KATIA ZOUBTCHEKO NOUS A QUITTÉS LE JOUR DE LA NATIVITÉ DU CHRIST ORTHODOXE SLAVE LE 7 JANVIER 2025
ZOUBTCHENKO Catherine. Peintre d’origine russe, née à Léningrad en 1937. Elle a été déportée avec ses parents à Berlin en 1941 par l’Allemagne nazie. Elle s’installe à Paris en 1954 où elle commence sa vie d’artiste. Études dans les académies de la Grande Chaumière et Julian. À partir de 1958, elle est élève de Lanskoy dont elle restera la collaboratrice jusqu’à la mort de ce dernier en 1976. À partir de 1961, prend part aux Salons parisiens – de Mai, des Indépendants, d’Automne, « Jeunes et Grands d’aujourd’hui », « Réalités nouvelles » et autres. Plusieurs expositions personnelles dans des galeries de Paris, de Lyon, en Hollande, Italie, Luxembourg, en Suisse. A collaboré avec Lanskoy à la réalisation de tout un programme de mosaïques à Ravenne en 1973-1976. A elle-même exécuté des projets de mosaiques à Ravenne dans l’atelier de Carlo Signorini
Voir l’article de Jean-Claude Marcadé : « La création de Catherine Zoubtchenko ou l’ordonnance du chaos », in catalogue Catherine Zoubtchenko (née en 1937) Peindre avant tout…Un demi-siècle de peinture, Genève, Galerie ART XXI, 2012, p. 4-10
Collection Valentine et Jean Claude Marcadé. 1/3
Zoubtchenko Catherine, (1937- ), Russe
Collection Valentine et Jean Claude Marcadé. 2/3
Zoubtchenko Catherine, (1937- ), Russe
Collection Valentine et Jean Claude Marcadé. 3/3
CATHERINE ZOUBTCHENKO, JEAN-CLAUDE MARCADÉ, ANDRÉ LANSKOY, VALENTINE MARCADÉ, 1966
Mosaïque su XIème siècle au monastère grec de Daphni
icône du Moine Jean au skit orthodoxe du Mesnil-Saint-Deni
С КРЕЩЕНИЕМ ГОСПОДНЕМ!
JOYEUSE FÊTE DE L’ÉPIPHANIE!
MOINE GRÉGOIRE
LE BAPTÊME DU SEIGNEUR (THÉOPHANIE)Le Baptême du Seigneur porte l’appellation de Théophanie, car dans l’événement du baptême s’est manifestée la participation des Trois Personnes de la Très Sainte Trinité : Dieu le Père qui se révèle par Sa parole, Dieu l’Esprit Saint sous l’aspect d’une colombe bénissant les eaux de son ombre et Dieu le Fils qui reçoit le baptême de Jean et sanctifie les eaux. Le contenu trinitaire de la fête est exprimé dans le kontakion de la Théophanie et détermine l’action trine et une de la Divinité avec une extrême clarté.
«Quand tu étais baptisé dans le Jourdain, Seigneur, l’adoration trinitaire s’est manifestée car la voix de Ton Père a témoigné en Toi en T’appelant Son Fils Bien-Aimé et l’Esprit sous l’aspect d’une colombe a proclamé la vérité de la Parole. Manifeste-Toi, Christ notre Dieu et illumine le monde, gloire à Toi.»
