Catégorie : De la Russie
-
La Grande Mosquée de Moscou a 100 ans
La Grande Mosquée de Moscou a 100 ans
La Grande Mosquée de Moscou s’apprête à célébrer son centenaire, du 26 au 28 mai. Le président Poutine, le Premier ministre Mikhaïl Fradkov, des ministres, des parlementaires, des dirigeants régionaux et des représentants d’autres confessions participeront aux cérémonies. Des invités étrangers sont également attendus. Les cérémonies se dérouleront à la Maison des Syndicats, qui accueillera une conférence sur le thème de « l’Islam, religion de paix ».
par Radik Amirov
jeudi 22 avril 2004
La Grande Mosquée de Moscou s’apprête à célébrer son centenaire, du 26 au 28 mai. Le président Poutine, le Premier ministre Mikhaïl Fradkov, des ministres, des parlementaires, des dirigeants régionaux et des représentants d’autres confessions participeront aux cérémonies. Des invités étrangers sont également attendus. Les cérémonies se dérouleront à la Maison des Syndicats, qui accueillera une conférence sur le thème de « l’Islam, religion de paix ».
Le 28 mai, la première pierre de la nouvelle Mosquée, qui sera agrandie, sera posée sur le territoire de la mosquée après le namaz.
La fête témoignera de l’unité des peuples de Russie quelle que soit leur nationalité ou confession. Les musulmans et les chrétiens vivent côte à côte sur cette terre depuis plus d’un millénaire. L’apparition de l’islam coïncide presque avec la christianisation de la Russie en 988.
Les Arabes apportent l’islam dans le Caucase du Nord au VII siècle. Le bassin de la Volga (le Tatarstan) adopte l’islam en 921 ou 922, grâce aux prédicateurs envoyés par le calife de Bagdad. Au XIIIe siècle, l’islam fait son apparition en Sibérie.
A l’heure actuelle, la Russie compte quelque 20 millions de musulmans appartenant à 40 ethnies différentes, dont 5 millions de Tatars (près de 4% de la population russe), plus de 1 million de Bachkirs et près de 1 million de Tchétchènes.
Des Tatars s’établissent à Moscou au début du XVe siècle. Dès leur arrivée, des maisons de prière sont construites, mais il n’en subsiste aujourd’hui aucune trace. Selon les archives, la première mosquée en bois est érigée à Moscou en 1782.
La Mosquée historique est construite dans le quartier moscovite de Zamoskvoretchié au début du XIXe siècle, en l’honneur de la vaillance des régiments tatars et bachkirs qui ont combattu contre Napoléon au sein de l’armée russe. Quelques années plus tard, une medersa est ouverte et la mosquée est agrandie, mais elle s’avère bientôt trop petite pour tous les croyants. De plus, certains musulmans doivent traverser toute la ville pour s’y rendre.
Vers 1894, la puissante communauté tatare habitant le quartier Mechtchanski demande aux autorités moscovites l’autorisation d’y construire une autre mosquée. Ce qui lui est refusé sous différents prétextes pendant plusieurs années.
En 1902, le bourgeois moscovite Bakirov et le marchand Akboulatov de la ville de Kassimov – déposent une nouvelle demande certifiée par l’Assemblée spirituelle musulmane d’Orenbourg siégeant à Oufa. (La ville d’Oufa, alors centre officiel des musulmans russes, héberge aujourd’hui une des Directions spirituelles des musulmans.) Cette fois, les autorités prennent en compte les arguments exposés et autorisent la construction d’une mosquée en décembre 1903. Le marchand tatar Salekh Erzine finance les travaux.
Les plans sont dessinés en quatre mois. La construction d’une mosquée en pierre « avec des salles semi enterrées et des galeries au rez-de-chaussée » débute le 25 juin 1904. Cinq mois plus tard, le 27 novembre 1904, le premier imam de la mosquée Badriddine Alimov demande à la municipalité de Moscou l’autorisation de célébrer le culte, ce qui lui est immédiatement accordé.
La construction de la mosquée a coïncidé avec la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et certains historiens sont enclins à penser qu’elle a été érigée, tout comme la première mosquée de Moscou, pour rappeler la vaillance des musulmans russes engagés dans les combats.
La mosquée devient le symbole de la loyauté des autorités russes à l’égard de ses sujets musulmans, ce qui est très important en cette période naissante de révoltes populaires.
La révolution de 1905-1907 permet l’épanouissement du mouvement national tatar, donc du mouvement musulman. Vingt deux représentants des communautés musulmanes de Russie, membres du parti « Ittifak al-Muslimin », sont élus à la Douma de la première législature (1906). Des journaux en langue tatare et dans d’autres langues nationales paraissent non seulement à Kazan et à Orenbourg, les deux grands centres musulmans du pays, mais aussi à Saint-Pétersbourg et à Moscou.
La révolution de 1917 interdit tous les mouvements nationaux et religieux. De nombreux dignitaires religieux, dont des musulmans, sont victimes de la répression. La plupart des églises, synagogues et mosquées sont fermées et détruites en URSS, celles qui subsistent sont placées sous le contrôle strict des autorités.
L’Empire russe comptait quelque 12 000 mosquées au début du XXe siècle. Au milieu des années 1980, il n’en reste plus que 343 dont la plupart sont situés en Asie Centrale.
