Auteur/autrice : Jean-Claude

  • Aux sources de la Volga – le Valdaï

    La Volga entre bulbes et bouleaux

    EN IMAGES – Cet été, notre série évasion vous emmène à la découverte des sources des grands fleuves. Après le Gange, voici la Volga qui, avant un périple de 3 700 kilomètres s’achevant dans la mer Caspienne, s’élance modestement d’une colline boisée du Valdaï, entre Saint-Pétersbourg et Moscou.
    Il s’est furtivement raclé la gorge. A cherché du regard l’assentiment de l’higoumène lui faisant face dans le réfectoire du monastère. Esquissé un sourire gêné. Enfin, il s’est lancé. Sous l’icône d’une Vierge éclairée par un rayon de soleil vespéral, le jeune moine a entonné d’une voix caverneuse et limpide ce chant que fredonnaient jadis tous les petits Russes:
    «De loin longuement coule la Volga, coule la Volga, sans fin ni bord. Parmi les blés mûrs, parmi les neiges blanches coule ma Volga et j’ai 17 ans. Ma mère m’a dit: “ Tout peut arriver, mon fils, peut-être te fatigueras-tu des routes, Lorsque tu rentreras à la maison, au bout du chemin, plonge tes mains dans la Volga”»…
    Nous saluons la performance en levant bien haut nos verres de kvas et de vodka au blé maison, puis reprenons, entrecoupée de toasts toujours plus enthousiastes, notre conversation avec l’archimandrite du monastère Nil Stolbenski (du nom de son fondateur), deuxième monastère orthodoxe le plus fréquenté au monde à la fin du XIXe siècle. Posés sur une petite presqu’île du lac Seliger, ses bâtiments, érigés dans la plus pure tradition pétersbourgeoise, sont un havre de paix fréquenté chaque année par des centaines de pèlerins. Plus de soixante moines y vivent et y travaillent sous l’autorité du père Arkadi. L’œil bleu pétillant derrière ses petites lunettes rondes, massif, l’homme est un cousin orthodoxe du rabelaisien frère Jean des Entommeures («Seigneur Dieu, donne-moi à boire!»). Ses propos n’en demeurent pas moins d’une grande clarté lorsqu’on lui demande de nous parler des sources de la Volga: «Vous les trouverez à quelques dizaines de kilomètres à l’ouest d’ici, de l’autre côté des 300 lacs qui arrosent la région du Valdaï. C’est un homme de Dieu, Nektari, qui les a découvertes et bénites au XVIIe siècle. Deux siècles avant que les scientifiques n’achèvent leurs calculs savants (en l’espèce: le Pr P.E. Beliavski) et ne confirment ce que le Seigneur lui avait révélé.» A peine sa phrase achevée, le père Arkadi se dresse soudain, nous attrape fermement par le bras et nous conduit, en cette heure de moins en moins chrétienne, à l’intérieur de la cathédrale du monastère, bâtie sur le modèle de celle de Saint-Isaac, à Saint­Pétersbourg. D’un geste autoritaire, il fait ôter la vitre et les tissus recouvrant la châsse de bois doré trônant devant l’iconostase et nous invite à baiser la relique exceptionnellement découverte: le crâne de Nektari en personne! L’homme qui mit à jour les sources de la Volga…
    Avant de rejoindre les lacs de Valdaï, la Volga n'est qu'un ruisseau au milieu d'une forêt sombre et impénétrable.
     

    Une heure plus tard, sous un ciel blanchi par l’aube naissante, nous quittons Arkadi avec sa bénédiction, ses indications topographiques et la promesse de saluer les moniales qui gardent le lieu sacré.
    La route conduisant jusqu’à l’endroit où naît le plus grand fleuve d’Europe n’en est pas vraiment une: une piste de terre et de graviers défoncée, déformée, parfois effondrée. Et déserte, à l’exception de quelques jeunes à vélo portant des tee-shirts patriotiques «drink vodka, not soda»() et de babouchkas sorties d’une nouvelle de Tchekhov ou d’un roman de Bounine – cheveux rassemblés sous un fichu coloré, robe sombre recouverte d’un tablier blanc, chaussons de teille, fagot sur l’épaule. Ici, la vieille Russie n’est pas un vain mot ni une vue de l’esprit. Ni les Suédois, ni les chevaliers Teutoniques, ni la Horde d’Or, ni la Wehrmacht, ni les Rouges, ni les prédateurs capitalistes n’auront réussi à changer en profondeur ce peuple des champs, des rivières et des forêts, éternellement insensible aux soubresauts du monde terrestre.
    Règne en ces lieux peu fréquentés le plus doux des vacarmes: des pommes de pin tombant des arbres, des mésanges sifflotant leur bonheur, des becs-croisés gringottant tout leur soûl. Serpentant au milieu de marécages et d’une forêt de conifères qui tutoient les nuages, le chemin cahoteux bute brusquement sur une clairière au sommet d’un monticule, à la sortie du village de Voronovo (une dizaine d’isbas traditionnelles plus ou moins habitées). Sur une pierre a été gravée cette adresse: «Pèlerin russe, prête ton attention à la source de la Volga. C’est ici que naissent la pureté et la grandeur de la terre russe. C’est ici que se trouvent les sources de l’âme populaire russe. Garde-les en toi.» Nous nous approchons silencieusement de la plate-forme de bois de quelques mètres carrés surplombant un marais aux eaux jaunâtres. Celui-ci (qui le croirait?) donne naissance au ru ridicule qui, bientôt, arrosera un tiers de la Russie d’Europe, ­léchera les murs de Tver, Iaroslav, Nijni Novgorod, Kazan, Volgograd (ex-Tsarytsine, ex-Stalingrad) et Astrakhan, prendra ses aises sur une largeur de près de un kilomètre, accueillera sur son cours inférieur des milliers de bateaux de croisière, excavera des sables désertiques brûlants et se jettera, à l’aide de ses vastes bras, dans le plus grand lac du monde, la mer Caspienne, après une course de 3 700 kilomètres (Madrid-Moscou!). Toute la force du seigneur des fleuves européens est ici, dans sa faiblesse, sa petitesse, sa modestie originelles.
    Dans le monastère d'Iversky, la présence de ces fervents fidèles témoigne d'une force vivifiante de l'orthodoxie dans la région.
    Une minuscule chapelle a été érigée: à l’intérieur, un trou symbolisant la source et une icône de saint Nicolas-le-Miraculeux. Un homme est assis là. Il prie les pieds dans l’eau, insensible aux dizaines de moustiques recouvrant son crâne et sa barbe blanche, qui le font ressembler à un starets de l’ère tsariste. Monarchiste, alcoolique repenti, Vladimir Federov a un peu plus de 60 ans et considère la Volga comme un fleuve aussi sacré que le Jourdain. Il n’est pas le seul. Des enfants sont régulièrement baptisés dans ce cloaque gonflé de petites bulles inquiétantes. Des femmes s’y lavent le visage et y trempent leurs lèvres. Des paysans y jettent des petits papiers pliés sur lesquels sont inscrits leurs vœux les plus chers. Tous les 6 janvier, au moment de la Théophanie (l’équivalent orthodoxe de notre catholique Epiphanie), une ­immense croix est creusée dans la glace formée par le général Hiver. Et en juin, une procession religieuse s’élance de la source de «matouchka Volga» («petite mère Volga») pour suivre, à pied puis en bateau, le cours du fleuve jusqu’à son delta.
    A quelques dizaines de mètres de ce sanctuaire dont les piliers sont recouverts de grappes d’œufs de grenouille verdâtres, la cathédrale de la Transfiguration-du-Sauveur domine la colline arborée où nous nous trouvons. Elle est placée, comme la petite église en bois Saint-Nicolas toute proche, sous l’autorité de l’higoumena Sofia. «Au monastère bâti ici en 1649 sur oukase d’Alexis (le second tsar ­Romanov), raconte-t-elle, a succédé un couvent qui porte le nom d’Olga, première sainte russe orthodoxe. A l’époque communiste, les bâtiments ont été transformés en étables ou en entrepôts de bois et de légumes, les croix et les icônes abattues et brûlées, les moniales enlevées et pour certaines emmurées.» Réhabilité, le couvent abrite toute l’année une poignée de moniales et quelques novices. L’hiver, personne ne s’aventure dans les parages, recouverts de plusieurs mètres de neige. Les femmes de Dieu demeurent seules. Enfin presque. «Un ours vit à un kilomètre d’ici. On l’aperçoit parfois quand nous partons cueillir des champignons au printemps», précise l’higoumena, que la perspective d’une attaque du plantigrade semble moins effrayer que celle de manquer les vêpres. Gambadent aussi alentour des loups et des élans. «Tâchez de ne pas en croiser un avec votre voiture: vous finiriez ratatinés», nous glisse­-t-elle avec un petit sourire, avant de regagner son austère isba – là où il y a de la simplicité, il y a une centaine d’anges, ­disent les orthodoxes.
    Au moment de l'été, le soleil ne se couche que quelques heures... Minuit l'heure du bain au coeur national du parc du Valdaï.
    Après le zoo, retour aux eaux. A peine s’est-elle affranchie des arbres et des herbages protecteurs l’entourant pour ses premiers mètres de liberté que la Volga perd pied et se noie dans un lac, puis deux, puis cinq, puis dix. Quarante kilomètres plein sud, quarante kilomètres plein est: elle n’en poursuit pas moins vaillamment son petit bonhomme de chemin sous­marin. A la surface, des îles, des monastères en bois ou en pierre et en brique rouge (faut-il le rappeler: krasnoié , en russe,­­ ­signifie à la fois rouge et beau…), des villages de pêcheurs (Zabelino, Selichtche), des plages, des datchas de notables ­moscovites, des saules venant pleurer dans ses ondes invisibles. A Peno, la voilà qui se glisse sous un pont et passe à proximité de la maison de Zinaïda Grigorievna Samoilova qui, chaque matin que Dieu fait, sort la saluer dignement: jamais, nous assure-t-elle, il ne lui serait venu à l’esprit l’idée de vivre loin du fleuve-mère. Enfin la Volga parvient à s’échapper de ses prisons lacustres et à gagner son autonomie. Dans la bourgade de Selijarovo, une ­rivière gonflée des eaux pures du lac Seliger, paradis des pêcheurs et des ­chasseurs, se joint à elle au pied d’une ­petite église que nargue une fière statue de ­Lénine érigée tout près, devant la mairie dont on s’attend à voir à tout instant sortir un Peppone local.
    Bientôt, la Volga régnera enfin. Mais ce sera une autre géographie. Et une autre histoire.

