Le philosophe russe Fiodor Stepun sur le salon philosophique de Margarita Kirillovna Morozova

 

Fiodor STEPUN[1]

Extrait des mémoires

Ce qui est arrivé et ce qui ne l’a pas été[2]

[…] Décrire authentiquement la Moscou « à la veille » <de la Première guerre mondiale>, cela veut dire écrire l’histoire de la culture russe. Sachant que toute mémoire est subjective, je persiste à croire en la relative objectivité de mes mémoires.

Chez Boris Zaïtsev[3], la Moscou d’avant la Première guerre mondiale – c’est une iconostase derrière la bleuité de l’encens; chez Andreï Biély – c’est une ménagerie « offerte » dans la méthode du sociologisme marxiste. Nous n’avons pas, nous les émigrés, à craindre les réévaluations de Biély, injustes sous  tous les rapports, plus dangereux est le pouvoir dans sa suavité lyrique.

J’ai fait de plus près connaissance avec la Moscou philosophique et littéraire lors des séances de Philosophie religieuse <À la mémoire de Vladimir Soloviov> dans la maison de Margarita Kirillovna Morozova. Y présidait habituellement Grigori Alekséïévitch Ratchinski[4], avec sa coupe de cheveu lycéenne « à la castor », un barine bavard de talent, « connaisseur » à la vaste érudition, mais de façon dilettante, des questions théologiques et philosophiques. La crainte de ses amis que « Ratchinski allât parler interminablement » a fait la gloire de Grigori Alekséïévitch comme président inchangeable : selon l’usage établi, le président ne devait faire que le discours final. Grigori Alekséïévitch prononçait toujours son résumé, réconciliateur par principe, avec le même enthousiasme, mais pas toujours avec le même talent. Il était très souvent vraiment brillant, mais parfois aussi fort imprécis. Cela dépendait de l’état de son système nerveux qu’il partait de temps à autre fortifier à la campagne.  Des deux côtés de Ratchinski, à la longue table couverte d’un drap vert, étaient assis les membres du présidium. Combien est restés dans la mémoire leur apparence!

Voici le prince plébéïo-seigneurial, massif, corpulent Evguéni Nikolaïévitch Troubetskoï[5], confortable, lent, avec des yeux d’enfant et l’air torturé d’une pensée honnête sur un visage carré pas très expressif. À côté du prince, imperceptible au premier regard, Sergueï Nikolaïévitch Boulgakov, ressemblant, tant qu’une pensée n’illuminât ses yeux et qu’un pli d’affliction ne sillonnât son front, à un médecin de province ou à un instituteur de village; malgré cet aspect extérieur modeste, les interventions de Boulgakov se distinguaient par l’originalité et la profondeur de l’intelligence. Je pense que la contribution de ce penseur, qui est devenu par la suite prêtre, apparaîtra finalement, dans le trésor de la culture russe, comme plus important que beaucoup de ce qui a été écrit par ses contemporains. Mais on ne saurait parler en passant de Boulgakov-théologien, du Père Boulgakov. Ce thème sort des limites de mon récit. L’importance de Boulgakov de l’époque  d’avant la Première guerre mondiale consistait essentiellement dans son évolution du marxisme à l’idéalisme et dans sa tentative de revisiter de façon chrétienne les fondements de l’économie politique. Sa Philosophie de l’économie et sa traduction du célèbre travail d’économie politique de Seipel, parurent en 1910[6]. Dans son recueil paru en 1914 Pensées sereines [Tikhiyé doumy][7] deux articles liés l’un à l’autre sont très intéressants: l’un sur Les démons de Dostoïevski et l’autre sur Picasso. Le lien entre les deux articles, c’est l’idée que Picasso représente la chair de la nature telle que la voyait vraisemblablement Stavroguine.

