NATALIA SÉMIONOVA [SEMENOVA] CHRONOLOGIE DES MOROZOV [1825-1914]

NATALIA SÉMIONOVA [SEMENOVA]

CHRONOLOGIE DES MOROZOV [1825-1914]

Extrait de son livre Mikhaïl i Ivan Morozov. Kollektsii [Les Collections de Mikhaïl et Ivan Morozov], Moscou, Slovo, 2018

1825 – Savva Vassiliévitch Morozov Premier (1770-1860), serf ayant payé son affranchissement, fondateur des  fabriques textiles-tinctoriales dans la bourgade Nikolskoïé, à Bogorodosk, Tvier’ et Moscou, devient propriétaire d’une maison à Moscou. Les Morozov s’installent dans la partie Rogojskaïa de la ville, derrière la Yaouza, rue Nikolo-Iamskaïa, dans le domaine des vieux-croyants moscovites.

Années 1840-1850 – quatre fils de Savva Premier entrent dans l’affaire. Iélisséï [Élisée]Savvitch (1798-1868) ouvre sa fabrique personnelle, la future Manufacture Oriékhovo-Zouïevskaïa; Zakhar [Zacharie] Savvitch (1802-1857) fonde la « Compagnie de la manufacture Bogorodosko-Gloukhovskaïa », il est aidé par Abram Savvitch (1806-1856); Timofieï [Timothée] Savvitch (1823-1889) est à la tête de la « Maison commerciale de Savva Morozov et fils ». En 1859 est confirmé le statut de la Manufacture de Tvier’.

1867 – Abram Abramovitch Morozov épouse Varvara Alexéïevna Khloudova (1848-1917), fille du copropriétaire de la firme « A. et   G.  fils   d’Ivan Khloudov », conseiller ès manufactures, Alexeï Ivanovitch Khloudov (1848-1882)

1870, 7 août (ancien style) – Naissance d’un fils, Mikhaïl (mort en 1903), chez le bourgeois notable héréditaire Abram Morozov et sa femme légitime Varvara.

1871, 27 novembre (ancien style) – Naissance chez les Morozov d’un fils, Ivan (mort en 1921).

1872 – à la suite du partage de l’héritage de Savva Premier, les filatures de coton de Tvier’ reviennent aux fils d’Abram Savvitch – Abram et David (ces prénoms vétérotestamentaires furent longtemps conservés dans le clan Morozov). Abram Abramovitch Morozov devient directeur de la « Société de la manufacture de Tvier’ », fondée par les deux frères. Son oncle Timofieï Savvitch se consacre entièrement à la gestion de la « Société de la manufacture  Nikolskaïa ».

1873, 13 février (ancien style) – naissance du troisième fils Arséni (mort en 1908).

Les Morozov appartenaient à la communauté schismatique des vieux-croyants du Cimetière Rogojskoïé, les popovtsy, qui conservaient la prêtrise de l’église canonique. Les fils ont été baptisés dans l’église schismatique de la Trinité et de la Présentation de la Mère de Dieu, près du pont Saltykov.

1882, 25 février – décès, après une pénible maladie, d’Abram Abramovitch Morozov à l’âge de 43 ans. Sa veuve, Varvara Alexéïevna Morozova se charge de la gestion des fabriques tviériennes.

Varvara Alexéïevna Morozova fait connaissance du professeur Vassili Sobolievski (1846-1913) qui devient

 bientôt son compagnon.

1885 – les frères Mikhaïl et Ivan Morozov étudient la peinture dans l’atelier de Nikolaï Martynov, puis prennent des leçons chez l’élève de l’École de peinture, sculpture et architecture de Moscou Konstantine Korovine et le paysagiste ambulant Iégor Khrouslov.

Varvara Morozova achète le domaine des princes Dolgorouki rue Vozdvijenka et commande à l’architecte Roman Klein le projet d’un hôtel particulier dans le style néo-classique.

Varvara Alexéïevna Morozova et Vassili Mikhaïlovitch Sobolievski ont un fils, Gleb (1886- après 1925) et une fille Natalia (1887-1971).

Le testament de son mari, selon lequel Varvara Alexéïevna serait privée de sa fortune lors d’un remariage, l’empêche de contracter un mariage légitime avec Sobolievski; nés en- dehors du mariage religieux, les enfants Gleb et Natalia portent le nom de Morozov et sont considérés comme bâtards.

1887 – sur le Champ Diévitchié [Des vierges] à Moscou est ouverte la Clinique psychiatrique pour malades mentaux A.A. Morozov, pour laquelle sa veuve a fait une dotation de 150 mille roubles. Aujourd’hui la Clinique Psychiatrique  porte le nom de S.S. Korsakov, qui a soigné Abram Morozov et est le  fondateur de l’école moscovite de psychiatrie.

1888 – Fin des études au lycée de Mikhaïl et entrée à la Faculté historico-philologique de l’Université de Moscou. Ivan Morozov étudie dans une école professionnelle.

Varvara Morozova et sa famille déménage du péréoulok Dourny et s’installe de l’autre côté de la Moskova dans le nouvel hôtel particulier du 14 rue Vozdvijenka

1890, été –  les frères Ivan et Mikhaïl voyagent à travers la Russie avec le peintre Iégor Khrouslov (Moscou-Kazan’, Odessa)

1891, 29 avril – Ouverture à Moscou sur le Champ Khodynskoïé [= De la rivière Khodynka] de l’Exposition française d’art et d’industrie (elle est fermée le 6 octobre). À cette exposition, sont montrées pour la première fois des oeuvres d’Edgar Degas et de Claude Monet que le public russe connaissait seulement par les publications des revues. « Quand nous vîmes à l’exposition d’art français le premier Claude Monet (c’était un tableau de la série des “Meules“), nous fûmes totalement interloqués, tellement cela était nouveau », se souvient Alexandre Benois.

Mikhaïl Morozov accède à son héritage.

10 novembre (ancien style) – Mikhaïl Morozov épouse Margarita Kirillovna Mamontova (1873-1958) et achète l’hôtel particulier du marchand de thé K.S. Popov au coin du boulevard Smolienski et du péréoulok Glazovski (architecte A.I. Riazanov, 1877).

Ivan Morozov entre à la Faculté des sciences naturelles de l’École Supérieure polytechnique de Zurich.

Au printemps, il achète à la XIXe exposition ambulante son premier tableau, un paysage hivernal de Piotr Levtchenko (1856-1917)

À Paris a lieu la vente aux enchères des tableaux de Paul Gauguin.

1892 – Naissance du fils de Margarita et de Mikhaïl Morozov, Guéorgui (Youri, 1892-1918?), puis de leur fille Éléna (épouse Klioutchkov, 1895-1951) et de leur fils Mikhaïl (Mika, 1897-1952).

1893, 15 août (ancien style) – ouverture au public de la Galerie municipale des frères Paviel et Sergueï Trétiakov, transmise en don à la ville en août 1892.

