Auteur/autrice : Jean-Claude
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Antisémitisme en Europe
Съезд раввинов Европы в Москве
Что обсуждалось на съезде европейских раввинов в Москве?
Как в Москве прошел VII съезд Конгресса еврейских религиозных организаций и объединений в России
Как Владимир Путин позвал евреев Европы укрыться в России?
Как европейские евреи вновь нашли себе руководителя в России?
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Jacques Sapir sur « laïcité et confusion(s) »
Jacques Sapir est directeur d’Études à l’ École des Hautes Études en Sciences Sociales, dirige le Centre d’Études des Modes d’Industrialisation (CEMI-EHESS), le groupe de recherche IRSES à la FMSH
«Burkini», laïcité et confusion(s)
17 août 2016Les discussions sur l’interdiction du port du burkini sur certaines plages en France nous amènent à un problème bien plus profond, celui du concept de la laïcité. L’économiste Jacques Sapir présente son analyse.
Le débat actuel sur le «burkini» relance celui sur la laïcité. Le soutien apporté par le Premier ministre, Manuel Valls, aux maires ayant décidé d’interdire ce «vêtement» sur les plages n’y est évidemment pas pour rien. Ce n’est pourtant pas une mauvaise chose. Mais, la notion de laïcité est elle-même mal comprise. De là découlent une série de confusions qui ne font qu’obscurcir le débat. Et, les interventions intempestives d’une partie de la «gauche» qui nous tient un discours du genre «il est interdit d’interdire» ne font que rajouter à cette confusion. D’où, la nécessité de rappeler un certain nombre de faits et de principes pour permettre une discussion au fond.
La laïcité ne se comprend que pour qui conçoit le «peuple» comme une assemblée politique et non ethnique ou religieuse.
La laïcité n’est pas un principe de droit mais un principe politique.Il faut comprendre que ce qui fonde la laïcité c’est la nécessité de dégager l’espace public de thèmes sur lesquels aucune discussion raisonnable, c’est-à-dire fondée sur la raison, ne peut avoir lieu. C’est l’une des leçons chèrement apprise par la France (et une partie de l’Europe) lors des guerres de religion du XVIe siècle. La laïcité ne se comprend que pour qui conçoit le «peuple» comme une assemblée politique et non ethnique ou religieuse. C’est bien pour cela que la laïcité apparaît comme le pendant de la souveraineté. La souveraineté, en faisant entrer la question du pouvoir dans le monde profane, impose le principe de laïcité. La souveraineté impose que les divisions qui traversent le «peuple», qu’elles soient sociales, économiques ou autres, puissent à la fin contribuer, par l’établissement de compromis qui sont la base des institutions, à la constitution d’un bien commun et d’une chose publique (ou Res Publica) qui sont des produits, des résultats, et non des préalables mis en surplomb de la société. Tel est l’enseignement d’auteurs comme Bodin, Hobbes et Spinoza. C’est bien pour cela que le concept de laïcité est compris par un catholique fervent comme Bodin.
Ce qui permet la laïcité, c’est la distinction entre sphère publique et sphère privée. Tant que cette distinction n’existe pas, on ne saurait parler de laïcité. De ce point de vue, la laïcité est héritière de la pensée du nominalisme et des débats entre clercs de la fin du XIe siècle au XIVe siècle, débats eux-mêmes nourris de la religion chrétienne et des apports de la philosophie antique. Mais la distinction entre ces sphères est mouvante, historiquement déterminée. Cela impose de reformuler constamment les matérialisations de ce principe.Certaines de ces matérialisations peuvent être contenues dans la loi. On parle beaucoup (et trop) de la loi de 1905 sur la séparation de l’église et de l’Etat, mais cette loi n’est pas à proprement parler une loi de laïcité. C’est une loi édictée dans un contexte particulier, qui vise à une forme de pacification de la question religieuse. De ce point de vue, les rappels, comme ceux de Jean-François Bayart, à la loi de 1905 sont inopérants car ils identifient et cantonnent la laïcité à des règles juridiques alors que la laïcité est un principe politique qui peut, selon les sociétés, prendre des formes juridiques différentes.
