Auteur/autrice : Jean-Claude

  • La philosophie du boudoir au « Monde »

    L’avez-vous bien foutue, Monseigneur?

    Quelle délicieuse façon a Piotr Smolnar  pour traduire  les insultes des Femen à Poutine, qui n’en a eu cure : » va te faire foutre! », c’est délicieusement sadien, voire flaubertien – mais aujourd’hui on traduirait : « va te faire enculer », ce  qui est d’un vulgaire, d’un vulgaire… un vulgaire qui n’est pas dans le style comme il faut du « Monde »…Au « Monde » on n’encule pas, on fout!

    « Le Monde » ne sait pas si Snowden est un traître ou un courageux dénonciateur de l’hypocrisie des pouvoirs qui font la morale aux autres. Le papier  omet de dire que Valls avait, de toutes façons, déclaré qu’il était contre  l’attribution de l’asile politique à Snowden. Ce n’est pas cela qui est scandaleux, ce qui est scandaleux, une honte, c’est le fait d’avoir interdit le survol de la France à l’avion du Bolivien Evo Morales au prétexte qu’il aurait contenu comme passager Snowden. Cela n’indigne pas du tout « Le Monde », alors que c’est une honte pour la France, surtout pour un gouvernement de gauche qui a fait montre là de lâcheté. La gauche sous Hollande est forte avec les faibles : la Bolivie – qu’est-ce que cela représente, à côté de l’Amérique ; même lâcheté de Valls qui, à l’avance, refuse tout asile à Snowden, mais l’accorde à la créatrice des Femen qui a dans son pays, l’Ukraine, scié une croix orthodoxe à Kiev, ce qui est, visiblement, pour la France, et pour « Le Monde » un acte de courage politique qui doit servir à tous de modèle à l’avenir… Valls est fort avec l’Ukraine et lâche  devant l’Amérique.

    « Le Monde » justifie l’attribution de l’asile politique à l’inspiratrice ukrainienne des Femen. On est tout de même étonné. Avoir fait la « performance » du sciage d’une croix en bois, à grand renfort de caméras,  est considéré non comme un acte de vandalisme et d’insulte aux croyants, mais comme un acte valeureux qui mérite d’échapper à la justice de son pays. Toinette Smolar ne retient d’ailleurs comme hauts faits de la Femen en question que cette agression et, bien entendu, l’action, d’ailleurs ratée, contre Poutine à Hanovre. Il omet de mentionner la bacchanale ridicule des adeptes Femen autour des nouvelles cloches  dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, mais une croix orthodoxe sciée et Poutine envoyé chez les Grecs, ça lui suffit, et cela suffit au « Monde » pour montrer le bien-fondé de l’asile politique accordé à la chef des Femen. Les Femen visiblement plaisent beaucoup aux dames du »Monde », plus qu’Ingrid Bettencourt, « dévote » et « détestée » qui est ridiculisée de façon indigne dans un autre article du journal. La tolérance, la tolérance…

     

  • Encore « le Monde » et la Russie (Piotr Smolar sur le procès Navalny)

    « Le Monde » continue sa description quasi  journalière de la  barbare Russie, aujourd’hui avec le « compte-rendu » du procès Navalny par le journaliste Piotr Smolar, d’après son nom – un Polonais, donc pas congénitalement ami des Russes, ces sauvages pas très civilisés…Je plaisante… On ne sait toujours pas quels sont les arguments de l’accusation, on sait seulement que l’accusé prétend qu’il s’agit d’un procès politique et donc qu’il ne s’est pas défendu sur le fond de son affaire, mais  a tenu un discours sur la situation féodale de la Russie d’aujourd’hui. S’il est coupable, c’est une technique comme une autre assez largement utilisée dans le monde dans les meilleures démocraties…Mais on  ne le saura pas et d’ailleurs ce la n’intéresse pas Smolar. Il y a tout de même une contradiction, puisqu’il y a un doute sur le verdict, le seul argument pour une condamnation prévisible, c’est , non pas que le juge acquitte ou trouve des circonstances atténuantes au présumé délit, mais c’est le fait que, jusqu’ici, le juge en question n’a jamais acquitté personne…Si la justice russe  a besoin de se réformer, le journalisme du ‘Monde », lui, est indécrottable.

    Smolar nous ressort l’argument de Mandras sur l’apathie des Russes.

    Il parle du grand blogueur que serait Navalny. C’est plutôt un blagueur et surtout un imprécateur à la limite de la décence. Evidemment, depuis qu’il est en procès, il prend le style noble du justicier – cela n’a pas été le cas auparavant où, entre mille exemples, il traitait Poutine de « Misérable voleur pédé » (Golouboï Vorichka) – tout cela est aujourd’hui effacé et, malheureusement, je ne l’ai pas en son temps copié.

    Je  me rappelle avoir signalé cela dans  mes courriels anciens, en particulier dans un courriel à « Philosophie Magazine » et à son rédacteur-adjoint Michel Eltchaninoff, où je mentionnais les expressions ordurières de certains opposants à Poutine, expressions qui n’apparaissent jamais dans les articles à leur sujets…

     

    De : JeanClaude <jc.marcade@wanadoo.fr>
    Date : 31 juillet 2012 16:16:14 HAEC
    Objet : Le Prix McCain et Mitt Romney pour philosophie magazine!
    J’ai été stupéfait de voir la place donnée dans un magazine de très bonne vulgarisation philosophique et, de façon générale, de très haute tenue, à un escroc avéré, Khodorkovski,  sympathique certes et dont nous souhaiterions qu’il sorte de prison plus rapidement, mais  ayant commis des délits économiques gravissimes (l’argument comme quoi « il n’était pas le seul » n’est guère éthique), une sorte de mélange de Tapie-LeFloch-Prigent-Roland Dumas, mais aux dimensions de l’immense Russie. J’avais hurlé, il y a peu, devant le feuilleton de M. Glücksman dans « Le Monde » , qui osait comparer Khodorkovski au saint laïque, le savant Sakharov. Mais le rédacteur en chef de « philosophie magazine », M. Elchaninoff, a une indécence supplémentaire, c’est celle de faire d’un businessman,ayant fait fortune de façon douteuse (c’est un euphémisme!),  le possible héritier de… Dostoïevski et de Soljénitsyne!!! On croit rêver.
    Où est la philosophie là-dedans? Il s’agit tout bonnement d’une nouvelle manifestation du lobby activiste antipoutine (sous ce prétexte, en fait, antirusse)  qui s’est répandu comme un cancer à travers le monde sous la houlette de la CIA et des services secrets anglo-saxons, qui craignent l’affaiblissement de  l’unipolarité actuelle; or  il est plus facile de décrédibiliser aux yeux du monde la démocratie russe en formation qui, parce qu’elle est justement devenue une démocratie, ne cache pas ses plaies, ses erreurs, ses bavures et ses manquements. En revanche,devant la puissante Chine, tout le monde fait des courbettes à 180 degrés (comme autrefois devant l’URSS qui faisait peur) – faisant passer par pertes et profits l’occupation du Tibet, le sort des Ouïgours (les yogourts de Kouchner), celui de la paysannerie et autres bagatelles…
    Ce n’est pas tant l’opinion de Khodorkovski qui est choquante, somme toute fort banale, plutôt de l’ordre du sentiment que de la véritable réflexion philosophique; ce sont les questions de M. Eltchaninoff qui essaie d’ entraîner son interlocuteur (et surtout le lecteur) sur sa vision à lui, activiste européen antipoutine. Et les notes élucidant certains passages du texte de l’ex-milliardaire, comme par exemple, à la phrase, pleinement acceptable de ce dernier : »Je reconnais que j’espérais un véritable renouveau  de la spiritualité religieuse, mais, hélas!, les confessions les plus importantes ont pour le moment préféré une place ‘à la cour du roi’ » –  on trouve la note orientée suivante: « Les dirigeants de l’Eglise orthodoxe russe au sein du patriarcat de Moscou collaborent étroitement avec le pouvoir en place » : il me semble que l’ex-milliardaire ne visait pas uniquement cette Eglise, dont il n’est pas, à ma connaissance , membre, et dont il ne pouvait espérer qu’elle opère à elle seule le renouveau religieux en Russie, mais aussi bien l’Islam, très fort également dans la Fédération, et les deux juridictions juives, voire le bouddhisme, dont aucun des chefs ne sont  dans « l’opposition à Poutine ». En ce qui concerne l’alliance, réelle et traditionnelle, de l’Eglise orthodoxe russe avec le pouvoir, elle ne s’est pas manifestée lors de la sécession de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhasie du pouvoir géorgien, puisqu’elle a refusé de faire entrer dans son obédience l’Orthodoxie ossète et abkhase qui reste géorgienne.
    Peut-être, serait-il philosophiquement valide de poser la question : de qui Khodorkovski est-il prisonnier? Selon moi, il est prisonnier de lui-même, du rôle et de l’image qu’il s’est vu imposer par ses avocats et le lobby international qui vit sur son infortune; c’est aujourd’hui un truc d’avocat de faire de tout condamné pour délit économique un « prisonnier politique » et d’ameuter le monde entier; or on n’est plus en URSS où la solidarité internationale en faveur des victimes du régime communiste se justifiait et finissait par être payante; il y a un système juridique qui a ses règles, mais comme il s’agit d’un système nouveau par rapport au passé soviétique, il comporte des dysfonctionnements procéduraux, ce qui ne veut pas dire que la justice ne passe pas de façon juste sur des faits avérés.
    La création du phénomène mondial autour de Khodorkovski serait aussi intéressante à analyser sociologiquement. Elle fait penser à un phénomène identique, mais non semblable, des époux Ethel et Julius Rosenberg sous le maccarthysme, exécutés, pour espionnage en faveur de l’URSS, sur la chaise électrique, malgré la campagne planétaire en leur faveur, qui ont clamé jusqu’au bout leur innocence et dont l’espionnage s’est avéré réel, lors de l’accès aux archives devint possible dans la Russie nouvelle.
    Comment se fait-il que ce soit uniquement Khodorkovski qui mette en émoi toute une partie de l’opinion publique occidentale? Qu’a-t-il fait de si grandiose dans sa vie précédente – est-ce un grand artiste, un grand écrivain, un grand philosophe politique, un grand philanthrope, un entrepreneur qui a travaillé pour le bien commun? Et pourquoi son compagnon d’infortune, Platon Lébédev, ne fait qu’accessoirement partie de  cette indignation montée de toutes pièces? Est-ce un débile intellectuel, n’a-t-il pas des pensées politiques à nous dire, lui aussi – peut-être qu’elles seront aussi intéressantes que celles de Khodorkovski?….