Mikhaïl Morozov termine ses études à l’université. Il publie à ses frais sous le pseudonyme de « Mikhaïl Youriev » des études historiques : Charles Quint et son temps (1893) et Controverses de la science historique de l’Europe occidentale (1894)

Ivan Morozov étudie à Zurich, sans cesser son travail pictural : il dessine avec les étudiants en architecture et, le dimanche, peint des paysages à l’huile en plein air.

Arséni Morozov fait un stage dans une des organisations de fabrication en Angleterre.

Ambroise Vollard ouvre sa galerie 37 rue Laffitte. Monet travaille à sa série des « Cathédrales de Rouen ».

1894 – décembre – Mikhaïl Morozov se passionne pour le collectionnement, visite la XIVe exposition  de tableaux de la Société moscovite des amateurs d’art (MTKh) où il achète Idylle septentrionale de Konstantine Korovine; il acquiert chez Apollinari Vasnetsov Le Kremlin moscovite. Les cathédrales.

Arséni Morozov reçoit à sa majorité en cadeau de sa mère un terrain rue Vozdvijenka et commande à l’architecte V.A. Mazyrine un projet d’hôtel particulier.

1895, printemps – Ivan Morozov termine ses études au Polytechnicum zurichois et s’installe à Tvier’; il entre dans les affaires de la « Société de la manufacture tviérienne » (1895-1900 – directeur-ordonnateur; 1900-1918 – président de l’administration). Revenu dans son pays, il recommence à fréquenter les expositions, acquiert à la XXIII exposition ambulante un paysage de Kisséliev Avant la pluie.

Varvara Alexéïevna Morozova finance la construction et  l’équipement de la première bibliothèque gratuite de Russie, la salle de lecture Ivan Serguéïévitch Tourguéniev à Moscou.

Paul Gauguin part à Tahiti. Paul Durand-Ruel expose près de 50 travaux de Claude Monet, parmi lesquels la série des « Cathédrales de Rouen ». Ambroise Vollard organise dans sa galerie la première exposition des travaux de Cézanne.

1896 – Mikhaïl Morozov est élu marguiller de la Cathédrale de la Dormition, à laquelle il fait de généreuses donations,  il est élu également conseiller municipal de la Douma de la ville (jusqu’en 1900); il publie sous le pseudonyme de « Mikhaïl Youriev » un livre autobiographique Mes lettres. Il achète à la XXIV exposition ambulante un paysage d’Isaac Lévitane Une fraîche soirée. La Volga.

Novembre – exposition française d’art à Pétersbourg; en décembre, elle est montrée, quelque peu réduite, à Moscou. Sur le fond de peintres de tendance académique, les oeuvres de Degas et de Monet suscitent un intérêt particulier ainsi que, pour la première fois en Russie,  les oeuvres de Renoir, de Sisley et de Puvis de Chavannes.  Des reproductions de plusieurs tableaux présentés à l’exposition française sont publiées en janvier 1897 dans la revue Niva [Le Guéret]. En annexe de Niva est publié l’article d’Igor Grabar’ « Décadence ou renaissance? »  dans lequel l’auteur analyse l’état de la peinture contemporaine.

Ouverture de l’exposition des travaux de Paul Gauguin dans la galerie d’Ambroise Vollard.

1897 – Varvara Alexéïevna Morozova finance l’arrentement du bâtiment abritant les Cours de la Pretchistenka pour les ouvriers, péréoulok Koursovoï à Moscou.

De fortes grèves ont lieu dans les Fabriques de Tvier’.

Sur la scène du Théâtre Maly [Petit Théâtre] est jouée avec succès la pièce d’Alexandre Soumbatov-Youjny Un gentleman; les spectateurs reconnaissent dans le héros principal, Larione Rydlov, Mikhaïl Morozov qui a servi de prototype.

Octobre – dans les salles de la Société d’encouragement des arts à Pétersbourg, a lieu l’ « Exposition scandinave » organisée par Sergueï Diaghilev – première exposition européenne de la création des artistes scandinaves (298 oeuvres). Le paysage de Frits Thaulow, acheté à l’exposition par Savva Mamontov, se retrouvera par la suite dans la collection de Mikhaïl Morozov.

1898 – Varvara Alexéïevna Morozova dégage des fonds pour l’Institut de ceux qui souffrent de tumeurs (Institut du cancer des Morozov, aujourd’hui Institut oncologique Piotr Alexandrovitch Herzen), à la mémoire de sa mère morte d’un cancer.

Mikhaïl Morozov fait don de 30 mille roubles pour l’organisation de la salle de sculpture grecque (Vénus de Milo et Laocoon) du musée des beaux-arts qui se construit à Moscou, ayant fait cela, comme se rappelle le créateur du musée, Ivan Vladimirovitch Tsvétaïev [père de Marina Tsvétaïéva], « parmi les premiers […] facilement et rapidement, ne se faisant pas prier une seule seconde ». Il commence à voyager régulièrement en Europe. Dans ces voyages, il est souvent accompagné par le peintre Sergueï Vinogradov qui conseille son riche ami dans les questions de l’art.

Ivan Morozov est élu président de l’Assemblée des marchands moscovites. Au Musée de l’École d’art du baron Stieglitz à Pétersbourg a lieu l’ « Exposition des peintres russes et finlandais ». Édition d’une nouvelle revue artistique, Mir iskousstva [Le Monde de l’art].

1899, janvier – Exposition artistique de tableaux internationale, organisée par la revue Mir iskousstva au Musée de l’École d’art du baron Stieglitz. Mikhaïl Morozov achète un paysage d’Axeli Gallen Le Lac Ruovesi (Fleuve). La majorité des tableaux représentés à cette exposition se retrouveront par la suite dans les collections des frères Morozov.

Au même moment à lieu à Pétersbourg l’Exposition française d’art et d’industrie, organisée par la Société d’encouragement des arts avec le soutien du gouvernement français. Mikhaïl Morozov achète Le dernier souper [= Le repas des adieux] de Charles Cottet et son frère Ivan un dessin de François Guigues (?) [S’agit-il d’Émile Guigues?] Violoncelliste.

Avril-mai – Mikhaïl Morozov visite le Salon de la Société nationale des beaux-arts où il achète Lutte de femmes de Jean Veber.

Deuxième forte grève dans les Fabriques tviériennes. Mikhaïl Morozov s’oppose à l’intention de son frère d’ouvrir une salle de thé et un théâtre pour les ouvriers. L’administration de la Manufacture de Tvier’ refuse de payer une aide aux victimes d’un accident dans le lieu de fabrication, aide que les ouvriers avaient obtenue après la grève de 1885. Ivan Morozov décide de quitter Tvier’ et de s’installer à Moscou.

Mikhaïl Morozov achète chez Durand-Ruel  La Madone de Verneuil de Camille Corot. Il achète à Vassili Sourikov dix études et esquisses de ses tableaux historiques.

