Catégorie : Billets d’humeur

  • Le début de l’extraordinaire « Bouvard et Pécuchet »

    Il y a en chacun de nous un peu de Bouvard et Pécuchet…

    Comme il faisait une chaleur de trente-trois degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.

    Plus bas le canal Saint-Martin, fermé par les deux écluses étalait en ligne droite son eau couleur d’encre. Il y avait au milieu, un bateau plein de bois, et sur la berge deux rangs de barriques.

    Au delà du canal, entre les maisons que séparent des chantiers, le grand ciel pur se découpait en plaques d’outremer, et sous la réverbération du soleil, les façades blanches, les toits d’ardoises, les quais de granit éblouissaient. Une rumeur confuse montait du loin dans l’atmosphère tiède ; et tout semblait engourdi par le désœuvrement du dimanche et la tristesse des jours d’été.

    Deux hommes parurent.

    L’un venait de la Bastille, l’autre du Jardin des Plantes. Le plus grand, vêtu de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet déboutonné et sa cravate à la main. Le plus petit, dont le corps disparaissait dans une redingote marron, baissait la tête sous une casquette à visière pointue.

    Quand ils furent arrivés au milieu du boulevard, ils s’assirent à la même minute, sur le même banc.

    Pour s’essuyer le front, ils retirèrent leurs coiffures, que chacun posa près de soi. Et le petit homme aperçut écrit dans le chapeau de son voisin : « Bouvard » ; pendant que celui-ci distinguait aisément dans la casquette du particulier en redingote le mot : « Pécuchet ».

    — « Tiens ! » dit-il « nous avons eu la même idée, celle d’inscrire notre nom dans nos couvre-chefs. »

    — « Mon Dieu, oui ! on pourrait prendre le mien à mon bureau ! »

    — « C’est comme moi, je suis employé. »

    Alors ils se considérèrent.

    L’aspect aimable de Bouvard charma de suite Pécuchet.

    Ses yeux bleuâtres, toujours entreclos, souriaient dans son visage coloré. Un pantalon à grand-pont, qui godait par le bas sur des souliers de castor, moulait son ventre, faisait bouffer sa chemise à la ceinture ; – et ses cheveux blonds, frisés d’eux-mêmes en boucles légères, lui donnaient quelque chose d’enfantin.

    Il poussait du bout des lèvres une espèce de sifflement continu.

    L’air sérieux de Pécuchet frappa Bouvard.

    On aurait dit qu’il portait une perruque, tant les mèches garnissant son crâne élevé étaient plates et noires. Sa figure semblait tout en profil, à cause du nez qui descendait très bas. Ses jambes prises dans des tuyaux de lasting manquaient de proportion avec la longueur du buste ; et il avait une voix forte, caverneuse.

    Cette exclamation lui échappa : — « Comme on serait bien à la campagne ! »

    Mais la banlieue, selon Bouvard, était assommante par le tapage des guinguettes. Pécuchet pensait de même. Il commençait néanmoins à se sentir fatigué de la capitale, Bouvard aussi.

    Et leurs yeux erraient sur des tas de pierres à bâtir, sur l’eau hideuse où une botte de paille flottait, sur la cheminée d’une usine se dressant à l’horizon ; des miasmes d’égout s’exhalaient. Ils se tournèrent de l’autre côté. Alors, ils eurent devant eux les murs du Grenier d’abondance.

    Décidément (et Pécuchet en était surpris) on avait encore plus chaud dans les rues que chez soi !

    Bouvard l’engagea à mettre bas sa redingote. Lui, il se moquait du qu’en dira-t-on !

    Tout à coup, un ivrogne traversa en zigzag le trottoir ; – et à propos des ouvriers, ils entamèrent une conversation politique. Leurs opinions étaient les mêmes, bien que Bouvard fût peut-être plus libéral.

    Un bruit de ferrailles sonna sur le pavé, dans un tourbillon de poussière. C’étaient trois calèches de remise qui s’en allaient vers Bercy, promenant une mariée avec son bouquet, des bourgeois en cravate blanche, des dames enfouies jusqu’aux aisselles dans leur jupon, deux ou trois petites filles, un collégien. La vue de cette noce amena Bouvard et Pécuchet à parler des femmes, – qu’ils déclarèrent frivoles, acariâtres, têtues. Malgré cela, elles étaient souvent meilleures que les hommes ; d’autres fois elles étaient pires. Bref, il valait mieux vivre sans elles ; aussi Pécuchet était resté célibataire.

    — « Moi je suis veuf » dit Bouvard « et sans enfants ! »

    — « C’est peut-être un bonheur pour vous ? » Mais la solitude à la longue était bien triste.

    Puis, au bord du quai, parut une fille de joie, avec un soldat. Blême, les cheveux noirs et marquée de petite vérole, elle s’appuyait sur le bras du militaire, en traînant ses savates et balançant les hanches.

    Quand elle fut plus loin, Bouvard se permit une réflexion obscène. Pécuchet devint très rouge, et sans doute pour s’éviter de répondre, lui désigna du regard un prêtre qui s’avançait.