Le Baptême par lequel saint Jean baptisait était un baptême de repentance. L’eau du baptême était purification, délivrance de l’homme ; un tel baptême n’était pas nécessaire pour le Christ, car il était pur de toute éternité et c’est seulement par humilité qu’il a reçu le baptême de Jean ; mais ayant reçu le baptême par l’eau, le Sauveur n’a pas été sanctifié par les eaux, ce qui n’était pas nécessaire pour lui, mais il a sanctifié par sa Personne la substance des eaux et avec elle, le monde entier. Par le Baptême de Jean, par l’action de l’humilité suprême du Christ, s’est révélée Sa Divinité, en tant qu’une Personne de la Trinité, inséparable en tout du Père et du Saint Esprit.Le Baptême est l’apparition du Christ au peuple, le départ pour Sa Mission, la création nouvelle du monde corrompu mortellement par sa chute. Le Baptême est la fête de la création du monde une nouvelle fois, à l’instar de la Nativité du Christ, et ces deux fêtes sont liées indissolublement l’une à l’autre. […]
Le Christ entre dans les eaux pour les purifier, les vivifier, les sanctifier et anéantir les serpents qui y ont leur nid. L’Esprit Saint, sous la forme d’une colombe, couvre de son ombre les eaux semblablement à ce qui s’est passé lors de la création du monde lorsque l’Esprit de Dieu planait sur les eaux. Selon l’explication de saint Basile le Grand,
« non seulement Il planaitsur les eaux mais Il semblait communiquer à l’eau la faculté de faire naître la vie, rendait l’eau porteuse de vie, la réchauffait pareillement à une poule couveuse qui fait sortir vers la vie grâce à sa chaleur ses poussins. Ici aussi l’Esprit Saint communique aux eaux la grâce et la force d’engendrer la vie dans le mystère du Baptême, d’être l’eau « qui bondit dans la vie éternelle ».
Comme archétype, la colombe lâchée par Noé de l’Arche et qui y revint avec une branche d’olivier dans le bec, préfigure l’Esprit Saint dans la Théophanie au-dessus des eaux du Jourdain. Saint Jean Chrysostome explique l’image de la colombe qu’a prise le Saint Esprit dans la Théophanie : le Christ en recevant le baptême de la main de saint Jean est venu accomplir toutes les vérités. On appelle vérité l’accomplissement de tous les commandements. Étant donné que tous les hommes devaient accomplir cette vérité, mais que personne parmi eux ne l’a observée ni accomplie, c’est le Christ qui accomplit cette vérité par sa venue. Ainsi, si la soumission à Dieu constitue la vérité et que Dieu a envoyé saint Jean pour baptiser le peuple, alors le Christ a accompli cela aussi. Notre lignée devait payer sa dette, mais nous ne l’avons pas payée et la mort nous a étreints, nous qui avons été soumis à cette faute. Le Christ, étant venu, nous ayant trouvés en proie au démon, paya cette dette.
« Il me revient à moi, qui possède, de payer pour ceux qui ne possèdent pas », dit-il.
Telle est la raison de Son baptême. C’est pourquoi l’Esprit est descendu sous l’aspect d’une colombe ; là où est la réconciliation avec Dieu, là est la colombe. De la même façon que la colombe a apporté la branche d’olivier dans l’Arche de Noé comme signe de l’amour de Dieu pour l’homme et de la fin du fléau, de même à présent c’est sous l’aspect d’une colombe et non sous un aspect corporel (il faut noter cela particulièrement) que descend l’Esprit, annonçant à l’Univers la grâce divine.
MOINE GRÉGROIRE (KRUG), CARNETS D’UN PEINTRE D’ICÔNES
PAUL CLAUDEL
La deuxième Épiphanie de Notre-Seigneur, c’est le jour de Son baptême dans le Jourdain.
L’eau devient un sacrement par la vertu du Verbe qui s’y joint.
Dieu nu entre aux fonts de ces eaux profondes où nous sommes ensevelis.
Comme elles Le font un avec nous, elles nous font Un avec Lui.
Jusqu’au dernier puits dans le désert, jusqu’au trou précaire dans le chemin,
Il n’est pas une goutte d’eau désormais qui ne suffise à faire un chrétien,
Et qui, communiquant en nous à ce qu’il y a de plus vital et de plus pur,
Intérieurement pour le Ciel ne féconde l’astre futur.
Comme nous n’avons point de trop dans le Ciel de ces gouffres illimités
Dont nous lisons que la Terre à la première ligne du Livre fut séparée,
Le Christ à son âge parfait entre au milieu de l’Humanité,
Comme un voyageur altéré à qui ne suffirait pas toute la mer.
Pas une goutte de l’Océan où il n’entre et qui ne Lui soit nécessaire. « Viderunt te Aquæ, Domine », dit le Psaume. Nous Vous avons connu !
