Auteur/autrice : Jean-Claude

  • KANDINSKY ET LE MONDE INTELLECTUEL ET ARTISTIQUE DE LA RUSSIE

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    KANDINSKY ET LE MONDE INTELLECTUEL ET ARTISTIQUE DE LA RUSSIE

    En 1928, Kandinsky prend la nationalité allemande. Il sait qu’il ne reviendra plus en Russie dont il a été jusqu’à l’âge de 62 ans le citoyen et à la vie artistique de laquelle il a régulièrement participé jusqu’ en 1922, bien que vivant principalement entre 1896 et 1914 à Munich où il joue un rôle de premier plan. Le fait que Kandinsky appartienne de toute évidence à l’histoire de l’art allemand du premier quart du XXe siècle n’en fait pas pour autant un Allemand.

    Il a fallu du temps pour intégrer Kandinsky dans l’histoire culturelle et des arts de la Russie. Dans l’Union Soviétique des années 1930‐1950 l’impressionnisme et les arts novateurs du XXe siècle étaient totalement occultés et vilipendés au nom du « réalisme socialiste ». La grandiose Composition VI, qui se trouve à l’Ermitage, y était catégorisée dans «l’Ecole allemande » ! Nina Kandinsky, elle‐même, aimait dire que son mari était « européen » pour ne pas insister sur les origines russes.

    Cela peut paraître paradoxal quand on sait qu’entre 1898 et son départ définitif de Russie à la fin 1921, il n’y a pas une seule année qui ne voit Kandinsky exposer dans plusieurs expositions à Odessa, Moscou, Saint‐Pétersbourg‐Pétrograd, Saratov, Kiev, Riga, Elizavetgrad, Ekaterinoslav, Xerson, Ekaterinograd1…

    Et pourtant les liens de Kandinsky avec sa patrie d’origine n’ont jamais été sous le signe de la sérénité. Il n’arrive pas à publier en russe son œuvre théorético‐philosophique, sa poésie, ses pièces de théâtre et encore aujourd’hui il a de la peine à être reconnu comme écrivain russe à part entière, ce qu’il avait l’ambition d’être2.

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    1 Voir : I. Lebedeva, « Participation de Wassily Kandinsky aux expositions de Russie » in catalogue Kandinsky et la Russie, Martigny, Fondation Pierre Gianadda, 2000, p. 265‐271, et I. Lebedeva, V. Abramov, « Chronologie des expositions en Russie (1918‐1921), in ibidem, p. 273‐ 293 ; Valerij Turčin, Kandinskj v Rossii [Kandinskij en Russie], Moscou, 2005, p. 434‐437

    2 Je me permets de renvoyer à mon article « Maler und Sprachschöpfer. Kandinsky – ein russischer Autor » in : Kandinsky, Gesammelte Schriften 1889‐1916. Farbensprache, Kompositionslehre und andere unveröffentlichte Texte, Munich, Prestel, 2007, p. 671‐677 ; en russe : « V.V. Kandinskij – russkij pisatel’ » [Kandinsky écrivain russe] in : Sbornik v čest’ 60‐letija A.V. Lavrova. Na rubeže dvoix stoletij [Recueil en l’honneur du 60ème anniversaire d’A.V. Lavrov. A la charnière de deux siècles], Moscou, Novoe literaturnoe obozrenie, 2009, p. 388‐398

     

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    Les années universitaires à Moscou(1885‐1895). Economie politique et ethnographie

    Avant de décider de se consacrer à l’art et, pour ce faire, de partir pour Munich en 1896 (il a 30 ans), il a consacré dix années d’activité, entre sa vingtième et sa trentième année à l’économie politique à la Faculté de droit de Moscou.3 Récemment, ont été publiés pour la première fois les rapports universitaires détaillés que l’étudiant Kandinsky avait présenté en vue d’une thèse sur « la question de la légitimité du salaire des ouvriers »4 Dans sa lettre au professeur Čuprov du 7 novembre 1895, Kandinsky annonce sa décision irrévocable d’abandonner la recherche scientifique. Il en donne les raisons: 1) Il se dit incapable d’assurer un travail permanent assidu (et sa biographie confirme sa soif de voyages et de découvertes); 2) il n’a pas d’amour irrépressible pour la science; 3) il ne croit pas à la science; 4) il veut revenir à sa passion de toujours ‐ la peinture5.

    Le peintre a lui‐même donné les éléments qui permettent de comprendre l’importance qu’ont eue sur sa poétique les disciplines scientifiques qu’il a pratiquées. Dans la version russe des Rückblicke, les Stupeni [Etapes] de 1918, il insiste plus clairement que dans la version allemande de 1913 sur le fait que ces travaux lui ont donné la possibilité « d’exercer la capacité d’approfondir la sphère finement matérielle qui s’appelle la sphère de ‘l’abstrait’ « 6. Le peintre emploie ici l’adjectif substantivé « otvlečënnoe » qui est le mot philosophique russe, calqué du latin « abstractum« ; c’est le même adjectif qu’il emploie plus loin lorsqu’il résume la place qu’ont eue pour sa formation intellectuelle ses études scientifiques :

    « Dans l’économie politique que j’avais choisie, ce que j’aimais, outre la question ouvrière, c’est la pensée purement abstraite. »7.

    De même, il affirme que l’étude du droit romain l’a attiré « par sa ‘construction’ [ici, l’auteur utilise le mot d’origine latine « konstrukcija« ] », mais n’a pas « satisfait son âme slave à cause de sa logique rigide, schématiquement froide et trop rationnelle » 8. Il se dit avoir été séduit, en revanche, par le droit ordinaire russe « qui provoquait en moi des sentiments d’émerveillement et d’amour en tant qu’opposition au droit romain, en tant que solution libre

    3 Cf. Jean‐Claude Marcadé, « Kandinskys universitäre Tätigkeit (1885‐1895) », in Gesammelte Schriften 1889‐1916. Farbensprache, Kompositionslehre und andere unveröffentlichte Texte, op.cit. p.667‐669
    4 Voir la publication par Jessica Boissel et Irina Kronrod de ces rapports jusqu’ici inédits dans l’original russe et dans la traduction allemande de Jelena Hahl‐Fontaine : Kandinsky, Le minimum de salaire et l’encyclique Rerum Novarum par Mgr Sébastien Nicotra 1893 et Izloženie teorij železnogo zakona i rabočego fonda [ Exposé des théories de la loi de fer et du fonds ouvrier] (1893), in : Gesammelte Schriften 1889‐1916. Farbensprache, Kompositionslehre und andere unveröffentlichte Texte, op.cit., p. 92‐199

    5 Lettre de Kandinsky à A.I. Čuprov du 7 novembre 1895, in : S.V. Šumixin, « Pis’ma Kandinskogo k A.I. Čuprovu [Lettres de V.V. Kandinskij à A.I. Čuprov « ], in : Pamjiatniki kul’tury. Novye otkrytija, Moscou‐Leningrad, 1981, p.341

    6 V.V. Kandinskij, Stupeni [Etapes], Moscou, 1918, p. 16

    7 Ibidem, p. 18
    8 Ibidem, p. 17

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    et heureuse de l’essence de l’ application de la loi »9. Et ici, Kandinsky fait une note où il manifeste son enthousiasme pour le principe (d’une « totale humanité ») du droit populaire russe, selon lequel on juge les actes criminels « en considérant l’homme ». Et le peintre de conclure:

    « Ce principe met à la base du verdict, non pas l’évidence extérieure de l’acte, mais la qualité de sa source intérieure ‐ l’âme du prévenu. Comme cela est proche des bases de l’art! ».10

    Kandinsky – père de l’Abstraction du XXe siècle

    Il est possible de suivre le développement de l’art de Kandinsky, qui est considéré commpe le père fondateur de l’abstraction, à travers l’impressionnisme, le postimpressionnisme, le Jugendstil, le symbolisme, le fauvisme, le primitivisme, vers la disparition progressive de l’objet visible au profit de la représentation du « son intérieur » des choses ou, plutôt, d’une figuration, d’une visualisation de la vision intérieure des choses. L’activité picturale passe d’une représentation du monde sensible à son interprétation abstraite, au sens étymologique du mot11. L’abstraction de Kandinsky se situe à deux niveaux. Comme Kunstwollen, elle reste symboliste, en ce sens que la pensée du peintre est fondée sur un dualisme entre un intérieur et un extérieur12, entre un matériel et un non‐matériel13. « La forme est l’expression matérielle du contenu abstrait .»14 Cette polarité entre une zone de la réalité, disons pour faire court, mimétique‐naturaliste, et une zone abstraite, «répressive de la vie (Worringer) est le champ problématique qu’a popularisé Wilhelm Worringer dans son essai philosophique Abstraktion und Einfühlung (1907) et qu’a radicalisé Kandinsky15. Pour le peintre russe :

    « La Nécessité Intérieure » [Vnutrennjaja Neobxodimost’] est la seule loi immuable dans son essence. »16

    Le sentiment (čuvstvo, Gefühl) est l’instrument spirituel de la nécessité intérieure, grâce à laquelle il y a un équilibre parfait entre la forme extérieure et le son intérieur. D’autre part, en tant que système de représentation, en tant que réalisation de la nécessité intérieure sous la forme d’un tableau, l’abstraction de Kandinsky veut „transfigurer“ les objets „transcender les formes matérielles“17 et cela „demande „une composition purement, infiniment et exclusivement picturale, fondée sur la découverte de la loi, de la combinaison du

    9 Ibidem

    10 Ibidem

    11 Cf. Cicero, « A corpore animus abstractus » (De divinatione, 1, 66)
    12 V. Kandinskij, « Pis’mo iz Mjunxena » (Lettre de Munich), Apollon, 1910, N° 4, p. 19‐20
    13 V. Kandinskij, « Soderžanie i forma », in catalogue Salon 2, Odessa, 1910‐1911, p. 14
    14 Ibidem, p. 15
    15 Cf. Emmanuel Martineau, « Worringer ou Fiedler ? Prolégomènes au problème Worringer‐ Kandinsky », Revue philosophique de Louvain, tome 77, mai 1979, p. 160 sqq.
    16 V. Kandinskij, « Soderžanie i forma », o.c., p. 15
    17 V. Kandinskij, « Pis’mo iz Mjunxena » (Lettre de Munich), Apollon, N° 7, avril 1910, p. 14‐15

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    mouvement, de la consonance et de la dissonance des formes, une composition du dessin et de la couleur“18. Sans aucun doute, Kandinsky fut un des premiers à formuler le principe de l’autonomie de la création artistique, de la mise en forme du matériau artistique. Mais si le référent n’est plus mimétique, au sens où la mimèsis aristotélicienne a été comprise19, c’est‐à‐ dire comme imitant la nature, il demeure toujours un référent chez Kandinsky – le monde intérieur. L’objet n’est plus le matériel, mais le spirituel; l’objet reste encore la finalité du peintre. Il y a une totale différence entre l’esthétique de Kandinsky et celle du Cubisme. Cela est net au niveau du vocabulaire. Kandinsky utilise constamment des termes musicaux, car sa non‐figuration des années 1910 prend comme analogue l’abstraction musicale, alors que les cubistes parisiens, dans leur interprétation de Cézanne, se livrent à la géométrisation du monde des objets. Larionov apportera avec son rayonnisme (lučizm) de 1912‐1913 une nouvelle appréhension picturale du monde visible, qui se référait, comme Kandinsky à la musique. On peut dire que Kandinsky, et à sa suite, Larionov, ont ouvert la route à „l’abstraction concrète“ de Tatlin en 1914 et au suprématisme de Malevič en 1915, ainsi qu’à l’efflorescence d’art sans‐ objet en Russie entre 1915 et 1921.

