Catégorie : Billets d’humeur

  • Jacques Sapir sur la paix civile en France

    La paix civile en France © AFP 2015. Gabriel Bouys
    POINTS DE VUE
    12:23 21.12.2015(mis à jour 14:19 21.12.2015) URL courte
    Jacques Sapir

    Un des faits marquants de la campagne électorale lors de l’entre-deux tours des élections régionales (du 6 au 13 décembre), et du discours politique qui s’est tenu depuis, a été l’extrême violence des termes employés.

    On se souvient que Claude Bartolone, le candidat du P « S » pour la région Île de France, et ci-devant président de l’Assemblée Nationale, n’avait pas hésité à qualifier son opposante, Mme Valérie Pecresse, de « candidate de la race blanche ». Ce n’est qu’un exemple, et on pourrait facilement multiplier les références. Ceci indique qu’une partie des élites au pouvoir, ces élites que l’on a qualifiées de compradores, sont décidées à jouer la carte de la guerre civile.

    On a indiqué à plusieurs reprises le risque latent de guerre civile qui existait désormais en France (1). Le choc produit par les attentats du 13 novembre nous confronte directement à cette perspective. Mais, en même temps, ce choc ouvre la voie à une possible instrumentalisation de cette menace de guerre civile.
    Le risque de la guerre civile est évident quand des responsables politiques, et cela quel que soit leur parti, font le choix de la division symbolique du peuple, dressant alors une partie de celui-ci contre l’autre. Précisons ici ce que l’on entend par le « peuple ». En fait, quand nous parlons d’un « peuple », nous ne parlons pas d’une communauté ethnique ou religieuse, mais de cette communauté politique d’individus rassemblés qui prend son avenir en mains (2). Il importe donc de dépasser l’idée d’un peuple constitué sur des bases ethniques ou par une communauté de croyants. Or, c’est très précisément le mouvement inverse auquel M. Claude Bartolone s’est prêté. Il a même aggravé son cas en usant du mot « race », un terme qui certes a un sens juridique et politique, mais qui n’en a aucun d’un point de vue scientifique.

    Mais, M. Bartolone n’est pas n’importe qui. En tant que président de l’Assemblée nationale, il est supposé connaître parfaitement la Constitution de la France, un pays qu’il prétend servir. Or, dans le premier article du préambule de cette Constitution, ne lit-on pas: « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l’homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République » (3). La lecture de cet article devrait interdire à tout homme politique républicain de se référer, dans un discours politique, à une « race ». Faut-il donc en conclure que M. Claude Bartolone n’est pas républicain? Faut-il donc en conclure que Mme Emmanuel Cosse (du parti EELV) et M. Pierre Laurent (du PCF), qui ont assisté à cette sortie de Claude Bartolone, qui n’ont manifesté aucune émotion et qui sont restés à la tribune de cette réunion, ne sont pas républicains?
    La question posée est ici des plus graves. On a condamné, à juste titre, les propos tenus par Mme Nadine Morano, qui appartient à l’ex-UMP, rebaptisé pompeusement « Les Républicains ». On condamne, et là encore à juste titre, des débordements et des outrances des uns et des autres. Mais, ces débordements et ces outrances, il faut en convenir, sont moins graves que ces mots prononcés par le président de l’Assemblée nationale. Que ceci ait été si peu remarqué, si peu relevé, montre qu’il y a non pas une accoutumance mais bien un projet politique de diviser les Français. Ce projet politique consiste à communautariser la vie politique française pour pouvoir s’appuyer sur des divisions irréconciliables que l’on aura ainsi créées en son sein. Il faut alors se poser la question d’à qui profite le crime. Et l’on voit bien qu’il ne peut profiter qu’aux élites oligarchiques.

