Historien de l’art et musicologue, Jean-Louis Andral est également directeur du musée Picasso d’Antibes, où se trouve le dernier tableau monumental de Nicolas de Staël : « Le Concert ». Ce Musique Emoi invite à une écoute des oeuvres de Nicolas de Staël, de Webern à Rameau en passant par Schönberg.
Jean-Louis Andral, conservateur général du patrimoine, est directeur du musée Picasso d’Antibes. Après des études de musicologie, il est diplômé de l’Université d’archéologie et d’histoire de l’art de Strasbourg. Il a commencé à travailler comme critique d’art et commissaire d’exposition indépendant. En 1990, il est nommé conservateur au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, où il organise plusieurs expositions importantes, dont la rétrospective Soulages en 1996, l’exposition Rothko organisée avec la National Gallery of Art, Washington DC, en 1999, et l’exposition consacrée à l’École de Paris en 2000.
Il a été Producteur associé pour France-Culture de l’émission « Œuvres croisées » de 1999 à 2001.
En 2001, il est nommé conservateur en chef et directeur du musée Picasso d’Antibes.
Il a dirigé une grande campagne de travaux de rénovation du Château Grimaldi, bâtiment abritant le premier musée consacré à Picasso en France. Il y a été commissaire de nombreuses expositions dédiés, entre autres, à Picasso, à Nicolas de Staël, ou à Germaine Richier, artistes emblématiques de la collection du musée Picasso.
Jean-Louis Andral est l’auteur de différents essais et articles sur l’art
Actualité
- L’Ensemble Intercontemporain donne ce 17 mars un concert au musée Picasso d’Antibes pour commémorer le 70ème anniversaire de la disparition de Nicolas de Staël, qui s’est suicidé le 16 mars 1955.
Conférence
À vrai dire, Nicolas de Staël était une exception en ce qui concerne son intérêt pour les découvertes de la musique de son temps. Rarissime était en effet l’osmose entre ces deux modes d’expression et ceux qui en étaient responsables. Très souvent, les peintres, ou bien étaient sourds, ou bien se contentaient d’une sorte de fond sonore, de quelque nature qu’il soit–distingué/ classique, ou pop/rock. Quant à lui, il puisait, au contraire, dans la musique la plus récente de ces années cinquante des ressources d’invention, grâce à une sorte de transposition qu’il effectuait à titre tout à fait individuel – par instinct, bien sûr, mais aussi par une réflexion plus appliquée et approfondie. Il appréciait certes Stravinsky, mais l’intriguait bien davantage la musique de l’École de Vienne, que, comme nous tous, il découvrait dans des exécutions qui étaient, pour beaucoup d’entre elles, les premières auditions. Si Berg et Schönberg lui paraissaient importants, c’est surtout Webern qui l’intriguait et le provoquait : il n’était pas le seul, d’ailleurs, et en cela il participait au mode de penser et de percevoir d’une certaine génération. Ce n’est pas une simple coïncidence si quelques-uns de ses derniers tableaux les plus marquants sont consacrés à la musique et aux instruments qu’elle implique, sorte de visualisation du concert par une transposition du sonore : non pas une transcription littérale, abstraite, comme on peut en trouver chez Klee, par exemple, mais une « révélation » des instruments par une structure fortement épurée. Ces tableaux « musicaux » se situent d’ailleurs à un moment charnière de son évolution, auquel ils participent de façon extrêmement forte et révélatrice. Ayant senti le piège du décoratif dans le pur abstrait, il essayait de plus en plus de s’ancrer dans la réalité, sans sacrifier pour cela l’ordonnance, la structure. C’est cette antinomie à résoudre qu’il saisissait dans Webern, le rapport entre le motif, aux deux sens du terme, et l’organisation structurelle. Il y voyait une justification indispensable à la géométrie, en même temps que l’assouplissement de cette géométrie aux besoins de la représentation, de l’expression.

Programmation musicale
Anton Webern : Quatuor à cordes n° 2 op 28, « Gemächlich »
Quatuor de Prague
Prague PRD 250161
Anton Webern : Variations op 30
Orchestre philharmonique de Berlin
Pierre Boulez, direction
DGG 447765-2
Pierre Boulez à propos de Nicolas de Staël
France Culture, « Tout arrive » émission du 11 mars 2003, Marc Voinchet
Archive INA
Pierre Boulez : Structures Livre I, » Structure Ic « , Assez rapide – pour 2 pianos
Alfons Kontarsky, piano
Aloys Kontarsky, piano
Ades 14164-2
Arnold Schönberg : Serenade op 24, » Sonett von Petrarca « , O könnt’ ich je der Rach’ an ihr genesen – pour baryton et clarinette clarinette basse mandoline violon alto violoncelle et guitare
John Shirley-Quirk (baryton-basse)
Ensemble Intercontemporain
Pierre Boulez, direction
Sony classical 88843013332-54
Jean-Philippe Rameau : Suite pour piano en ré majeur / ré min, 8. « Les Cyclopes »
Vikingur Olafsson, piano
DGG 4838283
Modeste Moussorgski : Boris Godounov, » Oh I suffocate Give me kight » (Acte IV) Air de Boris
Boris Christoff, Baryton
Orchestre et Choeur de l’Opera royal de Covent Garden
Rafael Kubelik, direction
Myto records 3 CD 00312
Igor Stravinsky : Oedipus Rex, Acte II
George Shirley, ténor
Shirley Verrett, mezzo-soprano
Donald Gramm, basse
Chester Watson, basse
Orchestre et Choeur de l’Opéra de Washington
Igor Stravinsky, direction
Sony sm2k 46300
Olivier Messiaen : Oiseaux exotiques – pour piano petit orchestre à vent xylophone glockenspiel et percussion
Yvonne Loriod, piano
Orchestre du Domaine musical
Rudolf Albert, direction
VEGA C 30A 65
JS Bach : L’art de la fugue BWV 1080, « Contrapunctus n°1 » – version pour quatuor à cordes
Emerson Quartet
DGG 02894796163
Gustav Mahler : Das Lied von der Erde, 6. « L’Adieu »
Piotr Beczala, ténor
Christian Gerhaher, baryton
Gerold Huber, piano
Sony classical 19658795702
Pour aller plus loin