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  • ANNIVERSAIRE DE LA MORT D’ALVARO VARGAS, LE 13 JANVIER 1991

    ANNIVERSAIRE DE LA MORT D’ALVARO VARGAS, LE 13 JANVIER 1991

    « SHUNYATA » : LA PENSEE EN BLANC

    ALVARO VARGAS, NOËL 1990

    ALVARO VARGAS, LAS BASES DE COLOMBIA, AQUARELLE, JANVIER 1987,
    VILLA BEATRIX ENEA, ANGLET

    ALVARO VARGAS, PAYSAGE, H/T, FIN DES ANNÉES 1980,
    VILLA BEATRIX ENEA, ANGLET

    Jusqu’ici nous avons mis l’accent sur la correspondance universelle et l’unité de tous les phénomènes. Ce point de vue pourrait erronément donner l’impression de méconnaître l’infinie diversité et les particularités des objets qui nous entourent.

    Nous devons alors reposer le thème des limites de la  pensée et du langage en essayant de répondre à la critique envisagée. La conscience moderne qualifie souvent d’agnosticisme et de pessimisme toute réflexion qui porte sur un questionnement des apparences de la réalité. Cette critique, faite au nom du réalisme,  atteint d’emblée le Bouddhisme et la philosophie hindoue, ainsi que Wittgenstein et la phénoménologie. Compte tenu de ce que ces pensées constituent les principales influences de Paz, il est de toute première importance de faire le point là-dessus.

    Il y a, dans cette critique – qui, par ailleurs, n’a pas tort en rapprochant la pensée orientale de la phénoménologie – une tendance à identifier l’être des objets avec leur fonction et leur apparence à un moment social particulier. De cette manière, ce que cette idéologie prend pour la spécificité des objets n’est en réalité que la projection, sur la diversité réelle, de l’ensemble des catégories et concepts culturellement produits.

    Par contre, lorsque Paz – de même que la tradition à laquelle il se rattache – insiste sur l’unité substantielle de l’univers, il  ne nie pas les différences entre les objets concrets mais il met en question la possibilité que ces différences puissent être fixées par le langage. De cette manière la réalité ultime des choses demeure mystérieuse et inexprimable.

    Voilà le point sur lequel confluent la critique du langage chez Wittgenstein et la philosophie hindoue bouddhiste : le « sens » des choses n’est qu’une projection des nécessités d’assurance et d’identité de l’homme. La réalité, en elle-même, ne correspond à aucune finalité.

    Le terme sanskrit shûnyatâ exprime cette vacuité du sens des objets et, par la suite, l’absence de conceptualisation : la « pensée en blanc »[1]. Nous pouvons voir rassemblées l’idée de la vacuité et celle de l’analogie dans les vers suivants de « Histoire de deux jardins » :

    « Un en tout

    Tout en rien

    Shûnyatâ

    Plénitude vide

    Vacuité ronde comme tes hanches »[2]

    La vacuité, alors, ce n’est pas la négation de l’existence de quelque chose dans le réel ni des différences entre les objets qui le composent ; elle veut plutôt signifier que « la forme est vide de nos idées préconçues, de nos  jugements »[3].

    Bien entendu, une notion aussi importante entraînera des conséquences assez remarquables dans la conception de la poésie et des limites de ses possibilités expressives. Pour Paz, le poème sera plus l’expression d’un silence illuminant des images qu’un moyen pour exprimer des idées préconçues. Témoin de cette lutte entre la fertilité du silence et la nécessité de  communication, « Blanc », l’important poème écrit au moment de la maturation de cette nouvelle conception.

    Á nouveau, il faut souligner que la « pensée en blanc » ne constitue pas une négation des représentations mentales mais, au contraire, le commencement d’une attitude d’ouverture sans préjugés, au fluide des images. Une telle attitude d’abandon des préjugés entraîne à son tour la critique du sujet même, l’oubli de soi.

    « Assis en moi-même comme le yogi à l’ombre du figuier, comme

    Le Bouddha au bord du fleuve, arrêter l’instant

    Un seul instant, assis au bord du temps, effacer mon image

    Sur le fleuve qui parle endormi et ne dit rien et m’emporte avec

    Lui »[4]

    Nous pouvons remarquer dans ces vers que la critique des contenus de la conscience et l’ouverture à l’expérience du réel impliquent en même temps l’arrêt du temps et l’effacement du Moi. L’accomplissement de la communion avec le Monde s’effectue dans une conscience différente du Moi et dans un instant en dehors du temps. Ce dernier aspect sera le point de départ de notre premier chapitre ;  nous y étudierons les rapports entre le moment plein et instantané du poème et le temps linéaire et conceptuel de l’Histoire.

    La nécessité d’effacer le Moi doit se comprendre de manière semblable et complémentaire à l’affirmation de la vacuité de sens des objets. Par ailleurs, la notion de shûnyatâ ne s’identifie pas non plus à une sorte de contemplation passive. Au contraire, il faut la voir comme une condition pour rendre plus souple et léger notre engagement avec les choses et les phénomènes qui s’offrent à notre expérience. La critique du Moi – comme celle des idées préconçues – annule l’opposition sujet-objet et rend possible la rencontre et la participation au mouvement de l’univers. 