Et quand du milieu de nous de nouveau Vous émergez ivre et nu,
Votre dernière langueur avant que Vous ne soyez tout à fait mort,
Votre dernier cri sur la Croix est que Vous avez soif encore !
Ночь тиха. По тверди зыбкой
Звезды южные дрожат.
Очи Матери с улыбкой
В ясли тихие глядят.
Ни ушей, ни взоров лишних, –
Вот пропели петухи – С Рождества
И за ангелами в вышних
Славят Бога пастухи.
Ясли тихо светят взору,
Озарен Марии лик.
Звездный хор к иному хору
Слухом трепетным приник, –
И над Ним горит высоко
Та звезда далеких стран:
С ней несут цари Востока
Злато, смирну и ладан.
Conversations avec Edmond Husserl (1931-1938)
EXTRAITS DES CONVERSATIONS AVEC EDMOND HUSSERL (1931-1936)
Adelgundis Jaegerschmid, O. S. B.
En septembre 1938, cinq mois après le décès de Husserl, sa veuve Malvine m’adressa le père franciscain belge H. L. van Breda (le fondateur des Archives Husserl à Louvain), qui était à la recherche d’informations sur la personne de Husserl pour sa thèse de doctorat. Au vu de ce qu’avait d’inquiétant le contexte politique mondial à l’époque, le père van Breda m’a incitée catégoriquement à taper ces souvenirs le soir même. Ces souvenirs sont un document historique, une ressource modeste, dépourvue de tout vernis littéraire – et ne souhaitent pas non plus être autre chose.
1931-1938
Visite en soirée, durant presque deux heures. J’essaie très rapidement de faire en sorte que ce soit Husserl qui mène la conversation. J’émets parfois des objections et le force ainsi à clarifier certains problèmes difficiles.
« La vie monastique, la vie religieuse chrétienne en général, se déroule toujours sur le fil du rasoir. Elle chute aisément, mais se relève toujours. Elle n’a qu’un but : voir le monde en Dieu, mais elle ne nie pas le monde. Le risque est alors, bien sûr, que l’âme s’enracine par trop dans le monde ou bien que la charité active ainsi que la piété deviennent de simples routines ».
=========
Il parle ensuite de la religion indienne. Il me recommande chaleureusement le livre de Romain Rolland sur Gandhi1, qu’il venait de lire.
« Par opposition au christianisme, la religion indienne a le Nirvana ; elle nie le monde. Toute activité suscite de la passivité et court ainsi le risque de la stagnation. Mais toute passivité – le repos en Dieu conçu comme aboutissement – requiert de nouveau l’activité : la charité active ».
– AJ : « C’est exactement ce que dit Thomas ».
– Husserl :
« Oui, tous les grands hommes de la Terre parlent ainsi. Toute résolution est déjà une activité de la volonté. Tout ce qui est acquis comme un résultat de l’activité produit de la passivité et, par conséquent, un risque. Ce qui signifie donc que tout ce qui a été acquis doit toujours être réactivé ».]
==========
Nous parlons de la vie religieuse et de la vocation [Berufung] à une vie au sein d’un ordre. AJ :
« Pour vivre la vie religieuse, il faut en avoir la vocation [berufen] ».
– Husserl :
« Mieux : il faut y avoir été appelé [gerufen]. Cela relève purement de la grâce. Je n’ai pas accès à cette sphère, bien que j’aie toujours été l’un des plus fervents chercheurs de Dieu depuis ma jeunesse. La science authentique est honnête et pure ; elle a l’avantage de la véritable humilité, et pourtant, elle a en même temps la capacité d’être critique et de faire des distinctions. De nos jours, le monde ne connaît plus la science véritable ; elle est tombée dans la spécialisation la plus étroite. C’était différent à notre époque. L’amphithéâtre était notre église et les professeurs étaient les prédicateurs ».
========
Je lui racontai comment, durant notre jeunesse, nous avions cherché à l’université la science authentique au-delà des examens et de la question des moyens de subsistance, et comme nous l’avions servie dans un pur enthousiasme. Bien sûr, seuls quelques-uns, en très petit nombre, adoptaient un point de vue qui visait par-delà les examens. J’ai alors conclu en disant :
« Il nous est arrivé, à nous aussi, de brûler pour la science. Mais comment pensez-vous que la science puisse sauver notre monde et l’élever davantage ? Car ce n’est toujours que pour quelques-uns qu’elle est disponible ».
