Auteur/autrice : Jean-Claude
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Sviatoslav Vakartchouk, chef du groupe rock ukrainien « L’Océan d’Elsa » sur le vrai nationalisme
Мой ключевой посыл сегодняшней лекции в следующем: нам нужно перестать строить государство, основанное на кровном патриотизме, и начать строить государство, основанное на конституционном.
Украина, которую часто сравнивают с Польшей — далеко не Польша. У нас никогда не было национальной однородности, мы никогда не говорили только на одном языке. Да, мы являемся наследниками великой истории, начиная с Киевской Руси и дальше.
Этих вещей нельзя достигнуть просто тем, что мы каждый день будем поднимать флаг и петь гимн, они достигаются борьбой за простые, понятные принципы: один закон для всех, честный суд, отсутствие коррупции, свобода слова, свобода предпринимательства и четкое исполнение обязанностей каждым гражданином.
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Jacques Sapir sur le « hollandisme »
Jacques Sapir
Quelle est donc la stratégie de François Hollande, et en à-t-il simplement une ?
Hollande et le champ de ruines
C’est la question que l’on peut légitimement se poser au sortir de cette « séquence » politique qui l’a vu au milieu des ruines de la « gauche » (1) en face à une opinion en voie d‘exaspération. Alors que son gouvernement se déchire en plein jour, le comportement d‘enfant gâté d‘Emmanuel Macron en indisposant beaucoup — dont le Premier-ministre — et non sans quelques bonnes raisons, alors que la Police et l’Armée sont en proie au doute, l’expression d’un dessin clair, susceptible de rassembler les français serait la moindre des choses que l’on pourrait attendre d’un Président de la République. Mais, François Hollande préfère louvoyer, ruser, et prendre la tangente. Cela n’implique pas qu’il n’ait pas un « plan », sauf que ce dernier relève plus de la « combinazione » que du projet stratégique. Son seul souci est, visiblement, de rester au pouvoir. Il convient de comprendre comment il veut y parvenir.
La manœuvre Hollande
Le plan du Président relève de la politique politicienne, et en même temps il est transparent. C’est d‘ailleurs cela son principal défaut. Il s’agit de faire le vide sur sa gauche pour se présenter comme l’ultime recours, ou le moindre mal, tant face à la droite, afin d’être présent au second tour que face au Front National, contre lequel il espère un réflexe de « Front Républicain ». Mais, ce plan prend l’eau en de multiples endroits. Non que la droite française, celle qu’incarnent « Les républicains » soit inférieure à ses attentes. Dans la liste déprimante des candidats à la primaire des droites, c’est un concours à celui qui dira les platitudes les plus éculées sur l’Europe, à celui qui présentera le programme le plus réactionnaire.
Les mille et un malheurs de François Hollande
Passons sur le cas de Nicolas Sarkozy, qui vire au cas pathologique et qui n’espère plus qu’en des manœuvres d‘appareil pour triompher de ses adversaires. Alain Juppé, dont on a dit qu’il était passé de la rigidité à la momification, processus à peine interrompu par une brève crise de jeunisme, propose un programme largement décalqué de celui de François Fillon et ont l’application accentuerait la récession actuelle du pays. Rappelons que les études du FMI sur le « multiplicateur des dépenses publiques » (2) montrent qu’une réduction importante de ces dernières (et Juppé évoque 75 milliards d‘euros soit 3,75% du PIB annuel) auraient des conséquences désastreuses sur la croissance et l’économie (3). François Fillon est, quant à lui, passé du séguiniste au thatchérisme avec trente-cinq ans de retard et Bruno Le Maire, dont les performances à Bruxelles n’avaient pas retenu l’attention, n’a pour atout que sa relative nouveauté qui ne cache que faiblement la nullité de son discours. Ces discours tenus par la droite sont en réalité congruents à ceux de la « gauche » de gouvernement. Ils se plient tous à ce qu’exige l’Union européenne et la logique de l’Euro.
