Margarita fut aussi une mécène pour la musique. Poursuivant le soutien que son mari Mikhaïl Abramovitch avait assuré au Conservatoire de Moscou dont il était le trésorier, elle dirigea, comme il l’avait fait, la Société musicale de la vieille capitale, finança de nombreux projets, en particulier une partie des concerts organisés par Diaghilev lors des Saisons Russes de Paris. Amie du célèbre chef d’orchestre Vassili Safonov (1852-1918), celui-ci l’a mise en contact avec Skriabine qui lui donna quelques leçons de piano, mais surtout qui fréquenta le salon de la mécène, y donnant des concerts. Margarita Kirillovna prit part aux péripéties de la vie familiale du compositeur et s’occupa de son musée après sa mort.[18]

Elle fut aussi une très grande amie du compositeur Nikolaï Medtner (1879-1951) dont l’oeuvre pianistique, entre autres, mérite d’être davantage connue.

Margarita Kirillovna exécuta en 1910 la volonté de son mari Mikhaïl que « sa collection de tableaux d’artistes russes et étrangers devienne par la suite la possession de la Galerie d’art Paviel et Sergueï Trétiakov ».[19] Ainsi, 83 oeuvres étrangères et russes devaient entrer en possession de la Galerie Trétiakov. Margarita Morozova en gardait jusqu’à sa mort 33, dont La Princesse Cygne de Vroubel et l‘Ève de Rodin. Le 17 août 1918, le Narkompros (le Commissariat du peuple à l’instruction) adressa à la « citoyenne Morozova » une lettre lui demandant de remettre 10 tableaux et une sculpture à la Galerie Trétiakov.[20] Après la révolution, elle a vécu jusqu’à sa mort avec sa soeur Éléna dans un modeste appartement de Moscou.

Mikhaïl Abramovitch Morozov

L’aîné des Morozov, issu de la branche des Abramovitch, est une figure typique de cette nouvelle génération des nouveaux marchands capitalistes qui, pendant les vingt ans qui ont précédé les révolutions de 1917, ont modifié le visage de la vieille capitale « asiatique », face à la capitale aristocratique européanisée, fondée par Pierre Ier au tout début du XVIIIe siècle sur les bords de la Néva. Hôtels, cliniques, bibliothèques, théâtres, musées sont créés ou financés ou financés par les dynasties marchandes, dont celle des Morozov, aujourd’hui à l’honneur à la Fondation Louis Vuitton.

Certes, l’activité sociale de Mikhaïl, n’est pas très grande, à la différence de celle de sa mère Varvara Alexéïevna, qui fut, nous l’avons dit, une grande mécène sociale. Il critique même son cousin germain Savva Timofiéïévitch Morozov de ne pas avoir voulu, à l’instar de Varvara Alexéïevna, financer la salle grecque de l’actuel Musée Pouchkine.[21]  Et de plus, il reproche, dans la dernière Lettre du 15/27 mai 1894, dans son ouvrage Mes Lettres paru en 1895, à la nouvelle bourgeoisie capitaliste de ne parler que de ses profits, de ses intérêts financiers et matériels, Il s’indigne que Savva Timofiéïévitch Morozov ait demandé à un ministre de favoriser : « Sans doute, pensez-vous l’industrie? Non, seulement sa branche cotonnière. Comme cela est mesquin et étriqué. Il n’y aura jamais d’homme d’État issu du milieu de la bourgeoisie moscovite ! »[22]

Est-ce ce reproche virulent qui a poussé Savva Timofiéïévitch, non seulement à financer, à partir de 1898, le Théâtre d’Art de Stanislavski et de Némirovitch-Dantchenko, mais aussi le mouvement révolutionnaire russe ? Il soutient le journal illégal marxiste de Lénine et de Plekhanov, Iskra [L’Étincelle], finance les premières publications bolcheviques, Novaïa jizn’ [La Vie nouvelle] et Bor’ba [La Lutte]. De cette activité témoignent ici et Stanislavski et Gorki.