La Mosquée historique de Zamoskvoretichie est fermée dans les années 1930. L’imam khatib Abdoulla Chamsoutdinov est arrêté puis fusillé, accusé de fomenter des attentats contre trois usines, des gares ferroviaires et des ponts. Les autres imams de Moscou sont eux aussi victimes de la répression et le bâtiment de la Mosquée historique est confisqué aux croyants. Il ne reste plus que la Grande Mosquée aux fidèles moscovites.
C’est peut-être la Grande guerre patriotique de 1941-1945 qui sauve la dernière mosquée.
L’agression de l’Allemagne nazie cimente le peuple soviétique, athées et croyants. Beaucoup de religieux appellent les fidèles à tout faire pour triompher de l’ennemi commun.
Les millions de musulmans de l’URSS combattent avec les autres le fascisme et beaucoup seront médaillés et décorés, obtiennent notamment l’Étoile de Héros de l’Union Soviétique.
Joseph Staline, qui hait la religion et a fait raser de nombreux lieux de culte, est obligé d’envoyer un télégramme de remerciements à Gabdrakhman Rassoulev, qui préside la Direction spirituelle des musulmans de la partie européenne de l’URSS et de la Sibérie. C’est sur l’initiative de Gabdrakhman Rassoulev, en effet, que les musulmans soviétiques ont formé une colonne de chars. Composée de gens de différentes confessions, la colonne « musulmane » cultivait un esprit internationaliste, mais « l’ambiance tatare y prédominait », se souviennent les anciens compagnons d’armes de la colonne.
Avec le début de la « guerre froide » opposant l’URSS à l’Occident, la Grande Mosquée devient un élément de la propagande soviétique.
Durant les années 1950, Moscou commence à promouvoir ses liens avec les pays de l’Orient. La visite de la Grande Mosquée est obligatoirement inscrite au programme des dirigeants orientaux qui effectuent une visite en URSS. Il s’agit de donner un exemple éclatant de l’amitié des peuples.
Le président égyptien Gamal Abdel Nasser, le président indonésien Sukarno, le chef de la révolution libyenne Mouammar Kadhafi et d’autres chefs d’Etat africains et asiatiques ont prié à la Grande Mosquée.
La tradition de conduire les leaders étrangers à la mosquée de Moscou est maintenue après l’effondrement de l’URSS. Le cheikh Ravil Gaïnoutdine, président du Conseil des muftis et de la Direction spirituelle des musulmans de la Russie européenne, y a rencontré le président iranien Mohammad Khatami, les Premiers ministres libanais et malaisien, Rafik Hariri et Mahathir Mohammad.
Aujourd’hui, les leaders des pays musulmans en visite en Russie sont témoins d’une renaissance spirituelle sans précédent. En l’an 2000, le nombre des mosquées atteint presque le niveau d’avant la révolution de 1917. Rien qu’à Moscou, il y a six mosquées.
Mais la Grande Mosquée attire toujours des dizaines de milliers de musulmans pour qui prier dans ce lieu saint est une des traditions les plus chères.
A l’heure actuelle, la mosquée est un centre non seulement spirituel, mais aussi politique et social. Elle abrite le siège du Conseil des muftis de Russie que dirige le cheikh Ravil Gaïnoutdine.
L’Université islamique de Moscou est rattachée à la grande Mosquée. Dirigée par le recteur Marat-hazrat Mourtazine, elle dispense des cours d’arabe, de langues nationales et enseigne les fondements de l’islam aux adultes et aux enfants.
La Direction spirituelle des musulmans de la Russie européenne relève du Conseil des muftis de Russie. Elle édite un journal, Islam minbare (Tribune de l’islam), des périodiques, publie des brochures et des manuels. Le Conseil des muftis a son site Web (www.muslim.ru). Un magasin halal propose ses produits sur le territoire de la Grande Mosquée.
Aujourd’hui Moscou compte près de 2 millions d’adeptes de l’Islam, sur une population totale de 8,533 millions (1er janvier 2003). La municipalité de Moscou et les autorités fédérales envisagent de reconstruire et d’élargir la mosquée, d’octroyer une aide financière aux autres mosquées.
La réalisation de ces projets pour le 100e anniversaire de la Grande Mosquée sera un cadeau précieux pour tous les musulmans russes, montrera qu’ils sont citoyens à part entière de la Fédération de Russie, à l’égal des autres confessions. Le président Poutine a fait maintes déclarations en ce sens, soulignant qu’il faut toujours tenir compte du facteur islamique en Russie.
la Grande mosquée de Moscou -
Igor MARKEVITCH « Le Compositeur et l’Homme »
Comme toute une semaine a été consacrée à Igor Markevith sur France Musique, je me suis rappelé une conférence que j’avais faite après sa mort
En hommage à Igor MARKEVITCH
« Le Compositeur et l’Homme »
par Jean-Claude MARCADÉ
Préfacier et organisateur d’un livre posthume du Maître
LE TESTAMENT D’ICARE
Conférence donnée en 1985 à la Chapelle romane de
SAINT-CÉZAIRE sur SIAGNE
Voilà maintenant deux ans qu’Igor Markevitch nous a quittés, laissant derrière lui cinquante années au service de la musique. Remarqué par Alfred Cortot en 1925 alors qu’il n’avait que 13 ans, devenu son élève et celui de Nadia Boulanger à 14 ans, le voilà catapulté à 16 ans dans le sillage de Diaghilev qui lui commande en 1928 un concerto pour piano qui sera créé à Londres avec Igor Markevitch lui-même au piano le 15 juillet 1929.
