VARVARA ALEXÉÏEVNA MOROZOVA. NA BLAGO PROSVIECHTCHÉNIYA MOSKVY [VARVARA ALEXÉÏEVNA MOROZOVA. POUR LE BIEN DE L’INSTRUCTION À MOSCOU], MOSCOU, Rousski pout’, 2008, T.I, 175 pages; T. II, 492 pages

VARVARA ALEXÉÏEVNA MOROZOVA. NA BLAGO PROSVIECHTCHÉNIYA MOSKVY [VARVARA ALEXÉÏEVNA MOROZOVA. POUR LE BIEN DE L’INSTRUCTION À MOSCOU], MOSCOU, Rousski pout’, 2008, T.I, 175 pages; T. II, 492 pages

TOME I

_ Le premier tome commence par un « Court essai sur la vie et l’activité de Varvara Alexéïevna Morozova » par N.A. Krouglianskaya (p. 10-18)

– Suit le « Journal intime » de Varvara Morozova, née Khloudova (2 nov. 1848-1 sept. 1917), fille d’Alexeï Ivanovitch et de Ievdokiya Iakovlievna  Khloudov  (p. 9-140).

Ce journal porte sur les années 1861-1867, donc de 13 à 19 ans. C’est en 1867, à 27 ans, qu’Abram Abramovitch Morozov (1839-1882),  demande la main de Varvara, laquelle n’accepta que le 11 décembre 1866 (elle a 18 ans), mais, le 15 décembre, elle écrit à Abram son refus de l’épouser. Elle est tellement harcelée par son entourage qu’elle consentira à ce mariage dont on n’a pas jusqu’ici la date exacte. On peut supposer que ce mariage eut lieu en 1868 ou 1869 puisque leur premier fils, Mikhaïl Abramovitch naît en 1870. Tout le journal intime montre que Varvara avait de la répulsion pour Abram et qu’elle haïssait l’idée de mariage[1].

Elle note dans son journal intime quelques faits liés à la demande en mariage d’Abram Abramovitch :

– le 28 février 1866 (elle a 17 ans et demi), elle écrit : « Micha [son frère Mikhaïl Alexéïévitch Khloudov] m’a pris par la main et m’a déclaré qu’Abram Abramovitch Morozov me recherche en mariage par le truchement de Piotr Nikolaïévitch [Lamine, le mari de sa soeur aînée Olga] et m’a demandé ce que j’en pensais. Je lui ai répondu qu’il vienne dans trois ans me demander ma réponse. L’affaire en resta là ». [T. I, p. 108}. Son beau-frère insiste et elle dit qu’elle ne sait pas quoi dire encore. Elle veut connaître davantage Abram : « Peut-être que je verrai cette année un autre homme que je déciderai de prendre comme mari ». (p. 109)

– 2 mars 1866  – Varvara est empêtrée dans son refus et dans les intrigues familiales contradictoires (son frère va dire à Abram qu’elle ne veut pas l’épouser). Tout au long de son journal, elle ne cesse de dire : »Comment cela va finir? »

– 11 mars -Elle apprend qu’Abram attend une réponse de son père qui ignore le refus transmis au prétendant.

–  25 mars – le père est furieux en apprenant ce refus. « Ces derniers jours, j’ai vu Abram Abramovitch, il se tient bien et, bizarrement, il ne paraît pas vexé, il est au contraire très aimable! Lors de la fête du nom de papa, j’ai longuement parlé avec Trétiakov et ai déclaré que, peut-être, je deviendrai bientôt la femme d’un homme que je n’aime pas du tout, mais qu’un noble objectif me pousse à cela ». (p.109-110). Cet « objectif », encore vague, est celui de s’occuper des oeuvres d’éducation de la jeunesse.

– 13 avril – « Abram Abramovitch m’a fixée du regard. C’est donc qu’il ne doit pas encore avoir renoncé à son projet! Mon Dieu, mon Dieu! Quelle importance de savoir qui épouser, cela est bien que celui-là soit riche! Je ne supplierai pas comme ma soeur Olga pour obtenir quelque bicoque et ne tremblerai pas pour le sort de mes enfants ». (p. 110)

– 21 avril- Après avoir dit qu’elle hésite toujours et que par moments son prétendant la dégoûte, elle continue de dire à son père qu’elle ne peut rien répondre parce qu’elle ne connaît pas assez Abram Abramovitch. Fin de la note : « Ah, comme je désirerais ne pas me marier ». (p.112)

– 4 mai – Abram Abramovitch prend le thé  chez eux. Il est gentil avec le chien de Varvara! Il dit qu’il a de la compassion pour les pauvres. Cela plaît à Varvara (p. 112)

– 20 mai. Varvara affirme : »Je sais sûrement  que je n’aimerai jamais Abram Abramovitch ». (p. 113)

Elle se dit qu’elle pourrait épouser un certain Soubbotine qui n’est pas riche : « Mais n’est-il pas vrai que j’ai horreur du luxe. Il est intelligent et je mets au-dessus de tout l’intelligence humaine. Ce qui me fait peur – il n’est plus jeune, alors que je suis encore une fillette. Mais n’est-ce pas de lui que dépend que je le respecte et l’aime plus que tous les autres? ». (p. 113)

– 5 juin – Sans avoir aucun sentiment pour Abram Abramovitch, elle voudrait connaître un amour fort et violent qui soit partagé.

