Du paganisme (Armand Abécassis)

« [Le paganisme] ne connaît qu’un seul monde, qu’un seul ordre, l’ordre de ce qui est. La question de la destinée humaine se pose pour lui au sein de ce monde unique dont la loi est descriptive. C’est à ce monde qu’il s’adresse pour en tirer la loi impérative. Il tire de ce qui est ce qui doit être. C’est pourquoi il divinise les forces de ce qui est, forces biologiques particulièrement, ou forces astrales auxquelles il soumet la conduite humaine […] Cet esprit du paganisme n’a pas disparu jusqu’à aujourd’hui puisque, si on s’est débarrassé  des dieux, on a gardé l’idée de destin dans le déterminisme biologique ou sociologique, ou historique ou psychanalytique à son origine freudienne. Au contraire, le monothéisme biblique se construit sur l’affirmation de l’existence de deux mondes, de deux ordres : l’ordre de ce qui est et l’ordre de ce qui doit être, l’ordre de l’indicatif et l’ordre de l’impératif, l’ordre de la nature et l’ordre de l’éthique […] L’Hébreu les sépare complètement et pose que ce qui les distingue, c’est la liberté humaine. » Armand Abécassis, L’Univers Hébraïque, Paris, Albin Michel, 2003, p. 285-288 [Cité par Jean-Noël Lemarchand, Introduction à A.S. Khomiakov, L’Église latine et le Protestantisme au point de vue de l’Église d’Orient, Vevey, Xénia, 2006, p. 55-56]