Cela était évidemment étranger à Mikhaïl Morozov qui fit un cursus complet d’études littéraires et historiques à l’Université de Moscou, qu’il termina en 1893 avec la mention « très bien ». Cette même année paraît son premier ouvrage historique Charles-Quint et son temps, suivi en 1894 de Controverses dans la science historique de l’Europe occidentale, puis en 1895 d’un volume de reportages sur ses voyages en Occident et en Égypte et sur deux expositions russes, intitulé Mes Lettres (4 décembre 1893-15 mai 1894); la même année paraît un roman érotique Dans les ténèbres; tous les essais sont  publiées sous le pseudonyme de Mikhaïl Youriev, sauf le roman qui est anonyme. Cette activité, journalistique, littéraire et historique s’arrêta là.[23]

La production historique montre une grande érudition, une fougue juvénile, le poussant à s’attaquer frontalement aux historiens patentés, n’hésitant pas à faire coexister une présentation des faits, fondée sur des documents, et leur interprétation parfois paradoxale et des réflexions subjectives. Sa position slavophile lui fait mettre en doute les thèses des chercheurs occidentaux.[24]

Le recueil Mes Lettres, comporte 45 lettres qui se divisent en deux parties : les premières 32 lettres sont des notes de voyage, des reportages, relatant les séjours du jeune Mikhaïl en Europe (Berlin, Paris, Turin, Rome, Naples), puis en Égypte (Alexandrie, Le Caire, Assiout, Louxor). Ces notes sont pleines de réflexions non seulement sur les villes et les sites visités, mais aussi sur la nouvelle bourgeoisie marchande et sur le changement des moeurs.

Il présente ces Lettres « comme un oeuvre d’écrivain » et demande qu’on le juge à cette aune et non pas comme l’homme public qu’il est. Il y a à plusieurs reprises des passages sur la nature, les paysages, qui se veulent poétiques.

Dans les capitales d’Allemagne, de France, d’Italie, il visite compulsivement les musées, va au théâtre, à l’opéra. Il donne son opinion sur chaque chose vue et entendue. Il s’agit là d’un très précieux témoignage sur la vie internationale des arts picturaux, théâtraux et musicaux des années 1890. À Paris, il se sent chez lui. Il donne son appréciation du jeu de Sarah Bernhard, d’Eleonora Duse, de Mounet-Sully. À Rome, tout en discutant tout le temps les thèses admises, il présente les siennes et s’émerveille de « la stricte proportion géométrique du Colisée. »[25] Il est touché par l’image acheïropoiète du Sauveur dans la crypte de Sainte-Cécile : « C’est une représentation tout à fait russe, c’est tout à fait notre icône de l’école pré-Stroganov. »

Au Caire, il ne fait aucun commentaire sur les pyramides. Pour justifier de ne pas avoir d’admiration pour les colonnes de Memnon et les pharaons, il cite un vers de Prometheus, le poème théomaque de Goethe : « Ich dich ehren ! Wofür ? ». [26]

Après l’Égypte, en route pour Moscou, il séjourne à Trieste qui lui paraît ennuyeuse (adjectif qu’il ne cesse d’employer tout au long de son périple, dénotant un certain tempérament atrabilaire chez ce jeune homme de 23 ans). Cependant, à Trieste, il développe toute une tirade très intéressantes sur la comparaison de l’Orient et de l’Occident. Il a la vision d’une Europe devenue inintéressante qui verra « débouler une vague torride, une vague sauvage de peuples et elle viendra de l’Orient. » Ce n’est pas « le monde slave, avec la Russie à sa tête », qui s’opposera à l’Europe, mais « l’Orient musulman – voilà qui l’Occident doit craindre »[27]!!!

Il arrive à Moscou en février 1894. De la Lettre 33 à la Lettre 44, il fait la recension de la deuxième exposition à Moscou d’un cercle artistique comprenant en 1893 des professeurs et des élèves de l’École de peinture, sculpture et architecture. Mikhaïl Youriev-Morozov note que la majorité des tableaux qu’il a vus « pèchent contre les règles les plus élémentaires de la perspective aérienne et linéaire, de l’anatomie etc. »[28] Il apprécie le coloris à dominante orange de Malioutine, fait l’éloge de l’Idylle septentrionale de son ami Korovine (mais il n’aime pas son Boulevard parisien). Il décrit la forte apparition de l’impressionnisme (qu’il appelle « impressionnalisme ») comme étant « l’aspiration à rendre son impression individuelle »[29]; le mouvement ambulant est, dit-il, devenu médiocre et ennuyeux avec sa « tendance petite-bourgeoise engagée » ; « les vieux artistes sont vraiment fatigués »[30], quant aux jeunes, ils n’apportent rien de nouveau.