19 juillet – « Il semble que c’est la fin. J’épouse Abram Abramovitch Morozov. J’ai décidé de me sacrifier. Mais aurai-je assez d’énergie pour supporter l’horrible sort qui m’attend? À quoi bon des mots? Je ressens à cet instant les choses de façon si violente que toute parole, toute expression sera faible. Adieu, ma jeunesse, adieu, mon bonheur! Je vais bientôt cesser de vivre pour moi et commencerai à vivre pour les autres ». (p. 114)

6 septembre – elle se dit prête à accepter d’épouser Abram : « Est-ce que je serai heureuse avec lui? J’en doute! Mais malgré tout je tâcherai d’être une femme honnête et bonne ».  (p. 114)

– 11 décembre – elle est dégoûtée par Abram qui vient demander solennellement sa main. Elle accepte, mais est dans la plus grande confusion intérieure (p. 115)

15 déc. – Varvara écrit une lettre à Abram où elle déclare ne pas vouloir l’épouser. Scandale dans son entourage et dans Moscou qui se gausse d’Abram. Les rapports avec son père Khloudov deviennent conflictuels, elle est prête à quitter la maison et à travailler … comme actrice!

ANNÉE 1867

– 12 janvier 1867. Varvara voit Abram Abramovitch au théâtre. Elle trouve que sa vie à elle est horrible et sans intérêt; elle pense qu’il serait mieux pour elle de l’épouser. (p. 132)

– 17 janvier – Elle se rend compte qu’Abram Abramovitch n’a pas cessé de s’intéresser à elle.

– 24 janvier « Abram Abramovitch n’a pas cessé de me zieuter » (p. 134). Il la « mange des yeux » et elle, elle fait semblant de flirter avec d’autres (p. 135)

Le journal se termine le 24 janvier 1867 et l’on ne saura donc rien des épousailles de Varvara Alexéïevna Khloudova et d’Abram Abramovitch Morozov, le père des trois fils Morozov, Mikhaïl, Ivan, Arséni.

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De la page 163 à 154 se trouvent des documents concernant « le mariage, la maladie et le décès du mari » de Varvara Alexéïevna Morozova.

– Il y a d’abord un succinct résumé du Journal intime de Varvara Alexéïevna concernant les péripéties des rapports des jeunes Varvara et Abram  (voir mon résumé ci-dessus)

Il ne s’est conservé aucun document de leur union.  Trois fils naissent de ce mariage dont les deux collectionneurs Mikhaïl et Ivan Morozov.

En 1881 apparurent les premiers signes de démence chez Abram Abramovitch.

 – Suit un extrait des mémoires de Nikolaï Varentsov, lui-même marchand et entrepreneur moscovite. Il raconte les spéculations qui ont permis à Abram Morozov de s’enrichir considérablement avec la manufacture de textile de Tvier’. Cela lui a tourné la tête et il a commencé à acheter compulsivement. Le père de Varvara Alexéïevna, fit venir les meilleurs médecins pour vérifier la santé mentale d’Abram Abramovitch. Ces médecins diagnostiquèrent une folie incurable.

– Est cité  un document officiel du 30 novembre 1881, adressé au tribunal moscovite de l’orphelinat où il est consigné que Varvara Alexéïevna a déclaré officiellement le 31 janvier 1881 l’état mental de son mari. En vertu de quoi le Tribunal « a reconnu celui-ci comme atteint de paralysie progressive, sujet à la démence pendant les débuts d’une débilité paralytique ».

La « paralysie progressive » était une maladie mentale, conséquence d’une encéphalite syphilitique. Le document, confirmé par le Sénat gouvernemental, déclare que les biens d’Abram et de Varvara Morozov, dans les gouvernements de Nijni Novgorod, de Tvier’ et de Vladimir doivent être mis sous tutelle ». (p. 166)

– Un autre document décrit la déclaration de Varvara Alexéïevna concernant leurs biens immobiliers à Moscou. Il lui est demandé officiellement « de protéger tous les biens appartenant à son mari et de prendre soin de la personne de ce dernier ». (p. 167)

– Le 4 décembre 1881, elle est déclarée tutrice des biens de son mari. (p. 167)

– Le 5 janvier 1882 elle dit que son mari habite Moscou dans sa famille et qu’elle prenait soin de lui. Elle demande d’être la tutrice de tous les biens, ce qui lui est conféré le 8 mars 1882, quelques jours après la mort d’Abram Abramovitch. Elle dut défendre son droit dans le gouvernement de Vladimir qui ne voulait pas se soumettre aux décisions de Moscou.

Une liste des biens d’Abram Abramovitch est donnée p. 167-168

– Voici l’annonce nécrologique dans Les Nouvelles de Moscou, N°58 de 1882 :

« Varvara Alexéïevna Morozova et ses enfants ont la profonde tristesse d’annoncer le décès de son mari [et leur père] Abram Abramovitch Morozov le 25 février 1882 à minuit. Les services funèbres auront lieu dans sa maison à 9 heures du matin et à 6 heures de l’après-midi. L’enlèvement du corps aura lieu le 28 février. Le service funèbre et l’inhumation auront lieu dans le monastère de Tous les Saints, à l’octroi Rogojski » (p. 168)

– P. 169-170 est publié le testament qu’Abram Abramovitch Morozov, père des collectionneurs Mikhaïl et Ivan Morozov, a fait en 1879 (à l’âge de 40 ans) :

1) Il désigne comme exécuteurs testamentaires et tuteurs de ses enfants son épouse Varvara Alexéïevna, deux commerçants et un noble.

