Catégorie : Des arts en général

  • Catalogues des œuvres russes et européennes de la collection de Mikhaïl Morozov, données à la Galerie Trétiakov en 1910

    Catalogues des œuvres russes et européennes de la collection de Mikhaïl Morozov, données à la Galerie Trétiakov en 1910

    8 XI/11

    Documents concernant la transmission à la Galerie Trétiakov d’oeuvres d’art de la collection de Mikhaïl Abramovitch Morozov

    1910

    9 feuillets

    Dossier N° 640, inventaire N° 1, unité de conservation N° 74

    Oeuvres d’art,  don de Mikhaïl Abramovitch Morozov à la Galerie Trétiakov, qui se trouvent être la propriété à vie de Margarita Kirillovna Morozova, reçues de Margarita Kirillovna Morozova pour leur conservation provisoire à la Galerie Trétiakov.

    [Tapuscrit en russe avec l’orthographe d’avant 1918]

    1/ I.I. Lévitane : Sur le lac. Étude. Toile, collée sur une toile. 25,6 x 34, 8

    2/ I.I. Lévitane : Rivière. Étude. Papier collé sur toile. 14 x 17, 8.

    3/ I.I. Lévitane : Fleuve. Étude. Carton 17,9 x 27, 8. Au dos une inscription au crayon  » Étude de mon défunt frère Isaac Lévitane », Adolphe Lévitane.

    4/ I.I. Lévitane : Petit sentier. Soir. Étude. Carton 12, 2 x 19, 6

    5/ K.A. Korovine : Moulins. Esquisse de décor pour le ballet de Minkus « Don Quichotte », Carton tempera. 30 x 46

    6/ A.N. Benois : Au bord du bassin de Cérès. Étude. Aquarelle, gouache, or et fusain sur papier. 24, 8 x 33 x 8 /hors cadre/. En bas à droite inscription au crayon : Alexandre Benois, 1897.

    7/Virgilio-Narcisse Díaz de la Peña : Plaine. Planche. 21, 4 x 33, 5. En bas à droite : V. Diaz. 82. Parmi les défauts, dans la partie inférieure su tableau, au centre, et dans le coin gauche, quelques égratignures dans la couche de peinture. De tous les côtés la peinture ne touche pas les bords de la planche.

    8/ Eugène Boudin : Bateaux de pêche sur une plage. Planche parquetée. 25, 2 x 34. En bas à gauche : E Boudin – 80

    9/ Gabriel Max : Matin. Planche. 37 x 26, 9. En bas à droite : Gab. Max

    10/ Axeli Gallen : Fleuve. Toile. 47, 7 x 82, 7 /hors cadre/. En bas à droite : Gallen. 1898.

    11/ Auguste Rodin : Ève. Marbre. 76, 5 x 28. Sur le côté droit : Rodin

    Le directeur intérimaire

    [Sans signature]

    ——————————————————-

                             La Collection de Mikhaïl Abramovitch Morozov

    [MANUSCRIT.

    Les mots avec un astérisque sont en lettres latines.

    À partir du N° 36 on passe au N°47 sans explication].

    Le Cabinet :

    1. Valtat*. La mer [une inscription au crayon rayée entre parenthèses :] (famille de Tahitiennes)

    1. Gauguin* Kosh* [sic] [au crayon 🙂 (Paysage de Tahiti)

    1. Gauguin* La mer [au crayon 🙂 (Famille de Tahitiennes)

    1. Munch* Ponts

     

    1. Danchez* [sic, sans doute pour Sanchez] Berge

     

    1. Ed. Manet* Au café

    1. Taulow* [sic!] Nuit

     

    1. Carrière* Baiser [ajouté au crayon :] de la mère

    1. Anglada* [sic!] Danse

    1. Renoir* Samary [ajouté au crayon :] (portrait de l’artiste Jeanne Samary)

     

    1. Van Gogh* La mer

    1. Cottet « Les travailleurs de la mer »

    13 Guérin*  Promenade

     

    1. Claude Monet* Paysage

    15 Syssand* [sic!] Paysage (sans maisonnettes)

    1. Roll* Modèle féminin

     

    1. Golovine Le Palais d’hiver (esquisse de décor pour « La Maison de glace » de Korechtchenko)

    1. De Thomas* [sic!] Femme se promenant avec des enfants

    1. Forain* Ballerine

     

    1. Forain* Modèle féminin

     

    1. Gandara* Femme

    1. Renoir* Portrait de femme à la sanguine

     

    1. T. de Lautrec* [sic] Pastel

    1. Minartz* Sortie du Moulin Rouge

     

    1. Valloton* Barques à l’embarcadère

    1. Maurice Denis* Mère et enfant

     

    1. Maurice Denis* Étude

     

    1. T. de Lautrec* Ébauche au crayon

     

    1. Forain* Instituteur

     

    1. Bonnard* Petite palissade

     

    1. Benois À Versailles

    1. Chtcherbov La traite des vaches

     

    1. Malioutine Conte

    1. Sérov Portrait du donateur Mikhaïl Abramovitch Morozov

     

    1. Sourikov Dix études et esquisses (« toits »)

    1. Somov Baigneuses

    1. [sic! pour 37]. K. Korovine Petite grange

     

    1. K. Korovine  En barque

     

    1. V. Vasnetsov Les trois reines

    1. K. Korovine Hammerfest (Aurore boréale)

    1. F. Botkine Tête

     

    1. Sérov Automne

     

    1. Lévitane La Volga

     

    1. Lévitane Prairie

     

    55-58 Lévitane  4 études (sans pin sur fond de mer)

     

    59 Somov À la datcha

    1. V. Vasnetsov Esquisse sur un  festin de l’époque de pierre

     

    1. Vroubel Diseuse de bonne aventure

     

    1. K. Korovine Taverne espagnole

    1. K. Korovine Moulins (esquisse pour le ballet Don Quichotte)

     

    1. Lévitane Le début du printemps

    1. Vinogradov Arrière-cour en automne

     

    1. A. Vasnetsov Le Kremlin, les cathédrales

     

    1. A. Vasnetsov Kiev

     

    1. K. Korovine Jeune fille [illisible]

    Le Salon :

     

     

    1. Gabr. Max* Matin

     

    1. Sergueï Korovine Vers la Trinité

     

    1. Pérov Pigeonnier

     

    1. Pérov Un botaniste

     

    1. Corot* Paysage

     

    1. Diaz* Une plaine*

    1. Jongkind* Paysage

     

    1. Rokotov Portrait

    1. Boudin* Paysage

    1. Pointelin* Paysage

     

    Salle :

    1. Rodin* Ève

    1. Corot* Femme

     

    Cabinet de Margarita Kirillovna :

    1. Vroubel La Tsarine Cygne

    1. Gallen Paysage finlandais

    1. Konst. Korovine Nord (gouache)

     

    SIGNATURE DE MARGARITA KIRILLOVNA MOROZOVA

    Selon les évaluations approximatives établies par V.A. Sérov et I.L. Ostrooukhov, pour la somme de 185.000 francs et 51.000 roubles

    Signature : I. Ostro<oukhov> [?]

     

    ———————-

    Déclaration de la veuve de l’assesseur de collège Margarita Kirillovna Morozova au Conseil de la Galerie d’art municipale Paviel et Sergueï Trétiakov

    [Manuscrit]

    Mon défunt mari Mikhaïl Abramovitch Morozov a exprimé de son vivant le désir que sa collection de tableaux d’artistes russes et étrangers devienne par la suite la possession de la galerie d’art Paviel et Sergueï Trétiakov. Pour exécuter cette volonté du défunt, je présente ici l’inventaire des dits tableaux, en tout quatre-vingt trois pièces, et je déclare que je les transmets à la galerie comme propriété; quant aux autres, ci-dessous dénommées, trente trois tableaux, elles restent dans mon usage et devront entrer dans la galerie après ma mort; si, avant cela, des cas de détériorations ou de pertes pouvaient se produire en dehors de ma volonté, la responsabilité ne doit pas m’en être imputée.

    Liste des tableaux que je garde pour mon usage personnel :

    (Numéros selon la liste)

    17- Golovine, Le Palais d’hiver

    32- Benois, À Versailles

    35- Sérov, Portrait de M.A. Morozov

    46- Somov, Baigneuses

    55-58- Lévitane, 4 études

    63- Konstantine Korovine, Moulins

    64- Lévitane, Début du printemps

    69- Gabriel Max, Matin

    70- Sergueï Korovine, Vers la Trinité

    73- Corot, Paysage

    74- Diaz de la Peña, Une plaine

    75- Jongkind, Paysage

    76- Rokotov, Portrait

    77- Boudin, Paysage

    78- Pointelin, Paysage

    79- Rodin, Ève

    80- Corot, Femme,

    81- Vroubel, La tsarine-cygne

    82- Gallen, Paysage finlandais

    83- Konstantine Korovine, Nord (gouache)

    SIGNATURE DE MARGARITA KIRILLOVNA MOROZOVA

    1er mars 1910

    ————————————–

    Liste sans références

    [Manuscrit en orthographe d’avant la réforme orthographique de l’automne 1918, sans doute écrit au début de 1918, comme l’indique la notice N° 14 qui mentionne le nom de Zinaïda Morozova-Rezvaya, ce dernier nom de « Rezvaya » n’apparaissant qu’en mars 1918 lors de la dépossession d’une de ses propriétés.

    De plus, la mort de Rodin en 1917 est indiquée, cf. N° 18]

    1) Virgilio-Narcisso Diaz de la Peña dit Virgile-Narcisse Diaz*. 1807-1876

    Plaine, planche, 2/X 33.

    Signé en bas à droite : V. Diaz*. 62.

