Auteur/autrice : Jean-Claude

  • Les livres sur l’avant-garde ukrainienne à l’Arsenal de Kiev le 2 juin 2018

    Dans l’ancienne caserne du XVIIIe siècle, l’Arsenal, se tiennent des forums littéraire avec  la présence de très nombreux éditeurs, des expositions (en ce moment, celle, organisée par Pavlo Goudimov sur les architectures fantastiques, de Piranèse à l’Ukrainien Tchernykhov),  des tables-rondes etc…, le tout dans une atmosphère festive et bonne enfant.  J’ai été impressionné par le nombre considérable de visiteurs avec une majorité de jeunes. Pour ma part, j’ai participé à la présentation des récentes publications des éditions Rodovid, dirigées par Lydia Lykhatch, sur l’avant-garde ukrainienne. C’est ainsi qu’était présentée la traduction en ukrainien du livre pionnier de l’Américaine d’origine ukrainienne, Myroslava Mudrak, sur la revue constructiviste Nova Guénératsiya [Nouvelle Génération] qui parut à Kharkiv entre 1928 et 1930, sous la direction du grand poète panfuturiste Mykhaïll Sémenko. C’est là que parurent treize articles de Malévitch (traduits en français dans les Écrits, chez Allia en 2015). Était présenté également le livre   (publié en ukrainien, anglais et français) sur la période kiévienne de Malévitch (1928-1930) avec de nouveaux articles du peintre ukrainien et des documents sur l’Institut d’art de Kiev où il a enseigné. Était présentée aussi ma monographie ukrainienne Malévitch, parue aux éditions Rodovid en 2013

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    Lydia Lykhatch, Myroslava Mudrak, traductrice, Jean-Claude Marcadé, Tétiana Filevska, Arsenal, Kiev, 2 juin 2018
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    Traductrice, Jean-Claude Marcadé, Tétiana Filevska, Arsenal, Kiev, 2 juin 2018
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    Jean-Claude Marcadé, Arsenal, Kiev,  2 juin 2018
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    Tatiana Yablonskaya, Tétiana Fikevska, Kiev, 3 juin 2018
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    Tatiana Yablonskaya, Tétiana Filevska, Kiev, 3 juin 2018

     

     

     

     

     

  • LE MARCHÉ DE BESSARABIE À KIEV

    Une des plus belles curiosités de Kiev est son « Bessarabskyï rynok » avec les natures mortes de ses pyramides de fruits de la terre et des arbres opulents, des épices, des conserves de toutes sortes… Image 4 Image 8 Image 7 Image 3 Image 2 Image 1 Image Image 16 Image 15 Image 13 Image 12 Image 11 Image 10 Image 9 Image 7

     

  • Mamoudou Gassama

    Malian migrant Mamoudou Gassama (C) flanked by his older brother (R) holds his temporary residence permit after received it at the Prefecture of Bobigny, northeast of Paris on May 29, 2018, one day after he was honored by the French President for scaling an apartment building to save a 4-year-old child dangling from a fourth-floor balcony.  Two days after his daring rescue -- viewed millions of times online -- Mamoudou Gassama, 22-year old,  nicknamed "Spiderman" by French media for his astonishing climbing ability and feted as a hero, was offered by French President citizenship, and a job with the fire service.  / AFP PHOTO / GERARD JULIEN

    Mamoudou Gassama

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    A 22-year old Mamoudou Gassama from Mali leaves the presidential Elysee Palace after his meeting with French President in Paris, on May, 28, 2018. Mamoudou Gassama living illegally in France is being honored by French President for scaling an apartment building on May 26 to save a 4-year-old child dangling from a fifth-floor balcony. / AFP PHOTO / POOL / Thibault Camus
    A 22-year old Mamoudou Gassama from Mali leaves the presidential Elysee Palace after his meeting with French President in Paris, on May, 28, 2018.
    Mamoudou Gassama living illegally in France is being honored by French President for scaling an apartment building on May 26 to save a 4-year-old child dangling from a fifth-floor balcony. / AFP PHOTO / POOL / Thibault Camus
  • С ДНЁМ СВЯТОГО ДУХА!

    Поздравляю всех далёких-близких людей с ДНЁМ СВЯТОГО ДУХА!