    L'écolo Eco Club Valdaï, idéal pour les familles.
     

  • Un chef-d’oeuvre absolu : « La Vierge en gloire » du Maître de Moulins, à Moulins

    images

    forum Marine d’Avel, écrivain

    Passant par Moulins…

    decottignies
    Ne demande jamais ton « chemin à quelqu’un qui le connaît, d i s a i t  R a b b i Nachman de Bratslav, car tu pourrais ne pas t’égarer. » Nous n’avons demandé notre chemin, ni aux rares personnes qui le connaissaient, ni aux autres dont le nombre était considérable, et nous sommes passés par Moulins. Moulins, son beffroi, ses ruelles pavées et ses maisons de guingois, son abbatiale et son retable marial…
    La Vierge du Maître de Moulins valait à elle seule non seulement un détour, mais qu’on traverse la France pour aller la contempler. Pour l’élégance de ses couleurs, pour la finesse des mains et pour le glacis de mystère qui émane du panneau central, elle bat à plate couture La Joconde . Mais la première se trouve à Moulins, tandis que la seconde est au Louvre. La première se mérite : une fois entrés dans la cathédrale, il faut trouver la salle latérale, dont la porte est ordinairement fermée, trouver les 3 € en petites pièces car le guide n’a pas de monnaie, supporter l’attente dans un vestibule étroit.
    Le dernier des imbéciles qui ne saurait pas où se trouve la Joconde trouverait dans toutes les salles du Louvre une image de Mona Lisa en noir et blanc pour lui flécher le chemin, assortie d’interdictions de photographier ou de pickpocketter. Contempler le Triptyque de la Vierge en gloirecommence par un doux supplice : le commentaire du guide. Il nous apprend beaucoup de choses, ce guide zélé, on ne peut même pas lui en vouloir : il nous apprend que le panneau central du retable représente le couronnement de la Vierge par deux séraphins, tandis que le disque d’or sur laquelle elle se détache, ainsi que le croissant de lune à ses pieds s’inspirent d’une citation de l’Apocalypse, partiellement reprise sur un ruban tenu par les deux anges du bas : « Voici celle dont les Écritures saintes chantent l’éloge : enveloppée de soleil, ayant la lune sous ses pieds, elle a mérité d’être couronnée de douze étoiles. »
    La Vierge présente au monde son fils : il s’échappe de son giron et esquisse avec désinvolture un geste de bénédiction. Les yeux mi-clos de sa mère enchâssent une intériorité silencieuse, en elle s’accomplissent l’ancienne et la nouvelle Alliances, ce que suggèrent les sept cercles d’un arc-en-ciel représenté dans la totalité. La ronde des douze chérubins, aux visages chafouins, pétris encore par le charme gracile de l’enfance, montent autour d’elle une garde de feu, une girandole de prière et de joie. Le guide évoque les deux donateurs à droite et à gauche du panneau central, mais on souhaiterait le silence. On voudrait rester là comme un arbre planté dans un champ qui voit s’incurver vers la terre la courbe de la Voie lactée, et descendre en gerbe dans les nuits d’été des incandescences d’étoiles filantes.
    La Vierge à l’Enfant vient vers nous, comme un étrange vaisseau spatial, propulsée hors du temps et de la galaxie par le disque d’or eucharistique sur lequel son trône de gloire est suspendu. Les premiers jours de la Genèse qui virent la création des grands luminaires, les premières pages des Évangiles, qui narrent la naissance du Verbe, consonent avec les dernières pages de l’Apocalypse et le triomphe tranquille de la Jérusalem céleste. De la peinture jaillit la symphonie de la Parole, qui se déverse elle aussi vers les spectateurs, sous la forme d’invisibles météorites. Des bribes de prophéties ou de psaumes semblent choir du retable : « pour vous qui craignez mon Nom, le soleil de justice se lèvera, portant la guérison dans ses rayons » , ou encore « jusqu’aux cieux ta splendeur est chantée », et aussi : « à voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme que tu en prennes souci ».
    C’est souvent quand on ne cherche plus qu’on trouve…
    La Vierge à l’Enfant vient vers nous, comme un étrange vaisseau spatial, propulsée hors du temps et de la galaxie par le disque d’or eucharistique sur lequel son trône de gloire est suspendu.
  • Russie-Occident: la sexualité, nouveau rideau de fer

     

    Russie-Occident: la sexualité, nouveau rideau de fer

    Russie-Occident: la sexualité, nouveau rideau de fer

    Russie-Occident: la sexualité, nouveau rideau de fer

    © Photo Alisa Volgina

    18:02 14/08/2013
    Par Mikhaïl Rostovski, RIA Novosti

    Le grand comédien Stephen Fry n’a finalement pas réussi à devenir l’initiateur d’une tragédie olympique. L’appel du célèbre défenseur des droits des homosexuels au boycott des Jeux olympiques de Sotchi n’a pas été soutenu par les dirigeants des pays occidentaux. Mais il est trop tôt pour mettre un point final à cette histoire.

    Les appels à boycotter l’Olympiade ne sont que le sommet de l’iceberg. Une nouvelle rupture de valeurs se forme sous nos yeux entre l’Occident et la Russie. Une rupture qui persistera dans les prochaines années, voire décennies.

    Début septembre 1999, j’étais très excité. Mon rêve de visiter la Nouvelle-Zélande était sur le point de se réaliser. Le nouveau premier ministre Vladimir Poutine partait dans ce pays pour assister au sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC). Et je faisais partie du groupe gouvernemental des journalistes.