    Don à la Galerie Trétiakov de Mikhaïl Abramovitch Morozov, se trouvant être la possession la vie durant de Margarita Kirillovna Morozova. Salle XXIX.

    2) Jean-Baptiste-Camille Corot. 1796-1875.

    Paysage, toile, 45 x 37.

     Signé en bas à gauche : Corot*.

    Don à la Galerie Trétiakov de Mikhaïl Abramovitch Morozov, se trouvant être la possession la vie durant de Margarita Kirillovna Morozova. Salle XXIX.

    3) Mère allaitant, toile, 32 x 24 (ovale).

    Don à la Galerie Trétiakov de Mikhaïl Abramovitch Morozov, se trouvant être la possession la vie durant de Margarita Kirillovna Morozova. Salle XXIX.

    4) Konstantine Alexéïévitch Korovine, né en 1861.

    Moulins. Esquisse de décor pour le ballet de Minkus « Don Quichotte », tempera/carton, 30 x46

    Don à la Galerie Trétiakov de Mikhaïl Abramovitch Morozov, se trouvant être la possession la vie durant de Margarita Kirillovna Morozova. Salle XIV.

    5) Alexandre Nikolaïévitch Benois, né en 1870;

    Au bord du bassin de Cérès*. Étude, aquarelle, gouache, or et fusain, 24 x 33.

    Signé à la plume en bas à droite : Alexandre Benois 1897. Salle XV.

    Don à la Galerie Trétiakov de Mikhaïl Abramovitch Morozov, se trouvant être la possession la vie durant de Margarita Kirillovna Morozova. Salle XV.

    6) Alexeï Gavrilovitch Vénetsianov, 1780-1847.

    Portrait de Maria Matvéïevna Filossofova, toile, 69 x 60.

    Signature à gauche, au-dessus de l’épaule : Ce 23 mars 1823 Vénetsianov, abandonne avec ce tableau  sa peinture de portraits. Salle IV.

    7) Isaac Ilitch Lévitane, 1861-1900.

    Carillon du soir, toile, 86 x 108.

    Signé en bas à gauche : I. Lévitane, 1892.

    Provient de la collection de Z.V. Ratkova-Rojkova. Salle XIV.

    8) Valentin Alexandrovitch Sérov. 1865-1911

    Portrait de Sofia Mikhaïlovna Loukomskaya, née Dragomirova, aquarelle/p., 44 x 40.

    Signé en bas à droite : Sérov 900 [= 1900].

    Provient de la collection de Z.V. Ratkova-Rojkova. Salle XXV

    9) Konstantine Andréïévitch Somov, né en 1869.

    Dame au bord d’un étang, toile, 88 x 71.

    Signé en bas à gauche : K. Somov  1896.

    Provient de la collection de Z.V. Ratkova-Rojkova. Salle XV.

    10) Philippe Andréïévitch Maliavine, né en 1869.

    Portrait d’un garçon, toile, 142 x 67.

    Signé en bas à droite : Ph. Maliavine 1878.

    Provient de la collection de Z.V. Ratkova-Rojkova. Salle XV.

    11) Maria Vassilievna Yakountchikova-Véber, 1870-1902.

    Bougie, tempera/toile, 66 x44.

    Signé en bas à droite : M. Yakountchikova.

    Provient de la collection de Z.V. Ratkova-Rojkova. Salle XV.

    12) Isaac Ilitch Lévitane, 1861-1900

    Début du printemps, toile, 42 x 35.

    Signé en bas à gauche : I. Lévitane.

    Don à la Galerie Trétiakov de Mikhaïl Abramovitch Morozov, se trouvant être la possession la vie durant de Margarita Kirillovna Morozova. Salle XV.

    13) Mikhaïl Alexandrovitch Vroubel, 1856-1910.

    Sur une terrasse au bord de la mer  (Motif antique), planche, 24 x 32.

    Provient de la collection de Margarita Kirillovna Morozova. Salle XIV.

    14) Viktor Mikhaïlovitch Vasnetsov, né en 1848.

    L’oiseau Gamaïoune, toile, 210 x 134.

    Signé en bas à droite : Viktor Vasnetsov Moscou 1898.

    Provient de la collection de Z.V. [sic! sans doute s’agit-il de Zinaïda Grigorievna, veuve de Savva Timofiéïévitch Morozov]   Morozova-Rezvaya. Salle XII.

    15) Fédote Ivanovitch Choubine, 1749-1805.

    Buste du vice-chancelier prince Alexandre Mikhaïlovitch Golitsyne (1723-1807), marbre,  70 x 51.

    Signé : Sculp. : Shubin*.

    Provient de la collection de l’Hôpital Golitsyne. Salle III.

    16) Théophile Steinlen*, né en 1859

    Chat, tempera/toile, 62 x 63.

    Signé en bas à gauche : Steinlen*.

    Provient de la collection de Domachkéva. Salle XXX.

    17) Louis-Eugène Boudin*, 1824-1898.

    Barques de pêche sur une plage, planche, 25 x 94.

    Signé en bas à gauche : E Boudin*- 80

    Don à la Galerie Trétiakov de Mikhaïl Abramovitch Morozov, se trouvant être la possession la vie durant de Margarita Kirillovna Morozova. Salle XXX.

    18) Auguste Rodin*, 1840-1917.

    Ève, marbre, 76 x 28.

    Signé : Rodin*

    Don à la Galerie Trétiakov de Mikhaïl Abramovitch Morozov, se trouvant être la possession la vie durant de Margarita Kirillovna Morozova. Salle XXX.

    19) Fritz [sic] Thaulow*, 1847-1906.

    Fleuve, tempera/toile, 58 x 79.

    Signé en bas à gauche : Frits Thaulow*.

    Provient de la collection de Z.V. Ratkova-Rojkova. Salle XXIX.

    20) Hiver. Rivière, pastel/toile, 90 x 63.

    Signé en bas à droite : Frits Thaulow*.

    Provient de la collection de Z.V. Ratkova-Rojkova. Salle XXIX.

    21) Gaston La Touche*, né en 1854.

    La Cène, aquarelle/papier, 70 x 54.

    Provient de la collection de Z.V. Ratkova-Rojkova. Salle XXIX

    22) Jean-Bertholde [sic] Jongkind*, 1819-1891.

    Quai de canal, toile, 40 x 64.

    Don à la Galerie Trétiakov de Mikhaïl Abramovitch Morozov, se trouvant être la possession la vie durant de Margarita Kirillovna Morozova. Salle XXX.

    23) Viktor Elpidiforovitch Borissov-Moussatov, 1870-1905.

    Jeune fille dormant, 1901, pastel/papier, 60 x 44.

    Signé en bas à gauche : V Moussatov.

    Provient de la collection de M.F. Yakountchikova. Salle XXVIII.

    ———————————————-

    Liste sans références

    [Manuscrit.

    Cette liste a été établie selon la nouvelle orthographe russe, après la réforme russe officielle de l’orthographe en octobre 1918]

    Henri Harpignies*. 1819-1916

    Automne, toile (N° 3911)

    1. Clair de lune, toile (N° 3912)

    Louis Eugène Boudin* 1821-1898

    1. Barques de pêche sur une plage. Planche, 1880

    Alexandre-Gabriel Decamps*. 1803-1860

    Chasse dans les montagnes, toile, 1843 (N° 3882)

    1. Chasse avec lévrier, planche, 1843 (de la collection de M.S. et Kh. S. Barychnikovy)

    2. Chasse aux canards, toile. (N° 3883)

    Ferdinand-Victor-Eugène Delacroix*. 1798-1853

    Après le naufrage, toile (N°3881)

    Vigilio-Narcisso Diaz de la Pena, – dit Virgile Narcisse Diaz*. 1807-1876

    1. Vénus avec Amour, fusain, 1877 (N° 3887)

    2. Plaine, planche, 1862

    3. Automne à Fontainebleau, fusain, 1872 (N° 3887)

    Charles-François Daubigny*. 1817-1878

    1. Lieu retiré, planche, 1858 (N° 3904) (Solitude*)

    2. Matin, planche, 1858 (N° 3905)

    3. Village sur le bord de la Loire, planche, 1868 (N° 3906)

    4. Bord de mer, planche (N° 3907)

    5. Soir à Honfleur, planche, (N° 3908)

    6. Bords de la Loire, planche (N° 3909)

    7. Parc (de la collection Brocard [?])

    Jules Dupré*. 1811-1889

    1. Soir, toile (N° 3886)

    2. Basse marée en Normandie, toile (N° 3897)

    3. Route traversant un village, toile (de la collection de M.S. et Kh. S. Barychnikovy)

    Eugène Fromentin*. 1820-1876

    1. En attendant d’être transbordé sur le Nil, toile, 1872 (N° 3913)

    Jean-Louis-André-Théodore Géricault* .1791-1824

    1. Tête d’homme. Étude, toile (N° 3873)

    Félix- François-Georges-Philibert Zièm [sic]*. 1821-1911

    1. À Venise, toile (N° 3915)

    Louis-Gabriel-Eugène Isabey* 1803-1886

    1. Môle à Dieppe, planche, 1862 (N° 3885)

    Jean-Baptiste-Camille Corot*. 1796-1875

    1. Lisière de forêt, h. (N° 3875)

    2. Matin, h. (N° 3875)

    3. Site sablonneux, toile (N° 3876)

    4. Temps de tempête dans le Pas-de-Calais, toile (N° 3877)

    5. Château de Pierrefonds, toile (N° 3878)

    6. Coup de vent, toile (N° 3879)

    7. Baignade dans la forêt, toile (N° 3880)

    8. Paysage, toile

    9. Dans la forêt, toile (de la collection de L.N. [?] Liandnov [?])

    Gustave Courbet*. 1819-1877

    1. Mer sur les rives de la Bretagne, toile 1867 (N° 3910)

    Thomas Couture*. 1815-1879

    1. Après un bal masqué, toile (N° 3902)

    Prosper Marilhat*. 1811-1847

    1. Dans la forêt de Fontainebleau, planche (N°3895)

    Jean-François Millet*. 1814-1875

    1. Les Charbonnières, toile (N° 3901)

    Charles Hoguet*. 1821-1870

    1. En Hollande, toile, 1850 (N° 2914)

    Louis-Gustave Ricard*. 1823-1873

    1. Tête de femme, toile (N° 3916)

    Pierre-Étienne-Théodore Rousseau*. 1812-1867

    1. Vue à Barbizon, planche (N° 3898)

    2. À l’abreuvoir, planche (N° 3899)