L’influence française et allemande se fait sentir dans la peinture des années 1880-1890, mais elle n’a pas que de bons effets, car la vie artistique en France est « vigoureuse et abrupte »[31] et « l’art européen est un art plus fort et énergique ».[32]

Parmi les critiques qu’il formule à l’égard des peintres russes il déplore la négligence avec laquelle ils peignent les lointains dans leurs paysages (V. Vasnetsov, La colline de Péroune à Kiev, V. Sérov, En Crimée), I. Lévitane Au-dessus du repos éternel).

La dernière 45ème Lettre constate que la génération sociopolitique des années 1860 est remplacée et le rôle de la classe marchande est à l’oeuvre : « Qu’on le veuille ou non, il faut reconnaître que la bourgeoisie est une force chez nous à Moscou. Et elle applaudit aux premières des pièces de théâtre et elle achète des tableaux et elle parle de politique. »[33] C’est une classe éclairée qui apparaît et donne une aura internationale à la Russie. Elle lit Nietzsche ou La dégénérescence de Max Nordau…

L’avant-dernière Lettre 44 est une petite nouvelle qui décrit les émois d’un adolescent de 17 ans pour une jeune fille de 15 ans qui agit sur ses sens mais qu’il n’aime pas au point de l’épouser et qu’il fait pleurer. Les ambitions littéraires de Mikhaïl Abramovitch y sont à nouveau nettement indiquées.[34]

C’est ainsi qu’en 1895 il publie son roman, Dans les ténèbres [V potiomkakh]. Il s’agit d’un « Bildungsroman », avec l’accent mis sur l’éducation sentimentale et sexuelle d’un jeune marchand très riche, encore adolescent, ayant perdu ses parents et livré à lui-même. C’est la description du passage de l’innocence amoureuse romantique du héros à une sexualité libérée. C’est l’occasion pour Youriev/Morozov de peindre sévèrement plusieurs mondes auxquels il est confronté : l’université, les riches maisons des marchands, les rédactions de journaux, l’immoralité des milieux privilégiés, les milieux chrétiens orthodoxes bigots… L’auteur ne voit partout qu’hypocrisie. Il se complaît à peindre les moeurs de la classe marchande moscovite, « avec un particulier plaisir à décrire des scènes de débauches et de ‘dévergondages’, d’adultères et autres choses semblables »[35] La fin du roman est assez cynique puisqu’elle prône une immoralité amorale comme suprême accomplissement d’une vie « réussie ».

Dans les ténèbres fut condamné en 1895 par le ministre de l’intérieur de l’époque, Ivan Dournovo, pour description de « toute une série de scènes vulgaires, pleines d’un cynisme révoltant »[36]et les exemplaires existants furent détruits.

Le titre est une référence aux fameux articles du penseur démocrate-révolutionnaire Nikolaï Dobrolioubov « Le Royaume des ténèbres » (1859) sur la pièce d’Ostrovski L’orage, et « Un rayon de lumière dans le royaume des ténèbres (1860). [37]

Le roman Dans les ténèbres est un récit en grande partie autobiographique. Youriev/Morozov règle  d’ailleurs ses comptes avec Boborykine dans le dialogue entre le héros et son avocat,  qui porte sur la situation de la littérature et de l’art en général  en ce milieu des années 1890  qui ont vu paraître un texte fondateur de ce qui va devenir le symbolisme russe, en réaction à l’art engagé socio-politique qui règne en Russie depuis les années 1860, à savoir, en 1892, l’essai de Dmitri Mérejkovski  Des causes de la décadence et des nouvelles tendances de la littérature russe contemporaine.