    On doit rapprocher cet incident extrêmement grave du discours médiatique qui a été tenu sur le Front National et sur la République à partir du 6 décembre. Ce discours a présenté l’électeur du Front National comme une sorte de sous-homme. Ce discours est tenu alors que le président de la République appelle à la « concorde nationale ». Ce sont des appels qu’il est bon d’entendre, mais que l’on ne pourra entendre en fait que, d’une part, quand on aura condamné fermement les discours qui visent à séparer les Français, à les diviser les uns les autres sur des critères de « race », de religion, et en considérant qu’une large fraction d’entre eux n’est pas apte à exercer des responsabilités, et, d’autre part, que quand on aura proposé des stratégies claires autour desquelles les français pourraient se retrouver unis. Mais, rien de tout cela n’est fait.

    Le discours de la concorde restera inaudible tant que l’on continuera d’humilier environ 30% des Français. Maurice Thorez, le dirigeant du PCF, avait choqué une partie de la gauche en 1936, dans son discours où il « tendait la main au militant des Croix-de-Feu ». On connaît les mots qu’il utilisa à la fin de son discours: « Nous te tendons la main, volontaire national, ancien combattant devenu croix de feu, parce que tu es un fils de notre peuple, que tu souffres comme nous du désordre et de la corruption, parce que tu veux comme nous éviter que le pays ne glisse à la ruine et à la catastrophe. » (4).

    Je ne suis pas un partisan inconditionnel de feu Maurice Thorez, et ceux qui me lisent le savent bien. Pourtant, on ne peut qu’être frappé par la tonalité de l’appel et aussi par son actualité dans la situation présente de la France. Ces mots, ce sont ceux que François Hollande aurait du prononcer s’il avait vraiment voulu la concorde nationale; mais ces mots, il ne peut les prononcer, non, en vérité il ne le peut pas.
    Il ne le peut pas car il est l’homme qui s’est renié quand il disait que son ennemi était la finance, qui a abandonné les ouvriers de Fleurange, qui a trahi, de petites en grandes trahisons, à peu près tout ce qui faisait l’identité politique d’une certaine gauche. Il ne le peut pas car il n’est, en réalité, que le fondé de pouvoir d’une classe oligarchique qui ne cherche qu’à s’enrichir, encore et toujours plus, et qui, pour ce faire, est prête à plonger la France dans la guerre civile si c’est à ce prix qu’est la conservation de son pouvoir.

     Nous voyons bien où conduit cette logique de classe, voire de caste, et où conduisent les différents abandons de la souveraineté qui ont été consentis par les différents pouvoirs depuis plus de vingt ans. Car, une politique répondant aux intérêts de l’immense majorité du peuple implique que l’on revienne sur ces abandons, que la politique retrouve ses droits et que l’on cesse de la dissoudre dans la technique que l’on prétend saupoudrer de « valeurs ».

    L’espace politique doit donc être l‘espace des principes qui constituent les fondements d’une action collective. Cela implique donc de revenir à la politique et de cesser de vouloir élever en politique ce qui relève en réalité du choix individuel. Mais, revenir à la politique est une démarche contraire, et même contradictoire, avec la démarche spontanée du néo-libéralisme qui prétend dissoudre des questions politiques dans des questions dites « techniques » (5), et qui entend remplacer le débat sur les principes par une discussion sur les valeurs. De ce point de vue, le retour au politique est la base nécessaire pour que l’on puisse un jour retrouver cette concorde civile qui n’exclut pas des différences et des divergences.

    (1) Voir Sapir J. « Vers la Guerre Civile? », note publiée le 4 octobre 2015 sur le carnet Russeurope, http://russeurope.hypotheses.org/4352 et « La guerre civile froide? », note publiée sur Russeurope le 12 janvier 2014, http://russeurope.hypotheses.org/1907CAR

    (2) Et l’on avoue ici plus qu’une influence de Lukacs G., Histoire et conscience de classe. Essais de dialectique marxiste. Paris, Les Éditions de Minuit, 1960, 383 pages. Collection « Arguments »

    (3) www.conseil-constitutionnel.fr

    (4) Discours de Maurice Thorez du 17 avril 1936

    (5) Bellamy R., (1994). ‘Dethroning Politics’: Liberalism, Constitutionalism and Democracy in the Thought of F. A. Hayek. British Journal of Political Science, 24, pp 419-441

     