    3. Dans la forêt de Fontainebleau, toile (N° 3900)

    Constantin [sic] Troyon*. 1810-1865

    1. À l’abreuvoir, planche, 1851 (N° 3890)

    2. Chien et lapin, planche (N° 3891)

    3. Brebis, planche (N° 3892)

    4. Chiens courants, toile (N° 3882)

    5. Boeuf, toile, 1851 (N° 3894)

    Mariano Fortuny

     

    1. Charmeurs de serpents

     

     

  • Quelques tableaux russes de l’exposition « La Collection Morozov »

    Quelques tableaux russes de l’exposition « La Collection Morozov »

     

     

     

    Konstantine KOROVINE, Portrait d’une choriste, h/t., 53, 2 x 41, 2, 1883

     

    On considérait en Russie, dans les deux dernières décennies du XIXe siècle, la peinture de Korovine comme grossière et négligée. Il est vrai que son oeuvre est inégal. Beaucoup de tableaux sont banals, mais il y a de vrais chefs-d’œuvre comme ce Portrait d’une choriste qui a marqué un tournant dans l’histoire de la peinture russe dans les années 1880. Igor Grabar a écrit que « c’était avec Korovine que commençait l’histoire de l’art moderne en Russie ». Le Portrait d’une choriste fut jugé scandaleux et refusé dans les expositions de l’époque. Korovine rapporte que Répine a dit en voyant cette toile qu’elle n’était pas d’un Russe, mais d’un Espagnol ayant du tempérament : « C’est peint avec audace et succulence, mais c’est de la peinture pour la peinture. » Au dos de l’œuvre, Korovine a écrit : « Le modèle était une femme laide, on pourrait dire un laideron. » Cette étude reste comme un hapax dans la production picturale de Korovine dans les deux dernières décennies du XIXe siècle. Elle est la première apparition en Russie de l’apport impressionniste français avec un certain regard dans la direction de Manet.

     

    Mikhaïl VROUBEL, Lilas, h/t, 214 x 342, 1901

    Cette toile monumentale de Vroubel (1856-1910) est peinte en 1901, un an après deux études sur le même motif, elle est considérée comme inachevée car non signée. Le lilas se dit en russe « siren’ », ce mot est lié graphiquement et phonétiquement à la nymphe Syrinx de la mythologie grecque fuyant le dieu Pan et transformée en roseaux. Dans le tableau on voit en haut, au centre, un personnage les bras derrière la tête, se déployant sur toute la surface picturale dans une symphonie de mauves de toutes les nuances. Le panthéisme est une tendance majeure du symbolisme russe des années 1900. Il est particulièrement présent dans l’œuvre de Vroubel où très souvent les personnages émergent de parterres floraux. Et puis, il y a eu en 1899 sa toile monumentale Pan dont on dit qu’elle est marquée par la légende florentine d’Anatole France Saint Satyre, adaptée en russe par Dmitri Mérejkovski en 1890. Dans Lilas on peut penser que le personnage qui incarne la Nature est un faune. Le personnage féminin sur le banc semble attendre l’épiphanie d’un visiteur qui viendrait s’asseoir à côté d’elle. On pourrait dire que cette toile est une version slave de « l’après-midi d’un faune » mallarméen.

     

     

     Valentin SÉROV, Portrait de Mika Morozov, h/t, 62, 3 x 70, 6, 1901

     Valentin Sérov (1865-1911) sort du réalisme académique avec ce portrait du fils de Mikhaïl et Margarita Morozov, âgé de quatre ans, Mika (hypocoristique de Mikhaïl) qui, adulte, deviendra en URSS un éminent spécialiste de Shakespeare (1897-1952). La pose inhabituelle de l’enfant prêt à bouger, la composition du tableau en diagonale, tout le tableau est fondé sur le contraste entre l’immobilité (la forte présence du fauteuil massif) et l’agilité, la vivacité, suspendues, mais prêtes à se manifester, de l’enfant (le coussin prêt à tomber, la bouche entrouverte). Valentin Sérov a vu à Paris Édouard Manet, ce qui se ressent dans le contraste saisissant entre la masse blanche qui illumine l’enfant et le camaïeu noir « ténébreux » qui l’entoure ainsi que l’éclat du noir des yeux. La mère de Mika, Margarita Kirillovna Morozova, a pu affirmer : « Sérov peignait particulièrement bien les enfants […] Le portrait de mon fils était de ce point de vue extrêmement réussi. Quand Sérov le peignait, il était de bonne et bienveillante humeur. »

     

     

     

    Valentin SÉROV, Portrait de Mikhaïl Abramovitch Morozov, h/t, 212, 5 x 80, 8, 1902

     Ce rejeton du monde marchand capitaliste moscovite haut en couleurs, tel qu’il fut décrit par le dramaturge Alexandre Ostrovski dans la seconde moitié du XIXe siècle, ne s’occupait pas de négoce, mais avait fait des études universitaires et avait des ambitions d’écrivain. Mikhaïl Morozov est ici représenté dans son salon « chinois » un an avant sa mort en 1903. On note dans cette figuration du collectionneur de peinture française et russe la sensibilité psychologique spécifique de Valentin Sérov. La veuve de Mikhaïl, la célèbre Margarita Kirillovna, a bien caractérisé cela : « Sérov n’avait aucune imagination, il était un vrai réaliste. Un trait pénible, c’était je ne sais quel pessimisme humoristique à l’égard des gens. Il voyait dans chaque être humain, avec son regard observateur circonspect, une caricature. Ou bien cet être lui rappelait quelque animal ou bien il saisissait ses traits intérieurs et extérieurs qu’il exposait également de façon caricaturale. Il était rare de pouvoir sentir en lui une attitude bonne et simple à l’égard de la personne qu’il représentait. » Cela se confirme dans ce portrait monumental où certains contemporains ont pu voir « la pose d’un épouvantail de potager, un sanglier qui vient de sauter sur son chasseur et se planter devant lui. » (la peintre Nina Iéfimova)

     

     

     

     

    Piotr Outkine, Ceux qui aiment la tempête, détrempe/t., 76, 5 x 81, 1908

     Ce tableau du peintre Piotr Outkine (1877-1934) témoigne de l’originalité du symbolisme pictural russe, tel qu’il s’est manifesté dans l’exposition « La Rose bleue » à Moscou en 1907. Outkine a été influencé par l’impressionnisme vaporeux de son compatriote de Saratov, Viktor Borissov-Moussatov, mort en 1905, un an après la première exposition symboliste intitulée « La Rose écarlate » dans cette ville sur la Volga.

    Nous sommes ici à la limite de l’abstraction comme chez Vroubel. L’attrait pour l’enfance, la pensée enfantine, est un des vecteurs de la poétique du symbolisme russe ; il est ici présent avec la fillette qui tient une sorte d’encensoir d’où sort une fumée, emportée par la tempête et, à côté d’elle un personnage avec un chapeau tête baissée retenant avec ses mains un rameau ; ils sont abrités et non menacés par les plumes fantastiques de l’immense vague arborescente qui semble les protéger. Outkine est le peintre des visions embrumées oniriques de la nature. Il n’y a plus de perspective ni de profondeur mimétique du monde visible et des êtres, mais un univers pictural musical de pure émotion.

     

          Martiros SARIANE, Auprès d’un grenadier, détrempe/carton, 34, 6 x 52, 5, 1907

     

    Cette œuvre du peintre arménien Sariane fut d’abord intitulée Motif oriental ; elle présente une scène paradisiaque, à la fois intemporelle et incarnée dans un paysage caucasien. Au centre, un grenadier rappelant l’« Arbre de Vie » de la Genèse, inondé de soleil avec des oiseaux et un chevrier dont la chèvre se délecte des feuilles du grenadier. Tout respire l’harmonie de l’homme, des animaux et de la nature avec une dominante bleue, récurrente dans toute la création de l’artiste, provenant des miniatures iconiques arméniennes. De larges stries rythmiques multicolores, qui sont un trait distinctif de la peinture de Sariane, créent un puissant dynamisme de l’ensemble. Ce tableau fut montré lors de l’exposition symboliste moscovite « La Rose bleue » en 1907. Elle tranchait avec les évanescences et les brumes picturales de la majorité des peintres de ce mouvement. Elle en fit tout de même partie, non seulement à cause de son bleu, mais surtout à cause de la musicale picturalité de sa poétique. Cette œuvre est « fauve » par la violence des contrastes et son laconisme primitiviste.