2) Il lègue à son épouse 500.000 roubles et lui demande d’organiser ses funérailles. « Connaissant l’inclination de mon épouse pour la bienfaisance, la meilleure cause, selon moi, de la charité est l’aide aux pauvres, l’organisation et l’entretien des écoles, des hospices et de la tutelle, et les dons aux églises, mais elle peut disposer de l’argent comme étant sa propriété selon son propre jugement, sans l’utiliser pour la cause philanthropique ». (p. 169)

3) Abram Morozov lègue la totalité de ses biens et son argent « à mon épouse et à nos enfants, afin que chacun d’eux reçoive le quart de l’héritage à leur majorité légale et, jusqu’à ce moment, cette part de l’héritage doit être gérée par mon épouse et les exécuteurs testamentaires Tchibissov, Chtchégliaïev et Smirnov, et, avant leur majorité, je lègue à mes enfants, aux soins de mon épouse, 40.000 roubles par ans venant du rapport des parties de la propriété qui leur est léguée. Et s’il y a des reliquats, il faut les engager avec des pourcentages jusqu’à la majorité (et ils ne portent pas la responsabilité de la baisse du cours des papiers ». (p. 170)

– Par un acte notarial du 7 juillet 1883 les conditions du testament sont exécutées : Varvara Alexéïevna et ses fils reçoivent le quart de la fortune mobilière, immobilière et financière de leur mari et père Abram Abramovitch Morozov.

Suit l’énumération de tous les biens.

– Devenue propriétaire d’une énorme manufacture,  Varvara Alexéïevna déménage en 1885 et achète un hôtel particulier 14 rue Vozdvijenka avec trois parcs, 23 pièces au rez-de-chaussée et 19 au sous-sol, avec une salle pouvant contenir 200 à 300 personnes. Elle y a reçu le Tout-Moscou intellectuel progressiste. C’est l’architecte alors à la mode, Roman Klein, qui avait construit cet hôtel particulier. Varvara Alexéïevna lui commanda aussi quelques uns de ses projets de bienfaisance, en particulier l’Hôpital oncologique Morozov près l’Université de Moscou, des logis sociaux, des hôpitaux  près la Manufacture de Tvier’ et toute une série de bâtiments construits qu’elle finança.

TOME II

Ce tome est consacré :

1) aux activités de bienfaisance de Varvara Morozova et de sa parentèle;

2) à la Manufacture des Morozov à Tvier’;

3) à V.M. Sobolievski, le mari civil de Varvara, rédacteur du quotidien Rousskiyé viédomosti (Le Nouvelles de Moscou);

4) à l’activité socio-politique de Varvara Alexéïevna;

5) aux enfants de Varvara et à leur famille;

6) à la mémoire de Varvara Morozova.

I- Sont publiés des documents, des échanges de lettres avec les ministres de l’instruction publique I. Délianov et le comte Kapnist concernant le financement par Varvara Alexéïevna et les membres de sa famille, d’oeuvres de bienfaisance,

– la Clinique psychiatrique A.A. Morozov près l’Université impériale,

– l’Institut Morozov  pour guérir ceux qui souffrent de tumeurs cancéreuses

– le Jardin Botanique près l’Université

– le Musée des Beaux-Arts Alexandre II (aujourd’hui Pouchkine), financé par Mikhaïl Morozov (mais pas par sa mère).

– l’École des métiers V.A. Morozova

– la Seconde École élémentaire de filles Rogojskoïé

– la Première Salle de lecture à la mémoire d’Ivan Tourguéniev

– la Bibliothèque publique du ziemstvo du district de la ville de Kline V.A. Morozova

– des écoles de villages dans plusieurs régions de l’Empire russe

– financement d’une nourriture chaude dans les écoles de villages.

II – Sont éditées des lettres de personnalités (dont le professeur d’économie politique Tchouprov qui, entre autre, a dirigé les travaux universitaires de Kandinsky dans les années 1880) qui demandent des aides financières;

– soutien financier à la Société moscovite des éducatrices et des institutrices, à la Société pan-russe des universités populaires, à l’Université populaire Chaniavski, à la Société des subsides aux étudiants nécessiteux de l’École technique impériale;

– sponsorise la construction du bâtiment des Cours ouvriers de la Pretchistenka;

– suit la liste des « Dépenses de bienfaisance de Varvara Alexéïevna Morozova » (p. 144-150).

– Tout un chapitre, de la page 151 à la page 249 est consacré à la manufacture des Morozov à Tvier’, de sa création en 1858 à 1917. Sont publiés les procès-verbaux des assemblées entre 1860 et 1871. Apparaît alors le nom de Varvara Alexéïevna Morozova parmi les propriétaires de la manufacture. Sont relatés l’histoire des révoltes et des grèves entre 1885 et 1899, les événements dans la fabrique lors de la révolution de 1905.

Le 1er mars 1906, il y avait 5886 ouvriers et 3582 ouvrières; 336 adolescents et 87 enfants, 95 garçons mineurs et 51 filles mineures, en tout donc 10.037 personnes.

Est indiquée l’activité philanthropique de Varvara Alexéïevna.

– Tout un chapitre est consacré, de la page 251 à la page 288, à Vassili Mikhaïlovitch Sobolievski (1846-1913), rédacteur pendant 30 ans des Rousskiyé viédomosti [Les Nouvelles russes], mari concubin de Varvara Alexéïevna et père de ses deux autres enfants Gleb et Natalia (portant le nom de Morozov), donc demi-frère et demi-soeur de Mikhaïl, Ivan et Arséni Morozov.

– publication d’articles sur Vassili Sobolievski, d’origine noble, qui montrent une personnalité exceptionnelle. Il lisait les classiques latins, parlait le français, l’anglais et l’allemand, avait suivi un cursus universitaire en Allemagne, à Paris et à Londres.

