Auteur/autrice : Jean-Claude

  • Jacques Attali et la Russie et l’Ukraine

    La France devrait se libérer de l’influence de responsables politiques prêts à créer un ennemi imaginaire pour justifier leur propre existence, estime Jacques Attali.

    Sarkozy hostile à une nouvelle guerre froide avec la Russie
    La Russie doit être une alliée de la France, affirme l’écrivain et économiste français Jacques Attali dans le blog qu’il anime sur la page de L’Express.
    « Nous pouvons être entraînés dans une guerre absurde, contre ceux qui devraient être nos alliés dans d’autres combats infiniment plus importants », a déclaré M. Attali.

    L’ancien Chef du Quai d’Orsay se prononce sur les relations franco-russes
    Dans son article « La Russie doit être notre alliée », le fondateur de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement souligne que la France doit se dégager de l’influence délétère de ceux qui, comme l’Otan, sont prêts à inventer un ennemi imaginaire pour justifier sa propre existence.
    « Il est urgent de proposer à nos partenaires européens de parler à la Russie comme un allié potentiel et non comme un ennemi imaginaire », a indiqué M. Attali.

    Il a appelé à ne pas croire ceux qui prétendent que la Russie voudrait agresser la Pologne et les pays baltes.

    La France devrait se libérer de l’influence de responsables politiques prêts à créer un ennemi imaginaire pour justifier leur propre existence, estime Jacques Attali.

    Sarkozy hostile à une nouvelle guerre froide avec la Russie
    La Russie doit être une alliée de la France, affirme l’écrivain et économiste français Jacques Attali dans le blog qu’il anime sur la page de L’Express.
    « Nous pouvons être entraînés dans une guerre absurde, contre ceux qui devraient être nos alliés dans d’autres combats infiniment plus importants », a déclaré M. Attali.

    L’ancien Chef du Quai d’Orsay se prononce sur les relations franco-russes
    Dans son article « La Russie doit être notre alliée », le fondateur de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement souligne que la France doit se dégager de l’influence délétère de ceux qui, comme l’Otan, sont prêts à inventer un ennemi imaginaire pour justifier sa propre existence.
    « Il est urgent de proposer à nos partenaires européens de parler à la Russie comme un allié potentiel et non comme un ennemi imaginaire », a indiqué M. Attali.

    Il a appelé à ne pas croire ceux qui prétendent que la Russie voudrait agresser la Pologne et les pays baltes.

    L’Occident doit comprendre les préoccupations de la Russie
    « Ne nous laissons pas non plus entraîner par ceux qui prétendent inviolables les frontières de l’Europe quand cela les arrange et qui ne se sont pas opposés à la sécession de la Slovaquie, à la partition de la Yougoslavie ni même au redécoupage des frontières lors de la naissance du Kosovo », a affirmé l’écrivain.
    M. Attali est persuadé que l’Occident doit cesser de soutenir le gouvernement ukrainien.

    « Il est en effet totalement absurde de se poser en défenseur d’un gouvernement ukrainien aussi incohérent que les précédents, incapable de proposer un programme de reconstruction de l’Etat, et qui ne trouve pas mieux pour exister que de réaffirmer que le russe, langue maternelle d’une partie significative de sa population, n’est plus langue nationale », a souligné Jacques Attali.

    « Il est en effet totalement absurde de se poser en défenseur d’un gouvernement ukrainien aussi incohérent que les précédents, incapable de proposer un programme de reconstruction de l’Etat, et qui ne trouve pas mieux pour exister que de réaffirmer que le russe, langue maternelle d’une partie significative de sa population, n’est plus langue nationale », a souligné Jacques Attali.

  • 50.000 morts dans la guerre civile ukrainienne (Frankfurter Allgemeine Zeitung)

    Спецслужбы Германии насчитали 50 тыс. погибших в ходе вооруженного конфликта на Украине. Такая информация была опубликована в воскресенье в немецкой газете Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. По мнению немецкой разведки, данные официальных источников по погибшим на востоке Украины могут быть «слишком заниженными и не заслуживающими доверия».