    L’ecclésiastique descendit avec lenteur l’avenue des maigres ormeaux jalonnant le trottoir, et Bouvard dès qu’il n’aperçut plus le tricorne, se déclara soulagé car il exécrait les jésuites. Pécuchet, sans les absoudre, montra quelque déférence pour la religion.

    Cependant le crépuscule tombait et des persiennes en face s’étaient relevées. Les passants devinrent plus nombreux. Sept heures sonnèrent.

    Leurs paroles coulaient intarissablement, les remarques succédant aux anecdotes, les aperçus philosophiques aux considérations individuelles. Ils dénigrèrent le corps des Ponts et chaussées, la régie des tabacs, le commerce, les théâtres, notre marine et tout le genre humain, comme des gens qui ont subi de grands déboires. Chacun en écoutant l’autre retrouvait des parties de lui-même oubliées ; – et bien qu’ils eussent passé l’âge des émotions naïves, ils éprouvaient un plaisir nouveau, une sorte d’épanouissement, le charme des tendresses à leur début.

    Vingt fois ils s’étaient levés, s’étaient rassis et avaient fait la longueur du boulevard depuis l’écluse d’amont jusqu’à l’écluse d’aval, chaque fois voulant s’en aller, n’en ayant pas la force, retenus par une fascination.

    Ils se quittaient pourtant, et leurs mains étaient jointes, quand Bouvard dit tout à coup :

    — « Ma foi ! si nous dînions ensemble ? »

    — « J’en avais l’idée ! » reprit Pécuchet. « Mais je n’osais pas vous le proposer ! »

    Et il se laissa conduire en face de l’Hôtel de Ville, dans un petit restaurant où l’on serait bien.

    Bouvard commanda le menu.

    Pécuchet avait peur des épices comme pouvant lui incendier le corps. Ce fut l’objet d’une discussion médicale. Ensuite, ils glorifièrent les avantages des sciences : que de choses à connaître ! que de recherches – si on avait le temps ! Hélas, le gagne-pain l’absorbait ; et ils levèrent les bras d’étonnement, ils faillirent s’embrasser par-dessus la table en découvrant qu’ils étaient tous les deux copistes, Bouvard dans une maison de commerce, Pécuchet au ministère de la Marine, – ce qui ne l’empêchait pas de consacrer, chaque soir, quelques moments à l’étude. Il avait noté des fautes dans l’ouvrage de M. Thiers et il parla avec les plus grands respects d’un certain Dumouchel, professeur.

    Bouvard l’emportait par d’autres côtés. Sa chaîne de montre en cheveux et la manière dont il battait la rémolade décelaient le roquentin plein d’expérience ; et il mangeait le coin de la serviette dans l’aisselle, en débitant des choses qui faisaient rire Pécuchet. C’était un rire particulier, une seule note très basse, toujours la même, poussée à de longs intervalles. Celui de Bouvard était continu, sonore, découvrait ses dents, lui secouait les épaules,et les consommateurs à la porte s’en retournaient.

    Le repas fini, ils allèrent prendre le café dans un autre établissement. Pécuchet en contemplant les becs de gaz gémit sur le débordement du luxe, puis d’un geste dédaigneux écarta les journaux. Bouvard était plus indulgent à leur endroit. Il aimait tous les écrivains en général, et avait eu dans sa jeunesse des dispositions pour être acteur !

    Il voulut faire des tours d’équilibre avec une queue de billard et deux boules d’ivoire comme en exécutait Barberou, un de ses amis. Invariablement, elles tombaient, et roulant sur le plancher entre les jambes des personnes allaient se perdre au loin. Le garçon qui se levait toutes les fois pour les chercher à quatre pattes sous les banquettes finit par se plaindre. Pécuchet eut une querelle avec lui ; le limonadier survint, il n’écouta pas ses excuses et même chicana sur la consommation.

    Il proposa ensuite de terminer la soirée paisiblement dans son domicile qui était tout près, rue Saint-Martin.

    À peine entré, il endossa une manière de camisole en indienne et fit les honneurs de son appartement.

    Un bureau de sapin placé juste dans le milieu incommodait par ses angles ; et tout autour, sur des planchettes, sur les trois chaises, sur le vieux fauteuil et dans les coins se trouvaient pêle-mêle plusieurs volumes de l’encyclopédie Roret, le Manuel du magnétiseur, un Fénelon, d’autres bouquins, – avec des tas de paperasses, deux noix de coco, diverses médailles, un bonnet turc – et des coquilles, rapportées du Havre par Dumouchel. Une couche de poussière veloutait les murailles autrefois peintes en jaune. La brosse pour les souliers traînait au bord du lit dont les draps pendaient. On voyait au plafond une grande tache noire, produite par la fumée de la lampe.

    Bouvard, – à cause de l’odeur sans doute, demanda la permission d’ouvrir la fenêtre.

    — « Les papiers s’envoleraient ! » s’écria Pécuchet qui redoutait, en plus, les courants d’air.

    Cependant, il haletait dans cette petite chambre chauffée depuis le matin par les ardoises de la toiture.