    Au final, on nous a laissés entrer en Nouvelle-Zélande sans visas dans les passeports. Le consulat néozélandais à Moscou, qui n’était pas habitué à un afflux de demandes, n’avait pas réussi à traiter les documents à temps.

    A l’étape initiale de la préparation de la visite, nul ne pouvait deviner que cela arriverait. Et j’ai dû remplir un formulaire de visa. En général, j’ai horreur de la paperasse bureaucratique. Mais pendant des mois je racontais en riant à mes amis l’histoire du formulaire pour obtenir un visa néozélandais. Pourquoi? Dans les cases « situation familiale », il y avait les choix habituels « marié », « célibataire », « divorcé », « veuf », mais aussi pour les couples homosexuels.

    A l’époque, j’avais trouvé ça curieux. Je n’aurais jamais imaginé que quatorze ans plus tard, le thème de l’égalité des homosexuels serait la cause d’un nouveau rideau de fer entre l’Occident et la Russie. Oui, un rideau de fer, j’insiste sur ce terme-là.

    Evidemment, le rideau de fer d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui annoncé par Winston Churchill à Fulton en 1946. Il y a plus de six décennies, les gens pouvaient seulement essayer de deviner ce qui se passait réellement de l’autre côté du rideau. Aujourd’hui, il n’existe pratiquement aucun obstacle pour communiquer et satisfaire sa curiosité.

    Cependant, l’absence de possibilités d’avoir des contacts normaux n’est que l’une des nombreuses facettes du rideau de fer. Un autre élément important à mes yeux, c’est la rupture en termes de valeurs. Et dans ce sens, l’année 1946 est tout à fait comparable à 2013. Seule la nature du conflit de valeurs a changé, mais pas son fond.

    Le président américain et le premier ministre britannique croient que le mariage homosexuel est une chose bonne, logique et correcte. Le président russe et la majeure partie de la société russes croient tout aussi fermement que le mariage homosexuel est une chose mauvaise, illogique et incorrecte.

    Chaque « camp » est convaincu d’avoir raison. Il n’y a pratiquement pas de place pour le compromis. La décennie à venir sera une époque de guerres culturelles féroces. D’ailleurs, les premiers « coups de canon » de ces « guerres » ont déjà retenti.

    Moscou a essuyé une cuisante défaire dans le conflit idéologique précédent avec l’Occident. Aujourd’hui, l’élite russe est persuadée que le « capitalisme, c’est bien », tout autant que les dirigeants de Londres ou de Washington. Est-ce que la nouvelle guerre idéologique s’achèvera de la même manière? Je ne veux faire absolument aucun pronostic à ce sujet. L’avenir est imprévisible et plein de surprises.

    Je voudrais parler d’autre chose. De la nécessité de garder son bon sens et une attitude respectueuse et correcte envers ceux qui sont « de l’autre côté des barricades ».

    Le grand orateur Cicéron avait dit un jour: « En temps de guerre, les lois se taisent ». Les guerres culturelles ne font pas exception. Les guerres culturelles à cause du sexe, non plus. Cela concerne aussi bien l’Occident que la Russie. Par le passé, le thème des relations homosexuelles pouvait facilement briser la vie d’un homme en Occident. Voici un épisode de l’histoire politique britannique des années 1930 qui est devenu connu assez récemment.

    Le duc de Westminster, l’un des hommes les plus riches du monde, haïssait son proche, le comte de Beauchamp, ancien ministre. En se fixant pour objectif de détruire sa vie, le duc avait réussi à obtenir des preuves de la bisexualité du comte et à les présenter au roi. Le monarque George V était horrifié et aurait déclaré: « Je pensais que ces gens là finissaient leur vie en se tiraient une balle dans la tête! ».

    Sous la menace d’être arrêté, le comte de Beauchamp a renoncé à ses nombreux postes a quitté le pays pour toujours. En profonde dépression, le comte songeait au suicide, mais il est décédé plus tard d’une mort naturelle. La femme de Beauchamp qui avait passé trente ans avec lui, Laetitia, ne voulait pas entendre parler du divorce. Mais on l’a forcée à le faire.

    Deux autres personnes en ont également souffert. Le fils du roi George, le duc de Kent avait une relation avec la fille du comte de Beauchamp, Mary. Après le scandale, il a été ordonné aux jeunes gens d’oublier leur existence mutuelle.

    Une tragédie, voire une cascade de tragédies? Certainement. Heureusement, en Occident moderne, ce genre de chose est aujourd’hui impossible. Mais que faire avec d’autres situations qui sont devenues possibles?

    Par exemple: le maire d’une ville française refuse d’appliquer la nouvelle loi et d’enregistrer les mariages gays. Ce maire (ou plutôt les maires, ils sont plusieurs dans ce cas en France) risque une forte amende ou une peine de prison. De mon point de vue, c’est absolument abject.

    Mais laissons un peu de côté l’Occident. Il y a aussi des choses à dire à ce sujet en Russie. Est-ce normal de démasquer par la ruse des homosexuels mineurs sur internet pour les déshonorer ensuite devant tout le monde entier? Cela n’a rien de normal, de mon point de vue. Et dommage que les forces de l’ordre russes n’aient pas encore évalué une telle pratique à sa juste valeur.

    On dit qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Appeler à ne pas faire d’omelette est un acte inutile par défaut. Les guerres culturelles ne peuvent être stoppées, aussi bienveillants que soient les appels. Mais les zélateurs de la morale en Russie et en Occident devraient se rappeler d’une chose: dans le cas présent les « œufs », ce sont les destins d’êtres humains.

  • Toujours à propos de la loi russe contre la propagande de l’homosexualité chez les mineurs

    Sine ullo commentario

    C’est avec une relative indifférence que la communauté LGBT britannique a accueilli la nouvelle de la mort de Margaret Thatcher. Elle a toutefois replongé les Britanniques dans leurs années 1980, une époque de révolution libérale qui n’a guère profité aux homos. De fait, l’explosion de la culture gay dans le Royaume-Uni de l’époque s’est faite malgré la Dame de fer, rappelle PinkNews.

    CONTRE LA «PROMOTION DE L’HOMOSEXUALITÉ»
    En particulier, personne ne semble lui pardonner son soutien à la populiste Section 28, une loi qui (bien avant les dispositions russes qui s’en inspirent aujourd’hui) interdisait la «promotion de l’homosexualité», notamment dans l’éducation. En 1987, la Dame de fer avait jugé intolérable qu’une image positive de l’homosexualité soit diffusée auprès des jeunes. «On apprend aux enfants qu’ils ont un droit inaliénable à être gay», avait-elle dénoncé devant un congrès du Parti conservateur. Même s’il semble n’avoir jamais été appliqué devant les tribunaux, ce texte de loi avait eu une influence dévastatrice, entravant le travail des associations LGBT en pleine épidémie de sida. En 2009, six ans après son abrogation, le conservateur David Cameron l’a qualifié d’«erreur».

    FLICAGE
    Les années Thatcher restent, par ailleurs, celles d’un flicage renforcé de la scène gay – à contre-courant de la situation dans une large part de l’Europe – et de rapports homosexuels interdits avant l’âge de 21 ans. «Pendant son gouvernement, les arrestations et les condamnations pour rapports homosexuels consentis sont montés en flèche, tout comme les passages à tabac, la violence et les meurtres, rappelle le militant gay Peter Tatchell. Les hommes gay étaient diabolisés et servaient de boucs-émissaires. Et Thatcher n’a rien fait pour combattre ces calomnies.»

    Et pourtant, les sujets homos de Sa Majesté auraient pu nourrir des espoirs avec la venue au pouvoir de Margaret Thatcher, en 1979. Douze ans plus tôt, alors jeune députée conservatrice, elle s’était exprimée avec courage en faveur de la décriminalisation de l’homosexualité – et ce contre son propre parti. Celui-là même qui, aujourd’hui, défend le mariage pour tous.