    Nous allons étudier dans le chapitre final, consacré à la poésie, les traces de la notion de vacuité et de la critique du sujet. En effet, la mise en question de l’opposition sujet-objet implique, en poésie, le questionnement de la notion d’auteur et d’œuvre littéraire. Nous pourrons y voir une  nouvelle conception de la poésie comme création collective et comme événement de jouissance.

    Concluons en résumant les caractéristiques principales de la connaissance poétique, de la « métaphore épistémologique » :

    – La poétique, dans son sens original de « poiesis », dépasse largement le cadre de la théorie littéraire pour se révéler comme « vision du monde » à part entière.

    – Les postulats de base de la métaphore épistémologique sont la correspondance universelle et la pensée en blanc. Toutes deux assurent l’engagement de l’homme dans le mouvement de l’univers sous le double aspect de sa  reconnaissance et de sa création.

    L’activité poétique consisterait dans l’autocréation du Monde et réside dans l’être humain, seul capable de déployer une telle conscience créatrice. D’après Paz, c’est l’activité humaine qui crée et donne sens aux phénomènes de la nature :

    « il n’existe pas de couleurs ni de sons en soi : touchés par la main de l’homme ils changent de nature et pénètrent dans le monde des œuvres »[5].

    Paz est conscient de cette compromission du poète avec les conditions actuelles de banalisation et d’épuisement de la raison. De nos jours, les thèmes cruciaux sur la condition humaine et le destin de l’univers reviennent à faire partie de l’imagination artistique. Toujours en accord avec Nietzsche, nous sommes certains que « de notre temps, ce qui compte est l’art et non la vérité »[6].

    L’appel à la conscience de cette importance de l’art est l’apport le plus original d’Octavio Paz aux « lettres » hispano-américaines, souvent incertaines de leur propre valeur. Par ailleurs, Paz lui-même précise que ses idées se trouvent en continuité avec une tradition qui s’est manifestée radicalement au cours des deux derniers siècles: Tout d’abord avec le Romantisme, qui est reconnu comme la première irruption de la vision poétique de l’époque moderne ; puis, avec le Surréalisme dont Paz a été personnellement témoin et tributaire. En effet, Paz consacre plusieurs études à l’analyse de ces deux grands mouvements, pour conclure que, malgré les nécessaires différences d’ordre historique, ils ont en commun le même intérêt pratique: l’instauration de l’art comme regard sur le monde. Paz écrit:

    « le programme surréaliste – changer la vie en poésie et opérer ainsi dans les esprits, les mœurs et la vie sociale une révolution décisive – n’est pas différent de celui de Schlegel et de ses amis qui voulaient transmuer la vie et la société »[7].

    Voici, à grands traits, les lignes principales de la « cosmologie poétique » proposée par Octavio Paz. Cette œuvre  est insolite dans le contexte latino-américain d’aujourd’hui, mais nous sommes certains que son ampleur s’étendra longuement sur la culture universelle, tout en gardant la perspective de recherche sur les réalités particulières de l’Amérique Latine.

    Confronté aux déceptions de la raison analytique des sciences et de la raison dialectique de l’Histoire, Paz propose la poétique comme nouvelle sagesse qui instituera à nouveau l’Homme correspondant de l’Univers. L’analogie, la métaphore, le vers plurivoque se proposent comme catégories compréhensives de la diversité des choses et de l’unité substantielle du cosmos.

    Inaccessible aux opérations du concept, L’Être de l’Univers pourrait être effleuré – ne serait-ce que pour un instant – par le rayon lumineux de la métaphore. Le poème est un regard silencieux qui s’émerveille devant la mystérieuse harmonie du Tout :

    « Je ne bus pas la plénitude dans le vide

    Ni ne vis les trente-deux marques

    Du Bodhisattva corps de diamant.

    Je vis un ciel bleu et tous les bleus,

    Du blanc au vert

    Tout l’éventail de peupliers

    Et sur le pin, air plus qu’oiseau

    Le merle blanc et noir.

    Je vis le monde reposer sur lui-même  

    Je vis les apparences 

    Et j’appelai cette demi-heure

    Perfection du  fini »[8]

    Alvaro VARGAS

    Octavio Paz

    Ou

    La poésie comme la condition humaine même,

    DAX, Imprimerie Gutenberg, 1921, p. 24-31

    VALENTINE MARCADÉ ET ALVARO VARGAS, NOËL 1987

    [1] CHÖGYAN TRUMPA, Pratique de la vie tibétaine, Seuil, Col. Points Sagesses, Paris, 1976, page 193

    [2] PAZ, O. Histoire de deux jardins, op. cit. page 183

    [3] CHÖGYAN TRUMPA, op. cit. page 194

    [4] PAZ, O. « La rivière », Liberté sur parole, Gallimard, Paris 1971, page 293

    [5] A.L. 19

    [6] C.A. 138

    [7] A.L. 329

    [8] PAZ, O. « Félicité en Hérat », D’un mot à l’autre, page 135

  • ARCHIVES :À PROPOS DE LA TRADUCTION DE « PERRUDJA » DE HANS-HENNY JAHNN, 1982-1995

    Lettre à propos de la traduction de « Perrudja » de Hans-Henny Jahnn
    L
    Lettre de Bernard Manciet sur notre traduction de « Perrudja » de Hans-Henny Jahnn, traduction dont il a été l’instigateur