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    VROUBEL, ÉGLIE SAINT-CYRILLE À KIEV
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    MOINE GRÉGOIRE KRUG, SKIT DU SAINT-ESPRIT AU MESNIL-SAINT- DENIS, PEINTURE MURALE

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  • Blaise Pascal sur l’infini et Dieu

    Nous connaissons qu’il y a un infini, et ignorons sa nature, comme nous savons qu’il est faux que les nombres soient finis, donc il est vrai qu’il y a un infini en nombre, mais nous ne savons ce qu’il est. Il est faux qu’il soit pair, il est faux qu’il soit impair, car en ajoutant l’unité il ne change point de nature. Cependant c’est un nombre, et tout nombre est pair ou impair. Il est vrai que cela s’entend de tout nombre fini.

    Ainsi on peut bien connaître qu’il y a un Dieu sans savoir ce qu’il est.

    ——-

    Nous connaissons donc l’existence et la nature du fini parce que nous sommes finis et étendus comme lui.

    Nous connaissons l’existence de l’infini, et ignorons sa nature, parce qu’il a étendue comme nous, mais non pas des bornes comme nous.

    Mais nous ne connaissons ni l’existence ni la nature de Dieu, parce qu’il n’a ni étendue, ni bornes.

    ——-

    Mais par la foi nous connaissons son existence, par la gloire nous connaîtrons sa nature.

    Or j’ai déjà montré qu’on peut bien connaître l’existence d’une chose sans connaître sa nature.

    Parlons maintenant selon les lumières naturelles.

    S’il y a un Dieu, il est infiniment incompréhensible, puisque n’ayant ni parties ni bornes il n’a nul rapport à nous. Nous sommes donc incapables de connaître ni ce qu’il est, ni s’il est. Cela étant, qui osera entreprendre de résoudre cette question ? Ce n’est pas nous qui n’avons aucun rapport à lui.

    Qui blâmera donc les chrétiens de ne pouvoir rendre raison de leur créance, eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre raison ? Ils déclarent en l’exposant au monde que c’est une sottise, stultitiam : et puis vous vous plaignez de ce qu’ils ne la prouvent pas. S’ils la prouvaient, ils ne tiendraient pas parole. C’est en manquant de preuve qu’ils ne manquent pas de sens. – Oui, mais encore que cela excuse ceux qui l’offrent telle, et que cela les ôte du blâme de la produire sans raison, cela n’excuse pas ceux qui la reçoivent. Examinons donc ce point et disons : Dieu est ou il n’est pas. Mais de quel côté pencherons‑nous ? La raison n’y peut rien déterminer. Il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu à l’extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez‑vous ? Par raison vous ne pouvez faire ni l’un ni l’autre. Par raison vous ne pouvez défendre nul des deux.

    Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix, car vous n’en savez rien. – Non, mais je les blâmerai d’avoir fait, non ce choix, mais un choix, car encore que celui qui prend croix et l’autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute. Le juste est de ne point parier.

    Oui, mais il faut parier. Cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez‑vous donc ? Voyons. Puisqu’il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deux choses à engager, votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir, l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, puisqu’il faut nécessairement choisir, en choisissant l’un que l’autre. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout, si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est sans hésiter. – Cela est admirable. Oui, il faut gager. Mais je gage peut‑être trop. Voyons. Puisqu’il y a pareil hasard de gain et de perte, si vous n’aviez qu’à gagner deux vies pour une, vous pourriez encore gager. Mais s’il y en avait trois à gagner, il faudrait jouer (puisque vous êtes dans la nécessité de jouer), et vous seriez imprudent, lorsque vous êtes forcé à jouer, de ne pas hasarder votre vie pour en gagner trois à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a une éternité de vie et de bonheur. Et cela étant, quand il y aurait une infinité de hasards dont un seul serait pour vous, vous auriez encore raison de gager un pour avoir deux, et vous agiriez de mauvais sens, étant obligé à jouer, de refuser de jouer une vie contre trois à un jeu où d’une infinité de hasards il y en a un pour vous, s’il y avait une infinité de vie infiniment heureuse à gagner : mais il y a ici une infinité de vie infiniment heureuse à gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de hasards de perte, et ce que vous jouez est fini. Cela ôte tout parti. Partout où est l’infini et où il n’y a pas infinité de hasards de perte contre celui de gain, il n’y a point à balancer, il faut tout donner. Et ainsi, quand on est forcé à jouer, il faut renoncer à la raison pour garder la vie plutôt que de la hasarder pour le gain infini aussi prêt à arriver que la perte du néant.