    Peut-être, M. Eltchaninoff va-t-il nous gratifier d’une prochaine interview des jeunes filles imbéciles qui ont perturbé la vie religieuse du Christ-Sauveur avec des cabrioles ridicules et des borborygmes éructés (on ne cite toujours de ces gentilles demoiselles que la « prière » anti-Poutine, mais elles ont agressé de façon injurieuse  le patriarche,  et de Poutine elles ont pu brandir par ailleurs ce slogan  d’une délicatesse exquise que l’on n’ose même pas maintenir sur internet: « Tu ne nous enculeras pas, comme tu encules Kabaïéva » [une gymnaste prétendue maîtresse du chef d’Etat et dont il aurait un enfant]…Ces pauvres prisonnières  de l’obscurantisme orthodoxe russe officiel et de la vindicte permanente poutinienne, vont bientôt nous être présentées par « philosophie magazine » comme des penseuses émérites, victimes de l’Ange du Mal, Poutine? Cela fera encore plus djeune!

    Ou encore le « grand beau blond aux yeux bleus »,Naval’ny, qui dans son blog , au temps de sa gloire internationale, a eu des paroles aussi délicates sur Poutine, que « Voleur pédé aux petits pieds » (Golouboï Vorichka) (maintenant qu’il est aux prises avec la justice, il a fait disparaître toutes ces gentillesses dignes de Litvinenko, qui avait traité Poutine de pédophile)

    Est-ce le rôle d’une revue à visée philosophique de se faire le transmetteur des idées américaines les plus réactionnaires sur la Russie, celle des McCain et des Romney? Or M. Eltchaninoff joue ce rôle depuis le début de ses présentations de la Russie qui, pour lui, est uniquement celle de Poutine, et non de Sokourov, de Guerguiev, de Spivakov, de Francisco Infante et autres nombreux créateurs qui façonnent le visage de la Russie. Son interview de Boukovski, avant Khodorkovski, était un nouvel éclairage activiste unilatéral sur « la Russie de Poutine ». Boukovski mérite le respect car il a été un vrai lutteur pour la libération de l’Union Soviétique du joug du Parti communiste. J’ai moi-même, à ma place, aidé tous ces dissidents depuis la fin des années 1960 et ai bien connu le groupe autour de Boukovski. Grâce à un collègue et ami des Langues’O, Kirill Eltchaninoff, président de l’Action chrétienne des étudiants russes (ACER) (fils du grand spirituel que fut Alexandre Eltchaninoff et d’une flamboyante iconographeTamara Eltchaninoff , que j’ai eu l’honneur de rencontrer chez des amis communs caucasiens),  nous avons pu faire parvenir à tous ceux qui se battaient pour la liberté de conscience et de parole en Russie, des bibles, des livres de  philosophie non-marxiste (Berdiaev, Chestov, Frank…), de la littérature défendue (Mandelstam, Goumiliov, Soljénitsyne…). Cela a eu comme conséquence, pour moi,  que j’ai été déclaré persona non grata en URSS pendant toutes les années 1980.  Boukovski fut donc, à cette époque, une voie, une conscience, comme le furent Soljénitsyne et quelques autres, mais, aujourd’hui, il est depuis des décennies coupé de la Russie, il est informé visiblement par des activistes russes qui n’ont pas trouvé leur place en Russie et font profession de dénigrement systématique et par ceux qui,en Grande-Bretagne, le soutiennent matériellement et ont intérêt à montrer un visage uniquement négatif de la vie russe; malgré l’aura méritée qui entoure Boukovski, son interview n’a rien apporté d’autre que ce qui est déversé à longueur de media occidentaux sur « la Russie de Poutine ». C’était, visiblement le but, de l’activiste antipoutine du « magazine philosophique ».
    Un des grands philosophes français encore vivants, Alain Badiou, dont on n’est pas censé de partager toutes les idées mais dont les idées sont au-dessus de l’  « Afterphilosophie » dont parlait Nietzsche dans « Schopenhauer als Erzieher » pour son époque et que l’on peut sans peine appliquer à la situation actuelle, Alain Badiou vient d’écrire une brève analyse sur la philosophie de nos jours qui éclaire un phénomène semblable à celui que je dénonce chez le rédacteur en chef de « philosophie magazine » : ”[La philosophie de nos jours a perdu son aura], du point de vue de l’opinion, parce qu’on en est venu à appeler ‘philosophe’ tout chroniqueur, tout journaliste, dès lors qu’il s’avère apte à causer en public de n’importe qu’elle question à la mode. C’est la déchéance par inflation. »
    jean-claude marcadé

    .

  • Interview dans le quotidien kiévien « Den’ » (fin mai 2013)

    Жан-Клод Маркаде — про культурно-історичну анексію України

    Відомий мистецтвознавець, директор Національного центру наукових відкриттів Франції, представив у Києві авторський альбом «Малевич»
    6 червня, 2013 – 15:09
    К. МАЛЕВИЧ «ЗБИРАННЯ ЖИТА» / ФОТО З САЙТА20CENTURY-ART.RU

    Месьє Маркаде має досить щільний графік — його запрошують курувати виставки авангарду по всій Європі, крім того, викладає російську філософію, літературу та мистецтво, працює над створенням альбомів та читає лекції про український авангард. Те, що про митців першої половини ХХ століття, зокрема Малевича та Філонова, заговорили у сучасних європейських мистецьких колах — заслуга Жана-Клода Маркаде. Про митців-авангардистів може натхненно говорити годинами. Він відвідує українські музеї — у пошуках нових шедеврів, добре розмовляє російською та часто приїжджає до України. Нещодавно, під час «Французької весни», Маркаде у Національному художньому музеї прочитав лекцію про українських авангардистів — від Бойчука до Таталіна, на «Книжковому Арсеналі» презентував книжку «Малевич», а в останній день весни — виступав у Донецьку.

    ***

    — Ви відкрили світові явище українського авангардизму, зокрема Малевича, і багато років методично досліджували творчу спадщину митця. Скажіть, чим він вас зацікавив?

    — Мені стало очевидно, що Малевич — один із найважливіших митців усіх часів не лише України та Росії, а й усього світу. Це унікальне явище, коли після віків академізму постала міфологічна форма «Чорного квадрата» (така назва була на виставці «Нуль-десять» у Петрограді). Не стільки картина, а радше форма. А от уже концептуальна енергія, яка виникла з цієї форми, звела мистецтво до нуля. Все почалося знову. Мистецтво стало швидким і, за висловом Чернишевського, підручником життя.