Pendant toutes les années trente, Igor Markevitch crée une série d’œuvres qui ont une audience mondiale et généralement saluées comme des étapes importantes de la musique, le compositeur étant crédité de génie.
De ces œuvres créées entre 1929 et 1941, de 17 à 29 ans : le ballet « Cantate » sur un texte de Jean Cocteau, en 1930, suivi d’un « Concerto grosso », puis, en 1931, d’une « Partita pour clavier et orchestre » et d’un ballet « Rébus » pour Léonide Miassine. En 1932, encore un ballet, cette fois pour Serge Lifar, « L’Envol d’Icare » ; en 1933 le « Psaume » pour soprano et orchestre ; en 1935, l’oratorio « Le Paradis perdu » ; en 1937, le « Nouvel Age » ; et en 1940 la sinfonia concertante « Lorenzo il magnifico » sur des poèmes de Laurent de Médicis. Enfin, en 1941, les « Variations », « Fugue et envoi sur un thème de Haendel », la seule œuvre d’Igor Markevitch que l’on puisse trouver dans le commerce puisqu’elle a été enregistrée par le pianiste Fujii en 1982 et sur l’autre face « Stefan le poète » impressions d’enfance pour piano (1939) enregistré également par le pianiste Fujii.
Ces « Variations » pour piano sont la dernière grande composition d’Igor Markevitch, qui cessa ainsi de composer à 29 ans.
Après 1945, il se consacre à la direction d’orchestre, ce qui lui assurera une renommée mondiale, le mettant au nombre des grands interprètes de ce siècle. Cet aspect, je veux dire « Igor Markevitch, chef d’orchestre » est la pointe la plus connue, je dirai la plus évidente, de l’iceberg Markevitch. Il était le « Prince Igor », comme on aimait l’appeler se référant à la souveraine aisance de sa gestique où la sobriété et la précision le disputaient à une sensibilité d’une rare intensité. Entre mille, pensons à la restitution de la « Création » de Haydn, de « Daphnis et Chloé », du « Sacre du Printemps », voire de « La Vie pour le Tsar » de Glinka.
Mais la gloire du chef d’orchestre a éclipsé l’œuvre du compositeur qui pourtant eut son heure de gloire et fut célébré comme un génie.
Des musicologues comme Henri Prunières, Pierre Souvtchinsky ou Boris de Schloezer, des chefs d’orchestre comme Scherchen, Koussevitzky ou Karel Ancerl, des compositeurs comme Bela Bartok, Francis Poulenc, Florent Schmitt, Henri Sauguet, Darius Milhaud, Jacques Ibert, Dallapicola saluent l’apparition des œuvres du jeune Markevitch.
Après l’audition d’ « Icare », Bela Bartok âgé alors de 52 ans écrit à Markevitch qui en a 22 : « Cher Monsieur, permettez à un collègue qui n’a pas l’honneur de vous être connu, de vous remercier pour votre merveilleux « Icare ». J’ai nécessité du temps pour comprendre et apprécier toute la beauté de votre partition et je pense qu’il faudra beaucoup d’années pour qu’on l’apprécie. Je veux vous dire ma conviction qu’un jour on rendra justice avec sérieux à tout ce que vous apportez. Vous êtes la personnalité la plus frappante de la musique contemporaine et je me réjouis, Monsieur, de profiter de votre influence. Avec ma respectueuse admiration. Bela Bartok. »
Henri Prunières, le fondateur en 1919 de la « Revue musicale », écrit en 1933, après la première audition de « L’Envol d’Icare » : « Ce qui m’a le plus frappé…, c’est moins son évidente originalité de forme que le dynamisme qui l’anime et la poésie dont il déborde. Pas de sentimentalité, aucune sensualité. Une musique nue, pure comme le diamant, qui reflète une sensibilité pudique mais interne. On est loin des jeux, des petits amusements, des déclamations. »
Lors d’une exécution du « Psaume » à Florence, Dallapicola dira : « Le ‘Psaume’ fait partie de ces œuvres qu’on croit marginales jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’elles se plaçaient au centre de leur temps. »
Il est bien entendu trop tôt pour faire des bilans, des comparaisons d’influences. La musique de Markevitch doit faire pour cela partie de notre univers sonore, ce qui n’est pas encore le cas. Vous dire que je suis persuadé qu’Igor Markevitch avec une vingtaine de ses opus est un des grands compositeurs de notre siècle – n’est encore rien dire, car je puis être soupçonné de piété filiale et d’être ainsi aveuglé par mes sentiments affectifs. C’est pour cette raison que je m’effacerai le plus possible pour laisser parler les faits, les musicologues avertis et bien entendu, dans la mesure du temps imparti, la musique d’Igor Markevitch.[1]
Le « Nouvel Age », créé le 21 janvier 1938 à Varsovie, me semble annoncer d’une certaine manière le climat du « Concerto pour orchestre » de Bartok qui est de 1943. Un même champ problématique sonore et rythmique frappe encore ma sensibilité musicale.