    Car il ne sert de rien de dire qu’il est incertain si on gagnera, et qu’il est certain qu’on hasarde, et que l’infinie distance qui est entre la certitude de ce qu’on s’expose et l’incertitude de ce qu’on gagnera égale le bien fini qu’on expose certainement à l’infini qui est incertain. Cela n’est pas ainsi. Tout joueur hasarde avec certitude, pour gagner avec incertitude, et néanmoins il hasarde certainement le fini pour gagner incertainement le fini, sans pécher contre la raison. Il n’y a pas infinité de distance entre cette certitude de ce qu’on s’expose et l’incertitude du gain. Cela est faux. Il y a à la vérité infinité entre la certitude de gagner et la certitude de perdre, mais l’incertitude de gagner est proportionnée à la certitude de ce qu’on hasarde selon la proportion des hasards de gain et de perte. Et de là vient que, s’il y a autant de hasards d’un côté que de l’autre, le parti est à jouer égal contre égal. Et alors la certitude de ce qu’on s’expose est égale à l’incertitude du gain, tant s’en faut qu’elle en soit infiniment distante. Et ainsi notre proposition est dans une force infinie, quand il y a le fini à hasarder, à un jeu où il y a pareils hasards de gain que de perte, et l’infini à gagner.

    Cela est démonstratif, et si les hommes sont capables de quelque vérité celle‑là l’est.

    – Je le confesse, je l’avoue, mais encore… N’y a‑t‑il point moyen de voir le dessous du jeu ? Oui, l’Écriture et le reste, etc. – Oui, mais j’ai les mains liées et la bouche muette. On me force à parier, et je ne suis pas en liberté, on ne me relâche pas. Et je suis fait d’une telle sorte que je ne puis croire. Que voulez-vous donc que je fasse ? Il est vrai. Mais apprenez au moins que votre impuissance à croire, puisque la raison vous y porte et que néanmoins vous ne le pouvez, vient de vos passions. Travaillez donc, non pas à vous convaincre par l’augmentation des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions. Vous voulez aller à la foi et vous n’en savez pas le chemin. Vous voulez vous guérir de l’infidélité et vous en demandez les remèdes. Apprenez de ceux qui ont été liés comme vous et qui parient maintenant tout leur bien, ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez suivre et guéris d’un mal dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé. C’est en faisant tout comme s’ils croyaient, en prenant de l’eau bénite, en faisant dire des messes, etc. Naturellement même cela vous fera croire et vous abêtira. – Mais c’est ce que je crains. Et pourquoi ? Qu’avez‑vous à perdre ? Mais pour vous montrer que cela y mène, c’est que cela diminue les passions qui sont vos grands obstacles, etc.

    – Ô ce discours me transporte, me ravit, etc. Si ce discours vous plaît et vous semble fort, sachez qu’il est fait par un homme qui s’est mis à genoux auparavant et après, pour prier cet Être infini et sans parties, auquel il soumet tout le sien, de se soumettre aussi le vôtre, pour votre propre bien et pour sa gloire, et qu’ainsi la force s’accorde avec cette bassesse.

  • Mahmoud Zibawi sur l’icône et la musique

    Par hasard (?), j’ai trouvé cette interview de l’ami Mahmoud qui nous manque à Paris et en France

    Mahmoud Zibawi, amoureux d’icônes et des vinyles Le 03/10/14

    L’autre dimanche chez un amoureux de timbres, et historien de la poste, mais néanmoins banquier, nous bavardions de nos amours respectifs, affalés sur des chaises confortables sur la belle pelouse manucurée dudit banquier. Nous savions tous Mahmoud professeur de l’art liturgique, spécialement le byzantin.

    Aucun de nous n’imaginait que ce professeur, au nom et de confession mahométane, n’aurait autre amour que les icônes. Le conférencier des séminaires, dont les étudiants sont tous de noirs vêtus, nous a parlé avec des trémolos dans la voix, de ses vinyles qu’il adore.

    Il ne s’agit pas d’une technique de peinture byzantine, mais les vinyles dont nous parlons sont simplement ces 33 tours que nos jeunes d’aujourd’hui ne rencontrent que chez leur DJ favori. Rendez-vous fut pris avec le philatéliste-banquier, qui avec l’Agenda Culturel ont été découvrir chez le professeur de l’Université pour tous, et ses icônes et surtout ses vinyles.

    Mahmoud est moins collectionneur d’icônes que de vinyles, ces derniers occupent des rayons entiers dans sa maison située à Hamra. Mahmoud l’auteur de plusieurs ouvrages sur la peinture n’a jamais écrit sur la musique qui pourtant joue un rôle prépondérant dans sa vie. Il n’écoute la musique que quand il n’est pas en train de donner un cours à l’Université libanaise. Sa collection de vinyles compte des milliers de chansons et morceaux de musique classique, il avoue avoir des chansons byzantines trouvées sur les marchés d’Istanbul ou à Paris quand il préparait son doctorat sur l’art liturgique.