Une figure particulièrement visible à la table verte, c’était le compagnon philosophique de Boulgakov – Berdiaev. Les deux avaient commencé avec le marxisme, les deux avaient évolué vers l’idéalisme et les voilà tous les deux défendre l’idée slavophile de la culture chrétienne, voilà qu’ils construisent, chacun à sa manière, sur la base de Khomiakov, de Dostoïevski et de Soloviov, une philosophie chrétienne russe. Par son aspect extérieur, son tempérament et son style, Berdiaev est l’opposé total de Boulgakov. Il n’est pas seulement beau mais il est  exceptionnellement décoratif. Dans les minutes où sa noble tête cesse de s’assombrir (Berdiaev souffre d’un tic nerveux) et où son visage apaisé s’éloigne dans le silence et le lointain de sa contemplation spirituelle, il rappelle involontairement les portraits coloristes passionnés et en même temps spirituellement raffinés du Titien. Dans les yeux brûlants de Nikolaï Alexandrovitch avec leur étincelle ironique d’or, dans sa chevelure sombre ondulante qui tombe presque jusqu’à ses épaules, dans toute la nature de son élégance, il y a quelque chose de roman. Par son aspect extérieur, il est plutôt un aristocrate européen qu’un barine russe. Il est plus facile de se représenter ses ancêtres plutôt  comme des chevaliers, sortant fièrement par les portes d’un château médiéval, que des boyards traversant, courbés, le seuil de bas appartements. Berdiaev a de magnifiques mains, il aime les gants, peut-être en souvenir de la signification insultante qu’avait un gant jeté aux époques féodales.

Le tempérament de Berdiaev est combatif. Tous ses articles et ses livres sont des attaques. Il converse également avec Dieu  comme s’il L’attaquait dans Sa forteresse céleste.

Pareillement à Tchaadaïev, qui a écrit qu’il se considérerait comme un fou si se trouvait dans sa tête plus qu’une seule pensée. Berdiaev est un parfait « monoïdéiste » (odnodoum). L’unique pensée qui le torturait déjà dans la Moscou d’avant la Première guerre mondiale et qui le torturera sur son lit de mort[8], c’est l’idée de la liberté. Changeant plusieurs fois ses points de vue théoriques et ses évaluations, Berdiaev n’a trahi ni son thème, ni son élan passionné : comme marxiste, il défendait la libération économique et sociale des masses, comme idéaliste – la liberté de la création spirituelle par rapport aux bases économiques et aux tendances idéologiques, comme chrétien il défend, chaque année de façon plus passionnée, la collaboration libre de l’homme avec Dieu et avec une impétuosité parfois inadmissible, il lutte contre les atteintes autoritaires du clergé  à la liberté de l’esprit prophétique-philosophique du christianisme. À la fin du Moyen Âge, Nikolaï Alexandrovitch Berdiaev, malgré son christianisme, aurait pu finir sa vie sur un bûcher.

Dans le présidium de la Société de philosophie religieuse, il y avait Vladimir Frantsévitch Ern[9]  qui mourut jeune. Ennemi irréconciliable de l’idéalisme allemand et en particulier du néo-kantisme, Ern, aussitôt que parut le premier numéro de Logos,  est tombé sur nous avec son livre intitulé Le combat pour le Logos. Dans ce livre, comme dans ses interventions polémiques- critiques orales ou écrites contre nous, les tenants du Logos, Ern affirmait l’idée que nous, les apologistes d’une philosophie scientifique, détachés de la tradition chrétienne antique, nous n’avions pas le droit  de troubler un terme sanctifié par l’Évangile, terme qui n’a pas perdu son sens pour l’homme orthodoxe.

Je pense que, dans sa polémique, Ern avait raison sur de nombreux rapports, bien qu’il fût quelque peu léger. Dans son esprit vivant, ardent, sincère, il y avait je ne sais quelle fâcheuse approximation.

Dans un fauteuil, près de la table verte et parfois au premier rang du public, était habituellement assise la maîtresse de maison et l’éditrice de « La voie », la princesse Iélaguina[10] du XXe siècle, Margarita Kirillovna Morozova. Je ne puis pas dire que je connaissais de très près Margarita Kirillovna et cependant sa mémoire devient plus forte avec le temps. Peut-être parce que, me souvenant de ma dernière visite, avant mon expulsion de Russie, de cette femme remarquable qui n’a pas voulu émigrer, je sens involontairement que dans la Moscou soviétique est encore vivante ma Moscou à moi.

Il y a quelques années, ne me doutant pas que la fille cadette de Margarita Kirillovna vivait avec son mari à Berlin, je la remarquai parmi les auditeurs d’un exposé sur les théâtres de Moscou. Le jour suivant, je lui rendis visite. Au mur d’une vaste pièce il y avait une oeuvre de Tropinine. Sur le piano-forte de concert une ébauche de Léonide Pasternak représentant Nikisch[11] dirigeant, derrière le chef d’orchestre les colonnes et l’entresol de l’Assemblée de la noblesse, l’actuelle maison des soviets. À côté la photographie de Skriabine  […] et encore quelques objets personnels moscovites, instants du passé, orphelins à Berlin.

