Catégorie : Politique
-
Jacques Sapir sur la situation politique française avant les législatives
Jacques Sapir
C’est peu dire que d’affirmer que l’élection présidentielle qui vient de se dérouler a engendrée une recomposition profonde du spectre politique.
Les résultats du 1er tour de cette élection en témoignent: nous serions ainsi, selon certains, entrés dans une période de quadripartisme. Mais, les règles du système électoral français risquent de mettre un terme rapide aux ambitions des uns ou au contraire de conforter les espoirs des autres. De fait, cette recomposition a aussi pour parallèle le processus de décomposition que connaissent de nombreuses formations politiques. Nul ne peut contester ce double mouvement de décomposition et de recomposition qui frappe diverses formations politiques. Ce double mouvement affecte tous les partis. C’est l’une des caractéristiques les plus importantes de la situation actuelle.
Recompositions à gauche
L’un des aspects les plus frappants et les plus spectaculaires de ce processus de décomposition et de recomposition en est l’acte de décès du Parti Socialiste tel qu’il était né à Epinay, en 1971. Ce parti a connu le même sort que la défunte SFIO. Il ne survivra probablement pas à cette catastrophe industrielle que fut la candidature de Benoît Hamon. On voit d’ailleurs que certains de ses membres éminents, ceux que l’on qualifiait de « caciques » ou « d’éléphants » ont rejoint le parti créé par Emmanuel Macron. C’est le cas avec Le Driant, sans doute avec Le Foll, Marisol Touraine et Myriam El Khomri. De fait, c’est aussi le cas avec Valls, qui, tout en n’ayant pas l’investiture explicite de La République En Marche, car tel est le nom du parti du président, n’aura pas d’adversaire issu de cette formation face à lui dans sa circonscription. Certes, d’autres caciques vont tenter de faire perdurer l’organisation, quitte à la faire évoluer. C‘est l‘ambition de deux projets concurrents, celui de Martine Aubry et celui de Benoît Hamon qui, l’un et l’autre, ont annoncé la création d’organisations parallèles au P « S », organisation dont on comprend bien qu’elles ont pour objectif de leur permettre de récupérer ce qui subsiste de l’appareil « socialiste ». Réussiront-ils dans leurs entreprises de captation d’héritage, cela reste à vérifier…
Cela fait l’affaire de la « France Insoumise » de Jean-Luc Mélenchon, qui peut espérer récupérer des morceaux importants de l’ancien Parti Socialiste. La transformation de la « France Insoumise » d’un mouvement en un véritable parti est l’un des enjeux importants de la campagne des législatives qui va s’ouvrir dès le 19 mai. Mais il se heurte à la volonté frénétique des dirigeants du PCF de faire survivre un appareil en état de mort clinique. Ces dirigeants vont chercher à masquer la défense de l’appareil derrière des arguments de positionnement politique. Déjà, ils instruisent un procès en populisme à Jean-Luc Mélenchon. Mais, gageons que s’ils y retrouvaient leurs intérêts d’appareil, ces critiques seraient rapidement mises sous le boisseau. On l’a déjà dit, le PCF est un « parti Zombi », un astre mort. Mais, il conserve une capacité de nuisance certaine.Recompositions à droite
Les « Républicains », quant à eux, ne sont pas loin de connaître le même sort. De fait, on constate aujourd’hui que la seule chose qui permettait à ce cartel électoral pompeusement appelé « parti » de survivre était sa proximité au pouvoir, ou l’espérance d’y accéder de manière rapide. Après la défaite de François Fillon, les différentes familles de l’ex-UMP sont en train de retrouver progressivement leur indépendance. Cela se traduit par l’affrontement feutré entre les proches d’Alain Juppé et les tenants d’une ligne plus conforme à la tradition de l’UNR-UDR des années 1960 à 1980, rassemblés autour de Laurent Wauqier. Les partisans d’Alain Juppé sont des cibles de choix pour Emmanuel Macron, qui cherche et vraisemblablement obtiendra, des ralliements de choix.
On voit que le courant des « centristes » de l’ex-UMP se reconstitue aussi. Ce courant est l’une des cibles d’Emmanuel Macron, qui fera certainement des concessions pour tenter d’attirer à lui des proches d’Alain Juppé. On retrouve ici la vieille opposition entre la « droite orléaniste » et la « droite bonapartiste ». La tentative d’union de ces deux courants de la droite française ne résistera manifestement pas au processus actuel.
Car, la recomposition, elle est à l’œuvre dans la tentative par Emmanuel Macron, le nouveau Président de constituer l’équivalent d’un « parti démocrate » à la française. Seul le temps pourra nous dire si l’implantation de cette structure politique importée des Etats-Unis a la moindre chance de survivre dans la culture politique française. Car, même s’il obtient la majorité absolue des députés à l’issu du second tour des élections législatives, il lui faudra souder l’assemblage hétéroclite qu’il aura constitué.