     

    Valentin SÉROV, Portrait d’Ivan Morozov, détrempe/ carton, 63, 5 x 77, 1910

     

     On note dans ce tableau une particularité de l’école russe, jusqu’à et y compris l’avant-garde, à savoir que les peintres russes synthétisent sur leurs oeuvres plusieurs cultures picturales. Ici, Ivan Morozov est représenté sur le fond de la nature morte de Matisse Fruits et bronze qu’il venait d’acheter à Paris. Sérov n’aimait pas le maître français même s’il avait une certaine admiration pour lui. Le dynamisme de l’image est rendu par l’obliquité du tableau matissien, d’où émerge la figure massive et bienveillante du collectionneur. C’est à nouveau Manet qui est convoqué avec ce trait noir qui encercle le personnage et, à nouveau, un contraste noir-blanc, mais moins éclatant que dans le portrait de son neveu Mika. Le critique d’art Abram Éfros dit de ce tableau que Sérov a « traité [à son habitude] l’original de façon tyrannique » : « Il l’a peint assez tardivement afin de ne pas avoir à le reconstruire, afin de le recouvrir d’une telle retouche sous laquelle il faudrait du temps pour bien voir le vrai Morozov. Le Morozov de Sérov est un Européen à la tenue stricte et très gandin, ayant la structure générale soit d’un député à la mode, soit d’un banquier frais émoulu, qui s’intéresse à l’art et qui achète, en suivant les prescriptions de souffleurs privés, les oeuvres du dernier cri, pour aussitôt les cacher selon les codes du bon ton. »

     

    Natalia Gontcharova, Verger en automne, h/t, 71, 8 x 103, 3 , 1909

     

     Cette toile figurait dans la première exposition du groupe cézanniste-primitiviste fauve « Le Valet de Carreau » à Moscou en 1910-1911. Natalia Gontcharova (1881-1962) était attirée par les travaux de la campagne et a créé autour de 1910 un cycle de peinture paysannes unique au monde. La cueillette des fruits, comme ici sur ce tableau, est un sujet très important dans sa création. L’artiste traite de façon primitiviste, dans la structure de l’œuvre, les personnes et les paysages qui sont libérés de tout mimétisme. La Gontcharova primitiviste est solaire, ici c’est un soleil automnal avec la dominante de différentes nuances de jaune qui jouent avec les rouges, les verts, les noirs. L’artiste a su dans toute sa création picturaliser le décorativisme de l’art populaire de son pays. C’est une instrumentation purement picturale du monde visible. De tous les néo-primitivistes russes, Natalia Gontcharova est la plus naturellement mystique, la plus accordée avec la civilisation et la culture de la Russie.

     

     

     

    Ilia MACHKOV, Nature morte. Fruits sur un plat, h/t, 80, 5 x 116, 2, 1810

     

    Cette nature morte d’Ilia Machkov (1881-1944) s’appelait d’abord Les prunes bleues. Elle est typique de l’esthétique cézanniste-primitiviste-fauve du mouvement « Le Valet de carreau » dont l’artiste a été un des premiers fondateurs en 1910. ‘Le Valet de carreau » donne une grande place, inconnue auparavant, à la nature morte. Dmitri Sarabianov a bien noté ce que représentait cette nouvelle esthétique russe : « Utilisant les conquêtes de Cézanne, parfois de Matisse et de quelques autres peintres français [les peintres du Valet de carreau] rendaient à l’objet sa masse, son volume, sa forme traditionnelle, visaient à une synthèse de la couleur et de la forme. » La polychromie de la toile de Machkov provient de l’art populaire russe. D’elle émane une succulence visuelle affirmée. Le dynamisme de l’ensemble est rendu par le contraste des coloris et de la table présentée en oblique, couverte d’une nappe à un blanc-gris improbable. Cette toile a été exposée au Salon d’automne parisien de 1910 et Valentin Sérov écrit de Paris à Ivan Morozov:

    « Notre Matisse moscovite Machkov, c’est du sérieux. Ses fruits sont peints gaillardement et sonnent. « 

    Ilia Machkov, Autoportrait, h/t, 137 x 107, 1911

     

     Machkov est un des fondateurs du « Valet de carreau » qui a peint comme une affiche de ce mouvement une toile représentant son autoportrait et le portrait de l’autre fondateur, Piotr Kontchalovski, comme des athlètes musclés à demi nus, symbolisant le nouveau peintre, plein de vitalité, d’affirmation sensualiste du monde, d’humour, de théâtralisation et de carnavalisation de la vie. Machkov vient d’une famille de cosaques du Don, majoritairement des Ukrainiens russifiés, au folklore et aux coutumes hyperboliques. Machkov se représente sur cet Autoportrait comme un Turc européanisé avec un mélange humoristique d’exotisme oriental (le fez, le noir des cils, des yeux, de la moustache, du col pompeux d’un costume cossu), de primitivisme avec la confrontation d’un bateau à voiles géométrisé sortant du tableau vers la gauche et d’un bateau à vapeur, symbole de la civilisation commerciale moderne, sortant du tableau vers la droite. Le procédé du « sdvig » (décalage) est ici employé tout particulièrement dans la peinture des yeux. À partir du célèbre Christ Pantocrator du VIe siècle se trouvant au monastère sinaïque Sainte-Catherine avec sa dissymétrie théandrique des yeux, les avant-gardistes russes ont souvent introduit cette dissymétrie dans leurs portraits (un œil tourné vers le visible et un autre vers l’inapparent).

     

     

    Alexandre Golovine, Autoportrait, détrempe/p., 88, 6 x 68, 9, 1912

     

     Cet Autoportrait d’Alexandre Golovine (1863-1930) est typique de la culture picturale russe sécessionniste du début du XXe siècle, représentée en particulier par la revue Le Monde de l’art de Sergueï Diaghilev et d’Alexandre Benois. Sur un fond gris neutre sans couleur locale et décor, l’artiste concentre toute l’attention sur son portrait en buste de face avec une légère obliquité. La dominante chromatique est en camaïeu ; grâce à cette grisaille le peintre rend toutes les nuances éclatantes d’une illumination blanche et des ombres disséminées sur la veste et le visage. En contraste, le vase de fleurs frappe par la solidité et la vigueur de son dessin. « J’ai un particulier amour pour les fleurs – écrit l’artiste dans ses mémoires- et je les peins avec un précision botanique. » Golovine réalise ainsi un équilibre entre cette luminosité et la fragilité qui se lit dans le regard à la fois aigu et manifestant une certaine appréhension. Le critique d’art et directeur de la revue moderniste Apollon a caractérisé ainsi l’art du portrait de Golovine : « Ses portraits, tout en restant très      ”éclatants ” par la gamme jubilatoire des couleurs, sont en même temps d’excellents ”documents humains” avec un psychologisme des visages et des mouvements attentivement pensé et étudié jusque dans les moindres détails. »

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Quelques réflexions sur la collection russe des frères Morozov

    Quelques réflexions sur la collection russe des frères Mikhaïl et Ivan Morozov

    Avec le même calme et obstination, avec le même professionnalisme qu’il menait ses affaires, Ivan Abramovitch Morozov a petit à petit réuni sa collection de peinture française et aussi d’art russe contemporain.Pour les Russes, son travail s’est fait sur le terrain. À la suite de son frère aîné Mikhaïl, qui avait acquis la magnifique Princesse-Cygne de Vroubel (Moscou, Galerie nationale Trétiakov), il a pu acheter de belles oeuvres de cet annonciateur de la future « avant-garde russe » : une aquarelle comme Cavalier au galop de 1890 est pré-cubiste avant la lettre et la toile Lilas  de 1901 contient en germe l’abstraction lyrique (les deux œuvres sont à la Galerie Trétiakov). D’autre part, une place est faite aux peintres réalistes qui ont transformé quelque peu le réalisme engagé des Ambulants par plus de poésie méditative (Issaak Lévitane), plus de vigueur dans les sujets de l’ancienne Russie (Andreï Riabouchkine ou bien l’ami des Morozov, Vassili Sourikov) Et Vassili Sourikov était le beau-père de Piotr Kontchalovski, un des fondateurs avec Machkov du « Valet de carreau », mouvement primitiviste-cézanniste-fauve. C’est ainsi que leurs toiles se trouvent dans la Collection Ivan Morozov ainsi que celles de Natalia Gontcharova de ce style. Il n’ira pas jusqu’au néo-primitivisme radical de Larionov, mais a acquis les toiles impressionnistes de ce dernier, cet impressionnisme larionovien, dont les critiques Nikolaï Pounine et, à sa suite, Nikolaï Khardjiev ont pu affirmer qu’il s’agissait d’un impressionnisme russe original. En effet, pour eux, Konstantine Korovine était plus « parisien » que russe…

    Un autre ami des Morozov, Valentin Sérov, tient une place de choix dans la collection morozovienne. Même si le bouleversement des codes séculaires issus de la Renaissance était étranger à l’admirable auteur des portraits de Mikhaïl, d’Ivan ou de Mika Morozov, s’il répugnait aux innovations trop radicales, sa création, typique du sécessionnisme européen, est d’une grande efficacité plastique avec un souci de précision réaliste qui coexiste avec la nervosité des coups de pinceau. Dessin et touches picturales sont en équilibre.

    Ce n’était pas le cas de Korovine, selon Mikhaïl Morozov, qui reprochait en 1895 à cet artiste son absolue « incompréhension  du dessin », louait « sa sensibilité de tons et de coloris », mais trouvait que ses coups de pinceaux sautaient  « en faisant des zigzags et des virgules », dénotant une négligence des contours. »[1] S’il avait vécu plus longtemps Mikhaïl Morozov se serait rendu compte que cette absorption des contours par la peinture était un des éléments principaux de la poïétique impressionniste qui triompha avec les vues londoniennes de Monet.

    À côté de Sérov et de Korovine, le troisième grand sécessionniste russe bien représenté dans la Collection Morozov est Alexandre Golovine. Maître du portrait, il a tout d’abord été connu à Paris dès 1908 avec ses fastueux décors et costumes pour le drame musical de Moussorgski Boris Godounov aux Saisons Russes de Diaghilev, puis en 1910 dans le ballet de Stravinsky L’Oiseau de feu. C’est une profusion de formes diaprées, de lignes en mouvement chorégraphiques, dans le plus pur style moderne, avec un coup d’oeil vers la sécession viennoise.[2] Son art théâtral culminera en 1917, en pleine Révolution, avec les somptueux décors pour le Bal masqué de Lermontov dans une mise en scène historique de Meyerhold.