La question de la tolérance ne fixe que les limites qu’un individu s’impose à lui-même
La laïcité n’est pas la tolérance ni la liberté des cultesUne autre forme de confusion vient de l’assimilation de la laïcité, principe politique, avec une valeur individuelle, comme l’est la tolérance. Que cette dernière soit nécessaire à la vie en société, on n’en disconvient pas. Mais, la question de la tolérance ne fixe que les limites qu’un individu s’impose à lui-même. On est tolérant comme on est généreux, qualités importantes, mais non principes.
Un principe politique organise un espace, et se matérialise en règles spécifiques, c’est-à-dire en contraintes. Certaines de ses règles peuvent être des règles de liberté (la liberté de culte par exemple) mais d’autres sont des interdictions. Un des problèmes majeurs que rencontre aujourd’hui le principe de laïcité vient justement de l’incapacité de nombreuses personnes à se représenter la société autrement qu’à travers le rapport qu’elles ont directement avec cette dite société. D’où, bien évidemment, l’idéologie «il est interdit d’interdire», qui ne fait que donner une forme de slogan à l’individualisme le plus crasse. Or, dans le même temps que les sociétés capitalistes modernes «produisent» l’individualisme (au sens vulgaire du terme) de la manière la plus brutale, elles imposent – à travers la réalité de la densité sociale – la nécessité de penser la société à travers une vision holiste. On peut alors comprendre les tendances actuelles à réduire la laïcité à la tolérance, mais il convient de ne pas tomber dans ce piège.
La question de la séparation entre sphère publique et sphère privée
Cette question est centrale pour comprendre les formulations de ce principe politique qu’est la laïcité car les habitudes collectives, les techniques modernes (comme internet), refaçonnent en permanence cette séparation. Ce n’est bien souvent pas, ou mal, perçu par les personnes. Ainsi, Facebook est en réalité partie de la sphère publique comme tout une série de jugements le confirme. De même des habitudes de loisir, minoritaires au début du XXe siècle et aujourd’hui largement répandues, la tendance à la personnalisation effrénée des «politiques», ont tendu à faire bouger les lignes de séparation.
Cette même séparation ne saurait être stricte. D’une part en raison de la contribution de nos valeurs individuelles à notre vie en société, et d’autre part en raison des habitudes, coutumes, et comportements, qui constituent de ce point de vue le soubassement historique de TOUTE société, mais aussi les bases de leurs différences. Et cela explique en partie la spécificité «française» du débat, mais aussi la sensibilité légitime de la société française à la question du «burkini».
La séparation des sphères privées et publiques est toujours socialement contextualisée
L’un des facteurs les plus importants dans cette reconfiguration de la séparation entre sphère privée et sphère publique a été la reconnaissance (oh combien tardive) de l’égalité entre hommes et femmes. Cette reconnaissance s’inscrit, dans les sociétés d’Europe occidentale à la fois dans l’histoire longue (de «l’amour courtois» à la volonté des maris de préserver la vie de leurs épouses par des formes de contrôle des naissances dès le XVIIIe siècle) et dans l’histoire «courte», marquée par la Première Guerre mondiale et les mouvements qui ont associé la lutte pour des droits politiques, sociaux et démocratiques dans la seconde moitié du XXe siècle. Cela implique qu’une attention particulière doit être consacrée à ce qui, dans des comportements, peut constituer une tentative de remise en cause de cette égalité, et en particulier par des tentatives de marquage «au corps» visant à stigmatiser une soi-disant «infériorité» des femmes.Il en résulte que la séparation des sphères privée et publique est toujours socialement contextualisée. Ici encore, méfions nous des anachronismes qui cherchent à présenter comme invariant des formes nécessairement mouvantes ; nous ne sommes plus en 1905.
Les justifications de l’interdiction du «burkini»
Il faut alors considérer les motifs qui peuvent conduire à une interdiction de ce «vêtement» et les bases juridiques de cette dernière.
1. L’argument de la laïcité, qui est politiquement déterminant, n’est pas ici juridiquement le plus important. On comprend qu’une poignée, quelques milliers au plus, de personnes veuillent «tester» le principe de laïcité dans l’espoir, à terme, d’imposer comme «coutume» des pratiques publiques différentes entre appartenances religieuses. Mais ceci relève du projet politique et implique une réponse politique.
