Catégorie : Des arts en général

  • Casimir le Grand , Pan Kazia , Kazimir Sévérinovitch Malévitch : De l’Ukraine à la Russie et vice-versa. Essai biographique

    Casimir le Grand[1], Pan Kazia[2], Kazimir Sévérinovitch Malévitch : De l’Ukraine à la Russie et vice-versa.

    Essai biographique

    Le 11 février, selon le calendrier julien, c’est-à-dire le 24 février, selon notre calendrier grégorien, l’an 1879, naît à Kiev Kazimir Malévitch. Il est baptisé, le 1er/14 mars de la même année, dans l’église paroissiale catholique romaine de la capitale ukrainienne. Selon l’acte de naissance, ses parents sont des nobles héréditaires du gouvernement de Volhynie, dans le district de Jitomir. Son père est Sévérin (Seweryn) Antonovitch, âgé de 33 ans, sa mère, Lioudvika (Ludwika, appelée par la suite Lioudviga) Galinovskaya est âgée de 21 ans. Si l’origine du père de Malévitch est bien documentée, en revanche, on ne connaît pas les ancêtres de la mère. Dans le certificat de leur mariage à Kiev en 1878, il est dit seulement qu’elle est une noble héréditaire et que tous les deux sont paroissiens de l’église catholique romaine de Kiev. Or la plus jeune des enfants Malévitch, Viktoria Sévérinovna, décédée en 1984, a laissé dans les années 1970 différents témoignages sur son frère Kazimir et sur la famille en général qui, parfois, montrent une mémoire défaillante. Cependant, elle a affirmé que,  si leur père était catholique romain, leur mère, elle, aurait été orthodoxe. Il n’y a aucune preuve de cela. On pourrait seulement émettre l’hypothèse qu’elle serait devenue catholique pour épouser religieusement Sévérin Antonovitch. En tout cas, elle ne maîtrisait pas le polonais écrit, comme Kazimir, connaissant visiblement cette langue sous une forme parlée élémentaire.  Malévitch aimait parler polonais avec sa parentèle. On pourrait dire que le polonais et l’ukrainien étaient pour lui des dialectes auxquels il est resté attaché tout au long de sa vie.  Sa langue de culture et de pensée reste la langue russe, même si le substrat polono-ukrainien se manifeste en filigrane, comme chez Gogol, chez qui le substrat ukrainien pénètre la prose russe. Quelques lettres polonaises et ukrainiennes de Malévitch, comme les textes de sa mère, où se mélangent polonais, russe et ukrainien, témoignent de cette connaissance plutôt rudimentaire des langues polonaise et ukrainienne. Un critique note en 1913 que Malévitch parlait le russe  avait « un fort accent ukrainien »[3]. La famille n’était pas spécialement religieuse.[4]

    Kazimir est le premier né de la famille; 4 filles et 3 garçons naîtront après lui entre 1880 et 1895. Son prénom souligne l’origine ethnique polonaise des Malewicz. Alors que dans les documents officiels russo-ukrainiens les noms polonais sont transcrits phonétiquement en cyrillique notre futur peintre a pu signer à plusieurs reprises son nom en lettres latines : Kazimir Malévitch, transcrit du cyrillique, devient alors Kazimierz Malewicz. Ses familiers utilisent à son égard les hypocoristiques de Kazimir/Kazimierz – Kazia, Kazik, Kazitchka. Lui-même a parfois signé « Kazmir », selon son habitude récurrente de déformer les prénoms et les noms  des personnes dans une visée ludique-humoristique.

    La lignée des Malewicz/Malévitch remonte à la seconde moitié du XVIe siècle et est inscrite dans le livre généalogique de la noblesse de Volhynie. La Volhynie est sous l’Empire Russe un gouvernement (une province) qui se situait entre les frontières de la Pologne, de la Galicie, de la Biélorussie et des gouvernements de Kiev et de Podolie. À partir du Xe siècle, la Volhynie était une principauté qui faisait partie de la Rous’ kiévienne. Du XIVe au XVIe siècle, elle fut occupée par la Lituanie, puis, après l’Union de Lublin en 1569, par la Pologne jusqu’aux deuxième et troisième partages de celle-ci en 1793 et 1795. C’est alors que la Volhynie fut rattachée à l’Empire Russe, pour revenir en 1921 à la Pologne, puis, en 1939, à l’URSS. Depuis 1991, la Volhynie est une « oblast’ » (région) de l’Ukraine. La population a toujours été constituée d’Ukrainiens, de Polonais et de Juifs.[5]

    La famille de Kazimir Malévitch était donc durablement installée sur le territoire ukrainien, tout particulièrement à Jitomir et dans les environs de ce chef-lieu de district où toute une partie d’entre elle vit et travaille.[6] Des noms de lieu comme Tchervonnoyé (du côté de Berditchev), de Maïvka Maïevka), de Vovtchyk, de Konotop, de Lioubymivka (Lioubimovka) (gouvernement de Kharkiv), de Yampil (Yampol), Bilopillia (Biélopolié), Parkhomivka, sont des étapes de la vie du jeune Kazik, avant le départ pour la ville russe de Koursk en 1896; il vit au gré des déplacements des son père qui était ce qu’on pourrait appeler un contremaître dans des usines de sucre de betterave dans des « coins perdus » de la campagne ukrainienne. À la fin des années 1880 Sévérin Antonovitch ne trouve pas d’emploi fixe et vit de « petits boulots », comme ce sera le cas de sa femme Lioudviga après sa mort[7]. Dans ses mémoires de 1933, Malévitch  se rappelle cette époque:

    « C’est au milieu de ces villages dispersés dans de plaisants coins de nature, agréables éléments de paysage, que se déroule mon enfance »[8]

    C’est là que le jeune garçon a eu ses premières émotions artistiques. C’est en premier lieu la nature qui l’imprègne jusqu’à ses 12 ans. L’art n’a alors aucune existence pour lui. Même les icônes qui étaient dans la maison familiale ne lui disent rien.[9] Il observe les cigognes, les éperviers qui s’envolent dans les hauteurs. Voici ce qu’il rapporte dans ses mémoires de 1918:

    « Je me souviens et n’oublierai jamais que j’ai toujours été frappé au premier chef par la coloration, la couleur, puis par les tempêtes, les orages, les éclairs et, en même temps, par le calme complet après l’orage; l’alternance du jour et de la nuit me troublait beaucoup, et je me souviens aussi comment l’on avait du mal à me faire coucher ou à m’arracher à l’entraînement qui me poussait à observer ou plutôt à simplement regarder les étoiles qui brillaient dans l’espace céleste, sombre comme les freux […]

    J’aime également les rayons de lune dans la chambre, avec les fenêtres reflétées sur le sol, dans le lit, sur les murs, et bien que nombre d’années se soient écoulées, ces phénomènes sont restés gravés en moi jusqu’à maintenant. »[10]

    Plus loin, il insiste sur cette imprégnation quasi ontologique de la nature sur tout son être physique et mental: les flaques après l’averse, les lambeaux de nuage, le reflet du soleil sur l’eau dans les champs et sur les lacs, et d’ajouter:

    « J’aimais marcher et m’enfuir dans les forêts et les hautes collines d’où l’on pouvait voir l’horizon tout autour et cela est resté jusqu’à maintenant [il a 39 ans quand il écrit cela]. Et l’on peut aussi déduire que la culture humaine dans son entier n’a eu aucune influence sur moi, seules agirent les créations de la nature. »[11]

    Dès le début, Kazik est frappé par le monde paysan qu’il oppose au monde ouvrier des usines où travaille son père:

    « Point essentiel par lequel je distinguais les ouvriers des paysans : le dessin. Les premiers ne faisaient pas de dessin, n’étaient ni capables de décorer leur maison, ni préoccupés par l’art. En revanche, tous les paysans l’étaient. »[12]

    Il admire les jeunes paysannes « en vêtements de couleur »:

    « Les vêtements paysans me plaisaient d’autant plus qu’ils étaient colorés, faits à la main, et que chacun se cousait un vêtement à sa convenance. Ils les tissaient, les assemblaient et les teignaient eux-mêmes »[13]

    Les fêtes marquèrent également le jeune garçon :

    « La fiancée et ses compagnes formaient en quelque sorte un groupe aux broderies chatoyantes, avec leurs costumes de laine colorée, leurs nattes entrelacées de rubans, leurs coiffures, leurs bottes en maroquin aux ferrures de cuivre ou d’argent, avec des dessins sur la tige. Le fiancé et ses garçons portaient des toques de mouton gris, des pantalons bouffants bleu ciel, qui nécessitaient au moins seize archines [environ 13 mètres] d’étoffe, des chemises blanches toutes brodées et de larges ceintures de soie rouge. »[14]

    C’est donc tout naturellement que Kazik lie amitié avec les petits paysans de son âge « qui vivaient dans la liberté des champs, des prairies et des forêts, avec les chevaux, les moutons et les cochons. »[15]. Dans ses mémoires tardifs, Malévitch chante un hymne à l’Ukraine paysanne, à la nature, à la gamme colorée des paysages et de l’art populaire « brut », mais aussi à la nourriture qu’il prend plaisir à détailler : lard avec de l’ail, borchtch (plat national ukrainien), crème fraîche, galettes à la graisse, petits pains blancs à l’oignon, gruaux de sarrasin,  varényky[16] aux cerises aigres, bouillie de maïs au lait et au beurre, lait aigre, miel, poires, pommes, cerises… les porcelets rôtis, le jambon, les gardons séchés remplis de caviar…[17]:

    « J’imitais en tout la vie des paysans. Je frottais d’ail la croûte de pain, mangeais du lard en y mettant les doigts, courais pieds nus. »[18]

    Malévitch, selon tous les témoignages, aimait bien manger et sa mère savait lui préparer  à Moscou et à Léningrad les plats qu’il préférait; outre la nourriture ukrainienne et russe, elle confectionnait des spécialités polonaises comme la sandre en gelée. Vikoria Sévérinovna se rappelle:

    « Kazimir Sévérinovitch se refusait tout, il avait peu de vêtements, mais il était soigné et économe, aussi paraissait-il toujours habillé correctement. Il pouvait économiser sur tout, sauf sur la nourriture. Il aimait aussi à avoir à dîner quelqu’une de ses connaissances […]

    Tatline venait très souvent le voir avec sa bandoura. »[19]

    De nombreuse anecdotes sont rapportées par plusieurs témoins qui soulignent l’appétit, parfois quasi gargantuesque, de Pan Malewicz, comme certains l’appelaient. Ainsi, la troisième femme de Matiouchine, Olga, raconte comment il a sans la moindre hésitation englouti trois poulets[20].

    Cela correspondait à un physique imposant, celui des hercules futuraslaves de l’opéra cubofuturiste La Victoire sur le Soleil, en 1913, ou encore de ses Bûcheron (SMA) et Faucheur (Musée de Nijni Novgorod) :

    « Un homme magnifique – se souvient Olga Matiouchina – Il montait les escaliers comme le Commandeur. De taille moyenne, le visage grêlé, une force herculéenne extraordinaire? Un jour, il a plié un tisonnier sans effort. »[21]

    Apocryphes ou réelles, ces anecdotes témoignent de ce que l’on pouvait prêter à l’homme Malévitch.

    À ces plaisirs du corps et de la bouche, s’ajoutent les premières émotions d’ordre musical : les alouettes qui s’élèvent en chantant dans les airs, les cigognes qui claquent du bec, mais aussi les chansons des filles et des garçons au travail ou rentrant en bande à la maison. Mais aussi les garçons qui jouent du violon l’hiver, pendant que les filles « tissent de merveilleuses étoffes », cousent, brodent, chantent et dansent…[22]

    C’est en 1894 que Kazik se trouve à Konotop, une petite ville ukrainienne de 20.000 habitants dans le gouvernement de Tchernihiv. Là, il lie amitié pour la vie avec Mykola (Nikolaï) Roslavets de deux ans plus jeune que lui (ils ont 13 et 15 ans). Roslavets, qui deviendra dans les années 1910-1920 un des représentants les plus novateurs de l’avant-garde musicale russo-ukrainienne, était d’origine paysanne. Il avait commencé à travailler dès l’âge de 12 ans comme secrétaire de bureau, tout en s’adonnant à la peinture en amateur et à la musique. Plusieurs de ses dessins se trouvent aujourd’hui dans les Archives nationales de Russie (RGALI). Nikolaï Khardjiev a cité des notes de Malévitch en 1918 sur le séjour à Konotop :

    « J’avais 15 ans [donc en 1894]. Un cercle d’amis s’était formé…Il y avait quelqu’un qui avait une activité égale à la mienne, c’était Nikolaï Roslavets qui jouait du violon et dessinait mieux que moi, c’est-à-dire qu’il savait ombrer à l’estampe… Nous déménageâmes à Koursk. Par bonheur, la famille de Roslavets s’y transporta aussi… Le destin ne nous a pas désunis jusqu’à ce jour. »[23]

    Dans une note manuscrite du Fonds Khardjiev-Tchaga  au Stedelijk Museum d’Amsterdam, non encore publiée, mais dont de larges extraits ont été publiés par Mme Chatskikh[24], Malévitch se souvient que le petit cercle autour de lui et de Roslavets à Konotop avait même entrepris « d’éditer une revue d’art sur la littérature, la musique et les arts plastiques. Cette édition était entièrement manuscrite, nous cousions nous-mêmes les cahiers, dessinions et écrivions au crayon tout ce qui nous passait par la tête ». Kolia Roslavets participait dans la partie musicale, mais aussi dans les illustrations avec ses propres dessins. D’autre part, Kolia avait organisé un choeur qui compta jusqu’à quarante chanteurs; Kazik en fit partie; ce choeur put chanter dans l’église principale de Konotop. La musique a joué un rôle important tout au long de la vie de Malévitch. Sa soeur Viktoria se souvient des visites de Tatline avec sa bandoura :

     « Il jouait des chants ukrainiens; Kazimir Sévérinovitch chantait très bien, il avait une basse; il arrivait que Tatline formât un groupe de ceux qui connaissaient les chants ukrainiens, ce chanteurs étaient Tatline, Kazimir Sévérinovitch et moi [Viktoria] en personne. »[25]

    Malévitch, dans sa première période ukrainienne, c’est-à-dire jusqu’à son départ à Koursk en 1896, il a 17 ans, est agité par la question de l’art dont il n’a encore qu’une idée confuse.

    C’est dans le village de Parkhomivka, où son père travaillait à la sucrerie, que Kazik accomplit en 1892-1893 deux années d’études dans un collège agronomique. Cela sera son seul bagage scolaire. Les perpétuels déplacements de son père à travers toute l’Ukraine (gouvernements de Tchernihiv, de Podolie, de Kharkiv) empêchaient toute possibilité d’un cursus scolaire suivi. C’est donc sur le tas, pourrait-on dire, que s’est formé le jeune garçon qui trouvera à Koursk, à partir de 1896, un travail de dessinateur technique. Et c’est également sur le tas que s’est développée son éducation artistique.

    Parkhomivka était proche de Bilopillia (Biélopolié), une bourgade du gouvernement de Kharkiv de plus de 10.000 habitants, colonisée au XVIIe siècle par les Polonais. C’est à Biélopolié que le garçonnet de 13 ans nous dit avoir connu son premier contact avec « l’art », non plus celui, brut, qu’il admirait dans la nature et dans la culture paysanne ukrainienne, mais un art de professionnels ayant appris dans des écoles spécialisées. L’annonce de l’arrivée à Biélopolié d’artistes de Saint-Pétersbourg pour peindre des icônes dans une église provoqua l’émoi de Kazik et d’un camarade avec lequel il s’exerçait au dessin et à l’aquarelle (il raconte même qu’ils préparaient les couleurs à partir de terres d’argile, de poudres et fabriquaient leurs pinceaux). Il faut lire le récit – une véritable petite nouvelle – sur la traque et les ruses que firent les deux gamins pour voir, en cachette, travailler les trois artistes-peintres russes, venus de la capitale de l’Empire. Le peintre notera dans ses mémoires de 1933:

    « Ils parlaient russe »[26]

    Cela indique bien que lui et son camarade parlaient normalement l’ukrainien.

    Tout fascine Kazik chez ces artistes : les boîtes tenues à l’épaule par des courroies, des parapluies, leurs vêtements – des chemises, des pantalons bleus, des bottines…:

    « Arrivés au moulin, les artistes s’installèrent, déballèrent leurs boîtes, ouvrirent les parapluies et se mirent à peindre.

    Nous examinions tout cela de la façon la plus minutieuse : aucun détail ne nous échappait. Nous voulions voir ce qu’ils faisaient et de quelle manière. Nous rampions avec la plus grande prudence, sur le ventre, en retenant notre souffle. La chance nous permit de ramper au plus près. Nous vîmes des tubes d’où sortait la couleur, ce qui était très intéressant. Sur le chiffon apparaissait le ciel, le moulin etc.

    Nous étions pris d’une émotion démesurée. Nous restâmes deux heures étendus […]

    Les artistes causèrent un choc si grand à mon camarade et à moi qu’il se mit à envisager une fuite à Saint-Pétersbourg. Mais, bien entendu, nous dépendions de nos parents et nos parents dépendaient d’autres conditions de vie. »[27]

    Ce contact avec le travail d’artistes professionnels fut un jalon essentiel dans la prise de conscience picturale de l’adolescent. Alors qu’il dit s’être adonné au dessin « de vaches, de chevaux, de personnages, comme les dessinaient les artistes dans les revues « [28], il y eut un tournant dans sa « carrière » chaotique de peintre. Son père ne voyait pas d’un bon oeil le penchant de Kazik pour l’art. Et pourtant des collègues, ingénieurs de la sucrerie de Vovtchyk, avaient trouvé excellents les dessins de son fils, copiés dans le magazine illustré, célèbre dans tout l’Empire, Niva [Le Champ]; ils avaient même conseillé d’inscrire l’adolescent à l’École des beaux-arts de Moscou. Sévérin Antonovitch s’arrangea pour ne pas envoyer la demande que Kazik avait faite dans ce sens.

    En revanche, la mère, Lioudviga Alexandrovna, était une nature artiste; outre son activité de brodeuse, elle jouait du piano et de la guitare, aimait chanter, écrivait des vers (en polonais et en russe). On sait que Kazimir Sévérinovitch, adulte, ne dédaignait pas l’ouvrage de l’aiguille. Lioudviga Alexandrovna profita d’une visite à Kiev pour acheter, dans un magasin spécialisé de la capitale ukrainienne, une boîte d’étude, « à laquelle même les peintres n’auraient osé penser », selon le souvenir de Malévitch, contenant « un plein  assortiment de peintures, avec toutes les couleurs ombrées, il y en avait 54. Tout au long du chemin, j’admirais ces couleurs. Elles remuaient agréablement mon système nerveux, de même que toute la nature : le vert émeraude, le cobalt, le vermillon, l’ocre. Tout cela provoquait en moi l’enlumination que je voyais dans la nature. Au lieu de rester à Kiev où, comme je l’ai appris plus tard, vivaient de grands peintres comme Pymonenko et Mourachko, je partis pour la petite ville de Konotop dans le gouvernement de Tchernigov (Tchernihiv)  où je me suis mis à peindre avec application et de manière intensive des paysages avec cigognes et vaches dans le lointain. »[29] Kazik a alors 15-16 ans.

    En 1896, toute la famille Malévitch déménage à Koursk, chef-lieu du gouvernement éponyme de 450.00O habitants à l’époque, qui comportait une forte communauté ukrainienne. Koursk était un important noeud ferroviaire sur la  route qui reliait Moscou à la Crimée et à l’Ukraine (Kiev, Kharkiv, Donetsk, Slaviansk, Krémentchoug etc.). Ce sera le lieu de résidence principal du peintre de 1896 à 1907, date de son installation définitive à Moscou. Il travaille comme dessinateur technique dans les Chemins de fer Koursk-Kharkiv-Azov. Mais ce séjour est marqué par des événements importants dans la vie du futur représentant de l’avant-garde artistique. Tout d’abord, il profite des moments de liberté pour s’adonner assidûment à la peinture. Là est son début véritable. Grâce à Valentyn Loboda, il fait partie de tout un groupe de « peintres du dimanche », des fonctionnaires des chemins de fer, des impôts ou des finances qui, pour se reposer de leur activité bureaucratique, se livrent à des études picturales. Cette « Société des Amateurs d’art de Koursk » organise même des expositions. Kazimir Sévérinovitch voit déjà dans ses premiers travaux, non pas un délassement, mais une mission dont il saisit, confusément encore, l’importance. Les noms de Répine, de Chichkine, de la Galerie Trétiakov semblent un mirage. Il copie encore les peintres à partir des illustrations de journaux, mais il imite la façon dont les impressionnistes français allaient travailler en plein air :

     « Depuis le matin jusqu’au soir, je restais dans les champs, les forêts et recopiais la nature dans tous les instants de leur éclairage […] Je réagissais simplement et acceptais sur ma toile tout ce que je voyais et la question de savoir si cela était de l’art ou faisait partie des beaux-arts ne se posait pas. Tout se ramenait à savoir si cela était ressemblant et exact […] C’étaient les années 1898-1901 [donc de 20 ans à 23 ans] J’avais déjà un petit bagage, ce qui fait que je ne restais pas en arrière de mes collègues, même en 1898. C’était surtout pour moi le début des mes expositions publiques. J’avais déjà peint de vieux paysans dans les melonnières, des sarcleuses, des marchés, des boutiques, la forme humaine. »[30]

    Dans ses mémoires de 1933, il souligne sa nostalgie de l’Ukraine; lui et son meilleur ami de Koursk, qui avait été élève de l’Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, Liev Kvatchevski, non seulement discutaient fiévreusement sur l’art mais savouraient, lors de leurs équipées picturales (quelquefois à plus de 30 kilomètres de la ville) la nourriture ukrainienne :

    « En mangeant un morceau, nous bavardions sur d’autres sujets et évoquions l’Ukraine. Nous étions l’un et l’autre Ukrainiens. »[31]

    Ce rapport intime avec l’Ukraine de son enfance et de son adolescence est encore renforcé par la présence à Koursk de son ami de Konotop, le violoniste et compositeur ukrainien Mykola Roslavets. Le peintre se rappelle :

    « Dans la ville de Koursk,  la vie s’écoulait dans un travail sans relâche dans la peinture, tandis que Kolia Roslavets développait son travail sur la ligne musicale. Il avait formé un grand choeur ukrainien et même, par la suite, un orchestre. En vérité, le but de ce choeur et de cet orchestre n’était pas de chanter dans les églises, nous chantions au nom de l’Art lui-même. »[32]

    Le départ de Roslavets pour le conservatoire de Moscou en 1901 poussa le jeune Malévitch à réaliser son désir de toujours d’aller dans les capitales russe pour se plonger dans leur atmosphère artistique. Cette même année 1901, il épousa une jeune adolescente de 15 ans d’origine polonaise, Kazimira Zgleïts qui lui donna deux enfants Anatoli (qui mourra du typhus en 1915) et Galina. En 1902 meurt son père à 57 ans. Il devient chef de famille, fait des petits boulots pour subvenir aux besoins de la famille, mais aussi pour réaliser son rêve de départ du monde provincial. Entre 1902 et 1906, il quitte pour plusieurs mois sa famille pour s’initier à la peinture dans le studio de Fiodor Roehrberg. Il ne revient à Koursk que pour l’été. La vie conjugale en pâtit et malgré les efforts de Lioudviga Alexandrovna, qui vient s’installer en 1906 avec sa belle-fille et ses deux petits-enfants; pour gagner sa vie, elle se met à tenir un établissement de restauration. Kazimir et Kazimira finiront par se séparer en 1908 et l’artiste participe dès 1905 à la vie artistique de la vieille capitale de la Russie. Les élèves de Roehrberg étaient en majorité des Ukrainiens (David Bourliouk, entre autres, y fit un passage) ou bien des Russes qui avaient fait leurs études à Kiev, comme Lentoulov. La récente biographe de Malévitch qui, par ailleurs, ne souligne que parcimonieusement et de manière  évasive les éléments ukrainiens de l’itinéraire malévitchien, Ksénia Boukcha, résume bien l’apport de l’enseignement reçu dans l’atelier de Roehrberg : en premier lien  – la technique (en particulier de la gouache et de l’aquarelle); l’étude des classiques « de la Renaissance à Renoir », enrichie par les visites régulières à la Galerie Trétiakov, facilitées par la femme de Roslavets dont le père était membre du conseil de la Galerie; « troisièmement, aussi paradoxal que cela puisse paraître, Malévitch apprit de Roehrberg à enseigner la liberté […] Aussi étrange que cela soit, Malévitch, 15 années plus tard, sera un tel professeur. Bien que lui, il ait considéré ses propres points de vue sur l’art les seuls possibles, dans le même temps, il permettait à ses élèves de devenir, selon ses inclinations, ‘cézannistes’ ou cubistes; peu iront jusqu’au suprématisme. En fait, Malévitch en tant qu’enseignant était moins ‘maestro’ que Marc Chagall ou Paviel Filonov. »[33]

    Ivan Klioune a souligné, de son côté, que Fiodor Ivanovitch Roehrberg, « directeur d’école, théoricien et historien de l’art, n’imposait jamais une quelconque méthode précise de travail; les élèves doués trouvaient là un terrain favorable pour développer leur talent. »[34]

    C’est Roehrberg qui emmenait vers 1908 ses élèves voir la maison-musée de l’industriel Sergueï Chtchoukine, dont la collection de la peinture française la plus novatrice fut une véritable académie pour les peintres russes et ukrainiens. Sergueï Chtchoukine permit à Malévitch et à Klioune de visiter régulièrement cet exceptionnel ensemble.[35]

    Entre 1904 et 1907, il fait chaque année une demande de participer au concours d’entrée de la prestigieuse École de peinture, sculpture et architecture de Moscou. C’est chaque fois un échec. Les lettres autographes, adressées à « Monsieur le Directeur de l’École de peinture, sculpture et architecture, de la part du noble Kazimir Sévérinovitch Malévitch », sont conservées aux Archives nationales de Russie. Le fait d’indiquer sa classe sociale (noble, marchand, bourgeois, paysan) était obligatoire sous le tsarisme. D’après ces lettres, on peut suivre les domiciliations de l’artiste : en juillet 1904, il donne comme adresse « Koursk. Direction des Chemins de fer Moscou-Kiev-Voronej. Service des Voies »; en août 1905, il se dit toujours ‘ »habitant à Koursk », 1ère rue Lazaretnaya, N° 45; en juin 1906, il écrit : « Mon lieu de résidence est la ville de Koursk, rue Zolotaya, maison Birioukov »; enfin, en août 1907, il réside déjà à Moscou « rue 3ème Mechtchanskaya, maison Sokolov ».

    La Révolution de 1905 voit Malévitch participer à l’insurrection moscovite (ses frères Mieczyslav et Antoni, sa belle-soeur Maria Zgleïts ont des activités antigouvernementales et sont fichés par la police). C’est à cette époque qu’il lie une amitié, qui durera toute la vie, avec le révolutionnaire professionnel Kirill Choutko, membre du Parti Social-Démocrate des ouvriers; Kirill Choutko fut diplomate après la Révolution de 1917 et protégea et soutint Malévitch contre les attaques diverses et le sauvera lors de son emprisonnement en 1930.[36]

    La première épouse Kazimira, déjà séparée de Kazimir, travailla un temps comme infirmière dans l’hôpital psychiatrique du village de Mechtcherskoyé dans les environs de Moscou. Leurs deux enfants vivaient avec elle. À un moment donné (les dates des documents sur le sujet sont contradictoires), autour de 1910, Kazimira quitta la Russie pour l’Ukraine, pour suivre un médecin avec lequel elle avait une liaison. Elle laissa leurs deux enfants à la charge de Kazimir. C’est alors que celui-ci, qui avait fait la connaissance de Sofia Mikhaïlovna Rafalovitch, fille de l’intendant de l’hôpital psychiatrique de Mechtcherskoyé, l’épousa. Ce fut un mariage heureux malgré les difficultés financières permanentes jusqu’à la mort de Sofia en 1925. C’est elle qui va s’occuper des deux enfants après le départ de Kazimira. De son côté, elle donna à Kazimir en 1920 une fille, Ouna [en hommage à l’ Ounovis!].

    Ivan Klioune a esquissé une caractéristique  juste, ce qui n’est pas toujours le cas dans ses mémoires, de l’homme-Malévitch :

    « Il possédait un grand tempérament et une force énorme de la volonté; il était aussi un subtil politique dans la vie artistique; il n’a cependant pas pu s’assurer de bien-être matériel jusqu’à sa mort, car il pensait de façon totalement indépendante, n’aimait pas suivre la voie que suivait la majorité, s’incliner devant ce quoi la majorité s’inclinait. Il tendait impétueusement vers l’avant, vers le nouveau, vers ce qui n’était pas encore connu. »[37]

    Ivan Klioune, qui, visiblement, était impressionné, comme beaucoup, par la force des convictions totalement inédites dans le milieu artistique de l’époque de Kazimir Sévérinovitch, souligne chez lui le côté ultra-futuriste révolté permanent. Mais, dans le même temps, il lui reproche sa vanité et son amour-propre exacerbé. Il y a dans les mémoires de Klioune des accents qui mêlent vénération et jalousie; il y a là quelque chose du « syndrome de Salieri »…

    Ce qu’il appelle « vanité » ou « amour-propre démesuré » fait invinciblement penser qu’il lui prête des traits que les Russes et les Ukrainiens prêtent volontiers aux Polonais. Malévitch n’a connu de la Pologne que ce qui était véhiculé par l’histoire familiale, mais ce pays n’a pas joué de rôle sur son art, comme l’a fait de façon évidente l’Ukraine et, métaphysiquement, la Russie. En revanche une certaine mentalité de l’homme-Malévitch ne saurait, selon moi, être comprise sans cette ascendance polonaise. Sans faire de la Volkspsychologie de bas étage, il est une notion que les Polonais ont intériorisée, c’est celle de l’honneur, que les Ukrainiens et les Russes appellent « gonor« , terme devenu extrêmement péjoratif en russe et en ukrainien, ce que révèle l’appréciation de Klioune, mais qui, pour les Polonais, indique une qualité aristocratique, un peu mutatis mutandis comme ce qu’était le sens de l’honneur dans la culture chevaleresque européenne, comme en témoignent, par exemple, au XVIIe siècle les pièces de Corneille : l’homme d’honneur sait ce qu’il se doit et ce qu’il doit. Selon moi, tel était Malévitch, au-delà de son imprégnation paysanne ukrainienne. Tout au long de sa création, il s’est représenté dans des autoportraits qui sont toujours des interprétations symboliques. Il n’a aucun souci, comme dans la peinture des siècles passés, de fixer des traits naturalistes qui évoluent au cours des années de la vie du modèle. Sans doute que la photographie a, là aussi, dispensé le peintre de cette visée. De 1907 à 1934, les autoportraits de Malévitch sont des transpositions du réel dans la sphère picturo-symbolique. L’Esquisse pour une peinture à la fresquede 1907 (MNR, Pétrova, N° 4) est marquée par l’hyperbolisme du noeud papillon, l’expression mystique des yeux sur un fond de bois sacré peuplé de saints. Puis ce seront les deux gouaches de la Trétiakov et du Musée Russe, deux Autoportraits avec le même souci de transfigurer son visage réel, que l’on reconnaît cependant, pour lui donner un aspect visionnaire. L’Autoportrait en deux dimensions(1915, Andersen, N° 53) est tout à fait dans la ligne de l’humour gravedont j’ai parlé à propos de Éclipse partielle <Composition avec Mona Lisa>. En effet, poursuivant la démonstration picturale qu’il avait opérée en rayant les carnations de Mona Lisa et en proposant une représentation pré-suprématiste de la Joconde, dans son Autoportrait en deux dimensions, le titre est plus qu’une facétie dans la manière ukrainienne qu’affectionnait l’artiste dans ses écrits et dans sa vie (goût pour les surnoms, déformation des noms, même son prénom devient « Kazmir »!). Il s’agissait de faire ressortir, toujours par le comique, des vérités importantes. La dernière épouse de Kazimir Sévérinovitch, Natalia Mantchenko, souligne que celui-ci, outre « sa bienveillance, sa modestie [qui a échappé à Klioune!], son profond charme », était doté d’un « énorme sentiment de l’humour »[38].

    Même dans certaines photographies, Kazimir Sévérinovitch se met dans le rôle de Tolstoï occupé au travaux des champs : ainsi les deux clichés de 1931 où il pose comme faucheur, ou encore, en 1933, à Nemtchinovka en blouse blanche paysanne. Je ne reviens pas ici sur la grandeur de l’Autoportrait de 1933 où l’artiste fait apparaître la dignité de sa mission réformatrice dans l’histoire de l’art. Il n’y a pas jusqu’au dernier Autoportrait de 1934 (Nakov, PS-273), en pleine lutte contre sa maladie,  où il souligne sa ressemblance … avec Karl Marx!

    Pour revenir à l’amitié avec Klioune, elle était si grande, malgré leurs divergences dans le domaine de l’art et de la pensée, que Malévitch a pu, de septembre 1913 à la fin de 1914, habiter avec ses deux enfants dans la maison moscovite de celui-ci. De plus, ce dernier,  qui avait un travail fixe lui prêtait régulièrement de l’argent, tellement la situation financière de Kazimir Sévérinovitch a toujours été calamiteuse, car il s’est refusé, dès son installation à Moscou, à travailler en dehors de l’art. Malévitch et Klioune ne cessaient de discuter avec passion sur l’art et de se disputer, tellement leurs motivations et leurs visées étaient incompatibles. Klioune reste un excellent artisan, au sens le plus noble du terme, mais, de toute évidence, ses conceptions sont épigonales.

    On peut dater de 1912-1913 le véritable début de l’activité publique de Malévitch. Il a alors un peu plus de 30 ans. Il participe en 1912, aux côtés de Larionov, à l’exposition provocante de ce dernier « La Queue d’âne » à Moscou, à celle de « L’Union de la jeunesse » à Saint-Pétersbourg à côté de David Bourliouk, faisant l’objet des sarcasmes du public (tel critique « pouffe de rire » devant ses tableaux), mais aussi de l’attention de la critique. Alexandre Benois consacre même tout un paragraphe au peintre dans sa chronique du journal pétersbourgeois Rietch’ [La Parole] : parmi ceux qui attirent l’attention du critique patenté et « invétéré passéiste’, comme il se définit lui-même, Benois désigne en premier

    « Malévitch, l’auteur des tableaux En marche vers les champs[Nakov, F-291], Faucheur [Musée de Nijni Novgorod] et Charpentier [aujourd’hui disparu], et aussi le Portrait d’Ivan Vassiliévitch Kliounkov [aujourd’hui disparu, cf. Nakov, F-302]. Ce qui tout particulièrement ‘ébahit’, c’est cette dernière oeuvre dans laquelle on ne saurait dire sur qui repose la partie supérieure du visage d’Ivan Vassiliévitch Kliounkov – sur sa barbe, sur son col ou sur un piédestal d’airain. Et qu’aurait dit Koltsov [poète de l’époque romantique célèbre pour le caractère fortement populaire de sa création] ou Millet,   en voyant ce champ avec de tels moissonneurs?  Car une telle poupée du Diable vous porte sur les nerfs, telle cette Afrossinia [prénom plébéien qui veut dire en grec « insensée »] cubiste qui est représentée ici avec son Van’ka cubiste [il s’agit du tableau mentionné plus haut En marche vers les champs] – mais pourquoi elle vous porte sur les nerfs, qui le dira? En tout ca, la naissance de l’idée d’un tel tableau et son élaboration méthodique, à sa manière achevée, représentent en soi un document important pour l’étude de la psychologie artistique de notre époque. Ce qui est bon est bon, et ici, par exemple, ce qui est bien saisi, c’est le rapport du champ rouge au blanc dans les figures avec leur estompage noir méticuleux. »[39]

    La « carrière » de Malévitch est lancée. Il est désormais un des novateurs les plus dénoncés par la critique conservatrice comme « futuristes », des « mufles » (des Cham), comme les appelle le poète, romancier et théoricien symboliste Dmitri Mérejkovski.[40]

    Dès 1913, le peintre cherche à se détacher des différents courants qui se manifestent bruyamment sur la scène artistique russe, en particulier dans la vieille capitale Moscou. Il se démarque des deux chefs qui, depuis 1907, multiplient les actes provocateurs à l’égard du monde des arts conservateur, voire rétrograde[41], l’Ukrainien David Bourliouk et l’Ukraino-Bessarabien Larionov. Ce dernier avait formé son groupe moscovite de « La Queue d’âne en 1912, devenu « avenirien » (boudouchtchnik) en 1913. David Bourliouk, lui sera un des meneurs des « futuraslaves » (boudietlianié) cubofuturistes, aux côtés de Maïakovski, Khlebnikov, Kroutchonykh. Ce sont les signataires du célèbre manifeste « Gifle au goût public » (Moscou, 1912).[42]

    Malévitch, qui a été à l’origine du terme « cubofuturisme », désignant aussi bien les créateurs des arts plastiques que les poètes et les compositeurs d’avant-garde, se révéla, à son tour, le leader d’un mouvement inédit, appelé à bouleverser l’histoire de l’art, le suprématisme. Cela débuta avec la conception, la mise en scène, les décors et les costumes de l’opéra cubofuturiste de Matiouchine à Saint-Pétersbourg en 1913 où apparaît pour la première fois « le carré noir » (costume du Fossoyeur). 1913, ce furent aussi les extravagances vestimentaires des jeunes avant-gardistes ou le « peinturlurage des visages » de Larionov et Natalia Gontcharova. Là encore, Malévitch fait bande à part et se promène, au début de 1914, avec son ami le peintre Alexeï Morgounov dans la rue Kouznietski Most au centre de Moscou, avec une cuillère en bois décorée paysanne en guise de pochette, cette même cuillère qui était fixée à l’origine sur la toile alogiste Un Anglais à Moscou. Éclipse partielle (SMA). Ou encore, lors de l’exposition de Tatline « Magasin » à Moscou en 1916, Malévitch, à qui le créateur des contre-reliefs, avait interdit de montrer des oeuvres suprématistes, se promenait dans les salles avec un zéro sur le front et un placard collé sur le dos pour faire la réclame de son art!