    Le fauvisme qui naît officiellement en 1905 avait été annoncé auparavant dans le réalisme européen, par exemple chez un Max Slevogt et surtout par Edvard Munch, en Russie chez Nikolaï Gay dans ses représentations exacerbées des souffrances du Christ au Golgotha (une Crucifixion  de cette série se trouve au Musée d’Orsay) et aussi chez un naturaliste comme Philippe Maliavine dont la série des « Paysannes russes » [Baby], à partir du tout début de 1900, est une explosion symphonique de rouges flamboyants et de noir.[3] La toile de cette série dans la Collection Morozov donne une idée de l’exubérance coloriste et vigoureuse, au-delà du naturalisme, qui marque les débuts des arts novateurs russes avant 1914.

    La libération du souci de la représentation « photographique » linéaire des objets, qui avait commencé avec Turner, l’impressionnisme, le symbolisme d’un Eugène Carrière, puis le fauvisme, connut une courte fulgurance avec le mouvement symboliste de « La Rose bleue » (1908-1910), avec un pas majeur vers l’Abstraction, qui n’a pas laissé indifférent Ivan Morozov. Parti des profusions vroubéliennes, saturant de pictural toute la surface du tableau, et du sfumato « pointilliste » de Borissov-Moussatov, les peintres symbolistes russes créent un univers musical où la réalité devient « songe éveillé ». Ses meilleurs représentants, Pavel Kouznetsov, Piotr Outkine et Martiros Sariane, font partie de la Collection Morozov.

    Il est certain que si la Première Guerre mondiale, puis la révolution bolchevique n’avaient pas eu lieu, Ivan Morozov aurait enrichi sa collection des nouveautés les plus radicales, comme le montre son achat en 1913 du Portrait d’Ambroise Vollard de Picasso qui est une oeuvre-clef du cubisme analytique et, en 1914-1915, des oeuvres de Chagall, dont l’étonnante gouache À la mandoline (David Chagall, frère du peintre) du Musée de Vladivostok[4].

    Jean-Claude Marcadé

     

    [1] M. Youriev [Mikhaïl Morozov], Moï pis’ma [Mes Lettres], 1895, p. 188-189

    [2] Voir Serge Diaghilev et les Ballets Russes. Étonne-moi!, (sous la direction de John Bowlt, Zelfira Trégoulova, Nathalie Rosticher Giordano), Monaco, Skira, 2009

    [3]  Ce n’est pas un hasard si, dans la grande exposition de Suzanne Pagé au MAMVP Le fauvisme ou « l’épreuve du feu » (2009), la section russe du « Valet de carreau » était introduite par une toile de la série des « Paysannes russes ».

    [4] Voir l’album de Natalia Sémionova, Les Collections de Mikhaïl et Ivan Morozov, Moscou, Slovo, 2018, p. 538-539

  • BONNE FÊTE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE ET VIVIFIANTE CROIX!

    С ПРАЗДНИКОМ ВОЗДВИЖЕНИЯ ЧЕСТНОГО И ЖИВОТВОРЯЩЕГО КРЕСТА ГОСПОДНЯ!

     

     L’ELEVATION UNIVERSELLE DE LA CROIX

    «Semblablement à la façon dont les quatre bras de la croix se tiennent fermement et se lient solidement l’un à l’autre par le milieu- centre, de même c’est par le truchement de la Force Divine que se tiennent la hauteur, la profondeur, la longueur et la largeur, c’est-à- dire, en quelque sorte, toute créature visible et invisible.» Saint Jean Damascène.

    «L’Arbre de Vie, planté par Dieu dans le Paradis, préfigurait la vénérable croix. Car, puisque la mort était entrée au moyen de l’arbre, il convenait que ce soit au moyen de cet arbre que la vie et la résurrection soient gratifiées. C’est la mort du Christ ou la Croix qui nous a revêtus de la Sagesse et de la force hypostatiques de Dieu. Nous aussi nous adorons l’image de la Croix vénérable et vivifiante, nous l’adorons en vénérant non pas sa matière (Dieu nous en préserve), mais l’image comme symbole du Christ.» Saint Jean Damascène.

    Les douze fêtes canoniques marquent des événements qui ne sortent pas des limites du cercle évangélique, alors que dans l’Elévation de la Croix on rappelle ce qui s’est passé bien plus tard, bien que, dans son essence, cette fête soit emplie de la même lumière inextinguible commune aux Douze Fêtes Canoniques et qu’elle élève la conscience à la gloire de la prouesse rédemptrice du Christ. On la fête le jour de l’invention de la Croix du Seigneur et, en un sens plus général et plus large, c’est la croix elle-même qui est glorifiée lors de cette fête, en tant qu’instrument de la victoire du Christ sur le péché et la mort. On fête la Croix dressée au-dessus de l’Univers et sanctifiant le monde.

    Historiquement, cette fête commémore l’invention de la Croix sur laquelle fut crucifié le Seigneur, qui longtemps resta sous terre

    et semblait perdue pour les hommes. Au IVe siècle, l’impératrice Hélène, mère de Constantin le Grand, désira se rendre à Jérusalem pour se prosterner devant les saintes reliques qui y étaient conservées et étaient liées aux souvenirs des événements de la vie terrestre du Sauveur. Selon les sources qui se sont conservées, la cause principale du pèlerinage de l’impératrice Hélène fut le désir de trouver à Jérusalem la Croix sur laquelle le Sauveur avait subi la Passion. Après son arrivée à Jérusalem, selon les indications de l’impératrice Hélène, on commença les fouilles sur le Golgotha, à l’endroit même où le Christ avait subi la Passion. Plusieurs croix furent extraites de la terre et, selon la tradition, il ne fut pas possible de déterminer avec certitude laquelle de ces croix était véritablement celle sur laquelle le Seigneur Lui-Même avait subi la Passion. La Croix fut reconnue et déterminée grâce au miracle qui se produisit. Selon la tradition, près des croix déterrées, une procession funèbre se déroulait et pour mettre à l’épreuve la croix, pour reconnaître laquelle de ces croix déterrées était la croix véritable du Christ, celles-ci furent posées sur le défunt et lorsque celui-ci fut touché par l’une d’elles, se produisit le miracle de la résurrection. C’est ainsi, selon la tradition de l’Eglise, que fut attestée de manière indubitable l’authenticité de l’invention de la Croix.

    Sur l’icône de l’Elévation de la Croix, ce miracle est représenté de façons diverses. Parfois, on ne représente pas le défunt ressuscité, mais un vieillard guéri d’une grave maladie au contact de la Croix; d’une manière ou d’une autre, dans tous les cas, en souvenir de l’événement est conservé le témoignage que la Croix fut identifiée par le miracle qui eut lieu. Dans certaines représentations de ce miracle en Occident, on représente une jeune adolescente ressuscitant au contact du bois de la croix. La croix identifiée et attestée par ce miracle fut élevée et dressée au-dessus du peuple avec une cérémonie particulièrement solennelle. Le patriarche dressa par trois fois sur la place la croix trouvée devant la grande multitude du peuple. Cette cérémonie accomplie par le patriarche, l’élévation de la croix forme

    la base des icônes de la fête et est gravée pour l’éternité dans l’action liturgique, dans le rite de la fête célébrée par l’Eglise.

    L’évêque ou le prêtre le plus ancien, dans un monastère habituellement, l’hégoumène, accompagné des prêtres concélébrants, sort de l’autel en élevant la croix, se place au centre de l’église, et pendant que l’on chante «Seigneur, aie pitié» répété 400 fois, il accomplit lentement la bénédiction de l’église par la croix en s’inclinant comme s’il s’abîmait dans la mort sur la croix du Christ, puis en se redressant à l’image de la Résurrection.

    L’Elévation de la Croix, ce n’est pas uniquement la fête de l’invention de la Croix, mais essentiellement la glorification de la croix comme apparition salvatrice de l’Eglise, et non seulement de la croix visible, mais de la croix comme force de Dieu contenant le monde. On peut dire que la croix proclame la base même du monde créé. Dans la création même du monde fut mise la pluralité réduite à l’unité : le sceau béni de la croix détermine l’existence à partir de la fondation même. « Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre, le monde visible et invisible.» Le monde des ordres angéliques, le monde tangible, corporel, et le monde animal qui ne possède pas la nature spirituelle propre aux anges; et comme dernière création de Dieu, création en quelque sorte culminant en l’homme, se combinent une nature spirituelle propre au monde angélique et une nature affective animale convenant à toute créature animale; ici aussi on peut apercevoir ce même sceau plein de grâce de la croix.

    Le monde angélique, qui a reçu dans la création une structure hiérarchique co-subordonnée, porte également, pour ainsi dire dans sa propre organisation, la gloire de la croix. Et tout l’Univers, dès son commencement, est empli de cette gloire, et la croix, bénédiction et base de l’édifice du monde, a été en quelque sorte diffamée et déshonorée par l’apparition du péché, par la chute originelle, qui a engendré la désagrégation de cette sublime unité dans la croix de l’Univers. La chute de l’homme est devenue la source de l’inimitié de la mort, de la désagrégation, et la croix diffamée, dévastée par le péché, est devenue,

    plus exactement a été choisie par le Sauveur, comme instrument du rachat du monde désagrégé par le péché, comme étendard de la victoire sur la mort, comme rassemblement dans l’unité du monde endommagé par le péché. Le Sauveur a déployé ses bras sur la croix pour sauver ce qui avait péri, rassembler ce qui avait été dissipé. La croix, source de joie et d’unité bénie du monde, est devenue source de souffrance et de mort, et, choisie à nouveau par le Christ pour le salut du monde, elle redevient le Signe de la victoire sur la mort et elle couronne l’Eglise de sa gloire au ciel et sur la terre.