    Issinbayéva taxée d’homophobie: « des paroles mal interprétées »

    Yelena Isinbayeva

    Yéléna Issinbayéva

    La perchiste russe Yéléna Issinbayéva, taxée d’homophobie après avoir soutenu jeudi en anglais la loi russe sanctionnant la propagande de l’homosexualité auprès des enfants mineurs, affirme que ses paroles ont été mal interprétées.

    « L’anglais n’est pas ma langue maternelle, on a mal interprété mes paroles de jeudi. Je voulais dire que les gens doivent respecter les lois du pays où ils se trouvent en visite. Je respecte les autres athlètes et je suis contre toute discrimination homophobe qui est contraire à la Charte olympique », a indiqué vendredi Yéléna Issinbayéva, ambassadrice du Comité international olympique (CIO).

    Yéléna Issinbayéva, qui a décroché jeudi à Moscou son troisième titre mondial au saut à la perche, a exprimé son soutien à la loi russe interdisant la propagande des relations homosexuelles auprès des mineurs lors d’une conférence de presse. Elle a notamment déclaré que les athlètes qui participeront aux Jeux olympiques d’hiver 2014 à Sotchi (Russie) devraient respecter cette loi. Elle a en outre condamné les participants aux Championnats du monde d’athlétisme de Moscou qui avaient peint leurs ongles aux couleurs de l’arc-en-ciel en signe de soutien aux homosexuels.

    La championne d’heptathlon des Jeux du Commonwealth de New Delhi Louise Hazel a appelé vendredi le CIO à priver Isinbayeva de son statut d’ambassadrice des Jeux olympiques de la Jeunesse.

    Ces derniers jours, plusieurs personnalités politiques et culturelles occidentales ont évoqué la possibilité de boycotter les JO 2014 de Sotchi en raison des lois russes interdisant la « propagande de l’homosexualité » auprès des mineurs ainsi que l’adoption d’enfants russes par des couples homosexuels étrangers.

     

  • De l’identité et de la similitude

    « Lorsqu’on a recours à une similitude [ομοιωτικως], on n’affirme

    pas l’égalité [ισοτητα], et lorsque l’on compare des exemples, la

    similitude  ne suppose pas l’identité de valeur [ομοιοτητα

    ομοτιμον]. »

    Saint Grégoire Palamas, Triade II, 3, 19  (trad. Jean Meyendorff)

    Dans mes écrits je parle souvent de l’identité des choses et de leur  dissemblance

     

     

     

  • L’évangile selon « Le Monde »

    « Le Monde » a annoncé son évangile : la Bonne Nouvelle du « Monde », c’est « le camouflet de l’Amérique à Poutine »  : soyez dans la joie, citoyens! Après le knockout de l’intrépide Snowden et de Poutine à l’Amérique de McCain et du « Monde », voilà la tapette donnée par Obama à Poutine : Obama ne s’en remet pas de l’ audace d’un pays qui n’a pas cédé au chantage. « Le Monde », lui, à la différence, par exemple, du « Spiegel » fait tout pour noyer le poisson, « Le Monde » ne sait pas si Manning et Snowden, ces jeunes gens dans la fleur de l’âge qui ont fait des actions  au péril de leur vie, actions qui ont mis la planète en émoi, sont finalement des gens qu’il faut soutenir ou non  :  le grand frère américain veille et risque de couper les vivres. Sur le douteux Navalny, des pages entières pour dénoncer la répression politique dont il serait victime – ce qui ne semble pas être l’avis des gens de Limonov qui se font tabasser par les sbires du « grand blond aux yeux bleus ». « Le Monde » s’est montré lâche,  veule et cul serré dans l’affaire Snowden. Il a évité de mentionner que plus de 150 ONG ont demandé à Obama de ne pas poursuivre Snowden. Dans le chantage éhonté de l’Amérique dans l’affaire Snowden, personne ne s’est indigné d’avoir lu que « Snowden ne serait ni torturé ni condamné à mort », s’il était traduit en justice dans son pays… C’est donc qu’on peut torturer et condamner à mort dans la plus grande démocratie du monde? Le père de Snowden, qui n’est pas cité par  M. Cypel, l’édulcorateur N° 1 de la vie politique américaine (voir sa « couverture » des manifestations d’Occupy Wall Street), ne semble pas penser qu’un jugement équitable attendrait son fils dans son propre pays.

    Evidemment, « Le Monde » reprend son dada sur la Syrie, selon lequel Poutine serait principalement responsable de l’horrible situation actuelle  parce qu’il continue à livrer des armes au gouvernement en place,en respect des contrats passés.Il semble que les grands démocrates amis de l’Amérique, le Qatar et l’Arabie Saoudite ont armé dès le début les rebelles syriens… Il semble que l’Amérique continue à livrer des armes à l’armée égyptienne qui a renversé Mursi et essaie de mater une grande partie de sa population…

    Après l’évangile de la tapette donnée par l’Amérique à Poutine, nous allons avoir l’évangile de « Poutine homophobe » – déjà se dessine une campagne hystérique sur la prétendue répression des homosexuels en Russie. Que la loi votée par la Douma (à la quasi unanimité) et signée par Poutine soit imbécile dans sa formulation ambiguë, cela est évident, mais de là à parler de répression de l’homosexualité dans la Russie d’aujourd’hui, c’est encore une rhétorique inflationniste  dont se gargarisent les spécialistes du « Poutine Bashing », en fait du « Russie Bashing », en première ligne « Le Monde » maccainien!

    La Bonne Nouvelle du « Monde » ce serait le boycott des Jeux olympiques de Sotchi – alors là les Toinettes journalistes du « Monde » seraient non plus dans la joie mais dans la jubilation (on aura noté que le journal, si je ne m’abuse, n’a pas rendu compte des Universiades de Kazan)

    Attendons donc la prochaine campagne hystérique anti-poutine/anti-russe…

     

  • « Valet de carreau »

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    LES CÉZANNISTES FAUVES PRIMITIVISTES RUSSES DU
    « VALET DE CARREAU » (ANNÉES 1910) ET LES FAUVES ET EXPRESSIONISTES DE L’EUROPE OCCIDENTALE

    On sait bien aujourd’hui que la circulation des œuvres picturales entre l’Empire Russe et l’Europe occidentale, avant la Révolution russe de de 1917, a été favorisée par la confrontation des œuvres de l’impressionnisme, du post-impressionnisme, des nabis, du fauvisme et du premier cubisme, tous mouvements nova- teurs venus des bords de la Seine, avec les œuvres des jeunes peintres russes qui avaient enrichi leur art par l’apport des cou- rants français, à partir de leur propre expérience du primitivisme. Cette confrontation eut lieu dans les deux premiers Salons, organisés par la revue moscovite symboliste La Toison d’or en 1908 et 19091, dans le premier Salon, organisé à Odessa en 1909–1910, par le sculpteur Vladimir Izdebsky2 et, tout particulièrement, à l’exposition moscovite du « Valet de carreau » en 1910–1911 où triompha le cézannisme-fauvisme-primitivisme russe3. On sait aussi que les fameuses collections des industriels-mécènes Ivan Morozov (l’impressionnisme et le post impressionnisme dominaient chez ce dernier qui avait ache- té, entre autres, 17 Cézanne) et Sergueï Chtchoukine (dans la maison-musée de ce dernier on pouvait trouver, entre autres, 16 Derain, 38 Matisse, 50 Picasso)4, à Moscou, furent une véritable académie pour tous les jeunes artistes russes.