    Досі побутує переконання серед обивателів, що у Малевича обмаль живопису — мовляв, мій син теж може таке намалювати. Це вже питання виховання. Сьогодні мистецтво повернулося до того, проти чого Малевич і все ліве мистецтво повстали свого часу. Авангард — пізніша назва. Опісля революції «ліві» та «праві» стали політичними дефініціями, а до того вони означали новаторів та ар’єгардів.

    Якось на міжнародному з’їзді один із мистецтвознавців сказав, що у Моне, приміром, більше матеріалу, аніж у Малевича. Я йому тоді заперечив: у китайців штрих на білому папері — це цілий світ. Малевич не просто робив такі речі в час кубофутуризму та примітивізму — він показав, що є майстром складних рішень із простором. А під час реукраїнізації Малевича, як казав Дмитро Горбачов, він знову довів свою силу художника.

    — З огляду на це, не можна не помітити, що українське мистецтво часто зараховують до «великоруського». Чому, на вашу думку, так відбувається?

    — Це вже питання до росіян. Так склалось історично, що імперія до Радянського Союзу була царською. І тоді в історії мистецтва були розділи про українське бароко та його вплив на московське. Про це ще писали за радянських часів. А тепер це вже зникло — відбувся регрес. Це політична проблема, звісно, і в імперії не було української держави ніколи, тобто були зародки, наприклад Галичина в середні віки…

    — Ні, я готова з вами посперечатися…

    — Розумієте, Україна для західних людей постає в якомусь ніби великоруському мареві. Траплялися поодинокі феномени, але не було насправді того, що є зараз, слава Богу. Січ — це предтеча держави. Звісно, не такої, як за часів Данила чи Ярослава. Але держава зі своїми внутрішніми проблемами, котра відігравала би суттєву роль на міжнародній арені, для України це нове. Для Росії — ні. Ще з часів Петра I, а згодом німкені Катерини Україна була «на окраине». Незважаючи на визнання країни, скажімо, після опису Гійомом Левассером де Бопланом своєї подорожі. Або ж, наприклад, Богдан Хмельницький думав, що його обманули московіти, він вважав можливим союз проти Польщі та проти мусульман, але насправді московіти не ставилися з повагою до його вчинків, і тому сталася катастрофа…

    Досі складно. Треба боротися. Звісно, росіяни досі не здають позицій. Для них все — російське. Я бачив скандальну, як для мене, виставку в Луврі — «Святая Русь». Хоч тема — саме Русь, але французи з огляду на переклад сприймають її як «Святая Россия». Виставка була чудова і мала великий успіх — тим гірше, бо там були хороші канали та речі, котрі рідко експонують. Але це був Рік Росії у Франції. І хоч вживали слово «Русь», а не «Россия», означення — «русский».

    — Наша газета щороку видає книжку. Вони вже виокремилися в цілу «Бібліотеку «Дня». І от одна з них називається «Сила м’якого знака». Автори-історики обґрунтовано пояснюють привласнення українського минулого, яке, між іншим, триває і зараз… Скажіть, чи є «білі плями» у спадщині Малевича у сприйнятті масової свідомості? Наприклад, Івонна Малевич, внучата племінниця художника, 2010 року на врученні премії його імені в Києві сказала, що Казимир Малевич на Голодомор відреагував не лише серією картин, а ще й писав громадянську лірику. Відомо щось про це?

    — Зізнаюсь, не знав про цю премію та про лірику теж. В архівах є багато чого не опублікованого. Але, безумовно, в його роботах була реакція на українську трагедію. Він її бачив. От чорне обличчя селянки на картині — це труна. Українська трагедія втілилася в такий образ — трагедію людства. От у чому й відмінність Малевича від усіх — він кричить через своє безмовне мистецтво.

    — Скажіть, а як сьогодні у Франції відчувають українське мистецтво?

    — Я вас розчарую: ніяк, на жаль… Є звичайно, невеликий гурт людей, котрі цікавляться. Але загалом ту ж виставку в Луврі журналісти висвітлили як «Святую Россию». Хоч виставка була історична, а не художня — там представлені всі етапи Київської Русі аж до часів Петра I. Тобто йшлося до того, аби представити становлення Росії. І було так подано, що все, що було найкращого на цій виставці — усе російське. Я тоді ж написав конкретну статтю з цього приводу. Але взяти, до прикладу, реакцію на виставку Пінзеля в Парижі — був незначний резонанс. Експозиція була зроблена не з розмахом, а ніби після «Святой России». Українці були в захваті, зокрема міністр культури. Я дуже люблю українське мистецтво, а тому вважаю, що виставка була не на рівні: експонати були в просторі, в якому вони не «дихали». Було б ліпше в Луврі, але в капелі і з доступом через лабіринт чи через сходи. Виставки — це важливі події, але вони минають. І добре, що після цієї залишився каталог. Поки що, на жаль, українське мистецтво не визнано окремо. І хоч я написав окремий том про російський авангард, я виокремлюю в ньому окрему українську школу.

    — Які вона має визначальні риси?

    — Це цілісний комплекс. Якщо коротко, то, по-перше, колір. Сонячне освітлення. І це — разюча відмінність тих, хто жив в Україні. Вона проявляється в гамі кольорів у природі, в одязі людей. Наприклад, Соня Делоне, котра виїхала з України, коли їй було сім років, дуже тепло згадує свою Батьківщину, зважаючи на те, що в ті часи вигідніше було називатись росіянкою. Ті барви пшениці, соняшників, кавунів, помідорів, котрі вона запам’ятала в дитинстві, втілились в її творчості, і так вона вплинула на свого чоловіка. Або ж Ларіонов, котрий жив у Бессарабії, його мама — українка. І його жовтий колір — сонячний, веселий. А в його подруги життя (вони одружились наприкінці життя, хоч усі їх і так вважали чоловіком та дружиною), Наталії Гончарової, зовсім інший колір — червонувато-жовтий, радше іконописний, але не від природи — вона росіянка. І ще дивовижний колір в Архипенка.

    А по-друге — простір. Цей елемент образотворчого мистецтва має особливу вагу. Відчуття простору — відчуття свободи. Те, що історичними пращурами українців були козаки, «вільні люди», котрі не знали татарського ярма, як північні люди. У росіян простір лісний. А коли порівняти супрематизм Казимира Малевича та Любові Попової, то його форми ширяють у безмежному просторі, а її — прикріплені.

    А ще особливість української школи — бароко. Цей елемент відіграв свою роль і в авангарді. Наприклад, барокові тенденції помітні в Олександри Екстер, Баранова — Россіне, навіть у Богомазова це добре видно.

    І насамкінець — гумор. Ларіонов написав «Кацапську Венеру». У нього є серія таких Венер, приміром, легкої поведінки. Уже сама назва містить заряд гумору, хоч він і не етнічний українець, але українська частина в його творчості, як і в Татліна, надзвичайно важлива. Та й потім навіть у Малевича є гумор: експоноване в Нью-Йорку геніальне біле тло та червоний і чорний квадрати — це має назву «Живописний реалізм хлопчика із ранцем». Чудова річ, квінтесенція іконописної гами! Але він дав таку назву. А я бачу в цьому серйозний український гумор. «Живописний реалізм селянки в двох вимірах» і «Живописний реалізм хлопчика з ранцем» — це енергія барв і взагалі цілий слов’янський материк.

    Неля ВАВЕРЧАК, «День»
  • L’air de la calomnie (encore) et la diversion « Glücksmann »

    A la suite du papier confus et invertébré de l’ Afterphilosoph

    Glücksman sur l’affaire d’espionnage dévoilée par Edward

    Snowden, dans « Le Monde », papier qui tend, en fait, à montrer que

    tout çà c’est la faute à l’ignoble Poutine, je me suis souvenu avoir

    déjà écrit au sujet du pseudo-philosophe l’an passé et avoir déjà

    analysé ses interventions comme des moyens de diversion…

    18 mars 2012

        9) L’air de la calomnie

    • Voilà que c’est reparti : après le bref intermezzo de Mme Kaufmann, le naturel du « Monde », activiste antipoutine-antirusse par excellence, est revenu au galop et l’on a droit presque chaque jour à des comptes-rendus cinglants sur la « Russie de Poutine », Poutine n’étant véritablement qu’un prétexte, alors qu’il s’agit de la Russie tout court. La nouvelle méthode est à présent d’accumuler pêle-mêle des faits dans tous les domaines : des bureaux pour les élections à la littérature, une foule  de noms, de titres, de références  sont lancés, sans le moindre souci de cohérence, à la figure du lecteur qui, même s’il a quelque compétence dans le domaine russe (c’est mon cas), ne peut trouver dans cet embrouillamini que ce qui est le but de ce nouveau procédé de journalisme hyperinformé, à savoir que tout va de travers en Russie. Au fond peu importe l’information donnée, peut importe si elle a été vérifiée, peu importe qu’elle amalgame des faits contradictoires, ce qui compte, c’est l’impression générale que la Russie est un pays où règnent l’arbitraire et l’absence de liberté. Le nouveau type de journaliste activiste prend en cela le masque de Don Basilio, la rumeur, propagée par l’opposition disparate hors-système, devient vérité et continue à s’insinuer dans l’opinion. Le site de caractère nettement oppositionnel « gazeta.ru », au moins dans sa version russe, fait une recension systématique de tous les faits négatifs de la vie socio-politique russe, mais elle le fait, à la différence de Jégo, de façon honnête, c’est-à-dire qu’elle donne toujours les faits dans leur contexte, ce qui permet de mettre en perspective ces faits. Jégo, elle, empile les informations négatives