    «По оценкам немецких спецслужб, вероятное число погибших украинских военнослужащих и мирных жителей достигает 50 тыс. человек. Эти цифры почти в десять раз больше, чем заявленные официальные данные», — сообщает со ссылкой на собственные источники немецкое издание Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. Источники издания в силовых кругах уверены, что официальные данные о жертвах «однозначно занижены и неправдоподобны».

    Как Киев приготовился к миру
    Выступая перед журналистами в Мюнхене президент Украины Петр Порошенко заявил, что Киев «в любое время готов объявить полное безусловное прекращение огня» на востоке Украины
    Ранее в ходе Мюнхенской конференции данные о погибших в Донбассе озвучил президент Украины Петр Порошенко. «Украинские войска, солдаты защищают свое Отечество, пали в бою 1 тыс.432 солдата. Более 5,6 тыс. мирных жителей были убиты, и количество убитых мирных граждан все время увеличивается»,— заявил президент.

    По последним данным ООН, жертвами противостояния в Донбассе стали 5 тыс. 358 человек, ранены более 12 тыс. человек.
    Подробнее: http://www.kommersant.ru/doc/2663611

  • Bernard-Henri Lévy fait de l’esprit

    Bernard-Henri Lévy fait de l’esprit.

    Bernard-Henri Lévy fait de l’esprit. Très bien. On en déduit qu’il est en forme. Et il est même tellement en forme qu’il nous invite à voler au secours de l’Ukraine.
    De cette « nouvelle Ukraine née il y a an sur le Maïdan ». Comme est née, faisant exulter les démocraties occidentales, une nouvelle Lybie. Après tout, les cadavres, avec ce qu’on a maintenant de pétrole à fort bon marché, ce ne sont que de simples dégâts collatéraux.

    Le cas de l’Ukraine est encore plus saisissant. Les Lybiens ne mourraient pas en serrant contre le coeur le drapeau de l’UE. Si on en croit Monsieur-je-me-prends-pour-Sartre, de jeunes Ukrainiens sont morts pour l’Europe place Maïdan, abattus par les snipers de Ianoukovitch. Il est vrai que ces jeunes dupes-paix à leurs âmes- avaient été leurrés par les velléités pro-européistes du Président déchu. Un jour sur deux on allait dans le sens d’une intégration économique avec l’UE, un jour sur deux on y renonçait, incertain du résultat et de l’éventuelle réaction de Moscou. Mais de là à dire que ces jeunes pro-Maïdan étaient prêts à mourir pour l’Europe, il faudrait arrêter le pratique vicieuse des reductio ad absurdum.

    S’y ajoute le fait que cette Europe tant revendiquée par ces jeunes idéalistes tombés sous les balles de snipers anonymes, loin d’être représentée par le drapeau bleu piqué d’étoiles scintillantes, incarnait plutôt un pays sans corruption, un pays où il y a du boulot. C’était l’Europe en Ukraine et non l’Ukraine en Europe avec toutes ses « valeurs » spécifiques inapplicables aux réalités du monde eurasiatique parce qu’incompatibles et indésirables. Cette nouvelle Ukraine que M.BHL oppose à l’ancienne dans une récente tribune du 25 janvier publiée sur les pages de Libé, n’a-t-elle pas concentré toute la haine inqualifiable et délirante que les oligarchies sans foi ni racines nourrissent vis-à-vis des peuples,notamment des peuples non-alignés? Cette nouvelle Ukraine, n’est-elle pas celle de la division? Le Donbass ne veut plus entendre parler de Kiev, notre philosophe n’a qu’à y faire un tour pour en avoir le coeur net. Les populations d’origine roumaine et hongroise appelées sous les drapeaux ont préféré regagner leur bercail historique en attendant la fin de la mobilisation dans des motels de l’autre côté de la frontière. Le nombre de réfugiés ukrainiens en Russie-car il est fréquent que les victimes cherchent refuge chez leur agresseur!-oscille entre 2 millions et 2,5 millions de personnes. Enfin, quid des cyborgues dont une partie,une fois sur le terrain, rejoint l’insurrection concevant avoir été trompée puis balancée dans une guerre fratricide qui sera une défaite et pour le pays(émietté), et pour les deux parties en conflit?