Le Front National dans la tempête
Enfin, il y a le cas du Front National. La défaite subie lors du 2ème tour de l’élection présidentielle, mais surtout ce que la dernière semaine de campagne a révélé, impose le changement. Ce dernier sera-t-il de façade, se contentera-t-on de changer de nom sans changer les habitudes et les pratiques, ou bien s’engagera-t-on vers une mutation plus profonde, qui ferait évoluer ce parti vers un parti populiste, rompant les dernières amarres avec l’extrême-droite traditionnelle?
On voit bien que les manœuvres ont commencé. Marion Marechal le Pen s’est retirée, provisoirement on peut le penser, de la vie politique; Gilbert Collard ne veut plus entendre parler de la question de l’Euro (1), alors que Florian Philippot a dit qu’il était prêt à quitter le Front National si ce dernier abandonnait la question de la souveraineté monétaire. De fait, la rupture de la dynamique qui portait la candidature de Marine le Pen, créditée de 38% au soir du 1er tour, puis donné entre 40% et 42% quelques jours après, semble bien liée aux tergiversations et aux retournements qu’elle s’est crue obligée de faire et sur la question de la retraite et sur la question de l’Euro. Ces questions n’avaient nullement empêché la dynamique qui s’était initialement manifestée. Elle a, de ce fait, brouillé le message que sa candidature envoyait jusqu’alors. Elle a de plus détruit son image par sa prestation au débat du 3 mai.Très clairement, Marine le Pen n’évitera pas une analyse sans complaisance, tant sur ses prises de positions que sur le mode de fonctionnement de son mouvement qui a fait preuve d’un très grand amateurisme dans la gestion de la campagne présidentielle. Si cette analyse n’est pas de pure forme, si elle apporte des réponses aux questions que se posent une grande partie des personnes qui pouvaient se retrouver dans les thèmes de sa campagne, elle peut espérer rebondir. Mais elle devra le faire vite, ou le FN s’étiolera et subira un nouvel échec aux élections législatives.
-
NI….NI
anthropologiquement parlant, il n’y a aucune possibilité de choisir
entre les ricaneries d’opéra-comique de la Le Pen et les expressions de merlan frit de Macron;
politiquement parlant – ENCORE MOINS…
-
-
Magnifique Mélenchon aujourd’hui à Marseille, terminant sa leçon magistrale de géo-politique par ce poème de Yannis Ritsos qui fut naguère interprété par la non moins magnifique Melina Mercouri
Paix, Yannis Ritsos
Le rêve de l’enfant, c’est la paix.
Le rêve de la mère, c’est la paix.
Les paroles de l’amour sous les arbres
c’est la paix.Quand les cicatrices des blessures se ferment sur le visage
du monde
et que nos morts peuvent se tourner sur le flanc et trouver
un sommeil sans grief
en sachant que leur sang n’a pas été répandu en vain,
c’est la paix.La paix est l’odeur du repas, le soir,
lorsqu’on n’entend plus avec crainte la voiture faire halte
dans la rue,
lorsque le coup à la porte désigne l’ami
et qu’en l’ouvrant la fenêtre désigne à chaque heure le ciel
en fêtant nos yeux aux cloches lointaines des couleurs,
c’est la paix.La paix est un verre de lait chaud et un livre posés devant
l’enfant qui s’éveille.Lorsque les prisons sont réaménagées en bibliothèques,
lorsqu’un chant s’élève de seuil en seuil, la nuit,
à l’heure où la lune printanière sort du nuage
comme l’ouvrier rasé de frais sort de chez le coiffeur du quartier,
le samedi soir
c’est la paix.Lorsque le jour qui est passé
n’est pas un jour qui est perdu
mais une racine qui hisse les feuilles de la joie dans le soir,
et qu’il s’agit d’un jour de gagné et d’un sommeil légitime,
c’est la paix.Lorsque la mort tient peu de place dans le cœur
et que le poète et le prolétaire peuvent pareillement humer
le grand œillet du soir,
c’est la paix.Sur les rails de mes vers,
le train qui s’en va vers l’avenir
chargé de blé et de roses,
c’est la paix.Mes Frères,
au sein de la paix, le monde entier
avec tous ses rêves respire à pleins poumons.
Joignez vos mains, mes frères.