Alexandre Benois publie dans la revue Mir iskousstva (N° 6) son article « Sur l’impressionnisme » : « La perplexité, frisant l’horreur, s’empare de tous ceux qui voient pour la première fois les tableaux de cette école. Est-ce que vraiment les gens sincères et impartiaux peuvent trouver, dans ce désordre enragé de couleurs et de lignes, et la lumière et le soleil et la vie et le subtil charme coloriste et même la poésie? C’est seulement en s’éduquant, en développant son goût et en pénétrant plus profondément dans une oeuvre qui nous déconcerte, que nous découvrons sous la couche supérieure monstrueuse une étincelle divine  qui allume en nous l’enthousiasme ».

1900 – Ivan Morozov s’installe au 21 de la rue Pretchistenka dans son hôtel particulier acheté à la veuve de David Abramovitch Morozov (1843-1893), le frère cadet de son père.

Mars – Durand-Ruel achète pour Mikhaïl Morozov Guinguette d’Édouard Manet à la dispersion de la Collection Tavernier.

Avril – ouverture de l’Exposition universelle à Paris, visitée par beaucoup d’artistes et des personnalités du monde de l’art russes. Mikhaïl Morozov achète dans la galerie d’Ambroise Vollard La pirogue de Paul Gauguin – c’est lui, précisément, qui importe en Russie le premier tableau de ce peintre. Vroubel vend à Mikhaïl Morozov La tsarine-cygne (800 francs)

1901, janvier – ouverture dans les salles de la Société d’encouragement des arts à Pétersbourg de l’Exposition d’art  française. Troisième exposition de tableaux de la revue Mir iskousstva à l’Académie des beaux-arts, où Mikhaïl Morozov achète À la datcha de Konstantine Somov. Dans le cadre de cette exposition est organisée une rétrospective posthume d’Isaac Lévitane qu’Ivan Morozov va acheter activement.

Mars – Lors de l’exposition Van Gogh à la galerie Bernheim- Jeune, Mikhaïl achète La mer à Saint-Mari [sic! sans doute Sainte Marie de la mer] : ce paysage est devenu le premier tableau du peintre arrivé en Russie. Est acheté à la galerie de Vollard un deuxième tableau de Gauguin, Paysage avec deux chèvres et, au Salon de la Société nationale des beaux-arts, l’extravagante Danse espagnole d’Hermenegildo Anglada. Mikhaïl Morozov, qui préférait auparavant descendre à l’hôtel, loue à Paris un appartement 72 rue Geffroy d’Abbé (?) [sic], près de l’avenue Wagram.

Décembre – après de longues hésitations, Mikhaïl Morozov décide d’acquérir la toile scandaleuse d’Albert Besnard Féérie intime qui l’avait impressionné  au Salon de la Société nationale des beaux-arts.

Ouverture à Moscou de l’ « Exposition des 36 artistes », organisée par un groupe d’artistes de Moscou (Apollinari Vasnetsov, Sergueï Vinogradov, Vassili Pérépliotchikov) qui décidèrent de s’opposer aux Ambulants et, dans le même temps, d’échapper au dictat de Diaghilev. Le but de cette nouvelle société est d’organiser à Moscou des expositions indépendantes; parmi les acheteurs de l’exposition moscovite – les frères Morozov.

Valentin Sérov termine le portrait de Mika, le plus jeune fils de Margarita et de Mikhaïl Morozov.

Ivan Morozov fait connaissance d’une jeune choriste du restaurant « Yar », Ievdokiya [Eudoxie] Kladovchtchinkova qui chantait sous le nom de Lozenbek.

1902, mars – Ouverture à Péterbourg de la quatrième exposition de tableaux de la revue Mir iskousstva, avec l’accrochage d’oeuvres de Sérov, Korovine, Pasternak, Somov, Grabar’, Maliavine, Benois, Golovine; l’oeuvre principale est le Démon terrassé de Mikhaïl Vroubel.

L’exposition a lieu par la suite dans les salles du Passage à Moscou; dans le catalogue est inclue toute une série de travaux appartenant à Mikhaïl Morozov, parmi lesquels La diseuse de bonne aventure et Crépuscule de Vroubel.

20 mars (ancien style) – Mikhaïl Morozov assiste à la première vente aux enchères d’oeuvres d’art appartenant à Savva Mamontov, où il achète les Trois tsarines du royaume souterrain de Viktor Vasnetsov.

28 mai – Mikhaïl Morozov achète à la galerie Bernheim- Jeune pour 19 mille francs le Portrait de Jeanne Samary d’Auguste Renoir et aussi le Champ de coquelicots de Claude Monet. C’est alors que fut vraisemblablement acheté le pastel d’Edgar Degas Femme s’essuyant. Apparaissent dans la collection des tableaux de Charles Guérin, Pierre Bonnard, Maurice Denis et Louis Valtat. Valentin Sérov peint le portrait d’apparat de Mikhaïl Morozov, se tenant devant la cheminée dans une salle de son hôtel particulier du boulevard Smolienski. Les honoraires du peintre sont de 1000 roubles (2.800 francs).

Premier achat d’une oeuvre de Claude Monet par les musées français.

1903, 26 janvier (ancien style) – ouverture à Pétersbourg de l’exposition « L’art contemporain », organisée à l’initiative du prince Chtcherbatov et de Vladimir von Meck; Ivan Morozov acquiert Confidences et Dans le vieux parc de Konstantine Somov.

Avril – Mikhaïl Morozov achète au Salon des Indépendants (20-mars-25 avril) Nuit blanche d’Edvard Munch qui s’avèrera le seul tableau de l’artiste dans les collections russes.

Au Salon sont exposées des oeuvres de Manguin, Matisse, Marquet, Signac, Friesz.

Ivan Morozov visite pour la première fois le Salon de la Société nationale des beaux-arts où il achète Coup de vent de Lucien Simon et Préparation d’une corrida d’Ignacio Zuolaga.

8 mai – Paul Gauguin meurt sur l’ile de Hiva Oa.

La galerie Bernheim-Jeune acquiert à une vente aux enchères le portrait de la chanteuse Yvette Guilbert de Toulouse-Lautrec pour Mikhaïl Morozov.

Revenu à Moscou, Ivan Morozov entretient une correspondance avec Durand-Ruel au sujet de l’achat d’un paysage d’Alfred Sisley. Le marchand parisien consent à baisser le prix et à lui céder Gel à Louveciennes pour 11. 500 francs; c’est à partir de cette première acquisition onéreuse que l’on commence à compter les achats par Ivan Abramovitch Morozov des tableaux d’artistes étrangers.

Juin – Durand-Ruel fait savoir à Mikhaïl Morozov qu’à une vente aux enchères ont été achetés pour lui un tableau de Stefan Bakalovicz et un dessin de Jean-Louis Forain. Mikhaïl entretient une correspondance avec le marchand au sujet de l’achat de travaux de Corot et de Millet.