    Les collectionneurs de vinyles sont plus nombreux au Liban, que ce que l’on imagine, nous confie Mahmoud en nous montrant la dernière œuvre qu’il a conçue et peint et qu’il compte présenter à sa prochaine exposition, qui se tiendra il ne sait pas quand.

    Si un léger défaut apparait sur une des œuvres peintes de Mahmoud, il se fâche. Il n’en est pas de même avec les grésillements de ses disques : il trouve à ces parasites ce quelque chose de nostalgique qu’il rencontre souvent dans les icônes. Il est autant difficile à Mahmoud de rencontrer des amoureux d’icônes ou de peinture que ceux de ses 33 tours, mais il avoue qu’il reste attentif à toute offre d’achat de vinyles.

    Nous avons passé deux heures, le banquier-philatéliste, Mahmoud et l’Agenda Culturel à jongler avec nos amours, passant de l’histoire du timbre, à celle des icônes, tout en écoutant une musique qui par moment grésillait beaucoup comme pour attirer notre attention.

    Si vous avez dans vos greniers, et vous devez en avoir, ces fameux 33 tours, Mahmoud Zibawi est immédiatement preneur. Mais ne rêvez pas. Il n’échangera pas facilement 10, 20 de ces 33 tours mêmes avec une petite icône.

    Le problème a surgi quand il a fallu quitter ce peintre chiite qui enseigne son art liturgique aux séminaristes et religieuses maronites, aucune note n’ayant été prise, il fut convenu que Mahmoud accepterait de répondre aux questions que l’Agenda lui enverrait.

    Vous lirez avec gourmandise les réponses de Mahmoud Zibawi ci-dessous, que nous avons jugé bon de reproduire ici en un seul et même article ; en espérant que nos lecteurs se passionneront assez pour le lire dans son intégralité.

    Questions à Mahmoud Zibawi

    S’il écoutait du Bach, quel type de peinture il créerait, et si c’était du jazz, ou Fayrouz ?
    La question de s’est jamais posée pour moi. Je laisse l’envie me guider. Je sais seulement qu’il m’arrive rarement de travailler “dans le silence″. Je sens le besoin d’être accompagné par une voix qui chante. J’aime la grande chanson, arabe, française, italienne, ou encore grecque. J’aime le grand art sacré, et j’aime la chanson. Je pense à Henri-Irénée Marrou, cet illustre spécialiste du christianisme primitif, fondateur des Études augustiniennes, qui fut aussi un musicologue et un grand amoureux de la chanson, et cela sous le pseudonyme de Henri Davenson. J’aime la poésie. J’aime écouter les poèmes lus ou interprétés. Depuis toujours, j’aime les grands textes mis en musique. Comme le dit Léo Ferré : “Toute poésie destinée à n´être que lue et enfermée dans sa typographie n’est pas finie. Elle ne prend son sexe qu´avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l´archet qui le touche″.

    Un vinyle qui grésille quand il crée une icône, perturbe-t-elle le visage parfait d’un visage qu’il dessine ?
    Un vinyle qui grésille porte une histoire. Ce grésillement est un doux bruissement qui ne me perturbe guère .Tout vinyle est un objet qui se distingue par sa pochette, sa forme, ses images et ses couleurs. C’est presque un fétiche. Chaque vinyle me renvoie à un passé vécu. C’est une madeleine de Proust. J’aime écouter les disques que j’ai acquis dans ma tendre jeunesse. Ces disques font ressurgir des souvenirs lointains. En ce sens seulement, le digital ne peut pas remplacer le vinyle. Le digital est neutre. Ce n’est pas un objet. Dans le monde du digital, une chanson se noie dans une mer de chansons. Dans le monde du vinyle, chaque chanson est presque une “personne″, avec son identité et ses pulsions qui n’appartiennent qu’à elle.

    Une belle pochette comme celle qu’il a, l’a-t-elle inspiré parfois
    Dans ma tendre jeunesse, certainement. Je pense précisément à quelques pochettes qui ont marqué mon imaginaire quand j’avais quinze ou seize ans. Depuis, les choses ont changé. Aujourd’hui, une simple image publicitaire peut m’inspirer.