    Il s’oppose désormais frontalement à David Bourliouk et à Larionov. Le 26 novembre 1915, il écrit même à David Bourliouk pour lui dire que les tableaux que celui-ci propose pour « 0, 10 » ne conviennent pas à cause de leur caractère naturaliste et que, de toutes façons,  « à cette exposition se présente une nouvelle organisation avec un nouveau courant qui n’a rien à voir par son gauchisme avec les cubofuturistes ».[43] Un léger froid s’installe même à cette époque avec son ami ukrainien Roslavets qui était proche de David Bourliouk et de Lentoulov, et écrivait alors de la musique sur les vers des égo-futuristes Vassilisk Gniédov, de Konstantine Bolchakov. Il écrit à Matiouchine à l’automne 1915 :

    « Roslavets comprend bien plus, mais il lui semble à lui qui est un enthousiaste que tout méchant chiffon accroché en lieu et place de cravate est quelque chose d’extraordinaire; de complexion il n’est pas futuriste. Il édite beaucoup de ses partitions des romances d’Igor Sévérianine, de Gniédov. Ah, le diable m’emporte, la colère me prend de le voir écrire de telles choses. »[44]

    Lors de la tournée de Marinetti à Moscou et à Saint-Pétersbourg en février-mars 1914, qui suscita des manifestations hostiles des « aveniriens » avec, en tête, Larionov et des « futuraslaves » avec, en tête, Khlebnikov, Malévitch écrivit une lettre à la rédaction du journal moscovite Nov’ [Nouveautés], qu’il faut citer pour comprendre sa position radicale à l’égard de David Bourliouk et de Larionov :

    « En lisant le n° de votre honorable journal dans lequel M. Pétrov divise les futuristes russes en deux groupes, celui des adeptes de Larionov et celui des adeptes de Bourliouk, je me suis rappelé ce pêcheur qui avait pris un petit poisson, l’avait jaugé du regard et avait dit : ‘-Oui, c’est lui qui est le chef de tous les autres poissons! Voyez comme il crache dans tous les sens!…’ D’autre part, je m’associe à la lettre de Vadim Cherchénévitch et je déclare que lancer des oeufs pourris, arroser de yaourt, donner des gifles, sur quoi le rayonniste Larionov construit son propre futurisme, tout cela appartient à la populace sauvage à laquelle il communie, comme nous pouvons le voir dans le n° du journal Les Nouvelles du soir. Je vous prie de porte à la connaissance de vos lecteurs que le groupe des artistes futuristes russe n’a rien de commun avec le rayonniste Larionov et qu’il se garde d’un tel guide. Malévitch, peintre. »[45]

    Le leadership de Malévitch culmine en 1915 avec la fameuse exposition « O, 10 ». Le fondateur du Suprématisme nomme désormais ses nouveaux adeptes et amis :

    « Le groupe des Suprématistes : K. Malévitch, I. Pougny, M. Mienkov, K. Bogouslavskaya et Rozanova – a mené le combat pour libérer les objets de l’obligation de l’art. Et il demande aux académies de renoncer à l’inquisition de la nature. »[46]

    L’année 1915 verra le peintre s’affronter à un autre grand protagoniste de l’art de gauche, Tatline, qui  lui manifeste son hostilité et est totalement allergique aux visées conceptualistes de l’auteur du Quadrangle noir. La « guerre » que se sont fait les deux grands créateurs à la fin des années 1910 est aujourd’hui assez bien documentée[47]

    Il rencontre le jeune Roman Jakobson qui écrit alors des vers transmentaux sous le nom d’Aliagrov et il écrit à son propos :

    « Il comprend le mot en tant que tel mieux que Kroutchonykh lui-même. »[48]

    Parmi ses fréquentations amicales avec échanges d’idées, il y a la Kiévienne Alexandra Exter à laquelle il lit, avant l’exposition « 0, 10 »,  ses nouveaux textes sur le cubisme, le futurisme et le suprématisme qu’elle semble avoir appréciés.[49] Elle ne donne pas d’oeuvres à « 0, 10″, mais elle  fait participer Malévitch, dans la galerie moscovite Lemercier, en novembre 1915, à l’ »Exposition d’art décoratif contemporain du Sud de la Russie [c’est-à dire de l’Ukraine] » dont la nièce de Berdiaev et épouse d’un neveu de Tchaïkovski, Natalia Davydova, créatrice, au début des années 1910, des ateliers de  paysannes brodeuses du village ukrainien de Verbivka [Verbovka], et Alexandra Exter  étaient les organisatrices[50]. Il s’agissait de   broderies et de tapis d’après les esquisses des peintres. Il est remarquable que Malévitch fut exposé par un coussin brodé d’après le tableau Peinture suprématiste qui se trouve aujourd’hui au musée de Peggy Guggenheim à Venise (Andersen, N°58)  et deux oeuvres ayant  comme sujet  la Suprématisme 18ème  construction (anciennement au SMA, Andersen, N°52) et une peinture suprématiste  dont on connaît une version postérieure (vers 1920, 79,3×79, anciennement au MoMA, Andersen, N°68). C’est donc la première apparition publique du suprématisme, un mois avant « 0, 10 », comme l’a montré la première Charlotte Douglas[51].

    Mikhaïl Matiouchine sera pendant toute la vie de Malévitch un ami fidèle, un interlocuteur privilégié de ses idées novatrices, une aide dans sa formation intellectuelle et dans la rédaction des premiers écrits. On peut dire que Matiouchine fut une académie pour l’enrichissement culturel du peintre. Il semble que les deux hommes n’aient pratiquement jamais eu de différends, alors qu’avec les deux autres amis intimes Roslavets et Kroutchonykh, voire avec ses disciples Klioune ou même son élève préférée Olga Rozanova, malgré une amitié et une entente indéfectibles, des désaccords ont pu surgir à certains moments sur le plan artistique.

    L’autre personne qui sera aussi proche de lui, amicalement et théoriquement, c’est Alexeï Kroutchonykh dont lui plaisait le radicalisme transmental. Bien qu’il ait eu une profonde admiration pour Khlebnikov, Malévitch ne trouvait pas qu’il allât assez  loin dans l’abstraction sans-objet verbale. D’une certaine manière, la poésie transmentale de Kroutchonykh qui rompait avec tout sens descriptif était proche de son suprématisme pictural qui ne faisait vivre sur la toile que la sensation des rythmes du monde. Dans une lettre à Matiouchine de janvier 1917, il affirme:

    « Je n’oublierai jamais ni vous ni Kroutchonykh. »[52]

    Malévitch vouvoie ses amis les plus proches. Il semble qu’il n’ait tutoyé que son ami d’enfance Kolia Roslavets et, dans les années 1920, quelques personnes, comme Meyerhold.

    Après les révolutions de 1917, il participe à la restructuration des académies des anciennes capitales russes (Ateliers libres-Svomas). Après la Révolution d’Octobre il travaille dans les Svomas de Moscou et de Pétrograd. La pénurie est générale pendant cette période du communisme de guerre et il se voit obligé de partir, en octobre 1919 à Vitebsk où Chagall a fondé son École populaire d’art. Il y retrouve Véra Ermolaïéva et El Lissitzky. Au grand désespoir de Chagall que ses propres étudiants finiront par quitter pour rejoindre les Affirmateurs-Fondateurs du Nouveau en Art (Ounovis) de Malévitch au début de 1920.[53] Un nouveau cercle d’élèves, d’amis, de collaborateurs entoure le peintre : outre El Lissitzky et Ermolaïéva, les plus proches sont Nina Kogan, Ilia Tchachnik, Nikolaï Souiétine.  Le peintre est au sommet de son activité pédagogique. Sa correspondance avec ses disciples tout au long des années 1920 montre qu’il a tout un cercle fervent de jeunes artistes autour de lui : Ivan Koudriachov, qui installe une filiale d’ Ounovis à Orenbourg, le Letton Gustav Klucis, Sergueï Sienkine, Liev Youdine, Konstantine Rojdestvienski, Zénon Komissarenko, Paviel Mansourov… Il se met en rapport avec les mouvements avant-gardistes en Allemagne, en Pologne, en Hollande, en France (via Larionov) et même aux États-Unis (via David Bourliouk). El Lissitzky est son porte-parole en Europe, ficèle en amitié, mais guère dans la compréhension du suprématisme malévitchien. Il multiplie ses cours, approfondit sa théorie et sa philosophie dans de nombreux et importants écrits, dont peu sont publiés de son vivant. À Vitebsk, en 1922, un extrait de son grand traité philosophique Le monde comme sans-objet ou le repos éternelDieu n’est pas détrôné. L’Art. L’Église. La Fabrique, sans la dédicace de l’original à Mikhaïl Ossipovitch Guerchenzon. La correspondance de Malévitch avec cet éminent historien de la littérature et penseur est un des hauts moments de l’histoire des idées. Guerchenzon s’était signalé dans l’histoire de la pensée russe par un petit traité paru à Moscou en 1918 et intitulé L’image ternaire de la perfection qui était une attaque contre la culture, considérée comme une série de commodités techniques. La culture a dépersonnalisé le monde, l’a coupé en deux, lui a fait perdre son caractère indivis. L’homme doit revenir à son unité originelle, à la pure existence ou l’existence de la personne en elle-même – dans son image ternaire de la perfection. La réconciliation de l’homme ne peut se faire que dans l’amour. L’image ternaire de la perfection a été la chiquenaude qui a lancé Malévitch dans l’écriture de son Monde comme sans-objet ou le repos éternel[54]. Guerchenzon avait aussi eu un échange de lettres entre le 19 juin et le 19 juillet 1920 avec le poète et théoricien du symbolisme Viatcheslav Ivanov, ce qui donna la publication de la Correspondance d’un coin à l’autre en 1921[55]. Les deux écrivains échangent leur point de vue sur la culture. Si l’on résume grossièrement, Viatcheslav Ivanov défend le thesaurus de la culture universelle, alors que Guerchenzon affirme que ce massif culturel lui pèse et il rêve d’un état d’oubli pour revenir à l’unité originelle de l’homme.[56] Ces deux textes sont dans la même sphère d’intérêts que les écrits de Malévitch autour des années 1920. Le peintre apporte, pour faire court, une troisième voie aux deux affirmées par Ivanov et Guerchenzon.

    Un autre grand esprit russe, le célèbre historien et philosophe de la littérature Mikhaïl Bakhtine, qui fréquenta Malévitch à Vitebsk entre 1920 et 1922 nous a laissé un portrait très élogieux  du penseur et de l’homme:

    « Il était totalement désintéressé, totalement. Il ne courait pas après le succès, ni après une carrière, ni après l’argent, ni après la bonne chère – il n’avait besoin de rien de tout cela. C’était, si vous voulez, un ascète, amoureux de ses propres idées. Il était, au plus profond, convaincu d’avoir réussi à pénétrer dans certains profondeurs de l’Univers et à les percer, comme cela n’avait réussi à personne. »[57]

    Cela contredit-il les témoignages d’un Klioune sur la prétendue « vanité » de Kazimir Sévérinovitch ou de ce qu’il aimait bien manger (surtout avec ses invités)? Cela montre seulement que le fondateur du suprématisme s’adaptait aux situations matérielles diverses qu’il a connues. Dès qu’il avait de l’argent, ce qui n’est pas souvent arrivé, il en profitait et en faisait profiter les autres. Quand l’argent manquait, il gardait une humeur équilibrée, accompagnée toujours d’humour.

    Sa position « phénoménologique apophatique » le fait traiter d’idéaliste et de mystique par la pensée dominante marxiste-léniniste ou marxisante. Dans sa lettre à El Lissitzky du 11 février 1925, non seulement il ne renie pas sa pensée, mais il la renforce avec son style hautement métaphorique-métonymique, à l’humour gogolien cinglant. Citant ses têtes de « paysans-orthodoxes » du début des années 1910, il déclare :

    « J’ai, paraît-il, une tête ordinaire de paysan et il s’est trouvé qu’elle n’était pas ordinaire, car, en fait, si on la regarde du point de vue de l’Orient, elle est tout ce qui pour les Occidentalistes est ordinaire, alors que pour les gens de l’Orient, cela n’est pas devenu ordinaire, tout ce qui est ordinaire se transforme en Icône, car l’Orient est iconique, tandis que l’Occident, c’est la machine, l’objet, les chiottes, l’utilitarisme, la technique, alors qu’ici – l’Usine et les fabriques, c’est le nouvel enfer dont les hommes seront délivrés par la nouvelle image, c’est-à-dire par le nouveau Sauveur. C’est ce Sauveur que j’ai peint en 1909-1910 [antidatation habituelle chez Malévitch!], il est devenu sauveur à travers la Révolution, la révolution est seulement son drapeau, sa thèse par laquelle il est devenu synthèse, c’est-à-dire ‘Nouveau sauveur’ […] Je n’ai pas marché ‘À CÔTÉ de la révolution’, au contraire, j’ai prévu sa synthèse, dès 1909-1910,  dans le Nouveau Sauveur. Et cela devient maintenant chez nous en tête des choses. La tour de Tatline, c’est une fiction de la technique occidentale, il va l’envoyer en ce moment à l’exposition parisienne et, bien entendu, il peut aussi construire une pissotière en béton armé pour que chacun s’y trouve un petit coin. Pour moi, tout cela est si clair que je peux sans lampe écrire à propos de l’Orient et de l’Occident. »[58]

    En bute aux attaques de la majorité des tenants du matérialisme marxiste-léniniste (comme Arvatov ou Issakov), il est cependant soutenue aussi par des adversaires idéologiques comme le commissaire du peuple à l’Instruction, l’écrivain et théoricien marxiste Anatoli Lounatcharski. Faisant la recension de la rétrospective malévitchienne à Berlin en 1927, tout en n’admettant pas le suprématisme pictural, ni les « oeuvres théoriques amphigouriques et confuses du chef des ‘suprématistes’ », il reconnaît que ce dernier est « un artiste éminent » qui « dans le pays [l’Allemagne] où l’inintelligible Kandinsky a pu avoir un grand succès, un Malévitch, plus synthétique, plus viril, et  plus encore dans son tournant actuel vers une peinture toujours dure et solide, ne pouvait que provoquer la sympathie ».[59]

    De même, un ancien allié et ami, Alexeï Gane, dans un article de la revue constructiviste matérialiste L’Architecture contemporaine [Sovrémiennaya arkhitektoura] en 1927, critiqua fermement les errements de Malévitch, victime de l’idée que « l’oeuvre d’art serait la production matérielle d’une activité ‘spirituelle’; cette position des choses crée une approche unilatérale et étroite du nouvel art, une interprétation talmudique de ce dernier »[60]. Gane fait en revanche l’éloge des architectones :

    « La nouveauté, la pureté et l’originalité des compositions suprématistes abstraites éduque sans aucun  doute un nouveau psychisme dans la réception des masses volumo-spatiales. En cela sera le grand mérite de Malévitch […] On n’écrit pas chez nous sur lui. Sans doute parce que nos historiens de l’art patentés ne peuvent décider ce qu’exprime son carré noir sur fond blanc : la décomposition de la bourgeoisie ou, au contraire, l’ascension de la jeune classe du prolétariat? »[61]

    La vie personnelle de Malévitch après la mort prématurée de sa deuxième épouse Sofia Mikhaïlovna en 1925, s’épanouira avec la rencontre de sa troisième et dernière femme, Natalia Andréïevna Mantchenko de 21 ans plus jeune que lui. Le peintre a alors 46 ans, elle en a 25. Les lettres que Kazik adresse à sa Natachenka entre 1926 et 1933 sont émouvantes. En 1926-1927, ce sont de véritables lettres d’amour avec des mots de tendresse et des effusions poétiques. Natachenka est son « petit chat », son « or », son « unique amour », son « coeur ». Après l’Allemagne, les lettres, sans doute à cause de la crainte non infondée de « perlustration » du courrier par la censure soviétique, le peintre n’utilise plus cette stylistique hyper-amoureuse, mais fait Natalia Andréïevna son interlocutrice privilégiée : il lui confie, outre ses préoccupations d’acteur engagé dans les débats esthétique, ses pensées et ses réflexions sur les événements et les personnes du monde des arts. C’est ainsi que nous apprenons, au détour d’une phrase qu’il y eut un projet, confié à Souiétine, de faire un film suprématiste[62], lequel ne sera jamais réalisé. Il lui fait part aussi de la projection du film de Dziga Vertov L’homme au ciné-appareil  [Tchéloviek s kinoapparatom] qu’il apprécie visiblement plus qu’Eisenstein :

    « J’étais hier à la conférence de Choutko à l’Académie sur Ziga [sic] Vertov, la conférence était très bonne et j’ai visionné trois réalisations de Vertov. Ézeïstein [déformation habituelle des noms, même des siens!] a fait un long nez comme une demoiselle. »[63]

    La fermeture du Ghinkhouk, en 1926, inaugure une période de tracasseries de toutes sortes, de perte d’un vrai travail, même si on le nomme à l’Institut d’histoire de l’art de Léningrad.

    Il y aura cependant les deux derniers événements importants de sa « carrière » d’artiste. C’est d’abord, en 1927, le voyage en Pologne, puis en Allemagne,[64] puis, en 1929, sa dernière rétrospective à la Galerie Trétiakov (dont une partie fut envoyée pour être exposée à Kiev, la même année).

    À Varsovie, où il arrive dans la première semaine de mars 1927, il est fêté par les artistes d’avant-garde, qu’ils soient dans la ligne du suprématisme comme le peintre et théoricien Wladyslaw Strzeminski et sa femme, la sculptrice Katarzyna Kobro, ou dans le courant constructiviste pur et dur, comme Szczuka. Il est reconnu, non seulement comme un compatriote (bien que Malévitch n’ait jamais mis les pieds auparavant dans le pays de ses ancêtres et qu’il n’ait pas visiblement connu la littérature, ni la poésie, ou même l’art ancien de la Pologne), mais aussi comme un immense novateur. Helena Syrkus, secrétaire de la revue avant-gardiste Praesens, qui montrait l’art des novateurs internationaux, a fait un récit très vivant et précis de l’exposition du maître russo-ukrainien. L’audace des idées et des réalisations malévitchiennes déconcertèrent plus d’un Polonais, mais la rétrospective dans les salles de l’hôtel Polonia à Varsovie restera dans les mémoires comme un événement unique dans l’histoire de l’avant-garde polonaise et au-delà. Helena Syrkus traduisit en polonais un fragment du traité Le monde comme sans-objet. Voici son commentaire à ce sujet:

    « La traduction des pensées de Malévitch fut sans doute la tâche la plus difficile de ma vie. Je n’abordai cette traduction qu’après avoir compris le texte de manière précise afin que son expression dans une autre langue se fasse de soi-même. Mais là, je me trouvai dans une situation désespérée – je comprenais tous les mots, mais ne comprenais pas le sens de beaucoup de pensées. »[65]

    Après Varsovie, le peintre partit le 1er avril 1927 pour Berlin. Il était accompagné par le poète polonais Tadeusz Peiper qui lui servira de traducteur en Allemagne.[66] Il lui fera rencontrer des personnalités de la scène artistique et critique en Allemagne. La rencontre avec Mies van der Rohe a tourné court, tellement l’architectonie malévitchienne sans-objet allait à l’encontre de tout fonctionnalisme. Malévitch affirma qu’l « construisait ses modèles architecturaux à partir de nouveaux éléments de construction, mais construits conformément au système gothique; Mies lui fit remarque que ces constructions, aujourd’hui, à notre époque, ne peuvent pas avoir d’utilité. « -Qui sait? – répondit Malévitch. Cette réponse fut jugée par ses interlocuteurs « außerordentlich interessant » (extraordinairement intéressante)[67]. Tadeusz Peiper amène Kazimierz, dès les 6-7 avril au Bauhaus de Dessau. Le grand adversaire Kandinsky le salue rapidement et disparaît refusant tout dialogue. Il est reçu par Walter Gropius, mais, là aussi, la visite tourne court par manque de compréhension mutuelle, d’autant plus que Malévitch ne parle aucune autre langue que le russe, le polonais et l’ukrainien. Pour le peintre, l’architectonie n’est préoccupée que des rapports spatiaux formels, alors que pour Gropius, le processus de construction dépend de la fonction de l’édifice à construire. Gropius est déconcerté par l’anecdote rapportée, en particulier par Hans von Riesen : pour montrer que ses architectones pouvaient aussi être fonctionnels, même s’ils n’étaient pas conçus pour cela, il raconte comment il a, pour s’amuser, fendu verticalement une tasse, provoquant les reproches de sa femme; le morceau de la tasse avec son anse plut à Kazik et il la garda; un jour, il ne trouva plus ce fragment à sa place: se femme s’en servait pour verser de la farine et du sucre! Voyez – un objet sans fonction peut en trouver une!

    Une partie du texte du Monde comme  sans-objet est inscrite pour paraître dans la série des « Bauhausbücher » et Moholy-Nagy rencontre à Berlin le peintre pour discuter de leur publication. Là encore, les choses ne se passent pas harmonieusement. Selon Hans von Riesen, c’est Moholy-Nagy qui aurait supprimé du tapuscrit 15 pages sous le prétexte qu’il s’agissait « de problèmes internes russes qui y étaient discutés et n’avaient pas d’intérêt en Allemagne »[68]

    La rencontre avec le peintre, écrivain, metteur en scène dadaïste Hans Richter fut brève mais importante. Hans Richter raconte comment, grâce au premier traducteur de Malévitch en allemand Alexander von Riesen, il fit une première connaissance des textes du peintre auquel il avoua qu’ils étaient « extraordinairement dur à comprendre et parfois pas du tout. Sa réponse à ma critique, fut étonnante, à savoir qu’il n’était pas important que tout soit ‘juste’, mais que d’une même façon cela ‘sonne’ juste[69]. Quand j’ai lu et reçu le livre aux éditions du Bauhaus, il sonnait assurément, tout en n’étant pas sans justesse. Mais la visée principale qui nous reliait Malévitch et moi, c’était l’expression de son image du monde suprématiste en tant que continuité et en mouvement. Il avait vu mes films abstraits et trouvait que nous pourrions ou nous devrions nous mettre ensemble à la réalisation de ce rêve. »[70]. On sait que le projet de film suprématiste établi par Malévitch est dédié précisément à Hans Richter.[71] C’est l’architecte Hugo Häring (que Malévitch appelle en russe « Hareng » à cause de l’homophonie avec « Hering »!) qui permit l’organisation de la rétrospective berlinoise de Malévitch, la première et la dernière en Occident, avant celle de Beaubourg en 1978 sous l’égide de Pontus Hulten et de Jean-Hubert Martin. Cela eut lieu, de mai à septembre 1927, dans le cadre de la « Große Berliner Kunstausstellung ». Malévitch dut précipitamment rentrer en URSS avant la fin de l’exposition. Comme il espérait revenir en Allemagne, puis aller à Paris, les oeuvres du peintre furent entreposées dans la maison de Häring. Comme on le sait, après son seul voyage à l’étranger, il fait l’objet d’interrogatoires, puis finalement emprisonné pour espionnage du 20 septembre au 6 décembre 1930 et libéré faute de preuves (sans doute son ami Kirill Choutko a-t-il joué un rôle essentiel, car dans la Russie stalinienne, on pouvait fabriquer des « preuves »…).

    Et pourtant, l’année précédente, en novembre 1929, il y avait eu l’ « Exposition des oeuvres de K.S. Malévitch » à la Galerie Trétiakov (transportée, réduite, à Kiev en 1920). Ce qui y dominait, ce n’était certes pas le suprématisme (5 oeuvres dont le Carré noir, et le Carré rouge sur blanc, plus plusieurs architectones), mais des tableaux « à sujet », la plupart joyeusement antidatés. Les oeuvres d’après 1930 sont le témoignage poignant d’une protestation muette contre la politique de plus en plus coercitive menée par le pouvoir stalinien contre les intellectuels et les artistes, mais aussi contre les paysans. Le suicide de Maïakovski en avril 1930 a aussi marqué Kazimir Sévérinovitch et dans la correspondance de cette époque on le voit hanté par la phrase laissée par le poète dans sa lettre d’adieu :

    « La barque de l’amour s’est fracassée sur le quotidien. »

    Il continue toujours à réaffirmer le suprématisme au coeur de son retour à la figure et il écrit sur « le déploiement de la couleur et son dépérissement de par la dépendance des tensions dynamiques » et prépare un livre intitulé La sociologie de la couleur qu’il ne peut réaliser avant sa mort.[72]

    Le 12 décembre 1932, il écrit à son vieil ami infidèle Ivan Klioune :

    En ce qui concerne la politique à mon égard, elle est exprimée dans une forme très ignoble, bien entendu de la part du pouvoir ou plutôt de l’administration sur la ligne de l’art – une reconnaissance générale, du respect, mais peau de balle : on ne me prend nulle part et on ne me donne rien à faire.

    Du côté des peintres qui se sont maintenant emparés de l’académie, c’est le plus ignoble – ils prennent toutes les mesures pour que je ne pénètre pas où que ce soit; c’est la même chose avec l’Union des artistes soviétiques, c’est un blocus alentour. »[73]

    De même, avant la déclaration de sa maladie, un cancer de la prostate, à la toute fin de 1933, il se confie de façon assez audacieuse sur la politique de l’URSS à son ami russo-ukrainien futuriste, le poète Grigori Petnikov, dont il avait réalisé la couverture du recueil Vers choisis, paru en russe à Kharkiv en 1930 :

    « Nous sommes isolés, en tant que formalistes sauvages, qu’ennemis […] Mon carré noir est mentionné dans les journaux. Boukharine lui-même en parle […] ‘La vie bourgeoise, privée de sens et de contenu, est admirablement exprimée dans le carré noir de Malévitch. C’est l’impasse de l’Art bourgeois et la mort de l’Art’ […] Aujourd’hui c’est l’avènement du répinisme, de Rembrandt, de Brodski[74] et de leur concurrent photographe Boulla[75]. Notre réalité est sauvée du ‘rachitique Matisse’, de l’idiot Picasso et de l’imbécile formaliste Malévitch. »[76]

    Après l’apparition de son cancer à la toute fin de 1933, sa vie, jusqu’à sa mort en mai 1935, devient une Passion, même si sa femme et ses proches lui cachent la gravité de son mal.  Kazimir Sévérinovitch, « Pan Kazia » [Monsieur Kazia en polono-ukrainien], comme l’appelle affectueusement Matiouchine, n’en perd pour autant son sens de l’humour. En témoignent ces vers faussement de mirliton qu’il envoie à Ivan Klioune, quelques mois avant sa mort, avec une signature burlesque :

    « Ivan Vassiliévitch, mon cher ami,

    Dans l’art l’air est tout pourri,

    Et ma vie tient à un cheveu

    Et je fonds comme  cire au feu

    Est-ce que vraiment mes jours sont comptés

    Voir le printemps plus ne pourrai

    Ni le Nouvel Art.

    Je suis triste, mon âme est affligée

    Je rêve de peinture les nuitées

    Je me dresse et suis pris de tremblements

    De prendre le pinceau suis impuissant

    Les toiles sont là et les couleurs sèchent

    Ma maladie, elle, ne s’assèche

    Je gis dans les fers de ma féroce maladie

    Rivé à sa couche gaillard est mon esprit

    Tel un fleuve aux eaux en furie

    Il emporte tout. Sain est mon esprit

    Il brisera les fers.

    Aïvazovski-Listikov

    Sébastopol »[77]

    À la fin de 1934, se produit l’assassinat de Kirov à Léningrad, on arrête Véra Ermolaïéva (qui mourut dans les camps) et Vladimir Sterligov; on soumet à des interrogatoires policiers Konstantine Rojdestvienski et Nikolaï Souiétine. Le dernier mois (avril-mai 1935), Kazimir Sévérinovitch  est entre la vie et la mort, on lui administre de la morphine pour soulager un peu ses douleurs. Les photographies de cette période montrent un homme         au visage émacié, étonnamment semblable avec sa barbe aux saints moines de la tradition chrétienne. Ivan Klioune,  qui a fait un dessin de l’artiste sur son lit de morte (Andersen, p. 14), a pu écrire :

     » Non, ce n’était pas Malévitch, mon vieil ami, c’était quelqu’un d’autre, c’était l’incarnation du Christ descendu de la Croix et exténué de souffrance, comme l’ont représenté les peintres du début de Moyen Âge, italiens et byzantins. »[78]

    Les funérailles civiles eurent lieu à la Maison des Artistes de Léningrad.[79] Le cercueil avait été dessiné et peint par Souiétine et Rojdestvienski, un « architectone » dit sa biographe[80], avec les côtés en noir, blanc et vert, et dessus, au chevet, un carré noir et au pied, le cercle noir, donc sans la croix noire (on était à une époque d’antichristianisme et d’athéisme militants). Comme Malévitch avait manifesté le désir d’être incinéré, son corps fut transporté par train à Moscou où se trouvait un crématorium, puis l’urne fut enterrée à Nemtchinovka au pied d’un chêne. À la suite des vicissitudes de la Seconde guerre mondiale, la tombe se perdit et jusqu’à aujourd’hui reste ouverte la question de la création d’un mémorial dans la zone de la sépulture primitive.

    Je voudrais terminer cette esquisse biographique en citant le début du poème que le poète « absurdiste » Daniil Kharms lut le 17 mai 1935 lors de la veillée funèbre à Léningrad :

    « Le jet de la mémoire rompu

    Tu regardes alentour, ton visage fièrement affligé.

    Kazimir est ton nom.

    Tu regardes s’obscurcir le soleil de ta salvation. »

     

    [1]  Malévitch s’est parfois identifié parodiquement au célèbre roi de Pologne

    Casimir le Grand (Kazimierz III Wielki, 1309-1370)

    [2]  « Monsieur Kazia » en polono-ukrainien. Matiouchine s’adresse ainsi à Malévitch dans une lettre. Quant à Malévitch, il a pu signer ses lettres à Matiouchine « Votre Kazik »

    [3] S. Timofiéïev, « Dispout o sovremiennoï jivopissi » [Débat sur la peinture contemporaine], Dien’, 24 mars 1913, Malévitch sur lui-même, T. II, p. 518

    [4] Malévitch n’a fait baptiser sa fille Galia et son fils Tolia, nés de son premier mariage, que pour qu’ils puissent entrer à l’école. Vladimir Bogdanov,  neveu de Malévitch, fils de sa soeur, Maria Sévérinovna, dit que sa grand- mère Lioudviga  n’avait pas une très grande pratique religieuse, mais que lui avec sa mère Maria,  fréquentaient l’église orthodoxe de Tryphon Martyr à Moscou (cf. Malévitch o sébié…, op.cit., T. II, p. 21)

    [5] En 1889, le gouvernement de Volhynie comptait 1.722.148 orthodoxes, 193.142 catholiques romains, 102.139 protestants, 8003 Hussites, 313.220 Juifs. À l’époque tsariste, on inscrivait sur les passeports, non pas la nationalité d’origine (tout le monde était « russe »), mais la religion, alors qu’après la Révolution d’Octobre on indiquait uniquement la nationalité, tout le monde étant « soviétique ». C’est ainsi que Malévitch, un Russe catholique romain avant les années 1920,  s’est dit Ukrainien après la Révolution de 1917, ne mentionnant son origine polonaise que lors de son  voyage à Varsovie en 1927 et sur une demande de séjour à Paris auprès de Larionov à la même époque.

    [6] Sur la généalogie de Malewicz et de sa famille, voir l’ouvrage essentiel de Andrzej Turowski, Malewicz w Warszawie. Rekonstrukcje i symulacje, Krakow, Universitas, 2002, p. 25 sqq.

    [7] Voir les mémoires de Lioudviga Alexandrovna Malévitch, dans Malévitch sur lui-même, T. II, p. 54-55

    [8] Malévitch. Colloque international, p. 155

    [9] Cf. Kazimir Malévitch « Autobiographie. Extrait du manuscrit I/42 », K. Malévitch, Écrits IV. La lumière et la couleur, o.c. p. 52

    [10] Ibidem, p. 51

    [11] Ibidem, p. 53; sur le caractère ontologique de la nature, voir le texte important  de 1923 – « 1/41 « The Philosophie of the Kaléidoscope », in K.S. Malevich, The world as Non-Objectivity. Unpublished Writings 1922-25, Vol. III,  Copenhagen, Bergen, 1976 (sous la direction de Troels Andersen, traduction de Xenia Glowcki-Prus/Edmund T. Little), p. 11-33

    [12] Malévitch. Colloque international, p. 154

    [13] Ibidem

    [14]  Ibidem, p. 156

    [15] Ibidem

    [16] Les varényky sont de gros raviolis en forme de petits pains, garnis de divers  ingrédients (choux, champignons, fromage blanc, cerises anglaises etc.)

    [17]  Voir la description succulente du marché de Konotop dans Malévitch. Colloque international, p. 159; sur le séjour de Malévitch à Konotop, voir : Nina Velihora, Chliakhamy Malevytcha. Zoupynka-Konotop/Along the Roads/ Malevich-Station-Konotop. 1894-1895, Kiev, « Mystetstvo », 2011

    [18] Malévitch. Colloque international,  p. 156

    [19] Viktoria Sévérinovna Zaïtséva, Vospaminaniya o bratié [Souvenirs sur mon frère], Malévitch sur lui-même, t. II, p. 9

    [20] O.K. Matiouchina, « Iz rasskazov o Malévitché » [Quelques récits sur Malévitch], Malévitch sur lui-même, t. II, p. 47

    [21] Ibidem

    [22] Malévitch. Colloque international,  p. 155

    [23] N. Khardjiev, Malévitch. Colloque international, p. 162, 170

    [24] Cf. Alexandra Chatskikh, « Malévitch i Roslavets » [Malévitch et Roslavets], in Malévitch i obchtchestvo Souprémous  [Malévitch et la Société Supremus], Moscou, Tri kvadrata, 2009, p. 203 sqq.

    [25] V.S. Zaïtséva, « Vospominaniya o bratié » [Souvenirs sur mon frère », Malévitch sur lui-même,t. II, p. 9

    [26] Malévitch. Colloque international, p. 159

    [27] Malévitch. Colloque international, Ibidem

    [28] Ibidem

    [29] Kazimir Malévitch « Autobiographie. Extrait du manuscrit I/42 », Écrits IV, op.cit., p. 56

    [30] Ibidem, p. 57

    [31] Malévitch. Colloque international…, p. 162

    [32] Kazimir Malévitch, « Konotop », cité par Alexandra Chatskikh, « Malévitch i Roslavets » [Malévitch et Roslavets], op.cit., p. 204

    [33] Ksénia Boukcha, Malévitch, Moscou, Molodaya gvardiya, 2013, p. 37

    [34] I.V. Klioune, « Kazimir Sévérinovitch Malévitch. Souvenirs », Malévitch sur lui-même, t. II, p. 61; voir l’excellent article de John E. Bowlt, « Kazimir Malevich and Fedor Rerberg », in : Rethinking Malevich (ed. Charlotte Douglas et Christina Lodder, London, The Pindar Press, 2007,  p. 1-26

    [35] Klioune rapporte qu’il a rencontré dans la Galerie Chtchoukine Piotr Kontchalovski, Machkov, Larionov, Natalia Gontcharova, Grichtchenko et d’autres cf. « Kazimir Sévérinovitch Malévitch. Souvenirs », Malévitch sur lui-même., t. II, p. 65

    [36] Voir Ksénia Boukcha, Malévitch, op.cit., p. 29

    [37] Ivan Klioune, « Kazimir Sévérinovitch Malévitch. Souvenirs », op.cit.,  p. 69

    [38] N.A. Malévitch, Iz pissiem [Extraits de sa correspondance], Malévitch sur lui-même, t. II, p. 37

    [39] A.N. Benois, « Vystavka ‘Soyouz molodioji » [L’exposition de l’Union de la jeunesse], Rietch’, 21 décembre 1912, repris dans Malévitch sur lui-même, t. II, p. 517

    [40] Cf.Dimitri Mérejkovski, « Un nouveau pas du mufle qui vient » [1914],  K. Malévitch, Écrits,  p. 605-615

    [41] Voir Valentine Marcadé, Le Renouveau de l’art pictural russe. 1963-1914, op.cit., p. 209-219

    [42] Voir Bénédikt Livchits, L’archer à un oeil et demi« , o.c. p. 129-146

    [43] Lettre de Malévitch à David Bourliouk, 26 novembre 1915, Malévitch sur lui-même, t. I, p. 75

    [44] Lettre de Malévitch à Matiouchine, octobre-novembre 1915, Malévitch sur lui-même, p. 73. Cf. Alexandra Chatskikh, Malévitch i Roslavets » [Malévitch et Roslavets], op.cit., p. 203-229

    [45] « Otmiéjévavchiyéssya ot Larionova. Pis’mo v rédaktsiyou » [Ceux qui se sont démarqués de Larionov. Lettre à la Rédaction], Nov’, 1914, N° 12, trad. française dans Kazimir Malévitch, Écrits, p. 28

    [46] K. Malévitch, Du cubisme et du futurisme au suprématisme. Le nouveau réalisme pictural, op.cit., p. 68

    [47] En français, voir Frédéric Valabrègue, op.cit., p. 78 sqq.

    [48] Lettre de Malévitch à Matiouchine, début janvier 1915, Malévitch sur lui-même, t. I, p. 65. Aliagrov-Jakobson a publié avec Kroutchonykh, cette année 1915, un livre futuriste Plivre transmental [Zaoumnaya ghniga] avec des gravures en couleurs d’Olga Rozanova qui mit sur la couverture un collage-découpage représentant un coeur sur lequel était cousu un petit bouton blanc.

    [49]  Lettre de Malévitch à Matiouchine du 31 octobre 1915, Malévitch sur lui-même, p. 73

    [50] Cf. Guéorgui Kovalenko, « Alexandra Exter. Piervyïé kievskiyé gody » [Les premières années kiéviennes », Iskoustvoznaniyé, Moscou, 2005,  N° 1, p. 547 sqq. En anglais,  voir Aleksandra Shatskikh, Black Square and the Origin of Suprematism, Yale University Press, New Haven and London, 2012, p. 54-100

    [51] Charlotte Douglas, « Suprematist Embroidered Ornement », Art Journal 54, N° 1, 1995

    [52] Malévitch o sébié…, p. 101

    [53] En français, voir Claire Le Foll, L’École artistique de Vitebsk 1897-1923 : éveil et rayonnement autour de Pen, Chagall et Malévitch, Paris, L’Harmattan, 2002

    [54] Je renvoie à ma « Postface » de Kazimir Malévitch, Dieu n’est pas détrôné. L’Art. L’Église. La Fabrique, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2002, p. 87-93

    [55] Voir la traduction française : Viatcheslav Ivanov, Mikhaïl Gerchenson, Correspondance d’un coin à l’autre (traduction de Charles du Bos et Hélène Iswolsky, 1930). Notons que Martin Buber en a fait faire en 1923 une traduction allemande dans la revue Die Kreatur.

    [56] Pour une analyse détaillée de ce livre, voir Alexandre Bourmeyster, « La Correspondance d’un coin à l’autre. Dialogue ou représentation? », Cahiers du monde russe : Russie, Empire russe, Union soviétique, États indépendants, 1994, vol. 35, N° 35-1_2, p. 91-103

    [57] M.M. Bakhtine, Biessiédy s V. D. Douvakinym [Conversations avec V.D. Douvakine], Moscou, Soglassiyé, 2002, p. 158-159

    [58] Lettre de Malévitch à Lissitzky du 11 février 1925, Malévitch sur lui-même, t. I, p. 171

    [59]  A.V. Lounatcharski, « Rousskiyé khoudojniki v Berlinié » [Les artistes russes à Berlin], Ogoniok [La Lueur], 1927, N° 30, repris dans Malévitch sur lui-même, t. II, p. 546

    [60] Alexeï Gane « Information sur Kazimir Malévitch » [Spravka o Malévitché], Sovrémiennaya arkhitektoura, 1927, N° 3, repris dans Malévitch sur lui-même, t. II, p. 539

    [61] Ibidem, p. 541

    [62] Lettre de Malévitch à N.A. Malévitch du 23 février 1927, Malévitch sur-lui-même., t. I, p. 255

    [63]  Lettre de Malévitch o N.A. Malévitch d’août 1929, Malévitch sur lui-même, t. I, p. 259

    [64] Sur les séjours de Malévitch à Varsovie, l’étude la plus détaillée est donnée par Andrzej Turowski, Malewicz w Warszawie. Rekonstrukcje i symulacje, op.cit., p. 140-218

    [65] Helena Syrkus, « Kazimierz Malewicz » [1976], traduction russe dans Malévitch sur lui-même, t. II, p. 367

    1. [66] En français, voir Xavier Deryng, « Malévitch et la Pologne », Colloque international, p.91-95; du même, le  dossier « Malevič et Peiper », Cahiers du Musée National d’Art Moderne, 1980, N° 3

    [67] Tadeusz Peiper, « W Bauhasie » [Au Bauhaus] [1927], traduction russe dans Malévitch o sébié…, p. 376

    [68] Hans von Riesen, « Malewitsch in Berlin », in Avant-Garde Osteuropa 1910-1930, Kunstverein Berlin, Akademie der Künste, 1970

    [69] Dans les entretiens avec Philippe Sers, Hans Richter donne une version légèrement différente de cet épisode : « [Après lecture du texte,] je lui ai dit : ‘Écoutez,  parfois ça fait sens, parfois ça ne fait pas. Moi je ne comprends pas’. Il dit en riant :’Vous savez, ce n’est pas suffisant qu’un livre fasse du sens, il doit aussi sonner juste’ », Philippe Sers, Sur Dada. Essai sur l’expérience dadaïste de l’image. Entretiens avec Hans Richter, 1997, Jacqueline Chambon, p. 212

    [70] Hans Richter, « Begegnungen in Berlin » [Rencontres à Berlin], Die Russen in Berlin 1910-1930, Stolz-Berlin, 1995, p. 34

    [71] Voir le facsimilé des trois pages du manuscrit de Malévitch Le film scientifique d’art – la peinture et les problèmes architecturaux – approche d’un nouveau système plastique architectural[1927] avec traduction française de Valentine et Jean-Claude Marcadé in : Christophe Czwiklitzer,  Die Handschrift der Maler und Bildhauer vom 15. Jahrhundert bis heute. Vorwort von Jean Cassou. Katalog einer Autographensammlung/ Lettres autographes de peintres et sculpteurs du XV. siècle à nos jours. Préface de Jean Cassou. Catalogue d’une Collection d’autographes, Paris, Art-C.C., 1976, p. 487-488

    [72] Lettre de Malévitch au peintre Liev Antokolski du 15 juin 1931, Malévitch sur lui-même, t. I, p. 227

    [73] Lettre de Malévitch à Ivan Klioune du 2 décembre 1932, Malévitch sur lui-même, t. I, p. 235

    [74] Isaac Brodski (1883-1939) peintre officiel dans la Russie soviétique.

