Catégorie : De la Russie

  • De l’Afterphilosoph hystérique Lévy

    CONTROVERSE – Dans une tribune publiée par le HuffingtonPost, mercredi 19 février, Bernard-Henri Lévy demande « la suspension sans délai de la participation européenne aux jeux de Sotchi». Jean-François Kahn considère que la volonté d’ingérence du philosophe a eu dans le passé des conséquences tragiques.


     


    Jean-François Kahn est un journaliste et écrivain français. En 1984, il crée L’Événement du jeudi, puis, en 1997, l’hebdomadaire d’information Marianne dont il est le directeur jusqu’en 2007. Son dernier essai, L’Horreur médiatique est paru chez Plon.


    LE FIGARO. – Dans le HuffingtonPost.fr, Bernard-Henri Lévy appelle à quitter les Jeux de Sotchi. Que vous inspire cette prise de position?

    Jean-François KAHN. – Tout d’abord, Bernard-Henri Lévydéteste le sport: il n’aime ni le football, ni l’athlétisme, ni les sports d’hiver. Tous les prétextes sont donc bons pour faire interdire les compétitions sportives! Plus sérieusement, on peut s’interroger sur sa légitimité et sur la complaisance des médias à son égard. BHL n’a aucune responsabilité politique, il n’est pas élu. Dans ces conditions, comment expliquer qu’il lui suffise d’un coup de téléphone pour bénéficier d’une dépêche AFP?

    Sur le fond, je rappellerais simplement que BHL nous a entraînés dans la guerre en Libye dont nous payons aujourd’hui les conséquences, notamment au Mali. Nous attendons toujours son autocritique. Je trouve extraordinaire qu’un philosophe soit à ce point incapable de faire preuve de recul sur ses propres actes. Comme tout le monde, je suis choqué par la violence des événements qui se déroulent en Ukraine. Mais je refuse totalement la vision simpliste et néostalinienne de BHL. Sait-il par exemple qu’une partie des manifestants de Kiev appartiennent à un parti d’extrême droite qui se revendique «national-socialiste»? BHL, pour qui la pensée est une forme de guerre, a une fâcheuse tendance à plaquer sur tous les sujets le manichéisme qu’il y a dans sa tête.

    BHL est incapable d’admettre que même chez les bons il y a des méchants. Cette réalité heurte son système binaire

    Comme vous l’avez rappelé, Bernard-Henri Lévy aurait eu une influence déterminante dans la guerre en Libye. Est-il sorti de son rôle d’intellectuel?

    Bernard-Henri Lévy a parfaitement le droit de prendre position et même de s’engager. En revanche, je suis choqué par la facilité avec laquelle il parvient à convaincre les hommes politiques. Après avoir été le conseiller en politique étrangère de Nicolas Sarkozy, il est en train de devenir celui deFrançois Hollande. Le rôle d’un intellectuel est de s’exprimer au nom d’une vision éthique et morale, tandis que le politique doit tenir compte de la réalité. Un dirigeant responsable ne peut pas faire de la géopolitique avec une vision du monde en noir et blanc comme celle de BHL. Pour légitimer une intervention en Syrie, le philosophe n’a pas hésité à repeindre les rebelles syriens en anges immaculés, alors même que ces derniers comptent des djihadistes dans leurs rangs. BHL est incapable d’admettre que même chez les bons il y a des méchants. Cette réalité heurte son système binaire.

    En Irak et en Libye, le djihadisme n’a jamais autant prospéré, et les massacres continuent tous les jours

    De Sarajevo à la guerre en Syrie, BHL a toujours milité pour le droit d’ingérence. A-t-on assez mesuré les conséquences tragiques de cette idéologie?

    On ne peut nier les conséquences catastrophiques des ingérences en Irak et en Libye, où le djihadisme n’a jamais autant prospéré et où les massacres continuent tous les jours. BHL n’a jamais reconnu qu’il s’était trompé, et le dossier a été enterré par les médias. Pour autant, dire que l’interventionnisme est par essence condamnable est aussi manichéen que l’inverse. En matière de géopolitique, tout dépend des circonstances et du contexte, même s’il faut tirer les conséquences de l’histoire. Il est difficile de citer une intervention qui a réussi, surtout lorsque c’est l’Occident qui intervient en Orient.

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  • Nunc dimittis… С Праздником Сретения Господня!

     

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    Χαῖρε κεχαριτωμένη Θεοτόκε Παρθένε· ἐκ σοῦ γὰρ ἀνέτειλεν ὁ Ἥλιος τῆς δικαιοσύνης, Χριστὸς ὁ Θεὸς ἡμῶν, φωτίζων τοὺς ἐν σκότει. Εὐφραίνου καὶ σὺ Πρεσβύτα δίκαιε, δεξάμενος ἐν ἀγκάλαις τὸν ἐλευθερωτὴν τῶν ψυχῶν ἡμῶν, χαριζόμενος ἡμῖν καὶ τὴν Ἀνάστασιν.


     

    Утробу Девичью освятивший Рождением Твоим, и руки Симеона благословивший, заранее, как надлежало, и ныне Ты спас нас, Христе Боже. Но огради миром среди войн народ Твой и укрепи тех, кого Ты возлюбил, Единый Человеколюбец.

    Ὁ μήτραν παρθενικὴν ἁγιάσας τῷ τόκῳ σου, καὶ χεῖρας τοῦ Συμεὼν εὐλογήσας ὡς ἔπρεπε, προφθάσας καὶ νῦν ἔσωσας ἡμᾶς Χριστὲ ὁ Θεός. Ἀλλ’ εἰρήνευσον ἐν πολέμοις τὸ πολίτευμα, καὶ κραταίωσον Βασιλεῖς οὓς ἠγάπησας, ὁ μόνος φιλάνθρωπος.

  • Cahier Pevsner 1

    Cahier Pevsner 1

    LES AMIS
    D’ANTOINE PEVSNER

    Cahier Pevsner 1

    ŒUVRES

    7 Un tableau de Pevsner au Musée des arts plastiques d’Ekatérinbourg : Bloc-notes (1917)
    Olga Gornung

    1. 12  Un tondo « cubiste » de Pevsner

    2. 13  Le plâtre de la version monumentale de la Construction spatiale aux

      troisième et quatrième dimensions

    3. 14  L’état préoccupant du Portrait de Marcel Duchamp

    1924 – L’EXPOSITION CONSTRUCTIVISTES RUSSES. GABO ET PEVSNER À LA GALERIE PERCIER

    17 Préface de l’exposition Constructivistes russes. Gabo et Pevsner. Peintures-Constructions
    Waldemar George

    19 Lettres d’Antoine Pevsner à Naoum Gabo 1924-1925, traduites du russe et annotées par Jean-Claude Marcadé

    43 « Les Constructivistes russes
    à la Galerie Percier », Paris-Journal, 20 juin 1924
    Waldemar George

    LETTRES, DOCUMENTS, SOUVENIRS, TÉMOIGNAGES

    45 Deux lettres inédites de Pevsner à Henri-Pierre Roché
    présentées par Pierre Brullé

    49 Attestation d’Antoine Pevsner pour le sculpteur José Carriéri, 30 juin 1953

    1. 51  Préface d’Antoine Pevsner pour une exposition de sculptures
      de Brigitte Denninghoff

    2. 52  Conversation d’Adam Piotr Tepper avec Virginie Pevsner
      traduite par Fabienne Landre-Dalman-Robida

    69 « Antoine et Virginie », 1968 Julien Alvard

    ÉTUDES DE CONTEMPORAINS D’ANTOINE PEVSNER

    77 « Pevsner et la conquête plastique de l’espace », 1954 Pierre Guéguen

    85 « Pevsner et l’objet sans fin », 1957 Jean Selz

    HOMMAGE À RENÉ MASSAT

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    Quelques éléments biographiques sur mon père, Guy Massat
    Guy Massat

    92

    4 textes de René Massat sur Antoine Pevsner
    – « Antoine Pevsner »,

    Cahiers d’Art, 25e année – II – 1950

    • –  « Antoine Pevsner »,

    • Art d’Aujourd’hui, no 1, série 5, février 1954

    • –  « Peintures anciennes d’Antoine

      Pevsner »,

    • XXe siècle, nouvelle série, no 16, mai 1961

    • –  « Antoine Pevsner et le problème

      de l’espace »,

    • Sculpture International, number 5, 1967

      HOMMAGE À GARRY FAÏF

      113 Quelques pensées sur mon travail

    • Garry Faïf

      115 Entretien avec Garry Faïf, Neuhoff Gallery, 1996

    • Elena Pchjolkina

      123 « L’espace du temps », Garry Faïf (1942-2002)