     

     

  • ARCHIVES – EN VRAC, ANNÉES 1990


    ARCHIVES – EN VRAC, ANNÉES 1990

     

    JEAN-CLAUDE MARCADÉ ET LIEVEN VAN DEN ABEELE AU CHATEAU DE PAU, 1996
    BERNARD MARCADÉ ET HUGUETTE BEAUGÉ AU PAM, 1996
    JEAN-CLAUDE MARCADÉ ET REINOLD WERNER, POUR LES 60 ANS DE JEAN-CLAUDE CHEZ REINOLD À PARIS, 1997
    JEAN-CLAUDE MARCADÉ ET LE JOURNALISTE SERGUEÏ DÉDIOULINE, 36 RUE SAINT-SULPICE, 1997
    JEAN-CLAUDE MARCADÉ, LA COMTESSE ODETTE DE BLIGNÈRES, VINCENT TIMOTHÉE, CHEZ ODETTE, 1992
    DOMINIQUE UROLATÉGUY, HUGUETTE BEAUGÉ, JEAN-CLAUDE MARCADÉ CHEZ DOMINIQUE À PONTONX, JANVIER 1997
    JEAN-CLAUDE MARCADÉ ET HUGUETTE BEAUGÉ CHEZ DOMINIQUE UROLATÉGUI, 1997 (PHOTO CLAUDE BEAUGÉ)
    PIERRE BRULLÉ, JEAN-CLAUDE MARCADÉ, IGOR MINAEV, 36 RUE SAINT-SULPICE, 1997
    GENEVIÈVE BREERETTE ET JEAN-CLAUDE MARCADÉ (AU PREMIER PLAN), SÉOUL, SEPTEMBRE 1995
    CLEMENS KORETZKY ET JEAN-CLAUDE MARDADÉ, SAINT-ÉMILION, PENTECÔTE 1996
    JEAN-CLAUDE MARCADÉ, SÉOUL, 1995
    JEAN-CLAUDE MARCADÉ PRÉSENTANT SON « aVANT-GARDE-RUSSE- 1907-1927 » AU MUSÉE D’ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS, 1995
    EAN-CLAUDE MARCADÉ PRÉSENTANT SON « aVANT-GARDE-RUSSE- 1907-1927 » AU MUSÉE D’ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS, 1995
    EAN-CLAUDE MARCADÉ PRÉSENTANT SON « aVANT-GARDE-RUSSE- 1907-1927 » AU MUSÉE D’ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS, 1995
    À DROITE DEPUIS LE FOND, MARIANNE WIEDENFELD,JEAN-CLAUDE MARCADÉ
    DE GAUCHE À DROITE, JEAN-CLAUDE MARCADÉ, LIEVEN VAN DEN ABEELE, BERNARD MARCADÉ, ANNÉES1990
    SUR LA DROITE, LIEVEN VAN DEN ABEELE, JEAN,-CLAUDE MARCADÉ, CHINE, SEPTEMBRE 1995
  • Archives – photos de Lialia et Vania et quelques amis

    photos de Lialia et Vania et quelques amis

    JEAN-CLAUDE ET VALENTINE MARCADÉ ET UNE AMIE, 1961
    JEAN-CLAUDE ET VALENTINE MARCADÉ AVEC LE PETIT BERGER PYRÉNÉEN IXOUNE, DÉBUT ANNÉES 1970
    NATHALIE BRUNET-HAZAN ET VALENTINE MARCADÉ AU PAM, 1978
    JEAN-CLAUDE >MARcADÉ AU CENTRE ÉQUESTRE « OUS PINS » À TARTAS; 1

     

    JEAN-CLAUDE >MARcADÉ AU CENTRE ÉQUESTRE OUS PINS À TARTAS; 1976

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    OLGA BOGDANOVITH , COLLÈGUE DE VALENTINE MARCADÉ AUX LANGUES O’ , AU BORD DE L’ADOUR À PONTONX, 1976

     

    OLGA BOGDANOVITCH ET JEAN-CLAUDE MARCADÉ À SEIGNOSSE LE PENON, 1976 (PHOTO VALENTINE MARCADÉ)
    OLGA BOGDANOVITCH ET VALENTINE MARCADÉ PRÈS DE SEIGNOSSZ LE PENON, 1976 (PHOTO JEAN-CLAUDE MARCADÉ)

     

    JEAN-CLAUDE ET VALENTINE MARCADÉ,1976

     

    JEAN-CLAUDE ET VALENTINE MARCADÉ À NOIRMOUTIER, VERS 1980

     

     

    VALENTINE MARCADÉ AU PAM, ANNÉES 1980 (PHOTO JEAN-CLAUDE MARCADÉ)
    VALENTINE MARCADÉ À MATALA (CRÈTE), SEPTEMBRE 1985 (PHOTO JEAN-CLAUDE MARCADÉ)

     

    VALENTINE MARCADÉ EN CRÈTE, 1985 (PHOTO JEAN-CLAUDE MARCADÉ-
    VALENTINE MARCADÉ 36 RUE SAINT SULPICE, 1990
    VALENTINE MARCADÉ SUR LE CERCUEIL DE SAINT-SPYRIDON À CORFOU,1990 (PHOTO JEAN-CLAUDE MARCADÉ)

     

     

    VALENTINE MARCADÉ AU MONT-DORE, AOÛT 1991 (PHOTO JEA,N-CLAUDE MARCADÉ)
  • Bonne Fête de la Dormition de la Mère de Dieu!