2. L’argument de «l’ordre public» est clairement déterminant dans le court terme, et c’est ce qui a justifié l’arrêt du tribunal administratif. A plus long terme la reconnaissance de la liberté de nos concitoyens musulmans à pratiquer leur religion passe certainement par des mesures strictes contre ces pratiques provocatrices, ainsi que le dit justement l’éditeur égyptien Aalam Wassef dans Libération. La République n’a pas à dicter le «dogme» de quelque religion que ce soit, mais elle a le devoir de mettre un terme aux provocations religieuses de certains, que ces provocations prennent des formes vestimentaires ou qu’elles prennent la forme de revendications à des séparations sur des espaces devenus publics de fait. Ici, clairement, le principe politique peut trouver une application juridique. En organisant l’invisibilité d’une religion sur un point, on autorise la pratique libre de cette dernière. De ce point de vue, parler d’un «salafisme laïque» comme le fait Bayard, relève de la plus totale irresponsabilité et d’une ignorance profonde du rapport entre principe politique et lois. Rappelons ici que la laïcité, comme tout principe d’organisation de l’espace politique, implique des interdictions comme corollaire à l’organisation d’espaces de liberté.
3. La question de l’égalité entre hommes et femmes devrait elle aussi trouver une application juridique. Rappelons que le principe en est inscrit dans le préambule de la Constitution. Dès lors tout «marquage au corps» peut être perçu comme une atteinte au principe d’égalité. C’est d’ailleurs bien comme cela que l’interprètent des personnes issues ou vivant dans des sociétés de tradition musulmane. Très clairement, sur ce point, la loi est défaillante.
Il faut rappeler que la laïcité n’est pas et ne peut pas être une «religion républicaine»
Construire la paix religieuse par la souverainetéNous sommes aujourd’hui confrontés à la question de la paix religieuse, comme élément de la paix civile. Cette question implique que des règles soient clairement tracées pour empêcher des groupes de monter des provocations. Cette paix implique qu’en contrepartie le libre exercice des cultes soit garanti, bien entendu dans le cadre de la loi. Cette paix implique aussi une intolérance absolue par rapport au soi-disant «délit de blasphème». Tout le monde peut rire ou critiquer TOUTE religion (ou toute philosophie). Ici, il faut rappeler que tous les Français ont le même droit à la critique. Ce qui a pour conséquence, aussi, qu’en ce qui concerne une fondation séculière chargée de s’occuper de la question du financement de la Fondation pour l’Islam de France il n’est pas absurde, contrairement à ce que d’aucuns pensent, qu’elle ait pour dirigeant une grande personnalité de la République. Il serait en effet très dangereux, et cela ouvrirait la porte au communautarisme, que l’on dise qu’une fondation pour l’Islam ne peut être dirigée QUE par un musulman, une fondation pour la religion catholique QUE par un catholique, etc. Le seul critère qui soit est celui de la compétence et de l’expérience, deux points qui sont remplis par Jean-Pierre Chevènement.
Il faut rappeler, enfin, que la laïcité n’est pas et ne peut pas être une «religion républicaine». C’est la vieille et funeste erreur de certains «laïcs» de la fin du XIXe siècle. La laïcité n’est pas cadre juridique et ne se réduit pas non plus à la loi de 1905. Les frontières entre sphère privée et sphère publique ont changé, à la fois du fait des évolutions de la société et du fait des mutations techniques que nous connaissons. Mais la notion de frontière, elle, demeure. La laïcité se matérialise différemment selon le contexte historique et culturel de chaque nation. La souveraineté nous impose de penser le «peuple» comme source de cette souveraineté et ce «peuple» est une construction politique, avec son histoire et ses traditions héritées de combats passés. Plus la souveraineté se délitera et plus les individus chercheront dans des appartenances de substitution, comme les appartenances religieuses, des remèdes à la perte du sentiment d’appartenance national. Plus elle se renforcera et plus la pacification de la société pourra progresser. Ce n’est que depuis que la souveraineté est ouvertement bafouée, contestée, que nous constatons cette remontée du problème religieux qui cache, en réalité, une forme de sentiment identitaire.