    Bouvard lui dit : — « À votre place, j’ôterais ma flanelle ! »

    — « Comment ! » et Pécuchet baissa la tête, s’effrayant à l’hypothèse de ne plus avoir son gilet de santé.

    — « Faites-moi la conduite ! » reprit Bouvard. « L’air extérieur vous rafraîchira. »

    Enfin Pécuchet repassa ses bottes, en grommelant : « Vous m’ensorcelez, ma parole d’honneur ! » Et malgré la distance, il l’accompagna jusque chez lui au coin de la rue de Béthune, en face le pont de la Tournelle.

    La chambre de Bouvard, bien cirée, avec des rideaux de percale et des meubles en acajou, jouissait d’un balcon ayant vue sur la rivière. Les deux ornements principaux étaient un porte-liqueurs au milieu de la commode, et le long de la glace des daguerréotypes représentant des amis. Une peinture à l’huile occupait l’alcôve.

    — « Mon oncle ! » dit Bouvard, et le flambeau qu’il tenait éclaira un monsieur.

    Des favoris rouges élargissaient son visage surmonté d’un toupet frisant par la pointe. Sa haute cravate avec le triple col de la chemise, du gilet de velours, et de l’habit noir l’engonçaient. On avait figuré des diamants sur le jabot. Ses yeux étaient bridés aux pommettes, et il souriait d’un petit air narquois.

    Pécuchet ne put s’empêcher de dire : — « On le prendrait plutôt pour votre père ! »

    — « C’est mon parrain » répliqua Bouvard, négligemment, ajoutant qu’il s’appelait de ses noms de baptême François, Denys, Bartholomée. Ceux de Pécuchet étaient Juste, Romain, Cyrille ; – et ils avaient le même âge : quarante-sept ans ! Cette coïncidence leur fit plaisir, mais les surprit, chacun ayant cru l’autre beaucoup moins jeune. Ensuite, ils admirèrent la Providence dont les combinaisons parfois sont merveilleuses. — « Car, enfin, si nous n’étions pas sortis tantôt pour nous promener, nous aurions pu mourir avant de nous connaître ! » et s’étant donné l’adresse de leurs patrons, ils se souhaitèrent une bonne nuit.

    — « N’allez pas voir les dames ! » cria Bouvard dans l’escalier.

    Pécuchet descendit les marches sans répondre à la gaudriole.

  • Visions américaines sur la Russie

    Washington (CNN)The outgoing Army chief of staff said Wednesday that Russia posed the « most dangerous » threat facing the United States today, thanks to its « sophisticated » operations in Ukraine.

    Gen. Raymond Odierno, who is leaving his post, estimated that only a third of U.S. brigades are capable of operating at the level of the hybrid warfare Russia is undertaking there. And he worries that Russia could next intervene in NATO allies like Latvia or Estonia.

    « They are more mature than some other of our potential adversaries, and I think they have some stated intents that concern me in terms of how the Cold War ended, » Odierno said of Russia when asked by CNN. « They have shown some significant capability in Ukraine to do operations that are fairly sophisticated, and so, for me, I think we should pay a lot of attention. »

    Odierno explained that he’s concerned that Russia underestimates the extent to which NATO partners would defend the Latvians and Estonians, a miscalculation that could lead to conflict. The solution, he argued, would be to increase response capabilities in order to deter any possible Russian aggression.

    « We have deterrent there and I think we’re doing a good job with that, » he said. « What we have do in the next several years is continue to increase that so the risk goes up for anybody who might consider operations in Eastern Europe. »

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  • Noémie Marcadé (née en 1881) et son petit-fils Jean-Claude à Moscardès

    Noémie Marcadé, née Rose Pouey
    Noémie Marcadé, née Rose Pouey, années 1940
    Jean-Claude Marcadé avec La Piga à Mouscardès, fin des années 1940
    Jean-Claude Marcadé et La Piga, fin des années 1940
    dédicace à Valentine Marcadé, fin des années 1950
    Dédicace de ma photo avec La Piga à Valentine Marcadé, fin des années 1950
  • 1960, Au Lycée municipal de Saint-Pourçain sur Sioule (aujourd’hui Blaise de Vigenère)

    J’ai retrouvé dans mes papiers cette feuille écrite par mes élèves de 6ème au Lycée municipal de Saint-Pourçain- sur-Sioule en 1960. C’était mon premier poste de « Professeur certifié de lettres classiques » (français, latin, grec). Je suis resté à ce lycée de 1960 à 1963. J’y ai même enseigné le grec en seconde. J’avais suggéré au principal de l’époque de donner le nom de Blaise de Vigenère, érudit polyvalent du XVIe siècle, né précisément à Saint-Pourçain. Je savais que, bien que d’une grande qualité intellectuelle, cette homme de la Renaissance n’avait pas eu une vie recommandable sur le plan des moeurs, loin de là. Mon idée a visiblement fait son chemin, puisqu’aujourd’hui le lycée porte son nom.

