De l’inconnaissable

« Les Pères de l’Église […], lorsqu’ils disaient, en se rattachant à la sagesse grecque, que tout savoir commence par une foi naturelle, que même dans les choses les plus élémentaires de la vie, une „foi” chante en la nature, en son ordre régulier et en sa providence, dans le fondement de toute attitude humaine; et d’autre part lorsqu’ils soulignaient, contre le rationalisme arien (on trouve cela surtout chez les Cappadociens) que Dieu n’est pas seul inconnaissable dans son essence : tout être, même la plus humble des créatures, ne peut être saisi qu’au travers de ses extériorisations. C’est faire violence et fermer les yeux à la réalité profonde, que de construire, en excluant l’inconnaissable, un concept (nécessairement fini et nécessairement rationaliste) du savoir et de la science, tel qu’on la trouve chez Kant et ses disciples; car, partir d’une représentation construite par le sujet connaissant, c’est vider le phénomène de l’objet se montrant objectivement, se révélant à partir de sa propre profondeur; c’est le vider de toute réalité, et tout échoue dans un plat fonctionnalisme. »

(Hans Urs von Balthasar, La gloire et la croix. Apparition, Paris, Aubier, 1965 (trad. Robert Givors), p. 377-378