Bref, la droite peut se plier à la « combinazione » de François Hollande en donnant d’elle-même un visage suffisamment repoussant. Mais cela ne suffira pas.L’obstacle Mélenchon
François Hollande, pour pouvoir se représenter doit faire le vide à gauche. S’il a exécuté le groupe écologique, et rarement aura-t-on vu de victimes d‘une exécution plus consentante, il ne pourra se défaire aussi aisément de son seul adversaire à gauche: Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier est en passe de gagner son pari. Il s’est dégagé du piège de la primaire à gauche, et sa candidature n’est plus aujourd’hui contestable. Il est d‘ailleurs crédité dans les sondages de scores supérieurs à 10% et se rapprochant de ceux de François Hollande. Dès lors, il est clair qu’il va devenir la cible des attaques des caciques du P « S » et de sa presse aux ordres.
Mélenchon : une gauche décomplexée
La violence de ces attaques peut être déduite par la mésaventure arrivée à la compagne de Fréderic Lordon, débarquée du Nouvel Obs sous le risible prétexte qu’elle aurait écrit des articles anti-démocratique. Diable, on ne savait pas ce journal si délicat, lui qui pratique la désinformation de manière systématique sur certains sujets. En réalité, on est en présence de méthodes de gangsters. Elles sont cohérentes avec la dérive clientéliste que le P « S » connaît, que ce soit sur Marseille ou dans le Nord. Elles visent aujourd’hui Lordon en raison de son engagement dans Nuit Debout. Elles viseront demain Mélenchon. On peut déjà discerner l’axe de cette campagne. Publiquement, il va s’agir de retirer sa légitimité à Mélenchon, par des attaques haineuses mais aussi en suscitant ans son propre camp des adversaires. Les tentatives pour promouvoir des candidats alternatifs en font partie. Mais, dans le secret des rencontres et des tractations d‘état-major, on va tenter quelque chose de plus radical. Il va s’agir de le priver des 500 parrainages dont il a besoin en faisant pression sur la direction du PCF qui peut être sensible à l’argumentation de circonscriptions électorales.
La chance, pour Mélenchon, est d‘une part sa stature politique — qui le met largement au-dessus des adversaires potentiels dans son propre camp — et d‘autre part qu’une partie de l’appareil et des militants du PCF, lassée des atermoiements européistes de la clique de Pierre Laurent, se refusera à entrer dans ces manœuvres indignes. On en veut pour preuve l’appel de plusieurs dirigeants du PCF, dont Mme Marie-George Buffet, à soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Or, si Jean-Luc Mélenchon peut aller jusqu’au premier tour, François Hollande n’aura quant à lui aucune chance de figurer au second. Bien sûr, on agitera le spectre de 2002 devant les électeurs de gauche. Mais, la politique du gouvernement les aura durablement dégoutés d’un candidat P « S ». Les dégâts provoqués par la loi El-Khomri et les cassures engendrées par le mouvement actuel sont profonds. En fait, c’est le « tournant libéral » de la politique de François Hollande qui est en cause. Or, ce tournant est le produit d’une politique qui sacrifie les travailleurs français aux illusions des européistes de Bruxelles. Et cela les français ne le pardonnent pas, et ne le pardonneront pas en 2017, à François Hollande.L’effondrement du « hollandisme »
Après la motion de censure rejetée, les protestations devant l’Assemblée nationale
L’effondrement de la manœuvre conçue par François Hollande est donc plus que probable. Mais, il n’est pas dit qu’il profite à Mélenchon. Assurément, ce dernier est pratiquement sûr de faire un bon score au premier tour de l’élection présidentielle, sans doute autour de 13%, voire plus. Peut-être même pourrait-il faire jeu égal avec Hollande, ce qui serait symboliquement important. Mais après? Tout cela reste dans le cadre du premier tour, or c’est au second que se décide l’élection. Il manque pour l’instant à sa campagne cette fibre patriotique, cette revendication faite haut et clair de la souveraineté nationale, pour qu’il puisse prétendre incarner la totalité de la gauche historique.