    Bonne Fête de la Dormition de la Mère de Dieu!

    С ПРАЗДНИКОМ УСПЕНИЯ ПРЕЧИСТОЙ БОГОРОДИЦЫ!

    La Mère de Dieu est placée, par la volonté divine, plus haut que toutes les créations, elle est la reine de tout ce qui est créé, elle qui a reçu dans sa Dormition, l’adoration des forces célestes, terrestres et infernales ; dans sa dignité de Reine des Cieux elle embrasse et relie le monde des ordres angéliques et le genre humain.

    Le Dieu de Gloire s’est fait homme; il a pris sur lui de la Vierge Éternelle tout ce qui est humain, afin de sauver et de rétablir l’image de Dieu, mise dans l’homme depuis sa création et sans cesse obscurcie par le caractère corrompu de la nature humaine déchue, vaincue par le péché.[•••]

    L’unité de la Mère de Dieu et des Apôtres, aussi bien dans l’Ascension que dans la Pentecôte, est immuable et l’événement définitif final dans la vie de la Mère de Dieu et des apôtres a été la Dormition de la Vierge. Ici, l’unité de l’assemblée des apôtres et de la Mère de Dieu s’est exprimée définitivement et de manière irréfutable. La Mère de Dieu a rassemblé par sa Dormition les apôtres de tous les coins de l’Univers. Chacun des apôtres a été transporté par l’Esprit Saint de l’endroit de son ministère à Jérusalem et tous ont constitué une assemblée autour de la Mère de Dieu. Avec les Puissances Incorporelles et les femmes qui assumaient le ministère apostolique ils ont accompli le rite des funérailles et ont porté la couche où reposait le corps de la Mère de Dieu à l’endroit où elle a été ensevelie. C’est ici précisément que s’est manifestée la même étroite parenté qui a déterminé la présence de la Mère de Dieu parmi les apôtres, aussi bien sur le mont des Oliviers que sur la montagne de Sion, dans le Cénacle, qui s’est empli le jour de la Pentecôte du feu et du souffle du Saint Esprit. Et dans toute la vie ultérieure de l’Église il est difficile de se représenter la moindre action apostolique sans la présence et la participation de la Mère de Dieu. Il est impossible de se représenter aussi la catholicité (la communion universelle) de l’Église sans la participation de la Mère de Dieu ou d’ignorer d’une certaine façon la présence de la Mère de Dieu partout où la nature catholique (de communion universelle) de l’Église trouve son expression, parce que le ministère de la Mère de Dieu dans l’Église embrasse tout. La Mère de Dieu, comme Reine des cieux et de la terre, ne peut être en dehors de la moindre action de l’Église, angélique ou humaine, et aucune manifestation catholique (de communion universelle) de l’Église ne pourrait être emplie de la plénitude de la bénédiction sans la Mère de Dieu. C’est pour cette raison aussi que la plénitude de l’assemblée apostolique rassemblée dans le Cénacle le jour de la Pentecôte, plénitude qui a déterminé la nature apostolique de l’Église, ne s’est pas réalisée sans la participation de la Mère de Dieu. Mais c’est par la volonté du Saint Esprit qu’elle a été présente et a participé à la fête et a été sanctifiée par la réception de l’Esprit Saint lors de la descente des langues de feu et elle a sanctifié la fête par Sa participation. [•••]

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    MOINE GRÉGOIRE (G. I. Krug)

    CARNETS D’UN PEINTRE D’ICÔNES

    TRADUIT DU RUSSE
    PAR JEAN-CLAUDE ET VALENTINE MARCADÉ

  • С ПРАЗДНИКОМ СВЯТОГО ПАНТЕЛЕЙМОНА ЦЕЛИТЕЛЯ!

    С ПРАЗДНИКОМ СВЯТОГО ПАНТЕЛЕЙМОНА ЦЕЛИТЕЛЯ!