À propos de Mikhaïl Abramovitch Morozov, V.M. Bokova écrit :

« À Moscou on connaissait le ‘roi de l’indienne’ (selon l’appellation du peintre Pérépliotchikov) comme un homme colérique, s’engouant facilement, voire écervelé (était célèbre sa perte de millions au jeu de cartes en une nuit au Club anglais), gastronome, hôte hospitalier”[38].

 C’est en effet cet image de jouisseur, de personnage au comportement souvent extravagant et paroxystique que disent les témoignages contemporains, donc une surabondance d’énergie qui l’empêchait de se ménager et explique la précocité de sa mort. Mais au vu de la qualité de sa collection, c’est Diaghilev qui a su voir en lui « un grand amour et une fine sensibilité pour sa tâche de collectionneur ».

 Ivan Abramovitch Morozov

 

Tout autre était le frère de Mikhaïl, Ivan, qui a continué de façon exceptionnelle l’oeuvre de collectionneur de son aîné, comme on peut le voir aujourd’hui à la Fondation Louis Vuitton. Ivan Abramovitch, lui, n’a jamais écrit d’articles ou d’essais ni de romans.[39] Il était un homme d’affaires, qui a pris en main la manufacture morozovienne, qui aida les membres de sa famille, dont sa belle-soeur Margarita Kirillovna, la compagne de son jeune frère Arséni, ses demi-frères et soeurs, enfants de leur mère et de Vassili Sobolievski à mieux gérer leur patrimoine. Margarita Kirillovna parle de lui dans ses mémoires avec bienveillance. Notons la délicatesse avec laquelle il a protégé sa femme, l’artiste de cabaret Dossia, pour qu’elle ne soit pas humiliée par la bourgeoisie moscovite. En somme, un honnête homme. Avec cela, bon vivant, aimant comme Mikhaïl, les joies païennes du monde, ce qui se voit dans de nombreux choix de peintures et de sculptures, dont celles de Denis et de Maillol. À Paris, où il se rend pratiquement chaque année après la mort de son frère Mikhaïl en 1903, outre ses visites chez les marchands de tableaux les plus célèbres, il invite Diaghilev, Alexandre Benois, Bakst, Sérov au restaurant Larue, Place de la Madeleine ; à Moscou, il fréquente, outre les théâtres (une passion des Morozov), les restaurants à la mode, les cabarets.

On s’est étonné que ces marchands qui venaient de la Vieille Foi, pouvaient collectionner un genre de peinture souvent érotique et en même temps des icônes, mais il faut se souvenir que le monde russe fait la distinction entre l’iconographie ecclésiale (la peinture de l’image sacrée) et la « zôgraphie » (la jivopis’, la peinture du vivant) …

Avec le même calme et obstination, avec le même professionnalisme qu’il menait ses affaires, Ivan Abramovitch Morozov a petit à petit réuni sa collection de peinture française et aussi d’art russe contemporain.

Pour les Russes, son travail s’est fait sur le terrain. À la suite de son frère aîné Mikhaïl, qui avait acquis la magnifique Princesse-Cygne de Vroubel, il a pu acheter de belles oeuvres de cet annonciateur de la future « avant-garde russe » : une aquarelle comme Cavalier au galop de 1890 est pré-cubiste avant la lettre et la toile Lilas de 1901 contient en germe l’abstraction lyrique. D’autre part, une place est faite aux peintres réalistes qui ont transformé quelque peu le réalisme engagé des Ambulants par plus de poésie méditative (Issaak Lévitane), plus de vigueur dans les sujets de l’ancienne Russie (Andreï Riabouchkine ou bien l’ami des Morozov, Vassili Sourikov) Et Vassili Sourikov était le beau-père de Piotr Kontchalovski, un des fondateurs avec Machkov du « Valet de carreau », mouvement primitiviste-cézanniste-fauve. C’est ainsi que leurs toiles se trouvent dans la Collection Ivan Morozov ainsi que celles de Natalia Gontcharova de ce style. Il n’ira pas jusqu’au néo-primitivisme radical de Larionov, mais a acquis les toiles impressionnistes de ce dernier, cet impressionnisme larionovien, dont les critiques Nikolaï Pounine et, à sa suite, Nikolaï Khardjiev ont pu affirmer qu’il s’agissait d’un impressionnisme russe original. En effet, pour eux, Konstantine Korovine était plus « parisien » que russe…

