С ПРАЗДНИКОМ ВОЗНЕСЕНИЯ ГОСПОДНЯ!

С ПРАЗДНИКОМ ВОЗНЕСЕНИЯ ГОСПОДНЯ!

MALÉVITCH,LE TRIOMPHE DU CIEL, 1907

 MOINE GRÉGOIRE G. I. Krug

CARNETS D’UN PEINTRE D’ICÔNES

TRADUIT DU RUSSE
PAR JEAN-CLAUDE ET VALENTINE MARCADÉ

PRÉFACE PAR VALENTINE MARCADÉ
ET CATHERINE ASLANOFF

GRANDS SPIRITUELS ORTHODOXES DU XXe SIÈCLE (L’ÂGE D’HOMME)

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  L’ASCENSION DU SEIGNEUR

La fête de l’Ascension du Christ tombe le quarantième jour après Pâques. Entre la Résurrection et l’Ascension se passent quarante jours. Quarante jours après la Résurrection, le Sauveur est demeuré sur la terre. Pourquoi la durée du séjour du Sauveur sur la terre est- elle fixée à quarante jours ? Quel est le sens de cette durée ? Quarante jours c’était la durée du jeûne vétéro-testamentaire avant la Pâque. Pendant quarante jours l’eau s’est déversée des nuées à l’époque de Noé. Quarante jours c’est la durée du jeûne de Noël et du Carême. Le quarantième jour l’âme du défunt voit la Face de Dieu, ce qui est la base des prières de la quarantaine (Soro-kooust). Tous ces temps déterminés par le nombre quarante parlent du jeûne, de la pénitence, de la purification. Quel rapport cela peut-il avoir avec le Christ à qui la purification ni la pénitence n’étaient nécessaires ? A ce qu’il semble, de même que le jeûne se trouve au seuil de la fête qui vient, de même ces quarante jours de séjour sur terre furent pour le Sauveur la phase préliminaire du retour vers le Père.

C’est la fête de l’amour béni, c’est l’accomplissement de l’amour divin. Et le passage de quarante jours du Christ sur la terre fut l’acte de l’amour suprême du Christ pour les hommes, de Sa sollicitude à l’égard des hommes et des disciples auxquels Il s’est montré « après sa souffrance avec beaucoup » leur apparaissant durant quarante jours et leur parlant du royaume de Dieu.

Le séjour pascal du Sauveur sur la terre était la préparation des apôtres et de tout le genre humain à l’accueil du Royaume de Dieu. On peut appeler cela aussi l’abaissement du Sauveur «pour nous autres humains et pour notre salut». Et ce délai de quarante jours – délai d’abstinence, de jeûne, de préliminaires à la fête est devenu le temps de Pâques qui est commémoré entre la Résurrection

et l’Ascension. Dans l’Ascension du Christ il y a, pourrait-on dire, un certain détriment, une certaine perte. Le Sauveur abandonne Sa Mère et Ses disciples. Dans l’Ascension même du Sauveur il y avait la promesse que serait envoyé aux disciples et à toute l’Eglise l’Esprit Saint-Consolateur. Et il y avait encore une autre promesse annoncée par les anges aux disciples : « Ce Jésus qui vous a quittés pour s’élever dans le ciel viendra de la même façon que vous l’avez vu montant au ciel.» Dans l’Ascension du Sauveur qui met fin à Pâques est celée déjà la promesse annoncée par les anges de la Pâque intemporelle qui ne passera jamais, qui ne s’obscurcira jamais et est précisément le second Avènement du Christ.

Et sur toutes les icônes de l’Ascension, le Christ qui s’élève est représenté dans la gloire et le triomphe qui seront les Siens lorsqu’il viendra juger l’Univers. Le nom de Pantocrator, de Tout-Puissant est propre au Sauveur de l’Ascënsion. Il est représenté assis sur le trône de la gloire dans des vêtements clairs illuminés par des rayons d’or (l’assiste), comme image des forces divines, comme énergie. Les deux mains sont levées pour bénir et non seulement les mains, mais aussi les plantes des pieds (cela ne peut être exprimé graphiquement, mais est mentionné dans les stichères de la fête). L’image du Sauveur est incluse dans une mandorle, c’est-à-dire des cercles représentant la sphère céleste, eux aussi remplis habituellement de rayons d’or qui s’irradient comme les rayons du soleil. Et toute la représentation du Christ est comme un soleil, le soleil de la vérité flamboyant au-dessus de la terre. La sphère céleste sur laquelle est représenté le Seigneur est tenue par les mains des anges qui sont représentés comme s’ils portaient le cercle céleste avec le Sauveur assis sur son trône.

Telle est la représentation du Sauveur sur l’icône de l’Ascension, mais peut-être que cette gloire, cette toute-puissance sont exprimées avec une force encore plus grande dans les peintures murales des églises, dans celles qui sont concentrées habituellement dans la coupole même de l’église et qui débordent souvent sur les murs du « cou » ou « tambour », qui se trouve sous la coupole. Le Sauveur est

représenté au centre même de la coupole comme inscrit dans la voûte céleste même qui est formée par l’architecture même de l’église: la surface arrondie sphérique de la coupole représente la voûte céleste par son aspect aussi bien que par la signification symbolique que lui confère l’Eglise. L’image du Christ inscrite dans la coupole exprime, peut-être encore plus que dans l’icône, la gloire et la grandeur toute- puissante. C’est le Pantocrator – le Seigneur Tout-Puissant. Et ici, le Sauveur représenté dans la coupole est comme semblable au soleil et cette image élevée au-dessus des fidèles représente l’Ascension. Mais il y a en elle certains traits qui indiquent Son Avènement futur en gloire, ce qui est lié intimement aux paroles des anges : « Ce même Jésus viendra comme cela, de la même manière dont vous l’avez vu partir vers le ciel » (Ac. 1, v. 11).

En bordure de la coupole sont représentées les forces célestes qui la soutiennent – sphère céleste avec le Sauveur au centre. Plus bas, à l’endroit où habituellement sont placées les fenêtres, dans les trumeaux, sont représentés la Mère de Dieu, à la droite et à la gauche de laquelle se tiennent deux anges qui adressent la parole aux apôtres, et les apôtres au visage tourné vers le ciel, comme il est mentionné dans les Actes.

Ce qui est invariable dans les icônes et les peintures murales de l’Ascension qui se rapportent aux époques les plus diverses, c’est indiscutablement la présence de la Mère de Dieu et Sa participation à la fête, ceci apparemment sans exception. Et pourtant ni dans les Actes (dans le premier chapitre parlant de l’Ascension) ni dans aucun autre passage scripturaire il n’est indiqué directement que la Mère de Dieu ait été présente au Mont des Oliviers au moment de l’Ascension.

Saint Jean Chrysostome parle en ces termes de l’Ascension du Seigneur : « Nous élevons nos regards vers le haut du ciel, vers le trône même de l’Eglise, là siège le Commencement des Commencements. C’est ainsi que viendra du ciel le Fils de Dieu pour nous juger et Il ne tardera pas. Notre Maître à tous viendra conduisant ses armées, les légions angéliques, la synaxe des archanges, la cohorte des martyrs,

les chœurs des justes, les synaxes des prophètes et des apôtres, Il viendra Lui-Même planant au milieu d’eux, immatériellement, tel un Roi dans sa gloire inexprimable et indicible.»