    ЧУДОТВОРНАЯ ИКОНА СВЯТОГО ПАНТЕЛЕЙМОНА В АФОНСКОМ МОНАСТЫРЕ СВЯТОГО ПАНТЕЛЕЙМОНА

     

    АФОНСКИЙ МОНАСТЫРЬ СВЯТОГО ПАНТЕЛЕЙМОНА

  • Michel Epstein Le père Serge vivant. Souvenirs sur l’Émigration russe finissante, (Préface de Monseigneur Nestor (Sidorenko), Métropolite de Chersonèse, et Introduction d’Émilie van Taack), Épinay-sous-Sénart, Sainte-Geneviève du Séminaire orthodoxe russe en France, 2025

     

    Michel Epstein

    Le père Serge vivant. Souvenirs sur l’Émigration russe finissante, (Préface de Monseigneur Nestor (Sidorenko), Métropolite de Chersonèse, et Introduction d’Émilie van Taack),

    Épinay-sous-Sénart, Sainte-Geneviève du Séminaire orthodoxe russe en France, 2025

    Voilà un livre étonnant, rafraîchissant, d’une grande intensité spirituelle et d’une verve existentielle exceptionnelle. Michel Epstein était un de nos étudiants de russe au Langues O’ à Valentine et à moi autour de 1970, il faisait partie du cercle rapproché d’étudiantes et d’étudiants, que ma femme Valentine avait dirigé vers l’église du Saint Esprit de Vanves et de son recteur, le père Serge Chévitch. Valentine, issue de la première émigration, avait été un soutien de cette église rattachée au Patriarcat de Moscou, ce qui n’allait pas de soi, car une grande part de l’émigration russe ne reconnaissait pas celui-ci, qui était inféodé au régime communiste athée. Valentine avait été dans les années 1950 marguillière (starosta) de cette église, avait été l’institutrice des enfants de la paroisse pour leur apprendre la langue russe écrite. Beaucoup de nos étudiantes et étudiants des Langues O’ sont passés par cette église du Père Serge, certains sont devenus orthodoxes, certaines sont même de venues moniales, d’autres n’ont fait que des apparitions   de courte durée et ont disparu de l’horizon ecclésial russe. Ce fut le cas d’une de nos étudiantes et amie, amie aussi et condisciple de Micha aux Langues O’, Sylviane Siger, dite « Toto », dont Micha rappelle qu’elle avait reçu comme prénom celui de Nathalie, quand elle est devenue orthodoxe. Sylviane-Nathalie-Toto Siger est une de ces étudiantes qui ne se sont pas intégrées dans l’orthodoxie russe, dans le cas de Toto par une histoire personnelle et familiale dévastatrice. Micha avait peint sur un mur de la chambre de Nathalie Siger une grande icône du Christ en majesté qu’a vue Père Serge et qu’il avait admirée.

    Micha Epstein a été, lui, un de ces étudiants qui est resté attaché toute sa vie au monde orthodoxe russe et a vécu dans la nouvelle église du 16 rue Michel Ange pendant une très grande période comme membre du chœur et surtout comme aide du père Serge. C’est cette histoire, celle de l’église russe vanvéenne, de ses desservants, de ses fidèles, pour beaucoup à l’époque (années 1960-1970) issus de l’émigration russe[1], que raconte son livre. Il s’agit d’une chronique qui m’a fait penser, mutatis mutandis, à celle, célèbre, de Nikolaï Leskov, Soboriané (1872), traduite comme Gens d’église ou Le clergé de la collégiale. Comme dans ce chef-d’œuvre de Leskov, Michel Epstein décrit la vie d’une petite communauté orthodoxe russe au milieu du XXe siècle, faisant l’éloge d’un   christianisme humain à l’écoute des turbulences de la société, alliant réalisme, humour et spiritualité insondable de sa liturgie et de sa théologie. Et il ne s’agit pas d’une fiction poétique, comme chez Leskov, mais d’un journal intime reconstitué par Michel Epstein qui fut un des acteurs pendant de longues années de la vie des deux églises vanvéennes de la Sainte Trinité, celle du 2 de l’impasse Alexandre, consacrée en 1933, qui a disparu en 1971 lors de la modernisation de tout ce coin autour du nouvel hôtel Mercure, pour aller s’installer dans la maison du 16 rue Michel-Ange qui a survécu aux démolitions de tout cet espace.

    Micha Epstein consacre toute une partie de sa chronique à la première église du Saint Esprit du 2 impasse Alexandre qui fut fondée en 1931 par le père Stéphane Svétozarov, qui en fut le recteur jusqu’en 1947, année où il retourna en URSS où il occupa diverses fonctions ecclésiastiques. Dès 1945, c’est le père Serge Chévitch qui prit sa succession. Aménagée à côté d’une teinturerie, cette église et ses espaces habités étaient peu salubres, les mauvaises odeurs et les bruits intempestifs étaient permanents. La pauvreté régnait, rappelant mutatis mutandis les débuts de la «Communauté des Douze » (Obchtchina Dviénadtsati) de saint Serge de Radonège sur la colline de Makoviets au milieu du XIVe siècle. Et c’est là que le père Serge, le moine-iconographe Grégoire et l’acolyte Joël (le futur Père Jean) officiaient. Et c’était merveille que d’entendre les voix de Père Grégoire et de Joël qui avaient dans leur légèreté et leur musicalité aérienne une résonance insondable dans cet environnement. Cela se manifestait aussi dans ce lieu béni qu’était le Skit du Saint Esprit au Mesnil-Saint-Denis. Je n’ai par la suite rien entendu d’aussi subtil chez les autres moines autour de Père Serge. Même l’ancien chef d’orchestre de la grande ville hollandaise de Groningue, le père Hilarion, ne possédait pas ce don d’harmonie céleste. Ce père Hilarion, qui avait des airs de Don Basilio (selon Valentine) sans en avoir le moins du monde l’esprit, était aussi un théologien engagé : je me souviens d’un article sur la procession du Saint Esprit où il réfutait l’ajout tardif catholique du « filioque », en protestation contre des articles « œcuméniques » dans la revue d’Olivier Clément Contacts en 1971.