  • Pour en finir avec la querelle à propos de l’euro (Jean-Pierre Pagé)

    Le 24 septembre 2015

    Pour en finir avec la querelle à propos de l’euro

    La querelle à propos de l’euro prend une tournure quasiment théologique au point de générer un schisme divisant en deux camps l’échiquier politique de notre pays. D’un côté, il y a ceux qui semblent faire de l’euro le symbole de l’avenir et de la réussite de l’Europe et, de l’autre, ceux qui, réunissant les extrêmes, en font la cause de tous nos maux. En réalité, c’est conférer un trop grand honneur à ce qui n’est qu’un simple instrument et l’euro ne mérite pas une célébrité de cet ordre.

    La monnaie unique, puisque c’est de cela qu’il s’agit, ne devrait être, fort logiquement, que l’un des attributs normaux d’une union économique et politique bien conçue. Si elle prête autant à controverse, c’est que, dans le cas de l’Europe, cette union est mal conçue et reste inachevée. Dans le cadre de l’organisation actuelle de cette union, l’euro n’est pas viable, même limité à la zone qui porte son nom. La querelle qui s’est déchaînée avec la « crise de la Grèce » provient de là.

    L’incomplétude de l’Union européenne est à l’origine de ce dysfonctionnement. La mise en place d’une monnaie unique dans une Union digne de ce nom est normale et symboliquement extrêmement importante comme l’un de ses ciments essentiels. Mais encore faudrait-il que le système de fonctionnement le permette. Or tel n’est pas le cas.

    En effet, la zone euro ne constitue pas une véritable union au sens d’une fédération bien conçue, en l’absence d’une politique budgétaire commune. Dans une telle fédération, il y a un système de redistribution des ressources entre les parties prenantes. C’est le cas de la République fédérale d’Allemagne : les länder les plus riches comme la Bavière sont ponctionnés par le centre fédéral pour contribuer au financement des besoins des plus pauvres (par exemple, les länder de l’Est). C’est encore le cas de la Russie où les « sujets de la fédération » font l’objet d’une redistribution par le centre, celui-ci contribuant au financement des besoins des « sujets » les plus pauvres grâce à des prélèvements sur les ressources des plus riches.

    Or, rien de tel n’existe dans la zone euro. Tout d’abord, celle-ci ne dispose pas d’un budget fédéral digne de ce nom, car les « Etats-membres » ont pris grand soin de s’en réserver la prérogative. La zone euro (et, plus largement, l’Union Européenne) n’est donc pas dotée, comme le sont les entités fédérales, de ressources financières lui permettant de mener une véritable politique de redistribution.

    Le résultat en est que le système est bancal. Il fait coexister des entités qui ont des niveaux de richesse et de développement très différents sans que l’on puisse compenser, comme dans les unions dignes de ce nom, au moins partiellement, les conséquences de cette hétérogénéité par une redistribution. C’est un peu comme de vouloir concevoir un système hydraulique sans possibilité de connexion entre les différents bassins.

    Faute de cela, les édiles européens en sont venus à imaginer un système de fonctionnement très pervers qui revient à obliger, de facto, l’ensemble des composantes de la zone considérée à s’aligner sur le modèle des pays les plus avancés et les plus riches (en l’occurrence, l’Allemagne et, plus largement, les pays du Nord de l’Europe). Le cas le plus caractéristique est celui de l’Allemagne. L’Allemagne est un pays très industrialisé qui a mis en place, dans le cadre des réformes Schröder, un modèle dual : à une industrie très efficace, s’oppose un secteur tertiaire rémunéré à des taux très faibles. L’Allemagne est déjà entrée, en en quelque sorte, dans l’ère « post industrielle » décrite par certains économistes comme Daniel Cohen. Elle a pu se permettre de rationaliser ses industries déjà fortes en vue de soutenir la concurrence à l’ère post-industrielle. Et ceci est d’autant plus facile qu’il s’agit d’un modèle de « vieux » qui convient à un pays dont la démographie est déclinante.