Cet effondrement ouvrira, selon toutes probabilités, la porte du second tour à un duel entre Marine le Pen et Alain Juppé. Et l’on entend d’ores et déjà se roder le discours sur le « Front Républicain » Si, d‘ores et déjà, on voit des représentants de la « gauche » se préparer à passer avec armes et bagages dans le camp du maire de Bordeaux, il n’en est pas encore de même pour les électeurs. C’est là que se noue la véritable contradiction entre le « plan » de François Hollande et sa politique. Il est en effet probable que la politique actuelle du gouvernement en poussera une bonne partie vers l’abstention. Il suffirait qu’une grande partie de ces derniers s’abstiennent pour que l’effondrement du « hollandisme » soit total.(1) Sapir J., « Hollande et les décombres », not publiée sur RussEurope le 13 mai 2016, https://russeurope.hypotheses.org/4948
(2) Blanchard O., et D. Leigh, « Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers », IMF Working Paper, WP/13/1, FMI, Washington D.C., 2013
(3) A. Baum, Marcos Poplawski-Ribeiro, et Anke Weber, « Fiscal Multipliers and the State of the Economy », IMF Working papers, WP/12/86, FMI, Washington DC, 2012
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Antoine Pevsner au MNAM en mai 2016
Voici les images (très « amateur » mais parlantes!…) que j’ai prises de la nouvelle présentation des oeuvres d’art au MNAM. Pevsner est largement et bien représenté, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir, en particulier, il faut saluer les nouvelles salles qui sont consacrées à de grands critiques ou historiens de l’art avec les artistes ou les mouvements qu’ils ont soutenus. C’est ainsi que Pevsner est magnifiquement présent dans la salle des grands critiques et historiens de l’art suisses Carola Weckler-Giedon et Siegfried Giedon.

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Charles Péguy et Jeanne d’Arc
Charles Péguy
Le Porche du mystère de la deuxième vertu (1912)
« La petite Espérance s’avance entre ses deux grandes sœurs
et on ne prend pas seulement garde à elle.
Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin
raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route
entre ses deux sœurs la petite espérance
S’avance.
Entre ses deux grandes sœurs.
Celle qui est mariée.
Et celle qui est mère.
Et l’on n’a d’attention, le peuple chrétien n’a d’attention
que pour les deux grandes sœurs.
La première et la dernière.
Qui vont au plus pressé.
Au temps présent.
A l’instant momentané qui passe.
Le peuple chrétien ne voit que les deux grandes sœurs, n’a
de regard que pour les deux grandes sœurs.
Celle qui est à droite et celle qui est à gauche.
Et il ne voit quasiment pas celle qui est au milieu.
La petite, celle qui va encore à l’école.
Et qui marche.
Perdue dans les jupes de ses sœurs.
Et il croit volontiers que ce sont les deux grands
qui traînent la petite par la main.
Au milieu.
Entre les deux.
pour lui faire faire ce chemin raboteux du salut.
Les aveugles qui ne voient pas au contraire.
Que c’est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs.
Et que sans elle elles ne seraient rien.
Que deux femmes déjà âgées.
Deux femmes d’un certain âge.
Fripées par la vie.
C’est elle, cette petite, qui entraîne tout. »(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, pp. 176-177)
Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912)
« Il pense avec tendresse à ce temps où il ne sera plus.
Parce que n’est-ce pas on ne peut pas être toujours.
On ne peut pas être et avoir été.
Et où tout marchera tout de même.
Où tout n’en marchera pas plus mal.
Au contraire.
Où tout n’en marchera que mieux.
Au contraire.
Parce que ses enfants seront là, pour un coup.Ses enfants feront mieux que lui, bien sûr.
Et le monde marchera mieux.
Plus tard.
Il n’en est pas jaloux.
Au contraire.
Ni d’être venu au monde, lui, dans un temps ingrat.
Et d’avoir préparé sans doute à ses fils peut-être un
temps moins ingrat.
Quel insensé serait jaloux de ses fils et des fils de ses fils.Est-ce qu’il ne travaille pas uniquement pour ses enfants.