    Je suis  très touché de ce témoignage de ces enfants venus tous d’un milieu paysan et qui écoutaient bouche bée mes commentaires du théâtre de Corneille, avec le sens de l’honneur chevaleresque, quand les hommes savaient ce qu’ils se devaient et ce qu’il devaient! Je me souviens que je ne partageais pas leur admiration inconditionnelle de Johnny Hallyday – visiblement, ils ne m’en ont pas voulu…

    p. 55296
    Lettre des élèves de 6ème du Lycée Municipal de Saint-Pourçain sur Sioule à leur professeur
  • Un point de vue américain sur la Grèce et la Russie

    Greece’s Lesson For Russia — Paul Craig Roberts
    July 17, 2015 | Categories: Articles & Columns | Tags: | Print This Article
    Greece’s Lesson For Russia

    Paul Craig Roberts

    “Greece’s debt can now only be made sustainable through debt relief measures that go far beyond what Europe has been willing to consider so far.” — International Monetary Fund

    Greece’s lesson for Russia, and for China and Iran, is to avoid all financial relationships with the West. The West simply cannot be trusted. Washington is committed to economic and political hegemony over every other country and uses the Western financial system for asset freezes, confiscations, and sanctions. Countries that have independent foreign policies and also have assets in the West cannot expect Washington to respect their property rights or their ownership. Washington freezes or steals countries’ assets, or in the case of France imposes multi-billion dollar fines, in order to force compliance with Washington’s policies. Iran, for example, lost the use of $100 billion, approximately one-fourth of the Iranian GDP, for years simply because Iran insisted on its rights under the Non-Proliferation Treaty.

    Russian journalists are asking me if Obama’s willingness to reach a deal with Iran means there is hope a deal can be reached over Ukraine. The answer is No. Moreover, as I will later explain, the deal with Iran doesn’t mean much as far as Washington is concerned.

    Three days ago (July 14) a high ranking military officer, Gen. Paul Selva, the third in about as many days, told the US Senate that Russia is “an existential threat to this nation (the US).” Only a few days prior the Senate had heard the same thing from US Marine commander Joseph Dunford and from the Secretary of the Air Force. A few days before that, the Chairman of the US Joint Chiefs of Staff warned of a Russian “hybrid threat.”

    Washington is invested heavily in using Ukraine against Russia. All the conflict there originates with Washington’s puppet government in Kiev. Russia is blamed for everything, including the destruction of the Malaysian airliner. Washington has used false charges to coerce the EU into sanctions against Russia that are not in the EU’s interest. As Washington has succeeded in coercing all of Europe to harm Europe’s political and economic relationships with Russia and to enter into a state of conflict with Russia, certainly Washington is not going to agree to an Ukrainian settlement. Even if Washington wanted to do so, as Washington’s entire position rests on nothing but propaganda, Washington would have to disavow itself in order to come to an agreement.

    Despite everything, Russia’s president and foreign minister continue to speak of the US and Washington’s EU vassal states as “our partners.” Perhaps Putin and Lavrov are being sarcastic. The most certain thing of our time is that Washington and its vassals are not partners of Russia.

    The Wolfowitz doctrine, the basis of US foreign and military policy, declares
    that the rise of Russia or any other country cannot be permitted, because the US is the Uni-power and cannot tolerate any constraint on its unilateral actions.

    As long as this doctrine reigns in Washington, neither Russia, China, nor Iran, the nuclear agreement not withstanding, are safe. As long as Iran has an independent foreign policy, the nuclear agreement does not protect Iran, because any significant policy conflict with Washington can produce new justifications for sanctions.

    With the nuclear agreement with Iran comes the release of Iran’s $100 billion in frozen Western balances. I heard yesterday a member of the Council for Foreign Relations say that Iran should invest its released $100 billion in US and Europe companies. If Iran does this, the Iranian government is setting itself up for further blackmail. Investing anywhere in the West means that Iran’s assets can be frozen or confiscated at any time.

    if Obama were to dismiss Victoria Nuland, Susan Rice, and Samantha Power and replace these neoconservatives with sane diplomats, the outlook would improve. Then Russia, China, and Iran would have a better possibility of reaching accommodation with the US on terms other than vassalage.

    Russia and China, having emerged from a poorly functioning communist economic system, naturally regard the West as a model. It seems China has fallen for Western capitalism head over heels. Russia perhaps less so, but the economists in these two countries are the same as the West’s neoliberal economists, which means that they are unwitting servants of Western financial imperialism. Thinking mistakenly that they are being true to economics, they are being true to Washington’s hegemony.

    With the deregulation that began in the Clinton regime, Western capitalism has become socially dysfunctional. In the US and throughout the West capitalism no longer serves the people. Capitalism serves the owners and managers of capital and no one else.

    This is why US income inequality is now as bad or worse than during the “robber baron” era of the 1920s. The 1930s regulation that made capitalism a functioning economic system has been repealed. Today in the Western world capitalism is a looting mechanism. Capitalism not only loots labor, capitalism loots entire countries, such as Greece which is being forced by the EU to sell of Greece’s national assets to foreign purchasers.