    Un peinte a-t-il intérêt à aimer la musique, ou le whisky peut remplacer la musique ?
    Je bois tous les jours, modérément. J’aime l’arak, la vodka, et “le vin qui réjouit le cœur de l’homme, pour que l’huile fasse luire les visages et que le pain fortifie le cœur de l’homme″, comme le dit le célèbre psaume. Cependant, il ne m’est jamais arrivé de boire en peignant. Curieusement, je n’y ai jamais pensé avant cette question. Je peins lucidement et sobrement. La peinture, pour moi, c’est la ‘sobre ivresse’ dont parle Grégoire de Nysse.

    Doit-on être croyant, pour aimer les icônes, ou la musique est-elle suffisante ?
    J’ai aimé les icônes, follement, avant de découvrir le message qu’elles portent. Et je ne suis pas le seul. Doit-on être croyant pour aimer cet art ? Je n’en sais rien. Il faudrait simplement avoir un certain sens mystique de la vie. Un sens du mystère. J’ai été “croyant″ dans le sens traditionnel du terme entre 1987 et 1993, mais je n’ai jamais été un dévot. Depuis les choses ont changé. Je pense à Verlaine catholique dans sa période ‘Sagesse, Amour, Bonheur’. Ce fut une expérience de courte durée, comme il l’a magnifiquement avoué : “Cela dura six ans, puis l’ange s’envola, Dès lors je vais hagard et comme ivre. Voilà″. Ma passion pour les Pères et les grands poètes religieux reste intacte. De même, je peux dire que seule la peinture religieuse me touche profondément. Je suis toujours attaché à ce ‘Consolateur, l’Esprit Saint’. La prière qui reste ancrée en moi c’est la prière à l’Esprit Saint la plus répandue dans l’Église orthodoxe : “Roi céleste et Consolateur, Esprit de Vérité, présent en tout lieu et remplissant tout, Trésor des dons excellents et Donateur de la Vie, viens et daigne demeurer en nous, purifie-nous de toute souillure, ô Très Bon, et sauve nos âmes″.

    Que faire de Daech qui n’aime ni les icônes qu’il détruit ni la musique qu’il interdit ?
    Les musulmans ont depuis toujours aimé la musique et le chant. Le Daech est un mouvement isolé. Oublions-le, de grâce.

    Les autres religions que la chrétienté ont-elles des icônes différentes ou seulement leur musique l’est-elle ?
    Dans l’Église orthodoxe, l’icône a une fonction liturgique précise. C’est un art fonctionnel qui dépasse largement cette fonction, si j’ose dire. Le judaïsme et l’islam ont leurs images. La fonction de ses images diverge fondamentalement. Laissons de côté les définitions dogmatiques. L’Islam a produit incontestablement de sublimes images, avec des styles qui lui sont propres. Le judaïsme a lui aussi ses belles images, mais il a toujours emprunté le style des autres. Pour expliquer cela, il faudrait tout un cours d’histoire de l’art.

    Dernière question : quand aurons-nous la chance de voir une rétrospective des travaux de Zibawi, et est-ce qu’il mettrait la musique pour accompagner la rétrospective, et laquelle ?
    C’est encore tôt, très tôt. Je suis né en 1962, et je ne me suis jamais pris au sérieux. Je n’ai jamais aimé l’auto-idolâtrie des artistes. Je me permets d’emprunter l’expression de Saint Paul, “moi qui ne suis qu’un avorton″. La musique qui pourrait accompagner cette rétrospective ? Je pense à la musique byzantine dite profane. Une musique très proche de la musique ottomane.

    Mahmoud Zibawi et Emile Nasr

  • Larionov, « Vénus sur un boulevard », 1913

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     La toile de Larionov Promenade (Vénus sur un boulevard) fait partie d’un cycle d’œuvres que Larionov a consacrées en 1912-1913 au thème traditionnel de l’art européen, au moins depuis Titien jusqu’à Manet, celui des nus intégraux féminins présentés allongés, auxquels le peintre russe donne le nom de « vénus ». Il peint ainsi une série de Vénus : juive, katzape, turque, espagnole, nègre (ces trois dernières ne se sont pas conservées) et selon le procédé qu’il avait mis en œuvre dès 1909, il primitivise les sujets les plus canonisés de la peinture européenne, les transformant grâce à l’esthétique laconique et expressive des arts populaires.

    Ainsi, la Vénus katzape – c’est-à-dire la Vénus des Russes à la barbe de chèvre – conjugue plusieurs versions de nus de la peinture classique depuis le Titien jusqu’à l’Olympia de Manet, avec un regard vers les nudités tahitiennes de Gauguin.