Il pense avec tendresse au temps où on ne pensera plus
guère à lui qu’à cause de ses enfants. »(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, p. 546)
Le mystère de la Charité de Jeanne d’Arc (1910)
« Vous vous attardez, paroisses vous vous attardez à produire des saintes et des saints les plus grands. Et pendant ce temps-là, sans avertir, sans prévenir personne, une petite paroisse de rien du tout avait enfanté le saint des saints. D’un seul coup, du premier coup, elle était arrivée, elle avait enfanté le saint des saints. Dans un éclair elle avait réussi, elle avait fait ce qui ne se refera jamais plus, elle avait fait, enfanté celui qui éternellement ne s’enfantera plus. Et comme vous autres, paroisses, vous avez pour patrons saint Crépin et saint Crépinien, tout de même, Bethléem, tu as pour patron saint Jésus. D’autres ont saint Marceau et saint Donatien; et Rome a saint Pierre. Mais toi, Bethléem, petite paroisse obscure, petite paroisse perdue, toi maline tu as saint Jésus, et nul ne pourra te l’enlever éternellement jamais. Car il est ton propre patron, comme saint Ouen est le patron de Rouen. Car c’est ce saint-là que tu as mis au monde; un jour du monde que tu as mis au monde. Tu as produit ce saint-là, tu as enfanté ce saint-là. Et nous autres nous ne sommes que des petites gens.
Et il n’y aura plus que de petites gens, depuis qu’une paroisse est venue, qui a tout pris pour elle.
Avant même qu’on ait commencé. Il n’y aura plus jamais, éternellement jamais, que des petites gens. »(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, p. 403)
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« L’Inconnue » de Blok
Александр Блок
По вечерам над ресторанами
Горячий воздух дик и глух,
И правит окриками пьяными
Весенний и тлетворный дух.Вдали над пылью переулочной,
Над скукой загородных дач,
Чуть золотится крендель булочной,
И раздается детский плач.И каждый вечер, за шлагбаумами,
Заламывая котелки,
Среди канав гуляют с дамами
Испытанные остряки.Над озером скрипят уключины
И раздается женский визг,
А в небе, ко всему приученный
Бесмысленно кривится диск.И каждый вечер друг единственный
В моем стакане отражен
И влагой терпкой и таинственной
Как я, смирен и оглушен.А рядом у соседних столиков
Лакеи сонные торчат,
И пьяницы с глазами кроликов
«In vino veritas!»* кричат.И каждый вечер, в час назначенный
(Иль это только снится мне?),
Девичий стан, шелками схваченный,
В туманном движется окне.И медленно, пройдя меж пьяными,
Всегда без спутников, одна
Дыша духами и туманами,
Она садится у окна.И веют древними поверьями
Ее упругие шелка,
И шляпа с траурными перьями,
И в кольцах узкая рука.И странной близостью закованный,
Смотрю за темную вуаль,
И вижу берег очарованный
И очарованную даль.Глухие тайны мне поручены,
Мне чье-то солнце вручено,
И все души моей излучины
Пронзило терпкое вино.И перья страуса склоненные
В моем качаются мозгу,
И очи синие бездонные
Цветут на дальнем берегу.В моей душе лежит сокровище,
И ключ поручен только мне!
Ты право, пьяное чудовище!
Я знаю: истина в вине.24 апреля 1906
_________________________________* In vino veritas! — Истина — в вине! (лат.)
Traduction de Serge Venturini
L’INCONNUE (Neznakomka)
24 avril 1906 – (Ozerki)
Alexandre Blok
Après le dîner, sur les restaurants,
L’air visqueux brûle, glauque, étouffant,
Et le printanier esprit putrescent
Surnage des cris rauques de soûlards.
En haut de la rue sale à peine luit
L’enseigne d’or de la boulangerie,
Et dans l’ennui des villas de banlieue,
L’on entend geindre un enfant qui crie.
Chaque soir, derrière les barrières,
Se promènent les filous, les roublards,
Leur chapeau melon en arrière
Avec les dames près des caniveaux.
Sur le lac grincent les tolets des rames,
Retentit le cri strident des femmes.
La lune blasée là-haut dans le ciel
Fait grimacer son disque sans raison.
Soir après soir, au fond de mon verre
Vient se refléter mon unique ami,
Par l’âpre et mystérieuse moiteur,
Coi comme moi, comme abasourdi.