    L’écrivain russe (poésie, essais philosophiques, théâtre) dans la marche vers l’Abstraction

    Kandinsky, après une période primitiviste‐symboliste‐ Jugendstil s’est attaché, dès 1908‐1909, à varier, tel un musicien des couleurs et des lignes, sa quête de la forme non‐ figurative abstraite. Il le fera aussi bien en peintre, qu’en écrivain et qu’en théoricien. Il est une facette du génie de Kandinsky qui n’a pas été prise jusqu’ici en compte par les spécialistes de ce peintre, c’est l’originalité de son écriture en langue russe20. Il est vrai que la plupart des kandinskologues étaient des Européens qui n’avaient pas accès à la langue russe et étaient plus préoccupés de mettre les textes allemands philosophiques et théoriques en rapport avec la création picturale de l’artiste que d’analyser une éventuelle valeur littéraire. Certes, le poète allemand a été et est apprécié. Hugo Ball fut un des propagateurs du recueil poétique Klänge et des « compositions pour la scène » Der gelbe Klang et Violett; les dadaïstes, de leur côté, ont déclamé les poésies allemandes du peintre russe. Arp a écrit de

    18 V. Kandinskij, « Pis’mo iz Mjunxena » (Lettre de Munich), Apollon, N° 11, octobre‐novembre 1910, p. 17

    19 Sur le problème voir Emmanuel Martineau, « Mimèsis dans la Poétique ; pour une solution phénoménologique », Revue de Métaphysique et de Morale, octobre‐décembre 1976, p. 438‐ 466
    20 Voir note 2. J’ai esquissé une première approche de la création littéraire de Kandinsky dans les articles : Jean‐Claude Marcadé, « L’écriture de Kandinsky », in : Kandinsky, Paris, RMN, 1997 (traduction italienne : « La scrittura di Kandinsky », in : Kandinsky, Milan, Mazzotta, 1997), et « Kandinsky ‐ un artiste russe en Allemagne et en France », in: Kandinsky et la Russie, Martigny, Fondation Pierre Gianadda, 2000, p. 12‐13

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    belles pages sur l’art du poète allemand Kandinsky. L’essayiste français Jean‐Christophe Bailly a souligné la profondeur littéraire des poèmes en prose dans leur version allemande.21 L’écrivain russe, lui, n’a pas encore été reconnu comme tel par les siens. On n’a pas admis, et l’on continue à ne pas admettre que l’auteur, entre autres, de O duxovnom v iskusstve (Über das Geistige in der Kunst), de Zvuki (Klänge), de Fioletovaja zanaves’ (Violett), ou de Stupeni (Rückblicke) ait pu avoir une écriture tout à fait personnelle et que le travail d’écriture a été pour lui plus qu’un violon d’Ingres. Kandinsky s’est voulu en effet, d’un bout à l’autre de sa création, mais tout particulièrement entre 1909 et 1915, un écrivain à part entière. Il n’a cessé d’écrire des textes critiques, de la poésie, des pièces de théâtre, des essais philosophiques et théoriques. Il l’a fait surtout en russe et en allemand. Il est clair que dans la langue russe il trouvait son expression organique naturelle. Sa langue russe est riche, c’est celle d’un homme de grande culture, émule d’un Rémizov, d’un Biély ou d’un Rozanov, d’un artiste qui manie de façon personnelle la métaphore, les tournures imagées, les divers registres lexicaux et stylistiques. Et cela donne quelquefois des étrangetés langagières, qui ont pu heurter et peuvent encore heurter aujourd’hui, car on n’attend pas du peintre Kandinsky qu’il puisse avoir un style à lui, qu’il a élaboré de façon consciente et délibérée. Ainsi, le directeur de la revue moderniste Apollon, Sergej Makovskij, à qui Kandinsky propose la version russe de Über das Geistige in der Kunst22 , qu’il vient de terminer à Moscou et fait dactylographier en octobre 191023, ne l’édite pas, devant le refus de Kandinsky d’accepter une rédaction de son texte :

    « Makowsky wollte meine Broschüre bei sich drucken, aber auch hier ist meine Sprache ein Hindernis dazu. Ich will aber nichts ändern. So was finde ich dumm »,
    écrit‐il à Gabriele Münter de Saint‐Pétersbourg le 30 octobre 191024.

    Kandinsky aime dans son écriture les oppositions binaires, ce qui conforte son dualime philosophique. Il est hanté, en particulier, par l’opposition entre la zone extérieure des choses et leur zone intérieure. Cette opposition est décisive pour comprendre tout le complexe créateur de l’artiste, qui apparaît pour la première fois dans l’article publié en 1910 dans le catalogue du Salon 2 de Vladimir Izdebskij à Odessa, « Soderžanie i forma » [Le contenu et la forme], là où se fait jour une première approche de la Vnutrennjaja Neobxodimost’ [la Nécessité Intérieure]. Une des formes stylistiques privilégiées par Kandinsky, c’est la rhétorique lyrique.

    21 Voir : Jean‐Christophe Bailly, « Préface » de : Kandinsky, Klänge (poèmes traduits de l’allemand par Inge Hannefort et Jean‐Christophe Bailly) (édition bilingue), Paris, Christian Bourgois, 1987
    22 La première version de Über das Geistige in der Kunst est en allemand; elle a été terminée à Murnau, avec l’aide de Gabriele Münter, le 3 août 1909, et publiée en 1912 chez Piper à Munich. Le dossier comportant cette première version in extenso se touve dans les Archives du Lenbachhaus. Dans sa lettre à S.K. Makovskij du 1/XI. 1909, Kandinsky disait : « J’ai écrit en allemand une brochure (ou plutôt un petit livre) sur le principe spirituel en art, pour laquelle je cherche, ici aussi, un éditeur (je l’ai terminée il y a peu de temps), mais je désirerais beaucoup la publier aussi en russe. Je vais très prochainement la traduire. » (Archives de la Bibliothèque Nationale Publique, Saint‐Pétersbourg, fond 124, edinica xranenija 1910, sobranie P.L. Wechsel)

    23 Le manuscrit et le tapuscrit de la version russe O duxovnom v iskusstve (faite à partir de la version allemande de 1909) se trouvent dans les Archives du Lenbachhaus; voir à ce sujet les lettres de Kandinsky à Gabriele Münter du 10/23. X. 1910 et du 20.X/3.XI. 1910

    24 Lettre de Kandinsky à Gabriele Münter du 30.X. 1910, Archives du Lenbachhaus

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    On connaît dans Stupeni [version russe de 1918 des Rückblicke de 1913] l’hymne vibrant à Moscou. On retrouve ce même enthousiasme dans un fragment russe et allemand des alentours de 1910 où l’on peut lire:

    « Die grösste Komposition einer russischer Stadt ist Moskau. Sie ist der ideale Ausdruck dieses Kraftgesetzes [dasjenige des Konsonanzen und des Dissonanzen]. In ihr reflektiert sich äusserlich der innere Sinn des inneren Lebens der russischen Stadt. Aber ihr Bestreben ist Ruhe mittels der Gleichgewichtsstörung. Hier wird die Zeit eines Verblühens verborgen, wenn alle Dissonanzen wie Konsonanzen erscheinen, und Moskau wird so der Typus einer rein positiven Harmonie (Rothenburg ob der Tauber). Zu jeder Zeit seiner Geschichte war Moskau immer die ideale Komposition einer russischen Stadt. Und infolgedessen auch die ideale Harmonie. Darin liegt die Kraft ihrer Wirkung nicht nur in bezug auf die Russen (die in sich die russische Seele tragen), sondern auch auf die Fremden, (die in der Lage sind, Harmonie zu spüren, d.h. die einen Empfänger für das Harmonische besitzen.)25

    Les premiers essais de poésie dans le Carnet de Vologda [Vologodskaja zapisnaja knižka, 1889] sont très conventionnels et scolaires. Il en est de même des trois poèmes Molčanie [Schweigen], Pozdnjaja osen’ [Späthersbst], Poèzija [Dichtung] où l’on rencontre des thèmes typiques du symbolisme russe et européen : le monde est mystérieux, plein de chuchotements, de rêves, de mélancolie.26

    En revanche, dans plusieurs poésies en vers libres de 1913‐1914 Kandinsky se fait totalement alogique et expérimente même des procédés purement ludiques, sans aucun souci de sens, avec la seule jubilation d’une instrumentation de sonorités verbales. L’absurdisme, comme dans Četyre [Quatre], Umestnyj um [L’esprit à sa place], ou Mera [Mesure] , est très proche de ce qui se pratiquait dans le cubofuturisme poétique, par exemple, chez Xlebnikov et Kručënyx27.

    Le fait qu’il n’y ait pas eu du vivant de l’artiste d’édition de l’ensemble de ses oeuvres28, le fait qu’encore aujourd’hui, le théoricien fait oublier l’écrivain29, tout cela n’a pas

    25 V. Kandinskij, „Každyj čelovek predstavljaet iz sebja…„/ „Jeder Mensch stellt an sich ein Geflecht…„ (le texte original russe et sa traduction en allemand sont de Kandinsky), in Gesammelte Schriften 1889‐1916. Farbensprache, Kompositionslehre und andere unveröffentlichte Texte, op.cit., p. 436‐439

    26 Voir leur publication et leur traduction en allemand dans Gesammelte Schriften 1889‐1916. Farbensprache, Kompositionslehre und andere unveröffentlichte Texte, op.cit., p. 38‐39, 42‐43 510‐511

    27 Plusieurs de ces poésies « cubofuturistes, sont publiées et traduites en allemand dans Gesammelte Schriften 1889‐1916. Farbensprache, Kompositionslehre und andere unveröffentlichte Texte, op.cit., p. 537‐546 Au sujet des rapports de Kandinsky avec la poésie cubofuturiste russe, je me permets de renvoyer à mon article « L’écriture de Kandinsky », op.cit., p. 157

    28 La guerre de 1914 a interrompu le projet de publication à Moscou aux éditions « Iskusstvo« , par les soins des musicologues G.A. Angert et E.D. Šorr, des œuvres de Kandinsky, à commencer par O duxovnom v iskusstve dont les épreuves ont été tirées. Voir les lettres de G.A. Angert et E.D. Šorr à Kandinsky du 16 juin 1913, des 20 janvier, 25 et 29 mars, 2 mai 1914, se trouvant dans les Archives du Lenbachhaus. Voir aussi : Nadia Podzemskaia, « Du Spirituel dans l’art. Le projet d’édition de 1914 et l’écriture théorique de Kandinsky », Genesis, Paris, Jean‐Michel Place, 15, 2000, p. 43‐65, et : Colore Simbolo Immagine. Origine della teoria di Kandinsky, Florence, Alinea, 2000

    29 Voir : V.V. Kandinskij, Izbrannye trudy po teorii iskusstva [Choix de travaux sur la théorie de l’art], 2 tomes, Moscou, « Gileja », 2001 (éd. N. Avtonomova, D. Sarab’janov, V. Turčin)

     

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    favorisé une bonne réception de l’aspect littéraire des écrits de Kandinsky. Cette indifférence de la critique russe pour cet aspect de la création de l’auteur de O duxovnom v iskusstve et de Stupeni, du poète de Zvuki ou du dramaturge des « compositions pour la scène », tient peut‐être aussi au caractère très particulier de sa personnalité et, partant, de son écriture. Par toute sa complexion intellectuelle, il fait partie du courant symboliste russe, marqué par la culture grecque, la métaphysique allemande et Nietzsche, la spiritualité à dominante orthodoxe , qui n’exclut pas le regard porté vers les ésotérismes, le goût d’une rhétorique saturée d’images, de symboles, de métaphores. Mais, d’un autre côté, Kandinsky est attiré par les expérimentations de type futuriste, même s’il n’adhère pas à l’esprit futuriste de provocation et d’annihilation des classiques. Plusieurs éléments de l’écriture kandinskyenne tiennent de la volonté de briser la routine de la langue, au risque de heurter les habitudes. Ce que l’on accepte chez un Rémizov qui, lui aussi, est un marginal du symbolisme, pourquoi ne pas l’accepter chez Kandinsky ?

    Pour comprendre la situation d’incompréhension qu’a connue Kandinsky en Russie, je citerai un extrait d’une longue lettre émouvante qu’il écrit à Alexandre Benois en 1936 à Paris, en espérant que ce dernier parlerait, dans un de ses feuilletons, de son exposition, lettre qui ne provoqua que les ricanements du « passéiste invétéré » :

    « Je ne peux pas me plaindre, de façon générale, de ‘malchance’ mais il y a dans mon activité (ou plutôt dans ma ‘carrière’) quelques points très sombres (presque de la couleur de l’encre de Chine), c’est que le public russe ne me connaît pas du tout [cette dernière partie de la phrase est soulignée au crayon par Alexandre Benois qui note dans la marge :’On vous (te) connaissait mais on ne vous (t’) aimait pas et on ne vous (te) croyait pas’]. Cela s’explique en partie par le fait que toute ma ‘carrière artistique’ s’est déroulée à l’étranger. En partie, Dieu sait par quoi. Mais vous comprendrez que ce point sombre m’ est douloureux. »30

    Dans la Russie révolutionnaire ‐ activité théorique et organisatrice

    Après la déclaration de guerre de 1914, le Russe Kandinsky doit quitter l’Allemagne. En 1915, il s’installe à Moscou et participe à l’exposition avant‐gardiste « L’Année 1915 » qui provoque des scandales à cause d’œuvres provocatrices. Ce n’était certes pas dans le style de Kandinsky, mais cela indique son implication dans la vie artistique russe. Kandinsky se rend à Stockholm en 1915, puis en 1916 pour une exposition personnelle. Il y rencontre pour la dernière fois sa compagne munichoise de plus de quinze ans, la peintre allemande Gabriele Münter. En 1917, il épouse Nina Andrievskaja dont il aura un fils qui mourra en 1920.