      Mikhaïl Guerman

      125 Le constructeur-suprématiste Garry Faïf

      Jean-Claude Marcadé

      129 Garry Faïf 1942-2002, architecte, urbaniste, sculpteur plasticien

      136 « Garry, cher ami… »

    • Reinold Werner

    AUTOUR DE L’ART DE PEVSNER
    ET DU « RÉALISME CONSTRUCTEUR » ÉTUDES INÉDITES

    139 L’œuvre de Pevsner dans sa perspective monumentale

    Guy Massat

    154 Le paraboloïde hyperbolique : figure emblématique du mouvement dans l’art du XXe siècle
    Éva Migirdicyan

    186 Pevsner, la Construction spatiale aux troisième et quatrième dimensions

    Jean-Claude Marcadé

    199 Ángel Duarte,
    dans les pas d’Antoine Pevsner

    Sandrine Jolissaint et Christoph Bollmann

    217 Pevsner, Tinguely, Serra : espace, mouvement et temps dans la sculpture contemporaine Paul-Louis Rinuy

    DANSE ET SCULPTURE DE L’AVANT-GARDE – ÉTUDES INÉDITES

    223 Lizica Codréano, danseuse de l’avant-garde

    Doïna Lemny

    236 La Chatte, ballet d’Antoine Pevsner et de Naoum Gabo
    Guéorgui Kovalenko

    RECENSIONS ET COMPTES RENDUS

    255 Georges Vantongerloo, un pionnier

    de la sculpture moderne

    Remarques sur art-sculpture-espace
    Récit autobiographique Étant donné, no 9, Katherine S. Dreier

    et la Société Anonyme, Inc.,

    Bernard Marcadé, Marcel Duchamp Natalia Sidlina, Naoum Gabo
    K atalog der Gemälde und Skulpturen,

    sous la direction de Dieter Schwarz

    d’Éva Migirdicyan

    REMERCIEMENTS :

    Archive Tate Gallery, Londres

    Bibliothèque de La Rochelle

    Fabrice Hergott
    Martin Matschinsky

    Jörn Merkert
    Georg Wiesing-Brandes
    et tous ceux et toutes celles qui, d’une manière ou d’une autre, ont permis la réalisation de cette publication.

  • De l’opposition « libérale russe » vue par « Forbes » et du Russie-Bashing par « The Nation »

    Distorting Russia

    How the American media misrepresent Putin, Sochi and Ukraine. (« The Nation »)

    Stephen F. Cohen

    February 11, 2014

    (Reuters/Mikhail Klimentyev/RIA Novosti/Pool)

    The degradation of mainstream American press coverage of Russia, a country still vital to US national security, has been under way for many years. If the recent tsunami of shamefully unprofessional and politically inflammatory articles in leading newspapers and magazines—particularly about the Sochi Olympics, Ukraine and, unfailingly, President Vladimir Putin—is an indication, this media malpractice is now pervasive and the new norm.

    There are notable exceptions, but a general pattern has developed. Even in the venerableNew York Times and Washington Post, news reports, editorials and commentaries no longer adhere rigorously to traditional journalistic standards, often failing to provide essential facts and context; to make a clear distinction between reporting and analysis; to require at least two different political or “expert” views on major developments; or to publish opposing opinions on their op-ed pages. As a result, American media on Russia today are less objective, less balanced, more conformist and scarcely less ideological than when they covered Soviet Russia during the Cold War.

    The history of this degradation is also clear. It began in the early 1990s, following the end of the Soviet Union, when the US media adopted Washington’s narrative that almost everything President Boris Yeltsin did was a “transition from communism to democracy” and thus in America’s best interests. This included his economic “shock therapy” and oligarchic looting of essential state assets, which destroyed tens of millions of Russian lives; armed destruction of a popularly elected Parliament and imposition of a “presidential” Constitution, which dealt a crippling blow to democratization and now empowers Putin; brutal war in tiny Chechnya, which gave rise to terrorists in Russia’s North Caucasus; rigging of his own re-election in 1996; and leaving behind, in 1999, his approval ratings in single digits, a disintegrating country laden with weapons of mass destruction. Indeed, most American journalists still give the impression that Yeltsin was an ideal Russian leader.

    Since the early 2000s, the media have followed a different leader-centric narrative, also consistent with US policy, that devalues multifaceted analysis for a relentless demonization of Putin, with little regard for facts. (Was any Soviet Communist leader after Stalin ever so personally villainized?) If Russia under Yeltsin was presented as having legitimate politics and national interests, we are now made to believe that Putin’s Russia has none at all, at home or abroad—even on its own borders, as in Ukraine.

    Russia today has serious problems and many repugnant Kremlin policies. But anyone relying on mainstream American media will not find there any of their origins or influences in Yeltsin’s Russia or in provocative US policies since the 1990s—only in the “autocrat” Putin who, however authoritarian, in reality lacks such power. Nor is he credited with stabilizing a disintegrating nuclear-armed country, assisting US security pursuits from Afghanistan and Syria to Iran or even with granting amnesty, in December, to more than 1,000 jailed prisoners, including mothers of young children.

    Not surprisingly, in January The Wall Street Journal featured the widely discredited former president of Georgia, Mikheil Saakashvili, branding Putin’s government as one of “deceit, violence and cynicism,” with the Kremlin a “nerve center of the troubles that bedevil the West.” But wanton Putin-bashing is also the dominant narrative in centrist, liberal and progressive media, from the PostTimes and The New Republic to CNN, MSNBC and HBO’s Real Time With Bill Maher, where Howard Dean, not previously known for his Russia expertise, recently declared, to the panel’s approval, “Vladimir Putin is a thug.”

    The media therefore eagerly await Putin’s downfall—due to his “failing economy” (some of its indicators are better than US ones), the valor of street protesters and other right-minded oppositionists (whose policies are rarely examined), the defection of his electorate (his approval ratings remain around 65 percent) or some welcomed “cataclysm.” Evidently believing, as does the Times, for example, that democrats and a “much better future” will succeed Putin (not zealous ultranationalists growing in the streets and corridors of power), US commentators remain indifferent to what the hoped-for “destabilization of his regime” might mean in the world’s largest nuclear country.

    Certainly, The New Republic’s lead writer on Russia, Julia Ioffe, does not explore the question, or much else of real consequence, in her nearly 10,000-word February 17 cover story. Ioffe’s bannered theme is devoutly Putin-phobic: “He Crushed His Opposition and Has Nothing to Show for It But a Country That Is Falling Apart.” Neither sweeping assertion is spelled out or documented. A compilation of chats with Russian-born Ioffe’s disaffected (but seemingly not “crushed”) Moscow acquaintances and titillating personal gossip long circulating on the Internet, the article seems better suited (apart from some factual errors) for the Russian tabloids, as does Ioffe’s disdain for objectivity. Protest shouts of “Russia without Putin!” and “Putin is a thief!” were “one of the most exhilarating moments I’d ever experienced.” So was tweeting “Putin’s fucked, y’all.” Nor does she forget the hopeful mantra “cataclysm seems closer than ever now.”

    * * *

    For weeks, this toxic coverage has focused on the Sochi Olympics and the deepening crisis in Ukraine. Even before the Games began, the Times declared the newly built complex a “Soviet-style dystopia” and warned in a headline, Terrorism and Tension, Not Sports and Joy.On opening day, the paper found space for three anti-Putin articles and a lead editorial, a feat rivaled by the Post. Facts hardly mattered. Virtually every US report insisted that a record $51 billion “squandered” by Putin on the Sochi Games proved they were “corrupt.” But as Ben Aris of Business New Europe pointed out, as much as $44 billion may have been spent “to develop the infrastructure of the entire region,” investment “the entire country needs.”

    Overall pre-Sochi coverage was even worse, exploiting the threat of terrorism so licentiously it seemed pornographic. The Post, long known among critical-minded Russia-watchers asPravda on the Potomac, exemplified the media ethos. A sports columnist and an editorial page editor turned the Olympics into “a contest of wills” between the despised Putin’s “thugocracy” and terrorist “insurgents.” The “two warring parties” were so equated that readers might have wondered which to cheer for. If nothing else, American journalists gave terrorists an early victory, tainting “Putin’s Games” and frightening away many foreign spectators, including some relatives of the athletes.