Son journal était proche des idées socio-démocrates. C’était un organe de l’intelligentsia, un des premiers à être indépendant. Il défendait la justice, la presse, l’égalité des femmes, la liberté de religion, les droits de la paysannerie, le droit de possession de la terre.

Varvara Alexéïevna et Sobolievski recevaient en particulier des écrivains, dont Tolstoï et Tchekhov.

Les articles sont passionnants mais, selon moi, n’apportent pas d’éléments utiles pour comprendre la Collection Morozov.

– De la page 289 à 326, on trouve des extraits de mémoires sur Varvara Alexéïevna, écrits par sa fille,  Natalia Vassilievna Morozova-Popova,  et par sa belle-fille, Margarita Kirillovna (J’ai traduit ces passages précédemment)

– Sont publiées quelques lettres de Varvara Alexéïevna avec des écrivains et des artistes, dont le futur Prix Nobel Ivan Bounine (deux lettres de 1912 et 1917), ainsi qu’avec Tchekhov;

– Un dossier est consacré à la famille de Varvara Alexéïevna; sont publiées plusieurs lettres de Tchekhov à celle-ci et à Sobolievski.

– Est détaillée l’activité de Varvara Alexéïevna pour l’instruction.

– Puis sont traités ses liens avec l’opposition politique de l’époque et publiés des documents de la police en 1905 mentionnant que Varvara Morozova et sa belle-fille Margarita Kirillovna recevaient les réunions des opposants (p. 318-320) [Voir à ce sujet les passages des mémoires de Margarita Kirillovna précédemment traduits]

– Le chapitre suivant est consacré aux « Enfants de Varvara Alexéïevna Morozova » et à leurs familles (p. 327-450).

Sont concernés :

– Mikhaïl Abramovitch et son épouse Margarita Kirillovna, leurs enfants Guéorgui, Éléna (épouse Klotchkov), Mikhaïl et Maria;

– Ivan Abramovitch;

– Arséni Abramovitch;

– Gleb Vassiliévitch;

Natalia Vassilievna Morozova-Popova

– Sur Mikhaïl Abramovitch (1870-1903) sont donnés l’acte de naissance et un article qui lui est consacré.

Parmi les inédits, l’article d’un certain  N. Rok<chanine>, « Iz Nijniévo Novgoroda. Otcherki i snimki » [Depuis Nijni Novgorod. Essais et photographies], Novosti i birjévaïa gaziéta [Les Nouvelles et le journal de la Bourse], 1897, N° 210 :

« La réputation de ce Morozov est plutôt celle d’un feuilletoniste de gazette que d’un commerçant rompu aux affaires. Mikhaïl Abramovitch est un grand amateur de littérature : il lui accorde volontiers tous ses loisirs, il ne répugne pas de collaborer avec les journaux, de briller par quelque livre spirituel, il a même, semble-t-il, écrit il n’y a pas si longtemps un drame. À Moscou, on le connaît comme un habitué des premières théâtrales, comme un monsieur fort aimable, qui a une maison luxueuse avec une belle entrée, comme un brave garçon qu’on a plaisir à rencontrer dans les  théâtres et les restaurants ». (p. 330)

Sont publiés des extraits des mémoires de Margarita Kirillovna [J’en ai traduit davantage…], l’article nécrologique de Diaghilev [traduit précédemment].

 

– Lettre de Valentin Sérov à Margarita Kirillovna du 11 mai 1911 :

« Très estimée Margarita Kirillovna,

Je vous remercie beaucoup pour le portrait de Mikhaïl Abramovitch[2].

Vous avez toujours été bonne à mon égard, ce que je n’oublie jamais.

Le portrait est arrivé normalement et je l’ai placé dans mon appartement du Pavillon russe[3] (ce qui n’est pas mal relativement aux autres).

Je suis satisfait de ma propre exposition, c’est-à-dire de ce qui est exposé et de la façon dont cela l’est.

Les pièces ne sont pas grandes – il y a peu d’oeuvres, mais assez solides, et il n’y a pas l’élément style magasin, dont souffrent toutes les expositions de manière générale et, en particulier, l’exposition internationale d’ici – bien entendu, sauf exception des exceptions. Et puis les expositions elles-mêmes ne siéent pas à Rome, si vous la connaissez.

Je n’ai pas parlé (pardon!) de l’accompagnateur, car c’est Chtcherbatov[4] qui se trouve depuis longtemps auprès de Diaghilev ». (p. 341)

– p. 342-343

« Déclaration de la veuve de l’assesseur de collège Margarita Kirillovna Morozova au Conseil de la Galerie d’art municipale Paviel et Sergueï Trétiakov

Mon défunt mari Mikhaïl Abramovitch Morozov a exprimé de son vivant le désir que sa collection de tableaux d’artistes russes et étrangers devienne par la suite la possession de la galerie d’art Paviel et Sergueï Trétiakov. Pour exécuter cette volonté du défunt, je présente ici l’inventaire des dits tableaux, en tout quatre-vingt trois pièces, et je déclare que je les transmets à la galerie comme propriété; quant aux autres, ci-dessous dénommées, trente trois tableaux, elles restent dans mon usage et devront entrer dans la galerie après ma mort; si, avant cela, des cas de détériorations ou de pertes pouvaient se produire en dehors de ma volonté, la responsabilité ne doit pas m’en être imputée.