    Ces œuvres furent considérées comme une provocation par la critique et le public.

    C’est à l’exposition « La Cible » à Moscou en 1913, qui vit le triomphe de la non-figuration rayonniste, que Larionov montra un ensemble d’œuvres néoprimitivistes dont le cycle des Saisons et deux tableaux intitulés Vénus juive qui se trouve aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts d’Ekatérinbourg et une Esquisse pour une Vénus de Moldavie dont l’identification et la localisation ne sont pas établies.

    La toile Promenade (Vénus sur un boulevard) est, pourrait-on dire, un hapax par rapport à tout le reste de la série, car elle intègre au style néoprimitiviste le principe de la démultiplication du mouvement que venaient d’inventer, conceptuellement et pratiquement, les peintres futuristes italiens, en particulier Balla dont les toiles avaient frappé l’imagination par leur bizarrerie – Dynamique d’un chien en laisse ou Jeune fille courant sur un balcon.

    La toile de Larionov est également un hapax dans toute la production du créateur du rayonnisme. Ni dans les autres tableaux, ni dans les dessins « futuro-rayonnistes » on ne retrouve une telle représentation « réaliste » de la motilité d’un personnage.

    Dans le manifeste signé avec l’écrivain et critique Ilia Zdanévitch en 1913 « Pourquoi nous nous peinturlurons ? », on peut lire : « Nous reconnaissons tous les styles valables pour exprimer notre création, ceux qui ont existé avant et ceux qui existent maintenant, comme : le cubisme, le futurisme, l’orphisme et leur synthèse – le rayonnisme, pour lequel, telle la vie, tout l’art du passé est objet d’observation ».

    On peut dire que Promenade (Vénus sur un boulevard) correspond pleinement à ce programme de synthèse. C’est d’ailleurs une des caractéristiques de l’art russe des années 1910, de façon générale : un tableau russe d’un artiste de gauche à cette époque, est une combinaison de plusieurs cultures picturales. Alors qu’en Europe, un tableau de Picasso ou de Braque est « cubiste » à part entière, un tableau de Boccioni ou de Balla est futuriste, chez les Russes, dès le début, c’est-à-dire à partir de la révolution néoprimitiviste conduite par Larionov dès 1907-1908, le tableau a cessé d’être prioritairement dans sa structure un tableau, disons pour faire court, de type cézannien, civilisé, codé, mais prenait comme structure de base l’icône, l’enseigne de boutique, le loubok, et y intégrait les éléments plastiques venu du grand art européen.

     

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    En premier lieu, nous observons que l’iconographie et la facture sont « primitivistes » au sens larionovien du terme, avec la trivialité du sujet, traité comme une enseigne de boutique ; il s’agit d’une prostituée déambulant en dehors du temps et de l’espace, avec l’accentuation du caratère frivole et indécent de son vêtement, laissant voir un sein nu, des jambes et des cuisses bien charnues sous des bas ornés ; ses souliers sont « provocants » dans leur aspect criard lui-même. De plus cette vénus déambule en dansant une danse de type « cancan » . Enfin, des bribes de lettres d’une publicité ou de mots saisis au hasard sans qu’on en devine le sens, rappellent les gestes d’inscription de graffitis qu’aime le peintre.

    Le public d’Europe de l’Ouest est intrigué, fasciné, séduit et troublé par ces iconographies et ces iconologies venant de l’Empire Russe, puis de la Russie soviétique, en raison de leurs spécificités formelles, leurs gammes de couleurs inhabituelles pour l’œil occidental, même si on reconnaît de façon évidente, au début, les influences décisives de Cézanne, du Post-Impressionnisme de façon générale, du fauvisme, du cubisme ou du futurisme. Mais toutes ces données venues de Paris, de Munich ou de Milan, sont immédiatement transformées sur le sol russe car elles se conjuguent à une tradition séculaire locale, qui a été reléguée du XVIIe au début du XXe siècles dans une zone périphérique par rapport à l’art d’académie, l’art des professionnels de la peinture, l’art – si l’on veut – « civilisé » ; cette tradition, c’est, bien entendu, celle de l’icône, mais surtout de l’art populaire dans toute sa variété : plateaux, carreaux de faïence, papiers peints, broderies, moules de pain d’épice, sculpture sur bois des izbas, dentelle, indiennes, jouets, planches de rouet et, tout spécialement, l’image populaire xylographiée, le loubok, et l’enseigne de boutiques[1].