    The Sochi Games will soon pass, triumphantly or tragically, but the potentially fateful Ukrainian crisis will not. A new Cold War divide between West and East may now be unfolding, not in Berlin but in the heart of Russia’s historical civilization. The result could be a permanent confrontation fraught with instability and the threat of a hot war far worse than the one in Georgia in 2008. These dangers have been all but ignored in highly selective, partisan and inflammatory US media accounts, which portray the European Union’s “Partnership” proposal benignly as Ukraine’s chance for democracy, prosperity and escape from Russia, thwarted only by a “bullying” Putin and his “cronies” in Kiev.

    Not long ago, committed readers could count on The New York Review of Books for factually trustworthy alternative perspectives on important historical and contemporary subjects. But when it comes to Russia and Ukraine, the NYRB has succumbed to the general media mania. In a January 21 blog post, Amy Knight, a regular contributor and inveterate Putin-basher, warned the US government against cooperating with the Kremlin on Sochi security, even suggesting that Putin’s secret services “might have had an interest in allowing or even facilitating such attacks” as killed or wounded dozens of Russians in Volgograd in December.

    Knight’s innuendo prefigured a purported report on Ukraine by Yale professor Timothy Snyder in the February 20 issue. Omissions of facts, by journalists or scholars, are no less an untruth than misstatements of fact. Snyder’s article was full of both, which are widespread in the popular media, but these are in the esteemed NYRB and by an acclaimed academic. Consider a few of Snyder’s assertions:

    § ”On paper, Ukraine is now a dictatorship.” In fact, the “paper” legislation he’s referring to hardly constituted dictatorship, and in any event was soon repealed. Ukraine is in a state nearly the opposite of dictatorship—political chaos uncontrolled by President Viktor Yanukovych, the Parliament, the police or any other government institution.

    § ”The [parliamentary] deputies…have all but voted themselves out of existence.” Again, Snyder is alluding to the nullified “paper.” Moreover, serious discussions have been under way in Kiev about reverting to provisions in the 2004 Constitution that would return substantial presidential powers to the legislature, hardly “the end of parliamentary checks on presidential power,” as Snyder claims. (Does he dislike the prospect of a compromise outcome?)

    § ”Through remarkably large and peaceful public protests…Ukrainians have set a positive example for Europeans.” This astonishing statement may have been true in November, but it now raises questions about the “example” Snyder is advocating. The occupation of government buildings in Kiev and in Western Ukraine, the hurling of firebombs at police and other violent assaults on law enforcement officers and the proliferation of anti-Semitic slogans by a significant number of anti-Yanukovych protesters, all documented and even televised, are not an “example” most readers would recommend to Europeans or Americans. Nor are they tolerated, even if accompanied by episodes of police brutality, in any Western democracy.

    § ”Representatives of a minor group of the Ukrainian extreme right have taken credit for the violence.” This obfuscation implies that apart perhaps from a “minor group,” the “Ukrainian extreme right” is part of the positive “example” being set. (Many of its representatives have expressed hatred for Europe’s “anti-traditional” values, such as gay rights.) Still more, Snyder continues, “something is fishy,” strongly implying that the mob violence is actually being “done by russo-phone provocateurs” on behalf of “Yanukovych (or Putin).” As evidence, Snyder alludes to “reports” that the instigators “spoke Russian.” But millions of Ukrainians on both sides of their incipient civil war speak Russian.

    § Snyder reproduces yet another widespread media malpractice regarding Russia, the decline of editorial fact-checking. In a recent article in the International New York Times, he both inflates his assertions and tries to delete neofascist elements from his innocuous “Ukrainian extreme right.” Again without any verified evidence, he warns of a Putin-backed “armed intervention” in Ukraine after the Olympics and characterizes reliable reports of “Nazis and anti-Semites” among street protesters as “Russian propaganda.”

    § Perhaps the largest untruth promoted by Snyder and most US media is the claim that “Ukraine’s future integration into Europe” is “yearned for throughout the country.” But every informed observer knows—from Ukraine’s history, geography, languages, religions, culture, recent politics and opinion surveys—that the country is deeply divided as to whether it should join Europe or remain close politically and economically to Russia. There is not one Ukraine or one “Ukrainian people” but at least two, generally situated in its Western and Eastern regions.

    Such factual distortions point to two flagrant omissions by Snyder and other US media accounts. The now exceedingly dangerous confrontation between the two Ukraines was not “ignited,” as the Times claims, by Yanukovych’s duplicitous negotiating—or by Putin—but by the EU’s reckless ultimatum, in November, that the democratically elected president of a profoundly divided country choose between Europe and Russia. Putin’s proposal for a tripartite arrangement, rarely if ever reported, was flatly rejected by US and EU officials.

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    But the most crucial media omission is Moscow’s reasonable conviction that the struggle for Ukraine is yet another chapter in the West’s ongoing, US-led march toward post-Soviet Russia, which began in the 1990s with NATO’s eastward expansion and continued with US-funded NGO political activities inside Russia, a US-NATO military outpost in Georgia and missile-defense installations near Russia. Whether this longstanding Washington-Brussels policy is wise or reckless, it—not Putin’s December financial offer to save Ukraine’s collapsing economy—is deceitful. The EU’s “civilizational” proposal, for example, includes “security policy” provisions, almost never reported, that would apparently subordinate Ukraine to NATO.

    Any doubts about the Obama administration’s real intentions in Ukraine should have been dispelled by the recently revealed taped conversation between a top State Department official, Victoria Nuland, and the US ambassador in Kiev. The media predictably focused on the source of the “leak” and on Nuland’s verbal “gaffe”—“Fuck the EU.” But the essential revelation was that high-level US officials were plotting to “midwife” a new, anti-Russian Ukrainian government by ousting or neutralizing its democratically elected president—that is, a coup.

    Americans are left with a new edition of an old question. Has Washington’s twenty-year winner-take-all approach to post-Soviet Russia shaped this degraded news coverage, or is official policy shaped by the coverage? Did Senator John McCain stand in Kiev alongside the well-known leader of an extreme nationalist party because he was ill informed by the media, or have the media deleted this part of the story because of McCain’s folly?

    And what of Barack Obama’s decision to send only a low-level delegation, including retired gay athletes, to Sochi? In August, Putin virtually saved Obama’s presidency by persuading Syrian President Bashar al-Assad to eliminate his chemical weapons. Putin then helped to facilitate Obama’s heralded opening to Iran. Should not Obama himself have gone to Sochi—either out of gratitude to Putin, or to stand with Russia’s leader against international terrorists who have struck both of our countries? Did he not go because he was ensnared by his unwise Russia policies, or because the US media misrepresented the varying reasons cited: the granting of asylum to Edward Snowden, differences on the Middle East, infringements on gay rights in Russia, and now Ukraine? Whatever the explanation, as Russian intellectuals say when faced with two bad alternatives, “Both are worst.”

    Read Next: Alex Lund: “What Did Sochi Get for $51 Billion? Highways, Railroads and a Lot of White Elephants

    February 11, 2014

    Колумнист Forbes раскритиковал статью Шендеровича о Путине и Липницкой

    Американский журналист Марк Адоманис раскритиковал статью Виктора Шендеровича «Путин и девочка на коньках».

    В статье, опубликованной Forbes, Адоманис отмечает, что для всякого нормального человека выступление фигуристки Юлии Липницкой не связано с политикой, Кремлем и «ужасным Владимиром Путиным».

    По мнению автора, параллель между выступлениями фигуристки Юлии Липницкой и толкателя ядра Ханса Вельке в нацистской Германии является «злобным и идиотским очернением» спортсменки.

    Адоманис утверждает, что только «потерявший рассудок» может сравнивать все, что происходит сегодня в России, с нацистскими лагерями смерти и войной, унесшей жизни миллионов ни в чем не повинных людей.

    Статья Шендеровича в «Ежедневном журнале» четко дает понять, почему либеральная оппозиция в России остается столь непопулярной, отмечает автор.

    «Газета.Ru»

  • Une poupée Barbie ukrainienne transgenre…

     Quel beau symbole de la féminité! Quel symbole de l’hypocrisie quand ce groupe n’a jusqu’ici mené que des actions de guerre et de  haine, tout particulièrement contre les chrétiens et les musulmans!