    Mais la circulation des idées picturales s’est faite aussi grâce à la présence à Paris d’artistes russes qui, avant 1914, étaient les transmetteurs de toutes les nouveautés parisiennes auprès de leurs confrères restés en Russie5. On se souvient de ce passage des mémoires du poète et théoricien Bénédikt Livchits, où ce dernier rapporte la façon dont les dernières nou- veautés de la capitale française étaient aussitôt connues en Russie et assimilées. Il décrit David et Vladimir Bourliouk en 1911 examinant attentivement « une photographie de la dernière œuvre de Picasso. <Alexandra> Exter l’a rapportée de Paris tout récemment. Le dernier mot de la peinture française. Prononcé là-bas dans l’avant-garde, il sera transmis comme un mot d’ordre – on le transmet déjà sur tout le front de gauche, il éveillera des milliers d’échos, d’incitations, il posera la base d’un nouveau courant. »6

    A Paris, Sonia Delaunay-Terk, Daniel Rossiné (c’est-à-dire Vladimir Baranoff-Rossiné), Marie Vassilieff ou, épisodiquement, Alexandra Exter; à Munich, Marianne Werefkin (Vériovkina), Jawlensky, Kandinsky, Bekhtéïev, sont des traits d’union entre la Russie et l’Occident. Aussi ne faut-il pas s’étonner que le fauvisme ait trouvé un terrain favorable chez les jeunes peintres de l’Empire russe, en révolte de façon générale contre le naturalisme et le réalisme de l’Académie, dont la figure emblématique était Ilia Riépine, contre, aussi, les évanescences picturales du symbolisme, représenté surtout par le groupe de « La Rose bleue ».

    La première révolution russe de 1905, en mettant fin à l’autocratisme impérial multiséculaire avait fait souffler un vent de liberté sur toutes les manifestations de la vie, et en particulier sur la création artistique. Ainsi, les contacts avec Paris et Munich, les deux pôles des révolutions esthétiques depuis le dernier quart du XIX siècle, se renforcent et les mouvements novateurs qui s’y créent ont immédiatement une résonance à Moscou, Saint-Pétersbourg, Riga, Kiev ou Odessa. Grâce au génie de Diaghilev, l’Europe découvre la danse, la musique, mais aussi les audaces picturales européennes et russes.

    Ainsi, les arts plastiques russes dans les années 1900 assimilèrent l’impressionnisme ( de façon passive chez un Korovi ne, de façon novatrice chez un Larionov7), développèrent une branche originale de l’art nouveau international (appelé ici « style moderne »8) et connurent une brève flambée de symbolisme9. Petit à petit, des peintres comme Mikhaïl Larionov, sa compagne Natalia Gontcharova, les frères David et Vladimir Bourliouk se détachent de la base formelle impressionniste et proposent des œuvres plus rudes, plus « grossières » dans leur système figuratif, leur facture-texture, leurs thèmes, faisant apparaître dès 1909 ce qu’ils appelleront le néo-primitivisme, qui se structure non à partir du tableau « civilisé » européen mais sur les productions de l’art populaire russien, oriental, voire extrême-oriental : images gravées de large diffusion (loubok), enseignes de boutiques, jouets, ustensiles de toutes sortes, porteurs de formes et de sujets inédits dans la « grande peinture ». Ainsi le goût des Slaves russiens pour les couleurs vives, bigarrées, criardes même, bien connu à travers les indi- ennes servant à divers usages vestimentaires ou dans les décors des objets artisanaux, se retrouve en particulier dans ceux des plateaux représentés dans plusieurs natures mortes des fauves russes (Vassili Rojdestvenski, Nature morte, 1909, Musée des Beaux Arts de Kazan’; Ilia Machkov, Baies sur fond de plateau rouge, 1910–1911, Musée National Russe, Saint-Pétersbourg; Alexandre Kouprine, Nature morte avec fleurs, vers 1912, Galerie Nationale Trétiakov, Moscou). C’est pourquoi dans l’importante exposition du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris « Le Fauvisme ou l’épreuve du feu. Eruption de la modernité en Europe », en 1999–2000, on a pu voir une toile de Maliavine, peintre naturaliste, élève de Riépine, qui a fait jaillir dans sa série des Paysannes [ Baby ], vers 1905, cette exubérance de couleurs criardes à travers le tourbillonnement des jupes, transformées en une masse purement picturale de rouges. Et cela en dehors de tout fauvisme conscient. Le maître d’œu- vre de la magistrale exposition parisienne sur le fauvisme, Suzanne Pagé, écrit qu’ « en exergue » du « Valet de car- reau », « Maliavine, étranger aux ‘Fauves russes’, articule, avec une vraie originalité, une disposition naturelle à la couleur liée à un thème folklorique, dans un contexte d’héritage national fort. »10.

    Il faut avoir cela à l’esprit quand on regarde un tableau russe fauve entre 1909 et 1914 : certes, ses éléments figuratifs viennent droit de Cézanne (d’où leur appellation de « cézannistes russes »), mais s’y mêlent également des traits spécifiques de l’art populaire. Le « Valet de carreau », comme son appellation l’indique, se voulait le représentant de la jeunesse vigoureuse, de l’affirmation de soi, d’une culture corporelle incarnée et sensuelle, d’une certaine mar- ginalité un peu louche. C’est ainsi que le tableau-enseigne de l’exposition moscovite sera la toile d’Ilia Machkov, Autoportrait et portrait de Piotr Kontchalovski (1910, Musée National Russe) où les deux peintres sont représen- té preque nus, en slips violet et vert, comme des athlètes : la métaphore sportive est là pour dire que désormais l’art sera « musclé », mettant fin aux anémies brumeuses symbolistes, aux afféteries du « style moderne », aux « voiles amollis » (expression de Berdiaev dans son célèbre article de 1914 sur « Picasso »11) des impressionnistes.12

    Chez Machkov (dans ses portraits et ses natures mortes), chez Kontchalovski (dans ses tauromachies), chez Lentoulov (dans ses paysages), chez Larionov (dans ses portraits des trois frères Bourliouk, Vladimir Bourliouk – appelé au « Valet de carreau » Portrait d’un athlète – Musée des Beaux-Arts de Lyon13; David Bourliouk, collection Leclanche-Boulé, Paris; Nikolaï Bourliouk, Museum Ludwig, Cologne), chez Natalia Gontcharova (dans ses Lutteurs du MNAM et du Musée National Russe, Saint-Pétersbourg, ou dans ses panneaux représentant les Evangélistes, du Musée National Russe, Saint- Pétersbourg), les couleurs franches se heurtent, s’entrechoquent, dans une vraie lutte au corps à corps.

    Ce n’est pas un hasard si, à cette époque-là, culminaient la popularité et l’internationalisation de la boxe (Jack Johnson, Georges Carpentier ou encore le haut en couleurs Arthur Cravan14) ou la lutte-catch (le célèbre Ukrainien Poddoubny, immortalisé par un film mélodramatique de Boris Barnet en 1957, fit une tournée mondiale). Les frères Ilia et Kirill Zdanévitch étaient des passionnés de lutte et de boxe dans leur ville de Tiflis, Lentoulov s’exerçait aux poids, la rixe et le pugilat étaient chose courante et couramment représentée par les peintres15.

    Les Russes incorporèrent donc la tradition française à leur pratique « primitiviste ». Gauguin, le maître, entre autres, de Na- talia Gontcharova, avait fait la même synthèse, mais dans un cheminement inverse, qui sera celui de tous les novateurs européens du XX siècle, qui intégrèrent les éléments puisés dans les cultures archaïques (polynésienne, ibère, africaine) à la structure de base du tableau traditionnel. Ce qui fait la différence entre les peintres russes de l’avant-garde et les peintres occi- dentaux, même quand ils ont pu leur emprunter plusieurs principes plastiques, ce qui rend totalement insolite leur art dans le concert de la peinture européenne, c’est précisément que la structure de base de leur tableau a été l’image populaire, le loubok, ou encore l’enseigne de boutique16, ou encore l’icône, qui ignorent la tradition des académies ou des ateliers pro- fessionnels, trouvant, en dehors des règles, à travers une apparente malhabilité, un rythme expressif intense, parce que plus immédiat (plus près du geste ou de l’intonation orale). On ne doit jamais perdre de vue que la plupart des grands peintres russes de l’avant-garde (Larionov, Natalia Gontcharova, Chagall, Malévitch, Filonov) sont partis précisément de la structure iconographique du loubok, de l’image populaire. Ils n’ont pas intégré les éléments primitivistes dans une nouvelle conception de la surface du tableau, comme les Français ont pu intégrer les données de l’art africain ou polynésien à une structure cézan- nienne. Ils ont incorporé les découvertes formelles du post-impressionnisme à une structure de base primitiviste.

