Les grosses Berthas du « Monde » (suite)
Cà y est : les ordres ont été donnés. Par qui? Cela est aussi mystérieux que les ordres prétendument (mais quelquefois réellement!) donnés par le FSB…En tout cas, chaque fois que s’approche un travail en commun de la communauté internationale ou européenne avec Poutine, le bataillon des activistes se répand dans tous les media, « Le Monde », en première ligne. Puisqu’il est réputé être un « journal de référence », on s’attendrait, non pas qu’il soit un thuriféraire de la Russie d’aujourd’hui, mais au moins qu’il la traite de la même manière, disons que les Etats-Unis, en informant tout d’abord, en commentant ensuite et en critiquant s’il le faut, en donnant la parole à des personnalités diverses, pro et contra… Il faut dire que pour les Etats-Unis, c’est plutôt massivement pro, avec de timides informations sur Occupy Wall Street, le traitement des grévistes de la faim de Guantanamo, le traitement du soldat Manning ou l’activité militante de Julian Assange (qui mène une vie « mondaine », séquestré à l’ambassade londonienne d’Equateur – selon le journal de référence), ou maintenant Snowden. Pour la Russie, ce n’est que contra – tous les événements, négatifs ou positifs, sont traités à charge, donnant au lecteur un aperçu sur la Russie d’aujourd’hui comme un Etat « politico-militaire » (ce sont les termes régulièrement utilisés). Drôle d’Etat politico-militaire où la presse et internet sont libres : il suffit de lire des journaux virulents comme « Niézavissimaya gaziéta » ou « Viédomosti », des journaux critiques à la manière de notre « Libération », comme « Kommersant », des journaux mi-critiques mi-consensuels comme « Argoumienty i fakty » ou le tabloïd « Moskovski komsomoliets », des sites internet comme « gazeta.ru », « novaya gazeta », sans parler de tous les blogs d’opposants, en particulier, celui de Navalny dont les éructations et les insultes ad hominem remplacent tout programme politique – il est vrai qu’à présent que Navalny veut se présenter à la mairie de Moscou, il a fait disparaître son lexique outrageux, et comme il n’a pas de programme, vont lui venir en aide Gouriev et Prokhorov.
Mandras a quitté, semble-t-il, ses postures hystérisantes anti-russes de jadis, mais elle n’en pense pas moins… Est-elle toujours au CNRS, comme cela était annoncé naguère, ce qui m’avait fait dire : »pauvre CNRS! »? En tout cas, un scientifique se méfie du pathos et est plutôt du côté du logos, c’est à dire d’une approche froide et rationnelle des faits. Or que fait Mandras? Elle nous reparle de « fraudes », sans qu’on ne nous ait donné jamais une définition de ce mot dans la réalité des élections russes. S’il y a eu des fraudes avérées quelque part, c’est-à-dire faites volontairement pour truquer les élections, on déclare que la fraude est la règle générale de toute l’élection. S’il y a eu des cas avérés de bourrage d’urne quelque part, l’activiste décide que le bourrage d’urne a lieu partout. Si dans telle république (du Caucase), le parti du président ou le président obtiennent 99 et quelques pour cent des voix, comme à l’époque soviétique, les journalistes activistes clament que cela est significatif pour tout la Russie, omettant volontairement que, par exemple, dans la région de Vologda, ce parti et ce président n’ont obtenu que 35 pour cent des voix. Si un Gouriev vient s’installer en France par peur de représailles, les journalistes activistes clament qu’il y a dans tout le continent russe une persécution générale de l’élite, sans doute opérée par « l’élite politico-militaire » dont se gargarise Jégo. S’il y a une agression contre le chef du ballet du Bolchoï, les activistes s’empressent de claironner que c’est ainsi dans toute la Fédération Russe…
Et tout à l’avenant!