24 juillet (ancien style) – Naissance de Ievdokiya, fille d’Ivan Abramovitch Morozov et de Ievdokiya  Serguéïevna Kladovchtchinkova, qui  mourra à Paris le 27 décembre 1974.

22 septembre (ancien style) – La néphrite de Mikhaïl Morozov empire; on fait venir de Berlin un célèbre thérapeute, le professeur Leiden.

12 octobre (ancien style) – Mikhaïl Abramovitch Morozov meurt à l’âge de 33 ans. Sergueï Diaghilev publie dans la revue Mir iskoustva (N° 9) un article nécrologique.

1904, 27 janvier (ancien style) – les porte-torpilles japonaises attaquent la flotte de l’Océan pacifique dans la rade de Port-Arthur. La Russie déclare la guerre au Japon. La manufacture de Tvier’ reçoit une grosse commande de production de drap pour l’armée, promettant un énorme bénéfice.

21 février-24 mars – rétrospective de Paul Cézanne au XX Salon des Indépendants.

Eugène Druet ouvre sa galerie 114 rue du Faubourg Saint-Honoré.

9 mai-4 juin – exposition dans la galerie de Durand-Ruel de la série londonienne de Claude Monet, une des dernières grandes séries de l’artiste.

1-18 juin – première exposition personnelle d’Henri Matisse dans la galerie de Vollard : y sont présentés des tableaux exécutés par l’artiste entre 1897 et 1903.

Pablo Picasso s’installe au Bateau-Lavoir à Montmartre. Début de sa période « rose ».

Automne – Ivan Morozov visite pour la première fois le Salon d’automne parisien (15 octobre-15 novembre – sont exposées 1317 peintures et sculptures); y participent 380 artistes dont Valtat, Van Dongen, Girieud, Kandinsky, Marquet, Matisse, Puy, Friesz et d’autres. Des salles particulières étaient consacrées à Toulouse-Lautrec, Puvis de Chavannes, Redon; le collectionneur débutant  éprouve un intérêt tout particulier pour la rétrospective d’Auguste Renoir et de Paul Cézanne (42 oeuvres). Morozov est accompagné par le peintre Sergueï Vinogradov, ami de son défunt frère Mikhaïl, qui reprend le rôle de conseiller et de consultant du collectionneur débutant. La galerie de Durand-Ruel  présente à Ivan Morozov un compte de 40 mille francs pour le  Portrait de Jeanne Samary, une oeuvre « de chambre » d’Auguste Renoir, et deux paysages de Sisley; acquisition dans la galerie d’Ambroise Vollard du paysage de Camille Pissarro Terre labourée et dans la galerie Bernheim-Jeune du tableau Dans les chambres [= Dans une chambre?] d’Édouard Vuillard.

Sergueï Chtchoukine  emmène à Moscou les tableaux de Gauguin dont Morozov s’est souvenu de les avoir vus accrochés dans les pièces sombres de l’hôtel particulier du péréoulok Znamienski.

1905, 1er janvier (ancien style) – Ivan Abramovitch Morozov est fait « conseiller de manufacture », « ce qui est officialisé par le ministre des finances pour son activité utile dans le domaine du commerce et de l’industrie  de la nation »

9 janvier (ancien style) – fusillade de la manifestation pacifique des ouvriers pétersbourgeois (Le “Dimanche sanglant »).

Des réunions illégales ont lieu dans les maisons de Margarita et de Varvara Morozov, on y fait des conférences sur des thèmes politiques.

La revue Iskousstvo [L’Art] N° 2) publie plus de 20 reproductions d’oeuvres de la nouvelle peinture occidentale (Gauguin, Denis, Cézanne, Van Gogh, Vuillard, Carrière, Monet, Guérin) dont une part importante se trouve dans la collection de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine. Igor Grabar’ appelle cette publication un événement plus important que tous les derniers événements politiques.

Dissolution du groupe des « Nabis »; ses membres, Denis, Vuillard, Bonnard et Roussel, deviennent les peintres préférés d’Ivan Morozov.

Avril – Ivan Morozov achète au Salon de Indépendants (20 mars-30 avril) les travaux de peintres inconnus (Edmond Lempereur, Alfred Maurer, James Morrice, Roderic O’Conor), principalement des petites scènes parisiennes de genre bon marché.

Automne – au troisième Salon d’Automne (25 octobre-25 novembre), Matisse expose avec un groupe de jeunes peintres (Manguin, Puy, Derain, Vlaminck, Valtat) que le critique Louis Vauxcelles appelle ironiquement des « fauves ». Le fauvisme est né. Le prudent Ivan Morozov n’est pas encore prêt pour l’achat des fauves, mais c’est lui justement qui constituera une collection impressionnante d’un des premiers « ismes » du XXe siècle. Pour le moment, son attention est tournée, comme auparavant, vers les impressionnistes : il acquiert encore dans la galerie Durand-Ruel deux paysages d’Alfred Sisley.

L’architecte Liev Kékouchev commence la reconstruction de l’hôtel particulier de la rue Pretchistenka, avec la suppression des moulures baroques de l’enfilade d’apparat des salles du premier étage. Dans le grand  Salon Musical d’apparat sont enlevés les entresols, ce qui permet d’agrandir la hauteur du plafond jusqu’à six mètres. Sur le toit est installée une lanterne lumineuse grâce à laquelle le salon reçoit un éclairage naturel.

7 décembre (ancien style) – début de la grève politique générale qui se transforme en une émeute armée.

1906, février – ouverture à Pétersbourg de l’exposition « Le Monde de l’art » [Mir iskousstva], constituée par Diaghilev à partir d’oeuvres d’artistes moscovites et pétersbourgeois; Morozov acquiert l’Étude verte d’un jeune espoir, Boris Anisfeld.

Printemps – deuxième exposition personnelle de Matisse à la galerie Druet (19 mars-7 avril).

Au Salon des Indépendants (20 mars- 30 avril), 842 artistes, dont Derain, Friesz, Manguin, Marquet, Valtat, Vlaminck, Puy, Matisse; Morozov achète Printemps en Provence de Paul Signac, La loge de Tony Minartz et La source sacrée de Guidel de Maurice Denis. Morozov, n’ayant pas réussi à acheter une seconde oeuvre qui lui plaisait, se rend chez l’artiste à Saint-Germain en Laye où il commande une réplique du Paysage avec Polyphème (appelé aujourd’hui Polyphème) et réserve la toile inachevée Bacchus et Ariane.

Morozov visite également  dans la galerie de Durand-Ruel l’exposition de tableaux de Claude Monet de la collection du chanteur Jean-Baptiste Faure; l’année suivante seront achetés trois tableaux figurant dans le catalogue.