Nous buvons le thé, parlons de tout à la fois : Maria Mikhaïlovna, qui rappelle sa mère par son visage et ses manières, parle davantage avec des soupirs, des interjections, des phrases interrogatives hachées, des hochements joyeux de tête : »eh oui, bien entendu…nous savons vous et moi… ». Nous remémorons notre Moscou. Il n’y a pas, grâce à Dieu, chez Maria Mikhaïlovna la moindre trace  d’une « émigranterie » teigneuse. Elle sent que dans la Moscou soviétique subsiste malgré tout, même si elle est pécheresse, la Russie éternelle.

Les discussions avaient cours à Moscou sur le sérieux des quêtes spirituelles de Margarita Kirillovna, sur son intelligence et sur la question de savoir si à sa table verte elle comprenait la complexité des  débats. J’admets qu’elle ne comprenait pas tout (sans une préparation philosophique spécifique, même l’homme le plus intelligent ne pouvait comprendre l’exposé de Yakovenko[12] « Sur le transcendantisme immanent, l’immanentisme transcendant et le dualisme en général »), mais je suis persuadé qu’elle comprenait tout le monde.

Éditrice de « La voie » slavophile-orthodoxe, elle avait à notre égard, nous les gens du Logos, une attentive sympathie.  Je me souviens que j’ai réussi à provoquer sa sympathie pour nos intentions en lui indiquant que nous ne nions ni Dieu, ni le Christ, ni l’Orthodoxie, ni la tradition russe en philosophie, mais que nous exigeons que les philosophes cessent de philosopher « par les entrailles », qu’ils comprennent que le « style russe« * des entrailles, aboli par Stanislavski sur la scène, doit disparaître aussi en philosophie, car il n’est pas possible de philosopher sans connaître la technique contemporaine de penser.

Ayant relié, comme je le crois, mes pensées aux opinions analogues entendues plus d’une fois de Biély qu’elle estimait beaucoup  et d’autres novateurs symbolistes, elle se réconcilia pleinement avec nous aussi. Entre les « gens de La voie » et les « gens de Logos » s’établirent rapidement d’excellents rapports. Je ne  le sais pas avec exactitude, mais je pense, que Margarita Kirillovna, qui réunissait en elle beaucoup de choses, a réconcilié plus d’une fois les uns avec les autres même ses ennemis personnels et idéologiques.

Un grand rôle a été joué par un orateur inspiré, aujourd’hui oublié de tous, Valentin Sventitski[13], pendant tout un temps où  les séances de la Société Soloviov[14] n’étaient pas ouvertes chez Margarita Kirillovna, mais dans de grands auditoriums de la ville.

Les discours de Sventitski avaient un caractère non seulement d’un prêche, mais aussi d’une dénonciation prophétique. Il y avait en eux le caractère dune confession avec  battement  de sa coulpe et une pression volontaire, presqu’hypnotique  sur ses auditeurs. Les femmes, d’ailleurs pas seulement les fétichistes de l’estrade qui n’étaient pas peu nombreuses à Moscou, mais même des jeunes filles tout à fait sérieuses, perdaient l’esprit devant Sventitski. Elle causèrent aussi sa perte. Je sais de la bouche de Ratchinski que des bruits parvinrent au présidium de la Société Soloviov, selon lesquels auraient lieu dans la maison de Sventitski on ne sait quelles confessions avec possiblement les rites de la secte des flagellants. On nomma une commission d’enquête et il fut décidé d’exclure Sventitski de la société.

Était-il vraiment le prédécesseur de Raspoutine ou non, pratiquait-il une fornication spirituelle ou bien une légende noire s’est-elle forgée autour de lui, je ne saurais le dire avec exactitude. Après l’exclusion de Sventitski de la Société de philosophie religieuse, je le perdis de vue. La lecture par la suite de sa grande nouvelle L’Antéchrist produisit sur moi l’impression d’une oeuvre non seulement intéressante, mais très sincère. Son drame, écrit plus tard, Le pasteur Relling, m’a paru beaucoup plus faible et artificielle, mais tout de même marquée par un talent original[15].