    Before Putin and Lavrov again refer to their “American partners,” they should reflect on the EU’s lack of good will toward Greece. When a member of the EU itself is being looted and driven into the ground by its compatriots, how can Russia, China, and Iran expect better treatment? If the West has no good will toward Greece, where is the West’s good will toward Russia?

    The Greek government was forced to capitulate to the EU, despite the support it received from the referendum, because the Greeks relied on the good will of their European partners and underestimated the mendacity of the One Percent. The Greek government did not expect the merciless attitude of its fellow EU member governments. The Greek government actually thought that its expert analysis of the Greek debt situation and economy would carry weight in the negotiations. This expectation left the Greek government without a backup plan. The Greek government gave no thought to how to go about leaving the euro and putting in place a monetary and banking system independent of the euro. The lack of preparation for exit left the government with no alternative to the EU’s demands.

    The termination of Greece’s fiscal sovereignty is what is in store for Italy, Spain, and Portugal, and eventually for France and Germany. As Jean-Claude Trichet, the former head of the European Central Bank said, the sovereign debt crisis signaled that it is time to bring Europe beyond a “strict concept of nationhood.” The next step in the centralization of Europe is political centralization. The Greek debt crisis is being used to establish the principle that being a member of the EU means that the country has lost its sovereignty.

    The notion, prevalent in the Western financial media, that a solution has been imposed on the Greeks is nonsense. Nothing has been solved. The conditions to which the Greek government submitted make the debt even less payable. In a short time the issue will again be before us. As John Maynard Keynes made clear in 1936 and as every economist knows, driving down consumer incomes by cutting pensions, employment, wages, and social services, reduces consumer and investment demand, and thereby GDP, and results in large budget deficits that have to be covered by borrowing. Selling pubic assets to foreigners transfers the revenue flows out of the Greek economy into foreign hands.

    Unregulated naked capitalism, has proven in the 21st century to be unable to produce economic growth anywhere in the West. Consequently, median family incomes are declining. Governments cover up the decline by underestimating inflation and by not counting as unemployed discouraged workers who, unable to find jobs, have ceased looking. By not counting discouraged workers the US is able to report a 5.2 percent rate of unemployment. Including discouraged workers brings the unemployment rate to 23.1 percent. A 23 percent rate of unemployment has nothing in common with economic recovery.

    Even the language used in the West is deceptive. The Greek “bailout” does not bail out Greece. The bailout bails out the holders of Greek debt. Many of these holders are not Greece’s original creditors. What the “bailout” does is to make the New York hedge funds’ bet on the Greek debt pay off for the hedge funds. The bailout money goes not to Greece but to those who speculated on the debt being paid. According to news reports, Quantitative Easing by the ECB has been used to purchase Greek debt from the troubled banks that made the loans, so the debt issue is no longer a creditor issue.

    China seems unaware of the risk of investing in the US. China’s new rich are buying up residential communities in California, forgetting the experience of Japanese-Americans who were herded into detention camps during Washington’s war with Japan. Chinese companies are buying US companies and ore deposits in the US. These acquisitions make China susceptible to blackmail over foreign policy differences.

    The “globalism” that is hyped in the West is inconsistent with Washington’s unilateralism. No country with assets inside the Western system can afford to have policy differences with Washington. The French bank paid the $9 billion fine for disobeying Washington’s dictate of its lending practices, because the alternative was the close down of its operations in the United States. The French government was unable to protect the French bank from being looted by Washington.

    It is testimony to the insouciance of our time that the stark inconsistency of globalism with American unilateralism has passed unnoticed.

  • La France caniche des États-Unis

    Contrairement à ce que l’on pense, l’Occident attend de la France une analyse droite, autonome, responsable, de la situation internationale, et pas un comportement de caniche qui se révèle à la fin contre-productif pour les intérêts de l’Occident et la paix dans monde.
    Renaud Girard

    Renaud Girard est grand reporter international au Figaro. Il a couvert les grands conflits des trente dernières années. Il est notamment l’auteur d’un ouvrage sur les guerres au Moyen-Orient, Pourquoi ils se battent (Flammarion, 2005), sur son expérience de l’Afghanistan (Retour à Peshawar, Grasset, 2010) et son dernier ouvrage, Le Monde en marche, a été publié en 2014 aux éditions CNRS. Tous les mardis il tient la chronique internationale du Figaro.

    Un accord historique sur le nucléaire iranien a été conclu alors que la France s’est montrée en retrait. Laurent Fabius s’est rendu mercredi 29 juillet à Téhéran pour tenter de réchauffer les relations franco-iraniennes. La France a-t-elle été à la hauteur de l’enjeu?