Liste des tableaux que je garde pour mon usage personnel :

(Numéros selon la liste)

17- Golovine, Le Palais d’hiver

32- Benois, À Versailles

35- Sérov, Portrait de M.A. Morozov

46- Somov, Baigneuses

55-58- Lévitane, 4 études

63- Konstantine Korovine, Moulins

64- Lévitane, Début du printemps

69- Gabriel von Max, Matin

70- Sergueï Korovine, Vers la Trinité

73- Corot, Paysage

74- Diaz de la Peña, Une plaine

75- Jongkind, Paysage

76- Rokotov, Portrait

77- Boudin, Paysage

78- Pointelin, Paysage

79- Rodin, Éva

80- Corot, Femme,

81- Vroubel, La tsarine-cygne

82- Gallen, Paysage finlandais

83- Konstantine Korovine, Nord (gouache) »

– Trois annonces nécrologiques du décès de Mikhaïl Abramovitch, par la famille, par la Manufacture de Tvier’ et par la Société impériale musicale russe.

Traduction de l’annonce par la famille :

« MIKHAÏL ABRAMOVITCH MOROZOV est décédé paisiblement par la volonté de Dieu le 12 octobre à 13h30, ce que la famille du défunt fait savoir dans son profond chagrin aux proches et aux connaissances.

Les panikhides sont célébrées à 11h du matin et à 19h.

Service funèbre dans l’église du Voile de la Mère de Dieu qui se trouve chez Lievchine, mercredi 15 octobre. Enlèvement du corps à 9h du matin. Inhumation dans le monastère du Voile de la Mère de Dieu dans la maison Zolotarski, rue Dolgoroukov.

Il n’y aura pas d’invitation spéciale ». (p. 343)

-Est publié le testament de Mikhaïl Abramovitch (p. 344-346)

Le testament certifié est fait devant notaire par Mikhaïl Abramovitch le 22 septembre 1903, c’est-à-dire moins de trois semaines avant sa mort. Il lègue tous ses biens à Margarita Kirillovna.

– Est publié une lettre non datée d’Ivan Abramovitch Morozov à sa belle-soeur Margarita Kirillovna où il expose dans les détails les plus précis les problèmes posés par certains bien légués par son frère Mikhaïl, concluant que des parts de ces biens doivent être attribués aux enfants de Mikhaïl et Margarita, Guéorgui,  Mikhaïl, Éléna, Maria.

Ivan Morozov y apparaît comme pointilleux, soucieux de justice et des droits de la famille de son frère.

-Est publié un curriculum vitae détaillé, fourni officiellement à Margarita Kirillovna, « de l’assesseur de collège Mikhaïl Abramovitch Morozov, ordre de Saint-Stanislas de 3ème classe et de Sainte-Anne de 2ème classe, médaille d’argent portée sur la poitrine sur le ruban de Saint-André en mémoire du Souverain empereur Nikolaï Alexandrovitch » (p. 347-349).

– Extraits d’articles sur l’activité de Mikhaïl Abramovitch Morozov, p; 349-350

Seule mention sur la collection : « Mikhaïl Abramovitch était connu comme un grand amateur des beaux arts et sa seule collection de tableaux, dans laquelle sont rassemblés des chefs-d’oeuvre des artistes russes et étrangers, est des plus riches ». (Revue Istoritcheski viestnik [Le Messager historique], 1903, N° 12)

– Suit un chapitre sur Margarita Kirillovna (1873-1958), p. 351-366, où sont donnés des extraits de ses mémoires (que j’ai résumés précédemment).

– Est publié un passage du célèbre livre du non moins célèbre penseur paradoxaliste Vassili Rozanov, Ouiédinionnoïé (Esseulement, traduit en français à l’Âge d’Homme en 1980) Il s’agit d’un brillant éloge de Margarita Kirillovna, comme sponsor, organisatrice  de la Société de philosophie religieuse à la mémoire de Vladimir Soloviov et de la revue de philosophie religieuse Pout’[La Voie]. (p. 358-359)

– Suivent des documents sur l’activité philanthropique de Margarita Kirillovna.

– Un chapitre est consacré au « Destin de Margarita Kirillovna Morozova après la révolution » (p. 363-366).

Est publié un document du Narkompros de la République de Russie, adressé à « la citoyenne Morozova » le 17 août 1918, signé par Natalia Trotskaïa [épouse civile de Trotski], directrice de la Section des musées et de la protection de l’art et des antiquités, demandant à Margarita Morozova de remettre 10 tableaux et une sculpture à la Galerie Trétiakov.

Margarita Kirillovna a vécu après la Révolution d’Octobre, jusqu’à sa mort,  dans un modeste appartement moscovite avec sa soeur Éléna.

– Suivent des chapitres sur les enfants de Mikhaïl et de Margarita avec publication de lettres de différents points du monde.

-Guéorgui (1892-1958) mort en Tchéquie;

-Éléna (1895-1951) émigrée en France;

-Mikhaïl (1897-1952) écrivain et spécialiste, entre autre, de Shakespeare, fils préféré de sa mère (sont publiés l’Autobiographie de Mikhaïl, p. 377-378, les souvenirs de sa troisième femme E.M. Bouromskaya, p. 381-386, et de Margarita Kirillovna, « Sur mon fils », p. 386-390).

-Maria (1904-1964) émigrée aux États-Unis

-Sont publiés, p. 393-394, des extraits des mémoires du philosophe Fiodor Stepun- Suit un « Compte général du capital et des papiers de valeur de Margarita Kirillovna Morozova et de ses enfants depuis 1906, 1912-1917 », p. 395-397

CHAPITRE SUR IVAN ABRAMOVITCH MOROZOV (1871-1921)

 

– Copie de son acte de naissance de 1871 :

« Ioann. Parents – le bourgeois notable héréditaire Abram Abramovitch Morozov et sa femme légitime Varvara Alexéïevna, tous les deux de confession orthodoxe. Parrain et marraine – le bourgeois notable héréditaire, conseiller de manufacture et chevalier Alexeï Ivanovitch Khloudov et la marchande Pélaguéïa Iakovlevna Tchernychéva.