C’est cela, la paix.Yannis Ritsos (1909 – 1990)
Texte traduit du grec par l’auteur,
Revue Europe, août-septembre 1983
in Guerre à la guerre – éditions Bruno Doucey – octobre 2014
-
-
Jacques Sapir sur la primaire à gauche
Je mets sur mon blog cette analyse féroce d’un économiste pour lequel j’ai le plus grand respect, même si je ne le suis pas dans son antieuropéisme radical, mais je sais qu’il a une connaissance en profondeur non seulement des questions économiques mais aussi des géopolitiques. S’il a raison sur Mélenchon, il me paraît trop radicalement sévère à l’égard de Macron qui a plus qu’ « une figure aimable »…
Jacques Sapir
217232 Les téléspectateurs français auront donc pu, jeudi 12 janvier, assister au premier débat de la « primaire » de la « gauche » organisée par le P « S ». Le moins que l’on puisse en dire est qu’il n’a pas soulevé l’enthousiasme des foules. © REUTERS/ STEPHANE DE SAKUTIN 3,5 millions de télespectateurs ont regardé Hollande contre 9,9 millions en février Avec à peine plus de 3 millions de téléspectateurs, on est presque à 2 millions en dessous du premier débat de la « primaire » de la droite. Les réponses ont été convenues, et l’ambiance assez morne. Les débats entre les candidats montrent que l’espace politique de ces derniers se réduit désormais considérablement. Au point que l’on peut se demander si cela a le moindre sens de désigner un vainqueur. Ils furent donc sept, Pinel, Valls, Montebourg, Hamon, Peillon, Bennhamias et de Rugy, comme les sept nains de Blanche-Neige. Sauf qu’il n’y eut aucun chevalier pour donner le baiser de la vie à un P « S » en état de coma dépassé. Tous les candidats présentent, à un degré ou à un autre, le même problème: ils ne sont guère crédibles, et en tous les cas certainement moins que d’autres candidats, comme Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon qui, eux, ne concourent justement pas à la « primaire » organisée par le Parti « socialiste ». Valls et Macron, ou le côté obscur de la farce… Manuel Valls est confronté à la tâche quasi-impossible de faire oublier en quelques semaines son propre bilan comme chef du gouvernement. Il dit ainsi vouloir supprimer l’article 49.3 de la constitution, alors que en tant que Premier ministre, il en a usé et abusé lors du vote de la loi travail, au printemps 2016. On peut supposer que Manuel Valls a rencontré la révélation du rôle du 49.3, sa candidature représentant alors son « Chemin de Damas » en la matière. Mais on peut aussi douter de sa capacité à en convaincre les électeurs de « gauche ». De même, s’il met aujourd’hui tant d’insistance à proclamer son attachement aux valeurs de la dite « gauche », à se présenter comme un « rassembleur », c’est qu’il aura quelques difficultés à en convaincre les électeurs. Sa candidature ne repose que sur l’hypothèse d’une amnésie collective. Et l’on comprend bien où est, pour lui, le problème. C’est que la place du centre-gauche est déjà occupée par Emmanuel Macron. Le sémillant candidat des marchés financiers, de l’ubérisation de la société et de la banque a justement ce qui manque à l’ancien Premier ministre: une figure aimable: un discours tout aussi ronflant que creux qui cherche à vous faire prendre des vessies pour des lanternes, bref une posture moderne. © FLICKR/ FLASH.PRO Mainstream: retour à l’objectivité ou nouvelle stratégie de développement? On ne voit guère ce qui pourrait tenter l’électeur déjà tenté par un vote de centre-gauche de se prononcer pour Manuel Valls quand il a sous la main un Macron. Bien sûr, le bilan de ce dernier n’est guère plus glorieux que celui de son ancien patron. Les autocars, lancés à grand son de trompe, s’avèrent être une arnaque de première grandeur; sa dérèglementation de certaines professions s’avère être un désastre total; enfin, la responsabilité d’Emmanuel Macron est tout autant engagée dans le vote de la très contestable (et très contestée) « loi travail » que celle de l’ex-Premier ministre. Mais voilà, Emmanuel Macron apparaît bien moins usé par son passage au gouvernement que Manuel Valls. Si ce dernier avait quitté le gouvernement à l’été 2015, il en aurait (peut-être) été tout autrement. Valls arrive fourbu et épuisé, trainant derrière lui tel un boulet son bilan. On comprend qu’il ne fasse guère envie. Montebourg et Mélenchon Le grand adversaire de Manuel Valls, au sein de cette primaire, est Arnaud Montebourg, qui est censé incarner la « gauche » au sein de ce qui n’est plus qu’un double mensonge, le « parti socialiste ». Mensonge, bien sur, car ce « parti » n’est nullement socialiste, mais mensonge aussi car ce n’est plus depuis longtemps un parti, c’est à dire un instrument collectif représentant les intérêts de ses membres, mais bien l’instrument d’ambitions personnelles