Un autre ami des Morozov, Valentin Sérov, tient une place de choix dans la collection morozovienne. Même si le bouleversement des codes séculaires issus de la Renaissance était étranger à l’admirable auteur des portraits de Mikhaïl et d’Ivan, s’il répugnait aux innovations trop radicales, sa création, typique du sécessionnisme européen, est d’une grande efficacité plastique avec un souci de précision réaliste qui coexiste avec la nervosité des coups de pinceau. Dessin et touches picturales sont en équilibre.

Ce n’était pas le cas de Korovine, selon Mikhaïl Morozov, qui reprochait en 1895 à cet artiste son absolue « incompréhension  du dessin », louait « sa sensibilité de tons et de coloris », mais trouvait que ses coups de pinceaux sautaient  « en faisant des zigzags et ces virgules », dénotant une négligence des contours. »[40] S’il avait vécu plus longtemps Mikhaïl Morozov se serait rendu compte que cette absorption des contours par la peinture était un des éléments principaux de la poïétique impressionniste qui triompha avec les vue londoniennes de Monet.

À côté de Sérov et de Korovine, le troisième grand sécessionniste russe bien représenté dans la Collection Morozov est Alexandre Golovine. Maître du portrait, il a tout d’abord été connu à Paris dès 1908 avec ses fastueux décors et costumes pour le drame musical de Moussorgski Boris Godounov aux Saisons Russes de Diaghilev, puis en 1910 dans le ballet de Stravinsky L’Oiseau de feu. C’est une profusion de formes diaprées, de lignes en mouvement chorégraphiques, dans le plus pur style moderne, avec un coup d’oeil vers la sécession viennoise.[41] Son art théâtral culminera en 1917, en pleine Révolution, avec les somptueux décors pour le Bal masqué de Lermontov dans une mise en scène historique de Meyerhold.

Le fauvisme qui naît officiellement en 1905 avait été annoncé auparavant dans le réalisme européen, par exemple chez un Max Slevogt et surtout par Edvard Munch, en Russie chez Nikolaï Gay dans ses représentations exacerbées des souffrances du Christ au Golgotha (une Crucifixion  de cette série se trouve au Musée d’Orsay) et aussi chez un naturaliste comme Philippe Maliavine dont la série des « Paysannes russes » [Baby], à partir du tout début de 1900, est une explosion symphonique de rouges flamboyants et de noir.[42] La toile de cette série dans la Collection Morozov donne une idée de l’exubérance coloriste et vigoureuse, au-delà du naturalisme, qui marque les débuts des arts novateurs russes avant 1914.

La libération du souci de la représentation « photographique » linéaire des objets, qui avait commencé avec Turner, l’impressionnisme, le symbolisme d’un Eugène Carrière, puis le fauvisme, connut une courte fulgurance avec le mouvement symboliste de « La Rose bleue » (1908-1910), avec un pas majeur vers l’Abstraction, qui n’a pas laissé indifférent Ivan Morozov. Parti des profusions vroubéliennes, saturant de pictural toute la surface du tableau, et du sfumato « pointilliste » de Borissov-Moussatov, les peintres symbolistes russes créent un univers musical où la réalité devient « songe éveillé ». Ses meilleurs représentants, Pavel Kouznetsov et Martiros Sariane, font partie de la Collection Morozov.

Il est certain que si la Première Guerre mondiale, puis la révolution bolchevique n’avaient pas eu lieu, Ivan Morozov aurait enrichi sa collection des nouveautés les plus radicales, comme le montre son achat en 1913 du Portrait d’Ambroise Vollard de Picasso qui est une oeuvre-clef du cubisme analytique. Le tempérament du collectionneur, plus réfléchi que celui de Sergueï Chtchoukine, ne le poussait pas à des sauts dans ce dont il ne maîtrisait pas l’exacte valeur. Cela est bien décrit par les contemporains. Citons ici encore Boris Ternovets :

« Étranger à l’esprit passionnel de Chtchoukine, [il introduisait] toujours prudence et rigueur dans ses choix, intimement et de façon transparente. »