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  • Christof Franzen, un regard suisse sur la Russie

     

    Christof Franzen, un regard suisse sur la Russie

    Natif de Bettmeralp dans le Haut-Valais, Christof Franzen est le correspondant de la TV alémanique en Russie. C’est en montagnard qu’il décrypte les jeux de Sotchi où il s’est déjà rendu à de nombreuses reprises ces dix dernières années.

    Corruption, atteinte à la nature, gigantisme, site inapproprié: le regard négatif porté en Occident sur les jeux de Sotchi est-il justifié?

    Christof Franzen lors d’un reportage en Iakoutie, république qui appartient à la Fédération de Russie. (photo SRF)

    Ce seront en tout cas des jeux atypiques. Sans doute géniaux du point de vue de l’organisation et des infrastructures. Le grand problème est de savoir ce qui va advenir de tout cela après, ainsi que le prix que ça a coûté, qui est une vraie folie. Je trouve très bien que la Russie développe les sports d’hiver. Il n’y a pas de raisons que les Russes ne puissent pas skier chez eux. Et ils ont le droit d’organiser des jeux comme n’importe quel autre pays. Mais vouloir développer un domaine skiable à travers les jeux, c’est une faute, surtout en un temps si court. C’est la brièveté des délais – sept ans pour tout construire de zéro – qui a créé une pression énorme et engendré de la corruption. Ces jeux interviennent trop tôt.

    C’est le contraire qu’il aurait fallu faire: développer d’abord des stations de sports d’hiver et ensuite, dans dix-quinze ans, lancer une candidature.

    Vous vous êtes rendu plusieurs fois dans la station de Krasnaïa Poliana où auront lieu les épreuves, et ce, bien avant déjà la candidature olympique. Comment était-ce?

    La première fois que j’y suis allé, il avait tellement neigé qu’ils avaient dû creuser la neige sous le télésiège, mal conçu, pour dégager un passage. Mais ça me rappelait le Bettmeralp de mon enfance, très romantique, avec une bonne atmosphère, une chouette ambiance. Sauf que Bettmeralp, comme la plupart des stations valaisannes, a été développé par les gens sur place, alors que Sotchi a été développé par Moscou avec des méthodes pas franchement idéales. A l’époque, il existait à Krasnaïa Poliana la volonté d’un développement à l’européenne, avec des investissements locaux. Les responsables du coin m’avaient cité ce proverbe: «La montagne n’aime pas les grandes enjambées.» Les Jeux olympiques ont tué tout ça.

    Vidéo: reportage de Christof Franzen tourné à Krasnaïa Poliana sur Bernhard Russi, l’architecte de la piste de descente de Sotchi 2014 (Source: Mise au point 2007, TSR).

    Il paraît que la météo y est épouvantable en février…

    Tout est possible. J’ai suivi là-bas il y a deux ans les épreuves de Coupe du monde qui se déroulaient justement en février. C’était génial, les conditions étaient extraordinaires. L’an dernier, par contre, il y avait trop de neige et la pluie qui est venue par-dessus. En général c’est vrai, le temps n’est pas terrible à cette période, très imprévisible et changeant en tout cas, c’est tellement proche de la mer. La mer et les montagnes toutes proches représentent quelque chose d’unique que Poutine a mis en avant.

    Mais est-ce que c’est une bonne idée de construire des stades de glace dans une région maritime?

    Une dame m’a dit là-bas: «Ils ont arraché nos champs de tomates. Que va-t-on faire maintenant? Jouer au curling?»

    Après les JO, la Formule 1 à Moscou, puis la Coupe du monde de foot en 2018. Qu’est-ce qui pousse la Russie à vouloir organiser les grands rendez-vous sportifs internationaux?

    D’abord, et pour la première fois depuis la disparition de l’Union soviétique, ils ont l’argent pour ça, ou du moins ils pensent qu’ils ont l’argent. La Russie se développe et il existe une volonté de montrer ce développement. C’est un peu du show, c’est concentré sur une brève période dans quelques endroits. Des infrastructures superbes ont été construites à Sotchi, mais ailleurs il n’y a rien. N’empêche, les Russes ont envie de se montrer.

    La population supporte donc ces jeux?

    Oui en général, tous les sondages le montrent. Les gens sont fiers que leur pays organise un événement de cette envergure. Quand on regarde Sotchi aujourd’hui, si on ne pense pas aux coûts, aux droits bafoués des travailleurs, à la corruption, aux expropriations, c’est très impressionnant, avec des installations de la meilleure qualité possible. Il n’existe pas d’équivalent en Suisse, à une telle échelle.

    Les libérations de Khodorkovski et des Pussy Riot sont-elles vraiment liées aux JO?

    D’abord c’était le bon moment. Une amnistie de prisonniers était de toute façon prévue pour célébrer les vingt ans de la Constitution. Ensuite un geste de bonne volonté avant les JO ne pouvait pas nuire.

    Enfin ça montre surtout que Poutine n’a plus rien à craindre de Khodorkovski, sinon il ne l’aurait pas libéré même avec les JO à venir.

    Et puis, avec cette libération, Khodorkovski risque un peu de perdre son statut d’icône, lui qui à son procès interpellait le procureur en lui disant: «Je suis plus libre que vous, je suis prêt à mourir pour mes principes. Vous, quels principes avez-vous?» Prononcés depuis Montreux, des discours de ce genre n’auront pas le même impact.

    Après l’attentat récent à Volgograd faut-il craindre pour la sécurité de ces jeux?

    Cela fait plusieurs années qu’il y a toujours eu des attentats, y compris à Volgograd. Il n’est même pas sûr que celui-là soit lié avec les JO. Un risque existe, rien n’est à exclure, mais quand même: Sotchi est un endroit plutôt fermé, avec peu d’accès. Les terroristes sont mal équipés, ont des méthodes artisanales. Des attentats pourraient avoir lieu mais plutôt dans une gare à Moscou. Dans les stades de Sotchi, je ne crois pas.

    D’où vient ce chiffre qui circule de 20 milliards de dollars détournés?

    C’est un économiste, Alexandre Sokolov, qui a présenté un doctorat sur le sujet devant l’Académie des sciences. Il a comparé les coûts des stades de Sotchi avec des objets semblables construits ailleurs et montré qu’ils sont en moyenne entre 2,5 et 3 fois plus chers que ceux de Vancouver et de Turin. Comment expliquer un tel écart, surtout si l’on sait que les ouvriers employés à Sotchi étaient très mal payés?

    Le boycott d’Obama est-il mal vécu en Russie?

    Obama n’est pas venu non plus à Vancouver.

    Mais envoyer comme représentante une tenniswoman lesbienne, je trouve ça intelligent et rigolo.

    C’est peut-être ce qu’on aurait dû faire la Suisse, pas un boycott, mais juste un signe. Le documentaire que je viens de réaliser sur Sotchi pour la télévision se termine sur une citation fameuse du poète Tutchef: «On ne comprend pas la Russie avec la raison; on ne la mesure pas avec le mètre commun. Elle a pour soi seule un mètre à sa taille; on ne peut que croire à la Russie.» Une manière de dire qu’avec nos valeurs à nous, nous ne pouvons pas évaluer ce qui se fait en Russie, mais, effectivement, seulement y croire.

    © Migros Magazine – Laurent Nicolet

     

  • Yakoulov, « Le Sulky » 2 février 2014 Centre Pompidou

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    GEORGES YAKOULOV, LE SULKY, 1,025 X 1, 51 H/CONTREPLAQUÉ, 1918

     

     

     

    Guéorgui Bogdanovitch Yakoulov est né en 1884 à Tiflis (aujourd’hui Tbilissi), la capitale de la Géorgie, dans une ancienne famille arménienne de culture russe. Il meurt à Iérévan, la capitale de l’Arménie, en 1928, à l’âge de 44 ans. L’appartenance à deux cultures marquera toute la pensée du peintre, constructeur et théoricien qui, durant toute sa vie, sera en quête d’un art où la vision du monde orientale s’unit aux réalisations techniques de l’Occident. Il parle lui-même de son « atavisme asiatique », auquel était étranger le réalisme européen, mais duquel était proche le symbolisme qui a ouvert […] un large horizon au fantastique décoratif ». [1]

    Toute l’enfance du jeune Yakoulov se passa dans les paysages grandioses du Caucase qu’a chantés, entre autres, Lermontov. Il se montra un enfant et un adolescent rebelle, refusant de se plier aux règles des écoles : ainsi fut-il exclu du célèbre institut arménien Saint-Lazare [Lazarevskij institut] de Moscou, ne terminant pas ainsi ses études secondaires, puis de l’École de peinture, sculpture et architecture de Moscou où il était entré en 1900.