    Comme l’a dit l’ancien ambassadeur à Téhéran François Nicoullaud, dans cette négociation menée avec succès par Obama, les Français n’ont joué que «les grognards ou les utilités». L’initiative a été américaine. Laurent Fabius a même tardé à recevoir l’ambassadeur d’Iran en France. Lors de la conférence de Genève II en janvier 2014, Fabius avait refusé la participation de l’Iran. C’était une position stérile! Comme le disait De Gaulle, «il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur les réalités.» L’Iran est évidemment un facteur essentiel dans la résolution de la crise syrienne. Ne pas inviter l’Iran alors que des puissances scandinaves l’étaient, c’était mener une politique non ancrée dans le réel. François Hollande a pris sur lui de livrer des armes à la pseudo Armée syrienne libre – des missiles Milan, des mitrailleuses 12.7 et 14.5 – ; elles se sont retrouvées au bout d’une semaine aux mains des Katiba islamistes. C’est l’un des plus gros échecs des missions récentes de la DGSE. Espérons que ces armes ne se retourneront jamais contre la France.

    La France aurait-elle pu davantage exploiter une position de médiateur?

    Je regrette de manière générale que ce ne soit pas la diplomatie française qui ait réussi ce deal historique, comme elle avait réussi par le passé à faire la paix entre les Américains et les Vietnamiens – je fais référence aux accords de Paris de janvier 1973. J’avais moi-même proposé, dans un éditorial du Figaro du 21 mai 2007, alors que Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner venaient d’arriver aux affaires, que la France jouât le rôle d’honest broker (médiateur sincère) entre l’Iran et les Etats-Unis. Ces deux pays ne sont pas des rivaux naturels. Autour de la mer Caspienne, les rivaux naturels sont plutôt la Russie et l’Iran. Il me semblait qu’une fenêtre d’opportunité se présentait alors, celle de la politique française classique au Moyen-Orient, qui se caractérise par une certaine indépendance. Le fait que Sarkozy et Kouchner entretenaient de fortes relations d’amitié avec les Etats-Unis était paradoxalement un avantage, car l’Amérique n’aurait pas mis de bâtons dans les roues à une initiative française.
    Le numéro 3 du régime, Ari Larijani, m’avait reçu le 24 mai 2007 à Téhéran pour me convaincre qu’une ingénierie était possible afin de ramener la confiance entre Occidentaux et Iraniens. Je l’avais amené dans le bureau de Bernard Kouchner fin juin 2007 et il lui avait répété le même message. Cette ingénierie a été trouvée par l’accord historique du 14 juillet 2015 à Vienne. Un arrangement a été trouvé pour rassurer les Occidentaux sur la non militarisation du programme nucléaire iranien. Évidemment, le Traité de non-prolifération dont l’Iran est signataire autorise les activités nucléaires civiles. Nous avons perdu huit ans, et c’est dommage.

    Après la scandaleuse amende imposée à la BNP, on aurait pu imaginer que l’Europe infligeât une amende de 15 milliards de dollars à Goldman Sachs pour avoir aidé le gouvernement grec à truquer ses comptes publics afin d’entrer dans la zone euro.
    Quelles peuvent être les conséquences économiques et politiques pour la France de ce «raté diplomatique»?

    La France avait une position exceptionnelle qu’elle n’a pas exploitée. On peut craindre que la France, dans les futurs gros contrats qui se noueront en Iran, se fasse dépasser par l’Allemagne, l’Italie ou les Etats-Unis. La politique anti-iranienne quasi obsessionnelle qu’a menée Laurent Fabius au début de son mandat a viré à une attitude plus rationnelle de l’exécutif français – quand Hollande a rencontré Rohani à l’ONU en 2013. J’approuve la visite de Fabius à Téhéran, même si je la trouve tardive. Je me réjouis que le président ait invité Rohani à Paris en novembre prochain.
    Peugeot et Renault se sont respectivement retirés en 2012 et 2013 du marché iranien, en raison des sanctions américaines.

    Les Etats-Unis vont-ils profiter commercialement et économiquement de ce nouveau marché [Apple est déjà en train de négocier son retour dans le pays]?

    La France a tellement peur des Etats-Unis que nous avons accepté que la BNP paie une amende de 9 milliards de dollars au Trésor américain, alors que la BNP n’avait violé aucune loi française, mais financé l’exportation de produits – ni trafic d’êtres humains, armes ou drogue – en provenance du Soudan, de Cuba ou d’Iran. La justice américaine a pris prétexte que ces transactions étaient libellées en dollars pour étendre l’application de la loi américaine et de ses sanctions commerciales aux relations entre une entreprise française et ces pays. En 1965, De Gaulle dénonçait «le privilège exorbitant du dollar». Aujourd’hui on assiste au privilège exorbitant de la justice américaine qui prétend appliquer sa loi au monde entier. Renault et Peugeot ont été victimes de pressions américaines, nous les avons hélas acceptées. Aujourd’hui, les entreprises françaises craignent d’agir par peur de s’attirer les foudres de la justice américaine. Elles regrettent que l’UE et ses Etats membres aient été incapables de les protéger le moins du monde. Après la scandaleuse amende imposée à la BNP, on aurait pu imaginer que l’Europe infligeât une amende de 15 milliards de dollars à Goldman Sachs pour avoir aidé le gouvernement grec à truquer ses comptes publics afin d’entrer dans la zone euro.
    De Gaulle en son temps avait recadré les choses en affirmant que nous étions alliés, et non alignés. Mais nous sommes aujourd’hui alignés. Sarkozy a commis une erreur en faisant retourner la France dans le commandement intégré de l’OTAN, une organisation militaire aux résultats médiocres. C’est un signe de sujétion et de soumission qui n’était même pas réclamé par les Américains.