    Si la Novorossia perd, c’est l’Ukraine qui perdra. Les gagnants ne sont pas ukrainiens. Ils se moquent des Ukrainiens comme ils se moquent éperdument des Syriens massacrés par une opposition djihadiste aussi mondialiste qu’eux-mêmes. Normal. Quand on est de la caste des élus,on peut se permettre de régler en untermensch. Cela me fait penser aux étranges préoccupations d’AFP qui feint de s’inquiéter des conséquences qu’entraîneraient les sanctions sur la commercialisation des produits de luxe en Russie-rouge à lèvres de Dior et lingerie dentellée-sans trop se soucier des SDF français. C’est à en mourir de rire. Pourquoi ne pas évoquer le sort des jeunes enfants de Gorlovka planqués dans de sombres et froids sous-sols à cause des pilonnages perpétrés par les protégés de l’Europe Occidentale?

    Bernard-Henri Lévy ne cesse de nous épater par le ridicule de ses propos. Plus il exhibe quantité de miroirs aux alouettes, plus ces mêmes miroirs reflètent la pensée vampiresque et craceuse qu’il partage avec les néo-conservateurs américains. Sa dernière publication dans Libé montre cependant que ce géant du Verbe et du Clavier est à court d’idées. Premièrement, il radote. On croirait à un nouveau résumé d’Hôtel Europe à Odessa. Dommage qu’on ne pouvait ressusciter les morts du 2 mai qui sans doute auraient deux mots à dire sur ce macabre spectacle. Deuxièmement, le co-auteur de notre BHL-à titre exclusif (?)-n’est autre que Georges Soros, vous savez, le fameux financier milliardaire américain qui a reconnu avoir crée «une fondation en Ukraine avant que l’Ukraine ne devienne indépendante de la Russie, [une fondation qui a fonctionné depuis et a joué un rôle important dans les évènements d’aujourd’hui]. Que d’efforts à 84 ans pour prendre la tête de la Banque centrale de Kiev. M. Soros, se croirait-il éternel? Tout comme M. Lévy se croirait éternellement crédible en dénonçant, main dans la main avec son co-auteur, de un, «l’oligarchisme prédateur» de l’«Ukraine d’hier»,de deux, la corruption généralisée. C’est fort original quand on voit qui dirige l’Ukraine d’aujourd’hui. Autre trait d’humour à ne pas manquer: les réformes! Il est vrai que la dénationalisation partielle du gouvernement avec 3 ministres étrangers dans le gouvernement dont l’un ne parle ni ukrainien, ni russe, la vente aux enchères des grandes entreprises énergétiques, sidérurgiques et agro-alimentaires, la suppression progressive des aides sociales constituent autant de réformes indispensables à l’intégration européenne du pays.

    Enfin, voici la cerise sur le gâteau. Selon BHL et co, il faudrait obtenir des dirigeants occidentaux que «tel fonds d’aide, en principe réservé aux peuples de l’Union, soit étendu à ces Européens de coeur et d’adoption». Et l’austérité alors? Les peuples européens vont sans doute apprécier cette faveur des Soros et Lévy vis-à-vis d’un pays qui est, soyons réalistes, le cadet de leurs soucis. Et ils vont doublement apprécier en apprenant- si ce n’est pas encore arrivé- que leurs impôts serviront au financement des opérations militaires de Kiev dont les civils sont les premiers à pâtir. Toujours plus d’austérité au nom d’une guerre contre les peuples et pour les oligarchies économiques atlantistes et pro-atlantistes.

    Suivant cette logique, comment ne pas donner raison à Alexandre Zakhartchenko, Président de la RPD, qui «rendant» les cyborgues prisonniers à leurs parents leur demande de ne plus jamais regagner le front «parce que cette guerre n’est pas [la leur], cette guerre n’est pas la nôtre». Celle des BHL, des Soros, des banquiers de Wall Street, des faucons néo-conservateurs et d’autres «grands amis» de l’Europe qui contribuent à sa perte. Avec un peu de chance et de bon sens, l’Ukraine se sauvera elle-même, sans les BHL et leurs béquilles, les ONG. Qu’elle craigne les Danaens, même porteurs de présents.