Le « Nouvel Age » joué à Paris en 1938, sous la direction d’Hermann Scherchen, provoqua des articles indignés dont le plus outré revient à la plume de Lucien Rebatet dans l’Action française du 25 novembre 1938 où cette œuvre était traitée d’ « ignoble crachat », d’ « attaques épileptiques » : « Derrière ce vacarme obscène ou ce flasque étirement, il n’y a pas une idée perceptible ; rien qu’une impuissance qui serait presque pitoyable si elle était moins répugnante. J’ignore tout des origines de M. Markevitch, sauf qu’il vient de quelque Russie. Mais, pour le coup, en voilà un qui par le seul aspect de sa musique réunit toutes les probabilités du judaïsme. Quel sens attribuer à cette infâme bouillie, cette impudente frénésie sinon celui du sabbat juif, grimaçant et grinçant ? »
Je voudrais maintenant vous parler de trois autres œuvres d’Igor Markevitch : le « Psaume », l’oratorio « Le Paradis perdu », enfin « Icare ».
Nous verrons comment Markevitch le compositeur et Markevitch l’homme sont étroitement imbriqués, non pas du point de vue du déroulement anecdotique de la vie mais de cette confrontation entre les orientations essentielles de la musique et les vecteurs forts de la vie se dessine un premier portrait du créateur-Markevitch.
Ce n’est pas une chose aisée de tracer un tel portrait, tant de facettes y chatoient : compositeur, chef d’orchestre, théoricien et pédagogue de la direction d’orchestre, écrivain et philosophe (ses mémoires Être et avoir été), musicologue[2], penseur[3]. Où est le vrai Igor Markevitch ?
Lui-même s’étonnait que les autres lui donnassent plusieurs visages-personnalités, alors que lui se voyait intérieurement toujours le même.
Or ce qui frappait les autres, c’était souvent le hiatus, parfois même l’abîme qui pouvait exister entre les « différents Igor Markevitch ».
Dimension schizoïde d’un grand artiste. Cela explique qu’il ait pu passer sans transition du sublime à des colères disproportionnées avec leur objet ou à des actes frisant la mesquinerie. Cela explique aussi l’état de perpétuelle inquiétude dans lequel se trouvait ce novateur, novateur dans la création musicale et l’art de diriger.
Le « Psaume » pour soprano et petit orchestre a été créé le 30 novembre 1933 avec l’Orchestre du Concertgebouw conduit par le jeune compositeur de 21 ans et chanté par Vera Janacopoulos, la musique écrite sur un texte français établi par Igor Markevitch à partie des psaumes 8, 9, 59, 102, 148 et 150.
La beauté complexe de cette œuvre a été commentée diversement.
Gabriel Marcel, après s’être plaint de la cacophonie fatigante du « Psaume », cette façon de rendre la musique paroxystique dans la ligne du « Sacre du Printemps », conclut : « Il n’y a pas, semble-t-il, de musique à laquelle le sens de la grâce ait été plus radicalement refusé. »
A l’opposé, Florent Schmitt note la volonté du jeune compositeur de se débarrasser de toute couleur et brillance orchestrales.
Et Henri Prunières de déclarer dans Le Temps du 15 mai 1934 qu’il ne s’agit pas de musique religieuse dans le sens traditionnel.
Igor Markevitch fait dans Être et avoir été les remarques suivantes à ce propos : « Il y a lieu de dire ici mon étonnement de ce que le « Psaume » parût tourmenté, sans doute à cause de la nouveauté du langage. Aujourd’hui, le temps aidant, y prédominent l’exaltation peut-être, mais aussi la sérénité. Avec le recul, je vois cette œuvre m’ouvrir la voie, laquelle après de longs cheminements me conduirait un jour à un agnosticisme libérateur. C’est elle qui m’attacha à la signification du Paradis Perdu, avec l’apparition en l’homme de l’homme, sa mort relative symbolisée par la perte de son innocence, suivie de sa naissance réelle. J’ajoute que dans l’évolution que cette expérience ouvrit, je ne renierais jamais la métaphysique, cette plus haute des institutions humaines, sans laquelle l’énergie vitale n’aurait plus aucun sens. »[4]
Le fait même d’avoir écrit le texte en français et non dans une des langues sacrées liturgiques, le fait de le donner dans la langue du pays où l’œuvre est jouée, indique à lui seul et souligne de façon exotérique ce que nous apercevons encore de la personnalité de Markevitch à travers le « Psaume » : sa dimension cosmopolite[5] – dimension cosmopolite qui rejoint le cosmopolitisme évident d’Igor Markevitch.
Déjà sa généalogie comporte des Serbes, des Ukrainiens, des Russes, des Suédois.