Archiprêtre Bérézine. D. Skvortsov. P. Smirnov.

Est né le 27 novembre, baptisé de 2 décembre ».

– Sont publiés divers documents sur l’activité philanthropique d’Ivan Morozov qui n’apportent rien de nouveau (p. 398-400)

– p. 400-408, extraits des textes de Boris Ternovets [que j’ai traduits précédemment]

– Extrait du livre d’Igor Grabar Moïa jizn’ [Ma vie], p. 408-409 :

« Les plus importants collectionneurs de Moscou étaient Sergueï Ivanovitch Chtchoukine et Ivan Abramovitch Morozov, mais le premier collectionnait exclusivement les oeuvres des Français les plus récents, tandis que le second collectionnait principalement les Français, n’achetant que rarement des Russes. En 1913, il ne les achetait même plus […]

Ivan Morozov était un tout autre type de collectionneur. Comme tous les collectionneurs, il a commencé modestement, en achetant tout d’abord des choses « tranquilles » et ce n’est que progressivement qu’il est passé à des novateurs plus tranchés. Tout d’abord, il n’a acheté que des Russes, passant aux Français assez tard.

Parmi les Russes, il aimait par-dessus tout Konstantine Korovine et Golovine qu’il a collectionné de façon exhaustive. À l’opposé de Chtchoukine, il achetait systématiquement, de manière planifiée les lacunes qui apparaissaient; c’est pourquoi sa collection ne saillait pas de façon inattendue de quelque côté, comme la collection chtchoukinienne, mais, en revanche, on n’y sentait pas un tempérament passionné comme dans cette dernière. Sa collection n’est pas bruyante, comme la chtchoukinienne, elle ne fait pas mourir de rire le public, ni s’indigner, mais ceux qui aiment et comprennent l’art se délectent et ici et dans cette dernière.

Laquelle est la meilleure? Il n’est même pas possible de le dire. Dans les deux il y a des chefs-d’oeuvre. Mais peut-être qu’il y en a davantage chez Chtchoukine. La Collection Morozov, en comparaison, est une collection en sourdine. Et Ivan Abramovitch lui-même était un homme calme, en comparaison avec un Chtchoukine énergique, tonitruant et riant aux éclats. Il n’était pas du tout snob et, vers la fin, il collectionnait par besoin intime, sans souci d’ostentation, pas pour les autres, mais pour lui personnellement. Il a craint seulement que l’on ne l’éloignât de son hôtel particulier quand ce dernier se transforma en musée national et il fut indiciblement heureux quand eut lieu sa nomination comme vice-directeur du musée.

J’ai demandé à Ivan Abramovitch d’entrer dans le Conseil de la Galerie Trétiakov. Il a refusé catégoriquement car il n’aimait pas les honneurs et ne se considérait pas comme utile à la Galerie ».

  1. Grabar’, Moïa jizn’. Avtobiografiya, Moscou-Léningrad, 1937, p. 244-246

  1. 409, M.A. Dodoliev, « Morozovy v Italii » [Les Morozov en Italie], in Morozovy i Moskva, Moscou, 1998, p. 256-257

« Ses connaissances dans le domaine de la théorie […] firent d’Ivan Abramovitch Morozov un juge consultant irremplaçable dans le domaine de la peinture de chevalet […] Dès le 16 mars 1902, il fut élu membre du comité directeur de la Société moscovite des amateurs de l’art. Sa passion pour rechercher des tableaux le faisait souvent voyager à l’étranger. Sans aucun doute, sa connaissance de l’art italien de l’époque de la Renaissance l’aidait à trouver des critères objectifs pour découvrir de nouveaux artistes et évaluer les tableaux.

Le recueil d’articles d’Ivan Morozov « Sur l’art en général et la poésie en particulier », publié à Pétersbourg en 1910, a démenti les représentations ignorantes de la Russie et de la culture russe comme “non originale et imitative“. » [Fake news : On sait, grâce à Natalia Sémionova que cet Ivan Morozov n’a rien à voir avec notre collectionneur]

– Suit p. 409-410 un extrait de l’article nécrologique d’Abram Éfros

– Extraits des mémoires du critique théâtral Youri Bakhrouchine (1896-1973), fils du célèbre collectionneur d’oeuvres théâtrales qui a donné son nom au célèbre Musée du théâtre Bakhrouchine à Moscou.

« Parmi les représentants du capitalisme moscovite, mon père n’avait qu’un seul ami proche, Ivan Abramovitch Morozov. Il était impossible d’être indifférent à ce gros sybarite rose. Une constante bienveillance et bonhommie pénétraient de part en part ce brave homme indolent […] Lorsque j’étais enfant, j’aimais beaucoup Ivan Abramovitch Morozov. Il ne me faisait jamais aucun cadeau, il ne me gâtait pas, mais dans sa manière de parler avec moi il y avait toujours une certaine camaraderie, mais pas de paternalisme, ce que j’appréciais beaucoup. Il venait chez nous lors des dîners d’invitation,  et aussi tout simplement. Chaque fois, il examinait longuement la galerie de tableaux de mon père, faisait des remarques, se lançait dans des réflexions. Il était extraordinairement heureux que je fasse de la peinture et, chaque fois, s’intéressait à mes progrès.