    C’est sur ce problème qu’il y eut, dès 1911, une scission entre les « occidentalistes » qui, comme Piotr Kontchalovski ou Ilia Machkov, voulaient perpétuer la peinture de type cézanniste en y incorporant des éléments primitivistes en tant qu’éléments figuratifs parmi d’autres, mais sans changer la struc- ture de base, « civilisée », c’est-à-dire dans la tradition du tableau européen, – et les « nationalistes » qui, tels Larionov et Natalia Gontcharova, prenaient comme base structurelle des surfaces picturales les enseignes de boutique, le loubok, les icônes, les graffitis sur les barrières et les murs, et le laconisme formel de l’art populaire.

    Ce qui caractérise le fauvisme russe, c’est donc, bien entendu, « la santé », « la carrure », « l’énergie » (expression de Bernard Dorival concernant les Fauves français17) de son colorisme et de son trait. Malévitch, dont la série éblouissante des gouaches, à dominante rouge, de 1911–1912 (en particulier l’ Homme qui court se baigner [appelé communément « Baigneur »] du Stedelijk Museum d’Amsterdam est à la fois primitiviste, cézanniste et fauve, a exécuté deux Autoportraits (Musée National Russe, Saint- Pétersbourg et Galerie Nationale Trétiakov, Moscou) que l’on ne saurait mieux commentezr que par ce passage du fondateur du suprématisme sur « le peintre en soi » : « Dans l’artiste s’embrasent les couleurs de toutes les teintes, son cerveau brûle, en lui se sont enflammés les rayons des couleurs qui s’avancent revêtues des teintes de la nature, elles se sont embrasées au contact de l’appareil intérieur. Et ce qui en lui est créateur s’est levé de toute sa stature avec toute une avalanche de teintes, afin de sortir à nouveau dans le monde réel et créer une forme nouvelle. »18

    Les peintres russes de tendance fauve convergent aussi
    dans leur goût de l’ornementation. Matisse était passé
    maître dans l’utilisation des arabesques décoratives,
    réduites au minimalisme du trait libre et syncopé dans La
    Danse et La Musique, installées par le maître français lui-
    même dans le palais moscovite de l’industriel mécène Sergueï Chtchoukine en 1911. Les Russes s’approprient d’autant plus facilement ce « décorativisme » qu’il était la marque séculaire de l’art russe (en particulier, les profusions florales des pein- tures murales des églises – entre mille exemples, celles de la cathédrale Saint Basile-le-Bienheureux sur la Place Rouge à Moscou). Déjà, chez le visionnaire Vroubel, l’ornement faisait partie intégrante du système figuratif. Le Portrait d’un garçon à la chemise orné d’Ilia Machkov (1909, Musée National Russe, Saint-Pétersbourg) est particulièrement représentatif de cet ornementalisme.

    Ce qui différencie le fauvisme russe du fauvisme français, c’est la propension à la théâtralisation des sujets, voir à leur carnavalisation. Dès 1912, le metteur en scène, dramaturge et philosophe du théâtre Nikolaï Evreïnov avait conceptualisé la notion de « théâtralisation » comme élément primordial de l’être humain « jeté dans le monde »19. Cet « instinct de la trans- figuration » fut particulièrement amplifié dans les arts russes des années 191020. Outre l’Autoportrait et portrait de Piotr Kontchalovski d’Ilia Machkov, on peut citer ici le Portrait de Georges Yakoulov (1910, Galerie Nationale Trétiakov) de Piotr Kontchalovski où l’artiste russo-arménien est représenté dans une pose exotique à la Pierre Loti, ou encore l’Autoportrait de Lentoulov, déguisé en Turc, voir l’Autoportrait de Pougny (1912, MNAM), au poing de boxeur démesuré. Matisse rapporte que le Sâr Péladan reprochait à un certain nombre de peintres français « de se faire appeler les ‘Fauves’ et de s’habiller comme tout le monde, de telle sorte que leur prestance n’est pas au-dessus de celle des chefs de rayons des grands maga- sins »21. Tugendhold avait noté, en 1913, le caractère anti-individualiste(à l’opposé, donc, de l’individualisme blasé du romantisme, de l’orientalisme, voire d’un certain symbolisme du XIX siècle, qui voulaient se distinguer de la multitude22) du retour des arts novateurs russes des deux premières décennies du XX siècle au primitif sous toutes ses formes. Gauguin marchant à Paris en sabots sculptés par lui-même annonce le dandysme à l’envers des artistes russes « de gauche » à la re- cherche d’une nouvelle interprétation de l’art et de la vie.23

    Autre différence d’ avec les Français24 et même les Allemands25 ou les Scandinaves26, c’est la moindre place qu’occu- pent chez les Russes les paysages, non qu’il les aient négligés, mais ils ont multiplié les portraits et surtout les natures mortes qui sont presque comme la marque du « Valet de Carreau », surtout Machkov, Kouprine ou Rojdestvenski. Cela est souligné à juste titre par Dmitri Sarabianov : « Utilisant les conquêtes de Cézanne, parfois de Matisse et de quelques autres peintres français, ils rendaient à l’objet toute sa masse, son volume, sa couleur, sa forme tridimensionnelle, visaient à une synthèse de la couleur et de la forme. D’où leur intérêt pour la nature morte qui a trouvé dans leur création un rôle d’une importance inconnue auparavant dans la peinture russe »27. Cette « fabrication » massive de natures mortes firent dire au peintre et théoricien russo-ukrainien Alexeï Grichtchenko, qui lui-même avait exposé au « Valet de carreau » : « Combien aurait été choqué Cézanne s’il avait vu toutes ces bou teilles, ces poires, ces oranges, ces vases, ces nappes et ces serviettes froissées, tous ces ac- cessoires sans âme dont pas une seule toile de cézanniste ne peut se passer. »28 Cela était cruellement ironique, en partie injuste, mais désignait bien une spécificité russe.

    Le groupe des peintres russes de Munich, qui participent, depuis la fin du XIX siècle, à la révolution esthétique qui a lieu avant 1914 dans la capitale bavaroise et parfois l’inspi- rent – Marianne Werefkin, Kandinsky, Jawlensky, Bekhtéïev – ne sauraient être classés tout de go dans l’expressionnisme allemand, comme cela se fait la plupart du temps. Tout d’abord, leurs liens avec la vie artistique de l’Empire russe restent très étroits jusqu’en 1914 : ils participent tous au premier salon du « Valet de carreau », fin 1910, Kandinsky montrera des œuvres également au deuxième salon de 1912; on sait qu’il invitera les Mos- covites (Larionov, Natalia Gontcharova, Malévitch) à l’exposition « Der Blaue Reiter » en 1912. Les Fauves russes sont aussi présents dès 1911 à Paris : au Salon des Indépen- dants, note Archipenko qui en fait le compte- rendu, « il y a même une salle « russe », n° 44, où sont concentrées les meilleures œuvres des peintres russes. Cette salle ne le cède en rien par sa valeur artistique aux autres; D’après ces œuvres, on peut juger de la contribution apportée par l’artiste russe plein de talent à la création du Grand Nouveau. Machkov a ex- posé plusieurs natures mortes très harmo- nieuses et riches par leurs couleurs. Ses fleur sont originales de composition et intéressantes comme panneaux décoratifs : on sent dans ces œuvres la riche nature et la force créatrice russes »29. Archipenko loue Kontchalovski pour ses couleurs, « bien que les esthètes disent que ces couleurs les gênent »30. Une chose très remarquable dans l’article d’Archipenko est l’attention portée à Kandinsky qui exposait aussi à Paris en 1911 : « Parmi plusieurs toiles de Kandinsky, son Jockey présente le plus grand intérêt. C’est une œuvre ultra- impressionniste dans laquelle l’artiste en est revenu au primitivisme. »31. Aucune œuvre de Kandinsky, portant se titre, n’ est connue à ce jour; peut-être s’agit-il de Lyrique du Musée Boymans de Rotterdam, dont le biographe de Kandinsky, Will Grohmann, a écrit qu’il s’agissait d’un « sommet », ajoutant : « La sobriété est celle des chefs-d’œuvre de l’Asie orientale – pas un trait, pas un ton de trop »32. On note que le mot « expressionnisme » ne fait pas encore partie du vocabulaire courant de la critique d’art33 et qu’ Archipenko utilise ici les termes de « ultra-impressionniste » (pour souligner que la couleur est portée à son extrême intensité contrastée) et de « primitivisme » (pour souligner le schématisme, le laconisme de la représen- tation des objets qui ne se perd pas dans les détails figuratifs mais va à l’esssentiel de l’expression).

