Auteur/autrice : Jean-Claude

  • Poutine au G8

    Le Monde selon Ravanello

    Russie : Poutine, l’heure de la revanche a sonné

    Par | Le Monde selon Ravanello – mar. 18 juin 2013

     

    « Ce n’est pas un G8, c’est un G7 plus 1 ». Le diplomate qui lâche cette phrase en marge de la réunion des chefs d’Etat en Irlande du nord a tellement raison. Mais plus encore que cela. « G7 plus 1 », c’était aussi le nom donné au G7 où pour la première fois la Russie avait été invitée. G7 plus un strapontin pour la Russie. Boris Eltsine était en bout de table, « accepté » par les grandes puissances qui lui expliquaient qu’un jour, s’il suivait bien les conseils du FMI et des libéraux, il pourrait un jour être membre de plein droit. Aujourd’hui, le rapport de force est inversé. Poutine est seul, mais il tord le bras aux autres, impuissants devant son refus de céder sur la Syrie. Il est dans le rôle, dans le camp des méchants mais qu’importe ! Il a enfin ce qu’il cherche depuis des années : il tient la dragée haute aux Américains et aux Européens. C’est l’heure de sa revanche.

    Pendant 20 ans, le monde a tourné sans se préoccuper vraiment des Russes, bien soulagé d’avoir tourné la page de la guerre froide. L’URSS s’était écroulée. À Moscou, on n’avait qu’une préoccupation. Ne pas sombrer corps et biens dans les limbes de l’histoire, préserver son territoire, son économie et basculer dans ce monde inconnu qu’était le libéralisme. Les Américains avaient la main haute sur l’ONU. Il suffisait que Washington prenne le temps de discuter avec la vieille Europe, de lui montrer son respect, d’écouter ses conseils et c’était plié. On était passé d’un monde bipolaire (USA/URSS) à un monde sous leadership américain. Le charisme de Bill Clinton suffisait à faire passer la pilule. Pour intervenir au Kosovo, l’ONU a été laissée de côté et c’est sans mandat international que l’OTAN a mené avec l’accord de l’Europe l’opération militaire. Avec G. Bush, les choses ont commencé à se compliquer. Sa brutalité à succédé au charme de Clinton. Les russes n’avaient pas les moyens de s’opposer.

    Les Russes ont le sentiment de s’être fait rouler dans la farine

    Aujourd’hui, les Russes ont parfaitement intégré les règles du libéralisme. Trop bien même au goût de certains ! Sur la scène internationale, la Russie a progressivement poussé ses pions. Elle devenait de plus en plus raide, mais on pouvait encore discuter avec elle. La ligne rouge a été franchie avec la Libye. La Russie ne voulait pas renverser Kadhafi. Dans l’esprit des Russes, l’intervention de l’ONU pour protéger les populations civiles était censée être un avertissement. Rien de plus. Moscou a donc laissé faire et s’est abstenu, permettant à l’ONU le vote de la résolution. On connait la suite. Changement de régime à Tripoli, et des Russes qui ont eu le sentiment de s’être fait rouler dans la farine par les Américains et les Français.

    Poutine prend donc sa revanche. Il ne lâchera pas le régime syrien. Par intérêt, un peu. Par peur de voir toute la région tomber aux mains des islamistes comme en Egypte aussi. Mais surtout pour dire haut et fort aux puissances du G7 « nous sommes de retour et il va falloir compter avec nous ». Ce G8 marquera sans doute la fin d’une parenthèse au final assez confortable pour les Américains et les Européens. Le monde redevient multipolaire et l’émergence de la Chine, de l’Inde ou du Brésil va encore accentuer le mouvement. Et un monde multipolaire comme il y a deux siècles, c’est bigrement plus compliqué…

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    Olivier Ravanello

    Après des débuts au service international de LCI où il devient grand-reporter notamment au Proche et au Moyen-Orient, Olivier Ravanello remporte la 2e place du prix Bayeux pour son reportage La police israélienne face aux attentats-suicides. Deux mois de reportages dans l’Irak en guerre, la couverture de la réélection de George Bush Junior, son poste de correspondant permanent à Moscou pour TF1 et LCI et le prix de la presse diplomatique ont fait de lui un véritable expert en questions internationales. Depuis son arrivée à i>TELE en 2009, Olivier Ravanello est ainsi le spécialiste des questions internationales pour la chaîne. A la rentrée 2012, il présente plusieurs chroniques Le Monde en plus à 19h20 et Le Monde ne dort jamais à 23h15.
  • с больной головы на здоровую= lay one’s own fault at somebody else= andere etw. für sich ausbaden lassen

    Impayable « Le Monde » et infatigable dans la répétition ad nauseam des mêmes « analyses » sur la Russie, qui, pour le quotidien, se résument à l’action de Poutine, cent pour cent  nuisible pour son pays et pour le monde entier. « Le Monde » est une bonne  roue de transmission des politiciens les plus réactionnaires américains, avec à leur tête le sinistre McCain. Qui croira, malgré la massive information négative sur Poutine et la Russie, que la Russie est l’ennemi N° 1, comme le croient et le clament les McCain et consorts. Après Brillancon, voici maintenant M. Frachon qui est appelé à la rescousse pour accuser Poutine d’être la cause du désastre horrible de la Syrie d’aujourd’hui. Evidemment, il faut au « Monde » ne pas déplaire à leur surveillant, l’Afterphilosoph sur-médiatisé et trublionnesque, M. B.H. Lévy, qui, après le succès que l’on sait en Lybie,  avait ameuté à cor et à cris les autorités françaises et internationales pour intervenir militairement en Syrie, afin d’éliminer le président élu du pays, comme le demandait une opposition syrienne des plus disparates. Pour ne pas déplaire non plus à M. Lévy, Sarkozy-Juppé, suivis à la lettre par Hollande-Fabius, ont joués les tartarins en brandissant des menaces purement verbales contre le régime en place, en reconnaissant un « gouvernement » de l’opposition, dont on voit aujourd’hui la totale non-représentavité avec ses luttes internes sauvages , et surtout en exigeant dès le début l’élimination de Bachar El Assad – ce qui est une aberration et est la cause de la situation épouvantable d’aujourd’hui, car, nos politiques tartarins, n’ont pas su apprécier le caractère de guerre civile religieuse qu’est devenu le conflit. Ce n’est pas dédouaner les exactions de l’armée loyaliste que de constater que les rebelles ont fait des mises en scène de tortures et d’exécutions, et s’il y a bien eu usage du gaz sarin, on est loin de savoir par qui il a été employé (le fait qu’ il y ait eu des rebelles parmi les victimes, n’est pas une preuve suffisante). J’ai toujours en tête Timișoara qui m’avait traumatisé et qui m’a rendu méfiant à jamais à l’égard des images et des mises en scène en tant de guerre. Fabius n’est pas aussi sûr qu’il le dit coram populo, puisqu’il avait fanfaronné que si « la ligne rouge était franchi », la réponse était prête et serait « effroyable »…

    Pour les armes : la Russie a des rapports d’Etat à Etat avec la Syrie, elle a des intérêts dans le pays; elle a passé des contrats, en particulier de livraison d’armes. De quel droit devrait-elle s’immiscer dans la guerre civile syrienne et se faire le soutien d’une opposition dont on voit chaque jour qu’elle  a des visées totalement opposées quant à l’avenir politique de la Syrie? Heureusement que Medvédev et Poutine n’ ont a pas eu l’irresponsabilité autosuffisante de MM. Lévy, Fabius et consorts pour exiger que le président élu soit  éliminé par la rue, comme Kadhafi.

    En revanche, dès le début, les démocraties exemplaires que sont le Qatar et l’Arabie Saoudite, pays sunnites, ont fourni des armes aux rebelles pour une lutte sainte contre les chiites. « Le Monde »  a les yeux de Chimène pour le Qatar – son fric en impose! « Le Monde » préfère le Qatar à la Russie, pourquoi pas?  De même que les pays occidentaux ont une démocratie à la carte, « Le Monde » a des indignations et des dénonciations à la carte. Le cas Snowden est exemplaire. Le journal s’est contenté d’un article d’un inconnu pour dire qu’au fond, ce que Snowden a dévoilé était un secret de Polichinelle : on ne comprend pas alors la fureur des Américains et le trouble de beaucoup d’alliés des Etats-Unis, en particulier en Allemagne…Mais « Le Monde », lui, n’est pas troublé. Ce qui le trouble, c’est Poutine. A la suite des dames du « Monde », M. Frachon s’est lancé dans la psychologie, voire la psychanalyse, et s’est permis même de s’en prendre au physique du président russe : « un cou de taureau » dit notre La Bruyère aux petits pieds- moi, j’aurais plutôt parlé de rongeur ou de fouine, plus que de bovidé, mais on voit la hauteur des réflexions du « Monde » sur la Russie; j’ai parlé des « dames du « Monde », parce que celles-ci se sont signalées et se signalent encore par de telles descriptions physiques des personnalités : le bouillant Saakachvili; le grand blond aux yeux bleus -Navalny; la Chatte déchaînée aux lèvres pulpeuses etc.etc.