    [75] Karl Boulla (1855-1929)  photographe d’origine allemande, célèbre depuis la fin des années 1890 pour ses clichés dans le journal Niva; il avait un atelier photographique sur la Perspective Nevski à Saint-Pétersbourg autour de 1910; il est considéré comme « le père du photoreportage russe »

    [76] Lettre de Malévitch à Grigori Petnikov du 15-28 juillet 1933, Malévitch sur lui-même, t. I, p. 239, 240,  voir les notes concernant l’article de Nikolaï Boukharine, membre du Politburo du Parti Communiste de l’URSS, « Quelques réflexions sur la peinture soviétique », Izvestiya, 11 juillet 1933

    [77]  Ivan Aïvazovski (1817-1900) est  un peintre réaliste arméno-ukrainien, célèbre pour ses centaines de marines de la Mer Noire; plusieurs sont consacrées à la ville criméenne de Sébastopol (la « Ville de l’Empereur »), en particulier L’entrée dans la baie de Sébastopol (1852). Sans doute une allusion au célèbre en son temps paysagiste allemand sécessionniste barbizonniste Walter Leistikow (1865-1908).

    [78] Cité par Ksénia Boukcha, o.c. p. 297

    [79] Voir Frédéric Valabrègue, o .c., p. 261 sqq.,

    [80] Ibidem, p. 300

  • Extraits inédits d’un carnet manuscrit en russe de Malévitch, vers 1922 (rédaction de Jean-Claude Marcadé)

    Début d’un Carnet manuscrit intitulé « Vypiski iz tchernovika pissan<novo> v 1920 godou. [Illisible] K II tchasti Souprématizm kak bespredmietnostnaya absoliout<naya> filossofi<ya> » [Notes d’un brouillon écrit en 1920. [..] Pour la IIème partie du Suprématisme en tant que philosophie sans-objet absolue]. Ce Carnet

    manuscrit de Malévitch, appartenait à Mme Nina Souïétina, fille du grand disciple de ce dernier, Nikolaï Souïétine et belle-fille de la femme peintre Anna Léporskaya, assistante du fondateur du Suprématisme dans les années 1920. Je remercie Nina Souïétina de m’avoir confié les photocopies de ce Carnet.

     Il occupe les 88 premières pages du Carnet. Il a été répertorié par Troels Andersen dans le tome III de Malevich,

    The world as Non-Objectivity. Unpublished Writings 1922-1925, Copenhague, Bergen, 1976, p. 365, dans la présentation d’un tapuscrit intitulé « I/42 » traduit en anglais, p. 34-146. L’original russe de cette traduction a été publié par Aleksandra Chatskikh dans Oeuvres en cinq tomes, t. 4, p. 68-134, sous le titre « 1/42.Bespredmietnost’ »

    [1/42. Le sans-objet] ; la rédactrice pense que ce texte n’a pas été écrit avant 1924, car Malévitch montre dans un passage (p.96) qu’il avait connaissance du livre du biophysicien A.L. Tchijevski, Les facteurs physiques du processus historique, paru à Kalouga en 1924 (p. 323). Or précisément ce passage est absent du texte que nous publions, lequel  est sans doute le brouillon original de cours ou de conférences donnés à Vitebsk. Il n’est pas retravaillé, ni rédigé, sans ponctuation, fourmillant d’anacoluthes, d’hypallages, visiblement destiné à être lu devant un auditoire. Selon la méthode habituelle de l’artiste, cette version est un texte obéissant à une logique spécifique, originale, formant un tout, bien que des passages entiers se retrouvent dans le « I/42 » traduit en anglais, cité plus haut, dans le texte russe mentionné ci-dessus « 1/42.Bespredmietnost’ » et dans « La lumière et la couleur »

    –     Если  художественное начало вне проявления, вне сознания, вне знания науки, вне борьбы и удовлетворения, вне предметного, вне интуитивного, тогда  художественным началом может быть природа.

    Если же художественное начало в сознавательном, в знании разума науки, удовлетворения в интуиции, тогда художественного начала нет в природе, оно только в человеке.

    Но тогда человек должен быть (пустой изготовитель?) … из природы, а так как он простая реакция природных воздействий, то выходить ему из неё нельзя, следовательно он в себе не имеет никаких ценностей вне природы лежащих, а также не имеет художественного начала.

    Выход его из природы означал бы освобождение от реакции природы создававшего, а если освободится, то от него он должен раствориться, исчезнуть в  реакциях вселенной.

    Он как и все результаты реакций в реакциях вечных состоят, воздействуя друг на друга, видоизменяются, все видоизменения – явления, но не проявления, сотворить и создать ничего не может ни вселенная ни он, ибо она как и он состоят из ничего.

    Если у человека есть потребность познать, осознать, то последняя является в её физическом состоянии, физическое только подчинено последнему, само же никогда ничего не познает и не знает, последнее [познание] должно лежать вне физических реакций. Природа ничего не знает так как перед ней нет другой природы. Разум ей тоже не нужен.

    Попыткой осознать, возможно выделить себя из физической природы, но при условии действительного существования «осознания».

    Выписки и черновики писан. в 1920 году [к] моим рисункам 14 года

    к  II части «Супрематизм, как беспредметный абсолют …»

    Возможно, что отдалённом глубоком прошлом не знали люди живописных красочных материалов и свою потребность изображения удовлетворяли простым линейным рисунком и это уже было большой эволюцией его развития.

    Меня лично интересовало одно, было ли изображение результатом эстетической потребности, как художественная работа, или всякое изображение стояло на одной точке или причине познавания мира явлений.

    Что не есть ли все человеческие процессы результатыпознавания мира, что всякая вещь, какая бы она ни была, в том числе и все изобразительное, только факт раскрытой человеком новой реальности в мире.

    Что мира как и его проявлений не существовало раньше, в мире зарождались иные функции в организме и только благодаря чувствительности того или иного явления, мир зарождался в реальном осознавании, все функции были направлены к познаванию мира и по мере осознавания мира превращаются в реальное событие.

    Одной из таких функций в общем познавании, с моей точки рассуждения, и было изобразительное искусство, задача которого, пожалуй, лежит в одном чистом познании природы обстоятельств. Искусство как художественное начало возможно не существует. Правда, это моё заключение вызовет недоумения и обвинят меня в неверном понимании вопроса, но я постараюсь в будущей критике о художестве разобрать его с точки зрения новых умозаключений, а также разобрать его на реальные вещи – элементы художественные.

    И данная записка об изобразительном искусстве пожалуй является началом рассматривания его в плоскости познавательной, научной, нежели эстетической, художественной. Много есть причин, которые как будто были подлинными толчками и причинами к разрешению вещей подлинность которых была заключена в другой причине.  Так возможно, что причины окрашены в художественное эстетическое понятие, не есть их подлинная окраска, но снижение подлинного реального мира и причин является единственной задачей.

    Человек находится в одном, может быть самом ужасном из всех ужасов, состоянии, он до сих пор не знает подлинностимировой, подлинный [ли] мир его окружает, действительно ли все то, что его касается есть реальность или это все только одни галлюцинации его представления, которые не [то] что физическая натура.

    Попробуйте доказать мальчику, когда он играет в паровоз или солдата, что он не паровоз и не солдат и не аэроплан. Его психическое [состояние] переходит в такое состояние, что он одинаково реален в одно и то же время и мальчик и паровоз и аэроплан. Он в себе ощущает все то, что видел, что так или иначе коснулось его организма. Идёт ли речь в нем о художественном воспроизведении в себе видимой им реальности, или же все силы его направляются к передаче познаваемой реальности явления.

    В данном случае так всё сплетается, что трудно отделить их временное различие, где начинается в нем осознавание себя и осознавание паровоза. Этот факт не только можно найти в мальчике, но и во всех взрослых, которые себя представляют в разных пониманиях новой своей реальности и бытия, человек вечно стремится перелазить из одной реальности своего бытия в другую.

    Все эти желанные реальности он хочет выявить и познать их, он хочет понять свою подлинную реальность, он вечно перевоплощается.

    Одним из таких признаков этой попытки -является и изобразительное искусство, своего рода научное познание явления, и стремление разобраться во всех явлениях, познать их подлинность, желание войти в реальность подлинную.

    Поэтому всё, что сделано человеком в вопросах науки или искусства, результат одних и тех же причин познания, и выражают собою в каждой вещи ни что другое, как только сложение познанных явлений, что только в тот момент, когда происходит сложение во мне или вне меня мною, наступает реальность мира (мира подсознательного).

    Конечно насколько подлинно реально данное познание выражает собою данный познаваемый мир, вопрос растяжимый и спорный. Но вся же жизнь и составлена из этой  попытки. Bыявления мира – выявления ответа на вопрос где и в чём я нахожусь и существую ли реально, или все, что видится мне одна галлюцинация или сон. Есть ли какая либо разница между сном и реальностями?  Есть ли то, что можно назвать естественным или неестественным. Бывают сны в которых видим себя в одно и то же время во многих лицах, я в то же время во сне и собака и человек, я нечто летающее, хотя не имею крыльев, я все это вижу во сне. Ничего в этот момент нет ни реального или неестественного. Я во многих лицах, только не отличаю сон от действительности, что  очутился в новых состояниях, но разве мальчик, играющий в паровоз, не тот же сон, где в одно и то же время он и мальчик и паровоз, а реальные искажённые предметы перспективой, не есть ли искажённость сна, ни реальны они или нет. Существует ли в подлинности глубина перспективная, удаляющаяся от меня предметы, к которым я иду или отхожу, как бегу во сне или летаю. Ведь тело моё недвижно лежит, а сознание моё освобождённое летит во сне и движется во времени, преодолевая множество препятствий, оно проходит все в том или ином виде все, что проходит перед нами в том же состоянии, которое мы называем бодрствованием, но и во сне я тоже бодрствую и действую, и чувствую себя в том же физическом теле и состоянии, однако, если проверить этот случай, посадив возле спящего человека сторожей, то они увидят, что его тело никуда не уходило, в действительности же человек от их караула уходил и был свободен во сне.

    Когда же я проснулся, то совершилась только другая форма тех же естественностей или  неестетственности, я опять начинаю действовать, встречать препятствия и не меньше чувствовать переживания, бегу в своём теле, тащу его через новые реальности. Как в том, так и в этом случае рождается и время и пространство и глубина и высота и ширина.

    Что же реально тут или там, ведь все, что тут и там существовало для меня, тело моё оказалось только футляр или ворота,  в котором или через которое совершается моё движение в одну сторону, которую называю сном и в другой, называющейся явой, переходит из одного обстоятельства в другое. Какая же моя реальность, в чем и из чего она состоит, ведь не тело же моё представляет собою мой реальный вид. Мои глаза только щели, через которые смотрит то неизвестное, это неизвестное ни мне, ни кому другому « я », моё « я » или обратно Х.???

    Оно вне пола тела или представляет собою такое тело, которое способно переходить из яви в сон, то есть в мир, где футляр мой как тело фактически не участвовало. Я совершил большие переходы, натыкался на опасные, угрожающие моей жизни, случаи, а сторожа моего тела могут свидетельствовать о том, что тело моё никуда не передвигалось и никаким опасностям не подвергалось.

    Я не знаю думаю, что когда либо кто видел сон такой, в котором его бы лишили бы жизни, хотя часто видят сны, где дело доходит до убийства Х, через щели проходят отражения на плоскости мозга и приводят её в действие своей реакцией. Но всегда в этом случае, всё же как-нибудь вывернешься путём какого-то видоизменения, принятием нового обстоятельства, либо в этот момент просыпаешься, либо ощущаешь себя другим. Совершается уход из той физической оболочки или обстоятельств, над которой  заносится удар. И когда наступает момент просыпания, это может свидетельствовать, что моё «Я» вернулось из того физического футляра, которому угрожала опасность, моему «Я» угрожала разрушением проводника. Просыпание – вхождение из сна в то тело, что мы называем явью или новым обстоятельством.

    Таковой же реализм изобразительного искусства. Детские изображения указуют во многих случаях реальность сна, они находятся вне реальной яви, будучи в бодрствующей жизни все же делают неестественные изображения, но поскольку сон является и реальным и естественным лишь потому, что они как бы не знают её. Но кто её  познаёт подлинно, не знаю. Ведь научаемость изображения в тожестве с видимостью не значит, что она все же подлинна и верна. Перспективные удаления во сне не подлинны, а наяву  подлинны. Но так ли, нет глубины перспективной и в яви, ибо то, что видим уменьшенным, вовсе не мало и не уменьшилось при моем удалении в действительности.

    Она так же неестественна, как неестественное изображение детьми людей больше домов. В сознании детей, да и у взрослых в недалёком прошлом не существует  перспективы, которая бы увеличивала или уменьшала  вещи, это было бы ложное представление и искание подлинности. А всё же нужна только подлинность, и в этом случае как у детей, так и у взрослых художников встречается другая измеримость, по существу именно значимости. Мне пришлось видеть рисунки одного мальчика, который изображал своего отца в одном случае большим, в другом маленьким, это происходило от тех же обстоятельств, в которые попадал отец, когда он играет с детьми  в лошадки – он маленький, когда он с большими большой, его реальность изменяется от обстоятельства.

    И этот факт большой важности, ведь эти причины указуют, что реальность одного и того же факта, что одно и то же тело в сознании мальчика совершило обратную и положительную эволюцию. Здесь совершилось нечто необычайное, отец умалилсядо его возраста, стал равно реальным ему.

    И как бы нарочно мальчик своим изображением хотел засвидетельствовать это реальное перевоплощение, сознательно поясняя обстоятельства.

    Следовательно реальность вещей в сознании мальчика измерялась не тем, что видит глаз его, как только теми обстоятельствами, в которые ещё попадает.

    Изображённый отец в маленьком виде был равен ему, отец был снизведён с своего возраста и времени мальчиком до себя, но в его власти было снизвести его дальше умалить, уменьшить, и сделать обратную эволюцию себя возвести в большой возраст, а отца сделать млаже себя.

    Всё это фиксируется в изображении тех представлений, которые становятся реальностью.

    То же происходит и с изображением взрослого человека, который изображает башню, то она меньше его, то больше, то превращается в точку, наконец исчезает. Она также неуловима в своём измерении, ибо каждый момент моего перемещения – момент уже нового обстоятельства. Как мальчик, так и взрослый заняты одной и той же задачей изобразить и выявить подлинность, будь то в изображении или в построенной вещи в пространстве, где подлинная реальность явлений, где то обстоятельство, с которого  можно считать [её] реальной.

    Случай с мальчиком указал мне на многое и указал на то, что мальчик видел вещи не бестолково или глупо, неестественно работал их так потому, что не был совершенен и не желал их естественности, и что его нужно было многому научить, чтобы он нарисовал как следует естественно, реально.

    Что же это как следует означает, это значит, что нужно научиться фиксировать моменты только отдельных фактов и видеть их в статичной неизменности, но есть ли такой момент, когда ничего не движется. Учителя пытались всеми силами доказать, что реальность отца не может обратно воплотиться в то время, которое прошло, что это только фантазия, ложное и наивное представление мальчика.

    С моей же точки зрения, мальчик был глубоко прав, когда сообщал своё положение, мальчик обладал большим сознанием и видел, что вещь свободна во времени, что время для нас не существует в виде препятствия, а наоборот вещь владеет временем, и творит его когда ему нужно своей гибкостью, для вещи, следовательно, не только существует прошлое, но и будущее, то, что находится за пределами нашего осознавания.

    Нет потому ничего смешного, когда говорят о существовании загробной жизни, эта загробная жизнь есть может быть только такой же наивный рисунок мальчика, как будто не имеющий под собою никаких оснований, но в действительности, при глубоком разборе этих примитивных изображений и сказаний, лежит будущее разрешение физической науки. Ведь дело всё сводится к не смертности явлений, то есть вечного реального существования сознания. Так что загробность или будущность равны в своих обстоятельствах. Загробность может выражаться не только в существовании моем после смерти, но она в каждом моем новом шаге, как только я перемещаюсь из одного обстоятельства в другое.

    Так же, как и во сне выхожу из оставленного мною тела во время и возвращаюсь так же, и в данном случае яви выхожу из него, только, что со мной случится, когда уйду из яви и в каких обстоятельствах я буду находиться, возможно оставить до времени во мраке.

    Что же произошло, когда наступает смерть, да то, что происходит во сне, когда снится, что тебя убивают и занесли смертный удар, в самый момент удара обыкновенный человек просыпается от этого кошмара, но это не кошмар, мне приходилось пережить это наяву, и реальность была равна всем переживаниям во сне, проснулся ото сна человек, как бы от того, что его «Я» подлинный находится во сне, что по ту сторону бытияон потерял своё тело, так как его умертвили, и дух из него вышел, как  говорят в общежитии.

    Но возможно, что новый факт по эту сторону жизни называемый «явью», есть только повторение, убитое тело, как и во сне, останется вне сознания, а дух или «он» перейдёт в новый футляр.

    Возможно, что когда человек уходит, во сне случается разрушение футляра, конечно, он больше в него не войдёт. Как человек не входит в свой дом, который во время его выхода сгорел.

    На холстах художника возможно найти все формы движения человеческой жизни, он фиксирует все, через что проходит человеческое и в ту и в другую сторону, не только дух, но и тело, дух же не мыслится им вне формы телесной, как только состояние гибкое в своих перевоплощениях.

    Трудно различить где дух, а где материя, так как ничто не имеет статического состояния, только гибкость видоизменений, где, таким образом, наступает реальность вещи, когда нет в ней неизменности, она вечно изменяется, либо изменяется моё сознание о вещи.

    Изобразительное искусство пытается остановить изменяемость, зафиксировать факт в неизменной позе скульптуры или холста. Но ведь это будет только один из моментов кинетического условия состояния, подлинный факт ещё не успеет наступить, фиксация уже изменилась. Как изменяется гора при моем к ней приближении или удалении. И факт моего приближения факт изображения по всем правилам перспективы, установления её отношений среди  окружающих обстоятельств, передачи её колорита будет только такой же примитивной изобразительной реальностью, как примитивно было изображение наших предков.

    Реальность переданной горы не может быть реальна уже потому, что простое изображение не выражает многих и многих её реальностей, которые её составляют. Реальность её увеличится, если наступит соединение всех наук тех веществ из которых она состоит и всех тех обстоятельств, окружающих её, и то, если удастся возможное изолирование всех обстоятельств от связи их с другими, находящимися бесконечно и лежащих вне предела нашего познания.

    Но когда наступит изоляция, возможно исчезнут и все данности выявляемые. Несмотря на эту сложность, мы своим примитивным осознаванием все же пытаемся выявить всеми силами, находящимися в нашем распоряжении. Искусство или наука  – все занято одними проблемами, одними задачами выявления реальности для нас бытия.

    Изобразительное искусство наших первобытных предшественников указует мне постепенное изобразительно-научное познавание причин явлений в природе, от простейших орнаментов до изображения животного. Все больше и больше познаётся элементов, форм, составляющих то или иное изображаемое, во имя ли художественного познаётся данность или художественные потребности толкают к усилию познать, или же нет, факт остаётся фактом – вещь познаётся, её первобытная схема постепенно начинает узаконяться познанными причинами и первые линии начинают протекать по схеме или конструкции данного тела.

    Изображение начинает строится по открытому закону данности, данность, следовательно, подвергалась научному анатомическому исследованию и была воспроизведена художником, он проделал все то же, что проделал другой учёный, изучивший какие-либо растения или минералы. Он также воспроизводил бы на своём научном экране данные, составляющие исследуемое тело, как и художник, и оно ничуть не было бы хуже по своему художественному значению.

    Как наука, так и искусство разделяются на два отдела, одинотдел я назвал бы чистой все же наукой, познавательной, исследовательской, вторую – наукой, применяющей все данные к построению вещи как полезных использований. Возможно, что люди практического склада восстанут против чистойисследовательской процедуры, так как им нужны  определённые данные, вытекающие из их практических необходимостей, и потому постараются помешать лабораторному чистому исследованию. Но таковые люди просто позабыли бы про то, что если они чем либо и обладают, то благодаря лишь последнему.

    Такой же пример возможно отнести и к искусству, оно должно изображать жизнь или то или другое учение, а заниматься отвлечёнными делами не должно.

    Всё бы это было верно, если  было бы в человеке одно обстоятельство, исключительно практическое, и в том только случае, когда была бы уяснена и подлинность практическая. Для меня лично, например, много существует вещей непрактичных и абстрактных – аэроплан, автомобиль, а все то, что я делаю – для меня конкретно, с моей точки зрения, нужно было бы запретить делание вещей, которые находятся в отвлечении по отношению ко мне, и нас, пожалуй, собралось большое количество таковых людей, безавтомобильных.

    Но мы терпим, авось когда-либо будут и для нас конкретны. Пусть же будут и те, кто имеет автомобили, терпеливы к нашим работам, а все наши отвлечения будут конкретны и для них.

    И так [же] как искусство, так и наука шли и  идут двумя путями, по пути отвлечений и конкретных данных, ни разу не упуская из виду своей основной цели выявления реальности мира, не только вне, но и внутри существующего.

    Изобразительное искусство есть одно во всех деяниях человека, всякое его деяние и заключает в себе изобразительность, одну единую задачу – выявление реальности, окончательную подлинность для себя вещи, и это происходит в искусстве живописи и во всех других искусствах технической, практической науки. Все стремится к не только художественному познанию, но и к правильной анатомической подлинности изучения.

    Возрастание изобразительного искусства от линейных царапин примитивных изображений познанного, подымалось и обогащалось знаниями данности, и потом строило ту же линию по ним, это был период познания формы и её состояния, причин. Примитивные изображения предшественников больше всего говорят, что для них наиглавнейшей задачей была передача динамического состояния данности, [чем для рисующих во многом предметную анатомию,???+] в силу чего форма изменяла свою реальность, масштаб и взаимоотношения, переставала быть тожеством.

    Дальше было познано цветовое состояние явления, и уже ближе к нам явления мы видим в новой реальной обстановке, в перспективных обстоятельствах, как линейных, так и воздушных или световых взаимоотношениях, перед нами открылся новый реализм тех же явлений в новой подлинности.

    Нельзя сказать, чтобы перспективная подлинность не была ощущаема и отдалёнными от нашего века предшественниками. Они её чувствовали, и стремились изобразить эту сущность нашего века, это доказуют многие изображения, но средств у них не было для этого, они могут напоминать собою научные физические приборы, через которые стремились выявить ту или иную форму и не могли, и только новая поступь в эту же сторону достигла результатов тех, которые не могли сделать раньше.

    Музеи живописных и скульптурных работ художников представляют аналогию другого музея физических приборов, как в тех, так и в другом видна эволюция совершенств.

    Некоторые живописцы и скульптора дают полную анатомичность известной данности, изобразительный реализм тожественен. Конечно под тожественностью нужно разуметьвозможное познание в данном уровне нашего времени. Изобразительное живописное реальное становится похожим другому изображению реального в ботаническом искусстве. Возможно указать на учёных живописцев – Шишкина, Руссо и многих других – работающих над представлением тожественности в своих  живописных работах.

    Уже все передвижничество, кроме примеси идейных содержаний, прежде всего заботились о реальной подлинности, это целая научная школа.

    Дальше за ними наступает новая школа, новое вырабатывание живописных средств для все одного и того же достижения подлинности, реальной передачи впечатления воздуха, чтобы докончить проблему живописного познания формы и воздушности, в которой живёт форма.

    И все же Импрессионизм был только преддверием к ещё новому научно-живописному опыту –  Пуантилизму, который задуманное импрессионизмом хочет разрешить путём конструирования цветных точек на холсте, чтобы вибрация их при удалении глаза дала уже не впечатление, как только живой воздух или свет, дала бы ту прозрачность, ту консистенцию вибрирующих лучей, в которых находятся живые факты.

    Пуантилисты доказывают собою, что живопись не только стремится к художественно-эстетическим разрешениям, но и к чисто познавательной научной работе. Здесь им не нужно художественное, как только та физическая подлинность, существующая в природе, им нужна прежде всего и реальность и тожественность передачи.

    Той же тожественности пытается достигнуть и наука, она как и Пуантилизм не хочет помириться только с впечатлением, как только с тожеством действительным. Таким образом, я имею перед собою новую науку в живописи, может быть своеобразным путём подходящую к познанию и выявлению реального мира. Живопись стала передо мною не только средством разрешения эстетических вопросов, но и средством познания, как через целый ряд живописных опытов цветовых, световых, формовых  так и философских предположений.

    Так что и в этом случае она разделяется как наука на два таких отдела философских умозаключений и лабораторных опытов реального.

    II

    И так Пуантилизм как бы заканчивает, исчерпывает заданность целого огромного периода изобразительного искусства по выявлению натуры природы, им завершается последний анализ света и воздушности того, что захватило прошлое изображение, в то же время Пуантилисты и завершают синтез изобразительной живописной науки первого периода. Это был целый период тожественной изобразительности, были анализированы явления и применены к потребностям передать факт, написать подлинно то или иное явление в холсте.

    Пуантилизмом заканчивается и вся реальность трёхмерного восприятия явлений, точно воспроизводимых в трёхмерном объёме. Воля их выражалась в непримиримой работе выявить трёхмерную действительность. Это было только измерение действительности с одной неизменной точки трёхмерной и уже этого достаточно, чтобы вскрыть новую эпоху анализов и синтеза и так было достаточно, чтобы рушить своды, построенные веками  живописной науки, чтобы нарушить трёхмерную изобразительность и доказать, что не все передано реально, ибо ничто не может быть рассматриваемо с неизменной точки одного, двух, трёх мер, так как таковой точки и нет ни у изображающего, ни [у] изображаемого.

    Последним было обнаружено, что все находится во времени пространства, что все в движении, а чтобы познать подлинность необходимо стать на это новое измерение вещей в пространстве.

    Таким образом зарождается новая проблема живописной науки все же с одним упорством преследования явлений и захват их реальной действительности. Новая реальность – движение, многоточие явления рассматривается уже не в статическом  а в протяжённости, это уже не холст, а лента , кинетика тела, находящегося во вращении, оно протяжно и растяжимо, и растяжимо не как в плоской ленте, а в кубе, и как будто только в кубе ею многогранное реальное существует, таково новое нашеосознавание перешедшего тела из одного бытия в другое, из одного обстоятельства в другое.

    Перед этой же новою формулой стала наука и стало искусство. Конечно это страшный суд над миром осознанным человеком в его трёхмерном глазе восприятии. Как ему не противиться и не принимать меры против нового бытия, вырывающего его из трёхмерной клетки. Он видел, что в мире – три дороги, по которым все же он умел в одно и то же время ходить, он позабыл уже боли, когда его двухмерного разорвало на три части.

    Он сросся и организм его стал гибче, ибо в одно и то же время двигается сразу по трём направлениям.

    Теперь приходит новая хирургическая операция – его хотят разорвать на куб сторон, предлагают ему ходить так, как в действительности ходит весь мир. Предлагают ему быть естественным и равным миру, иначе ему не успеть за ним.

    И действительно ничего нельзя было сказать против реальности четвёртого измерения, это был факт непоколебимый, это действительная подлинность, которую могут доказать часы, находящиеся в кармане, и все те же обстоятельства в которых вводит тело.

    Что вся изменяемость дел его существенных построена на этом четвёртом измерении, и что она в каждом месте иная и соизмеряется окружающими обстоятельствами.

    Но только в сознании усвоилась новая для нас мера четвертая, как уже мы стали искать структуру ею, ищем свою протяжённость во времени или пространстве, действительно мы или тело протягивает себя творя время, действительно ли есть такая линия, по которой я неизменно в своей точке статической прохожу, есть ли путь, путь прямой, по которому движусь, сознание как бы хочет удержать в себе прямую линию, плоскость для своего прямого движения. Но это только с моей точки рассуждения будут ли линии, как только центр движения с вечным перемещением своих обстоятельств.

    Таким образом, мы имеем одну линию в целом ряде геометрических преломлений. Структура времени подобна кристаллу, который и образуется из движения своего единого вещества по разным обстоятельствам, изменяет своё направление соединяя под разными углами. Так я себе объясняю структуру каждого явления своим умозаключением и предположением. Возможно в таком случае построить и структуру человеческой протяжённости, если взять его как иное вещество, то оно двигаясь, образует собою ту или иную линию, пути движения образуют плоскость, объём, которые в своих соединениях образуют ряд геометрических фигур или форм, этот график и будет физической структурой человека во времени.

    Причину реализования в живописи и скульптуре или вообще  всех человеческих сооружений, вижу только в этом, линия, объём, плоскость, как  и цветовые изменения результаты передвижения моего вещества по центрам разных обстоятельств, образуемые в этих обстоятельствах элементы линии, объёма, плоскости, как и цветовых разниц, могли бы продолжать свой путь развития одни, в том смысле как они нами понимаются, что элемент это ещё не форма, что форма наступает только тогда, когда наступает связь элементов, в этом условном понятии можно усмотреть осознавательное строительство мира в себе или вне, так как в конечном счёте элементов не существует, как только они возникают от нашей заданности конструктивной формы, для которой вполне сорганизованные материалы могут служить элементом для новой заданности.

    Здесь как и в первом случае возникает организация – момент, когда одно и то же вещество, попадая в разное обстоятельство, невольно распадается на рукава, которые стремятся соединиться и образовать вновь единое целое, подобно течению реки, которая распадается и спадается. Возможно образование планет совершалось на этом основании, они представляют собою те же элементы одного целого вещества, растворившегося в обстоятельствах. Все кристаллы представляют собою новое спыление среди новых обстоятельств,  возможны мысли, что откуда же берутся обстоятельства, отвечаю на этот вопрос, что само вещество двигаясь и творит то или иное обстоятельство собою.

    Подобие возможно найти в живописном развитии одного и того же вещества, цвета или вообще материала, «краска» распадающаяся на множество цветов в своём движении в момент делания пространства. Те или иные образующиеся формы получают видовые названия, объём, линию, плоскость, точку, пятно и т.д., то есть такие элементы, которых не существует в действительности.

    Всевозможные построения этих имён составят структуру физическую холста или скульптуры. Холст покрывается целым рядом движений последних элементов и взаимно соединяется, отсюда мы можем видеть, что холст, как плоскость, представляет собою план движущейся энергии по разным обстоятельствам, соединяясь в единое целое, образуют структуру живописного тела.

    Таким образом «краска» как вещество осталась неизменной по существу, изменилось ею видовое напряжение – растяжимость, тоже с моей точки раз-мышления, происходит и со всеми остальными искусствами.

    Всё же то, что мы передаём в этом холсте сути не меняет, в существе энергия вещества, факт структуры остаётся незыблем, ибо то, что мы передали будет только обстоятельствами, организующими, для вещества же они все войдут в единую сцеплённость.

    Здесь, конечно, само собой напрашивается вопрос, что из себя представляет целое единое, конечно этот вопрос очень интересный и требует ответа, ибо в целом едином возможно подразумевать искомый реальный мир.

    Мы как раз подразумеваем мир, как нечто законченное целое, можем подразумевать его как реальное в едином целом.

    Итак предстоит разрешение этого вопроса, [вставка неразб.]что нужно разуметь в целом, конечно перейдя в область философского положения, так [как] физическое доказательство, пожалуй, не сможет выразить целое в опыте.

    Моя точка по отношению к целому такова, что целое это – «ничто», дойти до целого – это значит выйти в обратный путь и дойти до своего истока, быть вне всяких обстоятельств, а раз быть вне обстоятельств, значит не видоизменять себя, изменять же возможно только, скажем, через расширение себя быть протяжённым, следовательно видовые различия зависят от этого состояния.

    Если же этого состояния нет, то нет вида, нет лика, нет образа, формы конструкции, то есть нет тех признаков, по которым мы различаем одну реальность от другой, нет относительной соразмерности, отсюда нет ни времени ни пространства.

    Другими словами сказать, нет никаких признаков какого-либо существования. И как бы живописный холст доказуем последнее тем, что воспроизведение пространства, времени, глубины и всего в нём существующего в подлинности не существует, ничего в нем не движно, как только движно во мне, но возможно, что и во мне всё тот же холст, в котором нет выявленной реальной подлинности.

    Только так я могу вкратце ответить на вопрос о целом едином. И тот, кто хочет выявить целостный мир, должен придти только к этому «ничто».

    Тот же, кто хочет выявить его через одно измерение, уже создал его многогранность, создал наклонную плоскость, которая стала элементом многогранных соединений, породившая собою два, три, четыре измерения.

    Если же мир бесконечен, то и бесконечны обстоятельства передвижения вещества, бесконечна отсюда и гранность. Если это так, то доказуется, что реальность мира не может быть выявлена, так как нет предела, нет конечности, но если природа факт моих сочинений, то она может быть движна и бесконечна и конечна.

    Отсюда и возникает во мне скептическое отношение ко всему тому, что хочет или кто хочет выявить реальность мира.

    Живописец больше всех должен быть скептиком, поскольку он пытается выявить подлинность, тожественность, ибо больше всего холст его указует, что если объёмы переданы, видимой как бы осязательной действительности не существует в холсте, что его усилия понапрасны, реализовать их это психический реализм.

    Но всё остальное пытающееся выявить и другую практическую вещь, тоже бесчисленное множество вещей указует, что и эта область бессильна, нет универсала, нет единовещья.

    Только единовещье смогло бы доказать, что да, вещь существует, но если бы только мы приближались к таковой вещи, подходили к месту, где должны были бы обрести таковой универсал, то мы бы встретили перед собою нечто большее, чем пустое место, мы бы исчезли в нем без остатка, так как мы в подлинности представляем собою «ничто».

    Это «ничто» во всём, что кажется нам осязательным реальным существующим, как во сне существуют подлинные вещи, [о] которых мы не можем считать, что они не физического происхождения, хотя касаются так же сильно моей физической оболочки, что заставляют кричать и стонать во сне. Но сон остался сном, хотя бы помню его наяву, и вижу, как бы видел проходящую действительность по эту сторону моей жизни.

    Всё как здесь в яви, так и во сне фиксируется и суммируется в моем сознании, и только чтобы провести полную аналогию или тожественность двух физических существований мира по эту и по ту сторону моего бытия, проверить их единое физическое тожество, нужно доказать их снимком фотографии. Только это фотографическое доказательство может убедить всех, поскольку общество конечно верит в тожество  вообще и  физическим проверочным опытам. Полагаю, что это одна из проблем науки, ищущей реальную причину и реальность мира, которая пытается установить границу реального и нереального, сознательного и бессознательного.

    И действительно, в чем и где граница реального и нереального, реально ли моё тело или же то, что действует, или возможно ли считать все физическое реальным, или же оно только то, через что действует реальное.

    Мы видим только физические перемещения, и находим им причину в физическом мире, вода потому перемещается, что существует наклон, а что она держится на шаре, то потому, что её удерживает атмосфера, а атмосферу держит другой кит, который упирается ногами в солнце и т.д.

    Наука стала подшучивать над темнотою прошлой науки, которая попала в невежество, потому что полагала, что земля на воде, а вода на китах, а киты на столбах.

    Теперь дело другое, невежества нет, как и нет воды, а только H2O, и не кит держит воду, а атмосфера, а атмосферу держит солнце, а солнце держит Геркулес. Прежде тоже думали, что без Геркулеса дело не обойдётся, чтобы держать несколькими двухпудовыми гирями, нужно быть сильным – быть Геркулесом. Это факт неопровержимый и доказуемый наглядно, этот реализм перенесён и на вселенную. Наука астрономическая также строит и вселенную реальность – без Геркулеса не может держаться и подняться никакая тяжесть. Раньше невежественная наука доходила до абсурда, рисуя вселенную в виде Геркулеса, укоторого на каждом волосе был прикреплён мир. Правда оставалось неизвестным, за что сам Геркулес прикреплялся. Теперь же невежество прошло и доказано, что как Геркулес, так и все остальные планеты или солнечные системы, в большей степени держаться за Геркулеса не по принципу прикрепляемости за волоса, а по принципу тяготения. Следовательно, тяготея друг другу, они как бы взаимно и держат друг друга, а для того, чтобы утихомирить чересчур сильное тяготение, то существует другой принцип – отрицательный. Всё соразмерно построено, чтобы не было бы большого отрицания и тяготения.

    Всё построено разумом мировым, предусматривающим всю практическую сторону мировых систем.

    Была бы совершенная нелепость, если бы, например, был один Геркулес во вселенной. Во-первых, не было бы никакого тяготения и отрицания, не было бы возможным за что держаться Геркулесу, ему неизбежно нужно было бы упасть. Это было очень реально для мирового разума, который по древнейшим сказаниям ацтеков в начале и был построен один Геркулес, но мировой разум сразу осознал свою ошибку, как только увидел, что его Геркулес падает и рассыпается, он немедленно начал обломки направлять в пространстве и дал им принцип тяготений, это было одно из радикальных средств мирового разума, между прочим, мировый разум уже к сожалению одним  в то же время из него выделился другой разум – критический, и уже вдвоём сообразили, что всем обломкам Геркулеса нельзя давать одного принципа тяготения, нужно им дать ещё и принцип отрицания, ибо если оставить один принцип тяготения, то они в конце концов где-то могут опять сойтись и вновь развалиться.

    Второе, осуществить реальность мира в одном Геркулесе нельзя,  у людей не будет развит принцип относительности, а ведь они только поэтому и смогут познать нашу реальную физическую мировую вселенную.

    И так мировый разум построил реальность вселенной, но чтобы её возможно осознавать физически, он создал три принципа: тяготение, отрицание и относительность, это все, что пока возможно было придумать, чтобы выявить из мрака вселенную как мир.

    Это уже не три кита, на которых держалась реальность мира, а действительность, прошедшая научный разум.

    Двадцать пять тысяч учёных лбов морщинистых заняты изучением законов мирового положительного и критического разума, чтобы построить на земле по этим законам реальный физический мир вещей.

    Что же из себя представляет построенный мир вещей и результатом чего явились те или иные вещи, мир человеческий представляет собою бесконечную попытку связывания построенных им вещей, гармонизации их в единый действующий организм, само создание вещей произошло от комбинации тех или иных сил, конструкция их в определённую заданность и являет собой вещь. Отсюда получается, что вещь существует и разделяется на множество категорий и назначений, как будто оправдывает себя своей ясной цели сообразностью.

    Если таким образом всякое конструирование сил составляет вещь, то она, конечно, должна вполне быть ясна своей целесообразностью.

    В природе происходит также работа соединения и отрицания таковых сил, в силу чего получается в природе тоже вещь, что же она целесообразна или вечно только образна без всякой цели. Ведь нельзя же, с моей точки зрения, считать, что шар земной – вещь, целесообразность которого в том, чтобы на нем жили люди, и разные растения росли исключительно для их надобности. Что вся земля просто материально-духовная пищевая кладовая, вагон-ресторан, в котором предусмотрительность буфетчика заготовила запасов, которых должно было бы хватить до определённой станции вселенского путешествия.

    Это так должно быть, если верить в целесообразность наших вещей, которые не иначе создаются, как на основе практического реализма и, конечно, реальность нашего шара должна рассматриваться, как рассматривается наш поезд, движение которого рассчитано, предусмотрено и выявлено реально.

    Если бы смогли построить такой поезд, в который бы раз сели, и он нас умчал бы никогда, нигде не останавливаясь возле городов, не имел бы ни одной станции, мы бы этот поезд нашли бы бессмысленным и непрактичным. С него нельзя не выскочить, ни подъехать ни к одной из станций.

    Наш земной шар представляет пока из себя такой поезд, который ещё ни разу не остановился  возле тех станций, которые весьма и весьма нас интересуют, мы не можем подъехать до сих пор до ближайшей нам луны.

    Наше терпение лопает[ся] и мы начинаем строить аэропланы, чтобы как-нибудь отделаться от этой безумной езды на земном шаре и самим добраться до станций в астрологическом пространстве.

    Наша земля если [и] практична для нас в продуктовом смысле, то никуда не годится в смысле надобности нашего поезда.

    Человеку предстоит большая работа над ней – и сделать её подобно поезду, что мне кажется можно разрешить путём регуляции двух принципов тяготения и отрицания, передавать те или иные принципы на ту планету, к которой нам нужно подъехать и отъехать, путь собирания отрицаний.

    Допустим, что мы достигли такого технического выявления реального способа, мы бы могли ездить по вселенной, как поездом на земле к разным городам.

    Между прочим не лишнее упомянуть, что движение поезда происходит не от того, что он движется паром, электричеством.

    С моей точки зрения, движение его произошло только потому, что в одном месте образовалось тяготение, увлекающее людей, так что движение обуславливается теми же принципами тяготения и отрицания, реальность этих двух принципов, в смысле силы вовсе не заключается в определённом материале, способном владеть этой силой, но положительно во всем.

    Не один магнит притягивает или отрицает, но и все дела человека, которые складываются из его потребностей.