Russe et Ukrainien par la naissance, puis par une prise de conscience de plus en plus aigüe au fur et à mesure qu’il avançait dans la vie, Suisse d’adoption depuis l’âge de deux ans. Ce pays « fut un des lieux privilégiés de la formation intellectuelle, des amitiés fécondes avec Alfred Cortot, Elie Gagnebin, Charles Faller, Ramuz, le lieu des randonnées, de la vie quotidienne, des séjours bénéfiques après les fatigues des voyages à l’étranger. C’est en Suisse, à Corsier en particulier, qu’ont été écrites la plupart de ses œuvres principales » « Igor Markevitch et la taille de l’homme » programme du concert de Corsier 16 octobre 1982
Italien aussi. Se retrouvant au moment de la guerre en Italie, profitant de l’amitié de l’historien de la Renaissance Bernard Berenson et concevant en 1940 une sinfonia concertante pour soprano et orchestre « Lorenzo il magnifico » sur des poèmes de Laurent de Médicis, participant à la résistance contre les fascistes et écrivant en 1943 en italien un « Hymne de la libération nationale », cette période se reflète bien dans son premier livre de mémoires « Made in Italy », Genève 1946
Français d’élection enfin.
Je me souviens encore du visage illuminé d’Igor pendant l’été 1982, quelques mois avant sa mort : il avait été reçu par le Président de la République François Mitterrand et avait obtenu, sans les formalités habituelles, la citoyenneté française.
Je l’ai vu juste après cette réception, heureux comme un enfant qui a reçu un cadeau longtemps désiré. Toute sa personne était détendue et dans un état de grâce, ce qui était rare chez lui à cause de la multiplicité de ses occupations, préoccupations et soucis.
Igor Markevitch a eu la capacité d’assimiler les diverses cultures européennes. En cela même, il est profondément russe, si l’on en croit Dostoïevski qui a développé à plusieurs reprises, dans son roman « L’Adolescent » et dans son célèbre discours de 1880 sur Pouchkine, l’idée selon laquelle le Russe était en Europe celui qui pouvait le mieux s’identifier aux différentes cultures européennes, tout en restant par là-même profondément russe. Être russe, selon Dostoïevski, c’est être pan-humain.
Mais le statut particulier du Russe Igor Markevitch, par rapport, par exemple, à Igor Stravinsky, c’est qu’il est, comme l’a bien noté dès 1930 Darius Milhaud, à propos du « Concerto grosso », un Russe sans lien immédiat avec son pays. Il avait deux ans lorsque ses parents partirent de Russie et il n’y revint que dans les années 60.
Cela pourrait expliquer, selon Milhaud, la sublime violence, l’explosion ininterrompue, l’émotionnalité ébouriffante de tel passage de sa musique. Alors que le trait distinctif du génie de Stravinsky jusqu’à l’opéra « Mavra », c’est-à-dire pendant toute l’époque diaghilevienne, aura été le rapport étroit au folklore russe.
Avec Igor Markevitch, et je rapporte ici encore les propos de Darius Milhaud dans L’Europe du 13 février 1930, il s’agit d’une grande musique intemporelle, sans superficie, pittoresque, où l’instrumentation est d’une richesse incroyable.
Je prendrai l’exemple de la collaboration de Ramuz avec Stravinsky et avec Markevitch : avec le premier – « L’Histoire du soldat », avec le second « La Taille de l’Homme ». Pour Stravinsky, Ramuz a puisé dans le trésor des contes populaires russiens et a écrit son texte de « L’Histoire du soldat ». Pour Markevitch, il compose un poème dont l’inspiration dépasse les sources folkloriques, dans une vision globale de la place de l’Homme dans l’Univers.
C’est là le problème de toute l’œuvre d’Igor Markevitch et de la difficulté de sa réception. C’est là si l’on veut le côté négatif de son cosmopolitisme, car forte est la propension de la critique et du public à ranger dans des cadres connus.
La musique d’Igor Markevitch n’appartient pas directement à l’Histoire de la Musique russe, même si elle n’aurait pas pu naître sans « Le Sacre du Printemps », même si elle assimile l’héritage de Scriabine. Elle n’appartient pas non plus de façon évidente à la musique française. On doit donc la recevoir telle qu’elle est, dans son intemporalité qu’il faut comprendre non comme un avatar de « l’art pour l’art », mais plutôt comme la création, à travers les structures offertes par l’époque contemporaine, d’un tissu musical « ivre du mystère, trouant les nuages de l’esprit et de la musique », selon l’expression d’Hermann Scherchen.
Le critique Léon Kochnitzky a été certainement injuste lorsqu’il écrivit dans Marianne le 27 juillet 1938 que la musique de Markevitch était un contrepoint de thèmes que la jeunesse de notre époque a établis, sans différence de race, de nation et de classe.
« La Paradis perdu » est un oratorio en deux parties pour soprano, mezzo-soprano, ténor, chœur mixte et orchestre, créé à Londres en 1935 par l’Orchestre et le Chœur de la BBC sous la direction du compositeur.
Le texte avait été écrit par Igor Markevitch d’après Milton. Il s’agit d’une œuvre capitale extraordinairement belle et stricte, inexorable et parfois inhumaine, selon Darius Milhaud dans Le Jour du 26 décembre 1935 qui parle d’un climat proche des gamelans, les orchestres de Bali et de Java et des psalmodies extrême-orientales.
La musique extrême-orientale avait intéressé Debussy lors de l’Exposition Universelle de 1889 où il avait visité le Théâtre annamite.