     

    • 10) De la diversion

    •  

    • Glücksmann est à nouveau appelé à la rescousse pour attiser, cette fois

    • auprès des dirigeants français, la haine, sinon l’hostilité antipoutine-

    • antirusse. La Chine est associée par tactique, mollement : l’occupation

    • dictatoriale et la sinisation du Tibet, le sort des ouïgours – les

    • yogourths de l’autre sarkozyste Kouchner…, celui des paysans etc.,

    • sont passés à la trappe, car ce qui compte pour cet « Afterphilosoph »,

    • comme disait Nietzsche à son époque, «Afterphilosoph », si on le

    • compare avec des Lévinas, des Deleuze ou des Derrida, ce qui compte

    • c’est sa fixation pathologique sur Poutine. Il faudrait corriger presque

    • chaque phrase de l’Afterphilosoph dans un discours accumulateur 

    • délirant, qui est typique de la perte de toute réflexion sensée. Je me

    • suis demandé pourquoi cette persistance dans la haine, et un détail de

    • son dernier papier dans « Le  Monde » m’a fait sursauter et

    • comprendre une des motivations inavouées de cet idéefixisme

    • paranoïaque : c’est le mot de colonisation, imputée à la « Russie de

    • Poutine », et j’ai compris que l’Afterphilosoph faisait diversion. Il

    • préférait tourner tous les regards vers l’infâme poutinisme, pour ne pas

    • s’indigner de son modèle américain  et de la politique meurtrière de

    • l’ère Bush dont l’admirable Obama n’arrive pas à sortir, pour ne pas

    • s’indigner non plus de la colonisation intolérable, celle-là réelle, de 

    • l’Israël de Netianahu et de Lieberman, au vu et au su de tout le monde,

    • au mépris des lois internationales. L’indignation de Glücksmann est

    • sélective !

    • (à suivre…)

    • jean-claude marcadé

    •  

    17 octobre 2011

    • Il est parfaitement légitime, selon moi également, de venir au secours de l’ancienne première ministre ukrainienne, Mme Tymochenko. Faut-il pour autant dévoiler à cette occasion les orientations antirusses du « Monde »? L’Ukraine, comme la Géorgie, n’intéressent les Européens et les Américains que lorsqu’ils sont antirusses. Le papier de M. Smolar,  consacré au fils Glücksmann, dont les seuls titres sont d’être fils de, époux de, conseiller de et d’avoir une belle gueule (décidément « Le Monde » est sensible au physique des personnes – c’est « Gala »…!). Evidemment, toujours rien sur l’opposition à l’actuel cyclothymique chef d’Etat. Pour en revenir à l’Ukraine, le peu de cas que vous faites de ce grand pays qui n’a jamais connu jusqu’ici que des embryons d’Etat, est manifeste. Je ne citerai que deux faits : la translittération des noms ukrainiens est russe; il serait bon, pour soutenir l’Ukraine contre les prétentions de la Russie, de manifester son identité précisément au niveau de sa langue, souvent méprisée par l’élite grand-russe. « Le Monde » a fait l’éloge de l’exposition « Sainte Russie » au Louvre qui était l’histoire non de la Russie, mais de la Rouss depuis ses origines à Kiev juqu’à Pierre Ier, à partir duquel apparaît le nom actuel de Russie; cette histoire était illustrée par de magnifiques documents et icônes. L’Ukraine n’existait pas (comme non plus la Biélorussie), ni dans l’exposition, ni dans le catalogue où même le mot « ukrainien » était banni…Il y a du travail à faire dans l’équipe du « Monde » pour approfondir l’histoire multiséculaire de l’Ukraine et de son statut particulier par rapport à la Russie.

    • jean-claude marcadé

     

     

    14 avril 2012

    Après la prosopopée du Monologue…de Vladimir, voici une nouvelle facette de Nougayrède journaliste-écrivaine, mais n’est pas Agrippa d’Aubigné qui veut…Je ne parlerai pas ici du sinistre Bachar El-Assad que l’on a mis du temps à comprendre, alors qu’il était bien le successeur de son déjà sinistre père. Mais pour Nougayrède écrivaine, ce n’est pas El Assad qui l’intéresse, c’est Poutine sur lequel, ainsi que son confident Glücksmann, elle fait une fixation maniaque, au point de compulsivement accumuler  et répéter ad nauseam toutes les horreurs commises par ce nouveau fléau de Dieu qui ne se contente pas de semer le malheur dans son pays, mais l’exporte. Après le « Prix McCain » pour son Monologue, Nougayrède se voit attribuer le « Prix Mitt Romney » pour son exercice littéraire « Vladimir et Bachar ».  Elle pénètre dans l’âme de Poutine, elle sait, par exemple, qu’il n’en revenait pas d’avoir été appelé par Eltsine pour le remplacer (sic!). Quelle intuition! Quelle plongée dans le tréfonds des êtres! Ainsi, Poutine a fait naître un nouveau type de journaliste, le journaliste-activiste qui ne vérifie pas les sources, mais répète les rumeurs répandues soit par les services secrets anglo-saxons, soit par les activistes russes, soit par les blogs d’internet (Jégo est également championne en ce domaine – voir son information sur la contestation autour de la mairie d’Astrakhan, ou bien son intérêt soudain pour le parti « Juste Russie »  dont elle n’a jamais parlé, car il  n’était compté pour rien, comme les autres partis enregistrés de l’opposition, prétendument  alliés objectifs de Poutine…). Nougayrède n’a que faire de la vérité des choses, elle ne s’intéresse qu’à ce qui peut noircir l’image de Poutine et, partant, de la Russie. Car, la nouvelle production de Nougayrède le montre, Poutine n’est qu’un prétexte pour, en fait, montrer une Russie sans foi ni loi, à qui on ne peut pas faire confiance et, surtout, qui ne peut prétendre à être une grande puissance. Bien entendu, pour Nougayrède il n’y a pas de terrorisme en Russie, il n’y a de terrorisme que celui dirigé contre les bons Européens et alliés. Bien entendu, le terrorisme contre la Russie est provoqué par Poutine et sa politique. C’est ainsi que l’horrible tragédie de Beslan avec la mort de centaines d’enfants a aussitôt été désamorcée en disant que c’était la faute de la politique de Poutine et de la façon dont avait été réglée la prise d’otage.
    Que la Russie ait des intérêts au Moyen-Orient, en Syrie, en quoi cela est-il mal en soi? Les Etats-Unis qui ont causé le désastre de l’Irak et de l’Afghanistan, la France et la Grande-Bretagne, celui de la Libye, sont des philanthropes qui ne pensent pas à leurs intérêts? En tout cas, la Russie et la Chine ont eu raison dans le cas de la Syrie de ne pas choisir de camp dans la guerre civile, mais de demander, dès le début, une médiation diplomatique entre les parties. La France de Sarkozy-Juppé, elle, s’est empressée de façon irresponsable de soutenir, pas seulement moralement, des insurgés disparates, de susciter un Conseil anti-ElAssad qui ne représente pas du tout l’ensemble des opposants,  leur a fait miroiter le départ d’El Assad comme solution,  a favorisé leur armement, et par là-même n’a fait qu’accentuer la terrible répression. Et pour justifier notre politique irresponsable, on a diffusé à profusion des images d’horreurs commises par l’armée de Bachar El-Assad, sans qu’on puisse vérifier l’authenticité de ces images. Après Timisaora (c’est loin- c’est vrai!), les media devraient  ne pas se faire les transmetteurs de montages éventuels.
    jean-claude marcadé

  • Le bleu de Martiros Sariane

    Le bleu de Sariane

     

     

    Récemment vient de paraître un beau livre sur la couleur bleue, livre sur des points essentiels, cependant, contestable.