    Существуют ли потребности в природе, была ли потребность создавать земной шар и  все растущее на нем, создана ли вся вселенная ради потребности человека, трудно решить, конечно. Практично ли все и целесообразно, сознательно и логично, разумно и т.д., есть ли природа целесообразна или же только образна. Есть ли все наши вещи целесообразны или же они тоже образны.

    Мне кажется, чтобы определить целесообразно или образно, нужно вырешить положения конечности, если вещь конечна, универсальна, исчерпывает собою все бывшие сегодняшние и будущие функции, тогда мы получаем единую вещь, как единую форму, тогда она целесообразна, тогда она – вещь, все же при условии выражения в себе и конечной цели.

    Если же в ней не найдём этого разрешения, то она не целесообразность и не вещь как только образность.

    Происходящий от взаимоотношений тех или иных элементов или сил, при своём соединении или отрицании творящих образ видовые формы явления.

    Если это так, то и вся вселенная и вся работа на земле есть только этот единый результат соединений и разъединений сил, это есть образ.

    Попытка выявить что-либо конкретное, подлинное, практическое, попытка тщетна, ибо при одних комбинациях получается одно, при других – другое.

    Реальность мира в одной эпохе – одна – на китах, в другой – на атмосфере, на Геркулесе. Все же эти материалы составляются из атомов, а атомы из электронов и ионов, будущее науки докажет, что и электроны и ионы состоят из других иксов.

    Дом из дерева, дом из камня, камни из песка, песок из маленьких песчинок. Всё должно из чего либо состоять, ибо тогда только мы можем получить реально выявленный мир, и, на самом деле, нельзя же мира построить из ничего. Бог, положим, ухитрился это сделать

    и я боюсь, чтобы он не был прав в том смысле, что ничего и нет.

    Но это никому не выгодно, ни торговцу, ни художнику, ни науке, что бы они могли тогда делать. Бог им сказал, что у меня нет ничего, и потому построю мир только как ничего, значит и ничего и не будет. Поэтому усмотрев этот эпизод, принялись  сами строить мир, кто на китах, кто на атмосфере, кто на атомах, кто на неделимых камнях, кто во времени, в пространстве, кто вне этого, кто по принципу тяготений отрицаний, кто на относительности, последний как бы сомневается, можно ли выстроить подлинное, ибо относительное указует на то, что де подлинного ничего нет, как только относительное. Если же этот последний камушек или ступенька будет разрушена, то страшный суд неизбежен, мы перестали видеть мир, ибо относительная соразмерность исчезнет.

    Вставка :

    Наука должна реформироваться поспешно, здесь не за горами стоят еретики, как черти стоят за спиною и шепчут свои кощунственные речи. Земля не на китах, земля не на атмосфере, мировое здание не на неделимом атоме построено. Вас обманули ангелы, наденьте наши очки и увидите, что атом не атом, как только электрон и ион. Видите трещину –  рушится мир здания, построенный Вами. Ускользнуть с подрушащихся камней, балок железных, от потопа разрушенного [огненными метеорами?] миране думайте, ибо они всегда рушатся вне и внутри нашего мозга, всюду пламень, пар, вода, всюду взрывы и разрушение и нет Вам спасения ни под одной крышей. Вы видите вечное горящее пекло , которому нет ни начала  ни конца, угасшие миры только ждут своего часа, чтобы воспламениться вновь и вновь в аду, бушуя огнём, корчась в судорогах общей стихии пожаров во мраке.

    Но не бойтесь, вы созданы из такого материала, который не гибнет. В мозгу у вас происходит тот же пожар. Воспалённый мозг до белого каления горит, но вы целы и не сгораемы, все больше и больше в буре огненной, в страшном огненном сквозняке в мозгу проносится мир, как материя, чтобы только накалиться и разбежаться лучами во мраке, освещая его для вашего наивного знания познания и выявления во мраке подлинного мира. Но этот свет – не свет, как только блестящее вращение. Ничего во мраке не осветит и не выявит, так как свет и мрак являются одним и тем же веществом в двух различиях и степенях.

    III

    Между прочим, свет как и цвет стали играть одну из главных ролей человеческого строительства, даже большая часть дела падает на свет. Свет это такое средство, без которого человеку  не возможно быть, свет для него тот  фонарь через который он может видеть свой подлинный путь и не сбиться с дороги, светом надеется выявить вечно искомый мир и всякую иную подлинную вещь. Свет для всех искусств человека равен, как для техники, науки, так и для живописи и скульптуры. И вот я попытался разобраться в одной отрасли искусств, живописного и скульптурного, какую роль играет свет в этом деле.

    Итак, для живописца, как и для скульптора всегда существовал свет, как некая сила, освещающая выявляемую заданность, свет стоял в каком то отдельном к себе отношении, и никогда не был, как мне кажется, равным средством всем на палитре цветам, наоборот, все цвета были средствами для того, чтобы освещённую в пространстве света данность выявить.

    Через посредство света выявлялись не только в пространстве природы данные, но и находящиеся во мраке внутреннего творческого центра, внутренняя данность выявлялась во вне светом, находящимся во вне. Этот вопрос для меня стал очень важным, ибо здесь должна разрешиться проблема в смысле том, что существует ли вообще свет, способный выявить вещь, или же он равен всем элементам – материалам, из которых создаётся заданность, что она будет существовать при существовании солнца или другого светящегося вещества, или без всякого освещения.

    Свет, с моей точки рассуждения, равен всем материалам, ибо равно все материалы одинаково выявляют заданность, одинаково следовательно освещают и выявляют вещь.

    В живописи, в последнем её развитии было обнаружено резкое разделение на световую и бесцветную границу. Вся живописная работа художника была в том, чтобы свет выявить как можно сильнее, чтобы через него и в нем показать заданность. Свет  этот иногда оцвечивался и в оцвеченном луче выявлялись данные.

    При таком подходе подлинное тело или фактура скрывались светом, как бы вся заданность была соткана живописцем из света и не имела другого материала.

    В другом случае живописцы просто выявляли свою заданность, помимо световых ощущений, они уподоблялись любому мастеру или изобретателю машины, составляющим её из материалов вне света, предоставляя освещать свету её, как вообще освещаются  все вещи в природе солнцем и луною.

    Свет играл большую роль в живописи и становился главным лучом, были же нитки с которых ткали живопись.

    Во многих случаях можно было сказать, что все предметы или сюжет был только канвой для выявления света, в другом [случае] все вещи были главным выявляемым, а свет только средством, способствующим живописцу разрешать ему задачу.

    Одни говорили, что задача живописца и скульптора выражается в передаче данности вне лежащих, другие – внутри, что для живописца не существует предметов вне лежащих, как только внутри его.

    Третьи заявляют, что ни того ни другого не существует отдельно, что все то, что во мне и то что вне, связуются в третьем случае моего творческого центра и составляют волю в той или другой форме. Что все подчинено не только закону вне лежащему, но и закону моей воли.

    При последнем заявлении не может существовать повод, о чем так много говорят живописцы и скульптора, здесь одинаково может служить поводом и внутренняя воля художника и воля повода, вне лежащего.

    Конечно, при последнем положении, воля проявляется с большей силой и проявляет ту или другую форму, в которой все поводы растворились в воле художника и создали новую концепцию.

    При первом случае, воля зависит от воли вне лежащих данностей, и во втором случае желает освободиться совсем от всего вне лежащего, второе положение – преддверие третьему, рассматривающему и вне и внутри лежащие силы. Как нечто единое материальное, с которых строится воля живописца и скульптора построить заданность.

    Для живописного сознания пуантилистов свет стал проблемой живописного движения.

    Здесь уже не поводом был свет, как только определённая научная заданность постижения света светом большей яркости освещения, чтобы познать свет, этот уже факт доказует, что свет, как нечто выявляющее, сам стал темным перед другим светом познающим.

    Второе, у пуантилистов свет уже не был поводом для воспроизведения его в холсте в виде впечатления, здесь нет о впечатлении никакой речи, пуантилисты поставили вопрос, что называется ребром.   Они задались целью, чтобы холст живописный получил живой физический свет путём точкообразного конструирования цветов.

    Пуантилисты как бы пытались разрешить световую проблему, выполнить задачу предшественников, которые были примитивны и не знали причин реализации света.

    Пуантилисты взяли на себя это дело игнорируя предметом, считая предмет только местом на котором вибрирует цветовой луч, творя свет. Пуантилисты ещё указуют, что живопись устремлялась к передаче тожества природы в холсте, хотели сделать холст не только впечатлением данности, но построить её тем же путём, как она создавалась в природе.

    Для таковой цели пуантилисты сделали многое, живописец мог окутывать свою заданность светом живым. Получилось, что одна часть живописи в своей аналитической работе достигла анатомической подлинности в форме, другая – работающая в области света – достигла новых возможных результатов, выполнила другую аналитическую работу, чтобы из двух аналитических половин создать синтез целого живописного реализма.

    Пуантилистами можно завершить определённую живописно-научную работу и целый период той живописной мысли, которая стремилась к подлинному тожеству, натуральному живописному выражению.

    Задание пуантилистов выявить свет путём физической его действительности ещё указует, что художественного принципа в этом задании нельзя искать. Здесь только научное физическое постижение явления, помимо вопроса художественности, происходит движение цветовых волн или нет.

    Здесь подход к явлению научный, последнее обратило моё внимание и на тот факт, была ли по существу вся живописная мысль художественная или научная, представляла она собою исключительно эстетическое разрешение или была особой живописной наукой, стремящейся выявить физическую подлинность явлений.

    Что значит реализм, к которому устремлялись живописцы, к какому реализму они шли в разных группах живописцев, реализм понимался исключительно в одном, в постижении природы и выявлении её путём изучения <её> физической анатомии, и только при достижении последнего изучения – художник вступал в роль художника, могущего на основании научных данных удовлетворить свои эстетические потребности, путём предания законам природы тех линий и изгибов, ту идеальную реконструкцию, которая была в его художественном воображении.

    В этом случае я вижу полное тожество со всеми науками, которые через посредство научных орудий познают явления природы и потом описывают в научных книгах прямыми и образными словами явления, имея особо выявленный физический прибор, как форму, которая и вышла из изучения природы.

    Возможно, что и все физические приборы, в таком случае, тоже художественные вещи. Но задачи не были художественными. Сомневаюсь, что и живопись имела художественную цель в конструктивном сложении тех или иных элементов, что она была только средством познания, и познанная линия, объем строились только через и по причине познания явления.

    Я склоняюсь к тому, что даже те или иные вещи, как бы построенные исключительно с практической целесообразностью, тоже представляют собою только надстройку в сознании познанного или одну из форм прогрессивного познавания одной и той же вещи.

    Чем больше углубляемся в анатомическую сторону явления, мы не только доходим до исчерпывающего конца, но все больше и больше встречаем новые и новые явления и все больше и больше нуждаемся в орудиях, которые стремились построить для преодоления.

    Возможно, что в сущности живописного искусства лежат тоже положения познавательного свойства, которое выражается в холсте целым рядом построения линий, плоскостей, объёмов в одну связанную постройку, подобно физическому научному прибору, выражающему в себе познаваемое явление, которое отражается в сознании и производит то или иное действие мысли.

    Тоже и холст – есть результат познанного, который и действует на осознавания так или иначе человеческой мысли.

    Последнее мне даёт право полагать, что новая проблема живописной сущности, выраженная в новых искусствах, осталась та же, но необычайный подвод к явлениям или отношение к природе, вызвал враждебное отношение живописного мира искусств, собственно говоря, здесь произошло столкновение старой и новой живописной науки. За  обладаемость подлинностиявлений. И их выражений, конечно, обнаружения новых обстоятельств творят и новый мир вещей, орудий,  приборов, аппаратов, создают и известное представление об одном и том же искомом мире.

    Главный базис новой живописной науки обнаружил новое обстоятельство – время, назвав его четвертым измерением вещей, конечно, это новое обстоятельство должно изменить многое в мире трёхмерной измеряемости. Восприятие вещей через трёхмерное измерение и четырёхмерное имеют в живописи существенные разницы. Формальные  конструктивные и дальше углубляются идеологическими мирозданиями предметного практического, просто материальных конструкций, и беспредметного Супрематизма, о всех этих различиях придётся говорить в последующих рассуждениях.

    Во всех живописных движениях, как и [в] мирозданиях, свет играл большую роль. И во всяком направлении отношение к нему меняется, следовательно реальность его становится другой. Возможно эти отношения определить известными периодами, живописный световой период тянется многие века, имея своим источником, для образности сказать, солнце. Солнце, как источник света, реализующий все скрытое во мраке физического мира, а также во мраке непонятности, неосознанности и незнания, был[о] единственным источником.

    Так, например, поэты зовут к солнцу, да даже и учёные не гнушаются последним. «будем как солнце», идём «к свету», солнце или свет были эмблемой окончательной целого человеческого движения, без света нет ничего в мире, без света ничего не познаем и т.д.( Х )

    Х) Но тьма есть тьма, то есть то, в чем нет ничего кроме тьмы, из этой тьмы наше сознание выводит множество явлений, тьма наше бытие, которое исправляет наше сознание в сторону оформления тёмного.

    Последнее «не познаем» уже несёт коренное изменение значения света солнца, указуется, что солнечный свет только выявляет скрытое во мраке, функции познавания лежат уже в другом источнике света осознания.

    Здесь наступает как бы новое требование к свету. В Пуантилизме тоже наступает предел, они [пуантилисты] достигают физического смешения цветных пунктов, работа науки, применяемая живописцами пуантилизма обнаружила, что реальность света состоит из цветного воздействия друг на друга, что белый свет есть только состояние цветных лучей в обстоятельстве движения.

    Что одни и те же цвета, не имеющие в себе света, при взаимном движении дают новую физическую реальность как свет.

    Следовательно в существе своём цвет, как и все остальные материалы темны, и их взаимная реакция не может дать того света, который бы смог осветить так явления, чтобы они были понятны, ясны и светлы.

    Х) При сильном просвещении произойдёт полное уничтожение тела – обращение его в свет прозрачности, в которой ничего видеть нельзя.

    Солнце явление такого же порядка, и мне кажется, что если бы по зову поэтов и пришли бы к солнцу, то оно было бы тоже темно, как наша земля, и если бы каждый человек и стал солнцем, то тоже ничего ясного и понятного для него не было.

    После пуантилистов живописцы начинают меняться, уклоняются от светового налёта на поверхности живописной конструкции, начинает вводиться цветовая чистая сила.

    Уже у Сезанна можно наблюдать в живописной консистенции преобладание живописной массы сотканной из цвета, но не световых волн, он вырабатывает особую живописную материю так, чтобы в живописной ткани или слое не были видны цветные лучи.

    Далее новые живописные направления, после кубистическойживописи, начинают придавать большое значение цвету, в силу чего живописная культура массы должна остановиться, а дальше должно идти чисто цветовое направление. Так в действительности и есть.

    Супрематизм уже не является живописным явлением в смысле конструирования цветов в живописный слой тонов. Его главная первенствующая задача была в цвете «Супрематия цвета» в первом периуде, и нельзя отрицать того, что Супрематический цветной периуд оказал влияни<е> на современное состояние живописной школы.

    Стало, например, важной задачей построение целой дисциплины цвета, во главе которой стали живописцы, работающие под влиянием супрематического понимания цвета.

    Цвет стал целью выявления, аналогия выявления света, конечно, последние задания цветных …. Только рефлексы Супрематизма, в котором цвет не выявлялся, не было в Супрематизме такой задачи.

    Выявление цвета, конечно, было поставлено живописцами на объективную сторону, возможно, что группа художников живописцев, работавшая прямо или косвенно под Супрематическим влиянием, имела право обратить изучение или выявление цвета в объективном методе, потому что данное отношение и значение было установлено субъективно.

    Субъективное установление или личность – нечто подобное построенной призме, через которую то или иное явление преломляется, отражённый на экране результат и будет объективным материалом изучения в том случае, если этот материал не преломится в каждой личности особо, как [в] новой воспринимающей призме. При таких условиях только возможно преподавание, объективно, предмета; необходимo, чтобы и сам препода<ва>ющий изолировал себя от своего субъективного преломления данного предмета. Это одно из самых важных условий при объективном методе, так как в противном случае не может быть установлена объективная подлинность преподавания.

    Итак цвет мы можем изучить только анатомируя явления или рассматривая призмы цветных живописных направлений, коль скоро нас интересует цвет, и цвет изучать должны не в оптическом, как только в живописном порядке. Изучение цвета в оптике одно, там и значение, и понимание, и восприятие  его другое чем в живописи. Свет в оптике один, а [в] живописной мысли – другой, в философии – третий, в кубизме – четвёртый. Свет это не есть ещё объективное явление, допустим, изучив в оптической науке световые различия, нельзя это изучение применять к кубизму, так же, изучив цвета, применить эту науку в Супрематизме, в его бесцветном периуде.

    Для познания того или иного факта во всех науках учёные приступают к изучению только в одной области человеческой культуры, это [в] живописном искусстве ни художники, ни учёные, ни общество не пытаются изучить живописные явления. Отделываются одними плевками, поступают хуже обезьян с очками, та [обезьяна] хотя бы пробовала нанизывать их на хвост, а потом разбила, а общество – просто разбивает.

    Итак в нашей современности живописный свет, как и цвет все же не исключается, как только выявляется, конечно выявление цвета имеет большое преимущество перед выявлением света с точки зрения пуантилизма, там все обуславливалось реальностью впечатления, выявление цвета реальный факт материала. Он реален, как цвет на плоскости, здесь лежит обработанный на поверхности холста цветной материал, вещь только в процессе и задаче выявления его исчерпывающей силы  выявить его во всю силу, и, конечно, здесь попадаем в новую историю, подобно пуантилизму, стремящемуся выявит физический свет на холсте. Такова уж натура человека, не хочет помириться на одном впечатлении, стремится к подлинности, мало того, хочет узнать и все причины – от чего и как происходят те или иные явления. Потому возводит культуру разных научных отмычек, чтобы ими раскрыть замок молчаливой природы.

    Итак искание света есть может быть одна из главнейших и первенствующих задач каждого человека и общества. Ибо только при отыскании света возможно все отыскать и найти дорогу к истине.

    Свет во всем и везде, каждый миг совершается через свет, новый шаг в живописном искусстве – кубизм – тоже не отказался от идеи света. Кубистами тоже был поставлен вопрос о свете, несмотря на то, что  живописное восприятие в сути кубистической живописи было вне светового налёта.

    Что можно считать светом, а что темным, вопрос пересматривается и рассуждается в порядке того, что свет действительно должен быть чем то особым, он должен выявить вещь, поэтому свет должен разделиться на нечто освещающее явление и проявляющее свет, освещающий явление ещё не проявляет его в сознании, явление не может быть выявлено для зрителя. Что можно написать живописное явление с яркими и светло освещёнными формами, и все же для зрителя они не будут понятны, можно найти аналогии, что если бы несведущего человека впустить в какую либо лабораторию или к астрономическим трубам, телескопам, то несмотря на то, что формы и были освещены и осязаемы и реальны, все же они были темны, ни свет электричества, ни солнца, ни лучи рентгена не смогли бы осветить этому человеку формы и выявить ему их понятность.

    Кубисты впервые в живописной науке установили понятие и отношение к свету другое. Совсем не исходя из оптической или другой науки о свете-цвете. Они нашли недостаточным глазное видение формообразований, выявленных физическим светом и отражённое на пластинку осознавания, как бы не расширялось зрение, пусть даже  глаз обратится в солнце, как сияющий, светящийся шар, все равно глаз сможет только передать множество отражений на ту же пластинку осознавания, и все же они не будут реальны, а следовательно выявлены, так как реально то что выявлено до конца.

    Поэтому кубисты делают вывод и опираются на одном свете, свете знания и говорят все то, что для человека понятно – реально выявлено, все то, что непонятно, темно – не выявлено, не реально, и подтверждают словами «мало видеть, но нужно и знать».

    Кубисты установили новую и ясную точку зрения на свет, конечно этот свет ничего общего не имеет над призматическими световыми преломлениями в оптике.

    Из этого краткого рассуждения видно, что кубизм, безусловно, новое обстоятельство живописного, если можно сказать, вещества, ушедшего из светового спектра солнца к спектру цветного, кроме [того], из трёхмерного к четырёхмерному, в обстоятельство, где структура живописного вещества нашла себе новый структурный вид, где вещи изменили свою прежнюю форму и стали в новой реальности.

    Возможна ли отсюда преемственность опыта, мастерства, знания и средств, если в новом обстоятельстве реальность другая, возможна ли преемственность пуантилистической науки, а также перспективы и анатомии, если структура тела перешла в новый реальный вид формы.

    Нельзя целиком надеяться и на бытие, что оно направит наше сознание, ещё вопрос может ли бытие направлять, конечно направить моё сознание может, каждая прорубь или обрыв заставят меня уклониться в ту или другую сторону, заставит моё сознание принять те или иные меры, но дело все в том, правильно ли, действительно ли направляет бытие моё сознание в истинную сторону.

    Радуга, как бытие направила сознание людей в сторону того, что Радуга –  примирение Бога с людьми, говорящая, что потопа не будет, вот почему она является во время дождя.

    Аналогия со светом в кубизме находит себе подобие в супрематизме с цветом, многие полагают, что цвет в супрематизме суть главная, что супрематизм цветное направление. Супрематизм опять новое обстоятельство живописного вещества. В нём действительно существуют все дисциплины и по свету, цвету<,>форм<е>, конструкции, и может [они] подвергаются изучению или анализу, как нигде в прошлых живописных обстоятельствах.

    Полагают, что супрематизм простое плоскостное цветное двухмерное явление, но поскольку делаю исследование супрематизма, ничего этого не нахожу, построенные в супрематизме три квадрата красного, чёрного и белого цветов вовсе не являются подтверждением последних предположений.

    Я нашёл, что супрематизм одна из очередных призм живописной науки, что мир через неё преломляется иначе, нежели в призмах кубизма и футуризма. Философия его возможна с долей скептицизма, которая находит, что ничто нельзя выявить в мире. Устанавливается против предметности – беспредметность, супрематизм как бы стремится к абсолюту, в котором отказывается что-либо познать, через какой бы то ни было культурный уровень, и какой бы ни был свет знания, что никакие выявления материалов ничего в мире не выявят.

    Что солнечные диски как экраны – не могут быть экранами выявления непонятного и обратно, нет чёрного диска, на котором было бы ясно солнце.

    Живопись поставила перед собою цель равную, с моей точки рассуждения, остальным наукам, цель эта в устремлении «выявить» или проявить скрытое во мраке, реальность мира на пластинке сознавания.

    Пуантилизм пытался выявить свет как нечто реальное и подлинное, обнаружил, что свет не подлинность, как только результат подлинности цветовых колебаний. Таким образом, как будто найдена истина, производящая свет, но возможно и цвет ничто иное как только результат стоящих вне знания истин.

    Таким образом, перед нами возникает целая вереница иксов, которые надеемся познать в будущем. Но будущее растяжимо, каждое сегодня есть каждое для прошлого будущее, на каждое сегодня прошлое возлагало все надежды, что оно представит собою то ожидаемое разрешение вопросов, которые нельзя было разрешить в прошлом, что оно, будущее, выявит тот свет, который осветит все непостижимое, неясное и проявит реальную причину явлений. Но надежды остаются тщетными, каждое сегодня, как заострённый ум – глубже вошёл в тело предмета, но чем больше входил, тем предмет все больше и больше распадался и вскрывал новые вереницы предметов, представляющих собою новую загадку и новую надежду, что в будущем их множество будет все же познано и выявлено.

    Предмет как бы нарочно распадается на множество, как бы хочет сохранить свою беспредметность, скрытую от острия ума, а ум собирает, в силу зажимает рукоять в мышцах своих, и с новою силою ударяет в предмет, чтобы вскрыть в скорлупе его подлинную ценность, ибо иначе он для него не предмет, и опять острие прошло как в мелкий песок, и ничто на остром ноже не осталось, ничего удар лезвием не разрезал, так как все как песок, как пыль, как туман, как скважность, ум размахивает лезвием во все стороны и не может найти точки для удара, и большое тело с виду становится туманностью беспредметной при приближении его к моему осознаванию.

    Так усилие пуантилистов выявить свет обнаружило цвет и свет распался, распылился на множество цветов. И цвет стал новою истиной сегодняшнего будущего. И сегодня, в свою очередь, ставит проблему, что будущее выявит цвет, но возможно, что выявляя цвет, как новую истину, как нечто реальное, в будущих днях только окажется результатом новой истины, но не истинной.

    Искание света все же остаётся главным. Солнечный свет недостаточно гибок, чтобы мог проходить во все катакомбы человеческого смотрения в явления для отыскания в них ценности.

    Для этого его заострённый ум изобрёл множество освещающие приборов, чтобы осветить в темноте искомый предмет.

    Наконец нашли нового преемника – рентгенов свет, который просвечивает на всю внутренность все содержимое в предмете, то, что нельзя было открыть ключом, а вернее отмычкой науки, как бы раскрылось лучами света, таким образом всё скрытое богатство мы увидим, но, увы, видеть – ещё не войти, увидеть – ещё не познать. Ум заточился и превратился из железной отмычки в луч, и лучом проник в предмет, но что же – вынести ничего не может, там только бесконечность, а бесконечность не вынесешь, и не обойдёшь и не проявишь.

    Рентгенов луч света остался только технической возможностью, не вскрывая<,> стены или замок природного сундука пройти. За ним должен идти ещё более гибкий свет, который уже должен познать все содержание, это свет знания.

    Этот новый свет и последний, последняя грань человеческих усилий, это предел, гребень всего светящегося мира, наивысшая температура, силу которой трудно представить человеку, наивысшая воспалённость человеческого мозга, напряжение которого должно все раскрыть и осознать, выявить и проявить реально подлинное мира.

    Свет знания принадлежит науке, технике, от этого знания, а,следовательно, осознанности<;> иногда отказывались художники вообще<,> придерживаясь интуитивного или вне осознавательного процесса, не отвечая почему, зачем и отчего, так нравится единственный ответ. Наука тревожила умы живописцев, находя в науке бездушный аналитизм, это, говорят, головное, то есть умственное искусство – математика и проч.

    Следовательно со стороны живописцев или вообще художников, было приемлемо только одно действие – вне знания : « действуем без знания »; последнее я отношу к сущности живописной, которая имеет очень прочное основание, в окончательном итоге супрематизма как беспредметность;живописная сущность идёт к абсолюту или же представляет собой абсолют.

    Несмотря на отрицание умственной работы в искусстве, все же надо констатировать факт, что умственная работа проходила на протяжении всей живописной истории. Возможно, что форма познавания, как и сами подходы, была другая, но это не мешало совершать подлинные научные исследования и изучения анатомии , перспективы и т.д.

    Последние живописные течения, как Кубизм, имеют аналогию и с другими науками, а также всей техникой. Формулировка кубистов «мало видеть, но и нужно и знать» очень ярко говорит о своём с последними единстве, что для того чтобы сделать что-либо, нужно освещать свою задачу светом знания.

    Отсюда вижу, что существует новый реальный свет, в новом выявлении и  науке, технике и искусстве, свет который стоит  вне призмы и вне разложения, это нечто конечное, реальное, завершённое орудие, острее ничего быть не может.

    И если действительно знание, это подлинное, чему суждено все познать, реальность только зависит от света знания.

    Если бы действительно это было бы так, то культура человека должна свестись только к одному фонарю, в котором заключён свет знания. Человек бы проходил во вселенной, как осознанной реальной подлинности, или, вернее, никуда бы не двигался, ибо вся вселенная со всем своим множеством была [бы] в фонаре, то есть в свете знания.

    Движение возможно и существует в человеке потому, что скрыто от него все, что он хочет познать, у него существует куда, откуда. Природа не имеет движения, в ней нет ни куда ни от куда, нет того пункта, куда бы она стремилась, конечно человек и с этим предположением не согласится, а астрономическая наука и подавно.

    У неё ясно на небесных картах начерчено, что земля имеет свою орбиту, что она не круг, а эллипс, что она имеет и свои точки, отхода и прихода и что точки эти имеют названия афелия и перигелия, ибо как же иначе может быть, поезд имеет станцию отправления и прибытия. Дальше земля вертится возле солнца, а солнце со своей системой, как поезд с вагонами бежит или тянется к Геркулесу. Геркулес это кажется главное куда.

    Таким образом всё то что существует у нас, то и во вселенной.

    Все построенное в чертежах с удивительной точностью движения – ничто иное как реальность, как нечто фактическое, незыблемое, вечное, данное. Создание этой правды произошло конечно через знания, здесь ум попал пальцем в небо. Прочертил и вычертил и все ясно стало.

    С фонарём света знания мы уничтожим злейшего нашего врага – это мрак, свет знания развеет его и выявит в нем все ценности, которые он скрыл, оставив для человека мир не как подлинность, а мир как представление.

    И так продолжается борьба света знания с мраком мировым, он горделив, незыблем и покоен, стоит, покрыв собою вечность. Обозлённое знание ничего с ним поделать не может, сомневается, на свои сегодняшние силы насчёт союзника в вечном будущем, позабыв, что каждый день это все новый и новый солдат из будущего, новая пушка с ним, новый прожектор, новый удушливый газ, слепительный голубой луч, дымовая завеса, боевой аэроплан, а за ним уже готовятся новые аппараты для новых солдатов – поглащатели азота, углерода или кислорода.

    Это всё опора знания и вся надежда, вся культура, вся наука и знания.

    Неизвестно, какую имеет мировый мрак надежду, на что он опирается и кого [возьмёт] в союз или в совет. И я предполагаю, что он ни на что не опирается и никого не зовёт на помощь, так [как] он – мир, то есть то в чём ничего.

    Отсюда возможно вытекают две философии, одна радостная, имеющая надежду на будущее, на знания, хочет быть в свету. Философия оптимизма. Вторая скептицизма. Две последние имеются и в искусствах, например, в Супрематизме существует и скептицизм, он скептически относится к культуре, пытающейся своими отмычками открыть сундук природы и забрать у неё все причины и ценности.

    Кубизм наоборот, имеет надежду на свет, свет освещающий и глазу и свет знания, полагает, что все непонятное, тёмное находится во мраке, а светлое – все то, что понятно и ясно, он верит, что природа просматривается, что в ней существует предмет – возможный к рассмотрению и анализу, полагает, что действительно природа или мир есть нечто такое, что может быть подвержено аналитическому процессу, что существуют вообще какие то действия с душою, духом и бездушные.

    Кубизм как и все практическое человечество верит и в знания и в возможность научного анализа и синтеза, верит в культуру, что она как мастер построит ключ ко всему неизвестному.

    Супрематизм же относится к этому мастеру скептически и верит в обратное, что его культура понапрасно разрушает, выискивая подходящие материалы для изготовления ключа, и верит, что мир не имеет замка, что в нём ничего не закрыто, так как нечего запирать.

    Предполагают, что в мире во вселенной существуют вещи, так как вещи существуют в доме, в культуре, носят имя, разделяются на практические особенности. Как же поэтому нет вещей у вселенной  в мире.

    Есть у человека законы, следовательно они должны быть и в природе, он узнал, что один элемент имеет одни свойства, другой  – другие, через их спыление получил закон их взаимодействий.

    Каждая вещь построена следовательно на законе, почему бы не быть и миру построенным на законе. Если человек обдумывает вещь, почему бы и природе не обдумать, если у человека разум, почему бы не иметь [его] природе.

    Если у меня есть потребность, то, очевидно, и у природы, ибо всё то, что у человека – то должно быть и [у] вселённого мира.

    Отсюда, конечно, вселенский разум, возможно, построил солнце по заранее обдуманному чертежу, с вполне ясными, конкретными синтезами, не минуя, конечно, аналитического процесса, сделал все практические выкладки, отсюда, как синтез получилось солнце со специальным назначением отапливания земного шара, чтобы человеку жилось в тепле, и только человеку так тоже ясно, что весь мир вселенским разумом создан именно для человека, он единый владыка мира, в другом случае все для земного шара.

    Луна тоже имеет определённое назначение освещать запоздавшим дорогу после заката солнца.

    Мировый разум строил все обдуманно и целесообразно, а главное – практично все для человека.

    Все практические вещи, конечно, возникают из материалов, поддержанные  духом, такова должна быть и природа, она тоже возникла из материалов через огонь.

    Возможно, что дело обстоит иначе, не так разумно и не так практично и целесообразно. Возможно, что существует одно нечто, которое в другом случае называется веществом ( к чему я очень скептически отношусь), это вещество в своём действии не только не имеет определённой потребности и цели, но и не знает её, что оно слепое, вне сознания действует и не предвидит ничего в своих процессах распадения. Возможно, что распадаясьвозникла температура и создала множество обстоятельств. Человек к такому акту распадения нечто, как целого вещества, отнёсся как к мировой катастрофе с точки зрения распадения дома и т.п. Но так как в природе признана неизменность вещества, в том смысле, что оно в огне, в воде, в морозе – всюду едино, что это нечто во всех видах одно и то же. То, очевидно, нужно признать, что и катастрофы не существует в мире, ибо мир одно вещество, неизменное во всех видах, процессах, оно растворяется и сотворяется.

    Свет, существующий в нем, не свет, как только один из видов этого нечто. Это нечто познаётся путём построения призм, и [в] призме той только увидим, что одно и то же в двух, трёх и тысяче видах, как цвет он же и свет, смотря по обстоятельству.

    Все живописные направления представляют собою призмы и через них видна та или иная реальность.

    Супрематизм – тоже призма, но призма через которую не видно ни одной реальности, в ней мир вне граней, в его призме не преломляется мир вещей, ибо их нет, оба беспредметны, оба люмпенпролетарии.

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    Линия человеческого движения представляет собою целый ряд центров – центры н<e>что иное как собрание культурных элементов, каждый город – центр культурных элементов, собранных в единый аппарат, который я и  называю призмой, в каждом таком центре существует разное восприятие мира, хотя мир один для всех призм. Каждый город, как призма, преломляет мир по разному и от этой разности зависит и построение всего плана, склад мышления.

    И человек убеждён, что выявлено подлинное бытие, тогда как оно совсем не выявлено, так неизвестно, как нужно сложить призму, чтобы она показала подлинность. Природа преломляется разными цветами радуги, но ведь это одна из многочисленных сторон. Каждая призма – только обстоятельство, в которое попало одно и то же существо из своего же тела, создавшее и саму призму.

    Каждый культурный центр – живой музей призм, целое скопище орудий и сетей для познания подлинности или изловления абсолюта, что ещё представляет собою каждый научный прибор или призма, с моей точки рассуждения, каждая призма может быть телескопом выявляющим-приближающим явление к моему сознанию, следовательно, вся культура всех научных орудий состоит из средств, так или иначе способствующих выявлению-приближению познаваемых явлений.

    Вопрос о выявлении возможно разно понимаем, например, в живописи в тех дисциплинах, которые заняты выявлением цвета, как некоей силы выявления как бы находя, что в природе цвет недостаточно выявлен и второе простое выявление окончательной подлинности.

    Возможно и другой вопрос поставить, что выявления происходят исключительно [из] моего сознания, так [как] все в природе неизменно, недвижимо, все закончено и нет никаких процессов, а моё сознание находится в движении вечном, осматривании природного абсолюта.

    И уже потому ничего нельзя культивировать и взять для этого в природе, ни цвета, ни формы, ни конструкции, ни материалов, в ней все абсолютно неизменно.

    Возьму условно в пример движущийся автомобиль, прошедший мимо моего осознавательного центра, один его момент оказался в лучах моего знания, произошла фиксация момента, все уже последующие моменты будут удаляющимися, реальность его уже в моем знании или опознавании будет разрушать оставшуюся зафиксированную форму первого момента, здесь уже происходит сомнение о его реальности, является целый ряд предположений. Существует ли он или нет, наконец в осознавательном центре остаётся только снимок, а подлинная реальность совсем исчезла, выявить её  нельзя никакими мерами, в том случае, если автомобиль не возвратится к прежнему моменту, но и это ещё не будет выявлением, так возможно, что все обстоятельства моего восприятия уже будут в других обстоятельствах, как и автомобиль.

    Дальше, реальность его в момент фиксации была только одним из моментов своей протяжённости в целом ряде обстоятельств, и подлинное приближение к осознаванию целого реального осталось за пределами бесконечного протяжения.

    Тоже произойдёт и обратное, если осознавательный центр будет двигаться вокруг его.

    Отсюда возникает другое положение, возможно ли производить и анализ или синтез над каким бы то ни было выявлением данности, если моменты исследуемого предмета нам неизвестны в своей протяжённости, если невозможно собрать всю его многогранность, например анализ живописный объёма и выявления его синтеза на поверхности холста оставляют одно доказательство, что в живописи двухмерного холста его не существует.

    Тоже и другие призмы, через которые просматриваем явление, тоже фиксируется один из многих моментов, о подлинности которых можно сомневаться по первой причине, и второй, что призма может быть построена тоже как один из моментов возможностей. Что при другой возможности, линия [не разб. как неизменное цвета] раздвоится на нов<ые> составн<ые> части.

    В третьем ещё случае ещё возникает вопрос, что призма или другой физический прибор возникает из подлинного обстоятельства или же и он только как момент одних из многих обстоятельств, реальность которых ничего общего не имеет со всеми последующими обстоятельствами. Он тоже протяжен, как и все познаваемое, и находясь в одном из моментов исследуемого, находится в одном из его обстоятельств, возможно, что построенная призма по исследуемости цвета или луча света даёт нам определённый спектр, и что просматривая свет бегущий из глубин вселенной, получим одни и те же линии цвета, это докажет, что одна часть света находится в одном и том же обстоятельстве.

    Переведя эту призму на другое обстоятельство и сравнивая спектр третьего обстоятельства, обнаружим, что некоторых линий нет,  следовательно свет там потерял некоторые линии и мы можем утверждать, что там нет того цвета или материала, который находится в первом случае.

    Следовательно реальность одного обстоятельства с другим разная, где же и в какой призме может быть установлена подлинность.

    С другой стороны, есть научное мнение, что существует вечная неизменная, неистощимая энергия, что эта энергия имеет одну окраску, окрашивается она или нет, что она составляет всю вселенную и во всем везде участвует, как единая сила, или же эта энергия разделяется на классы и распределяет себя в разных видах, и каждый окрашенный вид создаёт отдельное обстоятельство, другими словами сказать, что энергия представляет собою спектр цветов и потому энергии бывают разные, и не везде существуют, в одном месте существует красная, в другом – синяя, жёлтая, зелёная и потому в одном обстоятельстве нет зелёной линии, в другом – жёлтой. Но возможно, что энергия вне всего разделения, что она единая во всем и везде, и что только окраска в одном из обстоятельств не выявлена построенной нами призмой.

    Работа над выявлением света в живописи привела к тому, что свет – результат цвета.

    Дождевые капли образовали свою призму и разделили свет на два распадения, по одной стороне этой естественной призмы остался свет, по другой – цвет, два разных понятия и реальности.

    Допустим, это обстоятельство было построено так, чтобы весь наш шар был окрашен одним из цветов радуги или всеми цветами. Мы бы не имели никакого представления о реальном свете, он был бы остановлен этой мировой призмой где-то по-запределами нашей досягаемости.

    В свою очередь, цвет был бы нами исследован через новую призму, и дал бы новые распадения разного оцвечивания. Живописный холст может представлять собою небольшое поле, на котором действует одно красящее вещество, оно распадается и спадается. Живописец может работать только семью цветами, а то и тремя основными. Следовательно три – основа всей видоизменяемости цветового спектра, эти три основны<х> цвета, как одно вещество, проходя все обстоятельства на поверхности холста творят через взаимное соединение много цветов. Изменяемость и оцвечивание происход<я>т – это от спадения или распадения последних, что обуславливается местом обстоятельства, [цвета] могут и выбывать из состава в данном обстоятельстве. Таковых обстоятельств бесконечное множество на живописной поверхности, холст может служить небольшим показательным полем того, как происходят все видоизменения красящего вещества во вселенной, если действительно существует три или семь основных цветов. Это очень важно, мы считаем, что три являются родителями четырёх, но возможно, что и три рождены одним, это все зависит от обстоятельств.

    Не всё в природе рождается от двоих, но и от одного, при условии существования размножающейся единицы.

    Живописная поверхность представляет собою наилучшее явление для изучения структуры, как результат движения красящего вещества через все центры новых и новых обстоятельств. Работая над изучением движения красящего вещества мне представлялся весь мир, как многоточие -составляющее центры или углы мировой структуры, соединённые между собою протяжённостью вещества. Каждая точка – обстоятельство собранной энергии, причём сила энергии бывает разная, отсюда я предполагаю, конечно по своему внутреннему измерению, что оцвечивание энергии бывает разное, поэтому семь основных цветов – представляют собою разное время одной и той же энергии. Если поверхность  живописная покрыта разными цветными формами, то энергия цветная находится в разных моментах своей силы, из таковых разниц и составляется поверхность живописи.