    Le père Serge, quand son ministère le lui permettait, c’est-à-dire plutôt rarement, pouvait assister à des événements artistiques venus de la Russie soviétique. Micha Epstein parle de son goût pour la musique classique qu’il écoutait sur son transistor. Il a assisté sur notre invitation à une représentation de la Khovanchtchina (id-est « L’Affaire Khovanski »), ce drame religieux de Moussorgski sur la tragédie des Vieux-Croyants au XVIIe siècle ; c’était le Bolchoï qui l’avait monté à l’Opéra Garnier pendant l’hiver 1969-1970. Avec, entre autres, Irina Arkhipova en Marfa. Père Serge était particulièrement ému par elle, mais aussi par la basse de Pimène, dont je ne me souviens plus du nom de l’interprète.

    Nous avions aussi invité le père Serge à voir en 1969 au cinéma Bonaparte le nouveau film de Tarkovski André Roublev qui durait un peu plus de 3 heures. Là aussi nous avons pu constater la réaction positive de Père Serge voyant dans cette œuvre une percée de la culture orthodoxe russe dans l’océan athée soviétique…J’ai écrit un article sur ce film dans la revue Vozrojdénié, où je disais, en forçant quelque peu le trait, qu’André Roublev de Tarkovski était la première œuvre soviétique orthodoxe.

    Comme le souligne Micha, le père Serge était nourri de l’œuvre de Dostoïevski. Il appréciait également que je travaille, sur les conseils de Valentine, à une thèse de doctorat sur Leskov. Mais il ne supportait pas dans cette littérature tout ce qui ne correspondait pas à la visée orthodoxe de la sainteté. Je voudrais évoquer ici un petit incident qui se produisit lors d’une de ses visites au Pam. Travaillant dans les archives russes sur Leskov, j’avais trouvé une petite nouvelle inédite, écrite à la manière légèrement licencieuse de Boccace, Klopodavié ( La lutte contre les punaises ), sur un hiérodiacre  d’un monastère kiévien qui était tourmenté par les punaises et qui avait utilisé un procédé, prétendument vanté par les monastères serbes, à savoir qu’étant donné que les punaises ont une prédilection pour la peau des femmes, il fallait utiliser celles-ci auprès de soi pour que les punaises se détournent de la peau masculine ! C’est à quoi se livra le hiérodiacre… J’eus le malheur de commencer à lire à Père Serge cette nouvelle que j’étais fier d’avoir déniché, que je ne trouvais pas spécialement anticléricale, mais était écrite avec un grand talent et beaucoup d’humour satirique. Père Serge m’arrêta net dans ma lecture, indigné et en colère contre de telles élucubrations séniles ! Ce fut une des hontes de ma vie !

    Je voudrais ici aussi mentionner la lettre que j’ai écrite, étant influencé par Père Serge, à Soljénitsyne qui avait écrit en 1972 au Patriarche Pimène pour reprocher à l’Église de Moscou sa passivité à l’égard du régime communiste et son manque de courage pour s’élever contre lui. Ma lettre de trois pages, écrite en russe, je l’ai publiée avec la réponse de Soljénitsyne sur mon blog (voir « soljénitsyne » vania marcadé.com). J’ai envoyé, par l’intermédiaire de Nikita Struve, l’original de la réponse que m’a faite Soljénitsyne le 11 mai 1972, à la veuve de l’écrivain, Natalia Dmitrievna, le 13 juin 2010, comme je le lui avais promis lors de notre rencontre à Perm en mai 2009 à la première de l’opéra  Odin dien’ Ivana Dénissovitcha (Une journée d’Ivan Dénissovitch) composé par Alexandre Tchaïkovski. Dans cette lettre je disais:

    « Quand j’ai écrit ma lettre. [à Alexandre Issaïévitch], j’étais le fils spirituel de l’archimandrite Serge Chévitch qui considérait, à tort ou à raison, que les prêtres n’étaient pas, dans les conditions de l’Union soviétique, en état de se soulever contre le pouvoir. Saint Philippe Kolytchev “avait à faire “ à un tsar orthodoxe, alors que dans la Russie bolchevique c’étaient des Nabuchodonosors qui étaient contre l’Église.

    L’expression la plus blessante utilisée par Alexandre Issaïévitch dans sa réponse était celle “des bûches de bois “ que le père Serge Chévitch a pris douloureusement. » 

    Voici maintenant la traduction en français de la réponse que m’a faite Soljénitsyne :

    « Il est vraiment ressuscité ![2]

    Très estimé Jean-Claude !

    Votre lettre n’est pas la première qui conteste ma lettre au Patriarche, mais aucune ne m’a ébranlé, aucune n’a apporté des arguments convaincants.