et le lieu d’expression de haines recuites et de pratiques délétères. Arnaud Montebourg avait réuni sur son nom 17% des voix lors de la « primaire » de 2011, ce qui est à comparer avec le score de son principal adversaire, Manuel Valls qui n’en avait réuni que 5%. Mais, son problème est qu’il a durablement altéré son image par des postures qui sont incompréhensibles. L’homme du « fabriqué en France » se réclame d’un partage de la souveraineté avec les institutions européennes. Outre le fait que la souveraineté ne se partage pas, chose qu’un juriste comme Montebourg devrait savoir, on ne voit pas bien l’utilité de « fabriquer en France » si l’on accepte de céder notre souveraineté. Le thème du « made in France » n’est compatible, en réalité, qu’avec une véritable position souverainiste. Il implique des positions protectionnistes, justement pour conserver et ramener des emplois vers le territoire français. On l’a d’ailleurs bien vu avec les récentes déclarations de Donald Trump. Cela, tout le monde peut le comprendre. Tout le monde, mais apparemment pas Arnaud Montebourg. Bien sûr, on peut toujours dire qu’une certaine incohérence de discours est nécessaire en politique. Mais, en réalité, cette incohérence peut s’avérer mortelle. Et cela d’autant plus qu’il y a, à gauche, un autre candidat qui dit aujourd’hui les mêmes choses, mais de manière bien plus cohérente qu’Arnaud Montebourg, c’est Jean-Luc Mélenchon. La candidature de Mélenchon, qui — rappelons-le — a fait le choix justifié de ne pas se présenter à cette funeste primaire, possède tout ce qui manque à Montebourg: une relative clarté sur la question de l’Euro tout comme sur celle de l’Union européenne, une véritable réflexion sur la réorientation de l’économie, sur la nécessité d’avoir des formes de planifications, et sur le lien entre économie et écologie. On peut faire tous les reproches que l’on veut à Jean-Luc Mélenchon; il n’en reste pas moins que le niveau de cohérence de son projet est incomparablement supérieur à celui d’Arnaud Montebourg. Pour un électeur de gauche, égaré encore au parti « socialiste », il est plus juste et plus utile de voter pour Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle, et de ne pas se déplacer à la « primaire ». La guerre des clowns © REUTERS/ BERTRAND GUAY Primaire à gauche: des candidats pour une France plus forte face à Trump et Poutine Faisons un rapide tableau des autres candidats. Benoît Hamon mène bien sa barque, mais c’est pour n’aller nulle part. Il adopte ce qu’il croit être une posture mitterrandienne, mais c’est une farce; une farce tranquille, mais néanmoins une farce. Sa candidature est en réalité vide de sens. Cela n’étonnera que ceux qui ont oublié sa désastreuse critique de la politique du gouvernement en septembre 2009, quand il reprochait à celui-ci, en pleine crise économique et financière, d’accroître le déficit. Ce candidat confond une « primaire » à l’élection présidentielle avec un congrès de son parti. Notons, à se décharge, qu’il n’est pas le seul. Vincent Peillon, l’homme qui fait subir à la philosophie et à l’histoire les derniers outrages, veut nous faire prendre une vulgaire magouille de congrès avec une véritable candidature. Qu’il ne soit pas immédiatement retrouvé aux urgences de l’Assistance Publique est bien la preuve qu’en France, et en particulier en politique, le ridicule ne tue plus, et parfois on a bien envie de dire, hélas…. Les deux compères écologistes, le duo de Rugy et Benhamias, voudraient nous infliger une de la primaire de Europe Ecologie Les Verts, où ils ont été vaincus. Nous avons aussi la candidate du PRG, Mme Sylvie Pinel. Oui, Sylvie Pinel; bon, Sylvie Pinel. Comment dire…Il me vient une référence de la littérature russe, cette phrase dans une œuvre de Mikhail Griboïedov: « et je te renvoie dans ton néant, à Tver ». Mme Sylvie Pinel ne connaît ni Griboïedov ni Tver, mais elle a beaucoup fréquenté le néant. En fait, prix en tenailles entre Emmanuel Macron sur la droite, et Jean-Luc Mélenchon sur la gauche, la primaire organisée par le parti « socialiste » n’a plus de sens depuis longtemps, car ses candidats sont incapables d’articuler une véritable vision des problèmes politiques, un programme cohérent, une image différente de la décomposition hollandiste, quand il ne sont pas, tout simplement, incapables… Cette primaire ne sert à rien, même si elle sert à certains, et permet de flatter les égo d’autres. Mais, c’est typiquement le genre de non-événement qui attire tellement les médias car il les dispense de parler des véritables sujets.
Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur.
En savoir plus: https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701161029602891-telespectateurs-francais-premier-debat/