    Mais, là où le bât blesse, c’est quand on prétend, sous l’égide de l’Allemagne, imposer ce modèle à des pays d’Europe du Sud qui en sont encore au stade de l’industrialisation, comme la Grèce, mais aussi le Portugal et l’Espagne. Certes, cela peut contribuer, dans le meilleur des cas, à fortifier les industries en développement en améliorant leur compétitivité, mais au prix d’un coût humain très élevé et, à bien des égards, insupportable, avec ses conséquences sur le chômage et l’expatriation des populations les plus jeunes.

    Les pays de la zone euro ont cru parfaire le fonctionnement de la zone en inventant une « règle d’or » obligeant chaque pays-membre de la Zone à équilibrer ses recettes et ses dépenses. On ne dira jamais assez l’aberration que constitue l’application de cette règle à des Etats. Pouvons-nous imaginer que, dans la République fédérale d’Allemagne, on puisse obliger les entités fédérées à maintenir un strict équilibre entre leurs ressources et leurs dépenses simultanément avec les seuls moyens dont elles disposent ? Même avec des correctifs tenant compte des différences entre PIB réel et PIB potentiel, c’est impossible. Toute union économique entre des Etats dont les ressources et les niveaux de vie sont très différents – ce qui constitue le cas de la zone euro – implique une redistribution.

    C’est pourtant cette règle qui a fondé l’un des principaux critères de Maastricht et constitue en quelque sorte la pierre angulaire – qui est, en même temps, la pierre d’achoppement – du système selon lequel fonctionne la zone euro. Or cette règle est un non-sens du point de vue d’une macroéconomie bien comprise. Si l’objectif de l’équilibre des dépenses et des ressources peut avoir un sens au niveau d’unités microéconomiques, dans le cas de la comptabilité de commerçants, voire de petites municipalités, par exemple, elle n’en a aucun dans le cas d’une union d’Etats. Déjà, dans les dépenses, il convient de distinguer les dépenses de fonctionnement courantes des dépenses d’investissement susceptibles d’apporter des ressources supplémentaires dans le futur. De telles dépenses justifient un endettement supplémentaire. Mais, dans une union bien équilibrée, il est normal que les entités les plus riches pourvoient aux ressources des entités les plus pauvres de façon à éviter des écarts trop importants dans les niveaux de vie. Que l’on incite les entités trop portées à la dépense à être plus rationnelles constitue un bon principe de politique économique, mais que l’on en fasse un système rigide obligeant toutes ces entités à atteindre en même temps l’équilibre entre les ressources et les dépenses n’a aucun sens.

    Le résultat en est d’empêcher le développement des régions les plus pauvres en les maintenant dans leur situation et d’obliger leurs populations à s’expatrier vers les zones les plus riches, ce qui est contraire aux exigences d’un développement harmonieux permettant à chacun dans sa zone de peuplement de vivre avec le même niveau de vie que les habitants des autres zones plus riches. On en voit la conséquence avec l’appauvrissement relatif de la Grèce, du Portugal et le maintien, ou la création, d’un fort chômage touchant particulièrement les plus jeunes et les conséquences politiques qui en résultent.

    Comme l’a fait remarquer Joseph Stiglitz sur France Culture le 1er septembre au matin, la question à poser n’est pas de savoir s’il convient de supprimer l’euro, mais si l’Europe est décidée à passer à une nouvelle étape, c’est-à-dire à une union réelle mettant en place les conditions du fonctionnement d’une monnaie unique. Or, actuellement, plusieurs pays (notamment, l’Allemagne) s’y opposent. Mais le non-franchissement de cette étape compromet l’existence même de l’Union. Plus précisément, Il est illusoire de penser que l’on pourra sauver la zone euro si l’on ne franchit pas les deux étapes suivantes :

    • en sus de l’union bancaire, le passage à l’émission d’obligations européennes (les fameuses « euroobligations ») permettant une mutualisation des financements des Etats ;

    • ceci constituant la première phase de la mise en place d’un véritable budget européen avec les institutions permettant de le gérer démocratiquement (par exemple, le « ministre des finances européen » dont on parle, notamment à la BCE).