    « Passionné par l’improvisation, a-t-il déclaré, je rejetais tout enseignement et l’influence de l’expérience d’autrui. »[2]

    Son service militaire passé au Caucase et sa participation à la guerre russo-japonaise en 1903-1905 le firent entrer plus étroitement en contact avec la nature orientale et extrême-orientale ainsi qu’avec leurs cultures particulièrement riches et antiques. La nature caucasienne et mandchoue laissera une trace indélébile sur ses conceptions esthétiques, car il comprend alors que « c’est précisément le caractère de la lumière qui est la base du style recherché » et que « la différence des cultures consiste dans la différence des lumières ».[3]

    L’idée qui domine toute l’œuvre et la pensée de Yakoulov, est que le Soleil est la Lumière de toutes les lumières, la Source Primordiale, créatrice non seulement de vie, mais aussi des cultures et des civilisations, de l’homme et, par là-même, du pictural. En 1914, Yakoulov écrit un célèbre article, intitulé « Le Soleil bleu » : il s’agit du symbole de la Chine :

    « L’éternel mouvement du spectre bleu a tracé les formes de la nature chinoise par l’ondulation de la houle et par le mouvement des oscillations indifférentes, par le prisme du sourire. »

    L’influence de l’art linéaire des Chinois lui inspire son premier chef-d’œuvre en 1905 Les courses (Galerie Trétiakov) dont il a fait le commentaire suivant :

    « Étant arrivé en Mandchourie au moment du typhon qui y souffle des mois durant, je me passionnais pour le mouvement giratoire que porte ce vent avec lui. Me trouvant sur un champ de courses à Moscou, je remarquai le mouvement de la foule, vrillée par une frénésie qui me rappelait le typhon mandchou. Réunissant cette impression avec l’impression de clarté de vitre donnée par le terrain vert de course, par l’allure des chevaux, je construisis une composition des courses, d’un mouvement (baroque) tourbillonnant, d’un graphisme linéaire chinois, avec la transparence d’aquarelle propre au spectre humide de la Chine. »[4]

    Cette première période culmine avec la participation de Yakoulov à l’une des premières expositions de l’avant-garde russe en 1907 à Moscou, Στέφανος, en russe Venok, « La guirlande », aux côtés des frères Burljuk, de Natalja Gončarova, de Larionov, d’Alexandra Exter, de Baranoff-Rossiné (connu alors comme Léonide Baranov) ou encore de Survage (connu alors comme Stürzwage).

    Jusqu’en 1912-1913, le peintre reste fidèle à un style symboliste et Art Nouveau à tendance décorative et orientalisante, comme en témoignent des oeuvres comme Motif décoratif, Coqs (1907), Rue (1909) et beaucoup d’œuvres graphiques comme la couverture du livres de poèmes de la célèbre femme de lettres arménienne d’expression russe Marietta Chaguinian, Orientalia (1912). Son séjour en  Italie en 1910 et son imprégnation de la peinture italienne de la Renaissance resteront toujours présents dans le caractère « charnel », dense, de sa palette tout au long de sa création. Cet élément renaissant est une des composantes capitales de la synthèse qu’il voulait réaliser avec le monde pictural oriental :

    « Dépasser les unilatéralités des académies européenne et orientale dans la synthèse d’une nouvelle culture – dans la lumière contemporaine, ce problème était précisément à la base de tout mon travail et apparaissait pour moi comme une nécessité organique.

    Ce qui me poussait sur cette voie, c’est l’instinct de conservation, car pour moi, en tant que fils de l’Orient par mon tempérament et mes origines, l’académie réaliste et naturaliste européenne m’était étrangère, tandis que m’était proche l’académie symbolique orientale.
    Mais pour être un Asiatique au tréfonds et un Européen extérieurement, il fallait que je passe par ma restructuration sur le mode européen, ce qui signifiait vaincre l’Occident par les propres armes de celui-ci, sans s’identifier aux Chinois, qui avaient exposé, contre les canons de Waldersee[5], des canons en papier-mâché et des dragons monstrueux de papier pour effrayer l’ennemi.

    Il me fallait agir comme Hannibal avait fait dans sa lutte contre les Romains, en rééduquant ses armées puniques sur le mode romain. »[6]

    À partir de 1912, Yakoulov opère une transformation radicale de sa peinture. Elle se fait plus construite, plus proche des cézannistes fauves du « Valet de carreau » moscovite, tout en maintenant une totale originalité par rapport à tous les participants de ces expositions (Café chantant, Femme accoudée à une petite table, vers 1912).

    Car Yakoulov est un peintre qui s’est toujours refusé à s’inscrire dans un mouvement quel qu’il soit, et cela tout au long de sa relativement courte carrière, entre 1905 et  da mort en 1928. C’est pourquoi j’avais mis naguère, dans mon livre sur le Futurisme russe, Yakoulov, comme Filonov, comme Tchékryguine, dans la catégorie des « individualités » au sein de l’art de gauche en Russie, c’est-à-dire des artistes  qui déroulent dans leur création, de façon dominante,  des « problèmes individuel », dont l’œuvre est tellement à part qu’elle ne se rattache que superficiellement à des courants existants à leur époque. Ainsi, toute la complexion personnelle, picturale, philosophique de l’Arménien Yakoulov ne s’insère totalement dans aucune des tendances ni symbolistes, ni art nouveau, ni fauviste, ni cubofuturiste  classiques. Il reste étranger à l’esprit de chapelle qui régnait au sein de chacun des nombreux mouvements d’avant-garde. Il reproche aux futuristes leur individualisme de style européen qui leur fait complètement oublier « la sensation de la terre »[7], la sensation du mode de vie existant » et leur oppose l’art primitiviste  du Géorgien Niko Pirosmanachvili qui a su garde toute la saveur et la truculence de l’existence à travers une forme personnelle.

    Malgré son admiration constante pour Picasso auquel il consacrera un article en 1926[8], où il lui rend hommage pour avoir mis en lumière « une nouvelle perspective propre à notre époque », il estime cependant que Picasso n’a pas l’esprit synthétique, « qu’il a bien deviné l’état visuel de son époque, sa nature physiologique, mais qu’il ignore la nature psychologique du monde contemporain ». D’ailleurs la peinture européenne d’avant-garde et ses tenants russes ont le défaut pour Yakoulov de centrer uniquement leur recherche sur la forme en laissant de côté l’expression d’un thème organiquement lié à elle. Enfin, un autre grief formulé par le peintre contre ses contemporains russes, c’est la production en série qui a commencé avec les cézannistes du « Valet de carreau » et continué avec les futuristes et les cubofuturistes. Ainsi dans les années cruciales de l’art du XXe siècle en 1912-1913, il fait cavalier seul, tout en gardant une place de premier plan dans les arts novateurs russes de cette époque, comme en témoigne l’article de David Bourliouk paru en allemand en 1912, traduit par Kandinsky dans l’almanach Der blaue Reiter, sous le titre « Die ‘Wilden’ Russlands », où Yakoulov est mentionné à part, avec la mention de son Café chantant commenté  comme « utilisant plusieurs points de vue (ce que l’on connaît depuis longtemps en architecture comme une loi mécanique), conciliant la représentation perspectiviste avec la surface de base, c’est-à-dire l’emploi de plusieurs surfaces ».

    En 1913, l’artiste se trouve à Paris chez Robert et Sonia Delaunay, avec lesquels il confronte pendant tout l’été ses propres théories sur le mouvement rythmique et cadencé de la couleur et de la lumière, tout en se livrant à des expériences sur la décomposition du spectre lumineux, la densité des couleurs juxtaposées, les propositions de Chevreul, le simultanéisme, l’art asiatique. Il fait connaître aux Delaunay, ce qu’il appelle « Ars Solis » (l’art du Soleil), titre d’un de ses articles dans la revue des imaginistes en 1921 :

    « Si le soleil de Moscou est blanc, le soleil de la Géorgie rose, le soleil de l’Extrême-Orient bleu et celui de l’Inde jaune, c’est que de toute évidence le Soleil est cette force qui meut les planètes autour de lui, communiquant à chacune d’elles son propre rythme (le caractère du mouvement), sa propre cadence (la vitesse de ce mouvement) et une voie commune sur son orbite (celle d’un seul thème fondamental dans la multiplicité des formes matérielles et spirituelles.)[9]

    La Composition abstraite, offerte par Sonia Delaunay au MNAM est une illustration des préoccupations communes de cette période. Là encore on voit la spécificité de la poétique yakoulovienne : face à la légèreté, à l’aération, à l’organisation de la surface picturale comme un jardin à la française, chez Robert Delaunay, on constate chez l’Arménien une saturation et une densité de la couleur, également une complexité de l’image sensée rendre le mouvement des unités colorées sur un surface vitrée.