– Moi, aussi, d’ailleurs, j’ai fait de la peinture, se souvenait-il : lorsque je terminais mes étude à l’université de Heidelberg, je prenais, chaque minute libre, ma boîte de couleurs et allais peindre des études dans les montagnes. Ce sont mes meilleurs souvenirs. Mais pour devenir un vrai peintre, il faut beaucoup, beaucoup travailler, consacrer toute sa vie à la peinture. Autrement, rien ne réussit. Il y aura un sens seulement quand tu regarderas tout dans la vie avec des yeux de peintre et cela n’est pas donné à tout le monde. Eh bien, cela ne m’a pas été donné et je dois m’enthousiasmer pour le travaux des autres et ne pas travailler moi-même. En art, le plus terrible, c’est la médiocrité. L’absence de talent est meilleure – au moins, elle ne trompe pas.

Et voilà qu’Ivan Abramovitch s’est rendu régulièrement à l’étranger et a acheté à Paris pour sa collection des toiles d’artistes français, concurrençant en cela l’autre Moscovite, Sergueï Ivanovitch Chtchoukine. En quelques années ces deux Moscovites ont transformé deux collections privées en resserre d’importance mondiale. Quand, à Paris, un touriste investigateur exprimait son mécontentement de voir que dans les musées de la capitale du monde les impressionnistes français étaient si mal représentés, il recevait cette réponse décontenancée :

– Que voulez-vous? Les meilleurs travaux de ces peintres se trouvent à Moscou chez Chtchoukine et Morozov. Nous sommes même obligés d’y envoyer nos artistes qui veulent se spécialiser dans l’impressionnisme! […]

Morozov aimait la vie et savait vivre. Ses tableaux ne l’ont pas transformé en chevalier avare[5], il ne renonçait ni à la fréquentation des théâtres, ni à celle des stations balnéaires, ni à celle de ses connaissances, ni à celle des restaurants. De ce point de vue, le restaurant « Yar » a joué un rôle décisif dans sa vie.

Un jour, alors qu’il était au « Yar », Morozov qui n’était plus tout jeune fit la connaissance d’une petite choriste de restaurant. La jeune fille, très jolie et résolue, produisit une impression inattendue sur ce célibataire endurci qui en avait vu d’autres. Commença tout d’abord un léger flirt, ensuite la cour et après un roman. Morozov dissimula soigneusement cette liaison, mais chaque jour il sentait de façon de plus en plus aiguë l’importance de cette jeune femme dans sa vie. Il désirait se confier, épancher son âme auprès de quelqu’un. C’est mon père sur qui tomba le choix de Morozov, car il connaissait la liaison de nombreuses années de son ami, et n’est-il pas vrai qu’il n’y a point de feu sans fumée! Mon père fut présenté à la jeune femme Evdokiya Serguéïevna, alias Dossia, comme on l’appelait chez « Yar ». Des rencontres régulières commencèrent, Dossia plaisait chaque jour davantage à mon père – elle était modeste, ne cherchait pas à participer à des conversations sur des sujets où elle ne comprenait rien, elle était gaie et pleine de joie de vivre, il n’y avait en elle pas la moindre vulgarité.  Mon père en parla à ma mère et ils décidèrent de faire le bonheur  d’Ivan Abramovitch Morozov. Ma mère fit également la connaissance de Dossia; après l’approbation de ma mère, mon père commença à avoir de sérieuses conversations avec son ami et le persuada de formaliser sa relation et de donner son nom à Dossia. Morozov hésitait, non pas parce qu’il jugeait ce pas indigne de sa propre dignité, mais parce qu’il craignait de mettre Dossia dans une position pénible si soudain la société allait refuser de la recevoir dans son milieu et qu’ils deviennent des parias. Mon père n’était pas d’accord et confirma  ses paroles par des preuves, en lui indiquant Ivan Voukoulovitch Morozov, marié à la ballerine  Vorontsova, Mikhaïl Serguéïévitch Karzinkine qui avait choisi comme compagne de sa vie Yatchmiéniova dans ce même ballet, Alexandre Serguéïévitch Karzinkine, mari de la ballerine Adelina Juri – tous, ils ont vécu heureux et n’ont pas été l’objet d’ostracisme. Ivan Abramovitch, en suivant ce même chemin, mit en avant  le  troisième Karzinkine, Sergueï Serguéïévitch, qui avait une liaison de plusieurs années avec la ballerine Nékrassova. Mon père eut un contre-argument raisonnable en faisant remarquer que le cas de Sergueï Serguéïévitch était particulier, car il était le père d’une nombreuse famille[6] et sa liaison avait lieu du vivant de sa propre femme. Ivan Abramovitch mit alors en avant une dernière considération : qu’on le veuille ou non il y a une grande différence entre une artiste du ballet impérial et une choriste du « Yar »; on a l’habitude de considérer avec raison les choristes du « Yar » comme de créatures gentilles, mais perdues. Contre ce dernier argument, mon père employa un dernier moyen – le point de vue de ma mère. Tôt ou tard, mais un beau jour, Ivan Morozov capitula et ses noces eurent lieu sans bruit superflu dans une petite église moscovite, après quoi les jeunes gens partirent pour l’étranger.