Tandis qu’aux tables voisines passent
Des serveurs somnolents qui paradent,
Quelques ivrognes aux yeux de lapins
Qui braillent leur « In vino veritas ! »
Pourtant, chaque soir, à la même heure,
(ou bien n’est-ce là qu’un de mes rêves ?)
Forme élancée de soie enroulée,
Bouge au-delà d’une fenêtre embuée.
Et, lentement, parmi les gens ivres,
Sans compagnie, toujours solitaire,
Respirant les parfums et les fumées
Elle vient s’asseoir près de la fenêtre.
Et les croyances anciennes remuent
Ses onduleuses soies élastiques,
Et son chapeau aux plumes endeuillées,
Et dans ses bagues ses doigts effilés.
Captivé d’étrange proximité,
À travers son obscure voilette,
J’entrevois des rivages enchantés,
De bienheureux lointains émerveillés.
D’obscurs mystères me sont révélés.
À moi l’on confie tout l’or de quelqu’un.
Et tous les rayons d’or de mon âme
Sont noyés dans l’âpreté du vin fort.
Les plumes d’autruche toutes courbées,
Balancent en mon cerveau allumé.
Et les yeux bleus où je vais me noyer
Fleurissent sur des rivages lointains.
Dans mon âme repose un trésor,
Je suis le seul à en avoir la clé.
Eh ! tu as raison, — monstre ivre-mort !
Je sais — dans le vin est la vérité !

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Alexeï Khomiakov sur l’état du christianisme occidental vers 1850
Alexeï Khomiakov, « Quelques mots par un chrétien orthodoxe sur les communions occidentales à l’occasion d’un mandement de Mgr l’Archevêque de Paris » (1857)
« Le triomphe définitif du scepticisme religieux n’est point encore arrivé; mais même au temps présent [au milieu du XIXe siècle!] l’Europe occidentale tout entière peut être considérée comme n’ayant aucune religion, quoiqu’elle n’ose point se l’avouer. Les individus sont tourmentés du désir d’en avoir une, et n’en trouvant pas, se contentent généralement de ce que les Allemands ont fort bien nommé religiosité – mot admirablement ironique qui correspond du reste à la religion subjective de Néander et fait le revers de la foi du charbonnier. Les États, c’est-à-dire les gouvernements comprenant fort bien les avantages sociaux d’une religion quelconque, surtout pour les classes inférieures du peuple, font semblant d’en avoir une pour ne pas se trouver face à face avec une incrédulité patente. (Cela n’empêche pas certainement les gouvernants d’avoir quelquefois, comme individus, une certaine dose plus ou moins forte de religiosité)
Tous, gouvernants et gouvernés, sont dirigés par le précepte machiavélique : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer », mais tous, gouvernants et gouvernés se contentent soit d’un fantôme, soit d’un à peu près de religion. L’expression la plus claire de l’état présent serait peut-être de dire que l’idée latine de religion l’a emporté sur l’idée chrétienne de foi, et c’est ce que le monde n’a pas encore remarqué. Le monde sans foi tient à avoir une religion quelconque; de la religion en général. Ainsi l’incrédulité seule a de la franchise, et elle est le plus souvent attaquée non parce qu’elle est incrédule et en cela mauvaise, mais parce qu’elle est franche et en cela bonne et noble. L’indignation publique poursuit le pair de France qui proclame du haut de la tribune sa propre incrédulité et celle de ses auditeurs; l’indignation publique poursuit le poète dont les oeuvres sont l’hymne de l’athéisme (Pauvre et admirable Shelley! Les accents de son incrédulité sont souvent pleins d’un christianisme qu’il n’a jamais compris, et ne devraient inspirer qu’une profonde compassion pour cette noble intelligence si fatalement égarée.) elle poursuit le savant qui sape par de laborieuses recherches les bases d’une religion à laquelle il ne croit pas; mais l’indignation publique n’a rien à dire à l’hypocrisie religieuse, qui est pour ainsi dire l’unique religion de l’Occident. »
A.S. Khomiakov, L’Église latine et le Protestantisme au point de vue de l’Église d’Orient,Vevey, Xenia, 2006, p. 148-149