    30 Lettre de Kandinsky à Alexandre Benois du 28 novembre 1936, RGALI, fond 938, opis’ 2, edinica xranenija 262, p. 1‐2

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    Après la révolution de Février 1917, se constituèrent en Russie des fédérations artistiques « de gauche » (les avant‐gardistes), « du centre » (les cézannistes fauves du « Valet de carreau »), « de droite » (les figuratifs naturalistes‐réalistes, les symbolistes « art nouveau »). Dès 1918, Kandinsky est membre de la Section des Arts Plastiques (IZO) du Commissariat du peuple à l’instruction (Narkompros), à la tête des sections théâtrale et cinématographique (n’oublions pas que Kandinsky a écrit avant 1915 des pièces de théâtre originales et des écrits théoriques sur le sujet31). Membre du Bureau artistique international de l’ IZO, il établit des contacts avec l’Allemagne, en particulier avec Walter Gropius qui était en train de créer le Bauhaus à Weimar. Cette année 1918 voit le transfert de la capitale de la Russie, de Petrograd à Moscou. Le peintre publie en russe des articles et son autobiographie Stupeni, version des Rückblicke de 1913. Il participe étroitement à la vie artistique de la Russie soviétique. C’est ainsi que furent créés à Petrograd et à Moscou les premiers « musées d’art moderne » au monde qui devaient tenir compte des ruptures opérées, à partir de l’impressionnisme, avec au moins quatre siècles de codes académiques renaissants. A Petrograd fut créé le premier Muzej xudožestvennoj kul’tury [Musée de la culture artistique] en 1918‐19 ; à Moscou, ce sera le Muzej živopisnoj kul‘tury [Musée de la culture picturale] dont Kandinsky sera le premier président de juin 1919 à octobre 1920. Un Bureau d’excursions fut créé pour populariser le nouvel art. Y travaillèrent, outre Kandinsky, Rodčenko, Varvara Stepanova, Ljubov Popova, Pevsner et d’autres (conférences dans les clubs ouvriers, organisation du musée….). La création de « musées de la culture picturale/artistique » à travers toute la Russie est un phénomène pionnier au XXe siècle.

    La fondation du Bauhaus de Weimar par Gropius, au printemps de 1919, a été sans doute pour Kandinsky une impulsion essentielle qui l’a lancé dans l’établissement du programme de l’Institut de la culture artistique (Institut xudožestvennoj kul’turyInxuk). C’est Kandinsky qui établit le programme de l’ Inxuk lors de sa création en mai 1920. Ce programme, édité en brochure, développait les principes d’un art monumental. Il s’agissait de fonder une science qui étudiât tous les aspects des différents arts, leurs interactions, dans la perspective d’une synthèse des arts. Au lieu d’un discours subjectiviste, on se proposait de soumettre l’art à des analyses formelles objectives. Kandinsky proposa l’investigation analytique et synthétique de l’art dans son ensemble et des arts particuliers. Les recherches ne portaient pas seulement sur les arts plastiques, mais aussi sur la musique, la danse, le théâtre, le cirque, les variétés. L’intuition était un élément déterminant pour comprendre les liens qui unissent les différents arts et les effets de ceux‐ci sur le psychisme humain. A l’ Inxuk furent établis les rapports du point et de la ligne à la surface, qui seront, après 1922, l’une des bases de l’enseignement de Kandinsky au Bauhaus. Le peintre envisageait de composer un dictionnaire terminologique fait à partir de tests scientifiques, empiriques ou autres. De même des tables d’explication permirent de rendre compte des réalités synesthésiques (les cinq sens participant à la perception).

    Le programme de Kandinsky rencontra très vite de vives résistances à l’intérieur de l’Institut. C’est ainsi que Rodčenko prit la tête, dès la fin de l’année 1920, d’un Groupe de travail de l’analyse objective, qui attira à lui des sculpteurs, des architectes et des peintres. Ce groupe reprochait à Kandinsky de tomber, avec son souci de privilégier l’émotion et l’éthique, dans la

    31 Kandinsky, Du théâtre, Über das Theater, O teatre, Paris, Adam Biro, 1998

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    métaphysique et la mystique, alors que l’analyse doit toujours opérer avec des concepts concrétisés. C’était le processus de formation du constructivisme dont le nom n’apparaîtra, pour la première fois en Europe, qu’en janvier 1922.

    Divergences et convergences avec l’avant‐garde russe

    Kandinsky quitta l’ Inxuk en janvier 1921. Les attaques contre lui n’avaient d’ailleurs jamais cessé. Une des plus virulentes, ce fut la recension par le critique Nikolaj Punin, alors porte‐parole des communistes‐futuristes de Petrograd, de l’autobiographie Stupeni, parue à Moscou en 1918:

    « C’est édité à la manière étrangère (munichoisement, par exemple) […] Kandinskij est solitaire […] Il a cessé d’être un peintre le jour même où ses sens ont compris, et par le fait même qu’ils aient compris, ‘à l’heure vespérale, le soleil de Moscou’. A ce moment‐là le sentiment cosmique a tué en Kandinskij le sentiment pictural : voilà pourquoi il lui est resté pour toute la vie cette sensation indéterminée et visiblement torturante de ‘sonorité’ […] Il est un maniaque de la contemplation qui détache le monde de l’art du monde de la nature […] Tout son art est fortuit et individuel : enlevez l’homme Kandinskij et il n’y aura pas de peinture. En tout cas, il n’y a aucune ‘majorité’ dans l’art de Kandinskij. Kandinskij est sans continuité et traditions, il est solitaire et n’aura pas d’élèves… »32

    A la suite de Punin, les chercheurs soviétiques ont eu tendance à minimiser, quand ils ne l’ignoraient pas, le rôle capital de Kandinsky dans l’évolution des arts novateurs dans les années 1920. Cependant, Kandinsky a tracé la voie en formant, le premier, un programme cohérent, en organisant des conférences, des débats, en établissant des questionnaires auxquels devaient répondre professeurs et élèves.33 Avant son départ définitif de Russie à la fin 1921, il put mettre en place une Académie de Russie des sciences de l’art [Rossijsskaja akademija xudožestvennyx nauk] qui avait une vocation pluridisciplinaire. Kandinsky, qui n’avait été nommé que vice‐président de l’ Académie (le président était le critique Pёtr Kogan qui, lui, était membre du Parti communiste), ne put voir le développement de celle‐ci puisqu’il profita d’une invitation de Gropius pour partir en décembre 1921 en Allemagne où il enseignera au Bauhaus de Weimar, puis à celui de Dessau.

    Kandinsky fut considéré dans sa patrie comme un corps étranger. Sa peinture, bien que profondément nourrie de la culture et de la civilisation russes, n’entre pas picturalement dans le mouvement général de l’évolution des arts novateurs russes. Sa création est issue du Jugendstil et sa forte imprégnation de spiritualité, en particulier russe orthodoxe, n’en fait pas pour autant un héritier de l’icône, si l’on se place sur le plan strictement picturologique. L’icône tend à la quiétude (l’ ησυχία – l’ hésychia), alors que toute l’œuvre de Kandinsky est dans la mobilité, le brassage des formes et des couleurs, le mouvement symphonique à la Bruckner, parfois même la tonitruance des tubas et des trompettes apocalyptiques.

    La production de l’artiste pendant les quelques cinq années de sa période strictement russe entre 1915 et 1921 voit étrangement un retour vers une figuration de type légérement

    32 N. Punin, Iskusstvo Kommuny [L’Art de la Commune], Peterburg, 2 février 1919

    33 Voir la conférence de Kandinsky à l’été 1921 « De la méthode de travail sur l’art
    synthétique », dans le catalogue Kandinsky, Paris, Centre Georges Pompidou, 1984, p. 158‐159

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    fauviste dans des vues de Moscou et de ses environs, empruntant même, dans quelques cas, les bleus de certaines aquarelles du peintre réaliste du XIXe siècle Surikov que, d’après la doxographie, Kandinsky admirait.

    Beaucoup plus étonnantes sont les peintures sur verre (Hinterglasmalerei) et les aquarelles de 1917‐1918 sur des sujets mondains et kitsch de l’époque romantique, sans doute un exercice pour plaire à sa jeune femme Nina (elle avait 24 ans, lui en avait 53), qu’il vient d’épouser au début de 1917, un jeu humoristique, satirique même, témoignage de son bonheur d’alors, au milieu du chaos et des privations de la Russie révolutionnaire.

    Mais le fondateur de l’Abstraction du XXe siècle continuait dans le même temps à peindre des toiles non‐figuratives dans la foulée des paysages symphoniques d’avant 1914. On y trouve, comme dans des variations musicales, des églises à bulbes sur des pics rocheux, des montagnes (les Alpes bavaroises), des barques et leurs rames sur des lacs, des sapins, des cavaliers, des anges, des nuages – le tout «hiéroglyphisé», ce qui est un trait distinctif de la poétique picturale du peintre russe. Cette période dure de 1915 à 1919.

    Puis, presque tout soudain, à partir de 1920, l’artiste opère un tournant décisif vers une instrumentation de formes géométriques. Na belom [Sur le blanc I, Musée national russe], repris en Allemagne avec accentuation des éléments géométriques Auf Weiss II [MNAM, 1923] ou Krasnoe pjatno N° 2 [Roter Fleck II, Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich)] sont paradigmatiques de ce changement radical, dû, on ne saurait en douter, à sa confrontation directe à cette époque avec les deux mouvements qui dominèrent la vie artistique russe et soviétique – le suprématisme de Malevič depuis 1916, et le constructivisme soviétique qui était en train de se cristalliser en 1920‐1921. Les tableaux de Kandinsky de 1919 mêlent encore le graphisme libre, la ligne sinueuse issue du Jugendstil, et les carrés, les cercles et les triangles. Les huit tableaux de l’année 1921 voient petit à petit apparaître des formes géométriques pures, ce qui sera la marque de l’artiste à partir de sa collaboration avec le Bauhaus dès 1923.34

    De l’Abstraction, du Spirituel – Kandinsky/Malevič

    Même si l’impulsion fut donnée par la vague d’abstraction géométrique dans l’art russe, on ne saurait oublier que dans Du Spirituel dans l’art (écrit, répétons‐le, en 1909 en allemand à Murnau, traduit par l’auteur lui‐même à Moscou en 1910 et complété en 1912 et 1913), Kandinsky avait déjà créé conceptuellement, sinon iconographiquement, l’abstraction géométrique. Ainsi, dans le chapitre IV «La langue des couleurs», il pouvait écrire :

    «Le carré, le cercle, le triangle, le losange, le trapèze et d’innombrables autres formes […] sont les citoyens à part entière de la souveraineté spirituelle.»35

    34 Les études sur l’œuvre de Kansdinsky en Russie et, tout spécialement, entre 1915 et 1921 sont nombreuses ; voir en particulier le catalogue Kandinsky :Russian and Bauhaus Years, New York, The Solomon R. Guggenheim Museum, 1983 (qui confronte Kandinsky et l’avant‐garde russe) ; D.V. Sarab’janov, N.B. Avtonomova, Vasilij Kandinskij. Put’ xudožnika. Khudožnik i vremja [Vasilij Kandinskij. L’itinéraire artistique. L’artiste et son temps], Moscou, „Galart“, 1994; Valerij Turčin, Kandinskj v Rossii [Kandinskij en Russie], o.c.
    35 V.V. Kandinskij, O duxovnom v iskusstve (živopis‘), in Trudy vserossijskogo s“ezda xudožnikov, Petrograd, 1914, p. 56; Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 108

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    Et le tableau explicatif IV de la version russe publiée en 1914 (curieusement ce tableau est absent des éditions allemandes de 1912) présentait «la vie élémentaire de la simple couleur et de sa dépendance du milieu le plus simple» sous la forme de deux séries verticales, placées côte à côte, constituées chacune d’un triangle jaune, d’un cercle violet et d’un carré rouge, une série étant sur un fond noir et l’autre sur un fond blanc36.