    Au-delà du cas iranien, peut-on parler de tournant atlantiste de la politique étrangère française?

    Disons que Bernard Kouchner comme Laurent Fabius n’ont pas apporté de véritable succès à la diplomatie française. La crise russo-ukrainienne serait propice à une médiation de la France, ce qu’a commencé François Hollande le 6 juin 2014 en Normandie, et ce qu’il a poursuivi avec les accords de Minsk, tout cela, main dans la main avec Angela Merkel. La médiation française entre la Russie et l’Ukraine aurait aujourd’hui plus de poids si il n’y avait pas eu l’incompréhensible boycott en France du défilé de la victoire contre le nazisme du 9 mai 2015 à Moscou, et la ridicule affaire du refus de livraison des Mistral à la Russie. Le refus de respecter les engagements commerciaux sur les Mistral n’a rien changé à la balance stratégique dans cette région – où les Russes sont infiniment plus forts que les Ukrainiens – mais il a inutilement blessé les dirigeants russes.

    De Gaulle en son temps avait recadré les choses en affirmant que nous étions alliés, et non alignés. Mais nous sommes aujourd’hui alignés.

    Notre relation avec les États-Unis m’apparaît de plus en plus déséquilibrée. De Gaulle en son temps avait recadré les choses en affirmant que nous étions alliés, et non alignés. Mais nous sommes aujourd’hui alignés. Sarkozy a commis une erreur en faisant revenir la France dans le commandement intégré de l’OTAN, une organisation militaire dont les résultats ont été médiocres au Kosovo et en Afghanistan. C’est un signe de sujétion qui n’était même pas réclamé par les Américains. Cet esprit de soumission fait que l’on accepte l’espionnage de la NSA. Ce dernier, qui par l’intermédiaire de monstrueuses amendes a mené à la vente d’Alstom à General Electric. J’espère que nous n’entrons pas dans la négociation sur le TAFTA dans le même esprit de sujétion. L’équipe de l’UE composée de 28 Etats aux intérêts divergents entre malheureusement dans ces négociations moins bien armée que l’équipe américaine.

    La guerre en Libye s’est-elle inscrite dans cette même logique néo-conservatrice?

    Nous avons détruit le régime de Kadhafi sans prévoir de solution de remplacement. Il y a trois règles d’or à respecter avant toute opération extérieure, hormis le respect nécessaire de l’ONU. Premièrement, une solution de remplacement après avoir destitué un dictateur. Deuxièmement: pouvons-nous garantir aux populations que nous venons «protéger» que leur situation sera améliorée après notre intervention? Troisièmement, cette intervention ménage-t-elle les intérêts à moyen et long terme de notre pays. Par qui Saddam Hussein ou Mouammar Kadhafi ont-ils été remplacés? En interrogeant aujourd’hui les Libyens, on perçoit clairement chez eux un regret de l’époque de Kadhafi où la liberté politique était certes inexistante mais où circulation, sécurité et éducation étaient assurées. A Bagdad, la population regrette aujourd’hui Saddam Hussein qui, malgré ses nombreux défauts, maintenait un pays au fort taux d’alphabétisation. Aujourd’hui à Raqqa, on jette un homosexuel du haut d’une tour, en Syrie, on décapite les chrétiens. Un dirigeant ne peut se lancer dans une opération extérieure pour sa propre gloire ou pour de simples raisons de politique intérieure.
    On n’a pas réfléchi aux intérêts à moyen et long terme de la France lorsque nous avons commencé cette guerre en Libye. Car l’effondrement du régime de Kadhafi a provoqué la déstabilisation de tous les pays amis de la France au Sahel, au point que notre ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian avait suggéré dans une interview au Figaro qu’il faudrait engager une deuxième guerre en Libye… pour corriger le chaos provoqué par la première. Kadhafi avait d’innombrables défauts mais il avait une qualité précieuse pour nous: il empêchait que son immense territoire fonctionne comme un appel d’air à l’endroit des candidats à la migration clandestine originaires d’Afrique sub-saharienne.

    Comment expliquer l’évolution de la diplomatie française en cinquante ans de l’indépendance d’un De Gaulle à l’alignement des dirigeants actuels?