Automne – dans le cadre du quatrième Salon d’Automne  (6 octobre-15 novembre), dans 12 salles du Grand-Palais a lieu, organisée par Sergueï Diaghilev, l’Exposition d’art russe. Est présentée au public français l’histoire de l’art russe depuis la peinture d’icônes de l’ancienne Russie jusqu’à la peinture contemporaine. En tant qu’un des sponsors (avec Vladimir Hirschman, Sergueï Botkine, le prince Vladimir Argoutinski-Dolgorouki et Vladimir von Meck) et que propriétaire « d’une collection éminente », Ivan Morozov est élu membre d’honneur du Salon d’Automne et décoré de l’ordre de la Légion d’Honneur.

Sont montrées à cette exposition les oeuvres suivantes appartenant à Ivan Abramovitch Morozov : Portrait d’une dame de Viktor Borissov-Moussatov, Le château de Tchernomor d’Alexandre Golovine, Café à Yalta de Konstantine Korovine et d’autres; pendant l’exposition, il achète Neige de mars d’Igor Grabar’ et Fête galante de Nikolaï Millioti.

Ivan Morozov visite l’hôtel particulier du baron Denys Cochin, rue de Babylone, où il admire les vitraux et les panneaux exécutés par Maurice Denis. Il se familiarise avec la collection du baron qui possède une grande collection de Cézanne, qui devient son peintre préféré.

22 octobre – Paul Cézanne meurt à Aix.

Création à Moscou de la revue Zolotoïé rouno [La Toison d’or], de tendance symboliste (éditeur – Nikolaï Riabouchinski).

27 décembre (ancien style) – Ivan Morozov achète à la première exposition de l’Union des artistes russes à Pétersbourg La légende orientale (Conte arabe) de Boris Anisfeld, trois oeuvres de Nikolaï Krymov (Devant une statue blanche, Gel de mars, Nuit d’été), des paysages de Piotr Pétrovitchev et de Mikhaïl Mechtchérine. À la même date est faite une facture de 200 roubles pour l’achat du tableau de Mikhaïl Larionov Fenêtre (location inconnue).

Au cimetière du monastère Pokrovski est installée la chapelle-caveau de Mikhaïl Abramovitch Morozov d’après le projet d’Apollinari Vasnetsov.

1907, janvier – Sergueï Chtchoukine, atterré par la mort subite de sa femme, écrit un testament selon lequel sa collection doit être transmise après sa mort à la Galerie Trétiakov.

4 mars – Durand-Ruel achète pour son client russe Ivan Morozov Sous les arbres du Moulin de la Galette d’Auguste Renoir et Matin d’automne à Érignyde Pissarro lors de la dispersion de la collection de George Viau.

Printemps – exposition de Maurice Vlaminck à la galerie Vollard. Dissolution du groupe des fauves.

8-20 avril – exposition de Maurice Denis à la galerie Bernheim-Jeune (45 peintures et 20 dessins).

14 avril – ouverture du Salon de la Société nationale des beaux-arts où Denis expose les tableaux Paysage avec Polyphème et Bacchus et Ariane, appartenant à Morozov.

29 avril – dans la galerie de Durand-Ruel sont acquis pour 97 mille francs les tableaux de Claude Monet – Petit coin de parc à Montgeron, Meule de foin près de Giverny, Boulevard des Capucines, Le pont de Waterloo.

4 mai – achat dans la galerie Ambroise Vollard des premiers tableaux de Paul Gauguin Conversation et Paysage avec des paons, ainsi que de Un coin de Paris et Paysage du Dauphiné de Pierre Bonnard.

Picasso peint   Les demoiselles d’Avignon. Naissance du cubisme.

Arrivée à Paris du jeune Daniel-Henry Kahnweiler et ouverture de sa minuscule galerie 27 rue Vignon; il mise sur les cubistes; il passe des contrats avec Derain, Picasso, Friesz et Braque.

Ivan Morozov décide de commander à Maurice Denis des panneaux décoratifs pour embellir son Salon musical. Dans une lettre du 21 juillet, le peintre lui fait savoir qu’il a l’intention d’utiliser comme sujet des panneaux l’histoire de Psyché.

27 juillet (ancien style) – Ivan Abramovitch Morozov épouse religieusement Ievdokiya Serguéïevna Kladovchtchinkova (1883/1885-1959); leur liaison avait été tenue secrète pendant plus de trois ans, comme l’existence de leur fille qui continue à être dissimulée. Les jeunes mariés partent en voyage de noces: les époux passent le mois d’août à Biarritz, puis partent en septembre pour Paris.

Octobre –  à la rétrospective posthume de Paul Cézanne, organisée par le Salon d’Automne (1-22 octobre), Morozov achète pour la première fois des tableaux du peintre, Paysage dans la plaine au pied de la Montagne Sainte-Victoire et Nature morte avec draperie. Il montre de l’intérêt pour l’oeuvre de jeunes artistes de la galerie Vollard; il achète Le séchage des voiles d’André Derain, qui est le début du paysage fauve, ainsi que Barque au bord de la Seine de Maurice Vlaminck et cinq toiles de Louis Valtat.

D’après la facture de la galerie Vollard du 5 octobre, les achats ont coûté 45 mille francs.

1er octobre – Morozov acquiert pour la première fois à la galerie Bernheim-Jeune un tableau de Matisse (Bouquet) et un tableau de Marquet (Quai du Louvre et Pont-Neuf).

Naissance à Moscou du groupe « Goloubaïa roza » (La rose bleue) dont les représentants présentent dans leur création des tendances décorativistes et symbolistes. Les peintres de ce groupe entreront dans la collection d’Ivan Morozov : Matin, Naissance, Mirage dans la steppe de Paviel Kouznetsov, Menuet de Nikolaï Sapounov, Amateurs des tempêtes de Piotr Outkine; il y avait également dans la collection des oeuvres de Nikolaï Krymov, Sergueï Soudiéïkine et Martiros Sariane.

Varvara Morozova fait don de 80 mille roubles à l’Université populaire A.Ya. Chaniavski qui est construite Place Miousskaïa à Moscou, son nom est écrit sur la façade du laboratoire de chimie.

1908, 5 janvier – Ivan Morozov achète à la VI exposition de l’Union des artistes russes une esquisse de Nikolaï Sapounov pour la pièce La baraque de foire d’Alexandre Blok et Foire villageoise de Sergueï Malioutine. Acquisition de plusieurs tableaux de la collection de Vladimir von Meck, dont la toile inachevée de Vroubel Lilas et trois études du peintre.

Avril – achat au Salon des Indépendants (20 mars-2 mai) de l’oeuvre fauve d’André Derain Route dans la montagne.

29 avril – en un seul jour, Morozov acquiert chez Vollard des tableaux pour 50 mille francs (Sergueï Chtchoukine qui

était venu la veille dans la galerie y avait laissé une somme trois fois moindre). Parmi les tableaux achetés par Morozov : Au pied de la montagne, Femme tenant un fruit, et Fleurs de France de Gauguin, ainsi que une toile de jeunesse de Cézanne L’ouverture de « Tannhäuser ».  Le même jour, Vollard vend à Morozov pour 300 francs les Gymnastes ambulants [sic!] de Pablo Picasso; cependant, le nom du jeune Espagnol ne dit rien pour le moment au collectionneur.