    Il faut bien, voir que, si l’on ne fait pas cela, la zone euro, sous sa forme actuelle, est condamnée à plus ou moins brève échéance. Tant qu’on ne l’aura pas compris, il n’y a aucun espoir de trouver une issue à la crise née des dysfonctionnements actuels de la zone euro. Si les gouvernants des pays de la zone euro persistent dans l’erreur qui les font aller « droit dans le mur », on arrivera à la situation que l’on veut éviter et que l’on redoute tellement : la formation d’une coalition contre l’euro unissant d’abord les franges extrêmes de la droite et de la gauche, s’étendant progressivement à l’intervalle entre celles-ci.

    Il faut, au plus vite, abandonner l’absurde système de la « règle d’or » sur lequel repose actuellement l’équilibre de la Zone euro et qui oblige tous les pays de cette zone à rechercher en même temps l’équilibre de leurs comptes publics. Il convient de cesser de vouloir faire fonctionner un système qui ne le peut pas car il est construit sur de mauvaises bases et complètement dévoyé par rapport à l’esprit de ses fondateurs. Le seul résultat de cette façon d’agir sera de susciter et nourrir des mouvements d’opposition que l’on qualifie de « populistes », mais qui ne sont que des réactions aux désastres qu’elle provoque : chômage, expatriation, croissance des inégalités entre les pays les plus riches et les plus pauvres. Il faut, sans attendre commencer à reconstruire la véritable Europe, solidaire et fonctionnelle, dont les européens ont besoin dans le tohu-bohu mondial. Aujourd’hui, la situation est claire. Ou bien les gouvernants des Etats-membres de la Zone euro acceptent d’en changer le mode de fonctionnement ou bien celle-ci est vouée, après un certain nombre de convulsions, à se disloquer. Il ne sert à rien de tergiverser et de chercher des accommodements avec un système qui ne peut pas fonctionner. L’enjeu est énorme. Le risque est de voir le grand projet de l’Europe échouer avec tous les enjeux et les espérances qu’il porte.

                                                                       Jean-Pierre Pagé

  • Ο Αλέξης Τσίπρας

    Vive Alexis Tsipras!

    Ce non croyant orthodoxe  est marqué par la culture orthodoxe – ce qui a été considéré comme une trahison de ses idées de gauche est simplement ce que la théologie  appelle l’Οικονομία

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  • « Une brève histoire de l’avenir », recension de Didier Rykner

    Une brève histoire de l’avenir

    Paris, Musée du Louvre, du 24 septembre 2015 au 4 janvier 2016

    « Prévoir l’avenir est très difficile »
    (Jacques Attali, catalogue de l’exposition)
    « J’en suis la preuve vivante »
    (Jacques Attali, qui l’aurait dit s’il avait une once de lucidité)
    « La prévision est difficile, surtout en ce qui concerne l’avenir »
    (Pierre Dac)

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    1. Première section de l’exposition
    « Une brève histoire du temps »
    Photo : Didier Rykner

    « Rien n’interdit de faire que la croissance française passe de 1,5 à 3,5 ou 4, c’est tout-à-fait possible ; dès la fin de 2008 ». Cette phrase, prononcée par Jacques Attali en 2008 dans une émission de Public Sénat intitulée « Conversations d’avenir » et que l’on peut entendre ici à 9’14″, devrait suffire à elle seule à déconsidérer définitivement Jacques Attali, le grand prévisionniste, l’économiste visionnaire, qui n’avait pas vu venir quelques semaines avant la crise de 2008… Mais les imposteurs médiatiques, tels les Bernard-Henri Lévy, les Alain Minc ou les Jacques Attali donc rebondissent toujours, même lorsqu’ils écrivent les pires âneries. Et Dieu sait si Attali en a écrites ou en a dites. Le 27 décembre 2012, il intervenait sur Itélé et prévoyait l’avenir immédiat : « Le pays est en état de relative convalescence », « les choses vont dans la bonne direction ». Il récidivait quelques jours plus tard, ses paroles étant rapportées par une dépêche AFP : « Il y a beaucoup de perspectives qui donnent le sentiment que 2014 et 2015 seront de bonnes années », et même : « la Chine va redémarrer ». Jacques Attali, c’est la « Madame Irma 2.0 » (il se pique de numérique), celle dont les hommes politiques s’arrachent les prédictions, même si celles-ci ne sont pas plus justes à long terme qu’à court terme ; dans un livre publié en 1990, « Ligne d’horizon », il annonçait le déclin inexorable de l’Amérique dans les dix ans à venir, alors que les États-Unis devaient connaître à partir de 1992 une des plus florissantes périodes économiques de leur histoire1.