Quant au peintre et grand historien de l’art Igor Grabar, il souligne qu’Ivan Abramovitch était « un homme calme », sans snobisme, sans aucune vanité, qui suivait non la mode mais son goût intime.  Boris Ternovets parle du « flair plein de justesse » du collectionneur, de sa compréhension de la peinture française de la seconde moitié du XIXe siècle : »Le principe qui guidait Morozov, c’était l’aspiration à l’objectivité, à l’intégralité du musée et à l’équilibre. » Il souligne aussi que d’année en année la fièvre collectionneuse s’emparait de plus en plus profondément de lui.

L’importance de la Collection d’Ivan Morozov, comme celle de son frère Mikhaïl, a été mainte fois relevée par la critique russe d’avant 1917. Une importance qui dépassait les limites de l’Empire Russe. Déjà, dès 1910, quand il y eut la dation de Collection de Mikhaïl Morozov à la Galerie Trétiakov, Pavel Mouratov écrivit un article pionnier où il entrevoit la possibilité de créer le premier « musée d’art moderne » au monde. En effet, grâce à Sergueï Trétiakov, le frère de Pavel, la Galerie possédait un ensemble de tableaux français allant de Corot aux Barbizoniens. Cette idée d’un musée d’art moderne, qui ne fut réalisée en Europe et en Amérique qu’à la fin des années 1930, naît avec la Collection Morozov, ce qui est suggéré aussi par le directeur de la revue moderniste pétersbourgeoise Apollon, Sergueï Makovski[43] dans son article fondateur de 1912.  Il fait remarquer que les musées français, encore en 1912, ne reconnaissent pas Cézanne et « ne peuvent se vanter d’une abondance d’oeuvres avec les noms de maîtres [comme ceux de la Collection Ivan Morozov] – Monet, Renoir, Sisley, Degas, Van Gogh,  et leurs continuateurs et héritiers – Denis, Bonnard, Vuillard, Signac, Guérin, Marquet,  Friesz, Valtat…jusqu’à Matisse et la jeunesse fauve, encline au cubisme,  bien que ceux-ci  expriment à n’en pas douter toute une époque de l’histoire de l’art, une époque plurivoque de lutte tendue de la peinture et pour le droit du peintre d’être lui-même. »

Il a fallu la catastrophe de la Première guerre mondiale, puis celle de la Révolution d’Octobre avec son aboutissement dans la Terreur stalinienne pour que toutes les tentatives suivantes pionnières du monde de l’art russe – les musées « de la culture picturale » à Moscou, « de la culture artistique » à Pétrograd en 1919, puis, à la même époque, le Musée de l’art occidental avec les Collections  Chtchoukine et Morozov nationalisées à Moscou, créé avec le concours  de Boris Ternovets, d’ Igor Grabar et de Yakov Tugendhold, pour que tout cela soit anéanti.

À tel point qu’aujourd’hui, la Russie ne possède pas de vrai « musée d’art moderne »…

[1] Voir, en français, R. Portal, « Du servage à la bourgeoisie : la famille Konovalov », Mélanges Pierre Pascal, Paris, 1961, p. 143-150; du même : « Industriels moscovites : le secteur cotonnier.1861-1914 », Cahiers du Monde russe et soviétique, 1963,  N° 12, p. 5-46; Valentine Marcadé, Le Renouveau de l’art pictural russe. 1863-1914, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1972, p. 59-82, 267-277. En anglais : Kamile Kucuk, « The Sociocultural Aspects of Merchant Class in the Light of Russian Painting », European Journal of Multidisciplinary Studies,  2016, 1 (5), p. 81-85

[2] P.D. Boborykine, Kitaï-gorod [Le quartier Kitaï-gorod à Moscou], 1883, t. 1, p. 251