Paris eut son Exposition coloniale internationale en 1931 où des « spectacles exotiques » faisaient connaître le Théâtre annamite, les musiques et les danses du Cambodge, de Thaïlande et de Bali et elle semble aussi avoir eu un écho dans la musique d’Igor Markevitch dès « L’Envol d’Icare ».
« Le Paradis Perdu » nous révèle tout un pan de l’Homme Markevitch, son écartèlement entre la culture chrétienne dont les fruits magnifiques lui paraissent empoisonnés et l’annonce d’une genèse de l’homme, d’un nouvel humanisme qui, pour autant qu’il nie la spiritualité chrétienne, ne se détourne nullement des Forces métaphysiques qui agissent sur l’Univers.
Se défendant de tout mysticisme de type chrétien, Igor Markevitch n’a cessé, à la suite de Schopenhauer, de voir dans la musique « une métaphysique sensible ».
Dans son « Introduction au Paradis Perdu »[6], il formule cela ainsi : « Se développant lui-même dans le temps qui passe, l’art de la musique est capable de nous livrer au grand jour, avec son connu divin, un morceau de cet éternel présent que j’ai appelé une seconde dimension du temps, d’être en d’autres termes, « une vérité faite de sons ». « Métaphysique sensible », autrement dit « vérité faite sons », était-ce là une impasse expliquant l’arrêt de la création musicale, comme on l’a avancé ?[7] Peut-être.
Igor Markevitch avait nettement le sentiment que mille ans de musique venaient à leur fin et que ce qui venait à la suite et s’appelait « musique » était autre chose que cette « métaphysique sensible ».
On peut se demander si Igor Markevitch a vu juste et en débattre un jour.
En tout cas, nous devons constater qu’aucune nécessité intérieure ne l’a poussé à créer.
« Icare », sans doute la plus célèbre œuvre d’Igor Markevitch, a été d’abord conçue comme un ballet destiné à Serge Lifar et portant le titre « L’Envol d’Icare ». Cette version fut créée le 26 juin 1933 à la Salle Gaveau par l’Orchestre symphonique de Paris sous la direction de Roger Desormière. Puis, en 1943, Markevitch recomposa cette œuvre et lui donnera son aspect définitif. Il s’est non seulement identifié au mythe d’Icare tel que la Grèce nous l’a transmis, mais il en a fait son propre mythe au point de vouloir appeler le dernier livre qu’il ait livré à la postérité et que nous avons fabriqué ensemble Le Testament d’Icare .
Comme la musique de Markevitch, ce livre ne peut s’assimiler qu’avec le temps. Il est comme un contrepoint de l’œuvre musicale, voire son filigrane.
Markevitch-Icare, c’est à la fois l’envol, l’enthousiasme, l’arrachement à la terre, la plongée dans le mystère du monde, c’est aussi l’audace de celui qui vainc toutes les pesanteurs terrestres, donc un transgresseur de l’humanité moyenne. Mais corollairement au « couronnement de l’expérience » que représente l’aventure d’Icare, il y a la mort, mais, dans la volonté consciente de Markevitch, cette mort n’est pas un moment négatif, une défaite ; chez lui il n’y a pas chute comme dans la tradition grecque. L’exemple le plus frappant de cette tradition dans la pensée européenne est « La Chute d’Icare » de Breughel où Icare est même ridiculisé.
Markevitch écrit : « Dans ‘Icare’ on retrouve quelque part ses ailes, comme les restes d’un serpent qui a fait peau neuve. Ce sont les signes de renouveau. »[8].
Icare est comme « le papillon amoureux de la lumière » qui « vient se consumer sans la flamme de la chandelle ». Markevitch cite encore la Goethe de « La Nostalgie bienheureuse » : « Tant que tu n’auras pas compris ce ‘Meurs et Deviens’, tu ne seras qu’un hôte obscur sur la terre ténébreuse ».
Dans « Faust », « la victoire naît d’une défaite où l’orgueil abdique devant notre faculté productrice, symbolisée par l’Eternel Féminin. Alors nous pouvons dominer notre existence en contribuant au travail du monde sur nous, c’est-à-dire nous intégrer à un Tout qui nous enrichit par sa grandeur ».
« Icare », c’est donc, d’une certaine façon, selon la volonté créatrice de son auteur, une autre façon de dire « Mort et Transfiguration ». Mais comme dans toute grande œuvre, il y a ce qui échappe à la conscience même de son auteur, ce qui apparaît comme y étant celé et scellé, ne se découvrant que peu à peu et jamais de toute façon entièrement. Dans ce sens « Icare » dissimule peut-être la clef d’un secret markevitchien. Le Maître a-t-il cessé de composer parce qu’il avait brûlé trop vite ?
Icare, c’est aussi le mythe de la brûlure. Et le vocabulaire courant nous offre bien des images de cette consumation.
Dès 1936, le sentiment de la critique, à la fois étonnée et agacée, est qu’Igor Markevitch a déjà écrit ses chefs-d’œuvre et a découvert dès les premières œuvres un nouveau monde sonore. Il serait vain, à mon avis, de spéculer sur l’arrêt de la création chez Markevitch : qu’il s’agisse d’un tarissement parce que l’essentiel à dire avait été dit, qu’il s’agisse d’un refus de subir jusqu’au bout la condition d’artiste, à la merci d’un mécénat en voie de disparition ou d’une nouvelle orientation de la musique non acceptée, peu importe. Nous devons prendre tel quel le fait que le compositeur Markevitch ait voulu dire à un moment donné, autrement que par l’écriture musicale, la musique. Il faut lever les obstacles qui empêchent encore que cette œuvre musicale totalement originale soit jouée et enregistrée.