    Françoise Compoint

  • Baсютинская-Корбе и Тэффи

    JeanClaude <jc.marcade@wanadoo.fr>
    À : Aleksandrova Tamara <alektamar@yandex.ru>
    Re: Baсютинская-Корбе

    Многоуважаемая госпожа Александрова!
    Матерью моей жены, русской украинки Валентины Дмитриевны Васютиннской-Маркадэ, является Евгения Антоновна Корбе, в замужестве Васютинская (1875 Одесса-1953 Бордо). Оба рода Васютинских и Корбе принадлежали к украинскому дворянству. Когда я стал жить с Валентиной Дмитриевной в 1958 году, Евгении Антоновны уже не было в живых. Следовательно, я знаю о ней только по рассказам жены. Я не знаю, каким образом она стала « работать » у Надежды Александровны, может-быть по рекомендации какого-то лица, во всяком случае Евгения Антоновна была сама не молодая и скорее играла роль dame de compagnie у Тэффи.
    Прилагаю фотографии моей Ляли и её матери конца 1930- начала 1940-х годов.
    С совершенным к Вам уважением,
    жан-клод маркадэ

    p. 55220 p. 55219 p. 55218
    Le 19 janv. 2015 à 20:23, Aleksandrova Tamara <alektamar@yandex.ru> a écrit :

    Уважаемый господин Маркадэ!
    Простите, пожалуйста, меня за вторжение!

    Я – литератор. Работаю над биографической книгой о Тэффи.

    Знаю, что ваша покойная супруга Валентина Дмитриевна дружила с Надеждой Александровной. Я читала ее прелестные, живые воспоминания в «Возрождении» (№131, 1962г.), где она рассказывала об их совместной жизни перед вторжением немцев в Париж. Тэффи в это время писала Буниным, что живет в Ванве, у дочери Евгении Антоновны.

    Но мне никак не удается что-либо узнать о Евгении Антоновне Васютинской: кто она и какие отношения связывали ее с Тэффи? Можно предположить, что она была помощницей по дому, помогала Тэффи ухаживать за П.А.Тикстоном, другом, который не вставал с постели пять лет. Но и после ухода Павла Андреевича, судя по переписке, они продолжали жить вместе.

    Если Вы сможете ответить на мои вопросы и что-то прояснить, буду Вам чрезвычайно благодарна.

    Еще раз простите за беспокойство.

    С уважением, Тамара Александрова, член Московского союза литераторов.

  • Эдуард Штейнберг — геометрическое великолепие в Париже

    Эдуард Штейнберг — геометрическое великолепие в Париже

    Эдуард Штейнберг — геометрическое великолепие в Париже

    «Всякое дыхание да хвалит Господа»
    (Пс. 150, 6)

    В конце 1980-х, когда искусство сначала исподволь, а затем триумфально совершало циклический возврат к аттракционам, социально-политическому обличению, физиологии, появление на европейской, прежде всего парижской, сцене художника, занимавшегося исключительно живописью, писавшего только картины, могло считаться анахронизмом с точки зрения доминирующего художественно-эстетического мышления. Художник, провозглашавший себя последователем Малевича в Париже, выставлялся в галерее Клода Бернара, которая не специализировалась исключительно на защите и представлении Абстракции, этой радикальной революции ХХ века, порвавшей с вековой традицией фигуративного изображения осязаемого мира. Этот художник, который к тому же выбрал метафизическое направление, мог восприниматься только как некий пережиток прошлого. Более того, на секуляризованном Западе, массово не принимавшем какую бы то ни было Трансцендентность, русский художник Эдуард, Эдик Штейнберг не стремился нравиться всем игрокам художественной сцены, на которой он оказался в последние двадцать лет своей жизни. Эдик Штейнберг до конца оставался верен себе, своей православной христианской вере — на презентации посвященного ему фильма он обронил в качестве заключительного аккорда воздаваемым хвалам: «Важно не искусство, а вера».