    C’est à ce moment-là que s’est précisée de façon aigüe, pour Yakoulov, comme pour les Delaunay, le problème de la lumière artificielle dans les villes, ce soleil nocturne des cités modernes qui impose au peintre des voies nouvelles. En témoignent des œuvres comme Bar Olympia ou Monte-Carlo [parler ici de la difficulté de placer ses œuvres dans des expositions de l’avant-garde russe, comme cela a été le cas à Bordeaux et à Bruxelles].

    La venue en Russie de Marinetti en mars 1914 inspire à Yakoulov et à ses amis, le poète et théoricien Bénédikt Livchits et le compositeur, alors très novateur, Arthur Vincent Lourié, le manifeste « Nous et l’Occident », publié par Apollinaire dans Le Mercure de France cette même année. Y sont opposés l’art occidental, déclaré « territorial », et l’art oriental, déclaré « cosmique »

    En 1917, on commande à Yakoulov la décoration intérieure du « Café Pittoresque » à Moscou. Il en est le maître d’œuvre, aidé par de nombreux artistes, dont Tatline et Rodtchenko. Ce café, qui s’appela après octobre 1917, « Le coq rouge », était une sorte d’affreux hangar de style 1900. Yakoulov voulut en faire « la gare universelle de l’art », en intégrant les arcs d’acier et le plafond de verre dans une conception d’ensemble rythmée par la géométrie précise et nette des fenêtres, le jeu des plans colorés et l’adjonction d’éléments mobiles. Yakoulov affirme qu’une architecture de cet ordre lui était familière grâce aux modèles chinois.

    « Mon projet devait faire apparaître, dans son aspect extérieur, une sorte de fête populaire de rue ou de foire, comme dans les foires de quartier à Paris et les programmes devaient être la foire de l’art contemporain décoratif, chorégraphique, scénique et musical. »[10]

    L’aquarelle du MNAM, qui représente l’estrade où avaient lieu les déclamations poétiques et les mises en scène de théâtre, donne une idée de festivité, de réjouissances, soulignée par tous les habitués du Café Pittoresque :

    « L’agencement intérieur du Café Pittoresque frappait les jeunes peintres par son caractère dynamique. Il y avait toutes sortes de figures fantasques en carton, contreplaqué et tissu : lyres, coins, cercles, entonnoirs, constructions spiraliques. Tout cela chatoyait de lumière, tout cela tournait, vibrait, il semblait que tout ce décor se trouvât en mouvement. Les tons rouges et jaune-orange dominaient et, pour le contraste, des tons froids. Les couleurs paraissaient souffler le feu. Tout cela pendait des plafonds, des coins, des murs et frappait par son audace et son caractère insolite. »[11]

    Sans aucun doute, le travail de Yakoulov pour le Pittoresque est une des nombreuses étapes qui conduiront à la naissance du constructivisme soviétique en 1921-1922. D’autre part, toute son œuvre théâtrale, capitale  dans l’histoire de la scène en Union Soviétique, appartient à l’art construit, sinon au constructivisme stricto sensu. De L’échange de Claudel en 1918 au Pas d’acier de Prokofiev aux Ballets Russes de Diaghilev en 1927, c’est une série de chefs d’oeuvre de la décoration et de la construction théâtrales.

    Là encore, Yakoulov participe au mouvement général constructiviste, sans en adopter les principes communs et en donnant des solutions spécifiques. Ainsi, son art construit ne refuse jamais le primat de l’esthétisme, comme c’est d’ailleurs le cas chez certains de ses collègues du Kamierny téatr de Taïrov, Alexandra Exter ou Alexandre Vesnine. Cependant, à la différence d’une Alexandra Exter, Yakoulov n’a pas privilégié la discipline cubiste. L’œuvre théâtrale de Yakoulov se traduit par des couleurs étourdissantes, l’emploi d’éléments mobiles transformables à volonté, de spirales et d’arcs, des costumes bariolés et des plans géométriques structurant l’espace scénique.

    En novembre 1919, l’artiste arménien décore un autre café artistique de Moscou, dans une des rues principales de la capitale, la Tvierskaya ; ce café s’appelait « L’Étable de Pégase » et était le club de « l’Association des esprits forts » et le rendez-vous du groupe « imaginiste », dont le leader était le poète Serge Essénine.  Un contemporain décrit ainsi  l’intérieur de l’établissement dont l’entrée était ornée par une enseigne dessinée par Yakoulov représentant un Pégase ailé, entouré de la calligraphie stylisée à l’ancienne « Stoïlo Pégassa » :

    « Une lumière qui se dédoublait dans des miroirs, de petites tables entassées presque les unes sur les autres à cause de l’exiguïté du local. Un orchestre roumain. Une estrade. Sur les murs les peintures de Yakoulov et les slogans en vers des imaginistes. Depuis un des murs se jetaient au regard les
    boucles dorées des cheveux de Essénine et son visage déformé par les inclinations avant-gardistes du peintre enveloppé d’inscriptions du genre  « Crache, vent, tes brassées de feuilles »
    (Плюйся, ветер, охапками листьев[12]).

    Qui n’a pas fréquenté  « L’Étable de Pégase » !

    En regardant les affiches  des manifestations que j’ai conservées et les notes sur les programmes des soirées à « L’Étable », je trouve les noms de Brioussov, de Meyerhold, de Yakoulov, de Essénine, de Cherchénévitch, de Mariengof et d’une multitude d’autres. »

    Le sujet du  Sulky  du MNAM, comme du Sulky de la Galerie nationale d’Iérévan, comme Attaque d’un cheval par un lion  de la Galerie Trétiakov, font partie d’un cycle directement lié à « L’Étable de Pégase » et sont donc des années 1918-1919. Le peintre y exprime une poétique raffinée du dynamisme de l’époque contemporaine, toute imprégnée du rythme aérien de la peinture chinoise, qu’accentue encore le choix du matériau, le contreplaqué. L’œuvre paraît proche du cubofuturisme qui triomphe en Russie dans les années 1910. Mais on note aussitôt que Yakoulov prend ses distances par rapport au cubisme dominant de l’avant-garde russe, à l’égard en particulier de ce que les Russes appellent, à la suite de l’article de Berdiaev sur Picasso , «la pulvérisation des objets ».

    Au contraire, pratiquement toutes les œuvres de Yakoulov portent la trace de la volonté de rendre les objets représentés dynamiques, et cela dès son premier chef-d’œuvre en 1905, Les courses, où l’élément spiralique est déjà ce que, plus tard Yakoulov appellera, à propos de son architecture du Monument aux 26 commissaires de Bakou en 1923, «  la formule de l’équilibre rompu au nom de l’envolée »[13]. La spirale restera un des signes distinctifs de la poétique yakoulovienne ; à elle s’ajoutera, dans Le Sulky une variante conique, là encore, pas le cône classique cubo-cézanniste, mais un idéogramme en éventail. Nous nous souviendrons ici des deux propositions picturales de Yakoulov dans le Manifeste « Nous et l’occident » en 1914 :

    « 1) Négation de la construction selon le cône comme perspective trigonométrique.

    2) Dissonances. »

    La même transformation des volutes cylindriques en pictogrammes est opérée dans les trois œuvres de 1918-1919.

    Il est bon de rappeler ici et de souligner que le groupe imaginiste publia en 1919 un manifeste et une revue au nom romanesque de Hôtel de ceux qui voyagent dans le Beau. Comme nous l’avons dit, Yakoulov en est un des signatures pour la peinture (avec Boris Erdman). Les deux Sulky et l’Attaque d’un cheval par un lion peuvent donc être considérées comme des paradigmes de que recherchaient les imaginistes, face au cubofuturistes, aux pré-constructivistes et au suprématistes qui tenaient alors le haut du pavé en ce début de Russie soviétique. Le manifeste des imaginistes, littéraire, pictural et  théâtral s’oppose en particulier en cette année 1919 aux komfouty, les communistes-futuristes nihilisants du journal L’Art de la Commune. 1919, c’est l’année de la création de la Tour à la IIIème Internationale de Tatline, proclamation d’une forme d’art qui conjugue peinture-sculpture-architecture, ce qui sera un jalon essentiel pour la naissance, deux ans plus tard, en 1921, du constructivisme soviétique.