    Mais pourquoi donc parler de Jacques Attali dans La Tribune de l’Art ? Car Jacques Attali, qui prévoit l’avenir et a une opinion sur tout2, prétend également jouer au commissaire d’exposition (sous le titre, non moins ridicule, de « conseiller scientifique »). Et c’est le Louvre qui lui ouvre grand ses portes pour une exposition tirée de son livre « Une brève histoire de l’avenir », les deux commissaires portant ce titre étant Jean de Loisy et Dominique de Font-Réaulx.
    Nous avons donc, préalablement à l’exposition, tenté de lire cet ouvrage. Nous avons renoncé, avouons-le honteusement, tant la prose de Jacques Attali est indigeste. Il s’agit d’un gloubi-boulga écœurant dans lequel le Mage, sans jamais rien démontrer ni de ses hypothèses, ni de ses conclusions, assène des prévisions pour les cinquante prochaines années. Et pour impressionner davantage le lecteur crédule, tout devient « hyper » sous la plume de Jacques Attali : hyperconflit, hypernomade, hypermétropole, hyperempire, hyperdémocratie, mais c’est surtout son moi qui est hypertrophié…

    L’exposition du Louvre est à l’image de ce livre… Un mélange d’art de toutes les époques, relié par une prose prétentieuse et vaine3, à laquelle personne ne comprendra rien mais que tout le monde fera semblant de trouver très intéressante, et très audacieuse, car ils auront trop peur de passer pour des hyperimbéciles. Le signataire de ces lignes est hypermodeste et il ne reculera pas devant ce risque, car il n’a vraiment hyper rien compris. On verra donc des objets archéologiques mésopotamiens (venant du Louvre) confrontés à une maquette d’architecture datée de 1989 par Eilfried Huth et Günther Domenig, non loin d’une tapisserie d’après Fernand Léger, d’œuvres de Peter Cook ou de Tomás Saraceno. Tout cela est censé illustrer le chapitre « L’ordonnancement du monde » (ill. 1), mais on est hyperdubitatif. Il ne s’agit plus ici d’inclure quelques œuvres contemporaines au sein des collections anciennes. Il n’est même pas question d’une exposition transversale qui aurait un vrai propos. Le Louvre nous présente désormais une exposition d’art contemporain avec un peu d’art ancien dedans, ce qui est très différent. Le parcours se poursuit sur le thème « Instruments de l’échange ». On y voit des monnaies anciennes, un scribe assis égyptien, une Corde à proverbes du Congo. Mais cette fois, pas d’art contemporain. On ne sait pas trop pourquoi, tout comme on ne sait pas trop pourquoi il y a cette section, pas davantage qu’on ne saisit la raison d’être de la suivante, Les Jardins, où on peut admirer un Jeff Koons non loin de L’Allégorie de la Richesse de Simon Vouet. Les expositions du même genre du Musée d’Orsay (« Sade », « Masculin-Masculin »…), malgré le vide abyssal du propos, permettaient de découvrir parfois des œuvres peu connues, rien de tel ici puisqu’une grande partie vient des collections du Louvre. C’est hyperdécevant.