    Il n’est pas impossible que cela ait pu donner une impulsion à la création par Malevič en 1915 de son suprématisme de la peinture, avec, de toute évidence, une toute autre visée.

    Si Kandinsky a été le premier à formuler en langue russe et en langue allemande le principe de l’autonomie de la création artistique, de la mise en forme du matériau artistique, il refuse catégoriquement, comme tous les artistes russes de l’avant‐garde, toute tentation de faire de l’art pour l’art. L’art pour l’art n’apparaît qu’aux époques où « l’âme est abandonnée et étouffée par des conceptions matérialistes, par l’incroyance »37. Dans une note ajoutée en pleine époque révolutionnaire à son autobiographie Stupeni, Kandinsky dit même qu’une telle attitude qui ne s’attacherait qu’à l’extérieur est « athée »38.

    Dès 1910, dans son article « Forme et contenu » paru dans le catalogue du 2ème Salon d’ Izdebskij à Odessa, Kandinsky avait proclamé la venue de l’ Époque de la Haute Spiritualité [Èpoxa Velikoj Duxovnosti] dont le fondement est le « Principe de la Nécessité intérieure » [Princip Vnutrennoj Neobxodimosti]. L’art « sert le spirituel »39, l’artiste fait partie des « serviteurs de Dieu »40 :

    « L’art en général n’est pas une création sans finalité de choses qui s’épandent dans le vide, mais c’est une force et un pouvoir emplis de finalités et il doit servir le développement et l’affinement de l’âme humaine, servir le mouvement du triangle. L’art est un langage grâce auquel on parle de l’âme dans une forme qui n’est accessible et propre qu’à ce langage lui‐même sur des choses qui sont pour l’âme son pain substantiel [en slavon pour « panem quotidianum» dans le Pater noster] et que cette âme ne peut recevoir que sous cette forme. »41

    36 Voir sa reproduction dans : Vasilij Kandinskij, Izbrannye trudy po teorii iskusstva [Choix de travaux sur la théorie de l’art], Moscou, Gileja, 2008, t. I, entre pp. 128 et 129
    37 V.V. Kandinskij, O duxovnom v iskusstve (živopis‘), in Trudy vserossijskogo s“ezda xudožnikov, Petrograd, 1914, p. 71; Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 167

    38 Vasilij Kandinskij, Stupeni, Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 316
    39 V.V. Kandinskij, O duxovnom v iskusstve (živopis‘), in Trudy vserossijskogo s“ezda xudožnikovo.c., p. 48; Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 108

    40 Ibidem

    41 V.V. Kandinskij, O duxovnom v iskusstve (živopis‘), in Trudy vserossijskogo s“ezda xudožnikov, o.c., p. 71; Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 167

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    L’acte créateur est un « total mystère » 42; l’artiste n’est pas un créateur frivole, « son travail est difficile et devient souvent pour lui une croix»43. Son don inné est le talent évangélique qu’il serait un péché d’enfouir dans la terre44. Bien entendu l’artiste russe est tributaire de toute l’atmosphère symboliste européenne.

    En tout cas, lorqu’il publiera en 1918, en pleine révolution, son autobiographie Stupeni non seulement il ne gommera pas sa revendication du spirituel, mais accentuera son opposition à tout matérialisme. Si dans ce texte il atténue certains passages par rapport à la version allemande de 1913 pour s’adapter à la situation, il en ajoute d’autres qui n’en sont pas moins significatifs.

    Est‐ce sous l’effet de la censure ou par pure décision personnelle que Kandinsky supprime plusieurs choses qui se trouvaient dans l’édition allemande de 1913, comme :

    « L’art est sur beaucoup de points semblable à la religion » 45[alors qu’un des slogans répercuté à satiété était alors la formule marxienne « la religion est l’opium du peuple »].

    Ou bien :

    « Le Nouveau Testament serait‐il convenable sans l’Ancien ? Notre époque, au seuil de la ‘troisième’ Révélation serait‐elle convenable sans la deuxième ? .»46

    0u encore le nom du Christ est remplacé systématiquement par le mot « christianisme » et n’apparaît plus comme tel.

    La référence à la troisième « Révélation de l’Esprit »47, qui venait de la division de l’histoire de l’humanité en trois royaumes faite par l’abbé calabrais Joachim de Flore au XIIIe siècle, participait du climat général qui régnait en Europe avant la Première guerre mondiale. Le philosophe religieux Berdjaev avait repris textuellement le schéma historique de Joachim de Flore dans son ouvrage fondamental, paru en 1916 à Moscou, Le sens de la création. Essai de justification de l’homme :

    « Le monde passe par trois époques de la révélation divine : la révélation de la Loi (du Père), la révélation de la Rédemption (du Fils), la révélation de la création (de l’Esprit) A ces époques correspondent divers signes dans les cieux. Il ne nous est pas donné de connaître les

    42V.V. Kandinskij, O duxovnom v iskusstve (živopis‘), in Trudy vserossijskogo s“ezda xudožnikov, o.c., p. 70; Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 165

    43V.V. Kandinskij, O duxovnom v iskusstve (živopis‘), in Trudy vserossijskogo s“ezda xudožnikov, o.c., p. 71 et aussi, p. 72; Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 167 et aussi p. 169

    44V.V. Kandinskij, O duxovnom v iskusstve (živopis‘), in Trudy vserossijskogo s“ezda xudožnikov, o.c., p. 49; Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 110

    45 Vasilij Kandinskij, Stupeni, Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 322, note 114

    46 Ibidem, p. 323, note 116

    47 Ibidem, p. 321, note 113

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    limites chronologiques nettes de ces époques. Toutes les trois coexistent. La Loi n’est pas épuisée aujourd’hui encore et le rachat du péché ne s’est pas encore accompli, bien que le monde entre dans une nouvelle époque religieuse. »48

    Si dans le contexte révolutionnaire, les allusions de Kandinsky à un art théurgique disparaissent, en revanche il ajoute tout un développement antimarxien où il glisse :

    « Maintenant je sais que la ‘perfection’ n’est qu’apparente, éphémère et qu’il ne saurait y avoir de forme parfaite sans contenu parfait : l’esprit détermine la matière, et non le contraire […] Le grand Balai de l’Histoire, qui nettoiera des ordures de l’extériorité l’esprit intérieur, apparaîtra ici aussi comme le dernier juge impartial. » 49

    Or c’est précisément le rapport entre une sphère intérieure et une sphère extérieure qui a fait partie du noyau du marxisme‐léninisme vulgarisé à travers tous les médias possibles de l’époque. A côté des slogans répétitifs « Prolétaires de tous les pays unissez‐vous », « La religion est l’opium du peuple », on trouvait en toute occasion le fameux axiome marxien « L’être social détermine l’être conscient » [Das gesellschaftliche Sein bestimmt das Bevusstsein], qui était frappé comme un proverbe dans la traduction russe : « L’être‐existence détermine la conscience» [Bytie opredeljaet soznanie]. Ce que dit Kandinsky est donc exactement le contraire, une revendication de la primauté absolue du spirituel.

    La position de Kandinsky est proche ici de celle de Malevič, bien que de toute évidence leurs points de départ et leurs visées philosophiques et picturologiques soient totalement différents. Kandinsky, et c’est peut dire, n’appréciait pas Malevič qui occupait à cette époque le devant de la scène artistique russe. Tout opposait les deux hommes. Et pourtant, Malevič, penseur du « Rien libéré » (osvoboždënnoe ničto), pourra affirmer dans son traité Dieu n’est pas détrôné. L’Art. L’Église. La Fabrique [Bog ne skinut. Iskusstvo. Cerkov’. Fabrika], paru à Vitebsk en 1922 :

    « Le ‘rien’ en tant qu’être ne détermine pas ma conscience .»50

    C’est dire que Malevič, comme Kandinsky, prend exactement le contre‐pied de la formule marxienne, ce qui le fera accuser de déviation religieuse par les marxistes orthodoxes, à quoi le fondateur du suprématisme répliquera par ces célèbres phrases ironiques :

    « Est‐ce que la conscience détermine l’existence ou l’existence, la conscience, est‐ce que la poule vient de l’œuf ou l’œuf de la poule ? Est‐ce que l’existence existe en dehors de la conscience ou la conscience en dehors de l’existence? Qu’en pensez‐vous, camarade Isakov ? »51

    Kandinsky et Malevič se retrouvent encore dans leur antimatérialisme. Leur pratique picturale est sous‐tendue par une conception très proche du couple esprit/matière. Malevič a pu écrire :

    48 Nikolaj Berdjaev, Smysl tvorčestva. Opyt opravdanija čeloveka, Moscou, 1916, p. 312

    49 Vasilij Kandinskij, Stupeni, Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 316

    50 Kazimir Malevič, Bog ne skinut. Iskusstvo. Cerkov’. Fabrika, Vitebsk, 1922, § 1 ; voir le commentaire pertinent de ce passage par Emmanuel Martineau, « Préface » in : K. Malévitch, Ecrits II. Le Miroir suprématiste, Lausanne, l’Age d’Homme, 1977, 1993, p. 13‐15

    51 Kazimir Malevič, Van’ka‐Vstan’ka (Le poussah), revue Žizn‘ iskusstva, 1923, N° 14 13

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    « Et ce que nous appelons la matière, ne sont‐ce pas simplement des mouvements spirituels, et peut‐être que tout ce que nous appelons esprit est le mouvement de la matière […] D’après mes suppositions, la matière n’existe pas car par matière j’entends une parcelle indivisible, ce qui d’après ma déduction n’existe pas dans l’Univers […] L’esprit peut être partout, dans le divin et dans le non‐divin. »52

    Et dix ans plus tôt, en 1912, Kandinsky avait déjà affirmé :

    « Mais est‐ce que tout n’est pas matière ? Est‐ce que tout n’est pas esprit ? Est‐ce que, peut‐être, les différences que nous supposons entre la matière et l’esprit ne sont que des degrés différents de la seule matière ou du seul esprit ? »53

    Il y a là, de toute évidence, une insertion dans une latence panthéiste qui, d’Origène à Teilhard de Chardin, parcourt le christianisme, le point de départ étant la proposition de Saint Paul :

    « Afin que Dieu soit tout dans tout/tous. » (I Cor 15,28 ‐ ἵνα ᾖ ὁ θεὸς τὰ πάντα ἐν πᾶσιν.)