    Отсюда делаю предположение, что энергия способна оцвечиваться не только в семь, но и [в] бесчисленное множество цветовых оттенков и цветов, возможно, что это бесчисленное множество цветов существует и сейчас, но глазная наша призма не может их воспринять, отсюда в технике по этому вопросу изобретается множество приборов, которые и являются совершенствованием нашего глаза.

    Реальность живописную живописец строит на основе трёх или семи основных цветов, но это только основа его глазного восприятия семи или трёх напряжений энергии.

    Всякий человек представляет собою одну из единиц скопления энергии, живописец потому и видоизменяет поверхность живописную по разности формы и цвета, и тона, что в нем связуются узлы разных напряжений энергии.

    Я как-то обратил внимание на работу природного физического кабинета, в котором особенно ярко обрисовались на тёмном фоне тучи, цветная дуга. Это было толчком для долгого размышления, которое вылилось в график цветного движения через центры человеческой культуры. Я рассуждал, что если капля воды была обстоятельством нового реального явления, то почему не может быть таким обстоятельством каким быть новый центр. Что очевидно вся реальность тех или иных различий, есть бесконечные результаты обстоятельств, через которые преломляются взаимно, поэтому природа есть тот клубок спутанной одной и той же нитки, которую никакими умозаключениями не распутаешь, а также физическими приборами не разрубишь, поставить границу реального и нереального нельзя.

    И так если капля воды создала обстоятельство, в котором свет распался на цвета, то возможно, что каждый цветок – тоже обстоятельство, в котором преломилось цветное вещество. Дальше и человек тоже представляет собою призму, в которой преломляется весь цветной мир, и в свою очередь каждый человек – субъективная особь, воспринимающая подобно цветку то или иное окрашивание, окраска, с моей точки рассуждения, зависит не от эстетического, как [от] динамического их состояния, каждая особо представляет призму различного строения, в силу чего преломляемость явлений разная, а разность преломлений зависит опять от состояния динамического напряжения, так, что каждое явление может быть воспринимаемо в своих моментах в той или иной скорости движения, а также формы конструкции и окраски.

    Движения цвета образуют белый цвет, возможны две построенные особи в разном конструировании одних и тех же элементов, одно и то же вещество в разных комбинациях может воспринять реальность явления по-разному.

    Среди людей  каждый человек представляет ту или иную видоизменность формы восприятия мира, хотя все представляют собою одну форму людей, благодаря только этому каждый воспринимает «мир» по иному, но люди ещё обладают особым свойством взаимных доказательств, смысл которых кроется в причине уяснения себе единой реальности «мира». Этот процесс в человеческой работе взаимных культурных доказательств я называю моментами конструирования в себе единой призмы, чтобы среди или все люди представили собою одну единую форму – восприятия мира, чтобы для них мир был единым. В последнем я вижу весь смысл каждого учения, и учёный спор как варка или сварка двух мировоззрений, трудность достижения таковой сварки очевидна, но, возможно, живопись представляет наглядный образец того, что восприятие реального мира было в свете, все живописцы видели всякое явление только в свете.

    И как-то спорили с теми, кто мир бы видел в цветной окраске. Живопись нам доказывает, что призма восприятия живописцем явлений в себе или вне изменилась. Дальнейшее современное живописное уже воспринимает явления не в свете, а в цвете.

    Уже пуантилистическая живописная наука доказала, что подлинность передаваемого явления вне лежащего находится не в свете, как только в цвете, что луч цветной пестрит по ней, и только благодаря динамическому состоянию цветных лучей, в своём столкновении образуют свет.

    И так если бы человек представлял собою законченную форму призмы, воспринимающей только свет, то реальность мира была бы одна, но благодаря тому, что он продолжает работать над конструктивной стороной, построил новую призму, которая показала, что свет – реальность цвета.

    Произошло открытие того, что предмет в подлинности не находится в свету, как только в цвете, как бы предмет находился покрытым туманом, и когда туман разойдётся, предмет покажет свою подлинную окраску. Возможны отсюда упрёки взаимные друг другу живописцев в том, что для одного будет реален свет, как нечто подлинное живописное, для другого живописное уже не будет подлинное в световой живописи, как только цветописное – оперирование с чистым цветом, и строя его в процессе смешения, достигая живописной массы.

    Эту форму живописи я называю вне световой, выходящей из физического естества, а естество творческой воли живописца, который конструирует цвета между собою в порядке его нужности, но не в порядке физического светоделания, природной необходимости.

    Все же это не значит, что живописец в чистой цветовой постройке живописной данности тоже прав, как оперирующий подлинной реальностью, что и все его цветовое конструирование, все для этого необходимые познавания и знания цвета, вполне оправдываются, что его цветовое познание есть Альфа и Омега.

    Я долго искал такой линии, которая бы мне показала эту Альфу и Омегу, чтобы возможно было бы увидеть как цветное вещество движется и есть ли какие либо законы, влияющие на живописца этого базиса цветного вещества.

    Выше упомянутая мною капля воды, послужившая обстоятельством распадения света на свет и цвет, перевела моё внимание на цветы, как на новые обстоятельства цветного состояния, я начал производить исследования на линии человеческого культурного строения, я установил одну линию через все центры человеческой культуры, культурными центрами я считал места, в которых люди производят формы тех или иных вещей. Деревня была взята за исходный пункт, этот пункт уже представлялся мне, как некая призма, воспринимающая один из моментов движения энергии цветного вещества. В силу чего окраска или оцвечивание всех вещей и самих себя была и зависела только от последнего.

    Цветность деревни почти целиком совпадала со спектром цветущего поля. Если допустить теперь, что все люди есть такие же восприниматели цветов и энергий, и кроме этого представляют собою вообще энергию, то факты вслед за деревней новые центры с большей динамической силой доказуют восхождение или развитие динамической силы, следовательно цветное вещество уже находится в новом обстоятельстве и цветность его должна быть другая.  В этом новом центре не только изменяется цветность, но и сознание, знание, мастерство, искусство и наука, новые обстоятельства требуют новых форм и отношений.

    В силу чего преемственность из прошлого обстоятельства возможно будет не природной, а если она есть, то мне будет подтверждать, что в новое обстоятельство переносится старое, следовательно в одном из центров нового обстоятельства находится старое.

    Но как бы там ни было,  цветы, перенесённые из поля в город, все же они не изменят общего динамического состояния города, как только сами завянут.

    Губернский город – сильно повышенный энергетический темп, цветность его понижена, спектр его при сравнении со спектром поля или деревни будет в сильной разнице, на нем линии цвета незначительны, большое количество тональных линий и линий чёрного и белого.

    Столица, как высший центр на своём спектре обнаружит больше черных и белых линий, которые займут по моему исследовательскому графику первую группу, за ней идёт вторая группа серых и коричневато-синеватых, третья группа пёстрых с вкраплением цветного, и четвертая группа – составляющая одну десятую долю всех групп – цветная полоска шести групповых основных тонов.

    Из построенного мною графика возможно вывести закон соответствующей окраски вещей, по графику, возможно [Вы] видите в какую краску или цвет должна быть окрашена вещь.

    Если обратите все действия в данной столице в живописное состояние, допустите, что столица представляет собою ничто другое, как плоскость, на которой происходит живое перемещение живописных форм, и так же представим себе и другое – поле деревни, то увидим, что их живописная поверхность будет весьма различна в цветном тональном отношении.

    Из этого сопоставления я усмотрел, что влияние на живописное  осознавание должно быть огромно. Два живописца – один из деревни, другой из города – будут под разными влияниями и живописные их поверхности будут разные.

    Здесь я бы сказал, что даже не идёт речь [о] влиянии, как [о] законном действии состояния энергии цветного вещества.

    Этот закон узаконивает меня в каждом новом обстоятельстве покрывать холст теми или иными красками.

    В этом случае никакая эстетика не в состоянии ничего изменить, так  все подчинено физическому движению.

    Развивая график движения цветного вещества, предусматривается новый город или новый центр, в котором должно быть только две группы окрашивания чёрного и белого.

    Предусматривается это через график вспомогательный, именно график перемещения человека из одного поля в другое, график вспомогательный представляет собою сеть  и связь, и степень центров или городов по своим орбитам, уездный город и целая сеть деревень, губернский город и уезды,, столицы и губернские города, эти графики указуют, что столицы в будущем, в силу закона движения и интенсивности энергии, столицы являются преддверием накануне выявления нового центра, который я бы назвал «Геркулесом» человеческой энергии. Направляющим всю сеть множества центров.

    При помощи этого графика нетрудно было определить и его место в цветном графике, указующим его цветность или бесцветность. Под бесцветностью понимаю белое и чёрное.

    Действие столицы сильно, по графику видно, что лучи цветного вещества доходят [до] центра и гаснут, поглощаются черным и белым, и луч поглощения движется вплоть до исходных пунктов цветного луча, поглощающее его и окрашивает собою все больше и больше исходный центр, скажем деревню.

    Построенный график цветного движения, возможно, дал некоторые обоснования решённым проблемам Супрематизма, построенные три квадрата красного, чёрного и белого стали выясняться.

    График цвета не только указал на движение и видоизменение живописи, но указал мне на то, что и создание или уровень культуры человека можно определить по цвету. Та или иная идея всегда окрашивается, не проходит ни одного сверх выдающегося случая вне той или иной окраски.

    Все торжественные случаи оцвечиваются, свадьба и смерть окрашиваются в два – чёрное и белое, но бывает смерть и красна, то есть зависит она [окраска] от тех обстоятельств, где совершилась смерть, отсюда и гроб окрашен в красную краску, будет окрашен согласно обстоятельству.

    Возможно приписывать те или иные окраски случаев чисто традициям нации народов, так что в одном народе тот же случай может быть окрашен в синюю, белую, жёлтую. Но это только мне указывает, что тот или иной народ, и окраска все же зависит от его динамического уровня, то есть состояния самой энергичной напряжённости.

    Установление этого графика и разработка его обещает огромную работу, необходимость его постройки вытекает из самого хаотического состояния живописной основы, которая не установлена [на] крепкой линии времени, то она цветна, то тональна, то одни художники живописцы увлекаются отдельными мастерами и вносят далёкое от нас обстоятельство в какое [то] обстоятельство, тогда когда при установлении твёрдой? мёртвой? линии жизни можно установить и соответствие вещей, если каждая минута уже меняет обстоятельство, то он на площади, то в переулке, то освещён, то во мраке том, то вне её. Кроме того, [если] вся внутренняя работа его мысли тоже меняется и движется, то что говорить уже об обстоятельствах отдельных веков.

    Последнее касается не только цветописи живописи, но и вообще формы, как технических вещей, так и скульптурных.

    Наши, например, Столицы, как наивысший центр и обстоятельство, в котором динамика достигает большого уровня, вмещают на своих улицах и лошадиную тягу и автомобили, это указывает, что две силы двух динамических степеней путаются между собою.

    Из обстоятельства динамического состояния столицы выявился мотор, никакая преемственность и опыт кучера не приемлем, мотор породил или выявил особое сознание в лице механика-моториста. Возможно, что это не предусмотрено графиком, но тычет в порядке стихийном. Но мне думается, что при постройке графика видно было, что нужно выявлять, а что не относится [к] данному обстоятельству.

    Живопись, как цветопись, напоминает мне в настоящее время людей на такой планете где нет воды, но люди заняты выявлением делания лодок.

    Современные живописцы заняты в большинстве разработкой цвета, выявлять цвет – это их первейшая задача. Современный живописец напоминает мне негра, занятого украшением своего туловища цветными лентами. Так все не соответствует времени и обстоятельству давно ушедшего цвета.

    Но могу обратить внимание на то, что периуд цветного Супрематизма над формою красного квадрата не оказал влияния на живописцев вплоть до самой формы. Не могу [не] обратить внимание, что и возникновение цветных дисциплин в мире школ, тоже вышло из цветного Супрематизма, которые [дисциплины] были построены в Московской школе группой работавших в приблизительных основах Супрематизма.

    Но ведь это только указывало на то, что не было ничего непонятного в цветном Супрематизме, и я был первый против всех дисциплин цвета, так как с моей точки зрения, уже тогда казалось, что я живу в другом динамическом обстоятельстве, где цвету нет места, я не живу в столице какого-либо короля африканских племён.

    Выявление живописи или цветописи в современном динамическом состоянии означало бы, чтобы заводы занялись деланием одних и тех же телег. Но они делают моторы, в другом случае деревня делала бы автомобили, не изменив свою топографию. Автомобиль, как результат нового обстоятельства, должен и изменить обстоятельство деревни, а топография должна подчиниться высшему напряжению и обратиться в его обстоятельство.

    Мы можем выявить большую интенсивность цвета одним привезением большого камня в тот гроб, где все состоит из гуттаперчи???, камень останется камнем, как ненужный хлам. Он не попал в своё обстоятельство. Выявить отсюда цвет – значит ничего не выявить.

    Дальше в другой форме о цвете можно поговорить уже со скептической точки зрения к данному занятию выявлений вообще.

    Допустим, что сидит человек и выявляет цвет. Под этим нужно разуметь, что выявить цвет значит изолировать его ото всех обстоятельств, возможно ли это сделать, ибо выявить через создание обстоятельств, влияющих на выявляемый цвет, уже не может быть чистой выявляемостью, уже не изоляция, вывод из обстоятельств цвета в своё подлинное реальное.

    Второе, можем ли мы сказать, что красное краснее всех, указать пределы, граничность. Когда каждый цвет зависит от влияний движущегося красящего или цветного вещества по разным обстоятельствам. Если нет граничности, то и нет изоляции и выявлений во времени, пространстве.

    Допустим, что удалось установить границу и выявить цвет в форме плоскости на холсте, безразлично – зелёный, синий, красный, жёлтый, что же будет ли это окончательное выявление цвета, не изменится ли он при внесении в него нового элемента. Прочертим внизу холста новую полосу в виде крыши, или в средней [части] сделаем туманное пятно белой или серой краской, или проведём через весь холст контрастную полосу. Мы увидим, что образовалось новое явление, время или пространство, заставившее измениться всей плоскости и даже цветности, оно примет другое вещественное значение.

    К вопросу о выявлении цвета добавить вопрос есть ли измерение, что синий или красный цвет выявлен, можно ли установить меру, мне лично приходилось проделывать эти опыты, и когда с моей точки цвет был в данном месте достаточно выявлен, то работающему над выявлением казался недостаточным.

    Следовательно измеряемость интенсивности цветовой идёт через субъективное усмотрение, а оно уже идёт дальше и изобретает обстоятельства согласно своей личной заострённой субъективности. Где синий цвет может попасть в обстоятельства чёрного, белого, жёлтого, красного, зелёного и обратно все цвета попадают в обстоятельства синего.

    Возможно ли отсюда поставить один натюрморт цветов, что [бы] каждая особь смогла выявить тот или иной цвет. Ни один натюрморт не может быть поставлен для всех, изучение через натюрморты цветного выявления дадут механическое воспроизведение. Принимая за меру то, что каждая личность – призма, преломляющая в себе мир, достаточно уже будет, что познание цветного луча в ней другое, поэтому обнаружить каждую призму путём исследования каждой личности, изучить её, возможно, вносить те или иные добавления, но к какому уровню или линии мы должны приравнивать, мы не имеем никакой линии за исключением предлагаемого мною измерения по существу обстоятельств, которое обнаруживаю в цветном графике.

    Изучение обстоятельств – первейшее дело, ибо в них попадающее вещество, будь то человек или иной материал, принимает то или другое видоизменение.

    Наряду с попыткой или психической манией выявления того или иного элемента живописного порядка, переходят и к выявлению материалов. Целый ряд выявлений, получается, что аэроплан – результат выявления материалов, или обратно – все материалы [это] выявленные результаты выявления определённой заданности.

    Следовательно определённая заданность – причина выявления и материалов. Что кого выявляет, атмосфера – аэроплан, или аэроплан – атмосферу. Конечно, возможно проделывать все, но это все, возможно, будет простым хламом.

    Живописное стремление все время углублялось в проблему выявления света, и по мере углубления рассчитывали, наконец, до подлинности его при помощи науки, наконец им удалось в лице Пуантилистов достигнуть этого предела, и что же произошло, живописцам пришлось констатировать новую реальность – цвет.

    Вместо выявления окончательной реальности выявилась новая реальность цвета, призма указала, что одна реальность в двух степенях или в двух видах, что же из этих двух подлинное, и что нужно выявлять, и что имеет преимущества, цель была поставлена ясно выявить свет, выявили цвет, возможно, что выявляя цвет, выявится другая сторона, и все стороны не имеют граней, через которые возможно выделить выявляемое, нет границ реального и нереального.

    Пуантилистическая работа над выявлением света не могла не оказать влияния на живописца. Которому должно было стать ясным, что свет как нечто живописное состоит из смешения цветовых лучей, в силу чего получается тональное окрашивание предметов.

    Следовательно живопись есть нечто иное, как только конструкция цветов, этот момент освобождает живописца от произвольного окрашивания вещей лежащих вне его воли, и даёт ему возможность подчинить цвета той конструкции, которая требуется его творческой заданности.

    Отсюда, возможно, возникает впервые ответ  что есть живопись.  Отсюда возникает и другой ответ, что живопись и самоцель, ибо одно тожество реального выявления предметов через свет отпало, что живопись есть материал из которого должны быть построены специальные живописные конструкции вещей, целые системы.

    Но это совершалось не сразу, выйдя из света к цвету, ещё долгое время предмет, натюрморт продолжали выкрашиваться в цветное, правда что натюрморт стал как бы уже поводом, и это уже обозначало, что воля живописца уже довлеет над ним, что угрожает форме его новая реконструкция, которая произойдёт уже из необходимости живописной самоцели.

    Другое открытие Пуантилизма возможно было найти в том, что они узнали колебание или движение цветовых лучей, и свет таким образом – динамическое напряжение цвета во времени, отсюда и зависит степень его цветности.

    Отсюда как бы возникает время и живописный материал, цветовая конструктивная масса. Выйдя к этим двум положениям, перед живописцем стала больше расширяться заданность, он все больше осознавал свой живописный материал, который не мог быть приложим ни к какому предмету, так [как] конструкция предмета была совершена на другой заданности. Влетая во время-пространство, мы получаем новые средства выявляющие нашу заданность, здесь вскрывается новая эпоха живописи, новый анализ и новый синтез, здесь возникла проверка того, в чем прежде всего находится моя заданность, в каких или через какие обстоятельства выявляется она, результаты не заставили себя долго ждать, анализ показал, что все конструируется во мне не иначе как в обстоятельстве времени, в пространстве. Отсюда, живописец должен был обратить внимание и на второе обстоятельство, в чем и где он должен реализовать свою заданность. Конечно, реализация заданности может быть только тогда, когда она со всеми своими обстоятельствами будет передана из внутреннего во вне, то есть в то же время и пространство, [в] которое [она] была в представлении луча, как отражение бытия.

    Таким образом мы вышли к новым проблемам живописи, к новым обстоятельствам, живопись должна перешагнуть из одного берега на другой, оставив на том берегу всю свою историческую одежду и стаж, несмотря на все его традиции, древность, опыт.

    Новое обстоятельство потребует новых опытов и средств.

    Почему она должна оставить холст, да потому, что холст, как средство, имел только возможность реализовать высоту и ширину, фактической глубины не имея. Живописец же узнал при каких обстоятельствах у него создаётся и выявляется задание, и что он хочет видеть его подлинно реально, и не как впечатление. Живописец не мог передать объёма реально, как только подозрительное впечатление от него.

    Подвергая исследованию живописное растение, для меня было очень наглядно, как происходит и выявляется весь этот рост живописи, я обнаружил, что холст постепенно должен занять другое положение, так как потребность выявления реального объёма должна дать и новое ему положение.

    Принцип Кубистической наклейки обнаружил собою зародыш или признак объёма, вырастающего из поверхности холста. Наклейка или насыпка уже свидетельствуют о реальном объёме, но не впечатлении. Холст получил новое значение – значение плана, то что больше не может ничего реализовать, как только двухмерный план, поэтому на нем реально все то, что развёрнуто в плане.

    План только основание того, чему нужно выйти в трёхмерную реальность, объем, который при этом трёхмерен ещё не может быть выявлен – это ещё полу объёмное выявление, и чтобы объем выявить, необходимо его перевести во время, то есть снять с фундамента, основания, поднять в пространство, поставить его в обстоятельство вращения, то есть в те условия, в которых он существует в моем внутреннем.

    Пространство и время начинает играть главную значимость и становиться проблемой живописного восхождения. Живописец осознал, что ничто не находится в статической изоляции, как только в динамике, и что весь комплекс элементов, полученный из вне и внутренних его волевых реакций, приводящийся в определённую систему, находится во времени, и каждый элемент соразмещается в пространстве на нужной отдалённости и сближении.

    Вся таковая работа живописца приведения комплекса элементов в систему и получила название «Пространственной реализации» или «Пространственного реализма». В последнем определении ясно указуется, что живопись пришла к аналогичному реальному выявлению другого искусства – архитектуры, или техники вообще. Но это ещё не значит, что и формы будут поводом последним.

    Холст, таким образом, остался до времени подсобным средством простой приблизительной записи всего происходящего во времени комплектования элементов в определённую заданность, которая должна быть реализована в пространстве, а для того, чтобы реализовать заданность, необходимо было живописцу прибегнуть и к новым средствам, то есть технической связи материалов.

    Последнее явление вызвало среди живописцев недоумение, и вот о падении живописи начали вопить, что моё новое искусство не живопись, оно оперирует песком, толем, стеклом, железом, но не живописью, оно от ума, разумно, математически и т.д.

    Эти вопли, ни на чем не обоснованные, кажутся воплем тех людей, которые увидев, что человек стал летать, начали кричать – да разве это люди, разве подобает летать человеку, разве естественно, это от ума, разумно.

    Второе положение ставит вопрос, чем же оперирует или из чего составляется живопись старого живописца, мы видим, что любая живописная поверхность состоит из реализации впечатлений, того же стекла, песка, железа, воды, огня, камня, многие живописцы пытаются достигнуть полной иллюзии их   ……   .

    Можно обратить внимание на то, что живописная поверхность двухмерного холста представляет собою целый ряд различий, но в действительности, все различия фактически состоят из одного цветного вещества, которое в различных местах картины называется облаком, водою, домом, деревом, так что вся поверхность состоит из этих имён, где же живопись? В чем живопись, в том что живописны данные предметы, но ведь жива и каждая постройка. Следовательно и живо всякое построение элементов в определённую систему.

    Мы следовательно имеем дело не с живописью, ибо такого материала или вещества нет, как только [с] цветным веществом, которое конструируясь в разных обстоятельствах творит различия. Одно из таких обстоятельств было и старое понимание живописи, в котором цветное вещество давало то или иное различие или имя вернее впечатления имени его реальной данности.

    Таким образом вижу, что живопись, как цветное вещество вовсе не гибнет, как только перемещается в новое обстоятельство, человек, пересевший из двуколки в аэроплан, остался как человеческое вещество, изменив только свою видовую форму.

    Сдвиг в живописи в сторону четвёртого измерения, конечно, не простая шуточка, касающаяся исключительно одной области, живописный сдвиг во время- пространство – сдвиг  всей трёхмерной культуры.

    Это новое обстоятельство должно разрушить всю трёхмерную культуру, как трёхмерная разрушала двухмерную. Человек перешёл в новое обстоятельство и должен строить новую форму.

    Конечно старики-домоседы, засидевшиеся на покое трёхмерного созерцания, должны зашевелиться и подумать о своём спасении. Недаром же они пугают молодое поколение тем, что вся новая форма – «Вошь», вошью пугают, детей раньше пугали лешим, Змеем Горынычем, антика антикой, туда идите, вы же на самом деле не идиоты, чтобы не понять значение антики для вашей будущей жизни, когда вырастете. Берегите бабушку, она была когда-то очень красива и мила.

    Но в свою очередь возможно сказать , что для идиотов непонятно будущее. Аэроплан не античен, как и свет электричества. Попробуйте, заверните его в античное обстоятельство, не бросится он [со] страху в море антика.

    Сущность в растворении, космос не в мощи целостного, как только распыление, наш земной шар только временное створение или спыление, которое в будущем должно распылиться.

    Маленькие аэропланы недаром вышли из недр земли, их не остановит закон земли, они пойдут туда, откуда пришли и створили планету, земля как рай разойдётся и может сойтись в новом виде, люди как песок, гонимый ветром,  принимают и форму новую и новую поверхность, так и наша трёхмерная, на фундаментах построенная, культура вырастает, выходит на поверхность, чтобы броситься в пространство.

    Живопись в Кубизме достигла своего наивысшего предела и должна перейти во время, эту её наивысшую точку в орбите, после чего начинает распыляться на цветные лучи, все дальше углубляясь, уйдёт из сферы окрашивания, наше сознание не будет воспринимать цветность, ибо его динамическое обстоятельство будет бесцветно.

    Супрематический момент, как новое обстоятельство, показал мне, что в его призме произошли три момента цветного и два момента различий бесцветного – чёрного и белого, по форме трёх квадратов. Это совершилось стихийно, вне обоснований их значения, которое пытались уделить сейчас. Я сверил, как говорил раньше, мою супрематическую линию и линию вообще жизни, как энергии, и нашёл их тожественность графику о движении цвета. В Супрематизме выяснилось три момента цветного чёрного и белого, что и дало мне возможность построить график и выяснить будущее в белом квадрате, как новой белой эпохе миростроения беспредметного Супрематизма.

    Анализ Супрематизма мне дал некую мысль предполагать, что цветное вещество возможно бесцветно и только окрашивается в обстоятельствах того или иного движения.

    Под белым Супрематизмом нельзя однако понимать, что белое получилось от физического колебания, хотя и это не лишено внимания, но белое может иметь и другой смысл, как абсолютной чистоты, в чем нет различий, может быть и чёрное белым в смысле чистоты.

    И так живопись, как цветное вещество пришло в новое обстоятельство, где потеряло все свои цветные различия, вещество как беспредметное, бесцветная энергия.

    Не заключается ли в этом весь смысл всех смыслов, всех учений и умозаключений о мире и всем движении народов к этому белому миру беспредметности (белое понимаю, как чистое поле его цветов).

    Путь к нему очень труден, он может через все учения идёт и воду, кипяток, огонь, газ, железо, динамит, …. , слепящие голубые лучи, химическое …. , песка [пока] не пройдёт все  эти различия, не достигнет его.

    Поэтому красное, как лозунг величайшего пожара, веру, которое сознание в последний раз должно пройти и выйти в белый Супрематизм бесцветного мира.

    На основании постройки графика цветного движения, я установил новый график экономический, политический, в котором форма осознавания того или иного уклона обозначилась окрашиванием, здесь тоже вне цвета ничего не прошло, наоборот, каждое движение, направляющее своё усилие к выявлению социалистической заданности, окрашивало себя, каждое движение, с моей точки зрения, представляло собою динамическое напряжение и от того или иного напряжения получалась окраска.

    Мне пришлось быть свидетелем разговора одного социалиста, который уверял, что красное знамя означает кровь рабочего, но моя точка зрения, согласно графику, что если бы кровь рабочего была зелёная, то все же революция совершилась бы под красным.

    Подобно живописной революции, цветная палитра экономической или социалистической  окрашивает новые формы в разный цвет, каждое сознание политической группировки имеет свою окраску.

    Форма Интернациональная, которая представляет собою цветную палитру. Сейчас мы имеем три формы интернационалистов, которые разделяются между собою своею интенсивностью и формой. Первый [интернационал] из них должен быть на фоне жёлтого, и степень которого должна окрашиваться красным, соцветность увеличивается во втором, и уже красный высший тон напряжения заключился в третьем на диске жёлтого образованием большей поверхности. Поскольку форма третьего интернационала стремится к равенству народов, поскольку она стремится уничтожить различия в широком смысле слова, постольку красное идёт к новому центру – белому, как символу бесцветия, другими словами к безразличию или равенству.

    И в этом случае видно, что цвет исчезает из политической группировки. Анархия кажется окрашена в чёрное, то есть в тёмном не видно ни одного различия, луч тёмный поглотил все цвета и сделал единство вне различий и преимуществ.

    Из всего сказанного о цвете видно, что всюду одно и то же вещество, попадая в то или иное обстоятельство, получает и форму и цветность, отсюда возникают множество различий, но все в человеке стремится к одному обстоятельству, в котором не было ни различий, ни преимуществ, как их нет во вселенной.

    Каждое учение, какое бы оно ни было, стоит на одном и зовёт к одному обстоятельству, в котором не будет различий. К единству, к целому, зовёт к вечному покою, то есть миру, где все равно, а вернее где ничего нет.

    И так заканчивая свою краткую мысль о цвете, свете, о принципе  выявления подлинности, сущности естественного и неестественного, сознательного и бессознательного, выявление подлинного лика мира представляет одно из труднейших дел человека. Все стало опираться на науку и имеет надежду, что она пробьёт брешь во мраке и выявит лик мира через свет, но нет такого света, который бы осветил и выявил лик мира, ибо сам свет есть только степень мрака тёмного, это одно и то же вещество во всех своих степенях.

    Возможно допустить, что под выявляемостью можно понимать слепую реакцию вне и внутри лежащих сил. Отсюда живописец и скульптор, и другой ничего не могут выявить, как только ту реакцию, которая произошла от взаимных воздействий вне и внутри лежащих сил, эти силы меняют формы, где их подлинный лик, который хочет выявить через созерцание бесконечного видоизменения этого мира.

    Этот мировой актёр скрывает себя, как бы боясь показать свой лик, боится чтобы человек не сорвал с него многоликую маску и познал его подлинное лицо среди бесконечного различия.

    Но у этого актёра одна есть щель – это поглощение, луч поглощения чёрный или белый, приятия или отказа, безразлично, там потухает его подлинность, на спектре  нашей науки только одна тёмная или белая полоска, через которую мы видим только мрак, не доступный никакому свету солнц, ибо весь свет состоит из луча мрака. В этой чёрной полоске или щели кончается зрелище.

    Туда вошёл мировой актёр, скрыв многоличие своё, потому что у него нет подлинного лика.

    Но люди не унывают, работают над научными ключами, заостряют топоры и ум, чтобы прорубить щель, но топор, как и ум, не вонзается, как и ключ не находит замочной скважины, ибо нет их в мире, нет ни скважины, ни предмета для рубки.

    Как образуется форма.

    Образование тела.

    Образование центра.

    Что есть центр, центром можно считать место схода лучевой энергии или вообще энергии, центром исхода энергии. В центре можем видеть образование туманности в движении, потом от сжатия наступает образование тела, то есть особого состояния энергии, последнего образования, последнее образование тела, можем считать, что оно происходит не по лучевому из центра нарастанию, а наоборот, наматыванием на центр из вне тяготеющих к нему тел или энергии, которая достигает своего предела и начинает расходиться дальше посредством отрицательного свойства закона о пределе.

    Если предположить, что образовавшийся неизвестно каким образом, центр, который развивает своё тело путём излучения энергии из центра, то очевидно этот центр должен идти к распаду или уничтожению тела в пространстве.

    Если эти лучи тела, частиц не сойдутся вновь, то им угрожает полный распад, они будут двигаться линейно в бесконечность, тем самым покажут, что нет в их существе ни тяготения, ни отрицания.

    Но если принять во внимание происхождение звёзд, появление туманности, как факт скопления частиц, которые движутся в своей массе, само собой разумеется, что они образованы в центр, на который наматываются частицы и сжимаются до своего предельного закона, подобно дереву, ствол разрезанный в поперечине то показывает скорее, наматывание пластов на центр, нежели исходит из него.

    Если принять первый загиб за начало центра, то увидим, что точка, как некий центр, движется, образует (условно) линию, если эта линия способна излучать из себя, частица способна размножаться, то движение этой линии вправо или влево образуют плоскость, предметность которой должна определяться законами систем образования тела. Движение плоскости может образовать тот или иной объем, зависит от задания и обстоятельств, в силу которых происходит то или иное формообразование, так же от этого зависит и образование линий точки центра (последние, с моей точки зрения, существуют только в нашем суждении о природообразовании, чего нет вне этого).

    Образование тела из центра во все стороны, распадение центра на две стороны и образование плоскости, будет только экономическим распадением центра и заполнением пространства. Образование плоскости в одну сторону до законного предела, центр образуется посредине двух – начала и предела. С другой стороны, центр или точка не может образовать ни линии, ни плоскости, при условии если тело образуется с распадением центра, оно образует обязательно диск, круг лучей, обязательно шарообразный. Если материи частицы, каждая образует собою тело из центра образованное, то оно шаровидное.

    Скопление частиц может быть только при взаимном тяготении, при условии, что в какой-либо частице сила тяготения больше, нежели отрицания, если таковая частица соединится с другой, то тем самым покажет, что у частицы «А» сила тяготения меньше отрицания тоже чем частица «В». Соединившиеся А и В, частица В получает плюс тяготения силы, которая подгоняет третью, четвертую. Таким образом, частица В становится центром, все время наматывая вокруг себя новые частицы, а так как предполагается, что каждая частица имеет вращение, то они и вращаются возле частицы В, все больше и больше сжимаясь, и чем больше сжимаются, тем [больше] сила отрицания передаётся  на поверхность от центра и возможно, что этим положением устанавливается предел, как сила отказа, поэтому наматывание новых частиц больше не происходит, если под этой силой разуметь, что она ничтожное, как тоже частицы материи энергия, то эта частица, уже являются предельными, в которых преимущество напряжения отказа нежели приятия, отказ их очень силен, побеждающий и отталкивающий все тяготеющее к частице В.

    Возможно, что форма во вселенной образуется в шаровидную, другой формы не существует, неправильно, образование шара кругообразного или продолговатого зависит от неравного распределения части вокруг В, возможно отсюда и сдвиг центра, то есть когда частица В центрообразуется нарастанием большого количества частиц А, поэтому может быть центр сбоку.

    Форма вселенной шарообразная, человек – [форма] квадратная, углообразная, кубообразная.

    Если тело образуется из центра, то очевидно, что оно разматывается в две стороны, один центр как точка не может разматываться во все стороны, тем более в четыре стороны! Нужно образование новых двух, четырёх центров, каждый самостоятельно движущийся. Поэтому форма имеет как бы движение бесконечного множества точек.

    О содержании.

    «Содержание» возможно является наиглавнейшим техническим средством, связывающим все вне содержания существующее.

    Все, что бы человек не творил, основано на содержании, без содержания ничего не делается, а если делается, то считается без ценным, цены не имеющим.

    Но последняя оценка такового явления была бы преждевременна, преждевременность оценки явилась бы потому, что либо содержание не нравится, или совершенно не улавливается, общество полагает, что существует в жизни два содержания или две формы, которые имеют своё содержание. Одна – материальное благо, другая – духовное, Религиозное, спор между последними, тоже существует, в чем истинное содержание – в духовном, Религиозном или материальном, следовательно «содержание», как средство, через что или чем содержатся формы, чем связуется материя, ещё не установлено, одни полагают, что духовным, Религиозным содержанием все содержится, а следовательно и весь мир – природа, вселенная – связан Религиозным содержанием, в чем как главная суть, как ядро, содержащее вселенную, разумеется в имени Бога. Бог и будет содержанием, Религиозным содержанием всего материального мира вселенной, как некоего тела, в котором он живёт, в совершенстве, как несмертное начало.

    Другое существует линия, что мир как вселенная не содержится Богом, как только своими материальными взаимоотношениями и воздействиями друг на друга, и в том и в другом случае предполагается, что существуют в мире отдельные частицы, которые и держат друг друга, содержат, если существуют принципы приятия и отказа, как отрицания и тяготения, то возможно считать, что материальный мир имеет своим содержанием «тяготение и отрицание, приятие и отказ».

    То же и в первом случае, существование частиц обеспечивается Богом, который возможно обладает последними принципами, если они действительно единственные совершенства технические. Мир содержится и Богом, и тяготением, одна часть человечества живёт в одном мироздании во главе с Богом, другие с другим принципом, две подлинности, два различных мирооснования, два разума, люди двух планет, хотя живут на одной.

    Возможно, что материальность должна видеть чудеса, что одна часть людей висит в безматериальном пространстве, так как содержание их Бог, то что не существует для материалиста.

    Если проанализировать оба основания содержаний, то увидим, что оба беспредметны,  они допустим содержат бесконечное число частиц, блуждавших некогда в пространстве, как бы получается, что мир был хаос вне содержания и что настал момент в котором появилась новая сила, организующая хаос и стала содержать организмы, как организованное тело, конечно, это явившееся содержание не было лишено практического смысла, и создало организм в котором и поселилось. Таким образом появился смысл материальных организаций, появились осмысленные вещи, которого [смысла] ранее не было, если допустить содержание ради содержания, хотя и второе, возможно, появилось для этого «ради», дело только …. к содержанию – беспредметному.

    Но человек с таковым содержанием не согласится, следовательно содержание должно принять в себя ещё другой элемент, элемент осмысливания, что содержать различия может только смысл, а смысл оправдывается во имя «чего». Если таковое «во имя» находится, то явление оправдывается, а если нет – не оправдывается.

    Таким образом, форма связанных различий в виде церквей, оправдывается смысл, во имя которого они сложены, а имя это – Бог, следовательно все содержаться должно именем Бога. В другом случае – материальным благом. Таким образом, установилось два смысла с определённым содержанием и законом. Два учения, в силу которых все различия, например, прямые, кривые, объёмы, как формы и сам материал, с которого произошли последние, должны связываться в его порядке нужности. Если при этом появилось ещё новое учение, то если оно и не соединяет те же различия, то оно бессодержательно, неконкретно, отвлечено.

    В данном случае я имею ввиду искусство вообще и в частности живописное, когда оно шло параллельно последним двум учениям, познавших мир, материальному и духовному, то все его [искусства] проявления были содержательными.

    Когда же живописное искусство стало определять своё мироздание со своим «во имя», то этого «во имя», прежде всего не находят, ибо люди познали два и разделились, они видят только своё имя, отсюда ясно их отношение, что новое искусство вне содержания. Но возможно, что это не так, живописное искусство имеет своё «во имя» – живопись, в которую должны все различия сложиться и осмыслиться живописью, которая их также содержит, как и во всех остальных другое «во имя» в данном времени, всякая вещь может разделиться на несколько смыслов, на несколько содержаний, практическую, утилитарную, духовно-религиозную и искусство, одни и те же прямые, кривые слагаются разно по нужности каждого «во имя», своим сложением, организованностью выражают своё «во имя», свою конкретность.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Encore des archives…

    ENCORE DES ARCHIVES…

    Ixoune, Valentine Marcadé, John Malmstad, Le Mans, fin des années 1960, photo Jean-Claude Marcadé

     

    Jean-Claude et Valentine Marcadé, Ixoune, Carnac, fin des années 1960, photo John Malmstad
    Jean-Claude et Valentine Marcadé au Pam, début des années 1970
    Ixoune, Jean-Claude Marcadé au Pam, début des années 1960 (au mur toile de Maria Raube-Gortchilina)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Jean-Claude, Jean-René, Andréa, Valentine Marcadé, Seignosse le Pénon, début des années 1970, photo Olga Bogdanovitch

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Jean-Claude Marcadé, Maxime Atkhanguelski, Moscou, années 1970
    Modèle d’une églidse orthodoxe, par Maxime Arkhanguelski
  • ENCORE DES ARCHIVES…

    ENCORE DES ARCHIVES …

    Katia zoubtchenk, Jean-Claude Marcadé, Andraï Lanskoy, Valentine Marcadé, 1966, photo Evguénia Berg

     

    Katia Zoubtchenko, Jean-Claude Marcadé, Andreï Lanskoy, Valentine Marcadé, 1966, photo Evguénia Berg

     

     

     

     

    Jean-Claude Marcadé, Youri Annenkov, chez Éliane Moch-Bickert, 1970, photo Jean-Reé Teilhac

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Valentine Marcadé chez Éliane Moch-Bickert, 1970, photo Jean-René Teilhac

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Valetine Marcadé, Mikhaïl Andreenko avec la galette des Rois, années 1970, photo Jean-Clade Marcadé
    Mikhaïl Chémiakine, Valentine Marcadé, chez les Marcadé, 36 rue Saint-Sulpice, vers 1972, photo Jean-Claude Marcadé

     

     

     

    Riva Chémiakina,chez les Marcadé, début années 1970, photo Jean-Claude Marcadé
    Riva et Dossik Chémiakina, Léningrad ,1969
    Doroteïa (Dossik) Chémiakina, Léningrad, 1969
    Mikhaïl, Rebecca (Riva), Dorotéïa (Dossik) Chémiakine, Léningrad, 1969

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Valentine Marcadé, Raphaël Khérumian, fin des années 1960

     

     

    Raphaël Khérumian,fin des années 1960
    Raphaël Khérumian, Jean-Claude Marcadé, fin des années 1960

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ossip Zadkine dans son atelier rue d'Assas, vers 1965
    Ossip) Zadkine dans son atelier de la rue d’Assas, vers 1965

     

     

     

     

     

    Ossip Zadkine, Jean-Claude Marcadé, 100 rue d’Assas, vers 1965

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Maria Gortchilina, Jean-Claude Marcadé, à la datcha de Tcheliouskinskaya, 1976
    Zénon Komissarenko, années 1970

     

    Jean-Claude Marcadé, Garry Faïf, février 1993

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Jean-Claude Marcadé, Garry Faïf, Dammary les Lys, 1993
    Sélim Khan-Magomédov, Anatoli Strigaliov devant la sculpture de Pevsner « Monde », au Centre Pompidou, 1993

     

     

     

    Mari d’Irina Pronina, Irina Pronina, Jean-Claude Marcadé, Simone Faïf, Garry Faïf, dans un restaurant partisien, vers 1993

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Gaga Koventchouk, Garry FaIf, Janna Koventchouk, chez les Marcadé, 36, rue Saint-Sulpice, années 1990

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Jean-Claude Marcadé, Dmitri Sarabianov, 1996

     

    Youra (Guéorgui) Kovalenko, Jean-Claude Marcadé, Moscou, 1996

     

  • Yakov TUGENDHOLD « Le problème de la nature morte », 1912

    Yakov TUGENDHOLD

    « Le problème de la nature morte*[1]« [2]

    Il y a une expression consacrée, qui nous contrarie

     beaucoup…c’est celle de la nature morte, comme si

    la nature ne vivait pas toujours!