    Et puis, M. Frachon remplace ses propres analyses par le commentaire des commentaires de l’activiste Mandras qui a une grille de lecture de la réalité russe totalement fantasmatique, puisqu’elle pense que même s’il y a des choses positives en Russie, c’est avec la bénédiction du FSB. Mandras  ne cache pas également sa russophobie, en prenant à son compte l’idée que le peuple russe était apathique : ah! comme cela serait magnifique de voir en Russie une révolution et des désordres à la tunisienne, par exemple. Là , la chercheuse activiste du CNRS  boirait du petit lait! ( heureusement le CNRS a des chercheurs vraiment scientifiques, comme, par exemple, Nicolas Werth ou Marie-Hélène Mandrillon)

    Disciple de Mandras,  M. Frachon pense que son feuilleton est dangereux  et qu’en Russie il risquerait le goulag…Je croyais M. Frachon plus subtil…Il ne lit visiblement pas tout ce qui s’écrit en Russie, dans les journaux et sur internet. Cela ferait du monde au prétendu goulag! La prétendue nostalgie de Poutine à l’égard du passé soviétique est là encore un procès d’intention. D’ailleurs « Le Monde » en son temps n’était pas, loin de là, un contempteur de tout ce qui se faisait en URSS et avait même de la sympathie pour elle, et ce n’est pas grâce à lui que le régime soviétique est tombé. De là peut-être une déception amoureuse à l’égard de ce pays aujourd’hui, Poutine n’étant qu’un prétexte commode. « Le Monde » était de ceux qui, à la chute de l’URSS,  pensaient : « Staline – oui, c’était un monstre », mais Lénine, tout de même… »Le Monde » est le dernier à pouvoir reprocher à Poutine de se référer à certains moments positifs de l’Union Soviétique. Mais M. Frachon omet de dire que c’est Poutine qui a mis dans les programmes scolaires L’Archipel du Goulag de Soljénitsyne…

    Poutine et Natalia Soljénitsyna

    puto250

  • Science et être (Sein)

    « Nous sentons que, quand toutes les questions scientifiques

    possibles ont eu leur réponse, les problèmes de la vie restent

    complètement intacts. »

                                       Ludwig Wittgenstein

     

     

  • Poutine, Snowden, Assange

    « Ассанж, как и Сноуден, считают себя правозащитниками и заявляют, что борются за распространение информации. Задайте себе вопрос: нужно ли выдавать таких людей для посадки в тюрьму? В любом случае, я бы предпочитал не заниматься такими вопросами, потому что это все равно, что поросенка стричь — визга много, а шерсти мало», — сказал Путин.

  • Igor Markevitch – le compositeur et l’homme

    En hommage à Igor MARKEVITCH

    « Le Compositeur et l’Homme »

    par Jean-Claude MARCADÉ

    Préfacier  et organisateur d’un livre posthume du Maître

     LE TESTAMENT D’ICARE 

    Conférence donnée en 1985 à la Chapelle romane de

    SAINT-CÉZAIRE sur SIAGNE

     

     

    Voilà maintenant deux ans qu’Igor Markevitch nous a quittés, laissant derrière lui cinquante années au service de la musique. Remarqué par Alfred Cortot en 1925 alors qu’il n’avait que 13 ans, devenu son élève et celui de Nadia Boulanger à 14 ans, le voilà catapulté à 16 ans dans le sillage de Diaghilev qui lui commande en 1928 un concerto pour piano qui sera créé à Londres avec Igor Markevitch lui-même au piano le 15 juillet 1929.

    Pendant toutes les années trente, Igor Markevitch crée une série d’œuvres qui ont une audience mondiale et généralement saluées comme des étapes importantes de la musique, le compositeur étant crédité de génie.

    De ces œuvres créées entre 1929 et 1941, de 17 à 29 ans : le ballet « Cantate » sur un texte de Jean Cocteau, en 1930, suivi d’un « Concerto grosso », puis, en 1931, d’une « Partita pour clavier et orchestre » et d’un ballet « Rébus » pour Léonide Miassine. En 1932, encore un ballet, cette fois pour Serge Lifar, « L’Envol d’Icare » ; en 1933 le « Psaume » pour soprano et orchestre ; en 1935, l’oratorio « Le Paradis perdu » ; en 1937, le « Nouvel Age » ; et en 1940 la sinfonia concertante « Lorenzo il magnifico » sur des poèmes de Laurent de Médicis. Enfin, en 1941, les « Variations », « Fugue et envoi sur un thème de Haendel », la seule œuvre d’Igor Markevitch que l’on puisse trouver dans le commerce puisqu’elle a été enregistrée par le pianiste Fujii en 1982 et sur l’autre face « Stefan le poète » impressions d’enfance pour piano (1939) enregistré également par le pianiste Fujii.

    Ces « Variations » pour piano sont la dernière grande composition d’Igor Markevitch, qui cessa ainsi de composer à 29 ans.

    Après 1945, il se consacre à la direction d’orchestre, ce qui lui assurera une renommée mondiale, le mettant au nombre des grands interprètes de ce siècle. Cet aspect, je veux dire « Igor Markevitch, chef d’orchestre » est la pointe la plus connue, je dirai la plus évidente, de l’iceberg Markevitch. Il était le « Prince Igor », comme on aimait l’appeler se référant à la souveraine aisance de sa gestique où la sobriété et la précision le disputaient à une sensibilité d’une rare intensité. Entre mille, pensons à la restitution de la « Création » de Haydn, de « Daphnis et Chloé », du « Sacre du Printemps », voire de « La Vie pour le Tsar » de Glinka.

    Mais la gloire du chef d’orchestre a éclipsé l’œuvre du compositeur qui pourtant eut son heure de gloire et fut célébré comme un génie.

    Des musicologues comme Henri Prunières, Pierre Souvtchinsky ou Boris de Schloezer, des chefs d’orchestre comme Scherchen, Koussevitzky ou Karel Ancerl, des compositeurs comme Bela Bartok, Francis Poulenc, Florent Schmitt, Henri Sauguet, Darius Milhaud, Jacques Ibert, Dallapicola saluent l’apparition des œuvres du jeune Markevitch.

    Après l’audition d’ « Icare », Bela Bartok âgé alors de 52 ans écrit à Markevitch qui en a 22 : « Cher Monsieur, permettez à un collègue  qui n’a pas l’honneur de vous être connu, de vous remercier pour votre merveilleux « Icare ». J’ai nécessité du temps pour comprendre et apprécier toute la beauté de votre partition et je pense qu’il faudra beaucoup d’années pour qu’on l’apprécie. Je veux vous dire ma conviction qu’un jour on rendra justice avec sérieux à tout ce que vous apportez. Vous êtes la personnalité la plus frappante de la musique contemporaine et je me réjouis, Monsieur, de profiter de votre influence. Avec ma respectueuse admiration. Bela Bartok. »

    Henri Prunières, le fondateur en 1919 de la « Revue musicale », écrit en 1933, après la première audition de « L’Envol d’Icare » : « Ce qui m’a le plus frappé…, c’est moins son évidente originalité de forme que le dynamisme qui l’anime et la poésie dont il déborde. Pas de sentimentalité, aucune sensualité. Une musique nue, pure comme le diamant, qui reflète une sensibilité pudique mais interne. On est loin des jeux, des petits amusements, des déclamations. »

    Lors d’une exécution du « Psaume » à Florence, Dallapicola dira : « Le ‘Psaume’ fait partie de ces œuvres qu’on croit marginales jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’elles se plaçaient au centre de leur temps. »

    Il est bien entendu trop tôt pour faire des bilans, des comparaisons d’influences. La musique de Markevitch doit faire pour cela partie de notre univers sonore, ce qui n’est pas encore le cas. Vous dire que je suis persuadé qu’Igor Markevitch avec une vingtaine de ses opus est un des grands compositeurs de notre siècle – n’est encore rien dire, car je puis être soupçonné de piété filiale et d’être ainsi aveuglé par mes sentiments affectifs. C’est pour cette raison que je m’effacerai le plus possible pour laisser parler les faits, les musicologues avertis et bien entendu, dans la mesure du temps imparti, la musique d’Igor Markevitch.[1]

    Le « Nouvel Age », créé le 21 janvier 1938 à Varsovie, me semble annoncer d’une certaine manière le climat du « Concerto pour orchestre » de Bartok qui est de 1943. Un même champ problématique sonore et rythmique frappe encore ma sensibilité musicale.