Husserl :
« La science authentique rend désintéressé et bon. Aujourd’hui, même les savants intégralement matérialistes ou naturalistes (les savants dans les sciences naturelles) peuvent consacrer leur vie à leur science, même les mathématiciens chez qui on ne trouve pas une once de foi. Dans ces conditions, la science est bonne même si elle ne conduit pas à la religion. D’un autre côté, pourtant, il est impossible de prétendre qu’une science conduisant ultimement à la religion et à Dieu ne soit pas une science authentique. La pédagogie, sous toutes ses formes (pas seulement à l’école) doit porter plus loin les résultats de la science authentique et les mettre en pratique de sorte que le monde en soit renouvelé. C’est ce que vous devez faire, sœur Adelgundis ; la détresse de l’âme est grande. Ce qu’il y a de meilleur sera toujours l’amour – l’amour authentique et pratique de son prochain, qui est fondé dans l’amour de Dieu, lequel ne se trouve pas toujours au sein des confessions. Il arrive souvent que la religion soit discréditée parce que les personnes religieuses ne sont pas du tout intérieurement religieuses. Il s’agit si souvent d’une simple apparence, si souvent de convention et de superstition !
« La science authentique doit être science universelle, embrassant la totalité des évidences sur le fondement de l’autonomie, totalité au sein de laquelle la religion est elle aussi incorporée. Le christianisme a sa place dans cette sphère. En partant de cette science universelle telle que la phénoménologie l’a élaborée, on parvient finalement à un développement théologique qui conduit ultimement à Dieu, à l’absolu ».
===============
En réponse à ma question de savoir s’il croyait donc réellement en l’absolu (il l’avait dénié précédemment), il me dit :
« Ce sont là des relativités, et nous devons avoir le courage de voir ces relativités en face. Elles peuvent elles aussi être des évidences ; par exemple : pour des peuples primitifs, la logique contient des évidences complètement différentes des nôtres. En dernier ressort, nous pouvons restreindre notre perspective et comprendre cet état de fait ; nous pouvons nous y plonger en pensée. C’est bien aussi de cette façon que je vis dans ma conscience la douleur d’autrui sans en faire l’expérience dans mon propre corps. La phénoménologie comme science est là pour ceux qui n’ont pas d’accès à la foi comme celui que vous avez. Que peuvent faire tous ceux qui ne rencontrent la religion que tard dans la vie ? Ils ne parviennent plus à entrer dans une relation personnelle avec elle ».
1936
« Ces derniers jours, j’ai reçu d’Amérique un journal dans lequel un Jésuite – donc l’un des vôtres, sœur Adelgundis – m’a présenté comme un philosophe chrétien. Je suis consterné par cette initiative précipitée et excessivement zélée, dont je ne savais rien. Comment peut-on faire une chose pareille sans me poser la question ?! Je ne suis pas un philosophe chrétien. S’il vous plaît, veillez à ce qu’après ma mort on ne me fasse pas passer pour tel. Je vous ai déjà souvent dit que ma philosophie, la phénoménologie, est censée n’être rien d’autre qu’un chemin, une méthode, destinée à montrer justement à ceux qui se sont éloignés du christianisme et des églises chrétiennes le chemin qui reconduit à Dieu ».
Ночь тиха. По тверди зыбкой
Звезды южные дрожат.
Очи Матери с улыбкой
В ясли тихие глядят.
Ни ушей, ни взоров лишних, –
Вот пропели петухи – С Рождества
И за ангелами в вышних
Славят Бога пастухи.
Ясли тихо светят взору,
Озарен Марии лик.
Звездный хор к иному хору
Слухом трепетным приник, –
И над Ним горит высоко
Та звезда далеких стран:
С ней несут цари Востока
Злато, смирну и ладан.
PÉGUY
Chaque poutre du toit…
Chaque poutre du toit était comme un vousseau.