    Théophile Gautier*

     

    « La Fée »… On voit à l’instant même ce qu’il y a

    dans les choses: l’âme du pain, du vin, du poivre,

    par exemple.

    Maurice Maeterlinck*

    Une étrange peinture – la « nature morte » : elle

    nous force à admirer la copie des choses

     que nous n’admirons pas dans l’original!

    Blaise Pascal[3]

     

    Oh, étonnement des choses –

    jusqu’à leur particules les plus infimes!

    Whitman

    Dans rien, peut-être, ne s’est manifestée de façon aussi évidente la différence entre le monde contemporain et le passé historique, comme dans la représentation de ce que l’on appelle « nature morte », ce genre artistique parmi les plus simples. Je retiens pour la moment le terme malheureux du français nature morte* qui ne définit absolument pas la nouvelle saisie des objets qui conditionne l’efflorescence actuelle de la peinture figurative.

    Et cette efflorescence ne fait aucun doute : qui, parmi les très illustres artistes contemporains, est passé à côté de la beauté des objets et des plantes? C’est vrai que les nombreux siècles passés se signalent par leur amour de l’inanimé et, depuis longtemps, se déploient les maillons des artistes amoureux de  l’opulence des mets et des fleurs. Mais c’étaient des spécialistes, des connaisseurs de la cuisine et des orangeries. Souvenons-nous des maîtres des obsonia* (des sujets culinaires) dans les mosaïques antiques, des peintres « ripailleurs » de la Flandre et de la Hollande ou bien des peintres italiens comme Tisi* le « Muguet »[4] et Mario di Fiori[5]. Mais justement, la conséquence de cette spécialisation fit que la « nature morte » a joué dans l’art du passé un rôle secondaire, qu’elle était un genre mineur. C’est à  ces spécialistes que les grands maîtres confiaient la charge de peindre des fleurs dans leurs compositions, comme, par exemple, Rubens à Daniel Seghers et Jan Brueghel, Jordaens à Snyders, Raphaël à Giovanni da Udine.

    Deux traits sont caractéristiques de la « nature morte » dans l’art passé : le caractère décoratif ou bien le naturalisme. Les créateurs des mosaïques et des fresques romaines peignaient les fleurs et les fruits comme  des ornementations géométriques du sol ou des murs; les miniaturistes médiévaux et les brodeurs des tapisseries les représentaient sous la forme d’ornements ouvrés, les panthéistes italiens du XVe siècle les admiraient comme des tapis printaniers (Fra Filippo Lippi, Gozzoli, Botticelli). Cette tendance souvent décorative a atteint son apogée dans les guirlandes de fleurs et de fruits stylisés  des Loges de Raphaël…

    Les Hollandais et les Flamands ont abordé les premiers ce monde inanimé en tant que genre autonome, an tant que tableau de chevalet replié sur lui-même. Grâce à cette pléiade néerlandaise, la « nature morte » a cessé d’être un accessoire des sujets historiques et religieux, un attribut des banquets ou bien une arabesque décorative. Mais, après l’avoir libérée des tâches subalternes, certains Néerlandais et leurs successeurs français l’ont soumise en même temps à l’histoire naturelle. Si chez les Italiens la représentation de la flore était indivisible des figures allégoriques des gens, désormais, autour des fleurs, se mirent à voleter des papillons et à grouiller divers amphibiens. Dans la somptueuse accumulation et la précision pédante des natures mortes* des XVIe-XVIIe siècles il y avait beaucoup d’amour et même un grand culte sensuel des objets, mais leur proximité d’avec la Naturphilosophie de l’époque, les atlas zoologiques et botaniques, le Muséum d’histoire naturelle*, est indubitable. Tels sont, par exemple, les travaux d’Abraham Mignon, de Jan van Huysum ou de Nicolas Robert (de la Fleur*), auquel Louis XIV a offert l’orangerie du Luxembourg, et de [G. Spendonec?], peintre et en même temps administrateur du Jardin des Plantes*. C’est Chardin qui libéra la « nature morte » du Scylla de la décorativité  et du Charybde de l’herbier. À partir du milieu privé d’air d’Abraham Mignon et du  décor architectural d’Alexandre-François Desportes, il transporta les objets dans la douce atmosphère des intérieurs* cossus. « Il faut peindre non avec les couleurs, mais avec le sentiment », disait Chardin et dans ces mots était incarné un nouveau rapport, enfanté, intimement amoureux, au monde matériel, aux objets les plus ordinaires du quotidien bourgeois. Diderot a écrit sur lui : « Pour Chardin, il n’y a pas d’objets ingrats dans la nature. » Genriste et portraitiste de première classe, il a montré les possibilités de la « nature morte », non comme une branche spéciale et inférieure de l’art, mais comme un sujet coloriste, digne des talents universels. Dans ce sens, le maître Chardin a tracé la route pour Courbet, Manet et Cézanne.

    Il est très significatif que l’expression même de nature morte* n’existait pas encore du temps de Chardin : son admirateur Diderot ne connaissait pas ce terme. Regardez Les Salons* de Diderot, vous verrez que la notion de nature morte*  est absorbée par celle de peinture de genre*[6]. Ce mot « mort » est apparu en France seulement au XIXe siècle en même temps que le triomphe du réalisme et de l’art  du « trompe l’oeil », en même temps que l’avènement d’un public bourgeois dont les raisins  de Zeuxis étaient l’idéal dans le passé et les natures mortes* de Blaise Desgoffe dans le présent. Je ne veux absolument pas diminuer la puissante beauté des fleurs et des fruits de Courbet revenant, à l’époque du Romantisme, à la magnifique matérialité des Hollandais, mais il ne fait pas de doute que l’épithète « inanimée » est, dans un certain sens, due aussi à la peinture du maître d’Ornans avec sa pesanteur matérielle et son absence de mouvement…

    Cependant, dès la moitié du XIXe siècle, le célèbre critique Théophile Thoré-Burger[7] et le poète Théophile Gautier, comme s’ils pressentaient les conquêtes qui auraient lieu dans le domaine de la « nature morte », ont protesté contre cette terminologie« Il y a une expression consacrée qui nous répugne – c’est la nature morte; comme si la nature n’était pas toujours vivante. », a écrit l’auteur des Émaux et camées, lui-même un poète-joailler.

    Et vraiment, il est temps de rejeter ce néologisme et de revenir au terme ancien et beaucoup plus pénétrant, qui existe dans toutes les langues hormis le français et le russe : Stilleven* (en hollandais), Stilleben*(en allemand), Still-Life* (en anglais) et Riposo* (en italien), ce qui signifie « vie calme ».  La vie silencieuse et passive de la vie des objets. Ce terme qui affirme seulement l’immobilité relative des objets, mais qui ne nie pas qu’il y ait derrière eux des éléments et des allusions de la vie organique, convient on ne peut plus à la nature morte* contemporaine, à la base de laquelle se trouve un panpsychisme esthétique original…

    En fait, qu’est-ce donc que cette « nature morte » ? Les roses couvertes de rosée qui viennent d’être coupées d’Édouard Manet, ou bien les idoles voluptueuses de Gauguin, ou bien les soleils épanouis des hélianthes van-goghiens, ou bien les attributs sensuels des boudoirs de Degas, ou bien la saturation des toiles cirées et des indiennes dans les salles à manger vuillardiennes, ou même les assiettes sénilement recourbées de Cézanne? Et pourquoi une Cathédrale de Rouen en pierre de Claude Monet est une nature vivante, un paysage, alors que ses tulipes et ses pommes succulentes sont des natures mortes*?

    II

    Pour saisir la différence entre la représentation  précédente et la nouvelle représentation du monde inanimé, il faut comparer les natures mortes* de Courbet et celles de Manet. Courbet, qui partage le point de vue d’un réalisme naïf, pensait que la contemplation esthétique doit être une contemplation objective, totalement adéquate à la réalité : il voyait dans les fleurs et les fruits des corps extérieurs, absolument passifs, passibles d’être copiés de la façon la plus exacte possible. Ce qui fascinait le plus les contemporains dans les natures mortes* de Chardin, c’était l’illusion de bombement, ce qui intéressait le plus Courbet lui-même, c’était l’habileté à faire sortir les objets  hors de la toile. Manet, qui a commencé aussi par l’imitation des vieux maîtres (les Hollandais dans ses Poissons, Gibier, Lièvre, Vélasquez dans les bouquets, Olympia), a su aborder la « nature morte » de façon tout à fait autre. L’artiste doit rendre non la res*, non la chose en soi, mais sa propre impression reçue de cette chose, son propre équivalent psychique de celle-ci, – non pas un corps, mais une manifestation, non pas ce qui est (et qui, d’ailleurs, est inconnaissable), mais ce qui paraît. Voilà le nouveau mot d’ordre mis en avant par Manet dans son tableau La brioche* (1870). La grande découverte de ses natures mortes* n’est pas tant dans leur beauté coloriste que dans leur inachèvement extérieur et leur fraîcheur intérieure, dans la fait que tel verre avec des roses est fixé par quelques touches et coups de couleurs, – comme une impression soudaine qui réjouit, comme une soudaine fragrance. Dès lors, des déductions ultérieures découlaient de ce subjectivisme : le refus des contingences empiriques, l’omission des détails, la volonté d’une concentration esthétique, de la simplification de la gamme colorée et de l’échelle tonale, c’est-à-dire une liberté de choix qui n’existait pas chez les réalistes. Dans la beauté des valeurs* (des interrelations colorées), dans la clarté expresse d’une rose sur un fond sombre qui souligne sa naïveté immaculée gît le charme extrêmement fort de sa nature morte*, si modeste en comparaison de toutes les orangeries et tous les herbiers de maîtres précédents. Dans cette petite fleur s’est reflété, comme dans un foyer, le grand et volontaire tempérament de l’artiste; c’est une chose qui n’est plus reflétée  par une seule enveloppe réticulaire, mais par quelque chose de plus complexe et, à cause de cela, elle est devenue elle-même animée. Oui, Manet aimait les natures mortes*. Courbet les a peintes principalement dans l’ombre de la prison, alors qu’il n’était pas possible d’avoir des modèles vivants – Manet les peignait, étant en liberté, à la lumière du soleil.

    C’est ainsi que s’est produite la permutation des rôles dans la formulation de la « nature morte » : l’homme est une chose. Pour les réalistes, le sujet connaissant jouait , dans un certain sens, un rôle passif par rapport à l’objet représenté; chez Manet,  le rôle actif est passé à l’homme qui contemple les choses. Manet a surmonté en lui-même et dans toute la peinture française l’influence des Hollandais que Schopenhauer considérait comme les porte-parole d’une « contemplation  sans volonté  purement objective ». Élevé dans l’esprit de Chardin, il est allé plus loin que son maître, il a émancipé la nature morte* de la peinture de genre et l’a mise en avant en tant que problème coloriste et psychologique.

    À la suite de Manet sont apparus de nouveaux artistes qui se sont encore davantage approchés du mystère des choses et ont jeté un pont entre l’âme de l’homme contemporain  et la nature morte*.  L’évolution générale des idées a joué un certain rôle dans ce renouvellement de la « nature morte ». La crise du réalisme et du matérialisme naïfs dans le domaine de la peinture a coïncidé avec, d’un côté, le progrès des connaissances physiques et biologiques et, de l’autre, l’épanouissement du symbolisme littéraire.

    En fait, les succès de la science dans la seconde moitié du XIXe siècle ne pouvaient pas ne pas contribuer de façon oblique à la vivification de la « nature morte » dans la conscience des artistes. Est-ce que les découvertes optiques de Helmholtz et de Chevreul  n’ont pas ouvert devant les peintres la riche vie de la couleur, là où, auparavant, on présupposait des couleurs immuables locales? Est-ce que les conquêtes de la biologie la plus récente n’ont pas réduit l’abîme qui séparait la nature inorganique et la vie organique, les mondes animal et végétatif? Et si le biologiste refuse  de tracer une limite précise entre les mondes vivants et inanimés et le botaniste vient à parler de la reconnaissance des sensations dans chaque tissu vivant, alors, plus encore pour l’artiste, il ne peut y avoir de différence essentielle entre ces deux natures et il a la droit de bâtir les hypothèses les plus larges et d’admettre ce qui n’est pas encore admis empiriquement. Car l’une des tâches de l’art est dans cette avance intuitive prise par une connaissance exacte.

    Les maîtres néerlandais travaillaient dans des temps où les naturalistes voyaient dans la végétation des corps sans vie. Les impressionnistes français se sont manifestés à une époque où il était tenu compte du rôle vivifiant,  grandiose du soleil et les plantes commencèrent à être étudiées comme des conservatrices mi- animées de l’énergie solaire, où l’idée de l’interaction des choses pénétra les esprits. C’est précisément cette assimilation des objets avec le milieu ambiant qui crée la palpitation de la vie dans la « nature morte » de Claude Monet et de Renoir. Leurs fruits et fleurs semblent être en commerce avec l’atmosphère, ils en aspirent l’air et l’expirent dans un aspect retravaillé, c’est-à-dire reteint. Les couleurs d’une pomme pourpre se répètent sur le fond, y réveillent des harmonies supplémentaires verdâtres et se fondent en lui en une harmonie aérienne vibrante. Ici disparaît la vieille division du tableau en objets et fond, l’une et l’autre chose forment un tout, comme s’ils échangeaient mutuellement leurs couleurs ou bien se distinguaient seulement par la quantité relative des mêmes couleurs. N’est-ce pas là la franche incarnation picturale de l’idée scientifique de l’échange des matières?[8]

    Cette vie inférieure, cette intelligence des fleurs* (comme l’a appelée Maeterlinck)  se manifeste de façon encore plus évidente dans la « nature morte » de Van Gogh. Le soleil, voilà la force vitale, le diamant magique que Van Gogh tente de conquérir pour éclairer par son moyen l’âme des choses. Lui-même perpétuellement impétueux, il tente de dévoiler dans chaque plante son élan caché vers le soleil ou venant du soleil, comme si ces plantes respiraient, voyaient et avaient conscience. Il s’empare de tout le monde végétatif dans un mouvement perpétuel qui ne se dessine pas à lui comme une attraction aveugle, mais comme la manifestation d’une certaine volonté rationnelle; cette volonté vers le  mouvement est justement l’âme de la « nature morte » van-goghienne, « l’idée » de chacun de ses corps. Ses plantes sont des être animés qui vivent de la vie mystérieuse intense, que lui, Van Gogh s’efforce de saisir et de fixer sur la toile. D’où toutes les inégalités de sa technique, tantôt faussement tranquille, tantôt follement précipitée, furieusement nerveuse. « Avant de partir d’ici, j’espère renouveler encore une fois une attaque des cyprès », – dans ces paroles de l’artiste s’est déversé tout son rapport aux objets. Et véritablement ses natures mortes*, ce sont je ne sais quelle lutte torturante et acharnée de l’homme avec ce qui est en dehors de l’homme, une lutte pour résoudre l’énigme du secret biologique, – je ne sais quelle extase tragique et quelle déchirure de la connaissance humaine qui ne peut s’accommoder  de ses propres limites et relativismes. Descendant des Hollandais « objectifs », Van Gogh s’élève ici jusqu’au pathétique suprême de Faust…

    Telle est « la vivification de la nature morte », provoquée par la conscience de l’unité biologique de la nature « morte » et vivante, et en particulier par l’intrusion dans la peinture des rayons magiques et vivifiants du soleil. Mais cela n’est pas encore  le dernier mot des conquêtes des arts les plus récents. En fait, et l’assimilation des objets au milieu ambiant que nous observions chez Monet et Renoir, et le volontarisme vangoghien, présentent des recherches d’un caractère naturellement objectif. Ici, l’art se manifeste non pas tant dans le rôle de l’acte créateur que dans celui de la connaissance; ici, est affirmé le lien des choses avec l’air et le soleil, ainsi qu’entre eux, mais pas des choses avec l’homme. C’est précisément cette dernière chose qui intéresse l’artiste symboliste : non pas la vie des choses dans un milieu extérieur, mais la correspondance intérieure de cette vie avec l’âme de l’homme. Le problème de la communauté entre la chose et l’homme est un problème artistique par excellence, ayant à faire avec le besoin d’induction, non pas avec des faits d’analyse, mais uniquement avec le besoin intime de notre âme d’une synthèse universelle. Les objets de notre chambre resteront pour le savant des corps de quelque constitution et structure, dans lesquels, même si se produit un certain processus chimique, cela est dans tous les cas indépendant de l’homme. Mais l’artiste lui dira que les corps changent leur face et cela dépend de l’état d’âme de l’homme; il lui rétorquera par les beaux mots de Rodenbach :

    Les chambres, qu’on croirait d’inanimés décors,
    – Apparat de silence aux étoffes inertes –
    Ont cependant une âme, une vie aussi certes,
    Une voix close aux influences du dehors
    Qui répand leur pensée en halos de sourdines…[9]

    III

    Cet amour intime pour les objets était un trait distinctif du goût français; l’esprit d’une collection éclectique est lié indissolublement à tous les styles français du XVIIIe siècle, mais il s’est particulièrement épanoui dans la seconde moitié du XIXe en même temps que l’irruption des objets japonais et exotiques, et l’apparition du symbolisme comme école d’art. Rappelons-nous les collectionneurs raffinés du bibelot*, les Goncourt, ou bien le héros de Huysmans qui échange volontairement le monde extérieur pour le monde des objets et des fleurs[10], ou bien Mallarmé qui a puisé son inspiration poétique dans l’ambiance de sa chambre, ou encore ce même Rodenbach, tendre poète des dentelles et des fleurs. Dans ce culte des choses il n’y avait et il n’y a pas notre poétisation intime russe des styles passés. Les Français n’aiment pas tant l’assortiment harmonieux des choses que chaque chose isolément pour sa couleur locale*, ses associations qui en émanent. D’où cet éclectisme, cette bigarrure ethnographique de l’intérieur* français raffiné (le cabinet du poète ou l’atelier de l’artiste), qui semble remplacer dans l’imagination du Français l’Univers et qui joue le même rôle que les vrais voyages dans la vie des Anglais. Ici chaque chose devient pour la fantaisie une sorte d’ invitation au voyage*, provoquant des « correspondances » inattendues. Dans la poésie de Baudelaire, dans les sonnets et la prose de Mallarmé on peut trouver beaucoup d’exemples d’un semblable rôle associatif des choses…

    Cette « esthétique des correspondances », cet amour des choses comme porteuses des émotions humaines, se sont reflétés dans la « nature morte » de la fin du XIXe siècle. Les impressionnistes ont noté la vie inférieure des objets « morts »; la génération suivante, comme par analogie avec sa propre vie affective, a vu dans les choses  un être spirituel, dans le monde – un caractère animé universel. Les peintres de natures mortes d’autrefois, les maîtres anciens, conféraient aux choses soit une signification des attributs étroitement utilitaire, soit une détermination allégorique; aujourd’hui, à la lumière du symbolisme, une grande quantité d’images, une grande quantité de possibilités ont été découvertes dans chaque chose. Et si Chardin était appelé « peintre d’attributs« *, il conviendrait d’appeler les nouveaux peintres de natures mortes des « peintres de symboles ».

    D’ailleurs, déjà chez Renoir, on peut trouver un panthéisme érotique spécifique qui pénètre toute sa peinture. Il y a quelque chose de commun entre la surabondance du sang de ses femmes, la succulence de ses pommes, la maturité de ses pêches, comme si elles étaient faites d’une seule matière. Dans ses fruits il y a quelque chose de corporel, de sensuel; dans leur pourpre veloutée il y a je ne sais quel rouge de honte… Il y a encore plus de corporéité luxuriante dans les fruits exotiques de Gauguin, cette ambroisie des sauvages pareils à des dieux, divinisant tout ce qui est dans l’homme et pour l’homme.  Mais dans ses couleurs il y également une autre mystique – l’effroi de l’homme devant ses frères inférieurs, l’effroi devant le mystère du végétal, effroi souligné parfois par les yeux maléfiques d’un chat, parfois par la figure d’une idole.  Tel un authentique Tahitien, il voit comme en songe des manifestations et des conjurations dans les fleurs,  signes des sortilèges de toute une langue. Ainsi dans le tableau L’Esprit veille* les fleurs du tupapau* émettent une lumière phosphorescente, prévenant une jeune fille couchée que les esprits des morts veillent et sont prêts à apparaître (voir l’ajout à Noa-Noa)…

    Tout autre est la psychologie des bouquets d’Odilon Redon. Ses fleurettes naïves paraissent être peintes par une lycéenne ou faites en tissu, comme les pauvres fleurs urbaines de Verlaine; Mais regardez de plus près et vous sentirez en elles l’enchantement maladif de l’artificialité, les charmes cadavéreux qui effrayaient tant et fascinaient des Esseintes*. Ce sont de telles fleurs, des demi-fleurs – des demi-plumes que représente aussi Van Dongen; Transplantées des chapeaux de dames dans des vases en verre, elles semblent être des symboles sinistres d’un exotisme d’usine, des symboles de la nature vraiment morte de la Ville…

    Encore plus aiguë est la spiritualité des choses chez Van Gogh; j’ai mentionné  plus haut ses plantes, mais, en dehors d’elles, tout ce qu’il peint est empli d’un état d’esprit humain. Dans quelques unes de ses pommes de terre lilas pâle jetées dans une terrine d’argile, on trouve une stupéfiante quintessence de la pauvreté humaine telle qu’il n’y en a de semblable dans toute la peinture de Millet et de Courbet; elles paraissent être d’énormes gouttes solidifiées de larmes humaines. Je voudrais appeler « Romans » un autre tableau de Van Gogh Livres, tellement l’âme ardente et sensuelle du roman latin est symbolisée par ces couvertures jaunes et rouges, voluptueuses, brûlantes. Et lorsqu’on voit tous ces objets sans intérêt, Chapeau de paille, Souliers, Pipe, Livres, spiritualisés par l’artiste, vient à l’esprit une remarque de Pascal : « Quelle vanité que la peinture, qui attire l’admiration par la ressemblance des choses dont on n’admire pas les originaux ». Nous voudrions éclaircir cette « vanité », car n’est-elle pas la grande nervosité humaine qui transfigure ces choses pitoyables…Mais particulièrement convaincantes chez Van Gogh sont ses tables et ses chaises, les mêmes tables et chaises, si confortables et invitantes dans sa Chambre, et si anguleuses, dures, dans son Café de nuit, où des clochards sans domicile viennent chercher vainement le repos. Ici les choses sont représentées telles qu’elles apparaissent aux visiteurs fatigués, ici le billard ressemble dans son raccourci à un cercueil, ici la lampe suspendue rappelle une lune glauque sur un chemin d’automne défoncé. Ainsi changent les choses, cela dépendant d’avec quels yeux l’homme les regarde, – une observation génialement incarnée dans le récit de Villiers de L’Isle-Adam, Véra, où tout l’aspect de la chambre change en liaison avec les émotions du héros…

    Nous voyons cette même harmonie intérieure entre les choses et l’homme chez Maurice Denis, Bonnard, Vuillard. Dans Nativité* de Maurice Denis (visiblement inspirée par Fouquet), la bassine, dans laquelle on baigne le bébé, et le lit sur lequel est étendue l’accouchée, et même les chandeliers, de même que les visages des femmes, sont anormalement arrondis et grossis. L’image de la grossesse, l’idée de la maternité sont répandues  ici dans toutes les choses et dans tous les contours, cette idée dont l’association a dicté à Mallarmé la contemplation d’une guitare ronde (« Une dentelle s’abolit »*)… Au contraire, dans les cabinets de toilette de Bonnard, où se lavent des jeunes filles basanées, le linge et tous les accessoires deviennent également corporels, chauds, palpitants. Et dans un minuscule pastel de Degas (au Musée du Luxembourg), dans une simple peau de tigre est pourrait-on dire concentrée toute la concupiscence carnassière de la femme et de son boudoir…

    Un tout autre état d’esprit règne dans les pièces de Vuillard, sur ses tables de repas et ses commodes. Mais regardez tout d’abord le comptoir garni de cristal et de bouteilles dans Bar[11] de Manet, où « l’âme du vin » dorée, se fragmentant dans les lustres, jouant dans le miroir en un essaim-carillon d’étincelles, chante le baudelairien chant plein de lumière*[12]. Ici, c’est la magie des choses, le vol de l’esprit planant au-dessus de la quotidienneté de la vie domestique. Jetez ensuite votre regard sur les tables de repas de Vuillard, couvertes de toiles cirées rouges à carreaux, où siègent de circonspects bourgeois : quelle étroitesse obtuse, quelle absence d’ailes dans ces choses, combien sont ennuyeuses et immobiles les arabesques des toiles cirées des nappes, des tapisseries de papier et des tasses vuillardiennes! Combien rarement le soleil joue dans cette pièce glauque, une pièce où on ne fait que « manger », comme est oppressante cette « petite ambiance » d’où il est si difficile de partir dans des lointains inconnus de la Terre…

    Ainsi les âmes nobles et basses des choses, invisibles aux autres, se découvrent-elles au regard de l’artiste, doué du diamant clairvoyant de la Fée…

     

    IV

    À part de cette saisie atmosphérique et psychologique des chose, se tiennent les oeuvres de Cézanne, un des plus grands maîtres dans le domaine de la nature morte* contemporaine. Je dis « à part », parce que dans sa « nature morte » il n’y pas le caractère aérien de Monet et de Renoir, ni le psychologisme de Van Gogh. Mais, dans le même temps, one peut pas ne pas être d’accord ave Camille Mauclair qui voit dans les oeuvres de Cézanne seulement une « superficialité grossière ». « Les fruits de Cézanne – dit-il, ce sont des boules d’un quelconque matériau, coloriées dans la couleur des pommes et des poires; grattez cette couleur vive et vous trouverez sous elles  du plâtre, le même plâtre dont sont faites la porcelaine de ses compotiers ou bien la toile de ses nappes. » L’honorable critique mélange ici deux choses, deux concepts.

    Oui, Cézanne ne vise pas à rendre l’illusion du matériau : on n’a pas envie de manger ses pommes, comme celles de Snyders, ou bien de les caresser, comme les fruits veloutés de Chardin – on a seulement envie de les regarder. Ce sont des choses qui sont détachées de toute  signification utilitaire et humaine  – ce sont des valeurs purement esthétiques. Cézanne  perçoit les choses, non du côté de leur constitution chimique, mais du côté de la vision de leur structure formelle. Non pas le sens du matériau, mais le sens de la forme – voilà le pathétique des natures mortes* cézanniennes; il admire le volume et la solidité des corps, leur aspect monumental. Mais comme il est peintre, il fait apparaître cette sculpturalité de la forme au moyen de la couleur. Ses pommes ressemblent à des grenades et des émeraudes bien polies, ses vases et tasses rappellent des coupoles bleuâtres renversées, ses serviettes sont posées comme de lourds reliefs de marbre blanc et ses tables jaunes,  toujours prises sous un angle, s’en vont dans l’infini comme les corniches des temples. Au lieu du chaos glouton des Néerlandais ou du caractère capricieux japonais des impressionnistes, cette majestueuse harmonie architecturale règne dans toutes ses natures mortes*. La passivité des choses correspondait on ne peut mieux à la manière strictement consciente de sa peinture, à l’intellectualisme de sa création : il représentait non une pomme véritable comme les réalistes, et non l’impression d’une pomme comme les impressionnistes, mais plutôt sa propre représentation a priori, son propre schéma, sa propre idée de la pomme. Les fruits n’étaient pour lui que des motifs picturaux (comme il le disait lui-même) – que des sonorités de sa gamme colorée favorite, élaborée une fois pour toutes.[13]  Il pouvait combiner ses fruits, ses vases et ses serviettes, car, conformément à sa théorie de la réduction des formes extérieures du monde à trois très simples éléments (la sphère, le cône et le cylindre), il voulait réaliser ce qu’il n’était pas toujours possible de faire dans le paysage et le portrait. Dans le paysage, on doit choisir, tandis que l’on peut assortir une « nature morte » comme on veut; et est-ce que ce n’est pas dans cette docilité des choses avec lesquelles on peut faire ce qu’on veut, que gît une des causes principales de l’importance prééminente  qu’a reçue la nature morte*à notre époque, une époque de synthèse à tout prix?

    Et vraiment, dans chaque nature morte* de Cézanne, sont recueillies, comme dans un microscope, toutes les formes de la nature et allumées toutes ces teintes de base : jaune, bleu, vert et rouge. Mais la synthèse cézannienne, c’est l’harmonie des contrastes, l’orchestration des dissonances. Gauguin a appelé avec esprit Cézanne le « Rembrandt des  pommes » : la lutte de la lumière et de l’ombre, l’alternance des tons chauds et froids jouent le rôle principal dans sa symphonie des choses. Un côté de chaque objet se dessine dans toute sa netteté, l’autre côté semble se fondre dans l’ombre ou le fond; à côté du froid bleuâtre de la nappe brûle toujours le feu d’une orange ou l’écarlate d’une pomme…

    Tels sont les traits caractéristiques des natures mortes* cézanniennes : monumentalité de la composition, sculpturalité de la forme, pleine sonorité de la couleur et rythmique des contrastes. Mais y a-t-il en elles de la vie, ce dont doutait Mauclair? Oui, il y a en elles le flux [stikhiya] de la vie, mais une vie d’un ordre supérieur, une vie métaphysique, la vie des symboles. Ses fruits sont des atomes du chaos, condensés dans des symboles éternels; sa pomme, c’est la synthèse de toutes les pommes : elle est si éclatante et ronde comme si s’étaient transmuées en elle toutes les pommes éclatantes et rondes de la Terre… Mais, par endroits, fait irruption dans cette majesté cosmique, objective, des choses cézanniennes, une personne humaine imparfaite vivante et il y a quelque chose qui nous réjouit, nous simples mortels, dans cette fameuse tortuosité cézannienne dont sont marquées beaucoup de ses lignes que lui-même explique par la maladie (voir les mémoires d’Émile Bernard), dans cette harmonie du sur-personnel avec le Moi humain. Diderot a écrit à propos de Chardin qu’une seule poire ou une seule branche de raisin étaient suffisantes pour que l’on reconnaisse son nom : ex ungue leonem. On peut dire la même chose de Cézanne ; sur chacune de ses pommes, il y a le sceau indélébile de son style. Le vieux Sérusier me disait : »À la fin du siècle dernier, les objets ont perdu leur signification : ils sont devenus de simples motifs, le point de départ de recherches harmoniques et rythmiques. La pomme a cessé d’être une chose et la contemplation de ce fruit modeste évoque en nous l’image de tout un monde, pour peu que chaque coup de pinceau de l’artiste soit pénétré d’une idée générale. » Le testament de Cézanne est dans ces mots de Sérusier. Si pour la pléiade des artistes sortis de l’école de Pont-Aven, les choses ont une certaine signification autonome, comme des symboles approfondis des émotions humaines, pour la génération d’aujourd’hui, ayant poussé sur Cézanne, elles sont devenues des motifs. Mais des motifs de quoi?

    Ici se trouve la frontière entre les cubistes et les archaïstes. Les premiers, exagérant jusqu’au paradoxal le caractère architectural cézannien ; vont jusqu’à une conception géométrique des choses, jusqu’à une pleine dématérialisation de la matière, jusqu’à une abstraction [bespredmietnost’] des objets. Chez Picasso, la nature morte* se transforme en hiéroglyphes, chez Metzinger, les fruits se font transparents, des schémas presque linéaires. Au lieu d’un coloris vivant, ils ont des harmonies, parfois d’ailleurs jolies, de pierres grises, de plâtre ou de cuivre et de zinc… Les archaïstes, au nombre desquels je mets Matisse, Lhote et d’autres, partent d’un tout autre principe, mis dans la peinture de Cézanne, celui de sa proximité des primitifs. Effectivement, dans l’éclat cézannien, cet « éclat de foire », comme l’a appelé avec mépris ce même Mauclair, et dans la manière même de son modelé, il y a quelque chose de commun avec les vieux tapis, l’émail limousin, les porcelaines bretonnes et les images d’Épinal [loubotchnyïé kartinki]. C’est précisément cet élément de « lapidarité » qui s’est épanoui dans la peinture des artistes que j’ai mentionnés. La « nature morte » de Matisse ressemble à des tapis orientaux résonants et à de la faïence perse, dont les vases, les fruits et les fleurs qu’il représente paraissent des arabesques fleuries bizarres. Les tons naïfs de Lebeau exhalent un esprit de vieux jouets et les fruits de Lhote donnent l’impression d’ornements populaires agrandis plusieurs fois…Mais encore plus loin que tous, comme nous le savons,  ce sont nos artistes russes du « Valet de carreau » qui sont allés dans cette direction, créant leur propre « style » de nature morte, le style de l’enseigne de boutique…Dans toute cette déviation en direction du décorativisme archaïque, par laquelle a commencé historiquement la peinture des choses, il y a, peut-être, un trait précieux. Après les natures mortes* géniales et humanisées de Van Gogh, dans lesquelles il y a tant de Weltschmerz [mirovya skorb’] que parfois on désire la joie naïve des choses, une joie qui ne soit pas empoisonnée par la mystique maladive de Huysmans. Il semble parfois que nous manquons justement de cet instinct « glouton » et sain des Néerlandais et de Véronèse, cet épicurisme supérieur, dont l’apôtre a été Walt Whitman…

     

     

    [1] Les mots en italiques affublés d’un astérisque sont en français ou en caractères latins dans le texte.

    [2] Ya. Tugendhold, « Probléma miortvoï prirody« , Apollon, 1912, N° 3-4, p. 25-35

    [3]  Voici l’original de la pensée de Pascal : « Quelle vanité que la peinture, qui attire l’admiration par la ressemblance des choses dont on n’admire pas les originaux ». Les Pensées, liasse Vanité, pensée 74, édition Philippe Sellier, classique Garnier, 1991 [NdT]

    [4] Le peintre Benvenuto Tisi da Garofalo (1481-1559) signait parfois ses tableaux avec un muguet (en italien « garofalo », qui était le nom de son lieu de naissance près de Ferrare [NdT]

    [5] Pseudonyme du peintre  baroque italien Mario Nuzzi (1603-1673), spécialiste des compositions florales  [NdT]

    [6] Diderot parle quelquefois de nature inanimée*, mais jamais de nature morte*.

    [7] Dans la revue, ce nom est orthographié sans prénom « Topé »! [NdT]

    [8]  Il est curieux que dès les années 1850 le critique que j’ai mentionné, Thoré, écrivait : « La nature morte* est une absurdité. Est-ce que les fleurs ne vivent pas?  Elles possèdent une respiration et une santé; elles peuvent être joyeuses et tristes, elles se déplacent sans cesse… Non, les fleurs ne sont pas une nature morte* et rien n’est une nature morte! Tout vit et bouge, tout inspire et expire, tout se transforme à chaque instant. Tout  prend ou donne quelque chose au milieu ambiant, le transformant et se transformant soi-même. Tout communique avec tout et participe à la vie générale. Le vin, dans tel verre, s’évapore au soleil et part dans l’invisible. Un écrin d’or se perd au contact d’un tapis oriental sur lequel il est posé. Un sabre damasquiné attire les atomes de l’humidité, se couvre de rouille et, avec le temps, ce fourreau de rouille dévorera l’acier de Damas. Omnia mutantur, nihil interit. » (Thoré, Musée de Rotterdam)

    [9]  Les vers de Georges Rodenbach traduits en russe dans le texte original sont tirés du premier poème de la série « La vie des chambres » du recueil Le règne du silence, Paris, Bibliothèque-Charpentier, 1891[NdT]

    [10] Il s’agit de des Esseintes dans le roman À rebours [NdT]

    [11]  Il s’agit du Bar aux Folies Bergères (1880) [NdT]

    [12]   Tiré du poème « L’âme du vin » de Baudelaire [NdT]

    [13]  « [La méthode de Cézanne était étrangère à toute naïveté]- dit dans ses souvenirs Émile Bernard.  » Généralisant des lois, il en avait tiré des principes qu’il appliquait par une sorte de convention ; de telle manière qu’il ne faisait qu’interpréter, et non copier ce qu’il voyait; son optique était bien plus dans sa cervelle que dans son oeil » [Émile Bernard, Souvenirs sur Paul Cézanne, Paris, 1921, p. 30, rétablissement du texte français original par le traducteur]. Et voici ce qu’il ajoute à propos de la « nature morte » cézannienne : « [Cézanne] avait besoin de temps pour pousser, et il le trouvait devant des crânes, des fruits verts ou des fleurs de papier?  » (cf. Mercure de France, 1907), ibidem, p. 90-91 [rétablissement du texte français original par le traducteur]

  • Созвездие Морозовых

    Жан-Клод Маркадэ

    Созвездие Морозовых

    Роль русского купечества в развитии искусства трудно переоценить[1]. За три поколения «новая московская буржуазия» прочно обосновалась в российской экономике и постепенно вытеснила исконное дворянство, проживавшее преимущественно в молодой столице Санкт-Петербурге. А. П. Чехов начиная с 1888 года неоднократно обращался к этому явлению в своих произведениях. Последняя пьеса «Вишнёвый сад», ставшая вершиной в его творчества, была написана в 1904 году. Важным литературным источником сведений о жизни семьи Абрама Морозова, отца коллекционеров Михаила и Ивана Морозова, считают роман Петра Боборыкина (1836–1921) Китай-город[2], изданный в 1883 году.

    Этот роман – ода Москве купеческой, её стилю жизни, её экономической и социальной роли во второй половине XIX века, когда предприниматели из купеческого сословия становятся капиталистами. Сам Боборыкин, потомок старинного уездного дворянского рода, вынужден был признать, что развитие благотворительности, обновление экономической, политической и интеллектуальной жизни России, а также её международного статуса, были связано именно с купечеством, которое повсеместно вытесняло аристократию с ведущих позиций. Правда, это не мешает автору время от времени подшучивать над «мещанином во дворянстве», внешний лоск которого не может скрыть его простонародного происхождения, а также подтрунивать над русско-византийской архитектурой московских нуворишей.

    Главный герой романа, обедневший дворянин Палтусов, от лица которого говорит сам автор, любит такую Москву, «пузатую» и «сочную»: «Он чувствовал художественную красу в этом скопище азиатских и европейских зданий, улиц, закоулков, перекрёстков <…> Орда и Византия и скопидомная московская Русь глядели тут из каждой старой трещины»[3].

    Внимание читателя особенно привлекает одна из главных героинь романа, «купчиха» Анна Серафимовна Станицына, стоящая во главе процветающей фабрики. Прототипом этого женского образа стала Варвара Алексеевна Морозова, мать Михаила и Ивана Морозовых. Сохранилось описание этой неординарной женщины, выполненное её невесткой, женой Михаила, знаменитой Маргаритой Кирилловной Морозовой. Любопытно сопоставить эти два описания.