    Moine Grégoire (Krug), CARNETS D’UN PEINTRE D’ICôNES, Lausanne, l’Âge d’homme

  • Paviel Mouratov « Une nouvelle donation à la Galerie Trétiakov » ,1910

    1910

    Paviel Mouratov

    « Une nouvelle donation à la Galerie Trétiakov »[1]

    On doit considérer comme l’événement le plus important de ces dernières années l’entrée  à la Galerie Trétiakov de la donation de Mikhaïl Abramovitch et de Margarita Kirillovna Morozov. Ce qui est important ici, ce n’est pas le fait  qu’au nombre des oeuvres transmises à la Galerie par Margarita Kirillovna Morozova ou demeurées chez elle provisoirement il y ait plusieurs peintures de la modernité sans aucun doute de première classe. Ce qui est encore plus important, c’est que cette dotation est pour la galerie une étape décisive sur la route qui la mène d’un musée de l’art russe à un musée de l’art européen des XIXe et XXe siècles. Maintenant nous pouvons non seulement rêver de l’évolution future de la pinacothèque moscovite, non seulement la prévoir,  – nous assistons déjà à son organisation.

    Cette cause vraiment majeure a été initiée par Sergueï Mikhaïlovitch Trétiakov. Sa collection  de peinture étrangère, qui n’est pas très grande mais très précieuse, est, pourrait-on dire, le noyau autour duquel   se forme sous nos yeux un remarquable musée de la modernité  qui n’a pas jusqu’ici son pareil. Le plan historique cohérent des collections qui doivent le constituer se présente comme extrêmement heureux. La collection de Sergueï Mikhaïlovitch Trétiakov englobe principalement le deuxième et troisième quart  du dernier siècle. Y sont particulièrement typiques des peintres de cette époque, comme Corot, Rousseau, Millet, Dupré, Daubigny, Courbet. La collection de peinture étrangère, transmise par Margarita Kirillovna Morozova, commence précisément là où se termine celle de Trétiakov. Elle débute avec Édouard  Manet et finit avec Gauguin, Van Gogh et leurs contemporains. Cette période de la peinture apparaîtra dans le futur magnifiquement représentée, lorsque la Galerie entrera en possession de la collection de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine qui lui est promise. La collection de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine continue de s’agrandir et s’enrichit d’exemples  de l’art  des toutes dernières années, de même que la collection d’Ivan Abramovitch Morozov, destinée également à être donnée à Moscou.

    Ainsi  la Galerie moscovite est-elle assurée de l’accumulation ininterrompue d’oeuvres d’art qui marquent le chemin de l’art qui va de David à Henri Matisse. L’importance de cela ne saurait, cela va de soi, être contestée. C’est un honneur insigne  pour Moscou d’être  la première des villes européennes à laquelle incombe la réalisation  du premier musée public de la peinture moderne et de ses maillons qui la relient aux époques précédentes. Aucun État n’a su jusqu’à présent remplir cette tâche. Celle-ci se trouvait être effectuée seulement comme résultat de l’action de personnes privées. La nouvelle Galerie est créée par les mains des collectionneurs moscovites. Ce n’est pas seulement leur empressement à contribuer à l’enrichissement artistique de leur ville natale qui mérite un profond respect. Un respect involontaire est suscité par la perspicacité et l’audace des choix, perspicacité et audace justifiées seulement plus tard, grâce auxquelles leurs collections se sont constituées.  Cézanne et Gauguin chez Sergueï Ivanovitch Chtchoukine, mais également beaucoup d’oeuvres de la collection du défunt Mikhaïl Abramovitch Morozov, qui a été, chronologiquement, un des premiers collectionneurs moscovites ayant apprécié l’importance des écoles françaises modernes, sont le témoignage d’une rare justesse du sentiment artistique.

    La collection de tableaux et de dessins, remis à la Galerie par Margarita Kirillovna Morozova occupe une petite pièce à part. Avant tout, l’attention est ici attirée par une grande étude d’Édouard  Manet et par le célèbre portrait de Jeanne Samary de Renoir. Édouard Manet est le premier  des grands artistes qu’il est impossible d’étudier sous tous ses aspects sans avoir été en Amérique. Plusieurs de ses meilleurs travaux ont été importés outre-océan par des collectionneurs américains. On peut d’autant plus le regretter que la reconnaissance d’Édouard Manet comme un des plus grands artistes du XIXe siècle s’affirme chaque année de plus en plus fortement. Ce maître, qui est resté si longtemps incompris du public et de la presse de rue, fut le vrai héritier  des illustres peintres du passé, de Vélasquez et des Vénitiens, exactement de la même façon qu’Ingres fut l’héritier des dessinateurs. Il y a dans l’art de Manet quelque chose de classique : on peut et l’on doit l’étudier. Possédant un exemple de sa création, la Galerie Trétiakov augmente son importance d’école pour les peintres. Bien que ce soit seulement une étude, un  des travaux inachevés et préparatoires restés dans l’atelier de Manet après sa mort,  cette étude est extraordinairement caractéristique et intéressante. Elle rend toute l’énorme énergie qui guidait le pinceau de l’auteur  d’Olympia. Elle exprime  son sens, sérieux, classique, de la pose, elle montre que, dans la quête des tâches lumineuses, Édouard Manet était animé avant tout par des tâches picturales. Il n’est pas possible de ne pas vouloir admirer à satiété l’argent déroulé dans l’air de cette scénette dans le jardin d’un cabaret parisien. Si l’on juge par sa facture, cette étude se rapporte à la dernière période de l’activité de l’artiste, à ses travaux en plein air*. Peut-être l’a-t-il peinte à la fin des années 1870 dans le petit jardin du père Lathuille*.

    Le portrait de la comédienne Jeanne Samary de Renoir est un autre chef-d’oeuvre de la fin des années 1870 dans la Collection Mikhaïl Morozov. Ce portrait est considéré par la critique depuis déjà longtemps comme une des plus hautes réalisations de l’artiste. Il pourrait occuper une place d’honneur  au Louvre et à ce moment-là saillerait encore plus clairement le trait fondamental de Renoir, – sa profonde parenté avec les artistes du XVIIIe siècle. Les écrivains français considèrent à juste titre Renoir comme le direct descendant de Boucher, de Nattier et de Fragonard. Seulement, à cette étrange et inconsciente réminiscence du passé, à ces traditions nationales françaises se mêlent encore un caractère exotique, une bigarrure qui rappellent le Japon et l’Orient. L’influence de Stevens s’y fait sentir, mais également l’influence de l’esprit du temps  qui concilie l’amour de La Tour avec celui d’Utamaro et le goût pour la porcelaine de Sèvres avec celui pour les tapis persans et les laques japonaises. Rien n’exprimera mieux toute cette époque que le nom des Goncourt et, plus d’une fois, « goncourien » a servi d’épithète pour la création de Renoir. En même temps que le portrait de Jeanne Samary est entré dans la Galerie le merveilleux dessin de Renoir, exécuté à la sanguine, – là encore un trait de similitude avec les artistes du XVIIIe siècle qui aimaient tant peindre à la sanguine. Ce dessin a pour propre une totale et légère simplicité, celle qui n’existe que dans les dessins des très grands artistes. Encore un exemple d’une « académie », dans le meilleur sens du terme, ce que devient maintenant la Galerie moscovite. Parmi les autres contemporains de Renoir à la Galerie Trétiakov, Degas sera maintenant représenté par un dessin excellent qui appartient à la série « Toilette ». Un paysage de Monet est un bon complément aux ‘Monet »  de la collection chtchoukinienne. Même Sergueï Ivanovitch Chtchoukine n’a pas une oeuvre aussi grande, typique et significative de Carrière comme son Baiser maternel qui orne maintenant la nouvelle salle de la Galerie Trétiakov. On peut regretter que dans la Collection Mikhaïl Morozov, il n’y ait pas une seule oeuvre du grandiose peintre de notre temps – Cézanne. Cette lacune sera comblée seulement dans le futur par les « Cézannes » historiques de la collection chtchoukinienne. Un autre artiste auquel est liée toute une époque de la nouvelle peinture, Gauguin, est représenté par deux oeuvres caractéristiques de 1895-1897. Elles cèdent aux remarquables « Gauguins » de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine; en revanche, la salle de Mikhaïl Morozov doit s’enorgueillir de son Van Gogh. Cette petite Marine de Van Gogh appartient aux oeuvres rares de l’artiste, dans lesquelles la tension intérieure de l’acte créateur ne détruit pas leur harmonie formelle et leur beauté picturale.

    Deux petites oeuvres de Maurice Denis sont très intéressantes, ses variations sur des thèmes évangéliques, La Mère de Dieu et La Visitation de Marie à Élisabeth.  D’une peinture solide et « dense », le tableau de Cottet doit être reconnu comme extrêmement réussi. L’Espagnol Anglada est aussi positivement bon, – son « plat »  de couleurs jaunes, marron, rouges et noires semble cette fois-ci particulièrement raffiné et attrayant. La collection est complétée par des paysages de Dauchez, de Thaulow, de Valtat, de Seyssaud, de Valloton, de Guérin et de La Gandara. Il faut encore parler de quelques dessins, toujours séduisants, de Forain et de Toulouse Lautrec. Parmi les dessins de Lautrec, il y a aussi une Yvette Guilbert. Chez Margarita Kirillovna Morozova restent provisoirement deux petites oeuvres de Corot, un « Diaz », une petite ville portuaire d’un prédécesseur de Monet, Jongkind, et un paysage finnois avec de légers nuages blancs de Gallen.