    Ce livre de Michel Pastoureau s’intitule Bleu. Histoire d’une couleur. L’auteur affirme, dès le début, que « la couleur n’est pas tant un phénomène naturel qu’une construction culturelle complexe […] La couleur est d’abord un fait de société. »[1]. Et Michel Pastoureau d’insister : « C’est la société qui ‘fait ‘ la couleur, qui lui donne sa définition et son sens, qui construit ses codes et ses valeurs, qui organise ses pratiques et détermine ses enjeux. Ce n’est pas l’artiste ou le savant ; encore moins l’appareil biologique de l’être humain ou le spectacle de la nature. Les problèmes de la couleur sont d’abord et toujours sociaux parce que l’être humain ne vit pas seul mais en société. »[2]. Voire ! Certes notre historien sociologue retrace de façon très détaillée et érudite l’histoire du bleu, qui fut une « couleur discrète » du paléolithique au Xe siècle car « fabriquée et maîtrisée tardivement. »[3], elle devient à partir du XIe siècle « une couleur à la mode, une couleur aristocratique et même déjà la plus belle des couleurs selon certains auteurs. »[4].

    Le livre est passionnant et instructif au plus haut point mais à cause de son européocentrisme dominant, qui ne dissimule pas un gallocentrisme triomphant, il s’avère n’être que partiel et partial alors qu’il prétend à l’universalité de ses conclusions.

    Tout le monde issu de la culture byzantine est pratiquement ignoré.

    Pourquoi ai-je fait ce long préambule ? Je voudrais mettre ma réflexion présente, consacrée à un grand peintre du XXe siècle, l’Arménien Martiros Sariane, sous le signe du bleu – en effet, cette couleur me paraît une des dominantes essentielles de la palette Sariane. Il y a un « bleu Sariane » comme il y a un « bleu Vermeer », un « bleu Matisse » ou un « bleu Yves Klein ». Je vais tâcher de le montrer en retraçant l’itinéraire créateur de Sariane.

    Mais avant d’en venir à notre héros, j’aimerais encore revenir sur cette question de la couleur qu’a soulevée Michel Pastoureau, à savoir qu’elle ne serait qu’un produit social. Pour ce qui concerne l’art, cela a pu être vrai aux époques où il y a eu une symphonie, c.à.d. des rapports harmonieux entre société et artistes.

    Or on constate depuis les débuts des Temps modernes, c’est-à-dire depuis les commencements du capitalisme, un hiatus entre la société – donc les artistes – et le pouvoir issu de cette société. L’individualisme s’est exacerbé et toute adhésion collective a été perdue au profit de pulsions individuelles. Et c’est là que la thèse de Michel Pastoureau ne tient pas. Est-ce que le blanc dans la série des Blancs sur blanc de Malévitch en 1917-1918 est un fait de société ? Il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour l’affirmer.

    Et aujourd’hui, le noir-lumière de Soulages – est-ce une construction culturelle complexe ? Billevesées !

    Si nous tomberions totalement d’accord pour dire que la couleur a des implications psychologico-physiologiques et physico-philosophiques qui varient selon les cultures, il n’en est pas moins vrai que les grands artistes peuvent intégrer la symbolique des couleurs propre à leur culture, soit qu’il s’agisse d’un choix délibéré, soit qu’il s’agisse d’injonctions irrépressibles de ce que Kandinsky appelait la nécessité intérieure, et là la mémoire plastique joue un rôle de premier plan.

    Et ici je m’inscris en faux contre le sociologisme de type marxien qui affirmerait que l’être social détermine l’être conscient.

    La mémoire plastique se nourrit de ce que l’œil a perçu dès la petite enfance : d’une certaine géographie des paysages, d’une lumière solaire toujours différente selon les régions du globe, de la polychromie des champs, de l’environnement quotidien etc…

    Et qu’est-ce qu’a perçu Sariane ? Il nous l’a raconté dans ses mémoires. Sa petite enfance et son adolescence se sont passées dans les grands espaces méridionaux entre la mer d’Azov et le fleuve Don, là où les célèbres cosaques du Don, ces Ukrainiens russifiés, avaient leur Etat.

    La ville de Nakhitchévan où est né Sariane en 1880 était, on pourrait dire, une enclave arménienne au milieu de populations multiethniques où dominaient cependant les Russes et les Ukrainiens. Nakhitchévan se trouvait en face de Rostov, de l’autre côté du fleuve Don, et formait avec cette dernière une seule entité administrative. Dès le début, Sariane synthétisera en lui les cultures russe et arménienne. L’enfance de Sariane dans un milieu paysan fut heureuse. C’est sans aucun doute à cette époque « où l’univers s’ouvrit devant [lui] avec toutes ses merveilles »[5] que l’on doit le constant enchantement, l’exaltation et la jouissance dont est imprégnée son œuvre picturale d’un bout à l’autre, œuvre dont l’intention est de « créer de la joie. ».

    La nature est donc d’un bout à l’autre de l’itinéraire créateur de Sariane le lieu par excellence où la vie vivante vient au jour, où s’originent les rythmes et les mystères du monde.

    Le peintre s’exclame : « La sensation de la vie n’est-elle déjà pas le bonheur ?

    La vie de la nature est étonnante et mystérieuse. Une graine germe dans la terre, grandit, fleurit en son temps, donne naissance à de nouvelles graines et de ce fait ne meurt pas. Tel est aussi l’homme. Il ne meurt pas car il est la nature même. Le comprendre, c’est connaître l’immortalité, source d’inspiration pour l’homme.

    C’est avec cette foi que j’ai traversé la vie, ‘grenier’ de toute mon histoire »[6].

    La steppe ! La steppe d’Azov. La maison familiale en pisé, couverte de roseaux, était « isolée du monde, seule dans la steppe. »[7], « pas une demeure aux alentours. Rien que l’horizon et la steppe à perte de vue, si belle dans sa solitude et son austérité. On voyait se dessiner au loin, sur des collines, les silhouettes de deux moulins à vent, l’un au sud-ouest, dans le village russe de Stavrino, l’autre au nord-est, près du bourg ukrainien de Kouzminki. Et combien y en avait-il dans le village arménien de Tchaltyr !… »[8].

    Ou encore ce passage, consacré à un berger et à son troupeau : « Le globe incandescent du soleil planait au-dessus de l’horizon, le ciel prenait des teintes pourpres. Les versants des collines se teignaient de coulées d’or rougeâtre qui contrastaient avec le bleu violet des dépressions déjà noyées d’ombre. La brume d’un gris lacté s’harmonisait étrangement avec le martèlement sourd du troupeau en marche. Le brouillard s’épaississait, s’étendaient les ténèbres, et tout se noyait enfin dans un bleu presque uniforme. La haute silhouette du pâtre devenait presque indiscernable. »[9].

    Ces textes nous permettent de comprendre quelques éléments essentiels de la poétique de Sariane : l’isolement des objets sur l’espace pictural et leur silhouettage.

    Le grand critique russe Nikolaï Pounine qui fut, entre autres, à la fin des années 1920 le directeur du Musée National Russe de Léningrad, avait noté ce trait :  « Sariane est un novateur. Il fait partie des peintres européens qui, dès le dernier quart du XIXe siècle, se sont mis en quête, su-delà des limites de l’art européen, de nouvelles traditions, d’un nouveau langage, de formes pour exprimer de nouveaux sentiments qui n’étaient pas connus ni compréhensibles pour le vieux monde européen classique. Sariane, comme eux, est un chercheur et un découvreur de voies. Dans toute sa création, il y a l’acuité et l’audace de ce qui est représenté. Il y a chez Sariane une particularité qui marque presque tous ses travaux : le jaillissement en silhouette… C’est en cela, et non dans la couleur, comme pensent beaucoup, qu’est celé cet élément de mystère, d’hypnotisme, ‘magique’, qui fait sortir Sariane des rangs des artistes ayant du talent et une culture de la forme. »

    Revenons aux mémoires de Sariane pour y trouver encore quelques clefs qui nous donneront un meilleur accès à la contemplation de ses tableaux. « La steppe ressemblait à un immense tapis de fleurs. Mais le plus beau c’étaient les papillons, rouges, jaunes, orangés, bleus, blancs, petits et grands. »[10].

    Les différents bleus s’opposent souvent dans les descriptions écrites du peintre arménien aux différentes nuances de jaune. Et cela se retrouve comme un leitmotiv dans ses tableaux.