Source : russeurope.hypotheses.org
Du même auteur : Sisco, le «burkini» et une certaine «gauche»
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Chtchoukine sans Morozov (article dans « Kommersant »)
Фото: Musee d’Etat des Beaux‐Arts Pouchkine, Moscou
Щукин без Морозова
Анна Толстова о коммунальной судьбе коллекции Щукина12.08.2016
Одним из инициаторов проекта « Шедевры нового искусства. Собрание И.С. Щукина » стал внук коллекционера Андре-Марк Делок-Фурко, долгое время пытавшийся судиться с Россией из-за национализированного собрания деда, но позднее смирившийся с невозможностью реституции. Выставка сенсационна: впервые за последние 90 лет коллекция Щукина будет выставлена как отдельное целое.
Казалось бы, устойчивое словосочетание « Щукин и Морозов » вошло в русский язык так же прочно, как « Ильф и Петров » или « Комар и Меламид », словно бы Сергей Щукин (1854-1936) и Иван Морозов (1871-1921) вместе составляли какую-то творческую единицу. Меж тем лексическая единица « Щукин и Морозов » возникла сравнительно недавно, на волне косметической реставрации « России, которую мы потеряли ». В 1993-1994 годах вначале в Эссене, в Музее Фолькванг, а затем в Москве и Петербурге, в ГМИИ имени Пушкина и Эрмитаже, поделивших (позднее, правда, выяснится, что все же не поделивших) друг с другом две великие московское коллекции, прошла выставка « Морозов и Щукин — русские коллекционеры », вернувшая в историю отечественного искусства столь важные для нее имена. В 1970-е имена эти вообще не встречались в музейных буклетах и путеводителях (скупые сведения имелись только в научных каталогах), в 1980-е о них вспоминали чаще, но в полный голос заговорили только в 1990-е. Тогда-то и выяснились печальные подробности истории обоих собраний в советское время.
Личная судьба Щукина оказалась чуть менее несчастливой, чем судьба Морозова, не вынесшего расставания со своими картинами и умершего вскоре после отъезда за границу. Сбежав из России во Францию с семьей накануне специального декрета о национализации его сокровищ от 5 ноября 1918 года (эту коллекцию как особо ценную национализировали в первую очередь, с формулировкой « имеет общегосударственное значение в деле народного просвещения »), Щукин не бедствовал и даже смог приобрести несколько полотен Рауля Дюфи, которого проглядел до войны. Но оставшееся в Москве собрание, вскоре сделавшееся частью Государственного музея нового западного искусства (ГМНЗИ), просуществовало в неприкосновенности в родных стенах всего десять лет. Щукинский особняк в Большом Знаменском переулке приглянулся военному ведомству, и в 1928 году помещение пришлось очистить — было решено соединить обе коллекции, составлявшие основу и славу ГМНЗИ, в морозовском особняке на Пречистенке. Но поскольку сравнительно небольшое здание физически не могло вместить такую огромную экспозицию, кое-что еще в 1930-е отправили в Эрмитаж, в том числе ключевые для собрания Щукина вещи — « Разговор » Анри Матисса, « Портрет Солера » и « Дриаду » Пабло Пикассо. Далее последовал период гонений на модернизм и фактическое закрытие ГМНЗИ, окончательно расформированного в 1948-м, когда Академия художеств СССР вселилась в особняк на Пречистенке, полюбившийся ее президенту, всесильному Александру Герасимову. Фонды ГМНЗИ разделили между Эрмитажем и ГМИИ имени Пушкина — разумеется, о какой бы то ни было целостности коллекций речи при дележе быть не могло.

Анри Матисс. «Красная комната», 1908 год
Фото: Succession H. Matisse / Musee d’Etat de l’Ermitage, Saint-PetersbourgПосле эпохальной выставки 1993-1994 годов Эрмитаж, где при разделе оказались лучшие вещи Щукина и Морозова, и ГМИИ, где таковых не оказалось, вконец рассорились. В воздухе носились идеи новых музейных переделов, кто-то требовал репатриировать коллекции в столицу, кто-то — поделить все еще раз, чтобы в Петербурге образовался музей Щукина, а в Москве — Морозова, или наоборот, раз уж превратить в музеи особняки собирателей, оккупированные Министерством обороны и Академией художеств, не представляется возможным. Дело дошло до того, что музейное сотрудничество практически прекратилось: выставку к 150-летию Щукина, отмечавшемуся в 2004 году, ГМИИ готовил в гордом одиночестве — без участия Эрмитажа, и надо ли говорить, что она получилась, так сказать, половинчатой. Отношения стали налаживаться лишь в последние годы — сейчас оба музея работают над проектом виртуального воссоздания ГМНЗИ.