    Dans l’avant‐dernier chapitre de Du Spirituel dans l’art, intitulé « Théorie », où l’artiste affirme que « la voie vers la peinture » « gît entre deux domaines », celui de « l’abstrait » et celui de la forme « corporelle »; il ajoute :

    « Au‐delà de ces limites gisent […], à droite : la pure abstraction [abstrakcija] (c’est‐à‐ dire une abstraction plus grande que les formes géométriques), et, à gauche : la pure réalistique (c’est‐à‐dire un fantastique plus grand que le fantastique ‐ un fantastique dans la matière la plus dure). Et entre elles, un espace sans limites, la profondeur, la richesse, la vasteté des possibilités, et au‐delà d’elles les domaines qui sont là (de la pureté abstraite et réalistique) ‐ tout, aujourd’hui, est apporté par le moment d’aujourd’hui à l’artiste pour être à son service. Aujourd’hui, c’est le jour d’une telle liberté, laquelle n’est possible seulement que dans la haute époque qui commence. Et cette liberté est dans le même instant ce qui lie au plus haut point parce que toutes ces possibilités qui se trouvent entre les limites, dans les limites et au‐delà des limites croissent à partir d’une seule racine : l’appel impérieux de la Nécessité Intérieure. »54

    Ce que Kandinsky appelle « la Nécessité Intérieure », c’est sans aucun doute l’impulsion irrésistible qui s’impose à l’artiste créateur, l’oblige à choisir telle ou telle forme pour l’expression de l’essence des choses. Est‐ce que cet « impératif catégorique » ne ressemble pas à la « dictée de la pensée » de Breton? Je pense que la source, consciente ou inconsciente, d’un tel mouvement qui naît de l’intérieur du processus créateur, remonte, selon toute vraisemblance, à la « volonté de puissance » nietzschéenne qui meut l’être lui‐même, est l’être lui‐même dans son

    52 Kazimir Malevič, Bog ne skinut. Iskusstvo. Cerkov’. Fabrika, Vitebsk, 1922, § 20
    53 V.V. Kandinskij, O duxovnom v iskusstve (živopis‘), in Trudy vserossijskogo s“ezda xudožnikov, o.c., p. 51; Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 115

    54 V.V. Kandinskij, O duxovnom v iskusstve (živopis‘), in Trudy vserossijskogo s“ezda xudožnikov, o.c., p. 70; Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 164

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    « énergétisme ». C’est précisément dans ce sens qu’il faut comprendre chez Kandinsky des passages comme, par exemple, ce qui suit :

    « Pleine de mystère est la naissance d’une création artistique. Oui, si l’âme de l’artiste est vivante, il n’y a plus alors besoin de la soutenir, de l’aider par un travail cérébral et des théories. Elle trouvera elle‐même, ce qu’elle doit dire, bien que, au moment de l’acte créateur, ce ‘quoi’ n’ait pas été du tout clair à l’artiste lui‐même. La voix intérieure de l’âme lui soufflera également de quelle forme il a besoin et où la chercher ( la ‘nature’ extérieure ou intérieure). Tout artiste qui travaille, comme on dit, en suivant son sentiment, sait combien, tout soudain et pour lui‐même de façon inattendue, lui répugne une forme inventée et comment ‘comme de soi‐même’ vient à la place de cette dernière une autre forme contraire, une forme juste. »55

    Traçant la ligne Nietzsche‐Kandinsky‐Breton du point de vue du processus créateur, je n’ignore pas le moins du monde ce qui sépare fondamentalement ces penseurs‐ créateurs. Tout d’abord, Kandinsky est un penseur chrétien pour lequel « Dieu » de façon générale, qu’il soit le Dieu ancien ou le Dieu nouveau, n’est pas mort. Kandinsky affirme sans cesse Dieu et le Divin. S’il émet l’idée du surhomme, ou bien s’il ressemble lui‐même à Zarathustra dans son rôle de prescient, entouré par « la méchanceté et les railleries », qui « traîne à sa suite le lourd chariot de l’humanité toujours plus avant, toujours vers le haut »56, ce n’est là qu’une enveloppe extérieure, car Kandinsky, en fait, professe l’idée de l’artiste ‐ serviteur de Dieu, qui sait  » se détourner du corporel pour servir le spirituel ». Comme l’écrit Kandinsky dans l’introduction de Du Spirituel en art :

    « Dans les obscurités profondes sont dissimulées les causes de la nécessité d’avancer et de s’élever, précisément ‘à la sueur de son front’, par la souffrance, le Mal, et ce que l’on appelle l’errement. »57

    La période russe de Kandinsky entre 1914 et 1921, pour relativement courte qu’elle ait été, apparaît comme un moment crucial dans l’évolution de son oeuvre picturale. Plus rien

    55V.V. Kandinskij, O duxovnom v iskusstve (živopis‘), in Trudy vserossijskogo s“ezda xudožnikov, o.c., p.72; Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 168

    56 V.V. Kandinskij, O duxovnom v iskusstve (živopis‘), in Trudy vserossijskogo s“ezda xudožnikov, o.c., p. 48; Izbrannye trudy po teorii iskusstva, o.c, t. I, p. 108

    57 Ibidem

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    ne sera comme auparavant. Désormais les pictogrammes picturaux des êtres et des choses feront l’objet d’un vocabulaire et d’une grammaire purement plastiques.

    Jean‐Claude Marcadé

     

  • Sur les échauffourées de la Place Bolotnaya le 6 mai 2012

     
     

    «Я себя предателем не чувствую»

    Фото: Геннадий Гуляев / Коммерсантъ
    На прошлой неделе суд признал Константина Лебедева одним из организаторов беспорядков на Болотной площади 6 мая, а оппозиция признала его предателем. Заключивший сделку со следствием и приговоренный к 2,5 годам колонии Лебедев рассказал Олесе Герасименко, как, где и с кем он планировал совершить революцию.
    О деле Константина Лебедева «Власть» писала в материале«Сидетель по делу» в №14 от 15 апреля.
    «На Леню и Сережу я дал полные показания, но это только наше дело»

     