Boris Pétrovitch Vychéslavtsev[16], Privat-Dozent de l’Université de Moscou, qui a vécu à Paris et a travaillé au secrétariat de la Ligue Oecuménique de Genève, fut, parmi les philosophes moscovites, l’un des orateurs le plus brillants lors des débats.

Juriste et  philosophe de formation, artiste-épicurien par sa sensibilité raffinée de la vie et un des vastes Européens qui naquirent et grandirent seulement en Russie, Boris Pétrovitch a développé sa pensée philosophique avec la même sensation joyeuse de sa vie qui se suffit à elle-même qu’avec la délectation des détails logiques qui sont propres plutôt à l’esprit latin qu’au russe. Lorsqu’il parlait, il tenait sa pensée, comme quelque fleur dialectique, dans sa main qu’il élevait en hauteur et, rejetant pétales après pétales, thèse après antithèse, il s’exclamait de temps à autre dans l’enthousiasme : « comprenez bien…appréciez bien.”

Le vaste public moscovite n’appréciait pas suffisamment Vychéslavtsev. Ardent et avide de vérité, réceptif à la prédication, ce public était peu sensible à l’art dialectique de Platon qui nourrissait la pensée de Vychéslavtsev. Parmi notre grand public  il y avait des connaisseurs très sérieux  et des appréciateurs des phénomènes les plus variés de la culture, de l’Apocalypse au ballet, mais il n’y avait pas beaucoup de connaisseurs sérieux de la philosophie parmi les philosophes professionnels; cela s’explique vraisemblablement par le niveau relativement bas de la philosophie scientifique russe. Il n’y a pas parmi les philosophes russes ni de Pouchkine, ni de Tolstoï, ni de Tiouttchev, ni de Moussorgski.

Je ne me souviens pas d’une seule séance à Moscou où ne soit pas intervenu Andreï Biély. Toutes les interventions de ce néfaste presque génie, dont il sera question plus loin,  ouvrait devant les auditeurs un paysage biblique antique :  » La Terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme et l’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux » : avec cela toute discussion devenait inévitablement chaotique.

L’hôtel particulier de Morozova dans le péréoulok Miortvy, sévère et simple, reconstruit par le talentueux Jeltovski[17], qui considérait Palladio comme le dernier grand architecte, était dans son aménagement un modèle rare de bon goût. Les tons doux de la garniture du mobilier, le bois de bouleau de Carélie du salon, la salle-à-manger oblongue, où étaient accrochées comme dans un musée de vieilles icônes, quelques tableaux de Vroubel et toute une série de tableaux de maîtres russes et étrangers, un magnifique bronze « Empire », une surabondance de fleurs, – tout cela communiquait aux soirées   qui réunissaient parfois jusqu’à cent personnes, une atmosphère tout à fait particulière de beauté, de spiritualité, de silence et de ce bien-être qui faisait involontairement oublier la menace révolutionnaire de 1905.

Me rappelant et décrivant non sans émotion la Moscou d’avant la guerre, les soirées morozoviennes, les conférences et les débats dans les rédactions et les éditions, je me demande involontairement : est-ce que je n’exagère pas l’importance de notre culture scientifique?

L’Allemagne d’avant 1933 était pleine de toutes sortes de cercles philosophiques, artistiques et politiques. Dans chaque ville plus ou moins importante il y avait des Sociétés Kant, Schopenhauer, Fichte, Goethe, Schiller, Kleist, Mozart, Wagner etc. etc. Pendant mes années d’émigration j’ai lu dans ces sociétés plus de trois-cents exposés.

[1] Fiodor Stepun (1884-1865) est un penseur, sociologue, critique littéraire et un écrivain russo-allemand, né à Moscou, baptisé protestant. Il appartient à l’école philosophique néo-kantienne badoise. Il fut un des fondateurs de  la revue culturelle-philosophique russe Logos (1910-1914). En 1922, il fut expulsé de Russie par le pouvoir soviétique avec tout un groupe de personnalités du monde intellectuel et artistique.

[2] F. Stepun, Byvchéïé i niébyvchéïésia [ce livre a paru tout d’abord en 1947 en langue allemande sous le titre Vergangenes und Unvergängliches]

[3] Boris Zaïtsev (1881-1972), écrivain et dramaturge russe.