    La nouvelle donation à la Galerie Trétiakov n’est pas épuisée par les oeuvres énumérées des artistes étrangers. Moscou a reçu en même temps que cela quelques dizaines  de tableaux et d’études d’artistes russes. Une partie importante est déjà transmise à la Galerie, une autre partie reste provisoirement chez leur ancienne propriétaire. De la     sorte, il s’agit non seulement d’une salle à part dans la Galerie, consacrée à la peinture occidentale moderne, mais aussi d’un complément substantiel de la collection de la peinture russe, commencée par Sergueï Mikhaïlovitch Trétiakov et continuée par le conseil de la Galerie. Plusieurs des nouvelles entrées doivent être reconnues comme particulièrement précieuses. Est surtout précieux un complément important à l’effectif existant  des oeuvres de Vroubel. La Galerie a déjà reçu sa Diseuse de bonne aventure  et verra à l’avenir dans ses murs l’incomparable Princesse-Cygne. On peut regretter que le conseil de la Galerie ait montré une certaine indifférence au panneau Faust et Marguerite. Quelle que soit  l’attitude que l’on ait à l’égard de la valeur esthétique de cette oeuvre, nous ne saurions nier son rôle essentiel dans l’histoire de la création du plus admirable des artistes russes contemporains.

    On peut féliciter la Galerie pour deux belles oeuvres de Konstantine Somov, – Baignade et Idylle. Le second de ces tableaux se trouve déjà sur les cimaises de la Galerie. Les deux sont peints il y a  environ 8-10 ans et appartiennent donc à la première période de l’activité de l’artiste. Selon notre profonde conviction, cette période, marquée par la visée de grandes tâches picturales et paysagistes, a montré plus de fortes valeurs artistiques que l’époque suivante d’engouement pour l’illustration et l’art graphique. Avec le parc que possède déjà la Galerie Trétiakov, ces deux nouveaux « parcs » mettent Konstantine Somov au premier plan parmi les représentateurs contemporains de « l’architecture ligneuse ». La petite collection de Valentin Sérov est heureusement complétée par un moelleux paysage automnal  et le vigoureux portrait de Mikhaïl Abramovitch Morozov qui se trouve pour le moment chez sa propriétaire. Le complément des travaux de Konstantine Korovine sera particulièrement important. Près de dix  de ses oeuvres seront en moyenne transmises à la Galerie. Bien qu’elles soient loin d’appartenir à ses oeuvres réussies, les meilleures d’entre elles permettent  de faire connaissance avec cet artiste qui jusqu’ici n’est pas pleinement représenté dans la Galerie.

    L’entrée d’une série d’esquisses et d’études de Sourikov est très bienvenue. Très intéressante est l’esquisse éclatante et énergique de Viktor Vasnetsov pour L’Âge de pierre. Deux nouveaux grands « Lévitans » et plusieurs petits doivent être comptés, cela va de soi, au nombre des compléments de la collection de Trétiakov. On peut dire la même chose aussi des deux tableaux de Pérov. L’un d’eux Le Colombier (1874) est particulièrement curieux. Il en émane, non seulement à cause du thème, mais aussi à cause de la peinture elle-même, l’esprit du fort et vital talent d’Ostrovski[2]. La donation des tableaux russes est complétée par des aquarelles d’Alexandre Benois et de Chtcherbov[3], de Moscou d’Apollinariï Vasnetsov, d’une tête-affiche de Botkine[4],  d’une étude de Vinogradov[5]et autres…

    En conclusion je voudrais émettre quelques pensées que m’inspire la confrontation qui se réalise aujourd’hui  des artistes russes et occidentaux ayant trouvé asile sous le seul et même toit de la Galerie moscovite. Il ne fait pas de doute que désormais une telle confrontation sera faite constamment par les visiteurs de la collection de Trétiakov. Son caractère instructif sera, pourrait-on dire, le premier résultat immédiat de la donation morozovienne. Et il me paraît que personne n’échappera à l’impression de vivacité, de persuasion et de verdeur que donne la pièce française quand on tombe sur elle après les salles russes. On peut conseiller à tous ceux  qui sont trop prompts à croire à  la « décadence » de la race latine de faire sur eux-mêmes l’expérience de cette impression. Dans la peinture française, c’est-à-dire dans l’art d’avant-garde [pérédovoïé] de l’Occident contemporain il y a une joie, il y a quelque chose qui vous soulève, comme le spectacle de la vie, comme la sensation du soleil et du vent marin. En comparaison avec elle, la manière artistique [khoudojestvo] russe semble un peu terne, crue et flasque. Il lui manque un jeu intérieur, le vin divin qui se trouve encore dans l’art français, conservé dans la tradition classique du passé.

    Il faut cependant dire que cette première impression ne se maintient pas longtemps dans toute sa force. À travers cette peinture commence à percer  l’impression d’une certaine froideur formelle et d’une absence de complexité de l’affect. La peinture russe qui vient à l’esprit, paraît, à côté de celle-là, malgré toutes ses imperfections, profonde à sa manière et d’un fin affect. Il sera souhaitable de rendre compte plus en détail et plus complétement de ce qui la distingue de la peinture occidentale. Mais il sera possible de le faire quand la Galerie moscovite terminera sa réorganisation en musée de tout l’art européen de la modernité. Espérons que les générations, qui sont éduquées avec l’étude parallèle des maîtres russes et occidentaux, parviendront à unir les traits artistiques nationaux avec les meilleures traditions de l’Occident. La donation des Morozov représente  un début dans cette haute cause.

    [1]  P. Mouratov, « Novyï dar Trétiakovskoï galléréïé », Moskovskiï Iéjénédiel’nik [L’Hebdomadaire  de Moscou], 27 mars 1910, N° 13, p. 42-50

    [2]  Sans doute  Paviel Mouratov fait-il référence au grand dramaturge réaliste moscovite Alexandre Ostrovski  qui, en 1873, fit jouer au Théâtre Maly   sa célèbre pièce La Fillette des neiges [Sniégourotchka] qui puisait son inspiration de la vie populaire russe mythifiée (Rimski-Korsakov créera en 1881 un opéra à partir de cette pièce)

    [3]  Il s’agit du caricaturiste Paviel Iégorovitch Chtcherbov (1866-1938)

    [4]  Il s’agit de l’académicien  Mikhaïl Pétrovitch Botkine (1839-1914)

    [5] Sergueï Arséniévitch Vinogradov (1869-1938), peintre réaliste, qui introduisit dans son art dans les années 1890 un léger impressionnisme.

  • KONSTANTINE KOROVINE « Mikhaïl Abramovitch Morozov »

     

    KONSTANTINE KOROVINE

    « Mikhaïl Abramovitch Morozov » (années 1930)

    Je suis Moscovite et Moscou se présente fréquemment à ma mémoire. Les Moscovites étaient des gens remarquables : hospitaliers, aimables. Ils aimaient le théâtre, la musique, les arts. Il y avait aussi chez eux des personnes ayant, pourrait-on dire, des lubies.

    Je me rappelle le célèbre marchand Mikhaïl Abramovitch Morozov – un hôtel particulier à Moscou, de magnifiques salles et pièces dans différents styles, beaucoup de tableaux dans la maison – anciens, marrons, sombres.

    Le maître de maison, en montrant des tableaux, écartait habituellement les bras :

    « -On dit, Raphaël ou Murillo, mais qui les connaît? Ou bien alors – Le Titien, mais la figure à droite – celle de l’Enfant – ils disent que ce n’est pas de lui, mais du Corrège. Allez vous          y       reconnaître… »

    Le frère cadet de Mikhaïl Abramovitch aimait et comprenait la peinture, il a créé une galerie, une collection de magnifiques impressionnistes français : Monet, Sisley, Renoir…

    Mikhaïl Abramovitch, qui collectionnait les anciens tableaux des étrangers, n’approuvait pas la collection de son jeune frère et s’en affligeait.

    Je me souviens comment il se plaignait:

    « – J’aime les peintres de Barbizon. Ayant acquis une fois un Corot, j’ai organisé un repas.
    Je fus seulement    horriblement désarçonné par un artiste qui me dit que mon Corot était un faux. Tellement troublé que j’en tombai malade. Le professeur Zakharine en personne m’a soigné. Son Excellence. Il m’a interdit de boire. Ni du champagne, ni du cognac, ni,ni… Merci beaucoup…Vous avez du diabète…Quel diabète!…. C’est Corot qui a voyagé chez moi!… »

    Il se tut et continua, contrit :

    « – Une fois où je m’étais rendu à Paris, j’ai lu dans les journaux : exposition posthume de Gauguin. Il était parti pour les îles de Tahiti, ou bien le Diable sait où. Des femmes formidables, bien bâties comme des Vénus, couleur bronze. Un ciel rose, des arbres bleus, des ananas, des oranges blanches…Et il est devenu un sauvage. Et il s’est mis à peindre comme un sauvage. C’est naturel – à force de ne pas s’en rassasier. L’exposition s’est ouverte – je ne me souviens plus  dans quel endroit. Je pense – attends! Je pars sur le champ. Et j’ai poussé un cri d’étonnement! C’était tellement merveilleux que je me suis dit – hé-hé!… Je vais les montrer à mon frère et j’épaterai Moscou! J’achèterai des tableaux, les accrocherai dans ma salle à manger.  Que Zakharine, lui aussi, les regarde. Je lui montrerai : quelle sorte de diabète j’ai! Puis-je boire ou cela m’est interdit!

    Je choisis quatre grands tableaux, m’informai du prix. C’était bon marché. Cinq cents francs la pièce.  J’achète. Des tableaux  que l’on ne comprend pas tout de suite. Je me dis : je les examinerai plus tard. »

    Mikhaïl Abramovitch a emporté les tableaux à Moscou. S’est fendu d’un dîner. Il invita presque toute la classe marchande en vue.