    2009. «Композиция». X.M. 71 x 71 cm© Государственный Эрмитаж

    Один из его друзей, писатель, режиссер, критик и православный русский философ Евгений Шифферс, абсолютно неизвестный на Западе и до сих пор недооцененный даже в России, еще в 1970 году лучше всех определил глубоко религиозный характер искусства Штейнберга — это не «иконопись», а живопись, близкая «катакомбным росписям первохристианских общин». Шифферс не случайно сравнил искусство Штейнберга с катакомбным, которое, как известно, использовало библейские символы (агнец, ковчег, виноградная лоза, рыбы и т.д.). Выдающийся иконовед, историк, богослов и иконописец Леонид Успенский писал:

    «Нигде в катакомбах мы не находим следов образов документального, бытового или психологического содержания <…> Искусство это, однако, не было оторвано от жизни. Оно не только говорит на языке своей эпохи, но и тесно связано именно с этой эпохой».

    То же самое можно сказать и о творчестве Штейнберга.

  • Emmanuel Todd sur la Russie

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    Emmanuel Todd
    OPINION
    28.01.2015

    L’historien et sociologue français Emmanuel Todd il n’a jamais été prisonnier des idéologies, bien qu’il les ait minutieusement étudiées du point de vue scientifique. Auteur de nombreux livres et monographies, il a accepté de répondre aux questions de Rossiïskaïa gazeta.Le monde occidental est parti en guerre contre la Russie, l’accusant de tous les péchés capitaux et de mauvaises intentions. Qu’en pensez-vous?

    Emmanuel Todd:

    Avant les événements ukrainiens déjà, j’avais attiré l’attention sur cette tendance antirusse, manifestement planifiée, dans les médias occidentaux. Les premières attaques régulières contre Moscou ont porté sur le « rejet » des minorités sexuelles. Ensuite, de nombreux articles ont avancé que la politique de Poutine était « impossible à comprendre » et qu’il était « imprévisible ». Pour être franc, cela m’a beaucoup amusé. Car à mon avis, la ligne politique du gouvernement russe est au contraire très rationnelle et réfléchie. Les Russes sont fiers d’être Russes et s’ils disposent des moyens nécessaires, ils font tout pour éviter la cabale. Ainsi, le soutien affiché à la population russophone dans le sud-est de l’Ukraine s’inscrit parfaitement dans cette logique.

    En ce qui concerne les préoccupations des Baltes ou des Polonais, persuadés que demain Moscou compte les engloutir, elles sont complètement infondées. Cela n’a absolument aucun sens. La Russie a déjà suffisamment de soucis pour aménager son vaste territoire.

    Cela fait longtemps que vous vous intéressez à la Russie — essentiellement comme anthropologue et sociologue. En 1976 déjà, à l’âge de 25 ans, vous avez écrit un livre intitulé La Chute finale où vous évoquiez les causes susceptibles de désintégrer l’URSS. Ce livre, qui a fait beaucoup de bruit, n’a pas été pris au sérieux à l’époque. Quelle est votre vision de la Russie contemporaine?

    Emmanuel Todd:

    Si vous vous penchez sur l’histoire de la Russie, vous comprenez que son rôle dans les affaires mondiales — et en particulier européennes — a toujours été positif. La Russie a subi une humiliation dans les années 1990, juste après l’effondrement de l’URSS. L’attitude de l’Ouest fut alors insupportable et injuste mais en dépit de cela, la transition a pu se faire dans une certaine dignité. Aujourd’hui, ce pays a retrouvé sa place dans les affaires mondiales et a atteint un équilibre interne. Il a atteint une stabilité démographique et enregistre même une croissance de sa population plus élevée que dans le reste de l’Europe. L’espérance de vie augmente. A terme, le taux de mortalité infantile sera inférieur à celui des États-Unis selon les statistiques. Le fait que la Russie attire un flux d’immigrés en provenance des pays voisins montre qu’elle revêt pour eux un intérêt économique.

    À mon avis, la Russie joue un rôle particulier dans les affaires internationales, dont elle a hérité de la Guerre froide, qui est d’assurer l’équilibre mondial. Grâce à son arsenal nucléaire, la Russie est aujourd’hui le seul pays capable de contenir les Américains. Sans elle, le monde aurait connu un sort catastrophique. Tous les libéraux occidentaux devraient l’applaudir: contrairement aux démocraties européennes, elle a accordé l’asile à Edward Snowden. Quel symbole explicite: la Russie, bastion des libertés dont les pays européens se veulent les porte-drapeaux.