[4]  Grigori Ratchinski (1859-1939), philosophe religieux, traducteur de l’allemand et du français.

[5] Le prince Evguéni Troubetskoï (1863-1920) est un philosophe et homme public, un des fondateurs de la Société de philosophie religieuse À la mémoire de Vladimir Soloviov de Moscou, fait connaissance en 1905 de Margarita Morozova, avec laquelle il entretiendra une « liaison illégitime », qui financera les éditions philosophiques « La voie » où publiera la fine fleur de la philosophie religieuse russe.

[6] Le livre de Sergueï Boulgakov, Filossofiya khoziaïstva [La philosophie de l’économie] parut en réalité à Moscou en 1912 (Boulgakov soutint sa thèse de doctorat avec cette publication). La préface et la traduction en russe par Boulgakov du livre du Père catholique autrichien Ignaz Seipel (futur chancelier d’Autriche dans les années 1920), Les points de vue économico-éthiques des Pères de l’Église [Die wissenschaftlichen Lehren der Kirchenväter, 1907], parurent en 1913.

[7] Ce recueil, qui réunissait des articles parus entre 1911 et 1915 (dont le célèbre « Cadavre de la beauté » sur Picasso), fut publié en réalité en 1918.

[8] Berdiaev meurt en 1948 (les mémoires de Stepun ont été tout d’abord publiés en 1947 en allemand sous le titre Vergangenes und Unvergängliches) [NdT]

[9] Vladimir Ern (1882-1917), penseur né dans une famille allemande russifiée, un des fondateurs de la Société de philosophie religieuse de Moscou. Il collabora à la revue de philosophie religieuse Novyï Pout’ (La nouvelle voie, 1902-1904] financée par Margarita Kirillovna Morozova.

[10] Аvdotia Pétrovna Iélaguina (1789-1877), appartenait par sa famille Iouchkov et ses deux maris Vassili Kiréïévski (père du philosophe Ivan et de l’ethnographe Piotr Kiréïevski) et Alexeï Iélaguine à la très bonne noblesse de la région d’Oriol, mais n’était pas titrée, comme l’écrit Stepun. Avdotia Iélaguina a participé à la vie intellectuelle, scientifique, littéraire des années 1820-1840 à Moscou, a tenu un salon fréquenté, parmi beaucoup d’autres, par Pouchkine, Viazemski, Joukovski, Tchaadaïev, Gogol, Herzen… Dans l’encyclopédie russe Brockhaus et Efron on peut lire :’ » Iélaguina n’était pas écrivaine, mais elle a participé dans le mouvement et  l’évolution de la littérature russe et de la pensée russe bien plus que beaucoup d’écrivains professionnels. En elle dominaient par dessus tout les intérêts littéraires, artistiques et d’éthique religieuse; les questions politiques et sociales se reflétaient dans son esprit et dans son coeur par leur caractère humanitaire et littéraro-esthétique. »

[11] Arthur Nikisch (1855-1922), célèbre chef d’orchestre européen d’origine hongroise.

[12] Boris Yakovenko (1884-1949), philosophe russe, un des fondateurs en 1910 avec Fiodor Stepun de la revue de philosophie de la culture Logos, dont il est le directeur entre 1912 et 1914. Il combat la ligne religieuse de la philosophie russe et est partisan d’une ontologie où l’être est connu à l’intérieur d’un processus immanent. L’exposé dont parle Stepun « Ob immanentnom transtsendentizme, transtsendentnom immannentizme i doualizme voobchtché » a paru dans la revue Logos, 1912-1913, livre 1 et 2.

[13] Valentin Sventitski (1879-1931), écrivain, dramaturge, prédicateur; après la révolution de 1905 crée un parti religieux pour la pureté du christianisme; devient prêtre orthodoxe en 1917

[14]  Il s’agit de la « Société de philosophie religieuse À la mémoire de Vladimir Soloviov’ à Moscou.

[15] L’Antéchrist est de 1908; Le pasteur Relling de 1909.

[16]  Boris Vychéslavtsev (1877-1954), philosophe religieux, fit des cours de philosophie du droit à l’Université de Moscou, soutint en 1914 une thèse sur L’éthique de Fichte. Émigra à Berlin en 1922, puis s’installa à Paris.

[17]  Ivan Jeltovski (1867-1959) célèbre architecte, représentant du style rétrospectiviste à Moscou