    En face de ces mouvements, le groupe imaginiste veut proposer une esthétique nouvelle, tout en restant dans l’art de gauche. Yakoulov, qui n’avait jamais voulu de sa vie joindre sa signature à des déclarations de groupe, n’hésita pas à le faire dans le manifeste des imaginistes, marquant en même temps sa profession de foi, sous une forme laconique. Voici quelques extraits du Manifeste des imaginistes :

    « L’image, et seulement l’image. L’image – sur les pas des analogies, des parallélismes -, les comaraisons, les oppositions, les épithètes resserrées et ouverte, les ajouts des constructions polythématiques, à plusieurs étages, voilà l’instrument du maître ès art […] Seulement l’image, telle la naphtaline, saupoudrant une œuvre, sauve cette dernière des mites du temps. L’image – c’est la cote de maille de la ligne verbale. C’est la cuirasse du tableau. C’est l’artillerie fortificatrice de l’action théâtrale.

    Tout contenu d’une œuvre d’art est aussi bête et stupide que des collages de journaux sur les tableaux. Nous prônons la séparation la plus précise et la plus claire d’un art par rapport à un autre, nous défendons la différenciation des arts.

    Nous proposons de représenter la ville, la campagne, notre siècle et les siècles passés – tout cela appartient au contenu, cela ne nous intéresse pas. Dis ce que tu veux, mais avec la rythmique contemporaine des images. Nous disons « contemporaine » parce que nous ne connaissons pas la rythmique du passé, nous sommes en ce qui la concerne des profanes, presque autant que les passéistes chenus.

    Nous acceptons  à l’avance, avec la joie la plus catégorique, tous les reproches affirmant que notre art est cérébral, tiré par les cheveux, que nos travaux ont été obtenu avec de la sueur. Oh, vous ne pouviez pas nous faire de meilleur compliment, pauvres idiots (tchoudaki) !. Oui, nous sommes fiers de ceci : si nous avons une cervelle dans notre ciboulot, il n’y a pas de raison particulière de nier son existence. Notre cœur et notre sensibilité, nous les laissons pour la vie, et nous entrons dans la création libre, indépendante, non comme des gens qui auraient naïvement  deviné les choses, mais comme des gens qui auraient compris la sagesse […]

    Au peintre – la couleur, brisée dans les miroirs (des vitrines ou des lacs), la facture. Tout collage d’objets, transformant le tableau en une macédoine (okrojka), est une bêtise, la course à une gloire bon marché. »

    Ainsi Le Sulky est une démonstration picturale de ce que Yakoulov voulait opposer aux futuristes italiens et à leurs émules russe auxquels il reprochait une représentation naturaliste du mouvement dans leur volonté de rendre celui-ci quasiment tangible, en juxtaposant figurativement les divers moments qui le composent. Pensant de toute évidence au fameux Chien en laisse de Balla (1912), Yakoulov écrit :

    « La tentative des futuristes de doter un chien qui court de quarante pattes est naïve et ne fait pas pour autant avancer le chien. »[14]

    Ce n’est donc pas par une démultiplication des formes en mouvement, par leur figuration successive, que l’on peut rendre dans toute sa tension le mouvement, mais en le faisant jaillir de l’intérieur des lignes et des plans, de la texture même du tableau. Le rythme est rendu par la déformation antiréaliste de chaque élément dont est composé l’objet représenté, par des syncopes : on ne voit qu’une partie du visage du jockey dans Le Sulky du MNAM,  réduit à la métonymie de sa casquette, alors que dans Le Sulky d’Iérévan on ne voit plus que le pictogramme d’une tache triangulaire noire. Quant à la figure du  lion dans L’attaque d’un cheval par un lion, elle est difficilement identifiable, étant représentée par un amas compact de formes où dominent des boursouflures et des exacerbations spiraliques, traduisant la sauvagerie et la férocité de l’action. Là aussi, on est dans la ligne de l’art chinois, si l’on songe, entre beaucoup d’exemples, aux représentations du dragon  qui combine en lui plusieurs traits de différents animaux avec un corps serpentin et une féroce gueule velue. La tête du cheval dans Le Sulky du MNAM est également traitée à la manière chinoise, de manière d’ailleurs totalement différente dans les deux tableaux sur le sujet. Dans Le Sulky du MNAM, on a affaire  à un traitement purement théâtral La tête du cheval synthétise en une seule masse ses différentes partie, propre aux acteurs et à leurs costumes. De ce point de vue, il y a ici encore un rapport avec l’imaginisme dont Yakoulov a créé l’emblème – Le génie de l’imaginisme. A ce propos, l’excentricité au sens étymologique du terme est un élément figuratif que Yakoulov a retenu de l’art chinois, voir son tableau de 1913 Les excentriques. Ceux qui s’écartent d’un centre. Dans Le Sulky d’Iérévan, la tête du cheval est également chinoise mais très proche des iconographies de cet animal dans la sculpture chinoise.

    Chinoise est également la traduction de l’objet en signes, en calligraphies. Peindre et écrire sont, on le sait, un seul et même acte pictural chez les Chinois. Le goût de Yakoulov pour le trépidant mouvement des volutes, des spirales, des arabesques, s’est exercé dans les illustrations de livres, d’affiches ou de journaux où il se livre à de savantes combinaisons de l’alphabet cyrillique Dans Le Sulky le caractère sémiologique de l’image, les jeux d’ombres, les « nuances indécises », les subtilités des taches colorées, créent le « sentiment de l’eau et de l’air », ce « timbre aérien », qui, selon Yakoulov, expriment les objets dans la peinture chinoise. Si Yakoulov a souvent utilisé le contreplaqué , c’est pour retrouver aussi des effets analogues à ceux qui sont produits par les peintures chinoises sur soie ou papier de riz.

     

    Dans Le Sulky, les deux roues sont figurées par deux formes en éventail, inversées l’une par rapport à l’autre; on note les distorsions dans la représentation des pattes et du corps du cheval. Ainsi, Yakoulov a voulu avec ces œuvres créer une image, en combinant tout ce qui est essentiel dans les objets, réduit à des pictogrammes et, surtout, en sauvegardant leur substance émotionnelle.

    Le Sulky est aussi intéressant par le traitement qui y est fait du thème du cheval, constant dans l’œuvre picturale du peintre. L’apport chinois, nous l’avons vu, est essentiel. J’y ajouterai une analogie de facture avec, par exemple le Cheval attaché de Han Kan, au VIIIe siècle, avec son dessin s’écartant de l’anatomie et sa reconstitution synthétique d’une image. Yakoulov est un des artistes qui ont utilisé avec prédilection dans leurs multiples variétés les formes plastiques de cet animal. Bien qu’il ne cite jamais Géricault dans ses écrits, on peut trouver une continuité entre ce peintre et lui. Dans des œuvres comme Course de chevaux libres (1817) ou Course de chevaux à Epsom  (1821) il y a les germes des aspirations picturales et théoriques de Yakoulov dans la figuration des chevaux. Mais si l’on remarque chez Géricault la distorsion antiréaliste des formes, le même souci de donner une idée synthétique du mouvement, cependant la volonté de signifier celui-ci par le procédé de l’immobilisation instantanée, la fixation d’un moment qui contient tout le dynamisme et la tension de l’ensemble, montrent que l’approche de Yakoulov est fondamentalement différente. Pour lui, l’œil du peintre n’est pas un appareil photographique, il est toute vibration, comme l’objet en mouvement. Ce sont ces vibrations qui apparaissent comme en filigrane dans le matériau choisi pour Le Sulky, le contreplaqué.

    Dans son article sur « Picasso » en 1926, Yakoulov affirme qu’après les différentes perspectives du passé – perspective « conventionnelle plane » du Moyen Âge, perspective « en relief » de la Renaissance, perspective « purement photographique » du XXe siècle -, au XXe siècle, « les artistes sont devant une nouvelle tâche, celle de déterminer et d’exprimer les perspectives des objets en oscillation (silhouettes, reliefs etc.) […] Les artistes de notre temps, en créant une perspective des objets en oscillation, nous obligent à avoir une  sensation et une vision réelles ».