    Appeler les pasteurs à la dignité (par exemple, pour que le Patriarche russe ne soit pas le jouet de la politique chypriote, mais aperçoive les malheurs de son peuple) ne veut absolument pas dire “ne pas croire au Christ”.

    Je ne comprends pas le rapport de vos pensées. Oui, l’Église tient justement sur le Christ et non sur ses pasteurs et c’est ainsi qu’il n’est pas terrible pour des pasteurs de prendre des risques ou même de perdre la vie (d’ailleurs perdre la vie n’est pas une menace aujourd’hui, le Patriarche n’est pas menacé du camp de concentration ; il l’est seulement de la diminution de ses avantages matériels et de ses honneurs). L’Église ne s’effondrera pas pour autant, mais pourra se purifier et être renforcée dans son esprit. On n’attendra pas le triomphe du Christ dans l’inaction, mais en étant digne dans son service. Car, autrement, en quoi réside le sens du christianisme ? C’est ainsi que des bûches de bois peuvent rester jusqu’au Second Avènement.

    À l’encontre de vos compatriotes, vous méprisez vraiment trop la soi-disant « forme », non pas pour la malmener de telle sorte que l’essentiel disparaisse. Dans les années 1920 existait l’Église rénovée – et il y avait la liturgie, et l’Eucharistie, et le carillonnement des cloches et il y avait aussi les chasubles, et voilà que le peuple s’en est moqué et a sauvé la vraie foi. Selon votre argumentation il faudrait accepter les rénovateurs et leur être soumis.

    Ce qu’il faut, c’est lutter contre les persécutions, et des centaines de mille chrétiens ont péri pour cela, et le Patriarche ne doit pas tarder, mais être là « le premier » dans le sacrifice ! Pourtant, cela est facile, seulement la foi est faible. Il suffit qu’un seul se montre ferme, même s’il doit payer par sa destitution – et alors son exemple obligera son successeur. Et même on n’osera pas destituer le suivant ! Mais la couardise nous inonde infiniment, comme d’ailleurs presque tout l’Occident.

    Votre remarque, selon laquelle ” la diffusion publique est inadmissible ”, que ” cela réjouira les ennemis de la Russie ” – oui, cela coïncide tout à fait avec les arguments du réalisme socialiste, réfléchissez – pourquoi il en est ainsi ?

    Nous sommes tous – face au Christ et le Christ connaît tout de nous, – et pourquoi donc devrions-nous dans les questions de foi nous taire ?

    Respectueusement,

    1. A.Soljénitsyne »

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    Micha Epstein parle aussi du rôle joué par le père Barsanuphe auprès de Père Serge dans la vie de la communauté orthodoxe dans l’église de Vanves et au Skit du Saint Esprit au Mesnil-Saint-Denis. Nous avons connu pour la première fois le futur père Barsanuphe quand il était encore le tout jeune moine Vincent à l’abbaye cistercienne de Bonne-Combe dans l’Aveyron. En effet, après le départ des derniers moines cisterciens, l’Église catholique, dans la mouvance œcuménique de l’époque, a prêté ce lieu historique à une communauté orthodoxe qui ne dura que de 1965 à 1968. C’est à ce moment que nous avons accompagné en voiture le père Grégoire Krug et son iconostase destinée à cette nouvelle communauté dans l’Aveyron. Et c’est là que nous avons fait connaissance avec le futur père Barsnuphe, qui, en tant que moine Vincent, s’occupait de la bonne ordonnance de la vie de cette communauté qui déjà recevait beaucoup de fidèles orthodoxes, dont beaucoup de Russes, venus de toute la France, qu’il fallait héberger et nourrir. Le moine Vincent avait la charge du bon fonctionnement des services religieux et, en particulier, il était « réveilleur » (boudilnik) et faisait très tôt le matin le tour des cellules où dormaient les pèlerins, pour annoncer, en frappant sur un bois (bilo), les premières matines.

    Le père Barsanuphe avait une belle stature et en imposait à cause de son énergie physique et son totalement engagement dans la vie orthodoxe, lui qui venait d’une famille catholique. Il avait attiré vers l’église du père Serge beaucoup de Français, dont plusieurs personnes de sa parentèle, venus de tous les coins du pays, et ces nouveaux fidèles se distinguaient par leur habillement (en particulier les jeunes femmes en robes longues au tissu sans apparat) au milieu des émigrés russes qui étaient encore les plus nombreux. Quelques fidèles critiquaient le père Barsanuphe et cet entourage bigarré, d’autres au contraire voyaient en lui un pilier de notre église, des personnes comme le peintre Lanskoy, qui ne fréquentait pas nos églises vanvéennes (mais sa mère, la vieille comtesse Lanskoy, était proche de père Serge) voyait en lui un futur archevêque. Père Serge soutenait totalement et appréciait le tonus et l’ardeur missionnaire de Père Barsanuphe. Et l’on sait quel fut son rôle auprès du père Grégoire dont il s’est occupé au Skit du Mesnil-Saint-Denis jusqu’à sa mort. Père Grégoire disait qu’il devait y avoir un monastère féminin au Skit du Mesnil-Saint-Denis. Père Barsanuphe n’a pas réalisé cette prédiction au Skit mais a été le fondateur de deux monastères féminins, le monastère de la Mère de Dieu de Korsoun à Grassac (Charente) et le monastère de la Mère de Dieu Znaménié à Marcenat (Cantal), le premier ayant été conçu dans le style russe byzantin. Car Père Barsanuphe, qui était passé par une école des beaux-arts, avait non seulement une bonne connaissance de l’art en général, mais le pratiquait aussi. C’est ainsi qu’il a créé aussi l’église d’été dédiée aux Nouveaux Martyrs de Russie rue Michel-Ange, et a installé de nouvelles architectures byzantino-russes sur le site du Skit du Mesnil-Saint-Denis.