    Обрадовались приговору?
    Я ждал срок два-три года. Поэтому обжаловать пока не вижу смысла. Адвокат говорит, что просить об условно-досрочном освобождении смогу через год.
    Что именно вы признали на сделке со следствием?
    Я признал организацию массовых беспорядков 6 мая совместно с Сергеем Удальцовым, Леонидом Развозжаевым и Гиви Таргамадзе. Также я признал подготовку к будущим массовым беспорядкам в неопределенное время с теми же участниками.
    Вас пытали?
    Нет, меня не пытали.
    Почему тогда вы решили пойти на сделку?
    Я убедился, что у следствия есть исчерпывающие доказательства нашей вины. Увидел, что следствие получило явку Леонида Развозжаева. Она определила дальнейшую деятельность следствия, а так как Леня был посвящен полностью во все, то явка не оставила для следствия никаких серьезных пробелов.
    Явка была написана до вашей сделки?
    До моей сделки, разумеется. Мне о ней стало известно в 20-х числах октября, а мое соглашение со следствием датируется 7 ноября. Для меня очевидно, что вся эта история с судом, прокуратурой и СК — одна большая фикция. Я предполагал, что видео, прослушку телефонных разговоров и скайпа получили оперативной разработкой, и я прекрасно понимал, что решение на самом верху давно принято. И что независимо от того, как мы будем дергаться, все равно нас ждет обвинительный приговор. У меня был выбор такой: либо упереться рогом, и закончилось бы все очень печально, десятилетним максимальным сроком. Была альтернатива — признать очевидное, именно очевидное. Я ни слова в своих показаниях не соврал и никого не оговаривал. Я не дурак и понимаю, что им нужен был Удальцов. Я во всем сознался и добился отношения «Иди, мальчик, мы тебе по минимуму дадим, ты нам не интересен». Идти на рожон сломя голову, получать десятку и все равно никого этим не спасти — ну это был выбор, который достоин фанатика, но не разумного человека.
    Из-за такой позиции многие люди называют вас предателем. Вы чувствуете себя предателем?
    Я себя предателем в данном случае не чувствую. Люди, которые участвовали в этом деле, знали, на что идут, и знали, что такой результат возможен. Что касается всех участников этих массовых беспорядков, то я ни на кого показаний, которые могли бы привести к отягощению их участи, не давал. На Леню и Сережу — да, но это только наше дело. Мы знали, на что идем, и масштаб, который мы себе мыслили, предполагал серьезность последствий.
    А какой вы масштаб мыслили?
    Создание мощной левой партии, получение денег из-за рубежа, по крайней мере об этом говорил Таргамадзе, и в конце концов вхождение в органы власти. То есть фактически замена собой КПРФ с перспективой вывода Удальцова в политики федерального уровня.
    Из этих планов тюремный срок не следует.
    Нет, но мы понимаем, как власть относится к Удальцову и что выход людей на Сахарова власть очень напугал. Понятно, что организаторы этих мероприятий недвусмысленно заявляют, что текущий режим должен быть демонтирован. Вхождение Удальцова во власть предполагает, что со временем из этой власти будут выдавлены все другие люди, которые к этой власти шли через кровь и трупы и отдавать ее не намерены.
    Вы работали в одной из структур этой власти. Зачем вы пошли в прокремлевское движение Василия Якеменко «Идущие вместе»?
    Это было давно. Рекламное агентство, в котором я работал, закрылось в кризис 1998 года. Я был членом Российской коммунистической рабочей партии, доходов это не приносило, а наоборот, требовало средств. «Идущим» я сильно удивился: тогда это было невероятным — вкладывать деньги в политическую организацию. Я понял, что это интересно, поговорил со своим партийным руководством и пошел работать. Быстро стал пресс-секретарем, проработал несколько лет, участвовал во всех мероприятиях.
    Не смущались, когда «Идущие» на акциях портрет Зюганова вывешивали вместе с Березовским?
    Честно говоря… Ну я потом спрашивал… Мы смеялись с нашими коммунистами. Зюганова особенно никто и так не любил.
    А когда движение книги Маркса призывало сдавать в макулатуру как «плохие»?
    Я пополнил ими домашнюю коллекцию, все, что смог забрать домой, забрал. Моя душа здесь спокойна.
    Почему ушли из «Идущих»?
    Обстановка начала меняться политическая, Ходорковского посадили, начало формироваться движение «Наши», заточенное на подавление инакомыслия, стало сложно совмещать работу и взгляды, а так как у меня были политические амбиции, опыт и какие-то деньги накопленные, я решил уйти.
    Откуда у вас вообще взялись политические амбиции?
    Первый импульс был, как у многих других, любопытство. До прихода к коммунистам я просто сидел на лавочке во дворе и бухал. Маркса я стал читать уже после вступления в партию. Я был из небогатой семьи, как молодой человек, любил протест. Когда поработал в котельной, окончательно понял, что такое пролетариат. Потом я начал понимать, что пикетики, митинги не работают, и поехал за технологий на Майдан.
    Как вы познакомились с Гиви Таргамадзе?
    В 2005 году на Украине в конце Майдана. Я на протяжении нескольких месяцев участвовал в «оранжевой революции». Ребята из движения «Черная пора» начали мне доверять и познакомили со своими спонсорами и учителями — командой Таргамадзе. Потому что я не словом, а делом доказал, что на многое способен и многое могу.
    Каким делом?
    Ну мы организовывали толпы. Мы помогали выводить институты на улицы. Мы в конфликтах с донецкими ребятами говорили: «Мы из Москвы и против Путина». Во всех делах участвовали. А то вон Яшин туда тоже приезжал — на два часа, книжки раздарил и уехал. Я так работать не могу. Мне надо во всем разобраться.
    Когда вы получили первые деньги от Таргамадзе и за что?
    В 2006 году за работу в Белоруссии: я следил, как расходуют средства местные активисты. Задания были простые: проверить, расклеили ли плакаты, сколько на акции на самом деле было народу, поговорить с тем-то и тем-то человеком, передать инструкции. Так я туда и мотался: был въездной, они не въездные
    Почему Таргамадзе вообще решил работать с вами — бывшим членом прокремлевской организации без высшего образования, но с коммунистическими взглядами?
    Я считаю, что ребята из «Поры» сказали свое слово. А потом, если всех бояться, то никакого дела не сделаешь. Мы общались, они поняли, что я человек убежденный, с амбициями и знаю, что делать. То, что мы посвятили Майдану столько своего времени, для них было экзотикой, других таких людей тогда было мало.
    Но все-таки он мало вас знал, а через год после знакомства уже давал вам деньги. Откуда такое большое доверие?
    Это сложно объяснить. Так бывает. Ну и потом, первое время там были крохи.
    Сколько вы получали за работу в Белоруссии?
    Оплачивали все расходы на проживание и питание и давали за неделю работы около тысячи евро. Еще небольшие деньги платили за то, что я для них писал анализ политической ситуации в России.
    Как пришли первые деньги от Таргамадзе в Россию?
    Через созданное мною движение «Смена», эта организация полностью существовала на неофициальные гранты из Грузии и Европы.
    Сейчас ваши соратники по «Смене» сделали разную политическую карьеру: Николай Ляскин стал главой московского отделения так называемой партии Навального «Народного альянса», Михаил Вельмакин — координатором Совета муниципальных депутатов, Станислав Яковлев хорошо устроен благодаря главе партии «Демвыбор» Владимиру Милову. Тогда они знали, откуда идут деньги?
    Я не хочу отвечать на этот вопрос.
    «Ребята, по-другому не бывает»
    Как Удальцов познакомился с Таргамадзе?
    По инициативе Таргамадзе. Когда начались протесты после выборов в Госдуму в 2011 году, он очень возбудился и захотел в это дело влезть. Как же ему — и в стороне быть. Он мне говорил: «Мне очень нравится Удальцов». Я его понимал, хотя, надо подчеркнуть, у нас на тот момент с Серегой были очень плохие отношения. Они решили предложить ему денег, меня это устраивало: хоть мы с Серегой и в терках, как говорится, но это хоть что-то левое и хоть как-то можно влиять.
    А Алексей Навальный Таргамадзе не был интересен?
    Он спрашивал меня насчет Навального. Я ответил, что, мол, не вариант, он на это не пойдет. Он бы правда не пошел.
    Потому что Навальный умнее Удальцова?
    Просто у него не настолько чудовищная ситуация с ресурсами. Сейчас задним числом можно сказать: ну и зачем он все это сделал? Представь себе Серегу — известного, с нормальным количеством активистов, а денег не было вообще. Он очень хотел личной политической независимости. Можно для поездки в Новосибирск запрячь принципиальность, честность и еще несколько коней, но далеко ты уедешь? Когда нас упрекают, что мы подставили честных людей, то мне хочется ответить: ребята, по-другому не бывает. Подпольная работа и фандрайзинг — часть жизни оппозиции. А вам знать об этом не обязательно.
    Развозжаева с Удальцовым не смущало, что речь о деньгах, идущих из Грузии?
    Как ни странно, нет. Помню, мы встретились в «Елках-Палках»: надо было решать, ехать на встречу или нет. Я им честно сказал: этот человек — глава комитета парламента Грузии по обороне и безопасности, это шаг в совершенно другой для нас мир, давайте подумаем, надо нам это или нет. Сейчас я думаю, не было бы там Лени — ничего бы не было. Он увидел возможность спокойно заниматься любимым делом — политикой, потому и стал самым активным лоббистом встречи с Таргамадзе. Если бы тогда мы думали не о деньгах на партию, а о том, что это дело нам всем грозит десятью годами отсидки, мы бы потупили глаза, встали и разошлись. Но мы разговаривали до беспорядков 6 мая. Более того, я уверен, что, случись эта история лет пять назад, мы бы отделались только фильмом, сколько их таких клепали. Мы бы утерлись и пошли бы дальше.
    Сколько раз вы с Удальцовым и Развозжаевым встречались с Таргамадзе в Минске?
    В таком составе три раза. Первый раз — в марте 2012 года. Приехали на машине депутата Ильи Пономарева, Леня на ней Удальцова везде возил. Приехали, познакомились, выпили. Попытались написать какую-то смету, но уж пьяные были. С Гиви всегда было много народу, у него вообще была привычка возить с собой свиту. Однажды он куда-то приехал с делегацией 40 человек. Заселились в отеле, посидели-погудели, как обычно. Вообще, дела решаются как: два дня пьют, на третий чего-то придумывают, потом уезжают. Так вот эти 42 человека погудели, ломятся в аэропорт. Потом смотрят: что за херня, а где главный-то? Главного забыли в отеле. Не разбудили, он там спать остался.
    Потом мы ездили в июне и третий раз — в конце августа, из Литвы на машине с Василичем (Таргамадзе.— «Власть»). Перед этим мы 26 бутылок вина вчетвером выпили за вечер в Литве. И тут Василич говорит: «Срочно едем в Минск, звони Сереге». Я, тоже пьяный, как-то невнятно позвонил Сереге, он под Брянском где-то был. За нами машина с дипломатическими номерами приехала. За руль садится пьянющий посол Грузии в Литве, который с нами эти бутылки и пил. И на скорости 140 км в час мы летим до границы. Там садимся в другую машину с дипномерами, уже, видимо, посла Грузии в Белоруссии. На ней приезжаем в квартиру, начинаем добухивать. Серега с Леней приехали на следующий день, и мы начали пить все вместе. Когда летели назад, я, сильно пьяный, в аэропорту боялся, что сейчас нас с Серегой кто-то на фотоаппарат заснимет. Стюардессы в ужасе были, я молился, чтобы они его не узнали.
    Вам не кажется, что странно планировать революцию и так пить?
    Это другая культура, не наша. С грузинами если не пьешь — ты им не друг. В этом невменяемом состоянии они дела и вели. Василич — это хронь, он реально алкоголик, разложившийся человек. Как активист и стратег он уже успокоился.
    Запись какой встречи показали в фильме «Анатомия протеста» на НТВ?
    Второй встречи. В июне. На ней было человек восемь, все время кто-то приходил и уходил. Был я, Серега, Леня, еще мой давний напарник Аймалетдинов. Правда, Алимыч во встрече практически не участвовал — он уже с утра надрался и спал. Таргамадзе, читавший российским активистам на семинарах в Литве лекции о протестах Меладзе, борец еще был Георгий, фамилию не знаю, с Карелиным боролся. Он огромный, они его Лукой Брази звали (персонаж гангстерской драмы «Крестный отец».— «Власть»). Еще какой-то человек из посольства сидел. Народу было много.
    Вы вели аудио- или видеозапись этой встречи?
    Нет. Я действительно иногда вел аудиозаписи грузин. Но не в этот раз. Зачем вел? В 2010 году, когда они пригласили меня поработать в Минск в очередной раз, я уже знал, что с 2008 года они помирились с белорусами. Лукашенко тогда развернулся в сторону Европы, и к нему приехал Березовский. Грузины помирились с белорусами и через Сухаренко, тогдашнего главу КГБ Белоруссии, начали туда наезживать. И в 2010 году Таргамадзе рассказал мне, на каких условиях это произошло: они очень хотели, чтобы Лукашенко отвернулся от России. Одним из условий было, что все свои данные по белорусской оппозиции, с которой они работали очень давно и вложили туда много денег, они сдают КГБ. Они рассказали им обо всех спонсированных ими акциях и сдали всех белорусских оппозиционеров, с кем они работали. На выборах в 2010 году они дали мне задание: походи по друзьям-оппозиционерам, узнай их планы и расскажи нам. После этого я купил диктофон и стал записывать такие разговоры. Дал послушать местным друзьям-активистами, они, конечно, охренели. Ситуация была неприятная.
    Почему вы не прекратили все контакты с Таргамадзе после этой истории?
    Ну это были такие возможности… У них есть деньги. Для нас, для левых, это редкость. Мы не либералы. У нас денег не было и в перспективе никогда не будет. Я принял решение, что терять ресурс в виде председателя парламентского комитета по безопасности и лучшего друга президента нельзя.
    А морально не терзались?
    Для меня все было просто. Всякая копейка на борьбу с режимом священна.
    А есть чьи-то деньги, от которых вы бы отказались?
    Вопрос не в деньгах, а в условиях. В нашем случае мы не подозревали о таких последствиях. Эта история — двойная разводка. Мы пытались развести их на деньги за возможность почувствовать сопричастность к большому процессу, что им очень важно, потому что Таргамадзе с этого кормится. У него имидж такой — устроителя революций где угодно, щелкнул пальцами — и на улицы вышли десять тысяч человек. Гиви хотел от нас беспорядков — хоть каких-то. Они нам говорили: «Вы сейчас хорошо поработаете, а мы вам поездку в Лондон устроим и денег на вашу партию». Возможно, мы друг другу просто врали. Я не считаю это чем-то экстраординарным, меня вот жуликом беспринципным называют, но я не согласен. Наше сложное финансовое положение вынуждает нас обращаться к людям, которые в другой обстановке являлись бы нашими врагами. А стали тактическими союзниками. Естественно, цели у нас с Таргамадзе были разные, мы сошлись в этом узком пространстве, попытались что-то сделать, ну и вот результат. Я не кривил душой, с Серегой и Леней был честен, сразу им сказал, кто эти люди. Гиви я тоже говорил, чтобы он не надеялся, что мы потом будем ему пятки лизать. Я за предателя себя не считаю.
    Наверное, подумав о своем политическом имидже, я должен был держаться до последнего, сидеть десять лет, остаться без здоровья и зубов. Может, это было бы правильно. Но когда я, занимаясь политикой почти 15 лет, слышу такие упреки от людей, которые два месяца участвовали в акциях, и ничего страшнее поноса им не грозило, мне это кажется странным. Или когда меня адвокаты начинают учить, как революцию делать. Виолетта Волкова убеждала моего адвоката Лаврова: не волнуйся, мол, все будет в порядке, делай, как мы тебе скажем, требуй от Лебедева ни в чем не признаваться, и политическое убежище в Америке тебе обеспечено. Поставки грузинского вина — это чушь, которую мы придумали вместе с Волковой, а она сейчас отрицает согласованность нашей позиции. Вообще Волкова и Фейгин — это лжеадвокаты, плакальщики, чья работа — идти за гробом, а не спасать подзащитного.
    Возвращаясь к встрече. Вы иногда записывали грузин на диктофон. А на камеру вы их когда-нибудь снимали?
    Нет. Смысла не было. Диктофон нужен был, чтобы в случае, если они решили бы поступить с нами как с белорусами, я мог бы на них хоть как-то воздействовать. Белорусская история мне показала, что люди действуют в своих национальных интересах. Наши интересы с их пересекаются только в одном пункте — они ненавидят Путина и мы его ненавидим. Поэтому доверия с нашей стороны им не было.
    Я спросила о камере, потому что ваши знакомые в вашей квартире после ареста нашли скрытую камеру, встроенную в футболку поло. Где вы ею пользовались?
    Камера была куплена после думских выборов 2007 года для наблюдателей. Тогда за открытую съемку выгоняли с участка, вот мы и решили средств прикупить. Я ее купил на ВДНХ, она выглядит как пуговица.
    А где сам видеорегистратор от нее?
    Я его просто сам не нашел. То есть он когда-то был, шел в комплекте с камерой, понятно. И я его использовал однажды — на съемках акции арт-группы «Война» «Смерть таджика» в «Ашане». Я был с обычной камерой в руках и со скрытой на всякий случай.
    Я смотрела ролик, вы там были в клетчатой рубашке, а не в поло.
    Ну а какая разница, это же камера в виде пуговицы.
    То есть вы переставили пуговицу?
    Ну да, видимо… Сейчас пытаюсь вспомнить. Да, точно, я ее тогда использовал. Она же отвинчивается и переставляется.
    А на выборах в итоге хоть раз использовали?
    Нет, так ни разу и не использовал. А регистратор просто потерялся. Все это валялось в куче, вперемешку с одеждой. Я даже про камеру забыл. Ну и понятно же, что съемки, попавшие в «Анатомию протеста», велись не с такой камеры.
    А какая камера была в Минске?
    Мое мнение — встроенная в телевизор.
    Если вы не писали, то кто, по-вашему, это делал?
    Вариантов много, я склоняюсь, что писалось самими грузинами на всякий случай. Я и Сереге говорил: ты же понимаешь, что они нас пишут? Он отвечал: понимаю. Но мы не верили, что им потребуется нас когда-либо сливать. Я до их пор не могу понять причины, по которой это могло произойти, потому не берусь однозначно утверждать, что это грузины нас снимали. Единственное, у них мог быть перерасход. Они хватанули где-то денег, после 6 мая ничего серьезного не произошло, а деньги уже хватанули, вот и решили нас слить, чтобы потом ответ не держать. Еще есть такой персонаж Анатолий Моткин, эмиссар Березовского, он был в курсе всех дел, грузины ему весьма доверяли. Он такой настоящий делец. И этот человек мог вести какую-то свою игру. Все квартиры, где мы собирались, он знал и мог снимать. Все могло быть.
    А в Россию тогда как эта запись попала?
    Есть версия, что ушло из Лондона. Однозначно мы не знаем. Если у Гивика правда был выход на Бородина (бывший президент Банка Москвы Андрей Бородин, находится под уголовным преследованием в России и получил политическое убежище в Великобритании.— «Власть»), он мог ему эту запись предъявить как доказательство того, что он с нами работает. И Гиви говорил, что пол-ляма они уже получили от Бородина. Но я не думаю, что те деньги, что он давал нам, были бородинские. Все-таки он с ним позже стал говорить на эту тему. Чьи — хрен его знает.
    Ну не их же личные?
    Нет, конечно, все-таки многовато для него одного. Грузинские правительственные деньги? Вряд ли, это какая же должна быть статья расхода. В общем, Гиви мне уверенно говорил, что половина миллиона у него уже есть. И что у него есть надежная связь через Березовского с беглыми бизнесменам, звучала фамилия Бородина и еще какая-то, уже не помню, у меня даже визитка была. Бородин якобы обещал собрать всего десять миллионов. Ехать втроем в Лондон разговаривать о деньгах мы планировали с августа, все переносили, ну а потом нас арестовали.
    Зачем вы обсуждали с Таргамадзе подрыв Транссибирской магистрали?
    Надо знать Леню. Он очень нетерпеливый парень, и все эти деньги он воспринял близко к сердцу. В свое время он жил в достатке, и память о сытых годах его не оставляла. Он мучился, что живет за счет жены. Он всегда хотел стать профессиональным революционером, чтобы не надо было думать о бизнесе и чтобы родственники не пилили. Он хотел гарантированного дохода.
    Транссиб-то при чем?
    Скажем так, он воспринял близко к сердцу задачу разводить грузин на деньги. И по-моему, захотел казаться более сумасшедшем, чем есть на самом деле. Конечно, никаких возможностей взорвать Транссиб или перекрыть его не было. Вообще, много из того, что предлагали и сами грузины, имело мало общего с реальностью. Предлагали измазать здание ФСБ валерианой, чтоб коты сбежались, или запустить воздушный шар с изображением Путина и расстрелять его. Еще были идеи спровоцировать охрану Кадырова, перекрыв дорогу его кортежу. Нанять или угнать грузовики с автобусами и на митингах отгораживаться ими от полиции.
    Через кого шли деньги в Россию?
    Все деньги всегда шли только через меня, я заведовал всей бухгалтерией. Знали о них Серега, Леня, я и Алимыч. Была четкая установка, что больше никого мы в это дело не посвящаем.
    Сколько было обещано денег и сколько давали?
    Оговорено было $35 тыс. в месяц. Сумма невеликая, но для леваков все определяющая. Передавали деньги траншами мне: покупал в переходе метро телефон с симкой, узнавал время и место встречи, показывал пришедшему человеку паспорт и получал деньги в конверте.
    Как делили на троих?
    У каждого была зарплата около полтинника, а основные суммы на акции в долларах я передавал Лене. Серега лично предпочитал денег не брать.
    В апреле и мае вы получили по $35 тыс., а потом?
    В июне, после 6 мая, мы получили $90 тыс. На эту сумму были куплены машины Развозжаеву и Насте Удальцовой. Еще ушли на листовки, около 70 тыс. рублей каждый тираж, флаги, расходы на штаб, Леня там набрал команду. Поездки. В кабаках я платил из остатков. Вообще деньги всегда хранились у меня.
    Когда был последний транш?
    В августе — $42 тыс.
    Сколько осталось?
    Да ничего не осталось.
    Сейчас Удальцов, Развозжаев и Таргамадзе отрицают вашу версию событий. Кто врет?
    Врут они. Но по-разному. Ну Серега принял нашу первоначальную версию показаний: что были какие-то бизнесмены, говорили о поставках вина. Ну он все-таки вождь, ему надо до конца стоять. Хотя не вижу смысла. Таргамадзе врет, потому что это для него большой репутационный удар. Развозжаев написал исчерпывающую явку, мои показания ее подтверждают.
    «С точки зрения человека, которого прижали к стенке, я раскаиваюсь»
    В вашем уголовном деле наряду с фамилиями Удальцова, Развозжаева и Аймалетдинова фигурируют неустановленные лица. Вы помогли их установить?
    Все неустановленные лица могут жить спокойно. Я четко исполнял досудебное соглашение и сказал следствию все, что его интересовало, но не больше.
    Когда на НТВ показали анонс «Анатомии протеста», вы были в отпуске во Франции. Почему вернулись?
    Да дурак я. Ну подумал, ну фильм и фильм. И чего? Почему я должен не возвращаться? Я не верил, что такое возможно.
    Вы знаете, что вскоре после вашего ареста Аймалетдинов пришел к вашим друзьям и рассказал, что вы следите за оппозиционными активистами для Якеменко с 2008 года?
    Да, знаю.
    Это правда?
    Нет, это не правда. У меня с Аймалетдиновым всегда были дружеские отношения. Ни один человек, пообщавшись с ним, не скажет, что он нормальный. Но у него очень интересно устроенные мозги, отчасти он выполнял роль моей музы.
    Но иногда и слуги.
    Ну просто выполнял ряд поручений. И, по последним данным, на Алимыча давило следствие и чего-то требовало, а для него это было серьезное психическое испытание. Он с нами к грузинам ездил тупо побухать. Он воспринимал это как увеселительные поездки. И вдруг они оказали серьезным делом, а он и не подозревал, что меня могут посадить.
    А при чем здесь Якеменко?
    Я так понял, что он решил как-нибудь мне нагадить, потому что посчитал, что именно я виноват в его бедах. А еще я выяснил, что у него были контакты с грузинами после моего ареста. Может, ему что-то пообещали за то, чтобы он грузин выгораживал. А пятно в биографии у меня одно, и самое очевидное.
    Он якобы показывал вашу переписку с Романом Вербицким, членом движения «Наши», отвечавшим за силовые акции. Правда, показывал только один раз, и никто ее не сохранил. Вы знакомы с Вербицким?
    Да, я хорошо знаю Колючего, он был начальником охраны в «Идущих вместе». До увольнения виделся с ним в офисе, после — на мероприятиях оппозиции, куда он ходил с непонятной мне целью. Здоровались по-приятельски. Больше никаких контактов у меня с ним не было.
    С кем еще из «Идущих вместе» вы поддерживали контакты после увольнения?
    Не хочу называть их имена, зачем им усложнять сейчас жизнь. Большинство из них уже вне политики.
    У вас в квартире нашли распечатанную смету с фамилиями активистов и их зарплатой. Упомянуты Ляскин, Вельмакин, еще несколько человек. Что это за бумага?
    За эти годы было очень много разных смет. Скорее всего, это смета расходов на мероприятие или на месяц. Я вел отчетность для спонсоров.
    Вы часто распечатывали сметы для грузин?
    В электронном виде пересылать удобнее. Иногда распечатывал, в руки передавал. В основном, конечно, почтой пересылал.
    После вашей сделки со следствием и смены СИЗО на домашний арест многие оппозиционеры решили, что вы работали на ФСБ или центр Э. Вас называют подментованным. Вы сотрудничали с этими организациями?
    Нет, не сотрудничал. Пару раз со мной пытался говорить Леша Улыбка, как почти со всеми другими активистами. И все. Но хочу подчеркнуть: за несколько месяцев до встречи Удальцова с Таргамадзе Серега (с которым у нас тогда были плохие отношения, я о нем нелестно отзывался, он обо мне) на собрании «Левого фронта» при всех заявил: «Лебедев подментованный». Его спросили, с чего он взял, на что тот ответил, мол, допрашивать не могу, но это мое убеждение. И спустя несколько месяцев он едет со мной в Минск знакомиться с одним из руководителей грузинских спецслужб. Ну что тут скажешь? Это лишь говорит о цене слухов про мою подментованность. Многие люди, которые сейчас кричат о происхождении моих денег, брали эти деньги и не спрашивали, откуда они, а теперь якобы прозрели.
    Что вы собираетесь делать в колонии?
    Буду учить испанский, как бы все ни возмущались. Читать. В «Лефортово» всего Горького прочитал, надо кого-то новенького теперь. Заставят работать — буду работать.
    Раскаиваетесь в содеянном?
    Если откровенно, массовые беспорядки я готовил последние 14 лет своей жизни. Но в глазах правосудия я, конечно, совершал анигосударственные поступки. Мы с самого начала были приговорены. Я понимаю логику власти и с точки зрения человека, которого прижали к стенке, раскаиваюсь. Те омоновцы, которые получили камнем по голове, не должны были получить. Это я не готовил, за это я раскаиваться не могу, но за это мне придется ответить. Я создал условия для таких событий. У нас не получилась запланированная мирная акция. Но нельзя было кидаться камнями в полицию, в собственный перспективный электорат. Да власть и нанимает этих полицейских, бедняков, чтобы им плевали в рожу и били. Чтобы столкнулись две силы, угнетаемые режимом, чтобы режим выжил. Человек, который кидает камень в полицейского,— поневоле провокатор, даже если он делает это в честнейшем порыве.
    Что вы можете сказать людям, которые, узнав о вашей дружбе с Таргамадзе, возмущаются и причитают: «За кем же мы шли в декабре?
    Я бы посоветовал всем активистам, которые воспринимают протест не просто как модную тусовку, быть готовыми, что вам, возможно, придется либо долго сидеть в тюрьме, либо даже за взгляды быть убитыми. Потому что я был к этому не готов. Мы все вместе пошли на это, потому что считали, что так будет лучше. Мы не видели другого пути. И если бы мы были осторожнее, мы могли бы победить. Но мы не смогли. Все, что мы сделали, касается только нас троих, это наша трагедия, и мы понесем кару. А вы как были честными людьми, так ими и остались.
    Планируете продолжить заниматься политикой после освобождения?
    Не уверен. Мне не имеет смысла продолжать этим заниматься, потому что ситуация, в которой я оказался самым большим негодяем, устраивает слишком много сторон.
    Олеся Герасименко
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  • Sur la Russie de Poutine – un autre regard