    En 2002 sortait votre livre Après l’Empire, où vous évoquez les causes de l’affaiblissement, lent mais sûr, des USA. Qu’en est-il aujourd’hui?

    Emmanuel Todd:

    En effet, j’ai écrit à l’époque que l’agressivité de l’Amérique n’était absolument pas une manifestation de sa puissance. Au contraire, elle cachait la faiblesse et la perte de son statut dans le monde. Ce qui s’est passé depuis a confirmé mes conclusions de l’époque. Et cela reste exact aujourd’hui également. Ne croyez pas que j’ai été motivé par un anti-américanisme quelconque. Pas du tout. Néanmoins, je constate que l’ »empire » américain est en phase de déclin. Et cela peut être vu particulièrement dans la manière dont les États-Unis, à chaque fois qu’ils perdent l’un de leurs alliés, prétendent que rien de significatif ne s’est produit. Prenez l’exemple de l’évolution des relations de Washington avec l’Arabie saoudite. Les échecs permanents des Etats-Unis au Moyen-Orient sont flagrants pour tout le monde, notamment à travers les derniers conflits en Irak et en Syrie. Et Riyad, qui était autrefois leur plus proche allié dans la région, est en fait sorti du contrôle américain, même si bien sûr personne ne l’admet. Même chose pour la Corée du Sud, qui s’éloigne des États-Unis pour coopérer de plus en plus activement avec la Chine. Le seul véritable allié loyal des Américains en Asie reste le Japon. Mais à cause de sa confrontation avec Pékin, ce pays ne sait plus où se mettre.

    Et l’Europe?

    La crise en Ukraine vue par les Européens

    Emmanuel Todd:

    Le processus est similaire en Europe. La principale évolution que le Vieux continent ait connue ces dernières années est la montée en puissance de l’Allemagne. Avant, je pensais que l’Europe allait continuer à se développer, tirée par la locomotive d’intégration Berlin-Paris. Mais les choses se sont passées autrement. Tout d’abord, l’Union européenne ne s’est pas transformée en union des nations « libres et égales », comme le rêvaient ses fondateurs. Elle a pris la forme d’une structure hiérarchique sous l’égide de l’Allemagne, qui a largement dépassé sur le plan économique tous les autres pays de l’UE. Par nature, les Allemands ne peuvent pas percevoir le monde autrement qu’à travers un prisme hiérarchique. Cette ascension de Berlin s’est accélérée notamment après la crise financière de 2008. Aujourd’hui, l’Europe est contrôlée par l’Allemagne. Les premiers signes d’une perte de contrôle sur Berlin par les Américains sont apparus au début de la guerre en Irak quand Paris, Moscou et Berlin, qui marchaient jusque-là dans le sillage des USA, s’y sont opposés. Ce fut une étape fondamentale.

    Depuis, dans un domaine aussi crucial que l’économie internationale, l’Allemagne mène sa propre ligne pour défendre ses intérêts nationaux. Elle ne cède pas à la pression des Américains, qui croient que tout le monde devrait jouer selon leurs règles et insistent pour que les Allemands renoncent, par exemple, à leur politique d’austérité budgétaire. Cette ligne est imposée sous la pression de Berlin à l’ensemble de l’Union européenne, et les Etats-Unis ne peuvent rien y faire. Dans ce domaine, les Allemands n’accordent pas d’importance à l’avis des Américains. Nous pouvons aussi rappeler les récents scandales impliquant les écoutes téléphoniques, quand les Allemands – un cas sans précédent – ont expulsé le chef de la CIA à Berlin. Mais l’économie reste le plus important. Les Américains n’adoptent pas, dans ces circonstances, une attitude menaçante. Pas parce qu’ils ne veulent pas, mais parce qu’ils ne peuvent pas. En l’admettant tacitement, ils reconnaissent en quelque sorte que leur pouvoir touche à sa fin. Cela ne saute probablement pas aux yeux, mais c’est la réalité.

    Néanmoins, certains pensent que les USA restent une puissance dirigeant les affaires mondiales, notamment européennes.