    Le « Nouvel Age » joué à Paris en 1938, sous la direction d’Hermann Scherchen, provoqua des articles indignés dont le plus outré revient à la plume de Lucien Rebatet dans l’Action française du 25 novembre 1938 où cette œuvre était traitée d’ « ignoble crachat », d’ « attaques épileptiques » : « Derrière ce vacarme obscène ou ce flasque étirement, il n’y a pas une idée perceptible ; rien qu’une impuissance qui serait presque pitoyable si elle était moins répugnante. J’ignore tout des origines de M. Markevitch, sauf qu’il vient de quelque Russie. Mais, pour le coup, en voilà un qui par le seul aspect de sa musique réunit toutes les probabilités du judaïsme. Quel sens attribuer à cette infâme bouillie, cette impudente frénésie sinon celui du sabbat juif, grimaçant et grinçant ? »

    Je voudrais maintenant vous parler de trois autres œuvres d’Igor Markevitch : le « Psaume », l’oratorio « Le Paradis perdu », enfin « Icare ».

    Nous verrons comment Markevitch le compositeur et Markevitch l’homme sont étroitement imbriqués, non pas du point de vue du déroulement anecdotique de la vie mais de cette confrontation entre les orientations essentielles de la musique et les vecteurs forts de la vie se dessine un premier portrait du créateur-Markevitch.

    Ce n’est pas une chose aisée de tracer un tel portrait, tant de facettes y chatoient : compositeur, chef d’orchestre, théoricien et pédagogue de la direction d’orchestre, écrivain et philosophe (ses  mémoires   Être et avoir été), musicologue[2], penseur[3]. Où est le vrai Igor Markevitch ?

    Lui-même s’étonnait que les autres lui donnassent plusieurs visages-personnalités, alors que lui se voyait intérieurement toujours le même.

    Or ce qui frappait les autres, c’était souvent le hiatus, parfois même l’abîme qui pouvait exister entre les « différents Igor Markevitch ».

    Dimension schizoïde d’un grand artiste. Cela explique qu’il ait pu passer sans transition du sublime à des colères disproportionnées avec leur objet ou à des actes frisant la mesquinerie. Cela explique aussi l’état de perpétuelle inquiétude dans lequel se trouvait ce novateur, novateur dans la création musicale et l’art de diriger.

    Le « Psaume » pour soprano et petit orchestre a été créé le 30 novembre 1933 avec l’Orchestre du Concertgebouw conduit par le jeune compositeur de 21 ans et chanté par Vera Janacopoulos, la musique écrite sur un texte français établi par Igor Markevitch à partie des psaumes 8, 9, 59, 102, 148 et 150.

    La beauté complexe de cette œuvre a été commentée diversement.

    Gabriel Marcel, après s’être plaint de la cacophonie fatigante du « Psaume », cette façon de rendre la musique paroxystique dans la ligne du « Sacre du Printemps », conclut : « Il n’y a pas, semble-t-il, de musique à laquelle le sens de la grâce ait été plus radicalement refusé. »

    A l’opposé, Florent Schmitt note la volonté du jeune compositeur de se débarrasser de toute couleur et brillance orchestrales.

    Et Henri Prunières de déclarer dans Le Temps du 15 mai 1934 qu’il ne s’agit pas de musique religieuse dans le sens traditionnel.

    Igor Markevitch fait dans  Être et avoir été  les remarques suivantes à ce propos : « Il y a lieu de dire ici mon étonnement de ce que le « Psaume » parût tourmenté, sans doute à cause de la nouveauté du langage. Aujourd’hui, le temps aidant, y prédominent l’exaltation peut-être, mais aussi la sérénité. Avec le recul, je vois cette œuvre m’ouvrir la voie, laquelle après de longs cheminements me conduirait un jour à un agnosticisme libérateur. C’est elle qui m’attacha à la signification du Paradis Perdu, avec l’apparition en l’homme de l’homme, sa mort relative symbolisée par la perte de son innocence, suivie de sa naissance réelle. J’ajoute que dans l’évolution que cette expérience ouvrit, je ne renierais jamais la métaphysique, cette plus haute des institutions humaines, sans laquelle l’énergie vitale n’aurait plus aucun sens. »[4]

    Le fait même d’avoir écrit le texte en français et non dans une des langues sacrées liturgiques, le fait de le donner dans la langue du pays où l’œuvre est jouée, indique à lui seul et souligne de façon exotérique ce que nous apercevons encore de la personnalité de Markevitch à travers le « Psaume » : sa dimension cosmopolite[5] – dimension cosmopolite qui rejoint le cosmopolitisme évident d’Igor Markevitch.

    Déjà sa généalogie comporte des Serbes, des Ukrainiens, des Russes, des Suédois.

    Russe et Ukrainien par la naissance, puis par une prise de conscience de plus en plus aigüe au fur et à mesure qu’il avançait dans la vie, Suisse d’adoption depuis l’âge de deux ans. Ce pays « fut un des lieux privilégiés de la formation intellectuelle, des amitiés fécondes avec Alfred Cortot, Elie Gagnebin, Charles Faller, Ramuz, le lieu des randonnées, de la vie quotidienne, des séjours bénéfiques après les fatigues des voyages à l’étranger. C’est en Suisse, à Corsier en particulier, qu’ont été écrites la plupart de ses œuvres principales » « Igor Markevitch et la taille de l’homme » programme du concert de Corsier 16 octobre 1982

    Italien aussi. Se retrouvant au moment de la guerre en Italie, profitant de l’amitié de l’historien de la Renaissance Bernard Berenson et concevant en 1940 une sinfonia concertante pour soprano et orchestre « Lorenzo il magnifico » sur des poèmes de Laurent de Médicis, participant à la résistance contre les fascistes et écrivant en 1943 en italien un « Hymne de la libération nationale », cette période se reflète bien dans son premier livre de mémoires « Made in Italy », Genève 1946

    Français d’élection enfin.

    Je me souviens encore du visage illuminé d’Igor pendant l’été 1982, quelques mois avant sa mort : il avait été reçu par le Président de la République François Mitterrand et avait obtenu, sans les formalités habituelles, la citoyenneté française.

    Je l’ai vu juste après cette réception, heureux comme un enfant qui a reçu un cadeau longtemps désiré. Toute sa personne était détendue et dans un état de grâce, ce qui était rare chez lui à cause de la multiplicité de ses occupations, préoccupations et soucis.

    Igor Markevitch a eu la capacité d’assimiler les diverses cultures européennes. En cela même, il est profondément russe, si l’on en croit Dostoïevski qui a développé à plusieurs reprises, dans son roman « L’Adolescent » et dans son célèbre discours de 1880 sur Pouchkine, l’idée selon laquelle le Russe était en Europe celui qui pouvait le mieux s’identifier aux différentes cultures européennes, tout en restant par là-même profondément russe. Être russe, selon Dostoïevski, c’est être pan-humain.

    Mais le statut particulier du Russe Igor Markevitch, par rapport, par exemple, à Igor Stravinsky, c’est qu’il est, comme l’a bien noté dès 1930 Darius Milhaud, à propos du « Concerto grosso », un Russe sans lien immédiat avec son pays. Il avait deux ans lorsque ses parents partirent de Russie et il n’y revint que dans les années 60.

    Cela pourrait expliquer, selon Milhaud, la sublime violence, l’explosion ininterrompue, l’émotionnalité ébouriffante de tel passage de sa musique. Alors que le trait distinctif du génie de Stravinsky jusqu’à l’opéra « Mavra », c’est-à-dire pendant toute l’époque diaghilevienne, aura été le rapport étroit au folklore russe.

    Avec Igor Malevitch, et je rapporte ici encore les propos de Darius Milhaud dans L’Europe du 13 février 1930, il s’agit d’une grande musique intemporelle, sans superficie, pittoresque, où l’instrumentation est d’une richesse incroyable.