    Il suffit de comparer les œuvres des Fauves russes avec celles des peintres allemands du groupe « Die Brücke » (Schmidt- Rottluff, Nolde, Kirchner, Pechstein, Heckel ou Müller) pour constater qu’il n’y a pas chez les Russes de Munich d’agressivité coloriste mais une intensité et un chatoiement des couleurs (analogues à la mosaïque byzantine chez un Jawlensky) qui, pour être véhémentes, ne sont pas en quête de dissonances stridentes. Il n’y a pas, non plus, la violence instinctive des pulsions archaïques et telluriques, l’arrachement des oripeaux civilisateurs, mais la révélation d’un monde d’harmonie et de spiritualité, un monde symphonique où la tradition chrétienne orthodoxe s’allie au romantisme et à la Naturphilosophie allemands, ou encore à la pensée d’un Rudolf Steiner.

    Une des particularités de la peinture russe novatrice à partir de 1907 est que chaque toile est rarement ceci ou cela uniquement, mais elle est ceci et cela, et encore une troisième chose… Il n’y a pas en Russie de pur impressionnisme, de pur fauvisme, de pur cubisme ou de pur futurisme. Un tableau russe synthétise souvent plusieurs cultures picturales, mais ce qui est un élément constant, venant perturber les données de la peinture européenne d’académie, c’est l’esthétique et le geste primitivistes, qui donnent une saveur et une empreinte originale à la picturologie des artistes russes du premier quart du XX siècle. C’est de cette veine que sort la création des Fauves de Russie.

    Jean-Claude Marcadé

    1  Cf. Valentine Marcadé, Le Renouveau de l’art pictural russe.1863–1914, Lausanne, L’Age d’Homme, 1971, p. 288–293.

    1. 2  Cf. Idem, p. 297–305.
    2. 3  L’histoire de lanaissance et du développement du «Valetdecarreau» sont remarquablement retracéspar:G.G.Pospelov, Boubnovy valiet. Primitiv i gorodskoy folklor v moskovskoy jivopissi 1910-kh godov [Le Valet de carreau. Le primitif et le folklore urbain dans la peinture moscovite des années 1910], Moscou, Moskovski khoudojnik, 1990; une version abrégée a paru en allemand : Gleb G. Pospelow, Moderne russische Malerei. Die Künstlergruppe Karo-Bube, Dresden, VEB, 1985.
    3. 4  Cf. A.G. Kosténévitch, Ot Moné do Picasso. Frantsouzskaya jivopiss’ vtoroy oloviny XIX-natchala XX veka v Ermitaje [ De Monet à Picasso, la peinture française de la seconde moitié du XIX et du début du XX siècle, Léningrad, Avrora, 1989; on peut trouver l’histoire la plus complète des collections d’Ivan Morozov et de Sergueï Chtchoukine dans le catalogue de l’exposition « Morozov i Chtchoukine – rousskié kollektsioniéry – ot Moné do Picasso » [Les collectionneurs russes Morozov et Chtchoukine : de Monet à Picasso] qui eut lieu au Folkwang Museum de Essen, au Musée national Pouchkine à Moscou et à l’Ermitage à Saint-Pétersbourg en 1993–1994; catalogues en russe et en allemand, édités par DuMont-Schauberg à Cologne.
    4. 5  Cf. Jean-Claude Marcadé, « L’avant-garde russe et Paris. Quelques faits méconnus ou inédits sur les rapports artistiques franco-russes avant 1914. Notes paracritiques », Cahiers du Musée National d’Art Moderne, Paris, 1979, N° 2, p.174–183.
    5. 6  Bénédikt Livchits, L’Archer à un œil et demi, Lausanne, L’Age d’Homme, 1971, p. 43.
    6. 7  VoirNikolaïPounine,«Impressionistitcheski périod v tvortchestve M.F.Larionova«[Lapériode impressionniste dans l’œuvre de M.F.Larionov], dans le livre : Matérialy po rousskomou iskousstvou [Documents sur l’art russe], t.I, Léningrad, 1928.
    7. 8  Voir : D.V. Sarabianov, Stil’ modern. Istoriya. Problémy [Le « style moderne », son histoire, sa problématique], Moscou, Iskousstvo, 1989; E.A. Borissova, G.You. Sternine, Rousski modern [Le « style moderne » russe], Moscou, 1990 (une version française avait paru aux éditions du Regard en 1987 sous le titre Art Nouveau Russe.
    8. 9  Voir le catalogue de l’exposition « Le Symbolisme Russe » , Bordeaux, Musée des Beaux-Arts, 2000 (l’exposition avait été précédemment montrée à Madrid et à Barcelone (avec des catalogues en castillan et en catalan et des traductions en anglais).
    9. 10  Suzanne Pagé, « Préface » , in catalogue Le Fauvisme ou l’épreuve du feu. Eruption de la modernité en Europe, Paris musées, 1999, p. 22; voir aussi : Evguénia Pétrova, « Le fauvisme et les sources folkloriques du primitivisme russe » , in Ibidem, p. 382–385 : « [Philippe Maliavine] peint ses Baby [Bonnes femmes, paysannes] vêtues de sarafanes et de fichus aux couleurs vives vers 1905. L’impétuosité du mouvement et de la couleur appelle ,bien entendu, des associations avec l’esthétique des Fauves. Le motif, les accords émotionnels, la mosaïque colorée, dépourvus du moindre raffinement et de tout lien avec des orientations connues, sont peut-être encore plus ‘sauvages’ que ce que l’on observe chez les Fauves eux-mêmes. »
    10. 11  Nikolaï Berdiaev, « Picasso » [1914], in Filosofiya tvortchestva, koul’toury i iskousstva [Philosophie de la création, de la culture et de l’art], Moscou, Iskousstvo, t. II, 1994, p. 420.
    11. 12  Pour une revue pertinente des analyses de l’Autoportrait et portrait de Piotr Kontchalovski, voir : John E. Malmstad, « Wrestling with Representation. Reforging Images of the Artist and Art in the Russian Avant-Garde », in Cultures of Forgery. Making Nations, Making Selves (ed. Judith Ryan and Alfred Thomas), New York-London , Routledge, 2003, p.154 sq.
    12. 13  Voir l’article très documenté de Jessica Boissel, « Une exposition nommée ‘Valet de carreau’, Moscou, 1910–1911. A propos du Portrait d’un athlète de Larionov », Bulletin des musées et monuments lyonnais, N°3, 1997, p. 40–49, 1992.
    13. 14  Voir : Arthur Cravan, poète et boxeur, Paris, Edima-Galerie 1900–2000.
    14. 15  Voir Jessica Boissel, Ibidem, p. 47–48; et Valentine Marcadé, op.cit., p. 217–219.
    15. 16  Sur l’enseigne de boutique, voir le livre remarquable de A. Poviélikhina et E. Kovtoune, Rousskaya jivopisnaya vyveska i khoudojniki avangarda [L’enseigne picturale russe et les artistes de l’avant-garde], Léningrad, Avrora, 1990 (existe en traduction française).
    16. 17  Bernard Dorival, « Préface » du catalogue Le Fauvisme et les débuts de l’expressionnisme allemand, Paris, Musée National d’Art Moderne, 1966, p. 14.
    17. 18  K. Malévitch, « De la poésie » [1919], in : Ecrits II. Le Miroir suprématiste, Lausanne, L’Age d’Homme, 1993, p. 74.
    18. 19  Voir : Nikolaï Evreïnov, Diémon téatral’nosti [Le démon de la théâtralité], Moscou-Saint-Pétersbourg, 2002 (y sont réédités Le théâtre en tant que tel de 1912 et les trois volumes du Théâtre pour soi (1915–1917); voir aussi Nicolas Evreïnoff – 1873–1953, Paris, Bibliothèque Nationale, 1981.
    19. 20  Sur le caractère de « contrefaçon » que représentent les travestissements des autoportraits dans l’avant-garde russe, voir l’article, cité plus haut, de John E. Malmstad, « Wrestling with Representation. Reforging Images of the Artist and Art in the Russian Avant-Garde ».
    20. 21  Henri Matisse, « Notes d’un peintre « [1908], in : Ecrits et propos sur l’art (réunis par les soins de Dominique Fourcade), Paris, Hermann, 1972, p. 52.
    21. 22  Sur le caractère esthétisant des déguisements chez les Symbolistes, en particulier ceux de Sâr Péladan, et leur différence d’avec le dandysme, voir Patricia Mathews, Passionate Discontent. Creativity, Gender, and French Symbolist Art, Chicago-London, The University of Chicago Press, 1999, p. 32 sq.
    22. 23  Cf. J. Touguendhold, « Préface » à « L’art populaire russe dans l’image, le jouet, le pain d’épice, exposition organisée par Mlle Nathalie Ehrenbourg [ il s’agit de la cousine de l’écrivain Ilya Ehrenburg] » in : Salon d’automne 1913, Paris, Kugelmann, 1913, p. 308–313.
    23. 24  Voir le catalogue The Fauve Landscape (par les soins de Judi Freeman), Los Angeles County Museum of Art-Abbeville Press, Publishers, New York,1990.
    24. 25  Voir le catalogue Figures du Moderne. L’Expressionnisme en Allemagne. Dresde, Munich, Berlin – 1905–1914 (sous la direction de Suzanne Pagé), Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 1992.