     

    ———

    L’œuvre de Yakoulov est multiforme et je n’ai pu ici n’en donner que quelques aspects. Ce qui ressort de l’examen d’un tableau comme Le Sulky du MNAM, c’est la complexité de la poétique picturale du peintre arménien. Alors que ce que l’on appelle l’avant-garde russe des années 1910-1920 va plutôt vers la réduction, voire le minimalisme, Yakoulov propose des œuvres très travaillées et très soucieuses de la finition jusque dans les détails ; en cela, il est mutatis mutandis proche de l’analytisme  de Filonov dans sa quête des tableaux « œuvrés au maximum », même si, à l’évidence, il n’y a aucune commune mesure entre l’ambition prométhéenne de Filonov d’embrasser sur le tableau le réel dans tous ses mouvements et variations passées, présentes et à venir, alors que chez Yakoulov il y a la volonté de  créer une image du monde contemporain, qui soit synthétique des différents axes de vision suscités par les différentes lumières, du soleil ou de l’électricité, également par le jeu des reflets sur les vitres ou les miroirs, et  qui soit en même temps source d’émotion.

     

     

     

     

     


    [1] Ja. Jakulov, « Moj žiznennyj put’ » [La route de ma vie], Večernaja Moskva [Moscou-Soir], 29 décembre 1938

    [2] Ibidem

    [3] G. Jakulov, « Avtobiografija » [Autobiographie] (1927], in : Catalogue de l’exposition rétrospective de G. Jakulov (en russe), Iérévan, 1967, p. 46

    [4] Ibidem,

    [5] Après l’envoi de troupes européennes de renfort pour réprimer les insurrections des Boxers en Chine en 1900, le commandement suprême des forces est confié au comte von Waldersee (1832-1904). Son départ d’Allemagne est très théâtral, mais il arrive trop tard pour diriger les troupes qui ont permis de dégager les légations à Pékin. Sous son commandement, c’est une répression musclée visant à mater la rébellion qui est organisée dans les alentours de Pékin.

     

    [6]  G. Jakulov, « Dnevnik xudožnika « Čelovek tolpy » [Le journal d’un artiste « L’homme de la foule »], Žizn’ iskusstva, 1924, N° 3, p. 7

    [7] G. Yakoulov, « Niko Pirosmanachvili » [1927], in Notes et Documents édités par la Société des Amis de Yakoulov, Paris, N° 3, juillet 1972, p. 22

    [8]  G. Yakoulov, « Picasso »,  Ogoniok, 1926, N°20

    [9] G. Yakoulov, « Ars Soli. Sporady tsviétopistsa) [Ars Solis. Sporades d’un peintre de couleurs), Gostinitsa poutichestvouïouchtchix v Prékrasnoïé [Hôtel de ceux qui voyagent dans le Beau], 1921, N° 1 – traduit en français à partir d’un tapuscrit original sous le titre  « Définition de soi », in : Notes et Documents de la Société des Amis de Georges Yakoulov, Paris, mai 1967, N° 1, p. 15

    [10] Note de Yakoulov à Lounatcharski du 19/08-1918, in : Aguitatsionno-massovoïé iskousstvo piervykh liet Oktiabria, Moscou, 1971, p. 128

    [11] N. Lakov, in : Aguitatsionno-massovoïé iskousstvo piervykh liet Oktiabria, op.cit., p. 101

    [12] Хулиган

    Дождик мокрыми метлами чистит

    Ивняковый помет по лугам.

    Плюйся, ветер, охапками листьев,—

    Я такой же, как ты, хулиган.

     

    Я люблю, когда синие чащи,

    Как с тяжелой походкой волы,

    Животами, листвой хрипящими,

    По коленкам марают стволы.

     

    Вот оно, мое стадо рыжее!

    Кто ж воспеть его лучше мог?

    Вижу, вижу, как сумерки лижут

    Следы человечьих ног.

     

    Русь моя, деревянная Русь!

    Я один твой певец и глашатай.

    Звериных стихов моих грусть

    Я кормил резедой и мятой.

     

    Взбрезжи, полночь, луны кувшин

    Зачерпнуть молока берез!

    Словно хочет кого придушить

    Руками крестов погост!

     

    Бродит черная жуть по холмам,

    Злобу вора струит в наш сад,

    Только сам я разбойник и хам

    И по крови степной конокрад.

     

    Кто видал, как в ночи кипит

    Кипяченых черемух рать?

    Мне бы в ночь в голубой степи

    Где-нибудь с кистенем стоять.

     

    Ах, увял головы моей куст,

    Засосал меня песенный плен.

    Осужден я на каторге чувств

    Вертеть жернова поэм.

     

    Но не бойся, безумный ветр,

    Плюй спокойно листвой по лугам.

    Не сотрет меня кличка «поэт»,

    Я и в песнях, как ты, хулиган.

     

    1920

     

    [13] G. Yakoulov, „Pamiati 26-ti“ [À la mémoire des 26] [1923], in : E. Kostina, Guéorguii Yakoulov, Moscou, Sovietskii khoudojnik, 1979, p. 91

    [14] «G. Yakoulov, « Iz dnievnika khoudojnika » [Extrait du Journal d’un peintre], 1923, N° 69

     

     

     

     

  • С Богоявлением!

    Le nouveau Centre spirituel et culturel orthodoxe russe présenté à Paris

    Le 17 janvier, le chef de l’intendance du Kremlin, Vladimir Kojine, a présenté, à la résidence de l’ambassadeur de Russie en France, le projet de centre spirituel et culturel russe de Paris. L’institut s’installera au 1, quai Branly, à quelques pas de la tour Eiffel.  

    Centre orthodoxe à Paris, vue depuis la place de la Résistance. Crédits: Wilmotte & Associes

    Centre orthodoxe à Paris, vue depuis la place de la Résistance. Crédits: Wilmotte & Associes

    « Les travaux de construction doivent débuter en juin 2014, aussitôt après la démolition des anciens bâtiments de Météo France », a déclaré M. Kojine à Interfax. L’ensemble architectural inclura quatre bâtiments : une cathédrale à cinq coupoles de 35 m de hauteur, un centre culturel avec une salle de concert, un bâtiment administratif et une école bilingue franco-russe pouvant accueillir 150 enfants.

    Les édifices seront bâtis en pierre naturelle de Bourgogne, traditionnellement utilisée, en France, pour les monuments et les grands travaux, tels Notre-Dame de Paris ou le palais du Louvre. Le 24 décembre 2013, Jean Daubigny, préfet de Paris et de la région Ile-de-France, avait validé le permis de construire de l’ensemble.

    « Il fallait concevoir des immeubles du XXIème siècle tout en respectant la tradition orthodoxe et le paysage urbain, car il s’agit d’un endroit clé de Paris : les quais de Seine, la proximité du palais de l’Alma protégé par l’UNESCO et de la Tour Eiffel », précise l’auteur du projet, Jean-Michel Wilmotte.

    Son bureau s’est fait connaître en Russie grâce à de nombreuses réalisations, dont les berges de Volgograd, le réaménagement de l’usine Krasnyï Oktiabr à Moscou et de l’Université européenne de Saint-Pétersbourg, les projets du stade de Kaliningrad, qui accueillera la coupe du monde en 2018, et du Grand Moscou, en collaboration avec Antoine Grumbach et Sergueï Tkatchenko. « À Paris, nous avons plusieurs projets déjà réalisés – des institutions publiques, des sièges de grandes sociétés, des immeubles d’habitation…, poursuit l’architecte. Mais ce qui nous intéresse le plus, c’est la « décoration intérieure » urbaine, travail dont l’un des exemples est la façon dont nous avons transformé l’image de l’avenue des Champs-Élysées, une assez belle réussite. »

    Le projet de Centre spirituel et culturel russe à Paris remonte à plusieurs années. En visite en France à l’automne 2007, Alexis II, alors Patriarche de l’Église orthodoxe russe, avait souhaité la construction d’une nouvelle église orthodoxe à Paris, et le président Nicolas Sarkozy s’était déclaré prêt à soutenir le projet. En 2010, l’Etat russe avait acheté le terrain parisien de 4245 m² abritant le siège de Météo France. Toutefois, le projet initial d’église, signé d’un autre architecte, Manuel Nunez Yanowsky, avait été rejeté en 2012 par les autorités françaises, le maire de Paris Bertrand Delanoë critiquant l’esthétique de l’ensemble.

    Le nouveau projet sera exposé au public pendant le week-end du 18-19 janvier dans la résidence de l’ambassadeur de Russie, rue de Grenelle.