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    La vie est belle en Russie… aujourd’hui

    Nezavissimaïa gazeta

    © RIA Novosti. Sergei Guneev

    15:26 17/04/2013
    MOSCOU, 17 avril – RIA Novosti

    C’est la mode : tout le monde ou presque compare les années de stagnation de Brejnev à la stabilité de Poutine. Si le premier est surestimé car plusieurs générations de Soviétiques sont entrées dans la vie active au cours de cette période, le second est sous-estimé parce que tout se produit sous nos yeux, dans l’intervalle de vie d’une seule génération, écrit mercredi le quotidienNezavissimaïa gazeta.

    Et s’il existe une nostalgie des années Brejnev, le miracle économique russe du XXIème siècle s’est littéralement manifesté hier – voire aujourd’hui. Le grand se voit de loin. Aujourd’hui, beaucoup ont du mal à apprécier ce dont ils sont témoins et acteurs.

    La nostalgie du passé cache une méfiance et une crainte du lendemain. Au contraire, croire en l’avenir est directement lié à l’attitude positive que l’on adopte aujourd’hui. Ces thèses évidentes n’ont pas besoin de vérifications mais étant donné que ce sont les succès de la Russie poutinienne qui sont aujourd’hui sous le feu des critiques de l’élite intellectuelle, une nouvelle étude supplémentaire est nécessaire : quand est-il bon de vivre en Russie ?

    Les points de repère sont évidents – ce sont les Jeux olympiques. Les JO de 1980 ont marqué le pic de l’ascension et le début du déclin de l’URSS. La Russie approche aujourd’hui des JO de Sotchi en 2014 en prenant de la vitesse, après s’être remise des échecs des années 1990.

    La croissance actuelle est largement supérieure au cauchemar soviétique, avec un rôle hypertrophié du complexe militaro-industriel et des dépenses déraisonnables pour la défense. Mais combien de personnes en sont conscientes ? Cette question n’est pas futile, d’autant que ces derniers temps les nostalgiques d’Eltsine et de Gorbatchev s’activent : ils exigent des efforts conséquents pour rétablir les positions des groupes sociaux opprimés par les autorités, dont les minorités ethniques et sexuelles ainsi que certaines communautés professionnelles.

    La stigmatisation de ces groupes sociaux comme victimes des actions du régime actuel – et la comparaison avec le passé – sont des éléments d’attaques contre le régime permettant d’élargir significativement les rangs des opposants, et de parler en leur nom. Le Centre d’analyse politique a eu l’idée de rédiger un rapport intitulé « D’Olympiade en Olympiade : le bien-être illusoire du « socialisme développé » et le miracle économique russe du XXIème siècle ».

    Le centre insiste sur cette interprétation des événements pendant les 13 premières années du nouveau millénaire et les sondages montrent que la majeure partie de la population adhère à ce point de vue. Le phénomène de prospérité en Russie à l’époque de Poutine ne s’explique pas par la conjoncture économique extérieure mais avant tout par les décisions politiques du gouvernement russe. Cela ne satisfera certainement pas les critiques du régime qui voudraient prouver que la croissance économique ne se produit pas grâce mais malgré la politique de Poutine – ou qu’il n’existe aucune croissance économique mais au contraire des convulsions de groupes sociaux entiers dont la situation se détériore de jour en jour.

    C’est pourquoi le centre n’a pas directement interrogé la population pour savoir comment elle se sentait aujourd’hui. Les résultats du sondage du Centre panrusse d’étude de l’opinion publique réalisé les 23-24 mars 2013 étaient choquants. Dans l’ensemble, la population est convaincue que les groupes qui disent aujourd’hui être offensés et subir une dégradation du niveau de vie ont à l’heure actuelle les meilleures opportunités. Ainsi, 56% ont déclaré qu’avec Poutine les entrepreneurs vivent mieux tandis qu’Eltsine n’a obtenu que 26%.