    Sariane reçoit une solide formation professionnelle en peinture et en dessin à Moscou à l’Ecole de Peinture, Sculpture et Architecture entre 1897 et 1904, où il eut, entre autres, comme professeur Korovine, l’adepte en Russie de l’impressionnisme venu des bords de la Seine, et Sérov qui, lui, fut un des meilleurs représentants au début du XXe siècle du « style moderne », appellation russe pour ce que nous nommons en France « art nouveau ». L’impressionnisme allié au style moderne, puis au symbolisme, fut le terreau sur lequel entre 1900 et 1910 s’est formée la future avant-garde russe. Sariane note que les « ambulants » (c’est-à-dire les réalistes engagés qui avaient démocratisé l’art russe à partir de 1863) « étaient [au tout début du XXe siècle] passés de mode […] L’influence de l’impressionnisme français qui pénétrait en Russie marquait de plus en plus les peintres de Moscou. L’impressionnisme insuffla dans l’art un courant d’air frais et ouvrit de vastes perspectives à la nouvelle génération de peintres. »[11].

    Sariane participa en 1904 et 1910 à toutes les expositions importantes qui marquèrent le renouveau de l’art pictural en Russie, dont Diaghilev et sa revue Mir iskousstva,  qui exista de 1899 à 1904, furent les initiateurs dans leur rejet du réalisme engagé et de l’académisme.

    Sariane, lui-même, dans ses mémoires écrit que la « sénescente Académie [Impériale des Beaux-Arts] de Saint-Pétersbourg reposait sur ses lauriers »[12].

    Deux expositions marquèrent l’apparition relativement éphémère, entre 1900 et 1910, d’un style symboliste russe original : « La rose écarlate » [Alaïa roza] à Saratov en 1904 et « La rose bleue » [Goloubaïa roza] à Moscou en 1907. Sariane y participa avec sa série des « Contes et rêves » utilisant la technique de l’aquarelle ou de la détrempe. Notons tout de suite que Sariane n’aura guère recours à la peinture à l’huile jusqu’en 1919. C’est la détrempe (la tempera) qui domine. Rappelons que la technique a tempera, à la détrempe, fut utilisée dans toute l’Europe médiévale jusqu’aux environs de 1500 où elle fut remplacée par la peinture à l’huile dont l’invention est prêtée aux frères Van Eyck vers le milieu du XVe siècle.

    Ce médium était constitué d’un mélange de couleurs et de jaune d’œuf, de colle diluée dans l’eau, d’un liquide adhésif obtenu soit par la cuisson de bouts de parchemin soit par du jus de figue. La peinture d’icônes en Russie jusqu’à aujourd’hui utilise le médium de la détrempe. Rappelons-nous que le savant Père Pavel Florenski, dans une de ses grandes synthèses qu’aimaient les penseurs de la première moitié du XXe siècle, opposait les cultures catholique, protestante et orthodoxe en se référant à leurs cultures picturales dominantes respectives. Ainsi la culture catholique issue de la Renaissance est celle de la peinture à l’huile qui serait « plus apte à reproduire les données sensorielles du monde »[13]. Il y a, pour Florenski, une relation entre les sonorités de l’orgue et de la peinture à l’huile. « Les touches grasses, la chatoyance des tons de cet art sont liées à la richesse de la musique de l’orgue. Ces couleurs et ces sons ont quelque chose de solide et de charnel. »[14].

    La gravure expliquerait – toujours selon Florenski – la culture protestante. « Si la peinture à l’huile est l’expression de la sensorialité, la gravure, elle, s’appuie sur la rationalité, construisant l’image de l’objet à partir d’éléments n’ayant rien de commun avec celui-ci […] La gravure est un schéma de l’image, elle est construite uniquement selon les lois de la logique, lois de l’identité, de la contradiction et du tiers exclu et, dans ce sens, elle s’apparente fort à la philosophie allemande. L’une comme l’autre s’assigne comme tâche de réédifier ou de déduire le schéma de la réalité, à l’aide seulement de l’affirmation ou de la négation privées de données, tant spirituelles que sensorielles c’est-à-dire de créer tout ex nihilo »[15].

    Quant à la technique iconographique, celle de la tempera, « elle s’explique – écrit Florenski – par l’exigence d’exprimer la métaphysique concrète du monde. »[16]

    À l’époque de Sariane, la tempera était commercialisée depuis que le baron von Pereira en avait introduit en 1893 la recette qui consistait en couleurs ne comportant aucune substance grasse et huileuse.

    La série des « Contes et rêves » est tout à fait dans l’esprit du symbolisme pictural russe, tel que ses amis Pavel Kouznetsov ou Piotr Outkine l’avaient fait triompher.

    Il s’agit d’une poétique issue de l’impressionnisme dans la juxtaposition de zones colorées aux contours imprécis sans d’autre souci que l’harmonie des couleurs, on pourrait dire une musicalité des couleurs. Les êtres et les choses sont entourés d’un halo, le paysage imaginaire y est représenté à l’aide de plages colorées en demi-teintes, créant une atmosphère onirique lyrique. L’impressionnisme est remplacé par un système pictural qui n’est plus en quête d’une figuration illusionniste de l’espace réel mais qui crée, à l’aide de la mémoire plastique, un nouveau paysage. Le vaporeux qui fut un des éléments utilisés avec prédilection par les peintres symbolistes russes, est chez Sariane d’une grande discrétion et est plus dans la lignée de Corot et de Whistler que d’Eugène Carrière. Déjà la force de la couleur distingue très fortement Sariane des évanescences et de la mollesse fluide caractéristiques des œuvres des protagonistes de la « Rose bleue ».

    Dans ces collisions de bleu violet et de rouge (Le roi et sa fille), de bleu-indigo, de violet et de vert dans   Conte oriental, on sentait l’influence de la miniature arménienne qui culmina aux XIIe-XIIIe siècles et dont l’énergie des couleurs et des formes se retrouve dans l’imaginaire plastique de tout artiste arménien à quelque détour que ce soit de sa création.

    Cela est particulièrement net dans la production de Sariane à partir de 1907. C’est à ce moment, on peut le dire, qu’il rompit définitivement avec l’esthétique de la « Rose bleue » qui poussait la dématérialisation de la chair du monde jusqu’au maniérisme. Le critique Sergueï Makovski,  directeur de la revue moderniste Apollon, avait dénoncé en 1909 le danger de ce symbolisme où « la victoire de l’esprit sur la chair devient une rupture dangereuse de l’équilibre. La représentation de la nature a beau être ‘dématérialisée’, la peinture ne saurait devenir incorporelle. Dans la peinture, il doit y avoir de la chair et, plus que cela, le squelette doit être là, sinon elle est menacée par la possibilité de se liquéfier, de disparaître dans les fumées du fantastique. »

    Makovski sera écouté des coryphées du symbolisme pictural russe : après 1910, Pavel Kouznetsov, Milioti, Soudieïkine ou Outkine changeront leur manière, abandonneront les nébulosités antérieures et adopteront un style de représentation aux contours bien affirmés.

    Sariane n’aura pas besoin des leçons de Makovski pour quitter les préciosités alexandrinistes du symbolisme. Dès 1905, avec la détrempe Charmes du soleil, l’artiste arménien se trouve en phase avec le fauvisme qui est en train de se manifester auprès du public européen. Sariane a inventé son propre fauvisme avant même que ce courant ne se soit répandu dans toute l’Europe. Dans l’exposition du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris sur « le fauvisme ou l’épreuve du feu » en 2000, il y avait un exemple encore plus extraordinaire, c’est celui de Maliavine, un peintre naturaliste russe qui peignit vers 1905 une série de « Paysannes » aux châles et aux jupes bigarrés et tourbillonnants, dans une marqueterie sauvage où la dominante était le rouge. Maliavine avait seulement reproduit sur un tableau la violence criarde des tissus qu’aimaient les gens du peuple. De même que Sariane transcrivait dans le langage de la peinture la violence des paysages écrasés par la lumière solaire.

    Le poète Maximiliane Volochine, qui écrivit un très beau texte sur Sariane en 1913 dans la revue Apollon, a constaté à juste titre que Sariane alliait le synthétisme de Gauguin aux formes traditionnelles de l’art oriental.

    Il faut sans aucun doute inscrire Sariane dans le sillage du fauvisme européen où il côtoie Renoir, Matisse ou Braque dans les deux Salons organisés en 1908 et 1909 à Moscou par la revue symboliste La Toison d’or. Je ne pense pas qu’il y ait eu une influence décisive des fauves français sur Sariane. Je crois que Sariane s’est développé parallèlement aux Fauves et que l’exemple des Fauves d’a conforté dans sa conception et sa pratique de la peinture. En somme – comme c’est souvent le cas dans les arts – plus que d’influence, il faut parler d’impulsions, en l’occurrence des impulsions de Cézanne, de Gauguin et de Van Gogh.