    27

    25  Voir, par exemple, le catalogue De Van Gogh à Mondrian. La Beauté exacte. Art. Pays-Bas. XX siècle, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 1994, p. 92–115, et l’article de Jean-Louis Andral « Du paysage », p. 78–81.

    1. 27  D. Sarabyanov, Russian painters of the Early Twentieth Century (New Trends), Léningrad, Avrora, 1973, p. 141 (en anglais et en russe).

    2. 28  Cf. A. Grichtchenko, « Rousskaya jivopiss’ v sviazi s Vizantiyey i Zapadom » [La peinture russe dans son rapport avec Byzance et l’Occident], Apollon, 1913, N°6. On pourrait dire que les cézannistes fauves du « Valet de carreau » n’appartiennent stricto sensu à l’avant-garde que pendant trois ou quatre ans. Même, si par la suite, on trouve encore de belles œuvres, l’ensemble donne une impression de déjà vu, les couleurs et les formes tendent à perdre de cette vigueur que leur avait apportée l’art populaire au début des années 1910.

    3. 29  A. Archipenko, « Salon O-a Nezavissimykh » [Le Salon des la Société des Indépendants], Parijski Viestnik [Le Messager de Paris], n° 24, 17 juin 1911, p. 3.

    4. 30  Ibidem.

    5. 31  Ibidem.

    6. 32  Will Grohmann, Vassily Kandinsky, sa vie, son œuvre, Paris, Flammarion, 1958, p. 114–115.

    7. 33  Sur l’apparition du mot « expressionnisme », voir Fritz Schmalenbach, « Das Wort ‘Expressionismus’», in Studien über die Malerei und Malereigeschichte, Berlin, 1972; sur les occurrences du mot, voir : Jean-Claude Lebensztein, « Douane-Zoll », dans le catalogue Figures du Moderne. L’Expressionnisme en Allemagne. Dresde, Munich, Berlin – 1905–1914, op.cit., p. 50 sq.

  • Selon la CEDH, le procès Khodorkovski/Platon Lébédev a connu des dysfonctionnements, mais n’est pas politique

    L’affaire Ioukos n’est pas politique, selon la CEDH

    13:03 25/07/2013
    MOSCOU, 25 juillet – RIA Novosti

    La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a refusé de voir un motif politique dans les condamnations portées contre l’ex-PDG du groupe pétrolier russe Ioukos Mikhaïl Khodorkovsk et son associé Platon Lebedev, qui purgent leur peine en Sibérie.

    Dans son jugement rendu public jeudi, la justice de Strasbourg a qualifié de « fondées » les poursuites engagées à l’encontre des deux entrepreneurs, tout en jugeant « inéquitable » le procès lui-même.

    La décision de transférer les détenus dans des colonies pénitentiaires éloignées, a, quant à elle, été reconnue par la CEDH comme une violation des droits des deux hommes d’affaires.

    Mikhaïl Khodorkovski et son associé Platon Lebedev ont été arrêtés en 2003 et condamnés en 2005 à huit ans de prison ferme pour évasion fiscale. En décembre 2010, à l’issue d’un second procès intenté pour détournement de pétrole et blanchiment d’argent, cette peine a été portée à 14 ans. Le 24 mai 2011, après avoir examiné l’appel interjeté par les avocats des intéressés, la Cour municipale de Moscou l’a réduite à 13 ans.

    M.Khodorkovski a saisi la CEDH en 2006, un an après M.Lebedev.

    De nombreux responsables politiques et analystes occidentaux considèrent que les procès contre MM Khodorkovski et Lebedev sont politiquement motivés, mais les autorités russes rejettent ces affirmations.

    Amnesty International a reconnu en 2011 MM.Khodorkovski et Lebedev prisonniers de conscience après leur condamnation pour de nouveaux chefs d’accusation

    НОВОСТЬ ЧАСА

    ЕСПЧ обязал выплатить Ходорковскому €10 тысяч

    Европейский суд по правам человека обязал Россию выплатить бывшему гендиректору ЮКОСа Михаилу Ходорковскому €10 тыс. Об этом говорится в решении суда, опубликованномна его сайте.

    Ранее ЕСПЧ признал нарушением прав Ходорковского то, что с него взыскали крупную компенсацию по первому из его дел.

    Кроме того, суд решил, что на адвокатов Ходорковского оказывали давление, чтобы помешать им подать жалобу в ЕСПЧ. Суд также счел, что права другого фигуранта «дела ЮКОСа», экс-главы МФО «Менатеп» Платона Лебедева, были нарушены во время пребывания в СИЗО. ЕСПЧ увидел нарушение прав человека и в этапировании осужденных в отдаленные колонии, что затруднило им общение с родственниками.

    ЕСПЧ, однако, не согласился с осужденными в том, что их уголовное преследование имеет политический мотив.

    Помимо этого Ходорковский и Лебедев жаловались на нарушение их прав по ряду статей Европейской конвенции о правах человека. В частности, они заявляли о нарушении статьи 6 «Право на справедливое судебное разбирательство» и статьи 8 «Право на уважение частной и семейной жизни».

    «Газета.Ru»

     

     

    Алексеева назвала трусливым решение ЕСПЧ по Ходорковскому

    Глава Московской Хельсинкской группы Людмила Алексеева недовольна решением Европейского суда по правам человека в Страсбурге по жалобе экс-главы ЮКОСа Михаила Ходорковского.

    «Решение не только мягкое, но и трусливое. Если они не усмотрели политической составляющей в этом процессе, то у них что-то со зрением», — приводит слова Алексеевой«Интерфакс».

    ЕСПЧ в среду опубликовал решение по жалобе фигурантов дела ЮКОСа. Суд не нашел политической мотивации в уголовном преследовании Михаила Ходорковского и Платона Лебедева, но обязал Россию выплатить Ходорковскому €10 тыс., признав нарушением прав взыскание крупной компенсацию по первому из его дел.

    «Газета.Ru»