В середине 1990-х в ГМИИ все настойчивее говорили о том, что московские коллекции неплохо было бы вернуть в Москву,— тем более что в Эрмитаже в те же годы обнаружилась целая партия превосходных работ импрессионистов и постимпрессионистов, « неведомые шедевры » из частных коллекций крупных немецких промышленников и финансистов Отто Герстенберга, Отто Кребса и Бернхарда Келлера, привезенные в СССР в качестве трофеев. В Эрмитаже тогда отвечали, что раз уж речь идет о восстановлении целостности собраний, то неплохо было бы в обмен вернуть эрмитажных старых мастеров из ГМИИ в Петербург, ведь в годы сталинского музейного строительства императорскую картинную галерею так же резали по живому, вплоть до того, что разлучали парные картины, отсылая « половинки » Пуссенов и Каналетто в Москву. И напоминали, что первыми московские коллекции отважились выставить именно в Ленинграде.
Это правда. В начале 1960-х по инициативе заведующей отделом западноевропейской живописи Эрмитажа, любимой ученицы Николая Пунина Антонины Изергиной открылось то, что потом стали звать запросто « третий этаж Зимнего дворца »,— постоянная экспозиция импрессионистов, постимпрессионистов, Матисса и Пикассо. В январе 1963-го зрительский ажиотаж привел в Эрмитаж высокую московскую комиссию Академии художеств СССР в составе Владимира Серова, Евгения Вучетича, Матвея Манизера, Михаила Аникушина, Дементия Шмаринова (в неофициальных художественных кругах его звали не иначе как Кошмаринов) и других монстров соцреализма с целью запретить и наказать. Изергина, чьими стараниями в Эрмитаж как раз и попали самые радикальные произведения при разделе ГМНЗИ в 1948-м, мужественно парировала глубокомысленные аргументы академиков вроде « Такие художники, как Матисс, выражают полный маразм современного Запада » и отстояла постоянную выставку.

Анри Руссо. «Нападение тигра на буйвола», 1908–1909 годы
Фото: Musée d’Etat de l’Ermitage, Saint‐PetersbourgС известной натяжкой можно даже утверждать, что борьба двух музейных гигантов за наследство Щукина и Морозова, осложненная претензиями непосредственных наследников коллекционеров, которые, в частности, угрожали арестом вывозившимся на зарубежные выставки картинам, поспособствовала расширению и модернизации Эрмитажа и ГМИИ. ГМИИ возмущался, что в Эрмитаже некуда повесить крупноразмерные работы Мориса Дени и Пьера Боннара,— Эрмитаж бросался ремонтировать залы Главного штаба, чтобы выставить огромные декоративные панно, заказанные Дени и Боннару Морозовым, так отчасти и родилась концепция Главного штаба как музея модернизма и современного искусства. Тем временем и ГМИИ отделил щукинско-морозовские собрания от слепков, открыв специальную Галерею искусства стран Европы и Америки XIX-XX веков во флигеле голицынской усадьбы, где ранее помещался Музей личных коллекций. Более того, концепция будущего « Музейного городка » ГМИИ предполагает, что главный корпус усадьбы Голицыных — после реконструкции по проекту Юрия Аввакумова — превратится в особую Галерею искусства импрессионистов и постимпрессионистов. Можно не сомневаться, что в светлых и просторных аввакумовских залах им будет лучше, чем на нынешней темной и тесной экспозиции. Но собрание Щукина будет скорее всего по-прежнему перемешано с собранием Морозова — ведь, в отличие от американских, отечественные музеи обычно не снисходят до уважения к памяти коллекционера, и гмиишный Музей личных коллекций был редким исключением. Эрмитаж, например, открыл в залах Главного штаба целую « Галерею памяти Щукина и братьев Морозовых », но развесил работы не по собраниям, а как принято в музее — по хронологии и мастерам. Так что в зале Поля Сезанна, например, Щукин и Морозов встречаются со своими немецкими товарищами по несчастью Кребсом и Келлером, жертвы национализации — с жертвами трофейных комиссий. Вряд ли это то, о чем мечтал более чем добросовестный приобретатель Щукин, всегда честно плативший по счетам, когда после Февральской революции 1917-го соглашался « предоставить в общественную собственность свое всемирно прославившееся собрание » — на правах отдельной галереи.