Malheureusement Markevitch a su se créer dans le milieu musical de nombreuses inimitiés. Autant sa vie est jalonnée de grandes amitiés, autant elle est parsemée de litiges, de contentieux, d’ « affaires ». Igor Markevitch a lui-même écrit, lorsqu’il relate la façon grossière dont il avait traité le compositeur Vittorio Rieti : « Quelques mufleries de ce genre entachent malheureusement une vie ». Les meilleures formations, les meilleurs solistes et les meilleurs chefs devront comprendre l’importance de la musique de Markevitch : « On n’a pas toujours Birgit Nilsson comme soliste ».[9]
Igor Markevitch aussi a relativement peu travaillé à mettre en valeur son œuvre : orgueil non dissimulé, tout pénétré de vieille tradition noble selon laquelle l’homme sait ce qu’il se doit … et ce qu’on lui doit : « On s’étonna dans mon entourage du peu de hâte que je montrais pour faire jouer ma musique. Je me disais pour « Icare » ce que je me suis dit plus tard pour l’ensemble de mon œuvre : si elle a de la valeur, elle peut attendre, et si elle ne peut attendre, il est inutile qu’on la joue. »[10]
La précocité non plus d’Igor Markevitch n’a pas joué en sa faveur. Si, en effet, beaucoup de contemporains, parmi les meilleurs esprits et les meilleurs connaisseurs ont crié au génie, il y a eu parallèlement tout un courant qui a été agacé par cette trop impudente précocité et l’ont trouvée suspecte. Stravinsky n’a-t-il pas dit du jeune compositeur qu’il « n’était pas un Wunderkind, mais un Altklug ». Ce dernier mot étant péjoratif en allemand et équivalent à peu près à « malin comme un singe ».[11] Un critique trouve que « cette bizarre maturité est périlleuse. Où est la fraîcheur juvénile, l’eau de source agreste qui permet de tenter un long voyage, de s’abreuver, de se renouveler ? »
Cela tient de ce que j’appelle la mythologie de la création qui pense qu’il y a des modèles… Pourrait-on arriver à débarrasser notre réception des œuvres de toutes les considérations adjacentes, en particulier des spéculations sur la « précocité suspecte » ou sur l’arrêt de la production. Sommes-nous capables de juger une œuvre telle quelle ? C’est à ce défi que nous appelle l’œuvre musicale de Markevitch.
Enfin, dans le passage uniquement orchestral de « Laurent le Magnifique », Contemplation de la Beauté, plus qu’ailleurs on sent combien la fonction de la musique n’est pas d’imiter la réalité : « Il ne s’agit aucunement pour la musique d’imiter la réalité ».[12]
Ce passage dit, plus que toute parole, le site, la hauteur visitée un jour par Igor Markevitch.
Dans ce site où, du temps de Laurent de Médicis, a séjourné le néo-platonisme de Marsile Ficin, le rythme se fait harmonie céleste et nous permet d’entendre le silence.
Jean-Claude Marcadé
1985 – Saint-Cézaire – Bordeaux
[1] « Bien entendu » ici dans ce n°, nous avons pensé devoir ne pas reproduire les passages de la conférence où Jean-Claude Marcadé annonçait et commentait les extraits des œuvres des œuvres du Maître enregistrées qu’il nous a donnés à entendre.
[2] Edition encyclopédique des symphonies de Beethoven
[3] Le livre de pensées et aphorismes que nous avons fait ensemble Le Testament d’Icare , mais aussi dans le flux du quotidien : amant, époux, père, ami, maître de maison, seigneur ou despote
[4] P. 301
[5] Et je ne dis pas, intentionnellement, « universaliste », ce serait une redondance car toute œuvre d’art authentique est bien « universaliste
[6] Musica Viva, avril 1938
[7] Claude Tannery in Libération 1/IV 1983
[8] « Être et avoir été » p. 236
[9] Citations de « Etre et avoir été », p.292, p.300
[10] O.C. p.250
[11] Vera Stravinsky, Robert Craft, « Stravinsky in pictures and Documents « , London 1979, p.166
[12] O.C. p.301
-
« Francophonie » de Sokourov
Фестиваль кино
На Венецианском кинофестивале прошли первые конкурсные показы. Среди типичных фестивальных лент явно выделилась « Франкофония » Александра Сокурова. Из Венеции — АНДРЕЙ ПЛАХОВ.« Франкофонию » Сокурова ждали еще в мае в Канне, где ей, казалось, было самое место и время: снятая в германо-голландско-французской копродукции, картина посвящена судьбе Лувра в годы нацистской оккупации. Но фильм оказался в Венеции: судя по всему, французы немного обиделись на то, как представлена их роль в мировой истории.