    Les tableaux de Gauguin sont accrochés aux murs de la salle à manger. Le maître de maison, assis, les montre à ses invités : « – Eh bien, dit-il, quel artiste : au nom de l’art il est parti au bout du monde. Alentour, des volcans, le peuple se promène tout nu…La canicule… Ce n’est pas vos bouleaux!…Les gens là-bas sont comme du bronze… »

    « – Pourquoi pas, fit remarquer un des invités – bien entendu, c’est merveilleux à regarder, mais c’est mal aussi de s’offusquer de nos bouleaux. En quoi notre liqueur de bouleau n’est pas bonne? Je dirai la vérité : après de tels tableaux, moi, je ne sais pas les autres, c’est la liqueur de bouleau qui m’attire…[…]

    Il fit un clin d’oeil et renchérit :

    « – Je les ai montrés à mon frère. Obliquement!… Il a regardé, regardé et a dit : « Il y a là quelque chose… ». C’est clair qu’il y a quelque chose! Ce ne sont pas tes impressionnistes!…

    Un an et demi après, je suis parti pour Paris. J’avais justement un atelier rue du Delta, boulevard Rochechouart. Un matin j’entends que l’on sonne, j’ouvre la porte. Sur le seuil se tient Mikhaïl Abramovitch, en chapeau haut-de-forme, bien en chair, de haute taille. Accompagné d’un gros homme, le visage d’un postillon russe – l’avocat Dérioujinski. Les yeux noirs de Morozov tournaient comme une roue…

    – Allons déjeuner, – dit Morozov, allons chez Paillard. Eh bien, mon vieux, quelle histoire. Il va, lui, te raconter, dit-il en montrant Dérioujinski. La guigne à nouveau! À nouveau, Zakharine m’a interdit de boire. Tu parles – quelle histoire… »

    Il s’avéra que, Mikhaïl Abramovitch  était  arrivé à Paris depuis déjà deux semaines. Le premier jour de son arrivée il passa dans la galerie où il avait acheté des Gauguin près de deux années auparavant. On le reconnut. Un des propriétaires lui dit :  » Les Gauguin que vous avez achetés chez nous étaient bon marché ». Et Mikhaïl Abramovitch, en homme d’affaires, sans réfléchir, demanda :  » Ne voulez-vous pas que je vous les cède? »

    Et eux de dire : »Et pourquoi pas, cédez-les » -« Je vous en prie. Donnerez-vous trente mille pour les quatre tableaux?- Pourquoi pas, c’est possible, acquiescèrent les propriétaires. Ils sont chez vous ici? » – Oui, dit Morozov, ils seront ici dans quatre jours, venez les chercher ». Il laissa sa carte de visite et son adresse.

    Mikhaïl Abramovitch envoya aussitôt depuis son hôtel un télégramme à Moscou avec l’ordre  donné à l’intendant Prokhor Mikhaïlovitch d’apporter immédiatement les tableaux à Paris.

    Au bout de quatre jours, les tableaux étaient livrés.

    À l’heure fixée, arrivèrent leurs anciens propriétaires. Tous les deux en chapeaux haut-de-forme, habillés avec élégance,        avec des visages austères.

    Ils jetèrent un coup d’oeil rapide sur les tableaux, signèrent un chèque de trente mille francs et le tendirent à leur propriétaire actuel.

    Et celui-ci de penser ; « Qu’est ce que  cela veut dire? »  Il fut pris par des doutes.

    « – Mais c’est un chèque et non de l’agent… »

    La personne qui avait signé le chèque s’excusa et dit poliment que l’argent serait là dans six minutes.

    Il prit le chèque, le transmit à son associé et resta avec Morozov à attendre son retour.

    Au bout de six minutes, l’associé revint, donna l’argent dans les mains de Mikhaïl Abramovitch  et les deux hommes prirent rapidement les tableaux en souriant et partirent.

    Morozov fut affligé : il avait gagné trop facilement vingt huit mille francs.

    Arriva l’avocat Dérioujinski. Ils allèrent déjeuner ensemble. Mais Morozov semblait ne pas bien aller.

    Après le repas, ils allèrent au café « La Cascade » au Bois de Boulogne, puis au théâtre, puis au Casino de Paris – quelque chose rongeait Mikhaïl Abramovitch à l’intérieur,  tout simplement.

    Cette nuit il dormit mal.

    Le lendemain matin, il alla dans la galerie où il avait vendu ses tableaux. Il parcourt les salles et regarde si ses toiles sont exposées.

    Dans la dernière pièce il les aperçut placées contre le mur.  Et avec un ton de négligence affectée il demanda au gérant : « Que coûtent ces tableaux? »

    – Cinquante mille, fut la réponse.

    Mikhaïl Abramovitch s’exclama et sans plus réfléchir prit la poudre d’escampette. Il  prit une calèche  et courut chez Dérioujinski.

    « Pars à l’instant même, rachète mes tableaux. Paye ce que l’on te dira. »

    Il s’affaissa désespéré dans un fauteuil.  Il ne pourra pas encore se passer  de Zakharine.

     

     

  • Rakchanine « Dans la vie de tous les jours » Sur le décès de Mikhaïl Abramovitch Morozov, 1903

    1. Rakchanine

    « Dans la vie de tous les jours »[1]

     

    « [Mikhaïl Abramovitch Morozov est un Moscovite] typique par sa complexion fondamentale, ayant conservé en lui beaucoup d’indices et de traits de sa race et de son milieu […] et dans le même temps il était un transmetteur de culture, un porte-parole éclatant des aspirations à la culture  du jeune parti marchand de Moscou […] Des traits de dilettantisme dominaient  dans sa nature, d’où ses agitations dans tous les sens, d’où ses engouements perpétuels, ses quêtes perpétuelles […]  Il ne faisait toujours que commencer – avec audace, originalité, enthousiasme […] On pourrait dire qu’iI n’était un éminent industriel et commerçant que lors des fêtes, il ne s’est jamais laissé entraîner par ce côté de son activité qui l’obligeait. L’art le brûlait […] »

    [1] N. R[akchan]ine, « Iz obydiennoï jizni », Moskovskiï listok [La Feuille de Moscou], 14 octobre 1903

  • Sergueï Diaghilev « Mikhaïl Abramovitch Morozov », 1903

    1903

    Sergueï Diaghilev

    « Mikhaïl Abramovitch Morozov »[1]

     

    Les collections et les collectionneurs sont rares en Russie. Ces dernières années, sous l’influence de l’activité artistique de Pavel Mikhaïlovitch Trétiakov, ont commencé à se manifester dans la classe marchande moscovite éclairée d’authentiques amateurs d’art et, en plus, aussi étrange que cela puisse paraître au premier abord, des amateurs de l’art ultra-contemporain le plus avant-gardiste (pérédovoyé).

    Mikhaïl Abramovitch Morozov qui vient de mourir était un tel amateur.  Sa collection, constituée en quelque cinq années, était complétée chaque année par des oeuvres d’art emmenées de l’étranger et achetées en Russie. Mikhaïl Abramovitch est mort jeune, il n’avait pas 35 ans[2]. On peut imaginer quelle galerie serait devenue sa collection, si la mort n’avait interrompu ces débuts prometteurs.

    La collection de Mikhaïl Abramovitch Morozov est extrêmement variée, elle contient beaucoup de tableaux russes de premier ordre, à commencer par l’excellent portrait de Borissov-Moussatov jusqu’aux travaux de tous nos contemporains de talent, comme Sourikov, Vasnetsov, Sérov, Korovine, Vinogradov, Ivanov et d’autres.

    Mais ce qui enthousiasmait Mikhaïl Abramovitch ces derniers temps, c’était la collection des écoles étrangères contemporaines, surtout françaises. Il avait importé d’excellents Degas, Renoir, Manet, Monet et, depuis cette année [1903] il était devenu le seul propriétaire en Russie des oeuvres de tels maîtres comme Bonnard, Vuillard, Denis, Gauguin et autres, dont les tableaux, même à Paris, n’ont pas encore trouvé une appréciation digne d’eux.

    Entre autres toiles, Mikhaïl Abramovitch a acquis la célèbre Féerie intime* de Besnard qui a fait tant de bruit à Paris, et il a aussi acheté une des premières oeuvres d’Anglade quand personne encore ne parlait de cet artiste, aujourd’hui à la mode.

    Tout cela témoigne du fait que Mikhaïl Abramovitch Morozov manifestait un grand amour et une fine sensibilité pour sa tâche de collectionneur.

    Comment ne pas regretter que de telles personnes, qui étaient si profondément plongées dans la vie, qui l’aimaient et la comprenaient, sortent de ses rangs. Ils nous manquent beaucoup. Il paraissait qu’ils étaient spécialement créés pour la vie et devaient y séjourner jusqu’à que ne s’éteigne en eux la réserve  de cette énergie vitale qu’ils avaient visiblement en surabondance.

    Mikhaïl Abramovitch Morozov était une figure extrêmement typique ; il y avait dans toute son apparence quelque chose de spécifique et en même temps d’inséparable de Moscou; il était une parcelle éclatante du mode de vie moscovite, un soupçon extravagante, impétueuse, mais expressive et remarquable. Il nous manque, je le répète, on se souvient de lui souvent avec tristesse et je suis  sûr  que la majorité des artistes moscovites et des amateurs des arts et du théâtre n’oublieront pas de sitôt sa figure joviale originale, si justement ébauchée dans le portrait qui nous est laissé de Sérov, peint presque la veille du décès précoce et inattendu de Mikhaïl Abramovitch Morozov.

    [1] Revue Mir iskousstva,  1903, N° 9, p. 141

    [2]  Mikhaïl Morozov était né en 1870.