Словом, парижская выставка « Иконы модернизма. Собрание Щукина », наконец-то отделяющая великого коллекционера от соперников и непрошеных коллег,— большое событие. И конечно, Сергей Щукин предстанет на ней во всем блеске своего независимого — он, в отличие от Ивана Морозова, советов у Валентина Серова или Мориса Дени не просил, действовал самостоятельно, на собственный страх и риск,— и авангардного вкуса. Купивший « Танец » и « Музыку » Матисса под дружное улюлюканье недалеких любителей изящного — Александр Бенуа назовет эту покупку подвигом. Оценивший Пикассо чуть ли не одновременно с Гертрудой Стайн. Открывший свой дом — этакое окно в революционно-артистический Париж — молодым художникам. Неслучайно на выставке, кроме 130 лучших работ щукинской коллекции, будет русский авангард, в воспитании которого Щукин сыграл кардинальную роль. Но, к сожалению, сегодня невозможно представить себе такую выставку, на которой будет не 130 лучших, а все 256 работ коллекции. Все Жан-Луи Форены, Морисы Лобры, Шарли Герены, Анри Мангены, Жаны Пюи, Фернаны Пие, Шарли Котте и другие полузабытые художники, служившие фоном героической эпохи. Их присутствие на выставке, безусловно, снизило бы пафос, но зато представило бы Щукина и его пресловутый вкус во всей полноте — страстей, опыта и ошибок трудных.
Сюзан Паже о коллекции Щукина в Fondation Louis Vuitton
Журнал « Коммерсантъ Weekend » №26 от 12.08.2016, стр. 23
Авторы: Анна Толстова Темы: Выставки и музеи
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La paranoïa américaine sur Poutine (New York Times)
America’s Dangerous ‘Putin Panic’
Ivan Krastev AUG. 8, 2016
SOFIA, Bulgaria — WILL Vladimir V. Putin, the president of Russia, elect the next president of the United States? My guess is not. But reading the avalanche of commentary about Russia’s alleged interference in American politics, one might think otherwise.
It reminds me a bit of the Russian satirist Victor Pelevin’s absurdist novella “Operation Burning Bush.” The story follows a humble Russian English-language teacher, endowed with a powerful voice, who is recruited for a special intelligence operation: to speak with President George W. Bush through an implant in the president’s tooth. Following the Kremlin’s instructions, the teacher, pretending to sound like God, gives the 43rd president the idea to invade Iraq. Later in the novel, we find out that in the 1980s, the Central Intelligence Agency conducted a similar operation — this time posing as Lenin’s spirit to convince Mikhail Gorbachev to initiate perestroika, setting off a chain of events that ended with the disintegration of the Soviet Union.
The C.I.A. didn’t actually do that, though it certainly engaged in its share of harebrained Cold War schemes. But in putting the two plots in contrast, Mr. Pelevin highlights the degree of paranoia that haunts Moscow — everything bad that happens in Russia is a result of an American covert operation. And while Mr. Pelevin wrote his story before the current American presidential campaign, it seems his point goes both ways.
It’s hard to underestimate the extent of Russia’s anti-American paranoia. Russia’s leaders take it as an article of faith that the mass protests in Moscow in 2011 and 2012 were orchestrated from abroad, and that Ukraine’s Euro-Maidan revolution in 2013 and 2014 was generated with Western resources and inspiration. Even the declining price of oil is, to them, a C.I.A. plot.
There’s a kernel of common sense in their madness. In an interdependent world where the borders between foreign policy and domestic politics are increasingly blurred, it follows that interference in the domestic politics of your adversaries — even your neighbors — is an easy and acceptable part of the game.