    Emmanuel Todd:

    Il y a l’ancien monde et le nouveau monde. L’ancien monde, c’est la vision héritée de l’époque de la Guerre froide. Elle reste bien ancrée dans la conscience des faucons américains, dans les pays baltes et en Pologne. Il est clair que l’expansion de l’OTAN vers l’Est après la chute du mur de Berlin est un exemple typique de l’inertie de la pensée dans l’esprit de la Guerre froide, peu importe les termes employés. Dans l’ancien monde, l’Allemagne jouait plutôt un rôle de modérateur, d’élément rationnel préconisant une solution pacifique aux problèmes et favorable au partenariat économique. Mais un nouveau monde est apparu et il n’est plus contrôlé par les Américains.

    Après le mur de Berlin, le mur des sanctions

    L’Europe a aujourd’hui sa propre dynamique. Elle n’a pas d’armée, mais elle est dirigée par l’Allemagne. Et tout se complique, car cette dernière est forte, mais elle est instable dans ses concepts géopolitiques. A travers l’histoire, le pendule géopolitique allemand a oscillé entre une approche raisonnable et des élans mégalomanes qui ont conduit, rappelons-le, à la Première Guerre mondiale. C’est la « dualité » de l’Allemagne. Par exemple, Bismarck cherchait la paix universelle et l’harmonie avec la Russie, alors que Guillaume II, dans l’esprit « l’Allemagne est au-dessus de tous », s’est brouillé avec tout le monde, à commencer par la Russie. Je crains que nous retrouvions aujourd’hui cette dualité. D’une part, l’ancien chancelier Schröder a prôné l’expansion des relations avec Moscou et il a maintenant beaucoup de partisans. D’autre part, on constate une position étonnamment ferme de Merkel dans les affaires ukrainiennes. L’agressivité du monde occidental envers la Russie ne s’explique donc pas uniquement par la pression des Etats-Unis.

    En effet, tout le monde s’attendait à une médiation active de Berlin dans la crise ukrainienne, mais ce n’a pas été le cas.

    Emmanuel Todd:

    Il me semble que l’Allemagne s’engage de plus en plus dans une politique de force et d’expansion voilée. La réalité de l’Allemagne après la réunification est qu’elle a miné les structures étatiques fragiles en Europe. Rappelez-vous la défunte Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, et aujourd’hui il semble que ce soit le tour de l’Ukraine. Pour la plupart des Européens, l’Ukraine n’aucun intérêt particulier. Pas pour les Allemands. Depuis l’époque de la réunification, l’Allemagne a mis la main sur la quasi-totalité de l’ancien espace de domination soviétique et l’utilise à ses propres fins économiques et industrielles. En c’est, je pense, l’un des secrets de la réussite de l’économie allemande. Face à un grave problème démographique et un taux de fécondité faible, elle a besoin d’une main-d’œuvre qualifiée et bon marché. Donc, si vous restez dans cette logique, obtenir par exemple les deux tiers des travailleurs ukrainiens est une opération très bénéfique pour Berlin.

    D’ailleurs, le 23 août, Angela Merkel a été la seule des chefs d’Etats de l’UE à se rendre en visite à Kiev à l’occasion de la célébration de l’indépendance de l’Ukraine.

    Emmanuel Todd:

    D’après moi, c’était un événement marquant. Et je pense que Moscou l’a également remarqué.

    Pourquoi, d’après vous, les États-Unis montrent-ils un tel zèle dans les affaires ukrainiennes?

    Emmanuel Todd:

    Parce que leur stratégie vise à affaiblir la Russie. En l’occurrence par la crise ukrainienne. Mais n’oublions pas qui l’a provoquée. Après tout, le point de départ était la proposition de l’UE de conclure un accord d’association avec Kiev. Puis l’Union européenne a soutenu le Maïdan conduisant au coup d’Etat, qui s’est déroulé avec le consentement silencieux des capitales européennes. Quand les événements en Crimée se sont produits, les Américains ne pouvaient pas rester à l’écart, au risque de « perdre la face ». Les « faucons », partisans des idées de la Guerre froide, sont alors passés au premier plan pour définir la politique américaine vis-à-vis de la Russie. Je ne pense pas que les Américains souhaitent l’exacerbation de ces conflits, mais nous devons suivre de près jusqu’où pourrait aller leur désir de « sauver la face ».