    В романе Китай-город выведено большинство типажей «новой буржуазии»[4]: «А дети его проживают в Ницце, в Париже, в Трувилле, кутят с наследными принцами, прикармливают разных упразднённых князьков. Жёны их все выписывают не иначе как от Ворта. А дома, обстановка, картины, целые музеи, виллы… Шопен и Шуман, Чайковский и Рубинштейн – всё это их обыкновенное menu. Тягаться с ними нет возможности»[5].

    Варвара Алексеевна Морозова была выдающейся личностью. Она никогда не интересовалась живописью, хотя происходила из семьи Хлудовых, знаменитой своим собранием произведений искусства[6]. Она последовала примеру двоюродного брата мужа, знаменитого мецената Саввы Тимофеевича Морозова[7], и отказалась вкладывать средства в создание греческого зала современного Пушкинского музея. При этом Варвара Алексеевна была большим филантропом. Записи её дневника, который она вела с тринадцати до девятнадцати лет, до времени брака с Абрамом Абрамовичем Морозовым, показывают волевой и незаурядный характер. Она с ужасом ожидала замужества и, после череды отказов и согласий, практически против своей воли согласилась выйти замуж за мужчину, которого не любила и всё же родила ему троих детей — Михаила, Ивана и Арсения[8].

    В особняке на Воздвиженке Варвара Алексеевна принимала весь цвет московской интеллигенции. Её салон описан поэтом и «мистическим анархистом» Георгием Чулковым. Она переписывалась с известными писателями, например, с Чеховым и Буниным (несколько писем сохранилось), а также со Львом Толстым, который просил её оказать материальную поддержку движению духоборов. После событий 1905 года она принимала у себя представителей либеральной оппозиции, как и её невестка, Маргарита Кирилловна Морозова, также знаменитая своим салоном.

    Старший сын Морозовых, Михаил Абрамович, не так активно участвовал в общественной жизни, как его мать. Он поступил на историко-филологический факультет Московского Университета, который окончил в 1893 году с отличием. В том же году увидела свет и его первая историческая работа, Карл Пятый и его время. В 1894 году за ней последовали Спорные вопросы западноевропейской исторической науки, в 1895 – сборник с описанием его западноевропейских и египетских путешествий и двух всероссийских выставок, озаглавленный Мои письма (4 декабря 1893 – 15 мая 1894). В том же году был выпущен эротический роман В потёмках. Все работы были опубликованы под псевдонимом Михаил Юрьев, за исключением романа, который был анонимным. На этом журналистская, литературная и научная деятельность Михаила заканчивается[9].

    Его исторические работы свидетельствуют о хорошей эрудиции, юношеский же пыл побуждал Михаила совершать выпады против титулованных историков и позволял сочетать как трактовку событий, основанную на документальных источниках, так, порой, и их вольную интерпретацию вкупе с субъективными заключениями. Будучи славянофилом, он подвергал сомнению утверждения западных исследователей[10].

    Сборник Мои письма включает сорок пять писем и разделён на две части. Первые тридцать два письма представляют собой заметки и очерки, связанные с путешествиями молодого Михаила по Европе (Берлин, Париж, Турин, Рим, Неаполь), затем по территории Египта (Александрия, Каир, Асьют, Луксор). Эти заметки полны размышлений не только о посещённых городах и памятных местах, но и о новом буржуазном сословии, и о смене нравов. Михаил представлял свои письма как «труд писателя», в котором факты перемежаются описаниями природы с претензией на поэтичность.

    В последнем, сорок пятом письме, датированным маем 1894 года, Михаил отмечает, что поколение общественно-политических деятелей 1860-х годов ушло и на место ему пришло купечество: «Нравится нам это или нет, нужно признать, что купечество – сила здесь, в Москве. Купцы аплодируют на театральных премьерах, покупают картины и рассуждают о политике»[11]. Это просвещённый класс, появление которого восстановило связи России с остальным миром. Она теперь читает Ницше или Вырождение Макса Нордау…

    Предпоследнее письмо, сорок четвёртое, – это небольшой рассказ, описывающий влечение семнадцатилетнего подростка к пятнадцатилетней девушке, пробудившей в нём нежные чувства. Но он любит её не настолько, чтобы жениться, и становится причиной её слёз. Тут снова отчётливо проступают литературные амбиции Михаила Абрамовича[12].

    В 1895 году был опубликован его роман В потёмках. Это так называемый «роман воспитания», делающий упор на чувственном и сексуальном взрослении богача-купца, ещё подростка, потерявшего родителей и предоставленного самому себе. Это описание перехода героя от романтической невинной влюблённости к раскрепощённой сексуальности. Это был шанс для Юрьева-Морозова выставить напоказ порочность света, бросив ему вызов: университету, богатым купеческим домам, журнальным редакциям, безнравственности высшего сословия, ханжеству церковной среды… Автор везде видит лишь лицемерие. Ему нравится изображать нравы московского купечества, «с особенным увлечением описывая сцены разгулов и «безобразий», обольщений, адюльтеров и т. п.»[13]. Роман завершается достаточно цинично, превознося порочную безнравственность как высшее достижение «успешной» жизни.

    Роман В потёмках подвергся критике тогдашнего министра внутренних дел И. Н. Дурново за описание «ряда самых пошлых и исполненных возмутительного цинизма сцен»[14], и весь тираж был уничтожен.

    Заглавие романа было, вероятно, заимствовано из Пушкинского Графа Нулина (1825), шуточной поэмы, описывающей «игры любви и случая»: «Влюблённый граф в потёмках бродит…». Но это ещё и отсылка к знаменитым статьям мыслителя, революционного демократа Николая Добролюбова Тёмное царство (1859), Луч света в тёмном царстве(1860).

    Эта история во многом автобиографична. Юрьев-Морозов сводит счёты с Боборыкиным в диалоге главного героя и его адвоката о месте и роли литературы — и в целом искусства — в России середины 1890-х годов, в период выхода в свет текста-предтечи русского символизма, возникшего как ответ на социально и политически ориентированное искусство, царящее в России с 1860-х годов. Речь идет об эссе Дмитрия Мережковского О причинах упадка и о новых течениях современной русской литературы, опубликованное в 1892 году.

    Михаил Морозов, по свидетельствам современников, производил впечатление жизнелюба, зачастую вёл себя в высшей степени экстравагантно и безудержно, обладал избытком энергии, которая не позволяла ему беречь себя и во многом объясняла его преждевременную смерть. Но уровень его коллекции был таким, что, например, Дягилев смог разглядеть в нём «страстность и утончённую чуткость настоящего коллекционера».

    Жена Михаила, Маргарита Кирилловна Морозова, урождённая Мамонтова, представительница ещё одной знаменитой московской династии меценатов, овдовела в 1903 году. После революции 1905 года её роскошный особняк на Смоленском бульваре был местом встречи не только либеральной оппозиции. В нём собирались представители одного из наиболее значительных немарксистских философских движений – московского отделения Санкт-Петербургского религиозно-философского общества, существовавшего в Северной столице с 1907 года и получившего в Москве название «Московского религиозно-философского общества памяти Владимира Соловьёва»[15].

    Маргарита Кирилловна финансировала издание Московского еженедельника, журнала философа князя Евгения Николаевича Трубецкого (1863–1920), пропагандировавшего христианские общественно-политические идеи и просуществовавшего с 1906 по 1910 год. Также она материально поддерживала издательский дом Путь, публиковавший книги по религиозной философии, наряду со знаменитым философско-литературным журналом Логос, основанным в 1910 году Борисом Яковенко (1884–1949) и Фёдором Степуном (1884–1965) и выходившим вплоть до 1914 года.

    Во многом парадоксальный религиозный мыслитель Василий Розанов в своей знаменитой книге Опавшие листья воздаёт хвалу Маргарите Кирилловне, характеризуя её как выдающегося организатора и участницу изданий и собраний по религиозной философии:

    «Удивительная по уму и вкусу женщина. Оказывается, не просто «бросает деньги», а одушевлена и во всём сама принимает участие. Это важнее, чем больницы, приюты, школы <…>

    Душа погибает: что же тут тело.

    И она взялась за душу <…>»[16].

    Выдающийся писатель, рисовальщик, музыкант, романист, теоретик и мыслитель Андрей Белый в своих поздних мемуарах, написанных в начале 1930-х годов, склонен иронически относиться к Маргарите Кирилловне, к которой он испытывал «мистическую» влюблённость между 1901 и 1906 годами и которой посылал безумные письма, подписываясь «Ваш рыцарь»[17]. Вначале письма были анонимными, и первое подозрение об авторстве появилось у Морозовой, когда она приобрела весной 1903 года ритмическую прозу Белого – Симфонию №2. Драматическую. В ней она узнала себя в образе «Сказки» – нимфы, чей образ преследует героя[18].

    Двадцать лет спустя, в 1921 году, Андрей Белый в поэме Первое свидание говорит о своей первой встрече с Софией (Премудростью), воплощённой в Маргарите Кирилловне, а фамилия «Зарина» в поэме этимологически может быть интерпретирована как «Заря», «царица Аврора»[19]. В 1901 году Белый без колебаний заявляет: «Во мне складывается убеждение, что Маргарита Кирилловна Морозова в глубине своей индивидуальной души соединена с Душой Мира: закаты и зори я воспринимаю как улыбки Мировой Души мне адресованные»[20].

    Маргарита приписывала болезни Белого его позднюю горечь по отношению к собственному прошлому[21].

    Белый нападает также на возлюбленного Маргариты Кирилловны, философа князя Евгения Трубецкого. Жорж Нива исправляет шарж, нарисованный писателем, и хвалит князя за «позицию христианского социального реформаторства»[22].

    Маргарита Кирилловна поддерживала также и музыкантов. Она руководила Московским Музыкальным обществом, финансировала многочисленные проекты, в том числе серию концертов, организованных Дягилевым во время Русских сезонов в Париже. Она дружила со знаменитым дирижёром Сафоновым (1852–1918), познакомившим её со Скрябиным, который давал ей уроки игры на фортепьяно, часто посещал её салон и устраивал там концерты. Маргарита Кирилловна была вовлечена в перипетии семейной жизни композитора и после смерти Скрябина содействовала открытию музея в память о нём[23]. Также она была близким другом композитора Метнера (1879–1951), чьи произведения для фортепьяно до сих пор не оценены по заслугам.

    Иван Морозов, сильно отличался от старшего брата. Вслед за Михаилом он встал на путь коллекционирования, однако делал это на свой вкус — и сегодня мы можем увидеть это на выставке Фонда Louis Vuitton. Иван Абрамович никогда не писал ни статей, ни эссе, ни романов[24]. Это был деловой человек, взявший в свои руки руководство Морозовской мануфактурой и помогавший членам семьи управлять их состоянием. Маргарита Кирилловна в своих воспоминаниях отзывается о нём очень доброжелательно. Можно упомянуть деликатность, с которой он защищал свою жену, бывшую хористку «Яра» Досю, от нападок злопыхателей. Он был порядочным человеком, хотя и бонвиваном, любящим, как и Михаил, «языческие» радости мира. Это нашло отражение в его выборе картин и скульптур, среди которых есть работы Мориса Дени и Аристида Майоля. Может показаться удивительным, что представители купечества, воспитанные в старообрядческой среде, собирали картины эротического содержания и – в то же время – иконы. Однако следует помнить, что для русского человека церковная иконография (изображение священных образов, иконы) и «изография» (живопись, изображение живого) принадлежали к совершенно разным сферам жизни.

    С тем же спокойствием и упрямством, с тем же профессионализмом, с которым он вёл свои дела, Иван Абрамович Морозов постепенно собирал свою коллекцию французской живописи и современного русского искусства.

    Как коллекционер более вдумчивый, чем Сергей Щукин, Иван Морозов не принимал рискованных решений там, где он не мог оценить подлинную ценность. Это было отмечено современниками. Процитируем Б. Н. Терновца (первого директора Государственного музея нового западного искусства в Москве): «Чуждый страстности Щукина, вносящий всегда осторожность и строгость выбора <…>, Морозов предпочитал мирные поиски».

    Художник и знаменитый искусствовед И. Э. Грабарь подчёркивал, что Иван Абрамович был «человеком спокойным», без снобизма, без всякого тщеславия, следующим не моде, но своему личному вкусу. Борис Терновец отмечает «верное чутьё» коллекционера, его понимание французской живописи второй половины XIX века: «Стремление к объективности, равновесию и музейной полноте было руководящим принципом Морозова». Он также подчёркивает, что «собирательская лихорадка» захватывала его из года в год всё сильнее.

    Значение собрания Ивана Морозова, как и коллекции его брата Михаила, далеко выходящее за границы Российской империи, неоднократно отмечалось российскими дореволюционнымикритиками. Уже в 1910 году, после передачи собрания Михаила Морозова в дар Третьяковской галерее, Павел Муратов пишет новаторскую статью, предвосхитившую возможность создания в Москве первого в мире «музея современного искусства». Действительно, благодаря брату Павла Третьякова, Сергею, собрание Третьяковской галереи включало коллекцию французских картин от Камиля Коро до барбизонской школы. Идея музея современного искусства, воплотившаяся в Европе и в Америке только в конце 1930-х годов, возникла именно в связи с собранием Морозовых. Об этом впервые пишет в 1912 году директор модернистского петербургского журнала АполлонС. К. Маковский[25] в своей программной статье. Следует отметить, что даже французские музеи на тот момент ещё не признали Сезанна и «и «не [могли] похвастаться обилием произведений с именами […] мастеров [как в Собрании Ивана Морозова]»,(«Моне, Ренуар, Сислей, Писсаро, Дега, Ван Гог – и их последователи и преемники – Дени, Боннар, Вюйар, Синьяк, Герен, Марке, Фриез, Вальта… вплоть до Матисса и „дикой“, склонной к кубизму молодёжи»), «хотя эти мастера выражают, несомненно, целую эпоху в истории искусства, многозначительную эпоху напряжённой борьбы живописи  за  живопись и за священное право  живописца быть самим собою».

    Ужасы Первой мировой войны, катастрофа Октябрьской революции и последовавший за ней сталинский террор привели к тому, что все последующие новаторские попытки в мире русского искусства были полностью уничтожены. Нет больше ни Музея живописной культуры в Москве, ни Музея художественной культуры в Петрограде, открывшегося в 1919 году, ни Музея нового западного искусства, созданного в это же время из национализированных собраний Щукина и Морозова в Москве, организованные при участии Бориса Терновца, Игоря Грабаря и Якова Тугендхольда. Всё было выкорчевано с корнем, и в России до сих пор нет единого музея современного искусства.

    [1] На фр. яз.: Roger Portal, «Du servage à la bourgeoisie: la famille Konovalov» [Из крепостничества во дворянство: род Коноваловых], Revue des études slaves. Mélanges Pierre Pascal, Paris, T. 38, 1961, P. 143–150, и«Industriels moscovites: le secteur cotonnier (1861–1914) [Московские промышленники: хлопководство (1861–1914)]», Cahiers du monde russe et soviétique, vol. 4, no 1-2, janvier-juin 1963, P. 5–46 ; Valentine Marcadé, Le Renouveau de l’art pictural russe. 1863-1914 [Возрождение русской живописи. 1863–1914], Lausanne, L’Âge d’Homme, 1972, P. 59–82, 267–277. Наангл. яз.: Kamile Kucuk, «The Sociocultural Aspects of Merchant Class in the Light of Russian Painting» [Социокультурные аспекты купечества в контекстерусской живописи], European Journal of Multidisciplinary Studies, vol. 1, no 5, mai–août 2016, P. 81–85.

    [2] Китай-город – сохранившийся древний район в центре Москвы, примыкающий к гостинице «Метрополь».

    [3] Боборыкин П. Д. Китай-город. СПб., 1883. Т. 1. С. 251.

    [4] Описание купеческого быта в русской литературе можно встретить в пьесах А. Н. Островского (1823–1886), у Ф. М. Достоевского (Рогожин в «Идиоте», 1869), в повестях Н. С. Лескова (например, «Леди Макбет Мценского уезда», 1865), у М. Горького (Фома Гордеев, 1899). Пётр Боборыкин написал и другие романы о московском купечестве, а также опубликовал «Письма о Москве» в петербургском журнале «Вестник Европы» в 1881 году. Феномен зарождения в России третьего сословия, возникшего в Москве между 1880 и 1914 годами, описан в книге Павла Бурышкина «Москва купеческая» (Нью-Йорк, 1954), по которой мы цитируем выдержки о Морозовской династии в данной Антологии.

    [5] Боборыкин П. Д. Цит. соч. Т. 1. С. 377–378.

    [6] Её отец, Алексей Хлудов, собрал у себя 430 манускриптов и 630 старинных книг; её дядя, Герасим Хлудов, коллекционировал русскую живопись от Павла Федотова до Ивана Айвазовского.

    [7] См. Зильберштейн И. С., Самков В. А. Сергей Дягилев и русское искусство. Т. 1. М., 1972. С. 370–372: «Савва Тимофеевич Морозов, узнав, что его двоюродный брат [Михаил Абрамович] оплачивает стоимость этого зала в размере 27000 рублей, стал над ним публично насмехаться: „Вот какого мы нашли мецената!“»; см. сборник «История создания музея в переписке профессора И. В. Цветаева с архитектором Р. И. Клейном и других документах, 1896–1912». М., 1977. Т. 1. С. 411. »

    [8] Морозова В. А. На благо просвещения Москвы. М., Русский путь, 2008. Т. 1. С. 114.

    [9] В последние годы своей жизни он собирал заметки по истории Успенского собора Московского Кремля, старостой которого являлся.

    [10] См. Юрьев М. Мария Стюарт: письма шкатулки. Спорные вопросы западноевропейской исторической науки. М., Гроссман и Кнебель, 1894. С. 80.

    [11] Юрьев М. Мои письма. М., 1895, С. 238.

    [12] Там же, С. 228.

    [13] Бокова В. М. «Морозов Михаил Абрамович». Русские писатели. 1800–1917. Биографический словарь. М., 1989–1999. Т. 4. С. 134.

    [14] Цит. по Добровольский Л. М. Запрещённая книга в России. 1825–1904. М., 1962. С. 200.

    [15] См. на нем. яз.: Die Petersburger Religiös-Philosophischen Vereinigungen [Петербургское религиозно-философское общество], Wiesbaden, Otto Harrassowitz, 1973; на фр. яз.: «La quête philosophico-religieuse en Russie au début du XXe siècle» [Религиозные искания русской философии нач. 20 века], в Éfim Etkind, Georges Nivat, Ilia Serman, Vittorio Strada (dir.), Histoire de la littérature russe. Le XXe siècle. L’Âge d’argent [История русской литературы. ХХ век. Серебряный век], Paris, Fayard, 1987, P. 190–221; «Les sociétés de philosophiere ligieuse et le symbolisme russe» [Религиозно-философские общества в истории русского символизма], в Jean-Claude Marcadé (dir.), Le Dialogue des arts dans le symbolisme russe [Диалог искусств в русском символизме], Lausanne, L’Âge d’Homme, 2008, p. 32-39

     Записки Религиозно-философского общества в Санкт-Петербурге (Петрограде) (в 3 томах), в которых даны исчерпывающие описания всех заседаний Общества, происходивших в Санкт-Петербурге с 1987 по 1917 год; большая часть выступающих также участвовала в заседаниях московского отделения.

    [16] Vassili Rozanov, Feuilles tombées [1913-1915] [Опавшие листья. 1913–1915], traduction, introduction et notes de Jacques Michaut, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1984, P. 139–140.

    [17] М. К. Морозова опубликовала в своих мемуарах значительные выдержки из этих писем. См. Морозова М. К. Андрей Белый. Цит. по сборнику: Андрей Белый. Проблемы творчества. Под редакцией Ст. Лесневского, Ал. Михайлова. М., 1988. С. 522–545. Все письма Белого опубликованы в сборнике: Белый А.Ваш рыцарь. Письма к Маргарите Кирилловне Морозовой. 1901–1928. М., 2006.

    [18] Белый А. Симфонии. М., Художественная литература, 1991. С. 107.

    [19] Белый А. Собр. соч. в 2 т. М., Худ. литература, 1990. Т. 1.

    [20] Белый А. Линия жизни. Под. ред. Спивак М., М., 2010. С. 184.

    [21] Морозова М. К. Андрей Белый. Цит. по: Андрей Белый. Проблемы творчества. Сборник под редакцией Ст. Лесневского, Ал. Михайлова. М., 1988. С. 544.

    [22] Нива Ж. Россия – Европа. Конец схизмы. Литературные и политические этюды. Лозанна, L’Аж д’Ом, 1993. С. 328.

    [23] См. Морозова М. К. Воспоминания об А. Н. Скрябине. // Наше наследие. 1997. №41.

    [24] В некоторых русскоязычных статьях И. А. Морозову приписывают авторство антимодернистского памфлета, появившегося в 1910 году за подписью Ивана Морозова. Искусствовед Н. Семёнова писала, что речь идёт об омонимии (историк петербургской литературы А. Лавров считает, что речь идёт о фельетонисте Иване Григорьевиче Морозове, о котором известно лишь, что он родился в 1860 году).

    [25] Сергей Маковский – сын художника-передвижника Константина Маковского, автора портрета Варвары Алексеевны Морозовой (репродукция на с. 58).

     

  • NATALIA SÉMIONOVA [SEMENOVA] CHRONOLOGIE DES MOROZOV [1825-1914]

    NATALIA SÉMIONOVA [SEMENOVA]

    CHRONOLOGIE DES MOROZOV [1825-1914]

    Extrait de son livre Mikhaïl i Ivan Morozov. Kollektsii [Les Collections de Mikhaïl et Ivan Morozov], Moscou, Slovo, 2018

    1825 – Savva Vassiliévitch Morozov Premier (1770-1860), serf ayant payé son affranchissement, fondateur des  fabriques textiles-tinctoriales dans la bourgade Nikolskoïé, à Bogorodosk, Tvier’ et Moscou, devient propriétaire d’une maison à Moscou. Les Morozov s’installent dans la partie Rogojskaïa de la ville, derrière la Yaouza, rue Nikolo-Iamskaïa, dans le domaine des vieux-croyants moscovites.

    Années 1840-1850 – quatre fils de Savva Premier entrent dans l’affaire. Iélisséï [Élisée]Savvitch (1798-1868) ouvre sa fabrique personnelle, la future Manufacture Oriékhovo-Zouïevskaïa; Zakhar [Zacharie] Savvitch (1802-1857) fonde la « Compagnie de la manufacture Bogorodosko-Gloukhovskaïa », il est aidé par Abram Savvitch (1806-1856); Timofieï [Timothée] Savvitch (1823-1889) est à la tête de la « Maison commerciale de Savva Morozov et fils ». En 1859 est confirmé le statut de la Manufacture de Tvier’.

    1867 – Abram Abramovitch Morozov épouse Varvara Alexéïevna Khloudova (1848-1917), fille du copropriétaire de la firme « A. et   G.  fils   d’Ivan Khloudov », conseiller ès manufactures, Alexeï Ivanovitch Khloudov (1848-1882)

    1870, 7 août (ancien style) – Naissance d’un fils, Mikhaïl (mort en 1903), chez le bourgeois notable héréditaire Abram Morozov et sa femme légitime Varvara.

    1871, 27 novembre (ancien style) – Naissance chez les Morozov d’un fils, Ivan (mort en 1921).

    1872 – à la suite du partage de l’héritage de Savva Premier, les filatures de coton de Tvier’ reviennent aux fils d’Abram Savvitch – Abram et David (ces prénoms vétérotestamentaires furent longtemps conservés dans le clan Morozov). Abram Abramovitch Morozov devient directeur de la « Société de la manufacture de Tvier’ », fondée par les deux frères. Son oncle Timofieï Savvitch se consacre entièrement à la gestion de la « Société de la manufacture  Nikolskaïa ».

    1873, 13 février (ancien style) – naissance du troisième fils Arséni (mort en 1908).

    Les Morozov appartenaient à la communauté schismatique des vieux-croyants du Cimetière Rogojskoïé, les popovtsy, qui conservaient la prêtrise de l’église canonique. Les fils ont été baptisés dans l’église schismatique de la Trinité et de la Présentation de la Mère de Dieu, près du pont Saltykov.

    1882, 25 février – décès, après une pénible maladie, d’Abram Abramovitch Morozov à l’âge de 43 ans. Sa veuve, Varvara Alexéïevna Morozova se charge de la gestion des fabriques tviériennes.

    Varvara Alexéïevna Morozova fait connaissance du professeur Vassili Sobolievski (1846-1913) qui devient

     bientôt son compagnon.

    1885 – les frères Mikhaïl et Ivan Morozov étudient la peinture dans l’atelier de Nikolaï Martynov, puis prennent des leçons chez l’élève de l’École de peinture, sculpture et architecture de Moscou Konstantine Korovine et le paysagiste ambulant Iégor Khrouslov.

    Varvara Morozova achète le domaine des princes Dolgorouki rue Vozdvijenka et commande à l’architecte Roman Klein le projet d’un hôtel particulier dans le style néo-classique.

    Varvara Alexéïevna Morozova et Vassili Mikhaïlovitch Sobolievski ont un fils, Gleb (1886- après 1925) et une fille Natalia (1887-1971).

    Le testament de son mari, selon lequel Varvara Alexéïevna serait privée de sa fortune lors d’un remariage, l’empêche de contracter un mariage légitime avec Sobolievski; nés en- dehors du mariage religieux, les enfants Gleb et Natalia portent le nom de Morozov et sont considérés comme bâtards.

    1887 – sur le Champ Diévitchié [Des vierges] à Moscou est ouverte la Clinique psychiatrique pour malades mentaux A.A. Morozov, pour laquelle sa veuve a fait une dotation de 150 mille roubles. Aujourd’hui la Clinique Psychiatrique  porte le nom de S.S. Korsakov, qui a soigné Abram Morozov et est le  fondateur de l’école moscovite de psychiatrie.

    1888 – Fin des études au lycée de Mikhaïl et entrée à la Faculté historico-philologique de l’Université de Moscou. Ivan Morozov étudie dans une école professionnelle.

    Varvara Morozova et sa famille déménage du péréoulok Dourny et s’installe de l’autre côté de la Moskova dans le nouvel hôtel particulier du 14 rue Vozdvijenka

    1890, été –  les frères Ivan et Mikhaïl voyagent à travers la Russie avec le peintre Iégor Khrouslov (Moscou-Kazan’, Odessa)

    1891, 29 avril – Ouverture à Moscou sur le Champ Khodynskoïé [= De la rivière Khodynka] de l’Exposition française d’art et d’industrie (elle est fermée le 6 octobre). À cette exposition, sont montrées pour la première fois des oeuvres d’Edgar Degas et de Claude Monet que le public russe connaissait seulement par les publications des revues. « Quand nous vîmes à l’exposition d’art français le premier Claude Monet (c’était un tableau de la série des “Meules“), nous fûmes totalement interloqués, tellement cela était nouveau », se souvient Alexandre Benois.

    Mikhaïl Morozov accède à son héritage.

    10 novembre (ancien style) – Mikhaïl Morozov épouse Margarita Kirillovna Mamontova (1873-1958) et achète l’hôtel particulier du marchand de thé K.S. Popov au coin du boulevard Smolienski et du péréoulok Glazovski (architecte A.I. Riazanov, 1877).

    Ivan Morozov entre à la Faculté des sciences naturelles de l’École Supérieure polytechnique de Zurich.

    Au printemps, il achète à la XIXe exposition ambulante son premier tableau, un paysage hivernal de Piotr Levtchenko (1856-1917)

    À Paris a lieu la vente aux enchères des tableaux de Paul Gauguin.

    1892 – Naissance du fils de Margarita et de Mikhaïl Morozov, Guéorgui (Youri, 1892-1918?), puis de leur fille Éléna (épouse Klioutchkov, 1895-1951) et de leur fils Mikhaïl (Mika, 1897-1952).

    1893, 15 août (ancien style) – ouverture au public de la Galerie municipale des frères Paviel et Sergueï Trétiakov, transmise en don à la ville en août 1892.

    Mikhaïl Morozov termine ses études à l’université. Il publie à ses frais sous le pseudonyme de « Mikhaïl Youriev » des études historiques : Charles Quint et son temps (1893) et Controverses de la science historique de l’Europe occidentale (1894)

    Ivan Morozov étudie à Zurich, sans cesser son travail pictural : il dessine avec les étudiants en architecture et, le dimanche, peint des paysages à l’huile en plein air.

    Arséni Morozov fait un stage dans une des organisations de fabrication en Angleterre.

    Ambroise Vollard ouvre sa galerie 37 rue Laffitte. Monet travaille à sa série des « Cathédrales de Rouen ».

    1894 – décembre – Mikhaïl Morozov se passionne pour le collectionnement, visite la XIVe exposition  de tableaux de la Société moscovite des amateurs d’art (MTKh) où il achète Idylle septentrionale de Konstantine Korovine; il acquiert chez Apollinari Vasnetsov Le Kremlin moscovite. Les cathédrales.

    Arséni Morozov reçoit à sa majorité en cadeau de sa mère un terrain rue Vozdvijenka et commande à l’architecte V.A. Mazyrine un projet d’hôtel particulier.

    1895, printemps – Ivan Morozov termine ses études au Polytechnicum zurichois et s’installe à Tvier’; il entre dans les affaires de la « Société de la manufacture tviérienne » (1895-1900 – directeur-ordonnateur; 1900-1918 – président de l’administration). Revenu dans son pays, il recommence à fréquenter les expositions, acquiert à la XXIII exposition ambulante un paysage de Kisséliev Avant la pluie.

    Varvara Alexéïevna Morozova finance la construction et  l’équipement de la première bibliothèque gratuite de Russie, la salle de lecture Ivan Serguéïévitch Tourguéniev à Moscou.

    Paul Gauguin part à Tahiti. Paul Durand-Ruel expose près de 50 travaux de Claude Monet, parmi lesquels la série des « Cathédrales de Rouen ». Ambroise Vollard organise dans sa galerie la première exposition des travaux de Cézanne.

    1896 – Mikhaïl Morozov est élu marguiller de la Cathédrale de la Dormition, à laquelle il fait de généreuses donations,  il est élu également conseiller municipal de la Douma de la ville (jusqu’en 1900); il publie sous le pseudonyme de « Mikhaïl Youriev » un livre autobiographique Mes lettres. Il achète à la XXIV exposition ambulante un paysage d’Isaac Lévitane Une fraîche soirée. La Volga.

    Novembre – exposition française d’art à Pétersbourg; en décembre, elle est montrée, quelque peu réduite, à Moscou. Sur le fond de peintres de tendance académique, les oeuvres de Degas et de Monet suscitent un intérêt particulier ainsi que, pour la première fois en Russie,  les oeuvres de Renoir, de Sisley et de Puvis de Chavannes.  Des reproductions de plusieurs tableaux présentés à l’exposition française sont publiées en janvier 1897 dans la revue Niva [Le Guéret]. En annexe de Niva est publié l’article d’Igor Grabar’ « Décadence ou renaissance? »  dans lequel l’auteur analyse l’état de la peinture contemporaine.

    Ouverture de l’exposition des travaux de Paul Gauguin dans la galerie d’Ambroise Vollard.

    1897 – Varvara Alexéïevna Morozova finance l’arrentement du bâtiment abritant les Cours de la Pretchistenka pour les ouvriers, péréoulok Koursovoï à Moscou.

    De fortes grèves ont lieu dans les Fabriques de Tvier’.

    Sur la scène du Théâtre Maly [Petit Théâtre] est jouée avec succès la pièce d’Alexandre Soumbatov-Youjny Un gentleman; les spectateurs reconnaissent dans le héros principal, Larione Rydlov, Mikhaïl Morozov qui a servi de prototype.

    Octobre – dans les salles de la Société d’encouragement des arts à Pétersbourg, a lieu l’ « Exposition scandinave » organisée par Sergueï Diaghilev – première exposition européenne de la création des artistes scandinaves (298 oeuvres). Le paysage de Frits Thaulow, acheté à l’exposition par Savva Mamontov, se retrouvera par la suite dans la collection de Mikhaïl Morozov.

    1898 – Varvara Alexéïevna Morozova dégage des fonds pour l’Institut de ceux qui souffrent de tumeurs (Institut du cancer des Morozov, aujourd’hui Institut oncologique Piotr Alexandrovitch Herzen), à la mémoire de sa mère morte d’un cancer.

    Mikhaïl Morozov fait don de 30 mille roubles pour l’organisation de la salle de sculpture grecque (Vénus de Milo et Laocoon) du musée des beaux-arts qui se construit à Moscou, ayant fait cela, comme se rappelle le créateur du musée, Ivan Vladimirovitch Tsvétaïev [père de Marina Tsvétaïéva], « parmi les premiers […] facilement et rapidement, ne se faisant pas prier une seule seconde ». Il commence à voyager régulièrement en Europe. Dans ces voyages, il est souvent accompagné par le peintre Sergueï Vinogradov qui conseille son riche ami dans les questions de l’art.

    Ivan Morozov est élu président de l’Assemblée des marchands moscovites. Au Musée de l’École d’art du baron Stieglitz à Pétersbourg a lieu l’ « Exposition des peintres russes et finlandais ». Édition d’une nouvelle revue artistique, Mir iskousstva [Le Monde de l’art].

    1899, janvier – Exposition artistique de tableaux internationale, organisée par la revue Mir iskousstva au Musée de l’École d’art du baron Stieglitz. Mikhaïl Morozov achète un paysage d’Axeli Gallen Le Lac Ruovesi (Fleuve). La majorité des tableaux représentés à cette exposition se retrouveront par la suite dans les collections des frères Morozov.

    Au même moment à lieu à Pétersbourg l’Exposition française d’art et d’industrie, organisée par la Société d’encouragement des arts avec le soutien du gouvernement français. Mikhaïl Morozov achète Le dernier souper [= Le repas des adieux] de Charles Cottet et son frère Ivan un dessin de François Guigues (?) [S’agit-il d’Émile Guigues?] Violoncelliste.

    Avril-mai – Mikhaïl Morozov visite le Salon de la Société nationale des beaux-arts où il achète Lutte de femmes de Jean Veber.

    Deuxième forte grève dans les Fabriques tviériennes. Mikhaïl Morozov s’oppose à l’intention de son frère d’ouvrir une salle de thé et un théâtre pour les ouvriers. L’administration de la Manufacture de Tvier’ refuse de payer une aide aux victimes d’un accident dans le lieu de fabrication, aide que les ouvriers avaient obtenue après la grève de 1885. Ivan Morozov décide de quitter Tvier’ et de s’installer à Moscou.

    Mikhaïl Morozov achète chez Durand-Ruel  La Madone de Verneuil de Camille Corot. Il achète à Vassili Sourikov dix études et esquisses de ses tableaux historiques.

    Alexandre Benois publie dans la revue Mir iskousstva (N° 6) son article « Sur l’impressionnisme » : « La perplexité, frisant l’horreur, s’empare de tous ceux qui voient pour la première fois les tableaux de cette école. Est-ce que vraiment les gens sincères et impartiaux peuvent trouver, dans ce désordre enragé de couleurs et de lignes, et la lumière et le soleil et la vie et le subtil charme coloriste et même la poésie? C’est seulement en s’éduquant, en développant son goût et en pénétrant plus profondément dans une oeuvre qui nous déconcerte, que nous découvrons sous la couche supérieure monstrueuse une étincelle divine  qui allume en nous l’enthousiasme ».

    1900 – Ivan Morozov s’installe au 21 de la rue Pretchistenka dans son hôtel particulier acheté à la veuve de David Abramovitch Morozov (1843-1893), le frère cadet de son père.

    Mars – Durand-Ruel achète pour Mikhaïl Morozov Guinguette d’Édouard Manet à la dispersion de la Collection Tavernier.

    Avril – ouverture de l’Exposition universelle à Paris, visitée par beaucoup d’artistes et des personnalités du monde de l’art russes. Mikhaïl Morozov achète dans la galerie d’Ambroise Vollard La pirogue de Paul Gauguin – c’est lui, précisément, qui importe en Russie le premier tableau de ce peintre. Vroubel vend à Mikhaïl Morozov La tsarine-cygne (800 francs)

    1901, janvier – ouverture dans les salles de la Société d’encouragement des arts à Pétersbourg de l’Exposition d’art  française. Troisième exposition de tableaux de la revue Mir iskousstva à l’Académie des beaux-arts, où Mikhaïl Morozov achète À la datcha de Konstantine Somov. Dans le cadre de cette exposition est organisée une rétrospective posthume d’Isaac Lévitane qu’Ivan Morozov va acheter activement.

    Mars – Lors de l’exposition Van Gogh à la galerie Bernheim- Jeune, Mikhaïl achète La mer à Saint-Mari [sic! sans doute Sainte Marie de la mer] : ce paysage est devenu le premier tableau du peintre arrivé en Russie. Est acheté à la galerie de Vollard un deuxième tableau de Gauguin, Paysage avec deux chèvres et, au Salon de la Société nationale des beaux-arts, l’extravagante Danse espagnole d’Hermenegildo Anglada. Mikhaïl Morozov, qui préférait auparavant descendre à l’hôtel, loue à Paris un appartement 72 rue Geffroy d’Abbé (?) [sic], près de l’avenue Wagram.

    Décembre – après de longues hésitations, Mikhaïl Morozov décide d’acquérir la toile scandaleuse d’Albert Besnard Féérie intime qui l’avait impressionné  au Salon de la Société nationale des beaux-arts.

    Ouverture à Moscou de l’ « Exposition des 36 artistes », organisée par un groupe d’artistes de Moscou (Apollinari Vasnetsov, Sergueï Vinogradov, Vassili Pérépliotchikov) qui décidèrent de s’opposer aux Ambulants et, dans le même temps, d’échapper au dictat de Diaghilev. Le but de cette nouvelle société est d’organiser à Moscou des expositions indépendantes; parmi les acheteurs de l’exposition moscovite – les frères Morozov.

    Valentin Sérov termine le portrait de Mika, le plus jeune fils de Margarita et de Mikhaïl Morozov.

    Ivan Morozov fait connaissance d’une jeune choriste du restaurant « Yar », Ievdokiya [Eudoxie] Kladovchtchinkova qui chantait sous le nom de Lozenbek.

    1902, mars – Ouverture à Péterbourg de la quatrième exposition de tableaux de la revue Mir iskousstva, avec l’accrochage d’oeuvres de Sérov, Korovine, Pasternak, Somov, Grabar’, Maliavine, Benois, Golovine; l’oeuvre principale est le Démon terrassé de Mikhaïl Vroubel.

    L’exposition a lieu par la suite dans les salles du Passage à Moscou; dans le catalogue est inclue toute une série de travaux appartenant à Mikhaïl Morozov, parmi lesquels La diseuse de bonne aventure et Crépuscule de Vroubel.

    20 mars (ancien style) – Mikhaïl Morozov assiste à la première vente aux enchères d’oeuvres d’art appartenant à Savva Mamontov, où il achète les Trois tsarines du royaume souterrain de Viktor Vasnetsov.

    28 mai – Mikhaïl Morozov achète à la galerie Bernheim- Jeune pour 19 mille francs le Portrait de Jeanne Samary d’Auguste Renoir et aussi le Champ de coquelicots de Claude Monet. C’est alors que fut vraisemblablement acheté le pastel d’Edgar Degas Femme s’essuyant. Apparaissent dans la collection des tableaux de Charles Guérin, Pierre Bonnard, Maurice Denis et Louis Valtat. Valentin Sérov peint le portrait d’apparat de Mikhaïl Morozov, se tenant devant la cheminée dans une salle de son hôtel particulier du boulevard Smolienski. Les honoraires du peintre sont de 1000 roubles (2.800 francs).

    Premier achat d’une oeuvre de Claude Monet par les musées français.

    1903, 26 janvier (ancien style) – ouverture à Pétersbourg de l’exposition « L’art contemporain », organisée à l’initiative du prince Chtcherbatov et de Vladimir von Meck; Ivan Morozov acquiert Confidences et Dans le vieux parc de Konstantine Somov.

    Avril – Mikhaïl Morozov achète au Salon des Indépendants (20-mars-25 avril) Nuit blanche d’Edvard Munch qui s’avèrera le seul tableau de l’artiste dans les collections russes.

    Au Salon sont exposées des oeuvres de Manguin, Matisse, Marquet, Signac, Friesz.

    Ivan Morozov visite pour la première fois le Salon de la Société nationale des beaux-arts où il achète Coup de vent de Lucien Simon et Préparation d’une corrida d’Ignacio Zuolaga.

    8 mai – Paul Gauguin meurt sur l’ile de Hiva Oa.

    La galerie Bernheim-Jeune acquiert à une vente aux enchères le portrait de la chanteuse Yvette Guilbert de Toulouse-Lautrec pour Mikhaïl Morozov.