Sergueï Chtchoukine emmène Morozov dans l’atelier de Matisse boulevard des Invalides.

16 mai – Eugène Druet achète pour Ivan Morozov Les chaumières de Van Gogh lors d’une vente à l’Hôtel Drouot de tableaux de peintres contemporains.

Nikolaï Riabouchinski organise à Moscou le premier Salon de La Toison d’or(18 avril -24 mai selon l’ancien style). Près de 800 oeuvres sont présentées à cette exposition, d’artistes russes et français, ces derniers étant la majorité. Déjà familiarisé avec la création  de Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Redon et Signac, le public russe voit pour la première fois des travaux de Matisse, Derain, Friesz, Manguin, Puy, Valtat et d’autres. Ivan Morozov achète à la fin du Salon Le café de nuit de Van Gogh et Square à Paris de Georges  Dufrénoy, ainsi que Près de l’arbre à grenades de Martiros Sariane,  Les amateurs de tempêtes de Piotr Outkine et Parc au printemps de Mikhaïl Larionov.

Été – Sergueï Ivanovitch Chtchoukine ouvre sa galerie à ceux qui désirent voir sa collection (8 péréoulok Znamienski, les dimanches, de 11h à 13h, inscription par téléphone)

Août – Ivan Morozov se repose avec sa femme aux eaux de Karlsbad.

29 septembre – seconds achats importants en 1908

de tableaux dans la galerie Vollard : parmi les travaux les plus chers – Le grand pin près d’Aix de Cézanne et Baignade dans la Seine (La grenouillère)de Renoir.

Achat dans la galerie Durand-Ruel de Jeune fille à l’éventail de Renoir. Les deux tableaux de Renoir, un des impressionnistes les plus chers, coûtent 50 mille franc à Morozov.

Maurice Denis montre au Salon d’Automne (1er octobre-8 novembre) une série de cinq panneaux de L’histoire de Psyché, peints pour l’hôtel particulier morozovien; Henri Matisse expose la grande nature morte La chambre rouge, peinte pour Sergueï Chtchoukine. Ivan Morozov achète Le miroir au-dessus de l’évier de Pierre Bonnard, ainsi que des travaux de Friesz, de Dufrénoy et Femme assise de Matisse.

Acquisition dans la galerie Vollard du Café à Arles de Paul Gauguin, devenu le seul travail  en Russie de la période arlésienne, ainsi que du Grand Bouddha, payé 20 mille francs.

29 octobre – Invité par Wilhelm Uhde, Morozov visite la galerie que l’historien de l’art allemand venait d’ouvrir 73 rue Notre-Dame-des-Champs, où il acquiert pour 300 francs Fleurs et Portrait d’Auguste Herbin.

Novembre – « Ivan Abramovitch est revenu en Russie. Il a emmené 16 oeuvres, toutes de Durand-Ruel et de Vollard. Tout des Claude Monet, Cézanne, Sisley, Renoir, Matisse etc. Plusieurs choses sont très intéressantes, surtout Grenouillère de Renoir », relate Ostrooukhov à Alexandra Pavlovna Botkina. Les années 1907 et 1908 sont les plus fécondes de la Collection Morozov : en deux années, Ivan Morozov a acquis plus de 60 tableaux.

Ivan Abramovitch Morozov est élu président de l’administration de la Société de sylviculture Mougréïévo-Spirovskoïé.

Les panneaux de Maurice Denis arrivent à Moscou.

24 décembre (ancien style) – Arséni Abramovitch meurt de septicémie à l’âge de 35 ans dans son domaine de Vlassiévo près de Tvier’.

1909, janvier – Maurice Denis et sa femme arrivent à Moscou. Pendant que Denis fait connaissance de Moscou, Ivan Morozov règle les problèmes liés au testament de son frère cadet qui a légué à sa maîtresse son hôtel particulier et une fortune de plusieurs millions.

À la demande de Morozov, le prince Sergueï Chtcherbatov et Vladimir von Meck organisent pour l’hôte français un riche programme culturel, comprenant un voyage de deux jours à Pétersbourg.

Insatisfait du coloris inutilement tranchant de ses panneaux, Denis passe un certain temps à repeindre certaines parties. Comprenant que les cinq scènes picturales sont insuffisantes pour une salle étroite avec un plafond de six mètres de haut, il propose de compléter les espaces vides  et de peindre deux panneaux  horizontaux et quatre boiseries verticales. Le commanditaire est d’accord avec la proposition du peintre. S’impose à lui l’idée de compléter l’ensemble du Salon Musical par des sculptures et des vases en céramique. Denis lui conseille de commander les sculptures à Aristide Maillol.

Sergueï Chtchoukine commande à Henri Matisse des panneaux pour embellir l’escalier de son hôtel particulier.

Février – Ivan Morozov achète à la VI exposition de l’Union des artistes russes (26 décembre 1908-6 février selon l’ancien style) Les pivoines et Fête nocturne de Nikolaï Sapounov, ainsi que Pommier après la pluie de Mikhaïl Larionov.

Deuxième Salon de La Toison d’or à Moscou (11 janvier-15 février); y participent des maîtres étrangers (Matisse, Derain, Van Dongen, Marquet, Rouault, Vlaminck, Friesz et d’autres), mais en bien moindre nombre que dans le premier Salon.

Mars – Sergueï Chtchoukine fait savoir à Matisse que Morozov a l’intention de discuter avec lui sa commande de tableaux pour sa salle à manger. Cependant, à cause de problèmes de santé de sa femme, Morozov ne va pas au printemps à Paris. À l’exposition d’Othon Friesz dans la galerie Druet, Marthe Denis achète à sa demande Arbres à Cassis et Neige à Munich.

Matisse passe son premier contrat avec la galerie Bernheim-Jeune qui reçoit les droits exclusifs sur ses travaux (sauf ceux de grand format) et il s’installe avec sa famille dans la banlieue de Paris, à Issy-les-Moulineaux, où il construit un atelier dans le parc. Morozov commande à  Matisse deux natures-mortes.

Début de la parution à Pétersbourg de la revue d’art et de littérature Apollon (jusqu’en 1917).

Ivan Morozov achète Fête de Boris Koustodiev, l’année précédente le peintre avait exécuté, sur sa commande, une réplique de son tableau La foire.

Début à Paris des « Saisons russes », organisées par Sergueï Diaghilev.

14 septembre – achat à la galerie Durand-Ruel pour 30 mille français de Bords de la Marne et Autoportrait à la casquette de Cézanne.

2 octobre – Ivan Morozov paie à Vollard 93 mille francs pour quatre toiles de Cézanne (Fleurs, La Montagne Sainte-Victoire, Baignade et Fumeur). En une année, les prix des Cézanne doublèrent presque, cependant le collectionneur achète  sans compter les travaux qui lui paraissent devoir bien  représenter la création du maître.