    Je prendrai l’exemple de la collaboration de Ramuz avec Stravinsky et avec Markevitch : avec le premier – « L’Histoire du soldat », avec le second « La Taille de l’Homme ». Pour Stravinsky, Ramuz a puisé dans le trésor des contes populaires russiens et a écrit son texte de « L’Histoire du soldat ». Pour Markevitch, il compose un poème dont l’inspiration dépasse les sources folkloriques, dans une vision globale de la place de l’Homme dans l’Univers.

    C’est là le problème de toute l’œuvre d’Igor Markevitch et de la difficulté de sa réception. C’est là si l’on veut le côté négatif de son cosmopolitisme, car forte est la propension de la critique et du public à ranger dans des cadres connus.

    La musique d’Igor Markevitch n’appartient pas directement à l’Histoire de la Musique russe, même si elle n’aurait pas pu naître sans « Le Sacre du Printemps », même si elle assimile l’héritage de Scriabine. Elle n’appartient pas non plus de façon évidente à la musique française. On doit donc la recevoir telle qu’elle est, dans son intemporalité qu’il faut comprendre non comme un avatar de « l’art pour l’art », mais plutôt comme la création, à travers les structures offertes par l’époque contemporaine, d’un tissu musical « ivre du mystère, trouant les nuages de l’esprit et de la musique », selon l’expression d’Hermann Scherchen.

    Le critique Léon Kochnitzky a été certainement injuste lorsqu’il écrivit dans Marianne le 27 juillet 1938 que la musique de Markevitch était un contrepoint de thèmes que la jeunesse de notre époque a établis, sans différence de race, de nation et de classe.

    « La Paradis perdu » est un oratorio en deux parties pour soprano, mezzo-soprano, ténor, chœur mixte et orchestre, créé à Londres en 1935 par l’Orchestre et le Chœur de la BBC sous la direction du compositeur.

    Le texte avait été écrit par Igor Markevitch d’après Milton. Il s’agit d’une œuvre capitale extraordinairement belle et stricte, inexorable et parfois inhumaine, selon Darius Milhaud dans Le Jour du 26 décembre 1935 qui parle d’un climat proche des gamelans, les orchestres de Bali et de Java et des psalmodies extrême-orientales.

    La musique extrême-orientale avait intéressé Debussy lors de l’Exposition Universelle de 1889 où il avait visité le Théâtre annamite.

    Paris eut son Exposition coloniale internationale en 1931 où des « spectacles exotiques » faisaient connaître le Théâtre annamite, les musiques et les danses du Cambodge, de Thaïlande et de Bali et elle semble aussi avoir eu un écho dans la musique d’Igor Markevitch dès « L’Envol d’Icare ».

    « Le Paradis Perdu » nous révèle tout un pan de l’Homme Markevitch, son écartèlement entre la culture chrétienne dont les fruits magnifiques lui paraissent empoisonnés et l’annonce d’une genèse de l’homme, d’un nouvel humanisme qui, pour autant qu’il nie la spiritualité chrétienne, ne se détourne nullement des Forces métaphysiques qui agissent sur l’Univers.

    Se défendant de tout mysticisme de type chrétien, Igor Markevitch n’a cessé, à la suite de Schopenhauer, de voir dans la musique « une métaphysique sensible ».

    Dans son « Introduction au Paradis Perdu »[6], il formule cela ainsi : « Se développant lui-même dans le temps qui passe, l’art de la musique est capable de nous livrer au grand jour, avec son connu divin, un morceau de cet éternel présent que j’ai appelé une seconde dimension du temps, d’être en d’autres termes, « une vérité faite de sons ». « Métaphysique sensible », autrement dit « vérité faite sons », était-ce là une impasse expliquant l’arrêt de la création musicale, comme on l’a avancé ?[7] Peut-être.

    Igor Markevitch avait nettement le sentiment que mille ans de musique venaient à leur fin et que ce qui venait à la suite et s’appelait « musique » était autre chose que cette « métaphysique sensible ».

    On peut se demander si Igor Markevitch a vu juste et en débattre un jour.

    En tout cas, nous devons constater qu’aucune nécessité intérieure ne l’a poussé à créer.

    « Icare », sans doute la plus célèbre œuvre d’Igor Markevitch, a été d’abord conçue comme un ballet destiné à Serge Lifar et portant le titre « L’Envol d’Icare ». Cette version fut créée le 26 juin 1933 à la Salle Gaveau par l’Orchestre symphonique de Paris sous la direction de Roger Desormière. Puis, en 1943, Markevitch recomposa cette œuvre et lui donnera son aspect définitif. Il s’est non seulement identifié au mythe d’Icare tel que la Grèce nous l’a transmis, mais il en a fait son propre mythe au point de vouloir appeler le dernier livre qu’il ait livré à la postérité et que nous avons fabriqué ensemble  Le Testament d’Icare .

    Comme la musique de Markevitch, ce livre ne peut s’assimiler qu’avec le temps. Il est comme un contrepoint de l’œuvre musicale, voire son filigrane.

    Markevitch-Icare, c’est à la fois l’envol, l’enthousiasme, l’arrachement à la terre, la plongée dans le mystère du monde, c’est aussi l’audace de celui qui vainc toutes les pesanteurs terrestres, donc un transgresseur de l’humanité moyenne. Mais corollairement au « couronnement de l’expérience » que représente l’aventure d’Icare, il y a la mort, mais, dans la volonté consciente de Markevitch, cette mort n’est pas un moment négatif, une défaite ; chez lui il n’y a pas chute comme dans la tradition grecque. L’exemple le plus frappant de cette tradition dans la pensée européenne est « La Chute d’Icare » de Breughel où Icare est même ridiculisé.

    Markevitch écrit : « Dans ‘Icare’ on retrouve quelque part ses ailes, comme les restes d’un serpent qui a fait peau neuve. Ce sont les signes de renouveau. »[8].

    Icare est comme « le papillon amoureux de la lumière » qui « vient se consumer sans la flamme de la chandelle ». Markevitch cite encore la Goethe de « La Nostalgie bienheureuse » : « Tant que tu n’auras pas compris ce ‘Meurs et Deviens’, tu ne seras qu’un hôte obscur sur la terre ténébreuse ».

    Dans « Faust », « la victoire naît d’une défaite où l’orgueil abdique devant notre faculté productrice, symbolisée par l’Eternel Féminin. Alors nous pouvons dominer notre existence en contribuant au travail du monde sur nous, c’est-à-dire nous intégrer à un Tout qui nous enrichit par sa grandeur ».

    « Icare », c’est donc, d’une certaine façon, selon la volonté créatrice de son auteur, une autre façon de dire « Mort et Transfiguration ». Mais comme dans  toute grande œuvre, il y a ce qui échappe à la conscience même de son auteur, ce qui apparaît comme y étant celé et scellé, ne se découvrant que peu à peu et jamais de toute façon entièrement. Dans ce sens « Icare » dissimule peut-être la clef d’un secret markevitchien. Le Maître a-t-il cessé de composer parce qu’il avait brûlé trop vite ?

    Icare, c’est aussi le mythe de la brûlure. Et le vocabulaire courant nous offre bien des images de cette consumation.

    Dès 1936, le sentiment de la critique, à la fois étonnée et agacée, est qu’Igor Markevitch a déjà écrit ses chefs-d’œuvre et a découvert dès les premières œuvres un nouveau monde sonore. Il serait vain, à mon avis, de spéculer sur l’arrêt de la création chez Markevitch : qu’il s’agisse d’un tarissement parce que l’essentiel à dire avait été dit, qu’il s’agisse d’un refus de subir jusqu’au bout la condition d’artiste, à la merci d’un mécénat en voie de disparition ou d’une nouvelle orientation de la musique non acceptée, peu importe. Nous devons prendre tel quel le fait que le compositeur Markevitch ait voulu dire à un moment donné, autrement que par l’écriture musicale, la musique. Il faut lever les obstacles qui empêchent encore que cette œuvre musicale totalement originale soit jouée et enregistrée.