Still, it is striking just how far the same conspiratorial thinking has permeated the West. Commentators see Mr. Putin behind everything from Brexit and the wave of euroskepticism in Western Europe to the rise of Donald J. Trump in America. As sweeping as the Kremlin’s faith in Western malfeasance is, so, too, is the West’s “Putin panic.”
Every weekday, get thought-provoking commentary from Op-Ed columnists, The Times editorial board and contributing writers from around the world.
Of course, as the joke goes, just because you’re paranoid, it doesn’t mean they aren’t after you. It makes sense that Mr. Putin wants Mr. Trump to be the next American president (though he should be careful what he wishes for). And Democrats have every right to be concerned about possible meddling by Moscow in their party’s internal politics.But it requires an astounding level of exaggeration to believe that Russian interference will decide the election, or that Russia would even try to. The Kremlin’s actions are more akin to a black-arts version of the “democracy promotion” that the United States undertakes in countries like Russia, funding liberal NGOs as a way of challenging Mr. Putin’s monopoly on power. Annoying, and concerning, but hardly a threat.
The real problem is where the paranoia takes you. Western politicians and commentators are disturbingly eager to blame the impact of Russian propaganda or the manipulations of the Federal Security Service for the problems of our democracies. Mr. Putin obviously will benefit from Brexit, and may even have put a finger on the scale, but is that really the problem? And do we really believe that Mr. Trump’s xenophobic appeal would collapse overnight if the Kremlin put its power behind Hillary Clinton?
What is disturbing with the “blame Putin” stance endorsed by serious Western politicians, analysts and news media outlets is that it makes the Russian leader appear omnipotent while making the rest of us seem impotent. Casting blame in Moscow’s direction prevents us from productively discussing the grave problems we face as societies, and simplistically reduces the uncertainties and risks of an increasingly interdependent world to the great powers rivalry. It neither helps us better understand Russia and the nature of its government, nor makes it easier for us to have effective policy vis-à-vis Moscow.
Putin panic also unintentionally validates the Kremlin’s claim that Russia is strong and run by a great leader, at a moment when the Russian government fails to provide economic prosperity and social justice at home. It unwittingly amplifies Mr. Putin’s propaganda machine by fortifying Russia’s image as the world’s geostrategic ninja, disrupting elections and information networks without leaving a trace.
A “blame Putin” message is not only a propaganda trap; it is also questionable electoral strategy. Recent Pew Research Center surveys show that while most Americans and Europeans view the Russian president negatively, Americans do not feel particularly threatened by Moscow. What generally worries them are terrorism, radicalized Islam, cyberattacks, job loss, cheap Chinese exports and, above all else, migration. The obsession with Mr. Putin only strengthens the Republican message that the Democrats are out of touch with the concerns of ordinary Americans. Mr. Trump is the candidate from hell, but our Putin obsession makes Mrs. Clinton look as the candidate from yesterday.
In today’s crazy world, keeping America sane should be the next president’s top priority. Getting over our Putin paranoia will be a welcome first step at eroding Russia’s destabilizing international influence.
Ivan Krastev is the chairman of the Center for Liberal Strategies, a permanent fellow at the Institute for Human Sciences in Vienna and a contributing opinion writer.
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Interview de Suzanne Pagé sur l’exposition à venir de la Collection Chtchoukine chez Vuitton

«Он упорно забирался в те области, где художники ломали правила»
Сюзан Паже о коллекции Щукина в Fondation Louis Vuitton12.08.2016
В Париже в октябре открывается выставка « Шедевры нового искусства. Собрание И.С. Щукина ». Вещи из ГМИИ имени Пушкина и Государственного Эрмитажа, входившие в состав знаменитой коллекции, а затем составлявшие основу Государственного музея нового западного искусства, соберутся вместе под крышей Fondation Louis Vuitton. Алексей Тарханов поговорил об октябрьском событии с художественным директором музея Сюзан Паже
Сюзан Паже входит во все мыслимые списки самых влиятельных женщин современного искусства. До того как возглавить Fondation Louis Vuitton, она прославилась своей работой в Парижском музее современного искусства, дважды была куратором французского павильона на Венецианской биеннале, входила в жюри главных художественных премий. С 2006-го она — художественный директор Fondation Louis Vuitton, нового музея, открывшегося в 2014-м в здании, построенном для него Фрэнком Гери.