La moitié de l’affaire était faite, mais seulement la moitié – il restait encore le plus difficile, « lancer » Dossia dans le monde. Cette procédure se passa dans notre maison lors d’un dîner d’invitation spécial. La Moscou marchande mondaine accueillit la jeune Evdokiya Serguéïevna avec retenue, avec une méfiance manifeste, surveillant attentivement la façon dont elle mangeait, parlait et se tenait. Mais la jeune Morozova se tint si simplement, fit tout avec tant d’aisance, comme si toute sa vie elle n’avait eu commerce qu’avec une telle société. À la fin du repas, les coeurs les plus condescendants s’adoucirent et les jeunes gens reçurent plusieurs invitations. La bataille était gagnée. Et au bout de quelques années, Evdokiya Serguéïevna devint membre à part entière du grand monde moscovite et la seule chose qui lui resta attachée toute sa vie, c’est son nom de Dossia ».

(You. A. Bakhrouchine, Vospominaniya [Mémoires], p. 280-284)

Evdokiya Serguéïevna Morozova (née Kladovchtchkina, nom de scène Lozenbek) (1885-1951) est inhumée près de Paris. Sérov a fait son portrait en 1908, dont un critique a pu écrire : « C’est un vrai portrait, magnifique, mais, vraiment, aucune caricature n’aurait pu, selon moi, être plus méchant ». (p. 410)

– Extrait des mémoires de N.A. Varentsov (p. 414) où il est dit qu’Ivan Morozov s’est suicidé à Berlin en s’ouvrant les veines dans sa baignoire [ Fake news caractérisée].

– Chapitre sur le dernier fils de Varvara et Abram Morozov, Arséni (1873-1908). Est donné son acte de naissance, p. 415

Arséni Abramovitch est surtout connu à cause de l’édification de son hôtel particulier 16 rue Vozdvijenka, qui se voulait une variante moscovite de la  Casa de las Conchas à Salamanque. Arséni voyagea en Espagne et au Portugal avec l’architecte, imprégné de mysticisme, Viktor Mazyrine, pour créer son hôtel particulier en un style éclectique mauresque-plateresque. (p. 415-417)

Sont décrites les péripéties de la vie sentimentale d’Arséni qui reste un personnage énigmatique (p. 418-420)

Après la Révolution d’Octobre, l’hôtel particulier d’Arséni Abramovitch Morozov fut envahi par les anarchistes, mais, à l’été 1918, ils sont chassés par la Tchéka. À partir de 1918, il fut occupé par le « Club de Moscou » et le théâtre du Prolietkoult. Il fut alors fréquenté par les écrivains, le monde artistique et intellectuel. En 1928, ce fut la résidence de l’ambassade japonaise, au début de la Seconde guerre mondiale, c’est le siège de l’ambassade anglaise, puis de l’ambassade indienne. À partir de 1959, ce fut la Maison de l’Amitié.

– Extrait des mémoires de Margarita Kirillovna [que j’ai traduits précédemment]

– Est décrit le contenus de l’immense bibliothèque d’Arséni Morozov (p. 421-423) qui touche tous les domaines de la pensée humaine.

– Gleb Vassiliévitch Morozov (1886-), fils de Varvara Alexéïevna et de Vassili Sobolievski qui l’a reconnu, mais le nom de Morozov a été conservé.

Série de documents officiels concernant les études de Gleb, son mariage. Émigra en 1924 en Allemagne.

– Natalia Vassilievna Morozova-Popova (1887-1971), p. 433-444

Différents documents sur ses études, ses problèmes avec la police au moment de la révolution de 1905, ainsi que dans les années 1930 dans la Russie soviétique.

Sont publiés des souvenirs sur elle et son mari Popov,  la correspondance de son cousin Sergueï Khloudov dans les années 1950.

– Chapitre sur les descendants de Natalia et Gleb Morozov, p. 444-450

— Chapitre à la mémoire de Varvara Alexéïevna Morozova, p. 451-458

– Article nécrologique :

« Varvara Alexéïevna Morozova, par la volonté de Dieu, après une brève maladie, est paisiblement décédée, le 4 septembre <1917> à 9h. du matin, ce dont ses fils, sa fille et ses petits-fils, dans leur profond chagrin,  informent ses parents et connaissances. Les panikhides sont célébrées à 12h. et à 18h. Le jour de l’inhumation sera annoncé spécialement ». [Rousskiyé viédomosti (Les Nouvelles russes), 1917, N° 203, p. 1]

Dans le même journal, sont décrites les funérailles (N° 206, p. 6)

– Suit un chapitre sur le sort après la Révolution d’octobre des organisations fondées et subventionnées par Varvara Morozova (p. 455-456)

– Est décrit comment la mémoire de son activité philanthropique est remise à l’honneur à partir de la chute de l’URSS.

– En Annexe sont décrites les dépenses faites par Varvara Alexéïevna pour de nombreuses organisations de Moscou, de Tvier’ et pour différentes personnes (p. 459-468). Sont publiés ses comptes pour l’entretien de ses deux maisons (p. 468-476) et ses différents autres comptes (p. 476-485)

[1]  Notons ici qu’elle vivra en concubinage avec  Vassili Sobolievski (1840-1913), le directeur du quotidien moscovite libéral Rousskiyé viédomosti [Les Nouvelles de Moscou]  dont elle eut un fils et une fille. Le fils, Gleb, est né en janvier 1886, c’est-à-dire trois ans après la mort d’Abram Morozov.

[2]  Il s’agit du Portrait  de 1902

[3]  Il s’agit de l’Exposition internationale d’art à Rome en 1911

[4]  Le prince Sergueï Chtcherbatov (1874-1962), peintre et collectionneur,  auteur de mémoires sur la vie artistique russe au début du XXe siècle

[5] Le Chevalier avare est une petite pièce dramatique de Pouchkine (1836) mise en musique par Rachmaninov (1904-1906)

[6] Sergueï Serguéïévitch Karzinkine avait neuf enfants!