Et ce sang qui devait un jour sur le Calvaire
Tomber comme une ardente et tragique rosée
N’était dans cette heureuse et paisible misère
Qu’un filet transparent sous la lèvre rosée.
Sous le regard de l’âne et le regard du bœuf
Cet enfant reposait dans la pure lumière.
Et dans le jour doré de la vieille chaumière
S’éclairait son regard incroyablement neuf.
Et ces laborieux et ces deux gros fidèles
Possédaient cet enfant que nous n’avons pas eu.
Et ces industrieux et ces deux haridelles
Gardaient ce fils de Dieu que nous avons vendu.
Et les pauvres moutons eussent donné leur laine
Avant que nous n’eussions donné notre tunique.
Et ces deux gros pandours donnaient vraiment leur peine.
Et nous qu’avons-nous mis aux pieds du fils unique ?
Ainsi l’enfant dormait sous ce double museau,
Comme un prince du sang gardé par des nourrices.
Et ces amusements et ses jeunes caprices
Reposaient dans le creux de ce pauvre berceau.
L’âne ne savait pas par quel chemin de palmes
Un jour il porterait jusqu’en Jérusalem
Dans la foule à genoux et dans les matins calmes
L’enfant alors éclos aux murs de Bethléem…
Conversations avec Edmond Husserl (1931-1938)
EXTRAITS DES CONVERSATIONS AVEC EDMOND HUSSERL (1931-1936)
Adelgundis Jaegerschmid, O. S. B.
En septembre 1938, cinq mois après le décès de Husserl, sa veuve Malvine m’adressa le père franciscain belge H. L. van Breda (le fondateur des Archives Husserl à Louvain), qui était à la recherche d’informations sur la personne de Husserl pour sa thèse de doctorat. Au vu de ce qu’avait d’inquiétant le contexte politique mondial à l’époque, le père van Breda m’a incitée catégoriquement à taper ces souvenirs le soir même. Ces souvenirs sont un document historique, une ressource modeste, dépourvue de tout vernis littéraire – et ne souhaitent pas non plus être autre chose.
1931-1938
Visite en soirée, durant presque deux heures. J’essaie très rapidement de faire en sorte que ce soit Husserl qui mène la conversation. J’émets parfois des objections et le force ainsi à clarifier certains problèmes difficiles.
« La vie monastique, la vie religieuse chrétienne en général, se déroule toujours sur le fil du rasoir. Elle chute aisément, mais se relève toujours. Elle n’a qu’un but : voir le monde en Dieu, mais elle ne nie pas le monde. Le risque est alors, bien sûr, que l’âme s’enracine par trop dans le monde ou bien que la charité active ainsi que la piété deviennent de simples routines ».
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Il parle ensuite de la religion indienne. Il me recommande chaleureusement le livre de Romain Rolland sur Gandhi1, qu’il venait de lire.
« Par opposition au christianisme, la religion indienne a le Nirvana ; elle nie le monde. Toute activité suscite de la passivité et court ainsi le risque de la stagnation. Mais toute passivité – le repos en Dieu conçu comme aboutissement – requiert de nouveau l’activité : la charité active ».
– AJ : « C’est exactement ce que dit Thomas ».
– Husserl :
« Oui, tous les grands hommes de la Terre parlent ainsi. Toute résolution est déjà une activité de la volonté. Tout ce qui est acquis comme un résultat de l’activité produit de la passivité et, par conséquent, un risque. Ce qui signifie donc que tout ce qui a été acquis doit toujours être réactivé ».]
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Nous parlons de la vie religieuse et de la vocation [Berufung] à une vie au sein d’un ordre. AJ :
« Pour vivre la vie religieuse, il faut en avoir la vocation [berufen] ».
– Husserl :
« Mieux : il faut y avoir été appelé [gerufen]. Cela relève purement de la grâce. Je n’ai pas accès à cette sphère, bien que j’aie toujours été l’un des plus fervents chercheurs de Dieu depuis ma jeunesse. La science authentique est honnête et pure ; elle a l’avantage de la véritable humilité, et pourtant, elle a en même temps la capacité d’être critique et de faire des distinctions. De nos jours, le monde ne connaît plus la science véritable ; elle est tombée dans la spécialisation la plus étroite. C’était différent à notre époque. L’amphithéâtre était notre église et les professeurs étaient les prédicateurs ».