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    2. Les tableaux de Thomas Cole
    Exposition « Une brève histoire du temps »
    Photo : Didier Rykner
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    3. Manufacture Zuber
    Les Zones terrestres
    Dessin sur papier – 240 x 1683 cm
    Paris, Musée des Arts Décoratifs
    Photo : Didier Rykner

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    4. Dernière section de l’exposition
    « Une brève histoire du temps »
    Ça ne se voit pas, mais on est au Louvre
    Photo : Didier Rykner

    Seule la section suivante « Histoires cycliques » permet d’admirer des tableaux jamais vus en France, par Thomas Cole (ill. 2). Il s’agit du cycle Le Destin des Empires, daté de 1834 et conservé à la New York Historical Society. C’est beau, mais c’est maigre. « Transmission des savoirs », « L’élargissement du monde », les sections se succèdent sans qu’on ait vraiment envie de s’arrêter devant les œuvres, sauf peut-être le grand panorama de la manufacture Zuber provenant du Musée des Arts Décoratifs (ill. 3). Le parcours se termine sur « Sociétés modernes » (ill. 4), sans doute la pire de toute, où plus de la moitié des œuvres n’ont absolument rien à faire au Louvre. Et on se précipite vers la sortie, hypercontent. D’avoir enfin fini.


    Commissaires : Dominique de Font-Réaulx et Jean de Loisy, avec la collaboration de Sandra Adam-Couralet et de Martin Kiefer.
    Conseiller scientifique : Jacques Attali.


    Sous la direction de Dominique de Font-Réaulx et Jean de Loisy, Une brève historie de l’avenir, Hazan, 2015, 384 p., 45 €. ISBN : 9782754108539.


    Informations pratiques : Musée du Louvre, hall Napoléon, sous la pyramide. Tél : +33 (0)1 40 20 53 17. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9h à 18h, jusqu’à 21h45 les mercredi et vendredi. Tarifs : 15€ (exposition et musée).


    Didier Rykner, lundi 21 septembre 2015
  • UN ET DEUX ET TROIS!

     

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    Jeremy Corbin

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Jeremy Corbyn: from home-knitted jumpers to Harrington jackets, his style evolution
    Newsnight has released a video from 1984 in which Jeremy Corbyn, current frontrunner in the Labour leadership election, was criticised by a Tory MP as a ‘Labour scruff’. How does it compare with his style now?

    Newsnight has released a clip of Jeremy Corbyn being interviewed by the BBC outside the Houses of Parliament in 1984. At the time, he was the hard-left MP for Islington North, and a member of the Socialist Campaign group. Of course, the interviewer’s focus was not on his politics – rather, it was on the fact that he was wearing a jumper knitted by his mum.

    In the video, Corbyn takes some offence at the comments by Tory MPs about “Labour scruff”, quipping: “It’s not a fashion parade, it’s not a gentleman’s club, it’s not a banker’s institute, it’s a place where the people are represented,” before fat-shaming his Tory counterparts for their “large stomachs” and inability to say no to a free dinner. Incredible scenes.

    Of course, he was right then and he’s right now. His shift from backbench agitator to gutsy frontrunner has shaken things up – and he has engaged young voters for the first time. We should judge him for that, or for having the lowest total expenses claim in the Commons (£8.95 for a printer cartridge) rather than for how he dresses.

    But he has smartened up. A bit. There are still the Corbyn touches – the unruly hair, and shirts in non-committal shades of blah. But alongside the exposed vests – bought, he said, at a market stall for £1.50 a pop – there are also the Beckham baker caps, the colour-blocked sweatshirts and beige Harrington jackets. The change has been gradual but real. Still, he was and remains five-time winner of parliamentary beard of the year, and until that goes, he’ll always be Jeremy Corbyn, the man with no iron – and there’s no shame in that. He’s busy.

  • MARTIN LUTHER

     

     

    Wenn ich wüßte, daß morgen die Welt untergeht, würde ich heute noch ein Apfelbäumchen pflanzen.

  • Rainer Maria Rilke, « Du meine heilige Einsamkeit »

    Du meine heilige Einsamkeit

    Du meine heilige Einsamkeit,
    du bist so reich und rein und weit
    wie ein erwachender Garten.
    Meine heilige Einsamkeit du –
    halte die goldenen Türen zu,
    vor denen die Wünsche warten.

    Rainer Maria Rilke