    Contre le raffinement des sujets dans le symbolisme, contre l’éclectisme du style moderne et, bien entendu, contre le réalisme à thèse des Ambulants, commencèrent à apparaître, à partir de 1907 (Stefanos à Moscou), des factures et des thèmes consciemment primitifs, grossiers, voire « vulgaires », sur les toiles des frères David et Vladimir Bourliouk, de Mikhaïl Larionov et de Natalia Gontcharova. Ce que l’on appela le « néo-primitivisme » puisa dans l’art des dessins d’enfant autant que dans toutes les créations de l’artisanat énumérées plus haut des éléments qui renouvelaient toutes les conceptions de l’art : laconisme, non-observance de la perspective « scientifique » et des proportions, liberté totale du dessin selon plusieurs « points de vue » [2] , simultanéisme, accent mis avant tout sur l’expressivité et l’humour, et une thématique provinciale. Même dans les tableaux où un autre style domine, on trouve la présence de ce néo-primitivisme, même dans l’abstraction la plus radicale et la plus subtile du suprématisme, on peut déceler, entre autres éléments de sa culture picturale, une lapidarité qui est celle de l’art populaire.

    Les deux protagonistes du Néo-primitivisme, qui triompha au « Troisième Salon de La Toison d’or » à Moscou en 1909-1910[3], sont Larionov et sa compagne Natalia Gontcharova. Leurs sujets sont tirés de la vie la plus quotidienne, du tréfonds de la province russe, montrent des scènes de rues avec volailles et cochons, des soldats de seconde classe, des prostituées, des coiffeurs ou des gens de cirque. La facture est libre, rugueuse, sans souci de la perspective académique, schématique. Voici ce qu’écrivait en 1913 leur biographe, l’écrivain et théoricien Ilia Eganbiouri (pseudonyme d’Ilia Zdanévitch) :

    « Après une longue somnolence et la longue suprématie d’un éclectisme à bon marché à la fin du XIXe siècle dans les villes russes, ayant perdu toute science, tout métier, l’apparition de Larionov […], disciple admirable des Français, peintre infatigable, audacieux et fort, sembla à la fois inattendue et opportune […] Il serait faux d’affirmer qu’il ne se forma qu’à l’école des maîtres français et italiens et n’eut d’affinités qu’avec eux. Une autre source de son œuvre fut l’art des enseignes et de toutes sortes de peintures sur les murs et les barrières, exécutées par divers génies anonymes, art d’une grande valeur que nous serions tentés d’appeler ‘provincial’, car cet art est caractéristique des provinces russes et constitue une synthèse des goûts populaires typiquement nationaux, avec l’apport de quelques réminiscences citadines. »[4]

     

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    Sans renier les sources d’inspiration à la fois esthétiques et plastiques venues du néoprimitivisme Larionov exalte en 1913 une nouvelle iconographie, puisée dans la vie contemporaine citadine : «L’art pour la vie et encore mieux la vie pour l’art! Nous nous exclamons : tout le style génial de nos jours est dans nos pantalons, nos jaquettes, nos chaussures, les tamways, bus, avions, trains, bateaux à vapeur; quel enchantement, quelle grande époque sans pareil sans l’histoire universelle![…] Nous marchons main dans la main avec les peintres en bâtiments!» Larionov fait l’éloge du peinturlurage qu’il différencie du tatouage, qui est un grimage du visage, celui-ci étant une surface picturale comme une autre. Il associe d’ailleurs l’acte de peinturlurer la chair au mouvement de la danse. Dans le tract «Pourquoi nous nous peinturlurons?», nous lisons encore : «Nous avons lié l’art à la vie. Après un long isolement des artistes, nous avons appelé à haute voix la vie et la vie s’est engouffrée dans l’art, il est temps que l’art s’engouffre dans la vie. Le peinturlurage du visage est le début de cet engouffrement».

    Bien que l’art paysan et la représentation du monde paysan ait été fondamentales pour les Néoprimitivistes en particulier pour Natalia Gontcharova et son disciple direct dans ce domaine Kazimir Malévitch, il n’en reste pas moins que la veine citadine domine dans la création de Larionov, certes, il s’agit de petites villes et de bourgades de la province, non des capitales, celle des élégants et élégantes, des Tsiganes, des gens du cirque, des coiffeurs, des soldats et … des vénus.

    Le prisme futuriste de Promenade (Vénus sur un boulevard) se voit de façon évidente dans le principe de la démultiplication du mouvement venant, nous l’avons noté plus haut, des Futuristes italiens, particulièrement de Balla.