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Je lui racontai comment, durant notre jeunesse, nous avions cherché à l’université la science authentique au-delà des examens et de la question des moyens de subsistance, et comme nous l’avions servie dans un pur enthousiasme. Bien sûr, seuls quelques-uns, en très petit nombre, adoptaient un point de vue qui visait par-delà les examens. J’ai alors conclu en disant :
« Il nous est arrivé, à nous aussi, de brûler pour la science. Mais comment pensez-vous que la science puisse sauver notre monde et l’élever davantage ? Car ce n’est toujours que pour quelques-uns qu’elle est disponible ».
Husserl :
« La science authentique rend désintéressé et bon. Aujourd’hui, même les savants intégralement matérialistes ou naturalistes (les savants dans les sciences naturelles) peuvent consacrer leur vie à leur science, même les mathématiciens chez qui on ne trouve pas une once de foi. Dans ces conditions, la science est bonne même si elle ne conduit pas à la religion. D’un autre côté, pourtant, il est impossible de prétendre qu’une science conduisant ultimement à la religion et à Dieu ne soit pas une science authentique. La pédagogie, sous toutes ses formes (pas seulement à l’école) doit porter plus loin les résultats de la science authentique et les mettre en pratique de sorte que le monde en soit renouvelé. C’est ce que vous devez faire, sœur Adelgundis ; la détresse de l’âme est grande. Ce qu’il y a de meilleur sera toujours l’amour – l’amour authentique et pratique de son prochain, qui est fondé dans l’amour de Dieu, lequel ne se trouve pas toujours au sein des confessions. Il arrive souvent que la religion soit discréditée parce que les personnes religieuses ne sont pas du tout intérieurement religieuses. Il s’agit si souvent d’une simple apparence, si souvent de convention et de superstition !
« La science authentique doit être science universelle, embrassant la totalité des évidences sur le fondement de l’autonomie, totalité au sein de laquelle la religion est elle aussi incorporée. Le christianisme a sa place dans cette sphère. En partant de cette science universelle telle que la phénoménologie l’a élaborée, on parvient finalement à un développement théologique qui conduit ultimement à Dieu, à l’absolu ».
===============
En réponse à ma question de savoir s’il croyait donc réellement en l’absolu (il l’avait dénié précédemment), il me dit :
« Ce sont là des relativités, et nous devons avoir le courage de voir ces relativités en face. Elles peuvent elles aussi être des évidences ; par exemple : pour des peuples primitifs, la logique contient des évidences complètement différentes des nôtres. En dernier ressort, nous pouvons restreindre notre perspective et comprendre cet état de fait ; nous pouvons nous y plonger en pensée. C’est bien aussi de cette façon que je vis dans ma conscience la douleur d’autrui sans en faire l’expérience dans mon propre corps. La phénoménologie comme science est là pour ceux qui n’ont pas d’accès à la foi comme celui que vous avez. Que peuvent faire tous ceux qui ne rencontrent la religion que tard dans la vie ? Ils ne parviennent plus à entrer dans une relation personnelle avec elle ».
1936
« Ces derniers jours, j’ai reçu d’Amérique un journal dans lequel un Jésuite – donc l’un des vôtres, sœur Adelgundis – m’a présenté comme un philosophe chrétien. Je suis consterné par cette initiative précipitée et excessivement zélée, dont je ne savais rien. Comment peut-on faire une chose pareille sans me poser la question ?! Je ne suis pas un philosophe chrétien. S’il vous plaît, veillez à ce qu’après ma mort on ne me fasse pas passer pour tel. Je vous ai déjà souvent dit que ma philosophie, la phénoménologie, est censée n’être rien d’autre qu’un chemin, une méthode, destinée à montrer justement à ceux qui se sont éloignés du christianisme et des églises chrétiennes le chemin qui reconduit à Dieu ».