    Cette évolution est due à plusieurs facteurs: une fascination pour la puissance américaine, un manque de fierté, une façon de baisser les bras. Jusqu’à récemment, demeuraient certains principes de notre tradition diplomatique – comme lorsque Chirac a refusé de participer à la guerre d’Irak, décision soulignée par le discours historique de Villepin à la tribune de l’ONU. Cette évolution indigne est assez difficile à expliquer. Elle a été opérée par des gens qui pensent que la France est trop petite pour exister par elle-même et qu’elle ne vit que dans un grand bloc occidental dirigé par l’Amérique. Cette rationalisation du monde est contestable. Je pense au contraire que nous avons notre mot à dire, notre génie national. Notre alignement ne rend pas service à l’Occident. De Gaulle était beaucoup plus utile à l’Occident en portant une parole différente de celle des Etats-Unis, que ne le sont nos dirigeants atlantistes. Sur la guerre du Vietnam, sur le conflit israélo-palestinien, sur le dollar, le président français avait pressenti ce qui se passerait. En janvier 1969, quand Nixon arrive aux affaires, la première personne à qui il rend visite est le général de Gaulle, qui avait pourtant abondamment critiqué les Etats-Unis précédemment. Preuve que cette critique était productive et qu’on attendait précisément de la France qu’elle critiquât son allié. Qui aime bien châtie bien. Kissinger, qui avait assisté à l’entretien entre Nixon et De Gaulle au sujet du conflit israélo-palestinien, m’a rapporté que Nixon partageait sur ce sujet entièrement les vues du président français. Contrairement à ce que l’on pense, l’Occident attend de la France une analyse droite, autonome, responsable, de la situation internationale, et pas un comportement de caniche qui se révèle à la fin contre-productif pour les intérêts de l’Occident et la paix dans monde.

  • Vive la Grèce!

    Dominique de Villepin

     L’ancien premier ministre est sorti de sa réserve et s’est montré très critique à l’égard des dirigeants européens et de la France. «La Grèce retrouve sa fierté, moi ça me parle comme gaulliste», a-t-il revendiqué.

    Dominique de Villepin, connu pour ses opinions tranchées et souvent marginales sur le plan diplomatique, a plaidé mardi matin pour une sortie de crise rapide et l’obtention rapide d’un accord entre la Grèce et les dirigeants européens. «Nous avons un devoir de réussite vis-à vis de la Grèce et vis-à-vis de nous-même. Il y a bien longtemps que l’Europe n’a pas réussi quelque chose, il y a bien longtemps que les Européens n’ont pas été fiers de quelque chose, nous devons réussir dans un intérêt commun», a commencé l’ancien premier ministre sur BFMTV et RMC, se montrant particulièrement virulent et critique à l’égard du «jeu comptable des Européens».
    L’ancien ministre des Affaires Étrangères de Jacques Chirac, applaudi en 2003 à l’ONU pour son discours contre la guerre en Irak, a vanté les qualités de leader d’Alexis Tsipras. «Nous avons aujourd’hui la chance, je dis bien la chance, d’avoir un jeune premier ministre grec, Alexis Tsipras, qui est crédible aux yeux d’une large partie de l’opinion grec et qui est indépendant. La Grèce retrouve sa fierté», a considéré Dominique de Villepin. «Moi ça me parle comme gaulliste», a-t-il poursuivi, rappelant la baisse du pouvoir d’achat, le chômage en Grèce, «potion amère» à prendre en compte.
    «Je suis affligé par l’aveuglement européen»
    Dominique de Villepin
    L’ancien cadre de l’UMP a avancé sa propre proposition pour aider la Grèce. Pour lui, les dirigeants européens, en première ligne desquelles le gouvernement français, doivent mettre en place «un nouveau mécanisme». «Faisons en sorte que l’argent aille à la Grèce, par le biais de remboursement de créances et en favorisant l’investissement pour faire repartir les choses», a-t-il plaidé, en marge des opinions des ténors de la droite française.
    Dans une tribune publiée mardi sur Mediapart et intitulée «Notre devoir pour l’Europe», celui qui avait tenté de se présenter à l’élection présidentielle de 2012 revient longuement sur l’histoire de la Grèce. Il considère que le peuple doit «prendre en main son destin» et que «c’est aux Européens de les aider». «La Grèce est donc un pays qui, depuis toujours, dépend de l’arrivée de devises de l’extérieur, par les touristes, par ses travailleurs immigrés dans les années 50 et 60, par les fonds structurels européens dans les années 80, par la dette dans les années 90 et 2000. En somme, rien n’a changé. Le problème de la Grèce , c’est sa balance des paiements. Elle doit s’inventer une économie. Cela prend du temps», écrit-il. Dominique de Villepin considère que l’histoire récente de la Grèce est «l’histoire de la plus grande punition d’un pays en temps de paix». Il exhorte François Hollande et Angela Merkel à se rendre à Athènes. «Gageons que le général de Gaulle y serait allé et, à la fin de son discours place Syntagma, aurait levé les bras au ciel en s’exclamant ‘Vive la Grèce’».
    Le diplomate et avocat de profession s’est ensuite lancé dans un réquisitoire contre les dirigeants européens, se disant «affligé par l’aveuglement européen». «Nous ne sommes pas des vraies démocraties, aujourd’hui les dirigeants parlent pour les caméras, parlent pour les micros, mais pas pour les peuples, ils oublient les peuples», a-t-il tempêté, «pas fier de grand-chose» en tant que Français et Européen. «Je suis déçu par le rapetissement de la France mais pas uniquement par les politiques français, par les médias. Tout est de plus en plus conforme», a conclu l’ancien locataire du Quai d’Orsay.