    56% des personnes interrogées sont convaincues que les minorités sexuelles vivent mieux aujourd’hui qu’à l’époque d’Eltsine (7%), et qui plus est à l’époque de Brejnev (2%). Et c’est seulement lorsqu’on pose la question des enseignants (qui ont le plus souffert de la crise des années 1980-1990), que Brejnev est premier avec 49% contre 29% pour Poutine. Mais selon l’opinion répandue la situation évolue positivement.

    Une chose est sûre : la prospérité des douze dernières années a touché tous les groupes sociaux. Certains ont gagné davantage, d’autres moins. Mais tout le monde a eu l’opportunité d’améliorer son niveau de vie – et pas seulement les hommes proches du gouvernement, tel que c’était le cas dans les années 1990.

  • Ma nouvelle monographie « Malévitch » aux éditions ukrainiennes Rodovid

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    ПОВЕРНЕМО МАЛЕВИЧА ДО КИЄВА!

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    МАЛЕВИЧ. Монографія. Автор: проф. Жан-Клод Маркаде (Франція).
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    Він так само добре знаний в Нью-Йорку, Парижі чи Токіо. Сотні книг про його творчість видрукувано різними мовами. Світові музеї в черзі за виставками його картин. На його імені розбудований термін «великий російський авангард». А тим часом, народжений у Києві, Казимир Северинович Малевич недостатньо знаний і зрозумілий в Україні. Останньою експозицією його творів в Києві була прижиттєва персональна виставка1930 року, влаштована стараннями самого Малевича. Останньою і першою помітною публікацією був збірник статей за редакцією проф. Дмитра Горбачова «Малевич та Україна» (2006).

    Видавництво РОДОВІД готує українську редакцію французької монографіїї Жана-Клода Маркаде “МАЛЕВИЧ” (Jean-Claude . Malévitch (Paris: Casterman, 1990).

    Ця монографія вийшла в оригіналі французькою й у перекладі японською. Українська редакція побачить світ в 2013 році й буде презентована 25-27 травня на Книжковому Арсеналі в Києві, почесним гостем якого буде автор – проф. Жан-Клод Маркаде.

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    Праця відомого французького дослідника авангарду охоплює всю еволюцію творчості польсько- українсько-російського маляра, архітектора, теоретика, педагога й мислителя. Новизна цієї монографії в тому, що в ній вперше впорядковано стилістичні періоди Малевичевої творчості, чого не враховували ні в мистецтвознавчих дослідженнях, ні у виставкових експозиціях.

    В передмові до української редакції проф. Маркаде зазначає: «Є елемент, який відрізняє мою роботу від більшості інших досліджень про Малевича – це увага до українського коріння малярської поетики Малевича, що замовчують або туманно висвітлюють, і не тільки в російських дослідженнях… У всіх моїх статтях і книгах про так званий «російський авангард», поняття якого усталилося лише з 1960-х років, я розрізняю в цьому потужному новаторському художньому потоці три напрямки або «школи»: петербурзька, московська й українська (до неї належать Олександра Екстер, Давид і Володимир Бурлюки, Архипенко, Малевич, Баранов-Россіне й, почасти, Ларіонов та Татлін)».

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    Він народився в Києві й до 17 років жив в Україні (Вінницька, Чернігівська (тодішня) та Сумська області, де його батько працював інженером на цукрових заводах). Пізніше повертався до Києва, зокрема, короткий час викладав у Київському художньому інституті. Його мистецтво, особливо завершального періоду 1930-тих років, наскрізь пронизане темами і типами селян, які він бачив і любив з дитинства, кольорами українського народного мистецтва, про яке писав і говорив з великою любов’ю.

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  • Du terrorisme aux USA

     

    Beaucoup d’éléments d’informations sont justes dans cette analyse
    mcm
    RIA Novosti

    Blogs

    Blog d’Alexandre Latsa: Le terrorisme, de Boston à Moscou en passant par Damas

    Alexandre Latsa

    Alexandre Latsa

    © RIA Novosti.

    10:16 24/04/2013

    Depuis la fin de l’URSS, l’un des mythes fondateurs de la politique étrangère euro-américaine envers la Russie se base sur la situation dans le Caucase. Dès 1994, l’état russe fait face à une rébellion armée qui prône l’indépendance et fera rapidement appel à des cohortes de mercenaires étrangers pour mener cette soi-disant guerre d’indépendance de Tchétchénie. Rapidement, le conflit se transformera en une guerre religieuse sous la pression notamment de ces mercenaires islamistes qui tenteront d’étendre le conflit à tout le Caucase pour y instaurer un califat régional.

    Dès le début des opérations militaires russes dans le Caucase visant à rétablir l’ordre et empêcher une partition du pays grâce à une aide extérieure, la Russie a subi une pression médiatique, morale et politique sans précédent. Le Main Stream médiatique occidental  n’a  jamais cessé de nous présenter les combattant islamistes du Caucase comme des soldats de la liberté, luttant pour une hypothétique indépendance ou encore pour  la survie de cultures menacées, qui comme on peut le constater en 2013, bien longtemps après, n’ont jamais été menacées. La Russie, qui fait face au terrorisme de l’internationale Djihadiste et ses soutiens principaux à l’étranger (que ce soit au sein de pays du golfe, de la Turquie ou de certaines puissances occidentales) n’a que trop rarement bénéficié de la compassion ou du soutien des pays occidentaux.

    L’Amérique dans cette pression à l’encontre de la Russie, porte une responsabilité très importante en tant que leader économique, politique et moral de la communauté des états occidentaux.

    A titre d’exemple, le principal site de propagande antirusse du Caucase qui prend la défense de terroristes tel que Dokou Umarov (dont le mouvement est classé comme terroriste par l’ONU) et qui justifie les attentats contre l’état russe aurait vraisemblablement été fondé par entre autre le département d’état américain. Eric Draitser rappelait récemment que de nombreuses ONG opèrent dans le Caucase via un soutien financier américain direct et soutiennent officiellement le séparatisme dans cette région, devenant ainsi indirectement (involontairement?) les complices des terroristes qui opèrent dans cette région du globe.

    Dans l’affaire de Boston, on a évidemment beaucoup parlé des deux frères Tsarnaïev, et la presse vient de révéler que la Russie avait demandé au FBI d’enquêter sur l’un d’entre eux, leur mère assurant même qu’ils étaient sous contrôle étroit des services américains. On ne peut que s’étonner que nos commentateurs nationaux, si prompts à accuser le FSB de tous les complots possibles et imaginables lorsque surviennent des attentas en Russie se refusent à l’évocation de théories identiques en ce qui concerne la situation en Amérique.

    A un an des olympiades de Sotchi la situation dans le Caucase semble pourtant bien plus calme que l’on ne pouvait le croire et ce malgré l’instabilité soutenue au Daguestan. C’est dans ce contexte que les attentats de Boston sont sans doute le plus grand service que les terroristes pouvaient rendre à la Russie. En l’espace de quelques jours, les terroristes du Caucase ne sont plus, et ne seront sans doute jamais plus, présentés comme des combattants de la liberté mais comme ce qu’ils sont: des criminels. Le FBI du reste est déjà en train de chercher de potentielles pistes pour voir si les deux frères Tsarnaïev n’étaient pas en lien avec l’émir du Caucase Dokou Umarov ce qui, si cela s’avérait vrai, confirmerait totalement les affirmations et donc la position de la Russie sur le Caucase.

    Mais le changement lexical n’est sans doute pas suffisant, il devrait aussi s’accompagner d’un changement de politique puisque pendant que les citoyens américains pleurent leurs proches tués ou meurtris, le département d’état américain vient d’annoncer la hausse de l’aide militaire à la rébellion Syrienne, dont les éléments les plus radicaux pourtant de poster une vidéo à destination du président Obama pour lui rappeler qu’ils sont tous des « Oussama Bin-Laden ».

    Aymeric Chauprade rappelle que « l’État profond américain est allié de l’islamisme depuis les années 70 et a soutenu et utilisé celui-ci partout où il pouvait déstabiliser l’Europe, la Russie, la Chine… Dans les années 90, la CIA soutient l’islamisme tchétchène et les musulmans les plus radicaux dans le Caucase, comme elle soutient les Djihadistes en Bosnie, au Kosovo, en Libye, dans le Sahel, en Syrie ». Il rappelle également que « Au début des années 2000, Dhokhar et Tamerlan sont accueillis à bras ouverts avec le statut de réfugié politique aux États-Unis. On s’émerveille sur ces bons immigrés qui veulent devenir de bons américains. On leur accorde des bourses ».

    On aimerait désormais que les bonnes conclusions soient tirées par les stratèges américains. Comme le suggère Gordon Hahn, expert du Centre d’études stratégiques et internationales: « Même si l’attentat de Boston n’est pas lié à la région et que l’inspiration est d’ordre idéologique, il est temps de renforcer la coopération avec la Russie et d’écouter Poutine ».

    Le peuple américain vient donc de découvrir à toute petite échelle ce que les Syriens vivent tous les jours depuis prés de deux ans et ce que les russes continuent de subir depuis la fin des années 90. Curieusement (?) les acteurs qui ont le plus contribué à la guerre contre l’Etat russe et facilité l’Islamisation du Caucase (et donc indirectement le terrorisme) sont les mêmes qui sont à la pointe de la lutte contre l’État Syrien aujourd’hui. Une guerre en Syrie qui pourrait et devrait du reste entrainer une explosion du terrorisme dans de nombreux pays si les combattants de plus de 50 nationalités y combattant déjà décidaient de rentrer mener le Jihad dans leurs pays respectifs et adoptifs, en France notamment.

    Les victimes civiles américaines, russes ou syriennes sont les victimes d’un seul et même fléau et d’une politique étrangère incohérente du « deux poids deux mesures » qui non seulement empêche l’établissement de relations internationales saines mais permet aussi directement au terrorisme de proliférer.

    L’opinion exprimée dans cet article ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction, l’auteur étant extérieur à RIA Novosti.

    Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un « autre regard sur la Russie ».

     

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    © 2013 RIA Novosti

     

  • Les Femen encore en action…

    A l’occasion de l’attaque des Femen contre un archevêque belge, je reproduis encore l’image édifiante de ces dames signant leur livre, sous la présidence de leur taulière de service,  à Paris, à l’endroit même où j’ai dialogué avec le peintre Sacha Ackerman sur ses magnifiques travaux qui, eux, dialoguent avec la poésie de Paul Celan… Sans commentaire, mais, pour moi, une grande tristesse!

    de la propagande des Femen

    0By  on mars 21st, 2013 · Edit

     

    Tout est bon pour les activistes anti-russes (Galina Ackerman) et maintenant ouvertement anti-chrétiens. Mme Ackerman, dont une des nationalités est l’israélienne, doit inciter ses nouvelles idoles, les Femen, à aller en Israel, lutter contre la collusion de la religion et de l’Etat et contre la place de la femme chez certains groupes ultra-orthodoxes juifs…

     

     

     

     

    678Femen выпустили о себе книгу (ФОТО)

    21.03.2013
  • Lev Goumiliov (le fils du poète Goumiliov et d’Anna Akhmatova) sur l’histoire

     

     » И ведь мало кому приходит в голову, что в своё время прошлое тоже было современностью. Значит, видимое постоянство современности – обман, и сама она ничем не отличается от истории. Всё хвалёное настоящее – лишь момент, тут же становящийся прошлым, а вернуть сегодняшнее утро ничуть не легче, чем эпоху Пунических или наполеоновских войн. И как это ни парадоксально,именно современность мнима, а история – реальна. »

     » N’est-il pas vrai qu’il vient à l’idée de peu de gens que, en son temps, le passé était aussi contemporanéité. Cela veut dire que l’apparente permanence de la contemporanéité est une illusion, et qu’elle-même ne se distingue en rien de l’histoire. Le présent tant vanté n’est qu’un moment qui, sur l’instant, devient passé, et restituer le matin d’aujourd’hui n’est aucunement plus facile que restituer l’époque de guerres puniques ou des guerres napoléoniennes. Et aussi paradoxal que cela soit, la contemporanéité est fictive et l’histoire – réelle »

    Mon commentaire :  dans l’empirique de la vie, qui ne professe pas l’aphorisme faustien:

    Zum Augenblick dürft ich sagen :
    Verweile doch, du bist so schön !

    « A l’instant présent ne devrais-je pas dire :

    Reste encore, je t’en prie, tu es si beau! »