    Le fauvisme de Sariane se conjugue à une structure primitiviste du tableau et cette combinaison fauvisme-primitivisme qui existe aussi chez ses contemporains comme Matisse ou, en Russie, Pavel Kouznetsov ou Pétrov-Vodkine, est totalement originale et donne à l’œuvre de Sariane une tonalité inconnue ailleurs. Nous avons cité au début la notation de Nikolaï Pounine  au sujet de la façon dont Sariane silhouette objets  et personnages. Pounine y voit même la vraie originalité de Sariane, plus même que sa gamme colorée, pourtant si inédite. Cette mise en silhouette est la structure de base du tableau sur laquelle viennent se greffer les données purement picturales. Cette primitivisation du tableau avait triomphé au 3ème Salon de La Toison d’or en 1909-1910 avec l’intrusion du néo-primitivisme de Larionov  et de Natalia Gontcharova qui bouleversa de fond en comble tous les principes – séculairement admis par l’enseignement académique – qui présidaient à la conception et à la pratique du tableau de chevalet : désormais l’icône, l’image populaire – le loubok – l’enseigne de boutique, et tous les produits de l’art populaire, contribuèrent à repenser la structure du tableau.

    Prenons Chaleur d’été, chien courant. Il n’y a presque rien de représenté : seules de larges courbes dessinent un mont aux nuances jaunes sur lequel s’inscrit un animal noir indéfinissable (un cheval paissant peut-être) ; un arbre et une portion d’arbre marquetés de noir et de brun-jaune, également indéfinissables, penchés l’un vers l’autre par leur sommet, forment une sorte de voûte que l’on devine ; la forme étirée du chien, toute noire, avec le seul trait brisé  rouge de la langue ; les ombres bleues horizontales de l’arbre entier et du chien, mêlées de façon la plus antinaturaliste mais la plus efficace qui soit tandis qu’une traînée bleu-vert verticale est là comme équivalent de l’ombre de la moitié d’arbre. La lumière solaire  ne vient pas de l’extérieur, elle est partout, elle irradie de partout.

    Je n’ai présenté ici qu’une facette de l’art de Sariane. Mais les caractéristiques que j’ai essayé de montrer à travers les paysages de Sariane se retrouvent dans tous les autres genres auxquels il s’est adonné, natures-mortes et portraits.  S’il a peint avec prédilection l’Orient et surtout son Arménie, il n’est pas un peintre local.

    Ce que j’appellerai son fauvisme primitiviste ou – si l’on veut son primitivisme fauve – est un apport idiolectique à l’art universel. Dans le concert européen des arts novateurs du premier quart du XXe siècle, il se distingue, bien entendu, par une gamme colorée d’une particulière véhémence dans les contrastes – transcription du prisme propre aux régions inondées par l’incandescence solaire.

    Également par le laconisme des formes qui, par leur pouvoir de suggestion, sont des équivalents purement picturaux de la réalité, qui ne représentent pas le monde extérieur dans ses aspects éphémères mais dans son intemporalité. Il n’y a pas d’exotisme de type ethnographique chez Sariane. Ses paysages, ses personnages, ses natures-mortes sont l’expression du bonheur de peindre, ils disent le monde non par la narration mais par le jaillissement des couleurs et des formes opéré par le pinceau de l’artiste.

    Bien entendu, les impulsions données par la miniature persane contribuent à différencier l’œuvre de Sariane par rapport au fauvisme européen. Mais, selon moi, c’est surtout la miniature arménienne qu’il faut convoquer non seulement dans la construction de plusieurs tableaux des années 1910 mais surtout dans cette prédominance du bleu par quoi j’ai commencé mon exposé. En effet, le bleu est une dominante de la miniature arménienne. Un bleu très soutenu, très intense – comme chez Sariane. Et ce bleu utilisé par le peintre arménien dans toutes les nuances possibles est bien différent des bleus anémiés des autres peintres de la « Rose Bleue ».

    Jean-Claude Marcadé

    Antibes, 2003


    [1]Michel Pastoureau, bleu – histoire d’une couleur, Paris, Seuil, 2000, p. 7

    [2] Ibidem, p. 9-10

    [3] Ibidem, p. 13

    [4] Ibidem, p.  49

    [5]Martiros Sarian, Fragments de ma vie, Moscou, Progrès, 1976,  p. 25

    [6] Ibidem, p. 25

    [7] Ibidem, p. 28

    [8] Ibidem, p. 26

    [9] Ibidem, p.  31

    [10] Ibidem, p. 29

    [11] Ibidem, p.  66

    [12] Ibidem, p.  68

    [13] Père Paul Florensky, « L’iconostase » [1922], in : La Perspective inversée suivie de L’Iconostase, Lausanne , L’Age d’Homme, 1992, p. 175

    [14] Ibidem, p.  168

    [15] Ibidem, p.  170-171

    [16] Ibidem, p.  175

  • Sur le faux droit moral attribué, du fait de manoeuvres frauduleuses, sur l’oeuvre d’Alexandra Exter

     

    The Cours d’Appel de Paris / Appeal Court in Paris ruled on 25 June 2013 (Order 12/21691) that the Alexandra Exter Association and its President, Andréi Nakov, would not hold the moral rights to Alexandra Exter. The order was made in favour of the plaintiff, Igor Toporovsky, of Brussels, who had loaned several of his canvases to the exhibition, ALEXANDRA EXTER, held in the Chateau Musée in the city of Tours, January-March 2009. The order states that Mr Nakov had originally obtained the moral right over the art of Alexandra Exter “in a fraudulent manner” and that as a result the court ordered that the Alexandra Exter Association and its President, Mr Nakov, to each pay 5,000 euros to Mr Toporovsky as well as all court costs. In addition, a decision of the court in Tours on 10 June 2013 officially recognised the authenticity of Mr Toporovsky’s paintings, together with their provenances, and ordered their restitution to the collector.

  • Andreï Sarabianov sur les faux tableaux russes

     

    Im Gespräch: Andrej Sarabjanow Der Pinselstrich des Kopisten

    28.06.2013 ·  Der russische Kunsthistoriker kämpft seit Jahren gegen eine mächtige Lobby, die Fälschungen der Avantgarde auf den Kunstmarkt bringt.

    25002222 © ArchivMutiger Ankläger und gewissenhafter Erforscher der Kunstgeschichte: Andrej Sarabjanow

    Gemeinsam mit Experten der Moskauer Tretjakow-Galerie und des Sankt Petersburger Russischen Museums protestierte Andrej Sarabjanow schon vor zwei Jahren gegen eine Doppelpublikation zum Œuvre von Natalja Gontscharowa des britischen Kunsthistorikers Anthony Parton und der auf französische Künstler spezialisierten Wissenschaftlerin Denise Bazetoux. Von sechshundert Nummern im Werkkatalog von Bazetoux befanden Fachleute 350 für falsch, in Partons Buch immerhin mehrere Dutzend. Die Publikationen suggerierten damals, dass ganz plötzlich Hunderte bisher unbekannter Bilder aus Gontscharowas eigentlich gut erforschter russischer Periode aus westlichen Privatsammlungen aufgetaucht seien.

    Andrej Sarabjanow, warum, glauben Sie, ist Natalja Gontscharowa ein Liebling der Fälscher geworden?

    Sie hat dieses „Glück“ gehabt, weil sie durch ihre Emigration zu zwei Kulturen gehörte, der russischen und der französischen, wobei ihre russische Periode gut, die französische aber noch ungenügend erforscht ist. Doch auch die Franzosen betrachten sie als die „Ihrige“. Partons Buch und der französische Werkkatalog von Bazetoux sind bestellt worden, um unbeschlagene Kunstkäufer, für die eine Abbildung in einem dicken Werkkatalog, den ein Wissenschaftler verfasst hat, einem Echtheitszertifikat gleichkommt, zu täuschen. Es geht um viel Geld. Der Auftrag kam offensichtlich aus einer internationalen Organisation, an der sowohl Franzosen als auch Russen beteiligt sind. Ich kenne den Katalog gut. Die Fälschungen lassen auf mehrere Kopisten schließen; man kann ihre Handschriften unterscheiden. Auch im Gontscharowa-Buch von Anthony Parton habe ich siebzig falsche Bilder gezählt.

    Wie fälscht man ein Bild von Natalja Gontscharowa?

    Bekannte Bilder werden in anderer Technik wiederholt, abgewandelt und dann als Skizzen oder Variationen ausgegeben. Beispielsweise ihr „Fahrradfahrer“ von 1912. Im Katalog finden sich gleich fünf Versionen, die in verschiedene Richtungen fahren. Gontscharowa hat ihre Bildeinfälle aber nicht wiederholt. Außerdem ist der Pinselstrich des Fälschers ungemein grob. Die einzige Provenienzangabe lautet übrigens sowohl bei Parton als auch bei Bazetoux: Privatsammlung. Wer das Bild wann und wo gekauft hat, bleibt offen.