Matisse n’arrive pas à terminer les natures mortes que lui a commandées Morozov et à les montrer au Salon d’Automne (1er octobre-8 novembre).

Sergueï Chtchoukine acquiert sa première oeuvre de Pablo Picasso, le Portrait à l’éventail.

Le troisième Salon de La Toison d’or (27 décembre 1909-31 janvier 1910 selon l’ancien style) a lieu sans la participation française, à cause du manque de financement. À cette exposition se détachent Mikhaïl Larionov, Natalia  Gontcharova, Piotr Kontchalovski, Paviel Kouznetsov, Martiros Sariane dont des travaux se trouvent déjà dans la collection d’Ivan Morozov.

Le sculpteur odessite Vladimir Izdebski organise le premier Salon international (17 décembre-6 février selon l’ancien style, 776 oeuvres). Pour la première fois, des oeuvres d’artistes contemporains sont montrées, outre la capitale, en province (Odessa, Kiev et Riga); une majorité des participants français de l’exposition est représentée dans les collections moscovites de Chtchoukine et de Morozov.

Ivan Morozov procède au réaccrochage de ses tableaux dont le nombre s’accroît progressivement.

1910, janvier – Pierre Bonnard reçoit la commande d’un panneau pictural pour embellir l’escalier d’apparat de l’hôtel particulier de la rue Pretchistenka, ainsi que de deux toiles géminées sur le sujet de « la vie parisienne ».

17-15 février (ancien style) – Margarita Morozova décide de transmettre comme donation à la Galerie Trétiakov la plus grande  partie de la collection de son défunt mari. La partie occidentale de celle-ci est évaluée à 195 mille francs (70.000 roubles), la partie russe – à 51 mille roubles.

2 mars (ancien style) – Le conseil de la Galerie Trétiakov accepte le don. Tenant compte du fait que la collection de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine a été aussi léguée à la section étrangère de la Galerie (dont la base est constituée par des artistes étrangers de la collection de Sergueï Mikhaïlovitch Trétiakov [frère cadet de Paviel]), le don morozovien  donne des raisons d’espérer qu’apparaîtra à Moscou dans un futur proche un premier « musée de l’époque moderne ».

Margarita Kirillovna Morozova vend l’hôtel particulier du boulevard Smolienski. Elle finance l’organisation des éditions « Pout’ » [La Voie] qui publient la littérature de  philosophie religieuse.

23 mars (ancien style) – arrivée à Moscou des natures mortes tant attendues de Matisse Fruits et bronze et Fruits, fleurs, panneau La danse, commandés au peintre au début de 1909.

14 avril (ancien style) – Mort à Pétersbourg de Mikhaïl Vroubel, un des artistes préférés des frères Morozov : dans la collection de Mikhaïl se trouvaient six oeuvres de l’artiste et dans celle d’Ivan – 27, principalement des études et des esquisses.

13-18 mai – Ivan Morozov acquiert chez Gustave Fayet Nature morte au perroquet, peinte par Gauguin peu de temps avec sa mort, pour la somme record de 27 mille francs.

1er octobre – ouverture du Salon d’Automne. Sur la recommandation de Valentin Sérov, Ivan Morozov achète Prunes bleues d’Ilia Machkov (appelées aujourd’hui Nature morte. Fruits sur un plat) et Place d’une petite ville provinciale d’Auguste Chabaud.

Les panneaux La musique et La danse, exposées par Matisse au Salon, sont accueillies si négativement par le public et la critique que Sergueï Chtchoukine décide de renoncer aux énormes toiles avec des figures dénudées. Cependant, au cours de son voyage de retour chez lui, il change d’avis et demande au peintre d’envoyer immédiatement les panneaux à Moscou.

11 novembre – Ivan Morozov achète dans la galerie de Vollard pour 35 mille francs le Paysage bleu, tant attendu, de Cézanne.

Scission à l’Union des artistes russes. Les artistes pétersbourgeois font renaître l’association « Mir iskousstva » [Le Monde de l’art].

Valentin Sérov peint le portrait d’Ivan Morozov sur le fond de nature morte récemment achetée à Matisse, Fruits et bronze.

Aristide Maillol termine les statues Pomone, Flore, Printemps, Été pour le Salon Musical.

4 décembre (ancien style) – arrivée à Moscou des panneaux de Matisse, commandés par Sergueï Ivanovitch Chtchoukine, La musique et La danse.

 

10 décembre (ancien style) – ouverture à Moscou de la première exposition de l’association « Boubnovy valiet » [Le Valet de carreau], organisée par Mikhaïl Larionov, Piotr Kontchalovski, Ilia Machkov et d’autres artistes. Les travaux des artistes du Valet de carreau sont représentés dans la collection d’Ivan Abramovitch Morozov: Nature morte de Machkov, Siniérariï [?] de Kontchalovski, Livres de Vassili Rojdestvienski, Nature morte au plateaud’Alexandre Kouprine.

1911, début de l’année – à la première exposition de l’association « Mir iskousstva », Ivan Morozov acquiert le tableau Rue de Constantinople de Martiros Sariane.

Alexandre Benois, dans une de ses Lettres d’art dans le journal Rietch [La parole], déclare qu’il faudra à la société russe des années « pour s’habituer » aux conceptions moscovites de la nouvelle peinture.

Printemps – scission parmi les participants de l’exposition du « Valet de carreau » : Mikhaïl Larionov et Natalia Gontcharova quittent l’association et forment le groupe « Osliny khvost » [La queue d’âne].

Ivan Morozov  fait une nouvelle commande à Matisse, soulignant que cette fois la commande est familiale. Son épouse adorée demande de peindre pour elle une nature morte et lui-même espère devenir possesseur de deux paysages.

Septembre – Ievdokiya Morozova subit une lourde opération pour soigner une hernie. Ivan Morozov ne fait pas son  voyage traditionnel à Paris en automne.

23 octobre-9 novembre – visite triomphale d’Henri Matisse à Moscou. L’artiste procède au réaccrochage de ses tableaux, dispersés dans diverses salles de l’hôtel particulier de Chtchoukine au péréoulok Znamienski, début de l’ensemble du Salon Rose.

1er novembre (ancien style) – constitution à Moscou de la société « Le Valet de carreau » avec des statuts officiels (elle existera jusqu’en 1917).

Après leur exposition dans la galerie Bernheim-Jeune et au Salon d’Automne, arrivent à Moscou le triptyque Méditerranée, exécuté par Pierre Bonnard pour l’escalier de l’hôtel particulier morozovien, ainsi que les statues en bronze Pomone et Flore, deux des quatre commandées à Maillol.

1912, janvier – ouverture à Pétersbourg de l’exposition « Cent années de peinture française », organisée par la revue Apollon et l’Institut français, la plus vaste de toutes les expositions en Russie consacrées à l’Impressionnisme et au Post-impressionnisme (17 janvier-18 mars selon l’ancien style, près de mille oeuvres). Ivan Morozov est un des membres du Comité russe de l’exposition, constitué des représentants de l’aristocratie russe.