Что самое интересное для вас на октябрьской выставке?
Пути искусства в ХХ веке, идущие из Франции, проходят через Россию, Москву. У вас в Москве начинает происходить нечто очень важное, появляется новый художественный центр силы. И все это — усилиями одного-единственного человека, одного русского богача, выдающегося коллекционера, создателя одного из главных собраний века. Это говорит нам о важности даже одиноких усилий и о мощи человеческой страсти.
Этот человек — Сергей Иванович Щукин — давно умер, а его коллекция давно не существует. Знают ли о ней во Франции? И если знают, то что?
Среди профессионалов не найдешь никого, кто не знал бы про эту коллекцию. Она — часть мифологии нового искусства. Для французской публики, как, впрочем, думаю, и для публики в России, это не самая известная история. Тем более пора ее рассказать заново.
К вещам из собрания Щукина куратор выставки, бывший директор Музея Пикассо Анна Балдассари, добавляет работы русского авангарда, появившиеся много позже.
Искусство кормит искусство, и коллекция Щукина служила маяком для авангардистов тех времен. Мне кажется, эти вещи тоже важно показывать, возможно, сам коллекционер это бы одобрил.
В частный музей — Fondation Louis Vuitton — отправляются удивительные вещи, которые в таком составе никогда не покидали Россию. Ни один государственный музей во Франции, мне кажется, не смог бы себе позволить такую роскошь.
Fondation Louis Vuitton — такой же музей, как и все остальные. То, что его финансирует глава LVMH Бернар Арно, никак не меняет его миссии. Наоборот, открывает новые возможности. Тот же « Танец » Матисса только что был у нас на выставке « Ключи страсти ». Как и « Крик » Мунка, например. Так что нам свойственно принимать замечательные работы, что нисколько не уменьшает нашей глубокой благодарности Эрмитажу и Пушкинскому музею.
Как в русской частной коллекции оказались самые знаменитые произведения французского искусства? Щукин ведь приезжал в Париж не за тем, что уже было известно и прославлено, а за тем, что только появлялось, чему еще не было названия.
В коллекции Щукина меня больше всего поражает эволюция ее создателя. Путь собирателя, который начинает с романтических и классических работ, потом приходит к импрессионистам. Это важный момент, но он идет дальше, меняя свою палитру, превращая свою коллекцию в нечто большее, чем просто собрание картин. Он вдруг понял, что искусство уносит вас очень далеко, но, чтобы зайти так далеко, надо многое знать и исследовать, надо иметь опыт и, наконец, смелость, чтобы принять на себя такой риск.
То есть в коллекции Щукина вас больше всего интересует сам Щукин?
Да, его жизнь и его сила. Он коллекционирует не комфортабельное, уютное искусство — а ведь он покупает картины для своего собственного дома. Жить среди таких вещей — пребывать в состоянии постоянного стресса. Меня поразила история с « Танцем ». Мы считаем его шедевром, но посмотрите на него глазами современников. Эту работу Матисса все ненавидят в Париже: вместо красоты он воспевает какое-то уродство. В первый раз уродство возводится в ранг искусства. Голые люди, это же шокирует, что это? Искусство ли это вообще? И мне нравится то, что Щукин сам не уверен в своем выборе, он не знает, вывешивать ли эту работу при входе в свой дом или нет. Он колеблется и, наконец, уже в Москве решается и еще дополняет « Танец » — парной ему « Музыкой »! В этом сила настоящего коллекционера. В момент, когда судьба Матисса как художника под угрозой, он его поддерживает, мотивирует, заставляет работать дальше.
Вы считаете, что речь идет об уникальном даре предвидения?
Щукин не всегда предвидел, куда он идет, его критиковали и проклинали, но он упорно забирался в те области, где происходило самое удивительное, где художники ломали правила. Это поразительно, как человек, обладавший незаурядными познаниями в искусстве, доверился не книгам, не советчикам, а своему собственному глазу. Он уступил своей страсти, своему внутреннему пламени. В моих глазах — в этом его успех.
Подробнее: http://www.kommersant.ru/doc/3054554
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by Tyler DurdenA ug 9, 2016 7:23 PM