    Malheureusement Markevitch a su se créer dans le milieu musical de nombreuses inimitiés. Autant sa vie est jalonnée de grandes amitiés, autant elle est parsemée de litiges, de contentieux, d’ « affaires ». Igor Markevitch a lui-même écrit, lorsqu’il relate la façon grossière dont il avait traité le compositeur Vittorio Rieti : « Quelques mufleries de ce genre entachent malheureusement une vie ». Les meilleures formations, les meilleurs solistes et les meilleurs chefs devront comprendre l’importance de la musique de Markevitch : « On n’a pas toujours Birgit Nilsson comme soliste ».[9]

    Igor Markevitch aussi a relativement peu travaillé à mettre en valeur son œuvre : orgueil non dissimulé, tout pénétré de vieille tradition noble selon laquelle l’homme sait ce qu’il se doit … et ce qu’on lui doit : « On s’étonna dans mon entourage du peu de hâte que je montrais pour faire jouer ma musique. Je me disais pour « Icare » ce que je me suis dit plus tard pour l’ensemble de mon œuvre : si elle a de la valeur, elle peut attendre, et si elle ne peut attendre, il est inutile qu’on la joue. »[10]

    La précocité non plus d’Igor Markevitch n’a pas joué en sa faveur. Si, en effet, beaucoup de contemporains, parmi les meilleurs esprits et les meilleurs connaisseurs ont crié au génie, il y a eu parallèlement tout un courant qui a été agacé par cette trop impudente précocité et l’ont trouvée suspecte. Stravinsky n’a-t-il pas dit du jeune compositeur qu’il « n’était pas un Wunderkind, mais un Altklug ». Ce dernier mot étant péjoratif en allemand et équivalent à peu près à « malin comme un singe ».[11] Un critique trouve que « cette bizarre maturité est périlleuse. Où est la fraîcheur juvénile, l’eau de source agreste qui permet de tenter un long voyage, de s’abreuver, de se renouveler ? »

    Cela tient de ce que j’appelle la mythologie de la création qui pense qu’il y a des modèles… Pourrait-on arriver à débarrasser notre réception des œuvres de toutes les considérations adjacentes, en particulier des spéculations sur la « précocité suspecte » ou sur l’arrêt de la production. Sommes-nous capables de juger une œuvre telle quelle ? C’est à ce défi que nous appelle l’œuvre musicale de Markevitch.

    Enfin, dans le passage uniquement orchestral de « Laurent le Magnifique », Contemplation de la Beauté, plus qu’ailleurs on sent combien la fonction de la musique n’est pas d’imiter la réalité : « Il ne s’agit aucunement pour la musique d’imiter la réalité ».[12]

    Ce passage dit, plus que toute parole, le site, la hauteur visitée un jour par Igor Markevitch.

    Dans ce site où, du temps de Laurent de Médicis, a séjourné le néo-platonisme de Marsile Ficin, le rythme se fait harmonie céleste et nous permet d’entendre le silence.

     

     

    Jean-Claude Marcadé

    1985  –  Saint-Cézaire  –  Bordeaux


    [1] « Bien entendu » ici dans ce n°, nous avons pensé devoir ne pas reproduire les passages de la conférence où Jean-Claude Marcadé annonçait et commentait les extraits des œuvres des œuvres du Maître enregistrées qu’il nous a donnés à entendre.

    [2] Edition encyclopédique des symphonies de Beethoven

    [3] Le livre de pensées et aphorismes que nous avons fait ensemble  Le Testament d’Icare , mais aussi dans le flux du quotidien : amant, époux, père, ami, maître de maison, seigneur ou despote

    [4] P. 301

    [5] Et je ne dis pas, intentionnellement, « universaliste », ce serait une redondance car toute œuvre d’art authentique est bien « universaliste

    [6] Musica Viva, avril 1938

    [7] Claude Tannery in Libération 1/IV 1983

    [8] « Être et avoir été » p. 236

    [9] Citations de « Etre et avoir été », p.292, p.300

    [10] O.C. p.250

    [11] Vera Stravinsky, Robert Craft,  « Stravinsky in pictures and Documents « , London 1979, p.166

    [12] O.C. p.301

  • International Colloquium Posthumous Bronzes in Law and Art History ( Ermitage, mai 2012)

    Controversies Russian Federation

    Degas bronzes controversy leads to scholars’ boycott

    Fears of legal action if authenticity questioned at Hermitage seminar

    By Martin Bailey. News, Issue 236, June 2012
    Published online: 31 May 2012


    The disputed plasters — experts are even wary of scholarly debate

    Degas experts boycotted a Hermitage colloquium arranged in part to discuss a group of controversial Degas bronzes, cast from a set of plasters recently discovered at the Valsuani foundry outside Paris. The refusal of the scholars to attend reflects the growing problem of art historians avoiding questions of attribution, even at scholarly conferences.

    The seminar at the State Hermitage Museum, on the wider issue of “Posthumous Bronzes in Law and Art History”, was held in St Petersburg (26-27 May). Papers were presented on Léger, Archipenko, Moore and Dalí, but Degas was by far the most controversial case study. A museum spokeswoman says that the conference was arranged because the Hermitage wants to acquire more 20th-century bronzes.

    The Degas experts who were invited to the seminar, but declined, include Sara Campbell, who recently retired from the Norton Simon Museum in Pasadena, Catherine Chevillot from the Musée Rodin, the consultant and art historian Joseph Czestochowski, the leading independent curator Richard Kendall and Anne Pingeot, formerly of the Musée d’Orsay.

    Walter Maibaum, the New York dealer who commissioned the casts from the plasters, says that scholars “have a responsibility to seriously study them”. None of the experts would discuss the situation on the record, but several reasons have been given to explain the boycott. Some curators are at museums that do not allow them to comment on the authenticity of works owned by dealers or private collectors. None of the experts accepts that the new find represents early plasters—and some simply want to avoid becoming embroiled in the debate. Most importantly, there are increasing concerns, particularly in America, that specialists could find themselves facing legal problems if they publicly question authenticity, as has happened to scholars over the work of other artists.

    The obscure terms in which the discussion has been couched are illustrated in the recent “Edgar Degas Sculpture” catalogue published by the National Gallery of Art in Washington, DC. In a footnote, it says that the new casts “are intentionally not included”, without further explanation. In the April issue of the Burlington magazine, Richard Kendall merely notes that the recent bronzes have created a “note of uncertainty”. Avoiding giving his personal view, he simply states that “they have failed to sway the Degas specialists and the major auction houses”.

    The Hermitage seminar raised further issues. It was initiated after an approach by the M.T. Abraham Center for the Visual Arts, Paris, which owns two sets of the 74 bronzes. The centre suggested an exhibition at the Hermitage, but the museum did not want to proceed until there was a scholarly discussion. Initially, it was thought that the foundation might be sponsoring the colloquium, but it was soon realised that this could be seen as prejudicial. The centre’s director, Amir Kabiri, tells The Art Newspaper that he is not funding the meeting, although when asked about possible future donations, he said that he would “always be honoured to co-operate with the Hermitage”.

    After the scholarly boycott, the Degas plasters and the resulting bronzes remain in limbo. It is now clear that they are not late 20th-century fakes, but the key question is when they were made.

    The experts believe the plasters were made after the Second World War and are, therefore, fairly far removed from the artist’s intentions, while those who commissioned the casts are convinced that they are much earlier and may well be from Degas’s lifetime. The story began two years ago, when a set of newly cast bronzes was unveiled at the Herakleidon Museum in Athens (The Art Newspaper, March 2010, p29). Earlier bronzes, which are in numerous museums, were cast from 1917 to 1936 and from 1958 to 1964 and were made via the original waxes, which survived after the artist’s death.

    Discovery

    Two New York-based dealers discovered the plasters: Walter Maibaum, who runs Modernism Fine Arts and the Degas Sculpture Project with his wife, Carol Conn, and Gregory Hedberg, a consultant at Hirschl & Adler. The plasters were found at the Valsuani foundry, outside Paris, which had taken over the stock of the Hébrard foundry. Hébrard had earlier cast Degas’s bronzes for the artist’s descendants.

    Leonardo Benatov, who owned Valsuani, agreed to cast a new set of bronzes for Maibaum. So far, 16 sets have been cast and rights have been acquired to cast a further 13. Their value will depend on whether they are accepted as authentic, but appraisers suggest that a set of 74 could be worth around $20m. On this basis, all 29 sets would be worth more than $500m.

    The M.T. Abraham Center has bought two sets. The first has been displayed in a travelling exhibition, which began in Athens and went on to the Tel Aviv Museum of Art, three Bulgarian venues (the National Art Gallery in Sofia, the Varna Archaeological Museum and the City Art Gallery in Plovdiv), the National Museum of Fine Arts in Havana, the Valencia Institute of Modern Art and the Evagoras Lanitis Centre in Limassol. The show is currently at Zagreb’s Galerija Klovicevi (until 3 June). It is notable that many of these venues are not mainstream international-level museums.

    The New Orleans Museum of Art was due to exhibit the bronzes last winter and then help to arrange an American tour. This has been postponed because of questions about the status of the works.