[3] Le monde des marchands a été traité dans la littérature russe dans le théâtre d’Alexandre Ostrovski, (1823-1886), chez Dostoïevski (Rogojine dans L’Idiot, 1869), dans les nouvelles de Leskov (par exemple, Une Lady Macbeth dans le district de Mtsensk, 1865) chez Gorki (Foma Gordéïev, 1899). Piotr Boborykine a écrit d’autres romans sur le monde marchand moscovite et aussi des « Lettres sur Moscou » dans la revue pétersbourgeoise Viestnik Ievropy [Le Messager de l’Europe] en 1881. Mais le phénomène de la naissance en  Russie d’un Tiers-État, qui apparaît à Moscou entre 1880 et 1914, est décrit dans le livre pionnier de Paviel Bourychkine Moskva koupietcheskaya [La Moscou des marchands], New York, Tchekhov, 1954, dont nous donnons dans cette Anthologie les extraits concernant la dynastie morozovienne.

[4] P.D. Boborykine, Kitaï-gorod, op.cit., p. 377-378

[5] Son père, Alexeï Khloudov, a réuni 430 manuscrits et 630 livres anciens ; son oncle, Guérassime, collectionnait les peintres russes de   Fédotov à Aïvazovski.

[6] Varvara Alexéïevna Morozova. Na blago prosviechtchéniya Moskvy [Varvara Alexéïevna Morozova. Pour le bien de l’instruction à Moscou], Moscou, Rousski pout’, 2008, t. I, p. 114

[7] Ibidem, p. 169

[8]  Voir la liste complète des financements sociaux de Varvara Morozova dans Ibidem, t. II, p. 144-150

[9] Le quotidien de Sobolievski était proche des « cadets » (les K.D.), c’est-à-dire des membres du parti constitutionnel-démocrate, né après la révolution de 1905 et représentant une branche politique libérale de la Douma, préconisant une monarchie constitutionnelle. Il défendait la presse, la justice, l’égalité des femmes, la liberté de religion, les droits de la paysannerie, voir Ibidem, t. II, p. 251-258

[10] Voir Jutta Scherrer, Die Petersburger Religiös-Philosophischen Vereiningungen, Wiesbaden, Otto Harrassowitz, 1973; de la même : « La quête philosophico-religieuse en Russie au début du XXe siècle » in Histoire de la littérature russe. Le XXe siècle. L’Âge d’argent (éd. E. Etkind, G. Nivat, I. Serman, V. Strada), Paris, Fayard, 1987, p. 190-221; de la même : « Les sociétés de philosophie religieuse et le Symbolisme russe » in Le dialogue des arts dans le Symbolisme russe (éd. Jean-Claude Marcadé), Lausanne, L’Âge d’Homme, 2008, p. 32-39. En russe, voir les 3 volumes Religuiozno-filossofskoié obchtchestvo v Sankt-Péterbourguié (Pétrogradié) [La Société de philosophie religieuse à Saint-Péterbourg (Pétrograd)] qui traitent de façon exhaustive toutes les séances de philosophie religieuse qui eurent lieu à Saint-Péterbourg de 1897 à 1917; la plupart des conférenciers participeront aussi à société moscovite.

[11] Vassili Rozanov, Feuilles tombées [1913-1915] (traduction, introduction et notes de Jacques Michaut), Lausanne, l’Âge d’Homme, 1984, p. 139-140

[12]  Margarita Morozova a publié dans une partie de ses mémoires de larges extraits de ces lettres dans M.K. Morozova, « Andréï Biély », in Andréï Biély. Probliémy tvortchestva [Problèmes posés par la création], Moscou, 1988, p. 522-545. Toutes les lettres de Biély sont publiées dans : Andréï Biély, ‘Vach rytsar’ ». AndréI Biély. Pis’ma k Margaritié Kirillovnié Morozovoï (1901-1928)[« Votre chevalier ». Andréï Biély. Lettres à Margarita Kirillovna Morozova], Moscou, 2006

[13] Voir en français : Andréï Biély, Symphonie dramatique (trad. Christine Zeytounian-Béloüs), Nîmes, Jacqueline Chambon, à partir de la p. 29.