    Un autre élément qui trahit l’influence du futurisme c’est la transparence qui selon le Manifeste des peintres futuristes en1910, donne « des résultats analogues aux rayons X ». Déjà dans la toile du MoMA Verre de 1912, Larionov appliquait, avec sa représentation de différents types de verre à boire, d’une bouteille, d’une vitre de fenêtre, le principe de simultanéité, d’unanimisme des différents moments de la réalité que donnait la transparence vitreuse. Plusieurs mondes sont réunis – ce qu’on voit à travers et ce qui se reflète. La magnifique série des Fenêtres de Robert Delaunay avaient parfaitement illustré cette nouvelle appréhension de la réalité. Plusieurs artistes de l’avant-garde russe des années 1910 ont utilisé ce motif : Natalia Gontcharova dans Gare et Vélocipédiste, Malévitch dans Chambre et pupitre de comptabilité, Yakoulov dans une œuvre de 1913, aujourd’hui non localisée, intitulée Construction sur les vitesses des vitres et Tatline utilise en 1915 un morceau de vitre dans un des ces « assemblages de matériaux ». Pour revenir au tableau Verre de Larionov, on constate que la réalité bascule dans une nouvelle réalité où apparaissent à travers, entre et par les objets des rythmes, invisibles à l’œil figuratif.

    Ce principe plastique est dans Promenade (Vénus sur un boulevard) mis au service d’un geste primitiviste érotique, puisqu’il permet de montrer de façon explicite les dessous de notre héroïne.

     

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    Est présent également de façon forte, le rayonnisme , sous la forme du pneumo-rayonnisme ou rayonnisme concentré de 1913, dont l’artiste a donné une définition dans son traité La peinture rayonniste (1913): « combinaison des couleurs, densité, rapports différents entre les masses colorées, profondeur, facture-texture. Le tableau semble glisser», et réunion « en masses d’ensemble [des] formes interspatiales disposées sur un foyer de rayons disséminés ».

    On a parlé, à propos de la naissance du rayonnisme, d’une influence conceptuelle de Léonard de Vinci, à travers l’essai que Valéry lui a consacré en 1894, dans lequel il met en valeur un passage des Carnets du Florentin : « L’air est tout enchevêtré avec son tout, et rempli par les rayons infinis des images des corps qu’il contient ; et il est plein d’une infinité de points dont chacun est indivisible » (t.I, p. 405)

     

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    Un autre élément frappant de Promenade (Vénus sur un boulevard), c’est une légère inflexion cubiste (géométrisation de la tête, du parapluie). Bien qu’à la différence de Natalia Gontcharova, Larionov ne soit pas passé par la discipline du cubisme, on trouve dans quelques toiles et dessins, une trace de l’influence du premier cubisme, le cézannisme géométrique. Mais il s’agit plutôt d’une trace cubiste que d’une véritable esthétique cubiste.

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    Ainsi, Promenade (Vénus sur un boulevard) est typique de l’art russe de gauche au début du XXe siècle quand les tableaux ont comme structure de base non le tableau « civilisé » hérité de Cézanne, mais le loubok ou l’enseigne de boutique, sur lesquels viennent s’assembler et se mêler des cultures picturales variées.

    [1] Voir le livre indispensable d’Alla Povélikhina et Evguéni Kovtoune Rousskaya jivopisnaya vyveska i khoudojniki avangarda [L’enseigne picturale russe et les artistes d’avant-garde], Léningrad, Avrora, 1990 (existe en traduction française)

    [2] Le tableau programmatique des « plusieurs points de vue » est celui de David Bourliouk Moments de décomposition des surfaces et éléments du vent et du soir introduits dans un paysage de bord de mer (Odessa), représenté de 4 points de vue (Musée national russe, Saint-Pétersbourg), montré à l’ « Union de la jeunesse » à Saint-Pétersbourg à la fin de 1912.

    [3] Voir le catalogue dans : Valentine Marcadé, Le Renouveau de l’art pictural russe. 1863-1914, op.cit., p. 295-296 

    [4] Ilia Eganbiouri, Natalia Gontcharova-Mikhaïl Larionov, Moscou, Ts. A. Miounster, 1913, p. 25-26

  • Valentine Wasiutinska-Marcadé sur Marianna Werefkin (1963)

    Article de Valentine Wasiutinska-Marcadé sur Marianna Vériovkina (Werefkin) en 1963 dans Le Monde

    Werefkin (Valentine)