    One set of bronzes was bought by Yank Barry, a Canadian rock star turned businessman. A further set was bought by Artco, a Parisian company that sells Dalí bronzes. Another belongs to the Connecticut collectors Melinda and Paul Sullivan, who anonymously lent five bronzes for an exhibition at the Hill-Stead Museum in Farmington, Connecticut (until 24 June).

    In a paper that Maibaum prepared for the Hermitage colloquium, he argues that “all the plasters were made from Degas’s waxes before the Hébrard foundry began casting bronzes in 1919 and some were made during the artist’s lifetime [he died in 1917]”. He believes that the plasters were made from Degas’s original waxes by Paul-Albert Bartholomé, a sculptor and friend of Degas. If correct, then it means that the newly cast bronzes may be closer to Degas’s originals than the casts made from 1919 to 1964.

    The situation of the bronzes has been examined by Geraldine Norman, a British adviser to the Hermitage’s director, Mikhail Piotrowski. Her paper is the best non-specialist summary of the issues. She concludes that the plasters must have been made by 1955, the year the Hébrard family sold Degas’s wax originals to America (they were bought by Paul Mellon and most were later donated to the National Gallery of Art).

    Although it remains unclear exactly when the plasters were made, Norman suggests that the key figure was Albino Palazzolo, the chief caster at Hébrard. “The simplest answer is that they were made by Palazzolo in or around 1955, direct from the waxes before they were sold to America.” She believes that, “based on all the physical and scientific evidence, there is every reason to conclude the plasters are authentic, and therefore the posthumous bronzes cast from the plasters are authentic as well”.

    The new bronzes are slightly different from the 1919 to 1964 casts. This raises the question of whether the mid-20th-century or early 21st-century bronzes are closer to Degas’s original, undamaged waxes.

    In addition to considering the newly discovered plasters and bronzes, Norman’s paper also points out that the total number of earlier (and entirely separate) Degas bronzes could number 1,200. She points out that nearly half were cast before 1936 and raises questions about the circumstances in which the remainder were cast post-1936, as well the role of Palazzolo.

    There is growing pressure from scholars outside the narrow band of Degas specialists for these issues to be resolved. Steven Nash, a sculpture expert and the director of the Palm Springs Art Museum, was invited to the Hermitage colloquium, although he was unable to attend because of other commitments. “What we need is an objective discussion on the possible origin of these plasters,” Nash says.

    The Hermitage conference, which was presided over by Piotrowski, was attended by Russian and international curators and sculpture specialists. It called for more detailed labelling of bronze casts by museums and the art trade, to help with transparency.

    Comments

    13 Aug 12
    15:42 CET

    ALBERT LAHAM, BERLIN

    In addition, In its analysis the laboratory also rebutted a key point raised by some museum conservators, who concluded the reason plasters are larger than bronzes is because, in part, “…. plaster expands upon setting.” While it is well known by foundries and most sculpture specialists that plaster does not expand, it was nonetheless important to scientifically test a Degas plaster for confirmation. The petrography laboratory reported: “None of the minerals observed in the Degas sample were susceptible to expansion” and “No evidence of expansion was observed.”

    13 Aug 12
    15:42 CET

    ALBERT LAHAM, BERLIN

    Early dating of the plasters was substantiated scientifically. While plaster itself cannot be dated, the University of Arizona laboratory was able to perform radiocarbon tests of fibers embedded in the plasters.The results indicated the fibers pre-date 1955. An independent laboratory in St. Paul, Minnesota, American Petrographic Services performed significant additional tests. Its personnel analyzed the component materials in a Degas plaster (fig. 33) and compared them with the component materials in a certified lifetime (pre-1918) Rodin plaster. A modern plaster (circa 1995) was also tested. The component materials and percentage ratios in the Rodin and Degas plasters were consistent. The modern plaster contained materials not found in the Degas or Rodin plasters. These results provide strong evidence to conclude the Degas plaster was made during the same period as the Rodin (before circa 1920).

    20 Jun 12
    15:13 CET

    ALEXANDER MERTENS , SANTA BARBARA

    Molecular analysis of the plasters composition would shed light on the origins of the plaster itself and therefore provide dating information. If the value of the bronzes is indeed in the 500 million range then it would be well worth the expense to determine a more exact origin of the chemicals used in the composition of these plasters. There are other examples of Degas plasters that could be compared to these newly discovered ones. The inverse of this suggestion would be that if the plasters are fraudulent, what definitive proof would be used to prove the plasters fake ? This analysis could be easily accomplished in 90 days. Why has it not been done ?

    10 Jun 12
    11:52 CET

    BARBARIAN, MADISON

    Now–afterward , won’t it be funny if the bronzes turn out to be authentic Degas after all!

    7 Jun 12
    17:37 CET

    GARY ARSENEAU, FERNANDINA BEACH, FLORIDA

    June 7, 2012 “In Wilken’s essay we read that in 1921 Francois Thiebault-Sisson recalled that Degas had once said: I modeled animals and people in wax for my own satisfaction, not to take to rest from painting or drawing, but to give more expression, more spirit, and more life to my paintings and drawings. They are exercises to get me started. My sculptures will never give that impression of completion that is the ultimate goal of the statue-maker’s trade and since, after all, no one will ever see these efforts, no one should think of speaking about them, not even you. After my death all that will fall apart by itself, and that will be better for my reputation. » Additionally, under Association of Art Museum Directors’ endorsed CAA ethical guidelines: « any transfer into new material unless specifically condoned by the artist is to be considered inauthentic or counterfeit. » The dead don’t condone. Gary Arseneau artist & scholar Fernandina Beach, Florida

    4 Jun 12
    15:51 CET

    AUGUSTUS FIRESTONE, MELBOURNE

    I think finger printing needs to be applied to sort this out as Im sure there will be plenty to cross reference.

     

    Colloquium: Posthumous Bronzes in Law and Art History The State Hermitage Museum, St Petersburg, Russia

    The focus of the Colloquium: Posthumous Bronzes in Law and Art History is to explore the legal, aesthetic and curatorial issues related to the reproduction and the creation of replicas of posthumous bronzes. The Colloquium will include renowned museum directors, art historians, and legal experts from Europe and the United States.
    Background to Bronze Casting
    In the mid 19th century, the bourgeoisie began to assert its economic position. One way was to purchase bronze sculptures – miniature reproductions of famous works favored by Parisian cognoscenti.

    Using an industrial process they were produced by numerous foundries and sold through catalogues. These editions provided a satisfactory income for artists.

    At that time the most common reproduction technique was sand casting, an industrial method that involved producing a mould in case-hardened sand and then pouring molten bronze into the negative space.. The extreme resistance of the materials allowed this operation to be repeated indefinitely, while the high quality of the reproductions guaranteed its success.

    The first contract between a foundry and a sculptor was drawn up between Susse and Cumberworth in 1837 followed, in 1843, by a rival company Barbedienne. Up until that date, the agreements appeared to consist of a simple transfer of the artist’s rights to the foundry. From 1839, however, standard contracts were put forward by the Réunion des Fabricants de Bronze in order to provide an improved framework for collaboration between artists and foundries.

    The most widely used contract was for a concession of limited duration, whereby the sculptor, in return for monetary payout, agreed that the foundry would an edition of bronzes for a given period, usually between three and five years. A preference for more simple decorative elements inspired by Japonisme and the rejection of a bourgeois aestheticism at the end of the 19th century, the practice of producing editions was transformed at the beginning of the 20th century.

    In order to faithfully execute the ‘artist’s hand’, founders limited the number of units in each edition.
    Regarded as an extension of the original work, the limited edition broke with the industrial practices and replaced sand casting with the lost wax method. Along with the modernization in the production of editions came a rapprochement between founders and artists. Editions enabled the works of contemporary artists to be disseminated.
    It is not unusual that a sculptor, in his last will and testament, would assign original plasters to his or her heirs so they may benefit from the income derived after casting his work at a later date.

    However, in cases where an artist dies without leaving a will, posthumous casting of existing plasters, wax originals and cast sculptures becomes a matter of judgment to be made by his heirs or executors. When this occurs the door is left open to interpretations and misunderstandings, a problem that frequently occurs. Laws relating to property rights provide the owners of original posthumous plasters permission to cast new bronzes often in contrary with the artist’s wishes.
    Consider the following: heirs, after reviewing his will, have followed an artist’s instructions to the letter and have made casts from existing plasters so that the reproduction quality is faultless. Should these posthumous bronzes be rejected from a moral point of view? Should both the artist and his or her heirs suffer the consequences?