    Revenu à Moscou, Ivan Morozov entretient une correspondance avec Durand-Ruel au sujet de l’achat d’un paysage d’Alfred Sisley. Le marchand parisien consent à baisser le prix et à lui céder Gel à Louveciennes pour 11. 500 francs; c’est à partir de cette première acquisition onéreuse que l’on commence à compter les achats par Ivan Abramovitch Morozov des tableaux d’artistes étrangers.

    Juin – Durand-Ruel fait savoir à Mikhaïl Morozov qu’à une vente aux enchères ont été achetés pour lui un tableau de Stefan Bakalovicz et un dessin de Jean-Louis Forain. Mikhaïl entretient une correspondance avec le marchand au sujet de l’achat de travaux de Corot et de Millet.

    24 juillet (ancien style) – Naissance de Ievdokiya, fille d’Ivan Abramovitch Morozov et de Ievdokiya  Serguéïevna Kladovchtchinkova, qui  mourra à Paris le 27 décembre 1974.

    22 septembre (ancien style) – La néphrite de Mikhaïl Morozov empire; on fait venir de Berlin un célèbre thérapeute, le professeur Leiden.

    12 octobre (ancien style) – Mikhaïl Abramovitch Morozov meurt à l’âge de 33 ans. Sergueï Diaghilev publie dans la revue Mir iskoustva (N° 9) un article nécrologique.

    1904, 27 janvier (ancien style) – les porte-torpilles japonaises attaquent la flotte de l’Océan pacifique dans la rade de Port-Arthur. La Russie déclare la guerre au Japon. La manufacture de Tvier’ reçoit une grosse commande de production de drap pour l’armée, promettant un énorme bénéfice.

    21 février-24 mars – rétrospective de Paul Cézanne au XX Salon des Indépendants.

    Eugène Druet ouvre sa galerie 114 rue du Faubourg Saint-Honoré.

    9 mai-4 juin – exposition dans la galerie de Durand-Ruel de la série londonienne de Claude Monet, une des dernières grandes séries de l’artiste.

    1-18 juin – première exposition personnelle d’Henri Matisse dans la galerie de Vollard : y sont présentés des tableaux exécutés par l’artiste entre 1897 et 1903.

    Pablo Picasso s’installe au Bateau-Lavoir à Montmartre. Début de sa période « rose ».

    Automne – Ivan Morozov visite pour la première fois le Salon d’automne parisien (15 octobre-15 novembre – sont exposées 1317 peintures et sculptures); y participent 380 artistes dont Valtat, Van Dongen, Girieud, Kandinsky, Marquet, Matisse, Puy, Friesz et d’autres. Des salles particulières étaient consacrées à Toulouse-Lautrec, Puvis de Chavannes, Redon; le collectionneur débutant  éprouve un intérêt tout particulier pour la rétrospective d’Auguste Renoir et de Paul Cézanne (42 oeuvres). Morozov est accompagné par le peintre Sergueï Vinogradov, ami de son défunt frère Mikhaïl, qui reprend le rôle de conseiller et de consultant du collectionneur débutant. La galerie de Durand-Ruel  présente à Ivan Morozov un compte de 40 mille francs pour le  Portrait de Jeanne Samary, une oeuvre « de chambre » d’Auguste Renoir, et deux paysages de Sisley; acquisition dans la galerie d’Ambroise Vollard du paysage de Camille Pissarro Terre labourée et dans la galerie Bernheim-Jeune du tableau Dans les chambres [= Dans une chambre?] d’Édouard Vuillard.

    Sergueï Chtchoukine  emmène à Moscou les tableaux de Gauguin dont Morozov s’est souvenu de les avoir vus accrochés dans les pièces sombres de l’hôtel particulier du péréoulok Znamienski.

    1905, 1er janvier (ancien style) – Ivan Abramovitch Morozov est fait « conseiller de manufacture », « ce qui est officialisé par le ministre des finances pour son activité utile dans le domaine du commerce et de l’industrie  de la nation »

    9 janvier (ancien style) – fusillade de la manifestation pacifique des ouvriers pétersbourgeois (Le “Dimanche sanglant »).

    Des réunions illégales ont lieu dans les maisons de Margarita et de Varvara Morozov, on y fait des conférences sur des thèmes politiques.

    La revue Iskousstvo [L’Art] N° 2) publie plus de 20 reproductions d’oeuvres de la nouvelle peinture occidentale (Gauguin, Denis, Cézanne, Van Gogh, Vuillard, Carrière, Monet, Guérin) dont une part importante se trouve dans la collection de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine. Igor Grabar’ appelle cette publication un événement plus important que tous les derniers événements politiques.

    Dissolution du groupe des « Nabis »; ses membres, Denis, Vuillard, Bonnard et Roussel, deviennent les peintres préférés d’Ivan Morozov.

    Avril – Ivan Morozov achète au Salon de Indépendants (20 mars-30 avril) les travaux de peintres inconnus (Edmond Lempereur, Alfred Maurer, James Morrice, Roderic O’Conor), principalement des petites scènes parisiennes de genre bon marché.

    Automne – au troisième Salon d’Automne (25 octobre-25 novembre), Matisse expose avec un groupe de jeunes peintres (Manguin, Puy, Derain, Vlaminck, Valtat) que le critique Louis Vauxcelles appelle ironiquement des « fauves ». Le fauvisme est né. Le prudent Ivan Morozov n’est pas encore prêt pour l’achat des fauves, mais c’est lui justement qui constituera une collection impressionnante d’un des premiers « ismes » du XXe siècle. Pour le moment, son attention est tournée, comme auparavant, vers les impressionnistes : il acquiert encore dans la galerie Durand-Ruel deux paysages d’Alfred Sisley.

    L’architecte Liev Kékouchev commence la reconstruction de l’hôtel particulier de la rue Pretchistenka, avec la suppression des moulures baroques de l’enfilade d’apparat des salles du premier étage. Dans le grand  Salon Musical d’apparat sont enlevés les entresols, ce qui permet d’agrandir la hauteur du plafond jusqu’à six mètres. Sur le toit est installée une lanterne lumineuse grâce à laquelle le salon reçoit un éclairage naturel.

    7 décembre (ancien style) – début de la grève politique générale qui se transforme en une émeute armée.

    1906, février – ouverture à Pétersbourg de l’exposition « Le Monde de l’art » [Mir iskousstva], constituée par Diaghilev à partir d’oeuvres d’artistes moscovites et pétersbourgeois; Morozov acquiert l’Étude verte d’un jeune espoir, Boris Anisfeld.

    Printemps – deuxième exposition personnelle de Matisse à la galerie Druet (19 mars-7 avril).

    Au Salon des Indépendants (20 mars- 30 avril), 842 artistes, dont Derain, Friesz, Manguin, Marquet, Valtat, Vlaminck, Puy, Matisse; Morozov achète Printemps en Provence de Paul Signac, La loge de Tony Minartz et La source sacrée de Guidel de Maurice Denis. Morozov, n’ayant pas réussi à acheter une seconde oeuvre qui lui plaisait, se rend chez l’artiste à Saint-Germain en Laye où il commande une réplique du Paysage avec Polyphème (appelé aujourd’hui Polyphème) et réserve la toile inachevée Bacchus et Ariane.

    Morozov visite également  dans la galerie de Durand-Ruel l’exposition de tableaux de Claude Monet de la collection du chanteur Jean-Baptiste Faure; l’année suivante seront achetés trois tableaux figurant dans le catalogue.

    Automne – dans le cadre du quatrième Salon d’Automne  (6 octobre-15 novembre), dans 12 salles du Grand-Palais a lieu, organisée par Sergueï Diaghilev, l’Exposition d’art russe. Est présentée au public français l’histoire de l’art russe depuis la peinture d’icônes de l’ancienne Russie jusqu’à la peinture contemporaine. En tant qu’un des sponsors (avec Vladimir Hirschman, Sergueï Botkine, le prince Vladimir Argoutinski-Dolgorouki et Vladimir von Meck) et que propriétaire « d’une collection éminente », Ivan Morozov est élu membre d’honneur du Salon d’Automne et décoré de l’ordre de la Légion d’Honneur.

    Sont montrées à cette exposition les oeuvres suivantes appartenant à Ivan Abramovitch Morozov : Portrait d’une dame de Viktor Borissov-Moussatov, Le château de Tchernomor d’Alexandre Golovine, Café à Yalta de Konstantine Korovine et d’autres; pendant l’exposition, il achète Neige de mars d’Igor Grabar’ et Fête galante de Nikolaï Millioti.

    Ivan Morozov visite l’hôtel particulier du baron Denys Cochin, rue de Babylone, où il admire les vitraux et les panneaux exécutés par Maurice Denis. Il se familiarise avec la collection du baron qui possède une grande collection de Cézanne, qui devient son peintre préféré.

    22 octobre – Paul Cézanne meurt à Aix.

    Création à Moscou de la revue Zolotoïé rouno [La Toison d’or], de tendance symboliste (éditeur – Nikolaï Riabouchinski).

    27 décembre (ancien style) – Ivan Morozov achète à la première exposition de l’Union des artistes russes à Pétersbourg La légende orientale (Conte arabe) de Boris Anisfeld, trois oeuvres de Nikolaï Krymov (Devant une statue blanche, Gel de mars, Nuit d’été), des paysages de Piotr Pétrovitchev et de Mikhaïl Mechtchérine. À la même date est faite une facture de 200 roubles pour l’achat du tableau de Mikhaïl Larionov Fenêtre (location inconnue).

    Au cimetière du monastère Pokrovski est installée la chapelle-caveau de Mikhaïl Abramovitch Morozov d’après le projet d’Apollinari Vasnetsov.

    1907, janvier – Sergueï Chtchoukine, atterré par la mort subite de sa femme, écrit un testament selon lequel sa collection doit être transmise après sa mort à la Galerie Trétiakov.

    4 mars – Durand-Ruel achète pour son client russe Ivan Morozov Sous les arbres du Moulin de la Galette d’Auguste Renoir et Matin d’automne à Érignyde Pissarro lors de la dispersion de la collection de George Viau.

    Printemps – exposition de Maurice Vlaminck à la galerie Vollard. Dissolution du groupe des fauves.

    8-20 avril – exposition de Maurice Denis à la galerie Bernheim-Jeune (45 peintures et 20 dessins).

    14 avril – ouverture du Salon de la Société nationale des beaux-arts où Denis expose les tableaux Paysage avec Polyphème et Bacchus et Ariane, appartenant à Morozov.

    29 avril – dans la galerie de Durand-Ruel sont acquis pour 97 mille francs les tableaux de Claude Monet – Petit coin de parc à Montgeron, Meule de foin près de Giverny, Boulevard des Capucines, Le pont de Waterloo.

    4 mai – achat dans la galerie Ambroise Vollard des premiers tableaux de Paul Gauguin Conversation et Paysage avec des paons, ainsi que de Un coin de Paris et Paysage du Dauphiné de Pierre Bonnard.

    Picasso peint   Les demoiselles d’Avignon. Naissance du cubisme.

    Arrivée à Paris du jeune Daniel-Henry Kahnweiler et ouverture de sa minuscule galerie 27 rue Vignon; il mise sur les cubistes; il passe des contrats avec Derain, Picasso, Friesz et Braque.

    Ivan Morozov décide de commander à Maurice Denis des panneaux décoratifs pour embellir son Salon musical. Dans une lettre du 21 juillet, le peintre lui fait savoir qu’il a l’intention d’utiliser comme sujet des panneaux l’histoire de Psyché.

    27 juillet (ancien style) – Ivan Abramovitch Morozov épouse religieusement Ievdokiya Serguéïevna Kladovchtchinkova (1883/1885-1959); leur liaison avait été tenue secrète pendant plus de trois ans, comme l’existence de leur fille qui continue à être dissimulée. Les jeunes mariés partent en voyage de noces: les époux passent le mois d’août à Biarritz, puis partent en septembre pour Paris.

    Octobre –  à la rétrospective posthume de Paul Cézanne, organisée par le Salon d’Automne (1-22 octobre), Morozov achète pour la première fois des tableaux du peintre, Paysage dans la plaine au pied de la Montagne Sainte-Victoire et Nature morte avec draperie. Il montre de l’intérêt pour l’oeuvre de jeunes artistes de la galerie Vollard; il achète Le séchage des voiles d’André Derain, qui est le début du paysage fauve, ainsi que Barque au bord de la Seine de Maurice Vlaminck et cinq toiles de Louis Valtat.

    D’après la facture de la galerie Vollard du 5 octobre, les achats ont coûté 45 mille francs.

    1er octobre – Morozov acquiert pour la première fois à la galerie Bernheim-Jeune un tableau de Matisse (Bouquet) et un tableau de Marquet (Quai du Louvre et Pont-Neuf).

    Naissance à Moscou du groupe « Goloubaïa roza » (La rose bleue) dont les représentants présentent dans leur création des tendances décorativistes et symbolistes. Les peintres de ce groupe entreront dans la collection d’Ivan Morozov : Matin, Naissance, Mirage dans la steppe de Paviel Kouznetsov, Menuet de Nikolaï Sapounov, Amateurs des tempêtes de Piotr Outkine; il y avait également dans la collection des oeuvres de Nikolaï Krymov, Sergueï Soudiéïkine et Martiros Sariane.

    Varvara Morozova fait don de 80 mille roubles à l’Université populaire A.Ya. Chaniavski qui est construite Place Miousskaïa à Moscou, son nom est écrit sur la façade du laboratoire de chimie.

    1908, 5 janvier – Ivan Morozov achète à la VI exposition de l’Union des artistes russes une esquisse de Nikolaï Sapounov pour la pièce La baraque de foire d’Alexandre Blok et Foire villageoise de Sergueï Malioutine. Acquisition de plusieurs tableaux de la collection de Vladimir von Meck, dont la toile inachevée de Vroubel Lilas et trois études du peintre.

    Avril – achat au Salon des Indépendants (20 mars-2 mai) de l’oeuvre fauve d’André Derain Route dans la montagne.

    29 avril – en un seul jour, Morozov acquiert chez Vollard des tableaux pour 50 mille francs (Sergueï Chtchoukine qui

    était venu la veille dans la galerie y avait laissé une somme trois fois moindre). Parmi les tableaux achetés par Morozov : Au pied de la montagne, Femme tenant un fruit, et Fleurs de France de Gauguin, ainsi que une toile de jeunesse de Cézanne L’ouverture de « Tannhäuser ».  Le même jour, Vollard vend à Morozov pour 300 francs les Gymnastes ambulants [sic!] de Pablo Picasso; cependant, le nom du jeune Espagnol ne dit rien pour le moment au collectionneur.

    Sergueï Chtchoukine emmène Morozov dans l’atelier de Matisse boulevard des Invalides.

    16 mai – Eugène Druet achète pour Ivan Morozov Les chaumières de Van Gogh lors d’une vente à l’Hôtel Drouot de tableaux de peintres contemporains.

    Nikolaï Riabouchinski organise à Moscou le premier Salon de La Toison d’or(18 avril -24 mai selon l’ancien style). Près de 800 oeuvres sont présentées à cette exposition, d’artistes russes et français, ces derniers étant la majorité. Déjà familiarisé avec la création  de Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Redon et Signac, le public russe voit pour la première fois des travaux de Matisse, Derain, Friesz, Manguin, Puy, Valtat et d’autres. Ivan Morozov achète à la fin du Salon Le café de nuit de Van Gogh et Square à Paris de Georges  Dufrénoy, ainsi que Près de l’arbre à grenades de Martiros Sariane,  Les amateurs de tempêtes de Piotr Outkine et Parc au printemps de Mikhaïl Larionov.

    Été – Sergueï Ivanovitch Chtchoukine ouvre sa galerie à ceux qui désirent voir sa collection (8 péréoulok Znamienski, les dimanches, de 11h à 13h, inscription par téléphone)

    Août – Ivan Morozov se repose avec sa femme aux eaux de Karlsbad.

    29 septembre – seconds achats importants en 1908

    de tableaux dans la galerie Vollard : parmi les travaux les plus chers – Le grand pin près d’Aix de Cézanne et Baignade dans la Seine (La grenouillère)de Renoir.

    Achat dans la galerie Durand-Ruel de Jeune fille à l’éventail de Renoir. Les deux tableaux de Renoir, un des impressionnistes les plus chers, coûtent 50 mille franc à Morozov.

    Maurice Denis montre au Salon d’Automne (1er octobre-8 novembre) une série de cinq panneaux de L’histoire de Psyché, peints pour l’hôtel particulier morozovien; Henri Matisse expose la grande nature morte La chambre rouge, peinte pour Sergueï Chtchoukine. Ivan Morozov achète Le miroir au-dessus de l’évier de Pierre Bonnard, ainsi que des travaux de Friesz, de Dufrénoy et Femme assise de Matisse.

    Acquisition dans la galerie Vollard du Café à Arles de Paul Gauguin, devenu le seul travail  en Russie de la période arlésienne, ainsi que du Grand Bouddha, payé 20 mille francs.

    29 octobre – Invité par Wilhelm Uhde, Morozov visite la galerie que l’historien de l’art allemand venait d’ouvrir 73 rue Notre-Dame-des-Champs, où il acquiert pour 300 francs Fleurs et Portrait d’Auguste Herbin.

    Novembre – « Ivan Abramovitch est revenu en Russie. Il a emmené 16 oeuvres, toutes de Durand-Ruel et de Vollard. Tout des Claude Monet, Cézanne, Sisley, Renoir, Matisse etc. Plusieurs choses sont très intéressantes, surtout Grenouillère de Renoir », relate Ostrooukhov à Alexandra Pavlovna Botkina. Les années 1907 et 1908 sont les plus fécondes de la Collection Morozov : en deux années, Ivan Morozov a acquis plus de 60 tableaux.

    Ivan Abramovitch Morozov est élu président de l’administration de la Société de sylviculture Mougréïévo-Spirovskoïé.

    Les panneaux de Maurice Denis arrivent à Moscou.

    24 décembre (ancien style) – Arséni Abramovitch meurt de septicémie à l’âge de 35 ans dans son domaine de Vlassiévo près de Tvier’.

    1909, janvier – Maurice Denis et sa femme arrivent à Moscou. Pendant que Denis fait connaissance de Moscou, Ivan Morozov règle les problèmes liés au testament de son frère cadet qui a légué à sa maîtresse son hôtel particulier et une fortune de plusieurs millions.

    À la demande de Morozov, le prince Sergueï Chtcherbatov et Vladimir von Meck organisent pour l’hôte français un riche programme culturel, comprenant un voyage de deux jours à Pétersbourg.

    Insatisfait du coloris inutilement tranchant de ses panneaux, Denis passe un certain temps à repeindre certaines parties. Comprenant que les cinq scènes picturales sont insuffisantes pour une salle étroite avec un plafond de six mètres de haut, il propose de compléter les espaces vides  et de peindre deux panneaux  horizontaux et quatre boiseries verticales. Le commanditaire est d’accord avec la proposition du peintre. S’impose à lui l’idée de compléter l’ensemble du Salon Musical par des sculptures et des vases en céramique. Denis lui conseille de commander les sculptures à Aristide Maillol.

    Sergueï Chtchoukine commande à Henri Matisse des panneaux pour embellir l’escalier de son hôtel particulier.

    Février – Ivan Morozov achète à la VI exposition de l’Union des artistes russes (26 décembre 1908-6 février selon l’ancien style) Les pivoines et Fête nocturne de Nikolaï Sapounov, ainsi que Pommier après la pluie de Mikhaïl Larionov.

    Deuxième Salon de La Toison d’or à Moscou (11 janvier-15 février); y participent des maîtres étrangers (Matisse, Derain, Van Dongen, Marquet, Rouault, Vlaminck, Friesz et d’autres), mais en bien moindre nombre que dans le premier Salon.

    Mars – Sergueï Chtchoukine fait savoir à Matisse que Morozov a l’intention de discuter avec lui sa commande de tableaux pour sa salle à manger. Cependant, à cause de problèmes de santé de sa femme, Morozov ne va pas au printemps à Paris. À l’exposition d’Othon Friesz dans la galerie Druet, Marthe Denis achète à sa demande Arbres à Cassis et Neige à Munich.

    Matisse passe son premier contrat avec la galerie Bernheim-Jeune qui reçoit les droits exclusifs sur ses travaux (sauf ceux de grand format) et il s’installe avec sa famille dans la banlieue de Paris, à Issy-les-Moulineaux, où il construit un atelier dans le parc. Morozov commande à  Matisse deux natures-mortes.

    Début de la parution à Pétersbourg de la revue d’art et de littérature Apollon (jusqu’en 1917).

    Ivan Morozov achète Fête de Boris Koustodiev, l’année précédente le peintre avait exécuté, sur sa commande, une réplique de son tableau La foire.

    Début à Paris des « Saisons russes », organisées par Sergueï Diaghilev.

    14 septembre – achat à la galerie Durand-Ruel pour 30 mille français de Bords de la Marne et Autoportrait à la casquette de Cézanne.

    2 octobre – Ivan Morozov paie à Vollard 93 mille francs pour quatre toiles de Cézanne (Fleurs, La Montagne Sainte-Victoire, Baignade et Fumeur). En une année, les prix des Cézanne doublèrent presque, cependant le collectionneur achète  sans compter les travaux qui lui paraissent devoir bien  représenter la création du maître.

    Matisse n’arrive pas à terminer les natures mortes que lui a commandées Morozov et à les montrer au Salon d’Automne (1er octobre-8 novembre).

    Sergueï Chtchoukine acquiert sa première oeuvre de Pablo Picasso, le Portrait à l’éventail.

    Le troisième Salon de La Toison d’or (27 décembre 1909-31 janvier 1910 selon l’ancien style) a lieu sans la participation française, à cause du manque de financement. À cette exposition se détachent Mikhaïl Larionov, Natalia  Gontcharova, Piotr Kontchalovski, Paviel Kouznetsov, Martiros Sariane dont des travaux se trouvent déjà dans la collection d’Ivan Morozov.

    Le sculpteur odessite Vladimir Izdebski organise le premier Salon international (17 décembre-6 février selon l’ancien style, 776 oeuvres). Pour la première fois, des oeuvres d’artistes contemporains sont montrées, outre la capitale, en province (Odessa, Kiev et Riga); une majorité des participants français de l’exposition est représentée dans les collections moscovites de Chtchoukine et de Morozov.

    Ivan Morozov procède au réaccrochage de ses tableaux dont le nombre s’accroît progressivement.

    1910, janvier – Pierre Bonnard reçoit la commande d’un panneau pictural pour embellir l’escalier d’apparat de l’hôtel particulier de la rue Pretchistenka, ainsi que de deux toiles géminées sur le sujet de « la vie parisienne ».

    17-15 février (ancien style) – Margarita Morozova décide de transmettre comme donation à la Galerie Trétiakov la plus grande  partie de la collection de son défunt mari. La partie occidentale de celle-ci est évaluée à 195 mille francs (70.000 roubles), la partie russe – à 51 mille roubles.

    2 mars (ancien style) – Le conseil de la Galerie Trétiakov accepte le don. Tenant compte du fait que la collection de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine a été aussi léguée à la section étrangère de la Galerie (dont la base est constituée par des artistes étrangers de la collection de Sergueï Mikhaïlovitch Trétiakov [frère cadet de Paviel]), le don morozovien  donne des raisons d’espérer qu’apparaîtra à Moscou dans un futur proche un premier « musée de l’époque moderne ».

    Margarita Kirillovna Morozova vend l’hôtel particulier du boulevard Smolienski. Elle finance l’organisation des éditions « Pout’ » [La Voie] qui publient la littérature de  philosophie religieuse.

    23 mars (ancien style) – arrivée à Moscou des natures mortes tant attendues de Matisse Fruits et bronze et Fruits, fleurs, panneau La danse, commandés au peintre au début de 1909.

    14 avril (ancien style) – Mort à Pétersbourg de Mikhaïl Vroubel, un des artistes préférés des frères Morozov : dans la collection de Mikhaïl se trouvaient six oeuvres de l’artiste et dans celle d’Ivan – 27, principalement des études et des esquisses.

    13-18 mai – Ivan Morozov acquiert chez Gustave Fayet Nature morte au perroquet, peinte par Gauguin peu de temps avec sa mort, pour la somme record de 27 mille francs.

    1er octobre – ouverture du Salon d’Automne. Sur la recommandation de Valentin Sérov, Ivan Morozov achète Prunes bleues d’Ilia Machkov (appelées aujourd’hui Nature morte. Fruits sur un plat) et Place d’une petite ville provinciale d’Auguste Chabaud.

    Les panneaux La musique et La danse, exposées par Matisse au Salon, sont accueillies si négativement par le public et la critique que Sergueï Chtchoukine décide de renoncer aux énormes toiles avec des figures dénudées. Cependant, au cours de son voyage de retour chez lui, il change d’avis et demande au peintre d’envoyer immédiatement les panneaux à Moscou.

    11 novembre – Ivan Morozov achète dans la galerie de Vollard pour 35 mille francs le Paysage bleu, tant attendu, de Cézanne.

    Scission à l’Union des artistes russes. Les artistes pétersbourgeois font renaître l’association « Mir iskousstva » [Le Monde de l’art].

    Valentin Sérov peint le portrait d’Ivan Morozov sur le fond de nature morte récemment achetée à Matisse, Fruits et bronze.

    Aristide Maillol termine les statues Pomone, Flore, Printemps, Été pour le Salon Musical.

    4 décembre (ancien style) – arrivée à Moscou des panneaux de Matisse, commandés par Sergueï Ivanovitch Chtchoukine, La musique et La danse.

     

    10 décembre (ancien style) – ouverture à Moscou de la première exposition de l’association « Boubnovy valiet » [Le Valet de carreau], organisée par Mikhaïl Larionov, Piotr Kontchalovski, Ilia Machkov et d’autres artistes. Les travaux des artistes du Valet de carreau sont représentés dans la collection d’Ivan Abramovitch Morozov: Nature morte de Machkov, Siniérariï [?] de Kontchalovski, Livres de Vassili Rojdestvienski, Nature morte au plateaud’Alexandre Kouprine.

    1911, début de l’année – à la première exposition de l’association « Mir iskousstva », Ivan Morozov acquiert le tableau Rue de Constantinople de Martiros Sariane.

    Alexandre Benois, dans une de ses Lettres d’art dans le journal Rietch [La parole], déclare qu’il faudra à la société russe des années « pour s’habituer » aux conceptions moscovites de la nouvelle peinture.

    Printemps – scission parmi les participants de l’exposition du « Valet de carreau » : Mikhaïl Larionov et Natalia Gontcharova quittent l’association et forment le groupe « Osliny khvost » [La queue d’âne].

    Ivan Morozov  fait une nouvelle commande à Matisse, soulignant que cette fois la commande est familiale. Son épouse adorée demande de peindre pour elle une nature morte et lui-même espère devenir possesseur de deux paysages.

    Septembre – Ievdokiya Morozova subit une lourde opération pour soigner une hernie. Ivan Morozov ne fait pas son  voyage traditionnel à Paris en automne.

    23 octobre-9 novembre – visite triomphale d’Henri Matisse à Moscou. L’artiste procède au réaccrochage de ses tableaux, dispersés dans diverses salles de l’hôtel particulier de Chtchoukine au péréoulok Znamienski, début de l’ensemble du Salon Rose.

    1er novembre (ancien style) – constitution à Moscou de la société « Le Valet de carreau » avec des statuts officiels (elle existera jusqu’en 1917).

    Après leur exposition dans la galerie Bernheim-Jeune et au Salon d’Automne, arrivent à Moscou le triptyque Méditerranée, exécuté par Pierre Bonnard pour l’escalier de l’hôtel particulier morozovien, ainsi que les statues en bronze Pomone et Flore, deux des quatre commandées à Maillol.

    1912, janvier – ouverture à Pétersbourg de l’exposition « Cent années de peinture française », organisée par la revue Apollon et l’Institut français, la plus vaste de toutes les expositions en Russie consacrées à l’Impressionnisme et au Post-impressionnisme (17 janvier-18 mars selon l’ancien style, près de mille oeuvres). Ivan Morozov est un des membres du Comité russe de l’exposition, constitué des représentants de l’aristocratie russe.

    Parmi les chefs-d’oeuvre : Un bar aux Folies Bergères de Manet et Les amoureux de Renoir (estimés 300 et 100 mille francs), ainsi que la Féérie intime de Besnard qui avait appartenu en son temps à Mikhaïl Morozov.

    Exposition de tableaux de la société « Le Valet de carreau » (26 janvier-26 février selon l’ancien style). Un groupe d’artistes français et allemands est invité à y participer : Henri Matisse, Pablo Picasso, André Derain, Otton Friesz.

    En complément du triptyque Méditerranée, Ivan Morozov commande deux panneaux sur le thème Les quatre saisons après des pourparlers avec l’artiste qui considère cette commande comme plus laborieuse que le triptyque, les honoraires sont de 25 mille francs.

    Mikhaïl Larionov organise l’exposition de « La Queue d’âne » dans laquelle participent Natalia Gontcharova, Alexandre Chevtchenko, Kazimir Malévitch, Vladimir Tatline et d’autres. Morozov n’achète pas les avant-gardistes « extrêmes », cependant sa collection est très familière aux représentants les plus radicaux de l’avant-garde russe.

    Printemps  – La revue Apollon (N° 3-4) publie l’article de Sergueï Makovski sur la collection française d’Ivan Abramovitch Morozov; cette publication est accompagnée par un catalogue complet et 52 reproductions en noir et blanc. Le consentement à la publication de sa collection est une décision très importante pour le collectionneur, si l’on tient compte des difficultés de  l’accès à l’hôtel particulier morozovien.

    Juillet-septembre – Matisse fait savoir que les tableaux commandés par Morozov seront exposés au Salon d’Automne. Cependant il comprend vite qu’il n’aura pas le temps de les achever. À la fin septembre, Matisse part pour le Maroc où il reste jusqu’à la mi-février 1913; pendant son séjour à Tanger, il peint pour Morozov trois tableaux qu’il réunit dans ce qu’on appelle Le Triptyque marocain.

    Arrivée à Moscou des panneaux de Bonnard Automne, Cueillette des fruits et Premier printemps que Morozov accroche à côté de Méditerranée.

    18 décembre – Picasso signe un contrat exclusif de trois ans avec la galerie de Kahnweiler, selon lequel il n’a pas le droit de garder pour lui annuellement plus de cinq travaux. Ambroise Vollard qui n’accepte pas la manière cubiste de Picasso cesse de s’occuper du peintre.

    1913, 3 janvier – une facture de 70.000 francs provenant de la galerie Vollard parvient à l’adresse du bureau de la rue Varvarka; parmi les nouveaux achats – Scène d’intérieur (dans les chambres), dernière, 18ème, et en même temps la plus ancienne des toiles de Cézanne, Tête de femme de Renoir et les « triomphes » décorativement mythologiques de Roussel (Le triomphe de Bacchus et Le triomphe de Cérès).

    1er février – achat chez Vollard pour 42 mille francs de L’enfant au fouet, la dernière toile de Renoir, devenue la plus chère de la Collection Morozov.

    Achat chez Kahnweiler de Table et fruits de Derain, et chez Druet de trois paysages de Marquet (Soleil sur Paris,  Le quai du Louvre,  Paris en hiver. Le quai Bourbon) et Le golfe de Naples.

    1er mars-2 avril (ancien style) – troisième exposition de l’association « Le Valet de carreau » à Moscou, parmi les participants français – Braque, Derain, Vlaminck, Picasso. Morozov venait d’acquérir le tableau cubiste de Picasso Le portrait d’Ambroise Vollard, achat inattendu de la part du collectionneur qui avait ignoré le cubisme, à la différence de Sergueï Chtchoukine.

    14-19 avril – exposition des tableaux marocains et des sculptures de Maillol de la Collection Morozov dans la galerie Bernheim-Jeune. Sont exposés trois oeuvres appartenant à Ivan Morozov : Vue de la fenêtre, Zorah sur la terrasse, Entrée dans la casbah (Le triptyque marocain), qui arrivèrent à Moscou le 14 juillet.

    Matisse espère voir Morozov chez lui dans son atelier pour lui proposer, en pendant au Triptyque marocain des tableaux peints au Maroc, dont le Café arabe [sic], l’oeuvre la plus importante de la série marocaine. Morozov ne prête aucune attention à cette invite et c’est Sergueï Chtchoukine qui acquiert le tableau.

    29 septembre (ancien style) – Ouverture dans le Salon d’art de Klavdiya Mikhaïlova, rue Bolchaïa Dmitrovka à Moscou, de l’exposition personnelle de Natalia Gontcharova (plus de 700 travaux). Ivan Abramovitch Morozov achète deux tableaux de l’artiste : Hiver. Patinage et Parc en automne.

    18 octobre – Daniel-Henry Kahnweiler achète à Gertrude Stein, qui partageait sa collection avec son frère, trois oeuvres de Picasso, parmi lesquelles un chef-d’oeuvre de la période « rose » Petite fille sur une boule que le marchand vend le 25 octobre à Ivan Morozov pour 16 mille francs.

    27 octobre –  Morozov achète dans la galerie Druet  son dernier tableau, le 13ème, de Pierre Bonnard. Sur la toile Été en Normandie est gravée l’idylle de l’avant-dernier été pacifique qui deviendra très vite du passé, de même que les tableaux des artistes français que les collectionneurs russes ne seront plus en mesure d’acheter.

    1914, janvier – au début de l’année, les profits de la Manufacture de cotonnades de Tvier’ s’élèvent pour l’année 1912-1913 à 1.705 312 roubles. Le capital de base était de 12 millions de roubles.

    Achat à la XI exposition de l’Union des artistes russes de deux sculptures de Sergueï Konionkov, Torse (marbre) et Jeune fille (bois); achat en février d’un autre torse Femme ailée (bois).

    Dans la revue Apollon (N°1-2) est publié l’essai de Yakov Tugendhold « La collection française de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine » avec des reproductions de la plus grande partie de la collection. Arrivée à Moscou du dernier tableau acheté par Chtchoukine – Portrait d’un inconnu lisant le journal d’André Derain.

    1er août – L’Allemagne déclare la guerre à la Russie et le 3 août – à la France, où la mobilisation a déjà lieu. Le jour suivant, les armées allemandes envahissent  la Belgique. Début de la Première guerre mondiale à laquelle participent 38 États. La capitale de la Russie, Saint-Pétersbourg change son nom en Pétrograd.

    Margarita Kirillovna Morozova, qui avait déménagé dans l’hôtel particulier du péréoulok Miortvy, maison qu’avait reconstruite pour elle Ivan Joltovski, ouvre un hôpital dans une maison lui appartenant boulevard Novinski.

    22 décembre – Ivan Abramovitch Morozov légalise auprès d’un notaire moscovite  une donation selon laquelle son épouse Ievdokiya Serguéïevna devient propriétaire de la maison de la rue Pretchistenka avec toutes les constructions et le terrain.

     

  • Nina Iavorskaya, « Histoire du Musée national du nouvel art occidental (Moscou) 1918-1948) », Moscou, 2012,  479 pages

    Nina Iavorskaya, Istoriya Gossoudarstviennovo mouziéïa novovo zapadnovo iskousstva (Moskva) 1918-1948 [Histoire du Musée national du nouvel art occidental (Moscou) 1918-1948], Moscou, 2012,  479 pages

     

    L’auteure est l’historienne de l’art Nina Viktorovna Iavorskaya (1902-1992) qui a vécu au plus près (elle était la compagne de Boris Ternovets) l’histoire tourmentée des collections de Sergueï Chtchoukine et d’Ivan Morozov après leur répartition en 1948 entre le Musée Pouchkine et l’Ermitage.

    S’appuyant sur les archives, elle décrit les divers aspects du travail muséal accompli pour ces collections, la façon dont elles ont été complétées, exposées et traitées scientifiquement par les divers conservateurs, elle-même ayant été conservateure pendant vingt-cinq ans du Musée national du nouvel art occidental jusqu’à sa liquidation en 1948.

    Elle a publié de très nombreux articles, en particulier sur Picasso, a soutenu en 1928 une thèse de doctorat consacrée à Paul Cézanne, thèse publiée en 1935.

    En 1925, elle est à Paris avec Boris Ternovets, directeur du Musée national du nouvel art occidental, à l’occasion de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes.

    Dans son travail de commissaire d’expositions entre 1924 et 1931, elle était guidée par le souci de présenter dans une exposition tout un complexe artistique, à savoir les tableaux, les arts appliqués, les arts graphiques, les photographies et les maquettes architecturales. Ces nombreuses expositions provisoires n’étaient pas forcément liées avec les Collections Chtchoukine et Morozov.

    Dans les années 1930, outre son livre sur Cézanne, elle publie des livres sur Daumier, Jeanron, Géricault.

    Elle prit une part active aux volumes-chrestomathies consacrés aux Maîtres de l’art sur l’art. Avec Boris Ternovets, Nina Iavorskaya y publie des articles sur Monet, Rodin, Cézanne, Picasso, Ozenfant, Hans von Marées.

    Après le limogeage de Boris Ternovets en 1938, qui précipita sa mort en 1941, Nina Iavorskaya occupa la fonction de directeur et suivit toutes les péripéties du Musée national du nouvel art occidental à l’époque de la terreur stalinienne et pendant la Seconde guerre mondiale. Elle dut subir la fermeture du Musée et sa dispersion entre Moscou et Léningrad.

    Elle s’intéressa à l’art yougoslave, puis, après la fermeture du Musée, aux arts plastiques de l’Ukraine. Elle participa à l’Institut de l’histoire et de la théorie des arts, installé dans le bâtiment du Musée, mais dut en partir pour « formalisme ». Elle put faire éditer en 1963 les écrits de Boris Ternovets et travailla activement au volume officiel de 1977 qui fut le premier volume de toute une série très importante de publications des écrits des artistes russes de la première moitié du XXe siècle.

    Le livre de Nina Iavorskaya Histoire du Musée national du nouvel art occidental (Moscou) 1918-1948, complète les écrits de Boris Ternovets, les détaillant en s’appuyant sur une vaste documentation, surtout tirée des archives. Sont ainsi décrites et analysées la Collection Chtchoukine et la Collection Morozov, les acquisitions d’oeuvres nouvelles, les expositions d’art européen. Le tout accompagné de nombreuses photographies des différents accrochages des salles du Musée et des expositions provisoires au cours des années.

    Le premier chapitre,  » Le musée dans la première décennie de son existence (1918-1928) » (p. 23-161), décrit les premiers projets des fondateurs du Musée national du nouvel art occidental (outre Boris Ternovets, le critique d’art et collectionneur polono-russe Pawel Ettinger, le célèbre peintre et historien de l’art Igor Grabar et l’essayiste Iakov Tugendhold), leurs buts et leurs tâches. Sont indiquées les tendances de base de l’activité muséale : la structure du texte de Nina Iavorskaya est ainsi formée de subdivisions dans lesquelles il est question et du catalogue et des acquisitions d’oeuvres pour compléter le fonds originel des Collections Chtchoukine et Morozov et du travail minutieux de recherche sur les oeuvres et les courants artistiques.

    Le deuxième chapitre, « La jonction des Sections I et II du Musée (1929-1937) » (p. 163-300), suit entièrement le même principe que le précédent. La Collection Chtchoukine devient « La Section I », la Collection Morozov – « La Section II » du Musée national du nouvel art occidental. En même temps, dans le récit des circonstances qui ont accompagné la vie artistique du Musée, un fort accent est mis sur les éléments tragiques. Apparaît le thème de la pression du système administratif-bureaucratique sur la collectivité muséale; il y est question aussi des tentatives de fermer le musée.

    Le troisième chapitre, « Le Musée avant la Seconde guerre mondiale (1938-1940) » (p. 333-393), montre l’atmosphère tragique, encore plus intense, concernant beaucoup de sphères de la vie sociale, y compris le quotidien alarmant des musées. Boris Ternovets est limogé, de nouveaux directeurs se succèdent, la direction s’efforce d’utiliser les salles du Musée pour des expositions d’une tendance autre que celle des Collections (le réalisme socialiste).

    Le quatrième chapitre, « Le Musée pendant la Grande guerre patriotique (1941-1945) » (p. 395-414), décrit les énormes difficultés qu’a subies le Musée pendant la guerre, l’évacuation des oeuvres les plus précieuses des Collections. Nina Iavorskaya a pu rester à Moscou, mais beaucoup de conservateurs ont été envoyés en province.

    La cinquième partie « Le Musée après la guerre et sa liquidation (1945-1948) » (p. 415-433), traite de la situation du Musée au moment où les tableaux des Collections, qui avaient été évacués, furent réinstallés sans que l’accès au musée soit autorisé. Un nouveau catalogue fut établi, mais le Musée resta fermé, la collection fut dispersée et l’hôtel particulier d’Ivan Morozov devint le siège de l’Académie des arts de l’URSS.