     D’autre part, Père Barsanuphe, qui, à l’encontre du père Grégoire, défendait l’abstraction picturale dont il soutenait le caractère universel dans l’expression du Beau, utilisa cet art à Trappes auprès de groupes d’enfants et d’adolescents de religions et cultures diverses pour les initier à la beauté.

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    Une autre personne de cette époque (années 1960-1970), c’était Olga Ivanovna Krug, la sœur de Père Grégoire. Elle était une « originale »   – une tchoudatchka, comme on disait en Russie pour ce type de personnages qui avaient des comportements hors norme mais attiraient la sympathie. Elle était une femme à chats typiquement russe, une kachatnitsa[3]. Non seulement elle avait dans son appartement du XVième plus d’une vingtaine de ces animaux et l’on imagine l’odeur qui vous saisissait quand on venait chez elle, mais de plus tous les matins de sa vie elle allait dans l’ancienne Zone non encore reconstruite avec des seaux de nourriture pour nourrir les chats et autres animaux ensauvagés, avant de se rendre à son travail à l’Institut Pasteur. Elle ennuyait son frère et le père Serge, que par ailleurs elle soutenait avec dévouement, par des discussions soi-disant «théologiques » sur la question de savoir si les animaux avaient une âme (ce qu’elle croyait sûrement) ! On imagine l’irritation de Père Grégoire et de Père Serge qui cherchaient à canaliser ces conversations oiseuses.

    Mais Olga Ivanovna Krug a joué un rôle essentiel pour faire connaître les écrits de son frère sur la théologie et l’iconographie des icônes. Elle a sauvé les cahiers du père Grégoire qui étaient dans un très mauvais état de conservation et non seulement cela, elle a passé sa vie après la mort de son frère à déchiffrer ses manuscrits qui étaient très difficiles à lire car le plus souvent écrits au crayon; elle s’est entourée de quelques amies, fidèles comme elle de la paroisse vanvéenne, qui l’ont aidée à la lecture de ces manuscrits, à les regrouper dans des chapitres, à les dactylographier. C’est sur ce tapuscrit établi par Olga Krug, qui avait été vérifié par Père Serge, que nous avons pu faire notre traduction en français et qu’il fut édité dans l’original russe par la maison d’édition YMCA-Press.

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    La lecture passionnante du livre de Michel Epstein m’a fait me remémorer quelques épisodes concernant des personnes qui furent proches de Valentine et de moi et m’a poussé à les relater pour compléter ce qu’en disait Micha. Mais sa chronique est foisonnante de récits et de faits inédits, de fines descriptions psychologiques, de portraits, de réflexions sur des thèmes théologiques, le tout quelque fois saupoudré d’humour, un humour jamais destructif ou sarcastique, mais donnant une tonalité existentielle vivante de la réalité.

    Pour terminer, je donnerai une large citation du livre où Michel Epstein donne la clef de son travail mémoriel :

    « L’objectivité totale, on le sait, n’existe ni dans l’Histoire ni dans les chroniques. On ne trouvera ici qu’un champ de vision qui s’arrête aux limites de l’observateur, de sa partialité inconsciente, de ses facultés de compréhension. Peut-être me trouve-t-on plus souvent qu’il ne faudrait au détriment du père Serge. Rendre compte de la vie aux côtés d’un tel père spirituel en effaçant ses propres réactions ne m’est pas accessible. La captation voulue du contexte monastique et paroissial en même temps que des images de l’émigration finissante fait déborder le témoignage au-delà d’un mémoriel exclusif. Au risque de déplaire, l’évocation peut prendre une allure de journal personnel, explicable par un large emploi de quelques notes prises sur le vif. »

    Jean-Claude Marcadé, juin-juillet 2025

    [1] Il y avait parmi les fidèles russes émigrés de Père Serge toutes les classes sociales, aussi bien des gens du peuple, que des nobles et des aristocrates, d’anciens hommes politiques, des intellectuels, des écrivains et des musiciens, même Nicolas Berdiaev était en rapport avec le père Serge , en particulier sa belle-sœur Eugénie Rapp (Père Serge s’est occupé d’envoyer les archives de Berdiaev, qui étaient dans sa maison de Clamart, en URSS où elles ont pu être exploitées après la chute du régime soviétique)

    [2] Je lui avais souhaité dans ma lettre la fête de Pâques

    [3] Valentine a écrit un récit sur ce type de personnage, qu’elle avait dédié à Nadiejda Teffi : Валентина Васютинская, «Блаженная», Новое русское слово, 1952