    Laws protecting property rights have made it possible for owners of plasters and original bronzes to cast new editions, thus causing damage both to artists and the art market. Our aim is to find ways to respect the rights of the artists and their heirs while preventing those who contravene those rights, and maintain public confidence in the legitimate reproduction of a sculptor’s works.

    The M.T. Abraham Center for the Visual Arts Foundation is proud to lend several bronzes from its collection for the purpose of studying and researching.

    For more information go to: www.mtabraham.com | www.hermitagemuseum.org

     

  • Conférence de Jean-Claude Marcadé à Donetsk (Centre culturel Izoliatsiya) 1er juin 2013

  • LE SUPRÉMATISME DE MALÉVITCH OU L’ART COMME RÉALISATION DE LA VIE. UTOPIE OU PRÉ-VOYANCE DE L’AVENIR

    Супрематизм Малевича или искусство как реализация жизни.

    Утопия или предвидение будущего ?

     

     

    Проблема жизнь/искусство была представлена в виде вопроса, особенно настойчивым образом, в России с 19 века. В осознании этой биполярности следует видеть специфическую черту русской мысли вообще, черту, отличавшую её, скажемот философской традиции, восходящей к грекам. Ведь есть в русской мысли экзистенциальный инвариант, который склоняет её к тому, чтобы не отделять философское мышление от жизненного опыта. Итак философская традиция, начиная с Хомяковa, делается религиозной философией, в которой умозрительное и переживаемое бытие тесно связаны.

    Я говорю здесь об этом факте, ссылаясь на русскую историю мысли, к которой, в рамках Русской империи, Малевич прямо примыкает. Но не надо забывать : на Руси первым « религиозным философом » безусловно является в 18 веке украинец Сковорода. Мало известно о круге чтения Малевича, который в своих философских трактатах почти никогда не ссылается на определённые системы. Тем не менее многие исследователи связывали супрематическую философию с определёнными течениями в истории философии. Таким образом, можно было бы увидеть несколько стыковых моментов между супрематизмом и мыслью Сковороды. Напримеридея Сковороды, что «философия мистицизма, исходящая из твёрдого чувства, что сущность бытия находится за пределами чувственной реальности»; или пантеистический уклон; или ещё «раскрытие неполноты и неправды чувственного бытия»; наконецмистический монизм.

    Философская и богословская лексика передают этот сосуществующий дуализм. Слово «бытие» обозначает и онтологическую сущность и существование; или ещёслово «кафоличность» стало на Руси «соборностью», что, по моему мнению, указывает на семантический сдвиг к идее универсальной, одновременно онтологической и эмпирической общности.

    В своей докторской диссертации Эстетические отношения искусства и действительности (1855), Чернышевский развивает идею Белинского, следуя которой поэзия находится там, где жизнь. Белинский основывает свою эстетику на идее, что искусство и, следовательно, прекрасное, это жизнь; прекрасное подчинено жизни, является её отображением. Однако, для Чернышевского речь не идёт о копировании действительности, о её фотографировании. Наоборот, искусство заключается в том, чтобы увидеть в действительности то, что полезно для общества, что указывает на путь, по которому следует идти. Реалистическая материалистическая эстетика должна кристаллизовать лучшее в действительности. Следовательно, реальным является социальный идеалвсякое искусство ангажировано, тенденциозно. Чернышевский может в своём романе Что делать? высказать такой афоризм – «Поэзия в правде жизни».

    Начиная с символистов, жизнь, как социальное бытие (« Gesellschaftliches Sein » Маркса), отвергнута из жизни в угоду высшей реальности. Известен афоризм Вячеслава Иванова« a realibus ad realiora » от реального к более реальному. Никогда антиномия между жизнью и искусством не была доведена до тех пределовкак в символистской эстетике. Эта последняя устремлялась к преображению феноменального мира в свете ноуменального  мира. Это устремление вело к онтологическому пересозданию жизни при помощи теургического действия [ по определению Бердяева«Теургия — искусство, творящее иной мир, иное бытие, иную жизнь, красоту как сущее. Теургия преодолевает трагедию творчества, направляет творческую энергию на жизнь новуюТеургия есть действие человека совместно с Богом, — богодейство, богочеловеческое творчество] . Однако она должна была констатировать невозможность слияния искусства и бытиясущего. Бердяев пишет  – « Символизм есть путь, а не последняя цель, символизммост к творчеству нового бытия, а не самое новое бытие» (1916, 233)

    Начиная с футуризма, антиномия жизни и искусства сильно затушёвывается. Возьмём два главные антагонистические направления, которые господствовали в русском авангарде, начиная с 1914 годасупрематизм и конструктивизм.

    Для конструктивистов существует лишь одна жизнь со своими экономическими социальными идеологическими проблемамиискусство должно содействовать преобразованию именно этой жизни. Как в эстетике Чернышевского, искусство является средством, но принципиальная разница с ней лежит в том, что для конструктивистов искусство не является отображением действительности, у искусства есть своя автономная функция, свои ему присущие законы, которые вне всякой идеологии. Именно как самодовлеющая сила, искусство моделирует, преобразовывает действительность, в которой оно черпает то, что ему необходимо, адекватно, целесообразно.

    По мнению одного из видных теоретиков советского конструктивизмапродуктивизма, Бориса Арватова, конструктивизм определяется как искусство технического мастерства, реальных материалов, источником которого являются Сезанн и в России  Татлин, Родченко, братья Стенберги. Арватов противопоставляет конструктивизм экспрессионизму, то есть искусству субъективных и эмоционально архаических форм, источником которого являются Ван Гог и за ним КандинскийПоль Клэ, КокошкаДля Арватова конструктивизм ставит жизнь выше искусства и стремится делать искусство живым. Тогда как экспрессионизм ставит искусство выше жизни и стремится к передаче жизни в виде искусства. Кроме того, конструктивизм уделяет первое место целесообразности формы, тогда как экспрессионизм даёт это первое место самой форме.

     В этом плане, Арватов не знает, какое место назначить супрематизму Малевичакоторый был в 20 веке самой радикальной революции в изобразительном искусстве, сведя живописное изображение к самому высшему минимализму. Ведь и у супрематизма источником является также Сезанн и техническое мастерство также не чуждо ему. Только, в отличие от конструктивизма, и это отличие весьма существенное, Малевич вписывает живописное действо в совершенно специфическую философию мира, которая ничего общего не имеет с конструктивистской социополитической идеологией. Итак, для супрематизма антиномия жизнь/искусство предстаёт совершенно новым образомтак как она ставит под вопрос как раз эти два термина и придаёт им значение, которое приобретает всю свою ценность лишь в построении супрематической системы, которое охватывает все ветви человеческой деятельностиэкономической, политической, культурной, религиозной. Малевич радикально отличает «старый зелёный мир мяса и костей», где «разум человеческий устраивает государственные огороды на культурногуманноэкономических харчевых выводах» (Собр. соч. в пяти томах, 1, 173), – и «живой мир», управляемый «интуитивным мировым движением энергийных сил» (Собр. соч. в пяти томах, 1, 182) Это отличие никак не устанавливает дуализма между жизнью, организованной человеческим разумом для его удобства, и жизнью, которую можно было бы квалифицировать как «космическую». Вся малевическая мысль строго монистична. Существует лишь один живой мир и задача искусства в выявлении этого мира, в содействии его эпифании. Это оперируется с самого начала отрицанием предметного мира, являющимся первым шагом к «освобождённому ничто», к беспредметному миру, единственной живой реальности. До сих пор искусство было либо средством украшения жизни, либо «учебником жизни» (по Чернышевскому), либо орудием, черпающим свою силу от трансформации социополитической жизни  (по конструктивизму), либо несовершенным выявлением другой жизни (по символизму). У Малевича же «общежитие», то есть повседневная жизнь, является рядом культурных феноменов : «Чтобы жилось мне хорошо, сытно и удобно, покойно [] стремлюсь победить природу и её стихию, чтобы она мне не чинила бедствий и беспокойства […] Погоня за совершенной культурой напоминает мальчика, выдувающего мыльный пузырь. Выдувает в нём красочные переливы и старается выдуть пузырь больше и больше. И в самый расцвет пузырь лопается, ибо мальчику не виден его конец, и приходится выдвигать новыйТак лопается культура за культурой, и никогда не будет покоя.» (Собр. соч. в пяти томах, 1, 171)

    Единственная жизнь та, у которой есть всеобщая интуитивная цель :

    «Интуициязерно бесконечности, в ней рассыпает себя и всё видимое на нашем земном шаре […]  Шар земной не что иное, как комок интуитивной мудрости, которая должна бежать по пути бесконечного.» (Собр. соч. в пяти томах, 1, 172)