    Was wissen Sie über die „International Chamber of Russian Modernism“ (InCoRM), deren Fachleute Werke für echt befanden, die dann bei Auktionshäusern eingeliefert wurden?

    Ich weiß nichts Genaues über diese Organisation, mir sind aber gewisse Personen bekannt, die ihr angehören, beispielsweise Patricia Railing oder Swetlana Dschafarowa, die, genau wissend, was sie damit taten, die Publikationen von Parton und Bazetoux damals verteidigt haben.

    Als die zwei Gontscharowa-Bücher herauskamen, kündigte das russische Kulturministerium juristische Schritte gegen den Verlag des Werkkatalogs an. Bisher ist allerdings nichts passiert. Hat sich die Lage auf dem internationalen Markt für russische Avantgardekunst mittlerweile geändert?

    Nein. Die Situation ist weiterhin äußerst ernst. Ich komme mit vielen Werken in Berührung. Doch leider sind dabei die Originale in der Minderzahl. Auch deswegen verfasse ich derzeit zusammen mit dem in Frankreich lebenden Forscher Wassili Nikitin eine „Enzyklopädie der russischen Avantgarde“. Die ersten zwei Bände werden im kommenden September in Moskau erscheinen. Hoffentlich kann ich damit auch etwas zur Bereinigung des Marktes beitragen.

    Weitere Artikel

    Die Fragen stellte Kerstin Holm.

    Quelle: F.A.Z.

  • ANALYSE DE JACQUES SAPIR SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE RUSSE (JUIN 1913)

    Tribune libre

    La Russie à la recherche d’une nouvelle politique économique

    Jacques Sapir

    © Photo

    10:00 30/06/2013

    « Promenades d’un économiste solitaire » par Jacques Sapir*

    Le Séminaire Franco-Russe sur les problèmes financiers du développement économique de la Russie qui s’est tenu à Paris du 24 au 26 juin dans les locaux de l’EHESS, a montré le rôle crucial que joueraient dans ce pays les investissements comme moteur de la croissance. Leur développement est appelé à se faire dans le cadre d’une politique économique largement réorientée. La nécessité de cette réorientation est manifeste, non pas seulement parce que la croissance est aujourd’hui faible, mais aussi parce que le pays devra se développer dans une situation internationale troublée, tant d’un point de vue économique – et il est évident que la récession dans laquelle la zone Euro est plongée a des effets négatifs sur l’économie russe – que d’une point de vue politique.

    La Russie est donc aujourd’hui confrontée à un véritable choix de politique économique. La nécessité d’un tel changement est soutenue par de nombreux économistes russes, de Sergueï Glazyev à Victor Ivanter, qui participait d’ailleurs au séminaire Franco-Russe. Il est courant de critiquer la politique précédente pour justifier la nécessité d’un changement d’orientation. Cependant, même s’il est clair que certaines des orientations économiques des dix dernières années n’ont pas été nécessairement les bonnes, la nécessité du changement ne vient pas des erreurs passées mais du fait que la précédente politique a épuisé la plupart de ses effets.

    La politique économique qui a été mise en place en Russie à partir de 2004/2005 était elle-même une évolution de celle qui s’était imposée à partir de septembre 1998, à la suite de la grave crise financière que le pays avait connue. Dans un premier temps la priorité avait été donnée à la récupération de l’activité économique détruite dans les années 1994-1998 ainsi qu’au désendettement de l’État.
    Ceci avait permis à la Russie de se relever extrêmement vite et de rembourser une partie de ses dettes par anticipations. Les discussions qui commencent à la fin de 2004 et qui se traduisent par des changements en 2005 ne remettent pas en cause les grandes orientations que l’on a après 1998, mais vont donner une plus grande priorité à la hausse des revenus des ménages et vont donner une certaine impulsion aux investissements publics. De fait, et avec l’aide de la forte hausse des matières premières que l’on connaît à cette époque, le pays va réussir à sortir une large partie de la population de la misère.

    C’est dans les années 2004-2008 que se produit en Russie le « boom » de la consommation qui marque l’émergence d’une classe moyenne. Mais, c’est aussi durant cette période que l’on voit se produire une forte hausse de la productivité du travail. En fait, l’économie de la Russie s’est beaucoup transformée durant ces années et l’image d’une « stagnation » qui fut véhiculée par les déclarations du Président Dmitry Medvedev n’aurait pas pu être plus trompeuse. En fait, loin de « stagner » comme ce fut la cas à la fin des années 1970 et dans les années 1980, l’économie a connu une progression de la productivité du travail très importante. C’est d’ailleurs ce qui lui a permis de résister aux effets de la réévaluation du taux de change réel. On constate en effet que, dans ces années, l’écart entre le taux de change et la parité de Pouvoir d’Achat (PPA) passe de 2,5 à 1,5. Ceci aurait d’ailleurs dû se traduire par une chute de la croissance comme l’a fait remarquer Anton Moiseev de l’institut de prévision de l’économie (INP-RAN) lors du séminaire Franco-Russe. Mais, en réalité, rapporté aux gains de productivité, cet écart n’a que peu bougé et reste, aujourd’hui encore légèrement supérieur à 2.

    © Photo ROSTAT, base de données

    Graphique 1. Productivité du travail, par secteurs

     

    Dans le même temps cependant la Russie maintenait une politique financière extrêmement restrictive et délaissait les investissements en infrastructure. La combinaison de ces deux faits a été masquée par la forte croissance des années 2006-2008, mais elle a été révélée par la crise de 2008-2009. Même si la Russie a mieux traversé la crise que beaucoup de ses voisins, le contexte économique international très perturbé a commencé à peser sur la croissance et le rythme de cette dernière s’est fortement ralenti depuis l’été 2012. Plus inquiétant encore est la chute de l’investissement. Ceci est particulièrement important car le pays commence à rencontrer des problèmes graves liés au manque d’entretien des infrastructures. La question du risque technologique induit par la faiblesse des investissements dans ce domaine avait été soulignée par Alexandre Nekipelov, qui fut le vice-Président de l’Académie des Sciences durant de nombreuses années, à de nombreuses reprises.

    La nécessité d’une véritable stratégie de l’investissement, afin que se mette en place une croissance tirée par l’investissement, est donc aujourd’hui une impérieuse nécessité. Les annonces qui ont été faites au Forum Économique de Saint-Pétersbourg qui s’est tenu juste avant le Séminaire Franco-Russe indiquent qu’une prise de conscience a eu lieu sur ce point. Lors de ce Forum il a été décidé d’engager des fonds importants (à hauteur de 13 milliards d’Euros) dans 3 projets qui ne sont que le début de cette politique :

    1. Restructuration  du Transsibérien.

    2. La construction d’une ligne TGV Moscou-Kazan .

    3. Construction d’une 3ème périphérique autour de Mosco

    Ces programmes viennent s’inscrire dans la continuité avec des projets déjà en cours. Ils devraient se continuer dans des projets concernant les investissements en Sibérie orientale ainsi qu’en Extrême-Orient, point sur lequel a insisté M. Dmitry Kuvalin (INP-RAN) lors du séminaire Franco-Russe.

    © Photo ROSTAT, base de données.

    Graphique 2. Production et investissement (en glissement annuel)

     

    Le départ de M. Koudrine du ministère des Finances, le remplacement de M. Ignatiev par Mme Nabiulina à la tête de la Banque Centrale sont des signes qu’un tournant se prépare. Mais, le développement d’une stratégie globale de l’investissement implique nécessairement de se poser la question du contenu en innovations de cet investissement. De ce point de vue, s’il est évident que le secteur des industries militaires a un important rôle à jouer, il faut comprendre que l’innovation implique aussi des processus d’hybridation entre diverses activités que ne favorise pas l’atmosphère de secret qui règne dans le secteur militaire. L’économie russe devra apprendre à marcher sur ses deux jambes, avec une forte contribution du secteur militaire mais aussi avec le développement de nouvelles entreprises innovantes issues des grandes universités et des centres de recherche.

    L’opinion exprimee dans cet article ne coïncide pas forcement avec la position de la redaction, l’auteur étant extérieur à RIA Novosti.

    *Jacques Sapir est un économiste français, il enseigne à l’EHESS-Paris et au Collège d’économie de Moscou (MSE-MGU). Spécialiste des problèmes de la transition en Russie, il est aussi un expert reconnu des problèmes financiers et commerciaux internationaux.Il est l’auteur de nombreux livres dont le plus récent est La Démondialisation (Paris, Le Seuil, 2011).

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