[14]  Voir en français : Andréï Biély, Premier Rendez-vous (trad. Christine Zeytounian-Béloüs), Dijon, Anatolia, 2009

[15] Andréï Biély, Liniya jizni [La Ligne de ma vie] (éd. Monika Spivak), Moscou, 2010, p. 184

[16] M.K. Morozova, « Andréï Biély », op.cit., p. 544

[17] Georges Nivat, Russie-Europe. La Fin du schisme. Études littéraires et politiques, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1993, p. 328

[18]  Voir M.K. Morozova, « Vospominaniya ob A.N. Skriabinié » [Souvenirs sur Alexandre Nikolaïévitch Skriabine], Naché Naslédiyé, 1997, N° 41

[19] « Déclaration de la veuve de l’assesseur de collège Margarita Kirillovna Morozova au Conseil de la galerie d’art municipale Paviel et Sergueï Trétiakov », in Varvara Alexéïevna Morozova, op.cit., t. II, p. 342

[20] Ibidem, p. 363-366

[21] Cf. I.S. Silberstein et V.A. Samkov Sergueï Diaghilev i rousskoïé iskousstvo, t. I, Moscou, 1982, p. 370-372 : « Savva Timofiéïévitch Morozov, ayant eu ouïe dire que son cousin payait le coût de cette salle 27.000 roubles, s’est moqué publiquement de lui :’voilà quel mécène on a trouvé’, cf. le recueil Histoire de la création du musée dans la correspondance du professeur Ivan Vladimirovitch Tsvétaïev avec l’architecte Roman  Ivanovitch Klein et d’autres documents, 1896-1912, t. II, Moscou, 1977, p. 411) »

[22]  M. Youriev, Moï pis’ma [Mes Lettres], 1995, p. 242

[23]  Pendant les dernières années de sa vie, il avait accumulé des notes sur l’histoire de la Cathédrale de la Dormition au Kremlin, dont il était le marguiller.

[24] Mikhaïl Youriev, « Maria Stiouart : pis’ma chkatoulki  » [Marie Stuart : les lettres de la cassette]  in Spornyïé voprossy zapadno-ievropieïskoï istoritcheskoï naouki [Questions de controverses dans la science historique de l’Europe occidentale], Moscou, Grossman et Knebel, 1894, p.80

[25] Ibidem, p. 41

[26] Ibidem, p. 133

[27] Ibidem, p. 172-174

[28][28] Ibidem, p. 179-180

[29] Ibidem, p. 194

[30] Ibidem, p. 217

[31] Ibidem, p. 203

[32] Ibidem, p. 208

[33] Ibidem, p. 238

[34] Ibidem, p. 228

[35] V.M. Bokova, « Morozov Mikhaïl Abramovitch », Dictionnaire biographique des écrivains russes entre 1800 et 1917, Moscou, t. 4, p. 134

[36] Cité dans L.M. Dobrovolski, Les livres interdits en Russie, Moscou, 1962, p. 200

[37] Incidemment, peut-être que s’y ajoute un souvenir du conte en vers au délicieux marivaudage de Pouchkine Le Comte Nouline (1825) qui dépeint des « jeux de l’amour et du hasard » : »Le comte errait, énamouré, dans les ténèbres… »

[38] V.M. Bokova, op.cit.,  p. 133

[39]  Dans certains articles russes, on a attribué un pamphlet anti-moderniste, paru en 1910 sous le nom de Ivan Morozov, à notre collectionneur. La spécialiste de ces collections Natalia Sémionova a écrit qu’il s’agissait d’une homonymie (Alexandre Lavrov pense qu’il s’agit du feuilletoniste Ivan Grigoriévitch Morozov dont on sait seulement qu’il est né en 1860)

[40] M. Youriev, Moï pis’ma [Mes Lettres], 1995, p. 188-189

[41] Voir Serge Diaghilev et les Ballets Russes. Étonne-moi ! (sous la direction de John Bowlt, Zelfira Trégoulova, Nathalie Rosticher Giordano), Monaco, Skira, 2009

[42]  Ce n’est pas un hasard si, dans la grande exposition de Suzanne Pagé au MAMVP Le fauvisme ou « l’épreuve du feu » (2009), la section russe du « Valet de carreau » était introduite par une toile de la série des « Paysannes russes ».

[43] Sergueï Makovski est le fils du peintre ambulant Konstantine Makovski qui fit le portrait de Varvara Alexéïevna Morozova.