    Итак искусство состоит в том, чтобы включиться во всеобщее движение, ведущее к абсолютной беспредметности : здесь происходит идентификация живописного действа и движения мира. Малевический дискурс развивает радикальное монистическое мировоззрение и не допускает никакого символизирующего или иллюзионистического компромисса. Действие искусства устремлено к обнажению бытиямира как беспредметности. В этом же смысле следует понимать принцип «экономии», который Малевич провозгласил как «пятое измерение» искусства. Речь не идёт ни об одной формальной редукции изображения к минимальным единицам, ни об одной радикализации «явно метонимической ориентации кубизма» (по формулировке Романа Якобсона), – речь идёт о слиянии действа искусства с беспредметным движением :

    «Человекорганизм энергиикрупица, стремящаяся к образованию единого центра […] В силу того, что мировая энергия земного шара бежит к единому центру, – и все экономические предлоги должны будут стремиться к политике единства.» (Собр. соч. в пяти томах, 1, 182)

    Итак малевическая «экономия» является онтотеологической категорией, у которой есть конвергенция с некоторыми аспектами богословского понятия о «домостроительстве», погречески «икономия». Не буду говорить здесь о некоторых важных пунктах супрематической теории и философии, как тооб искусстве как «чистом действии», двигателем которого является «возбуждение», то есть всеобщий Ритм вселенной, имеющий целью создание нового «миростроения», – и не о противопоставлении между «природой» и «культурой», – или о противопоставлении между «харчевой» экономией и экономией, освобождающей ничто

    Хочу остановиться на статье, которую Малевич написал в Витебске 15 февраля 1921 года под заглавием «Лень как действительная истина человечества». Малевич интегрировал в свою супрематическую систему идеи, которые были изложены французским марксистом, зятем Карла Маркса, Полем Лафаргом, в брошюре 1883 года Le droit à la paresse (Право на леность), изданной в России в 1905 и 1918 годах. Экзегет мысли Малевича,     швейцарский писатель и искусствовед Феликс Филипп Ингольд пишет : «Ортодоксальный марксист Лафарг, находящийся, однако, в боевой оппозиции к декретированномуправу на труд‘, провозглашенному в 1848 году и возведённому в пролетарскую догму, предпринимает попытку освободить лень от клейма порока, а трудот ореола гражданской добродетели. С утрированной парадоксальностью он клеймит пролетарскую одержимость трудом какдуховное заблуждение‘. Религию труда как причину всякойиндивидуальной и социальной нищеты‘, демона труда какужаснейшую напасть‘, когдалибо поражавшую человечество : право на труд, – по его словам,-есть не что иное, как право на бедность и посему должно быть заменено на противоположное :труд надо не превозносить, а запретить‘. Это требование доказывается Лафаргом в процессе блестящего теоретикоэкономического экскурса и целым рядом примеров унижения и самоунижения пролетариата, а также заключительным провозглашением лениматерью искусств и благородных добродетелей‘. ‘Подобно Христу, печальному олицетворению античного рабства, пролетариимужчины, женщины, дети в течение веков с усилием взбираются на крутую голгофу страданий; в течение веков сокрушает их кости, убивает их тело, терзает нервы; в течение веков голод поражает их внутренности и возбуждает галлюцинации в их мозгу!…

    О леность, сжалься над нашей бесконечной нищетой! О леность, мать искусства и благородных добродетелей, излей свой целительный бальзам на страдающее человечество!’.»

    Со своей стороны, Малевич констатирует, что для капиталистического, как и для социалистического общества труд сакрализован, он принадлежит к кардинальным добродетелям социального человека. Малевич объявляет подложным всеобщий консенсвульгарной формой которого является максима – «леньмать пороков», или распространённый в революционной России лозунг «Не трудящийся, да не ест», перифразировка изречения Апостола Павла. Мало тогохудожник по своему излагает библейские рассказы о проклятии труда после грехопадения и о том, как «Бог через шесть дней построил весь мир, и видно, что седьмой день был отдыхом. Сколько этот день должен продолжатьсянам неизвестно, во всяком случае, седьмой деньэто день отдыха.» (Собр. соч. в пяти томах, 5, 183-184) Для супрематистаэто именно модель движения вперёд человечества, которое может реализоваться лишь в течение веков, но к которому человечество должно стремиться вместо того, чтобы рассмотреть труд под углом производства временно утилитарных вещейединственно назначенных для вечно неутоленного удовлетворения материальных потребностей. Человечество должно прийти к тому, чтобы обзавестись средствами знания и техники, которые позволят ему освободиться от предметного веса : «Таким образом, оно освободится от труда и обретёт покой, вечный отдых как лень, и войдёт в образ БожестваТак оправдается легенда о Боге как совершенствеЛени‘.» (Собр. соч. в пяти томах, 5, 184). А финальный аккорд : «Социализм несёт освобождение в бессознательном, клеймя <её>, не зная тогочто лень породила его. И этот сын в безумии клеймит её как мать пороков, но это ещё не тот сын, который снимет <клеймо>, и потому я этой небольшой запискою хочу снять с <её> чела клеймо позора и сделать её не матерью пороков, а Матерью Совершенства.» (Собр. соч. в пяти томах, 5, 187)

    Этот текст безусловно связан с большим трактатом Малевича, своего рода суммой его философской мысли, а именно Мир как беспредметность или вечный покой. Искусство в центре всего грандиозного мировоззрения основателя супрематизма. Такое даже впечатление, когда читаешь его тексты, что для него мир состоит, сделан из живописного; конечно, не надо под «живописным» подразумевать смысл, который оно получает в «живописи» – ведь живопись, в частности станковая живопись, является датированным историческим феноменом, где «живописное как таковое» наличествует, но смешанное с гетерогенными элементамизатемняющими его своей случайностью.  Живописное как таковое предшествует «истории живописи». Между Четыреугольником, так называемым «Чёрным квадратом на белом фоне создаваемым между 1913 и 1915 годами, и четырёхугольным Белым на белом», так называемым «Белым квадратом на белом фоне» 1918 года, речь больше не идёт ни о лишь зависящем от обстоятельств жесте исключения предмета из искусства, ни лишь о субъективном описании «внутреннего мира», ни лишь о пуризме, устанавливающем код чистых изобразительных соотношенийни лишь о формализме самодовлеюще комбинирующихся элементов. Речь идёт об освобождении взгляда в направлении бытия, в смысле формулировок Гуссерля и за ним Хайдегерра : «Через заключение в скобки (Einklammerung) сущего взгляд освобождается для бытияТут абсолютная революция Малевичане человек располагает свободой создать «маленькие автономные миры», а свобода располагает человеком. Из недр Ничто, беспредметного, живой жизни мира, исходит возбуждение, то есть ритм этой свободы. Таким образом, супрематизм не является лишним живописным рецептом, он является «новой духовностью», как пишет французский философ Эммануэл Мартино, выпустивший в 1977 году пионерскую книгу о месте супрематизма Малевича в истории философии; в этой «новой духовности» «человек, имитируя Ничто ибеспредметномубогу, научился бы стать чистой свободой».

    Ясно, что, исходя из этого, Малевич отвергает культурную гуманистическую традицию, основанную на лжеориентации жизни, прогресса, утилитаризма. Таким же образом, искусство отрицается под его случайной формой, например, под формой «стилей», поскольку оно подчиняется неподлинности культуры. Итак Малевич может утверждать – «Живопись давно изжита, и сам художник предрассудок прошлого.» (Собр. соч. в пяти томах, 1, 189) Но искусство в себе, как творчество, выявляющее беспредметное, находится  в начале и в конце всего :

    «[В ритме и в темпе] выражается религиозность духа, в звуках, в знаках чистых без всяких объясненийдейство, и только, жест очерчивания собой форм […] Люди, в которых религиозный дух силён, господствует, должны исполнять волю его, волю свою и служить, как он укажет, телу, делать те жесты и говорить то, что он хочет, они должны победить разум и на каждый раз, в каждое служение строить новую церковь жестов и движения особого.

    Такой  служитель является Богом, таким же таинственным и непонятным, – становится природной частицей творческого Бога.

    И может быть постигаем разумом, как и всё.

    Тайнатворение знака, а знак вид тайны, в котором постигаются таинства нового.» (Собр. соч. в пяти томах, 1, 147)

    Здесь Малевич использует словарь символистов, чтобы ему придать новый семантический импульс. То, что для символистов является непостижимой областью высших реальностей, является для Малевича единственной реальной областью творчества hic et nunc, %3