Parmi les chefs-d’oeuvre : Un bar aux Folies Bergères de Manet et Les amoureux de Renoir (estimés 300 et 100 mille francs), ainsi que la Féérie intime de Besnard qui avait appartenu en son temps à Mikhaïl Morozov.

Exposition de tableaux de la société « Le Valet de carreau » (26 janvier-26 février selon l’ancien style). Un groupe d’artistes français et allemands est invité à y participer : Henri Matisse, Pablo Picasso, André Derain, Otton Friesz.

En complément du triptyque Méditerranée, Ivan Morozov commande deux panneaux sur le thème Les quatre saisons après des pourparlers avec l’artiste qui considère cette commande comme plus laborieuse que le triptyque, les honoraires sont de 25 mille francs.

Mikhaïl Larionov organise l’exposition de « La Queue d’âne » dans laquelle participent Natalia Gontcharova, Alexandre Chevtchenko, Kazimir Malévitch, Vladimir Tatline et d’autres. Morozov n’achète pas les avant-gardistes « extrêmes », cependant sa collection est très familière aux représentants les plus radicaux de l’avant-garde russe.

Printemps  – La revue Apollon (N° 3-4) publie l’article de Sergueï Makovski sur la collection française d’Ivan Abramovitch Morozov; cette publication est accompagnée par un catalogue complet et 52 reproductions en noir et blanc. Le consentement à la publication de sa collection est une décision très importante pour le collectionneur, si l’on tient compte des difficultés de  l’accès à l’hôtel particulier morozovien.

Juillet-septembre – Matisse fait savoir que les tableaux commandés par Morozov seront exposés au Salon d’Automne. Cependant il comprend vite qu’il n’aura pas le temps de les achever. À la fin septembre, Matisse part pour le Maroc où il reste jusqu’à la mi-février 1913; pendant son séjour à Tanger, il peint pour Morozov trois tableaux qu’il réunit dans ce qu’on appelle Le Triptyque marocain.

Arrivée à Moscou des panneaux de Bonnard Automne, Cueillette des fruits et Premier printemps que Morozov accroche à côté de Méditerranée.

18 décembre – Picasso signe un contrat exclusif de trois ans avec la galerie de Kahnweiler, selon lequel il n’a pas le droit de garder pour lui annuellement plus de cinq travaux. Ambroise Vollard qui n’accepte pas la manière cubiste de Picasso cesse de s’occuper du peintre.

1913, 3 janvier – une facture de 70.000 francs provenant de la galerie Vollard parvient à l’adresse du bureau de la rue Varvarka; parmi les nouveaux achats – Scène d’intérieur (dans les chambres), dernière, 18ème, et en même temps la plus ancienne des toiles de Cézanne, Tête de femme de Renoir et les « triomphes » décorativement mythologiques de Roussel (Le triomphe de Bacchus et Le triomphe de Cérès).

1er février – achat chez Vollard pour 42 mille francs de L’enfant au fouet, la dernière toile de Renoir, devenue la plus chère de la Collection Morozov.

Achat chez Kahnweiler de Table et fruits de Derain, et chez Druet de trois paysages de Marquet (Soleil sur Paris,  Le quai du Louvre,  Paris en hiver. Le quai Bourbon) et Le golfe de Naples.

1er mars-2 avril (ancien style) – troisième exposition de l’association « Le Valet de carreau » à Moscou, parmi les participants français – Braque, Derain, Vlaminck, Picasso. Morozov venait d’acquérir le tableau cubiste de Picasso Le portrait d’Ambroise Vollard, achat inattendu de la part du collectionneur qui avait ignoré le cubisme, à la différence de Sergueï Chtchoukine.

14-19 avril – exposition des tableaux marocains et des sculptures de Maillol de la Collection Morozov dans la galerie Bernheim-Jeune. Sont exposés trois oeuvres appartenant à Ivan Morozov : Vue de la fenêtre, Zorah sur la terrasse, Entrée dans la casbah (Le triptyque marocain), qui arrivèrent à Moscou le 14 juillet.

Matisse espère voir Morozov chez lui dans son atelier pour lui proposer, en pendant au Triptyque marocain des tableaux peints au Maroc, dont le Café arabe [sic], l’oeuvre la plus importante de la série marocaine. Morozov ne prête aucune attention à cette invite et c’est Sergueï Chtchoukine qui acquiert le tableau.

29 septembre (ancien style) – Ouverture dans le Salon d’art de Klavdiya Mikhaïlova, rue Bolchaïa Dmitrovka à Moscou, de l’exposition personnelle de Natalia Gontcharova (plus de 700 travaux). Ivan Abramovitch Morozov achète deux tableaux de l’artiste : Hiver. Patinage et Parc en automne.

18 octobre – Daniel-Henry Kahnweiler achète à Gertrude Stein, qui partageait sa collection avec son frère, trois oeuvres de Picasso, parmi lesquelles un chef-d’oeuvre de la période « rose » Petite fille sur une boule que le marchand vend le 25 octobre à Ivan Morozov pour 16 mille francs.

27 octobre –  Morozov achète dans la galerie Druet  son dernier tableau, le 13ème, de Pierre Bonnard. Sur la toile Été en Normandie est gravée l’idylle de l’avant-dernier été pacifique qui deviendra très vite du passé, de même que les tableaux des artistes français que les collectionneurs russes ne seront plus en mesure d’acheter.

1914, janvier – au début de l’année, les profits de la Manufacture de cotonnades de Tvier’ s’élèvent pour l’année 1912-1913 à 1.705 312 roubles. Le capital de base était de 12 millions de roubles.

Achat à la XI exposition de l’Union des artistes russes de deux sculptures de Sergueï Konionkov, Torse (marbre) et Jeune fille (bois); achat en février d’un autre torse Femme ailée (bois).

Dans la revue Apollon (N°1-2) est publié l’essai de Yakov Tugendhold « La collection française de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine » avec des reproductions de la plus grande partie de la collection. Arrivée à Moscou du dernier tableau acheté par Chtchoukine – Portrait d’un inconnu lisant le journal d’André Derain.

1er août – L’Allemagne déclare la guerre à la Russie et le 3 août – à la France, où la mobilisation a déjà lieu. Le jour suivant, les armées allemandes envahissent  la Belgique. Début de la Première guerre mondiale à laquelle participent 38 États. La capitale de la Russie, Saint-Pétersbourg change son nom en Pétrograd.

Margarita Kirillovna Morozova, qui avait déménagé dans l’hôtel particulier du péréoulok Miortvy, maison qu’avait reconstruite pour elle Ivan Joltovski, ouvre un hôpital dans une maison lui appartenant boulevard Novinski.

22 décembre – Ivan Abramovitch Morozov légalise auprès d’un notaire moscovite  une donation selon laquelle son épouse Ievdokiya Serguéïevna devient propriétaire de la maison de la rue Pretchistenka avec toutes les constructions et le terrain.