Nina Iavorskaya, « Histoire du Musée national du nouvel art occidental (Moscou) 1918-1948) », Moscou, 2012,  479 pages

Nina Iavorskaya, Istoriya Gossoudarstviennovo mouziéïa novovo zapadnovo iskousstva (Moskva) 1918-1948 [Histoire du Musée national du nouvel art occidental (Moscou) 1918-1948], Moscou, 2012,  479 pages

 

L’auteure est l’historienne de l’art Nina Viktorovna Iavorskaya (1902-1992) qui a vécu au plus près (elle était la compagne de Boris Ternovets) l’histoire tourmentée des collections de Sergueï Chtchoukine et d’Ivan Morozov après leur répartition en 1948 entre le Musée Pouchkine et l’Ermitage.

S’appuyant sur les archives, elle décrit les divers aspects du travail muséal accompli pour ces collections, la façon dont elles ont été complétées, exposées et traitées scientifiquement par les divers conservateurs, elle-même ayant été conservateure pendant vingt-cinq ans du Musée national du nouvel art occidental jusqu’à sa liquidation en 1948.

Elle a publié de très nombreux articles, en particulier sur Picasso, a soutenu en 1928 une thèse de doctorat consacrée à Paul Cézanne, thèse publiée en 1935.

En 1925, elle est à Paris avec Boris Ternovets, directeur du Musée national du nouvel art occidental, à l’occasion de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes.

Dans son travail de commissaire d’expositions entre 1924 et 1931, elle était guidée par le souci de présenter dans une exposition tout un complexe artistique, à savoir les tableaux, les arts appliqués, les arts graphiques, les photographies et les maquettes architecturales. Ces nombreuses expositions provisoires n’étaient pas forcément liées avec les Collections Chtchoukine et Morozov.

Dans les années 1930, outre son livre sur Cézanne, elle publie des livres sur Daumier, Jeanron, Géricault.

Elle prit une part active aux volumes-chrestomathies consacrés aux Maîtres de l’art sur l’art. Avec Boris Ternovets, Nina Iavorskaya y publie des articles sur Monet, Rodin, Cézanne, Picasso, Ozenfant, Hans von Marées.

Après le limogeage de Boris Ternovets en 1938, qui précipita sa mort en 1941, Nina Iavorskaya occupa la fonction de directeur et suivit toutes les péripéties du Musée national du nouvel art occidental à l’époque de la terreur stalinienne et pendant la Seconde guerre mondiale. Elle dut subir la fermeture du Musée et sa dispersion entre Moscou et Léningrad.

Elle s’intéressa à l’art yougoslave, puis, après la fermeture du Musée, aux arts plastiques de l’Ukraine. Elle participa à l’Institut de l’histoire et de la théorie des arts, installé dans le bâtiment du Musée, mais dut en partir pour « formalisme ». Elle put faire éditer en 1963 les écrits de Boris Ternovets et travailla activement au volume officiel de 1977 qui fut le premier volume de toute une série très importante de publications des écrits des artistes russes de la première moitié du XXe siècle.

Le livre de Nina Iavorskaya Histoire du Musée national du nouvel art occidental (Moscou) 1918-1948, complète les écrits de Boris Ternovets, les détaillant en s’appuyant sur une vaste documentation, surtout tirée des archives. Sont ainsi décrites et analysées la Collection Chtchoukine et la Collection Morozov, les acquisitions d’oeuvres nouvelles, les expositions d’art européen. Le tout accompagné de nombreuses photographies des différents accrochages des salles du Musée et des expositions provisoires au cours des années.

Le premier chapitre,  » Le musée dans la première décennie de son existence (1918-1928) » (p. 23-161), décrit les premiers projets des fondateurs du Musée national du nouvel art occidental (outre Boris Ternovets, le critique d’art et collectionneur polono-russe Pawel Ettinger, le célèbre peintre et historien de l’art Igor Grabar et l’essayiste Iakov Tugendhold), leurs buts et leurs tâches. Sont indiquées les tendances de base de l’activité muséale : la structure du texte de Nina Iavorskaya est ainsi formée de subdivisions dans lesquelles il est question et du catalogue et des acquisitions d’oeuvres pour compléter le fonds originel des Collections Chtchoukine et Morozov et du travail minutieux de recherche sur les oeuvres et les courants artistiques.

Le deuxième chapitre, « La jonction des Sections I et II du Musée (1929-1937) » (p. 163-300), suit entièrement le même principe que le précédent. La Collection Chtchoukine devient « La Section I », la Collection Morozov – « La Section II » du Musée national du nouvel art occidental. En même temps, dans le récit des circonstances qui ont accompagné la vie artistique du Musée, un fort accent est mis sur les éléments tragiques. Apparaît le thème de la pression du système administratif-bureaucratique sur la collectivité muséale; il y est question aussi des tentatives de fermer le musée.

Le troisième chapitre, « Le Musée avant la Seconde guerre mondiale (1938-1940) » (p. 333-393), montre l’atmosphère tragique, encore plus intense, concernant beaucoup de sphères de la vie sociale, y compris le quotidien alarmant des musées. Boris Ternovets est limogé, de nouveaux directeurs se succèdent, la direction s’efforce d’utiliser les salles du Musée pour des expositions d’une tendance autre que celle des Collections (le réalisme socialiste).

Le quatrième chapitre, « Le Musée pendant la Grande guerre patriotique (1941-1945) » (p. 395-414), décrit les énormes difficultés qu’a subies le Musée pendant la guerre, l’évacuation des oeuvres les plus précieuses des Collections. Nina Iavorskaya a pu rester à Moscou, mais beaucoup de conservateurs ont été envoyés en province.

La cinquième partie « Le Musée après la guerre et sa liquidation (1945-1948) » (p. 415-433), traite de la situation du Musée au moment où les tableaux des Collections, qui avaient été évacués, furent réinstallés sans que l’accès au musée soit autorisé. Un nouveau catalogue fut établi, mais le Musée resta fermé, la collection fut dispersée et l’hôtel particulier d’Ivan Morozov devint le siège de l’Académie des arts de l’URSS.