Еще на заре своей карьеры Сокуров снял документальный фильм « Союзники » с анализом сложных отношений внутри антигитлеровской коалиции. Уже в той работе проявились навыки режиссера-историка (Сокуров до ВГИКа окончил исторический факультет Горьковского университета) и склонность к экспериментальной форме, не укладывающейся в привычный шаблон документалистики. В дальнейшем режиссер посвятил себя субъективному авторскому кинематографу, но не забыл об увлечении историей. Из него выросли и « трилогия власти » (« Молох », « Телец », « Солнце »), и « Фауст », представляющий собой не столько экранизацию Гете, сколько художественную версию новой истории Европы. Четыре года назад этот фильм принес Сокурову « Золотого льва », так что он вернулся в Венецию на дружественную почву.
Истоки этого проекта органично вплетены в сферу сокуровской культурологии. Ведь история в его понимании движима прежде всего культурными процессами, мало того, история — это, по сути, и есть история культуры, а не полководцев, армий и вождей (Наполеон и Гитлер представлены карикатурно, Сталин показан коротко и без симпатии). В этой концепции нет места материализму, вернее, он выведен за скобки истории как неизбежное зло. Цементирующую роль приобретает Музей — сакральное хранилище, которое живет своей особенной мистической жизнью. Музеи становятся главными героями фильмов Сокурова « Русский ковчег » и « Элегия дороги »; во « Франкофонии » — вслед за Эрмитажем и роттердамским музеем Бойманса–ван Бенингена — таким героем оказывается Лувр, с которым у Сокурова, от лица которого ведется повествование, столь же интимные отношения.
Строго документированный в своей основе, по форме фильм представляет игру с разными жанрами, форматами и технологиями. Есть в нем придуманный капитан Дерк, с которым Автор общается по скайпу: он перевозит на корабле музейные сокровища сквозь бушующую морскую стихию, многие из них тонут, но что-то остается. Морская стихия — метафора исторической, в которой, комментирует Сокуров, « нет ни смысла, ни совести ». Единственный оттенок смысла ей придает культура, но ни Толстой, ни Чехов, к духам которых взывает режиссер, не способны указать кораблю спасительный маршрут в будущее. Как не способно и привидение, являющееся в образе символической француженки Марианны, которая заученно шепчет: « Свобода, Равенство, Братство ». Главные идеи европейской цивилизации уже не работают в современной ситуации, а то, что свято для европейцев (скажем, традиция классического портрета), отвергается мусульманской культурой, и это противоречие нарастает.
На фоне подобных размышлений, на пике того явления, которое Сокуров называет « музейной лихорадкой » — последней сильной страстью буржуазии,— разворачивается основной сюжет. Мы попадаем в Лувр в самый драматический момент его существования, когда нацисты захватили Париж и само существование Музея поставлено под вопрос. Спасти его отведено двум персонажам — французу и немцу, демократу и аристократу, директору Лувра Жожару и графу Вольффу-Меттерниху, отвечавшему в нацистской армии за судьбу культурных ценностей на оккупированных территориях. В этих сценах Сокуров фактически инсталлирует в документальную ткань игровой мини-фильм (обоих персонажей изображают актеры). При этом сам Автор ни на миг не покидает « сцены », присутствуя больше, чем даже закадровым текстом. Этот прием знаком по многим его работам, но в данном случае он работает эффективнее, будучи сопряжен не только с сокуровской назидательностью, но с юмором и не вполне безобидной иронией. Эту иронию наверняка ощутили французы, которые, как дается понять в фильме, « купили мир » (контрастом идут документальные кадры ленинградской блокады). Что касается немцев, те изображены без негодующего пафоса, но, когда выясняется, что граф Меттерних был удивлен поражению Германии в войне, Сокуров парирует: « А когда она ее выигрывала? »
Эта фраза вызвала одобрительный смех в журналистском зале, который смотрел Сокурова со вниманием и почтением, наградив в итоге аплодисментами. Даже отзвуки гимна СССР в финале (музыкальная « додекафония » Мурата Кабардокова) не смутили профессиональную публику. Сегодня, когда мир на новом витке объят пропагандистской лихорадкой, отношения двух вволю повоевавших сестер — Франции и Германии — воспринимаются как ценный исторический урок. Неявной, однако неизбежной героиней фильма оказывается и третья сестра — Россия, с еще более жестокой судьбой. Эта сестра в европейской семье сегодня нелюбима и не кажется родной. Однако в художественном мире Сокурова нет актуальной политики, да и сама история, по сути дела, вторична. Ценность, которая важнее сиюминутности и, может быть, способна скрепить недружное человеческое семейство,— это культура. И только она одна.
-
Garry Faïf, sculpteur et architecte (1942-2002)
Garry Faïf Un itinéraire de Moscou à Paris Architecte et sculpteur 1942-2002
L’œuvre multiple de Garry Faïf, construite dans l’interaction entre plusieurs cultures, en particulier celle de l’URSS poststalinienne et de celle de la France des années 1970 aux années 1990, se situe au carrefour de l’urbanisme, de l’architecture et de la sculpture. […] Sa sculpture utilise des configurations spatiales issues des recherches de Robert Le Ricolais et de la morphologie structurale de David-Georges Emmerich.
Dans le champ de l’architecture, Garry Faïf a répondu avec imagination et rigueur aux programmes de l’habitation collective dans la région parisienne, développant les savoirs acquis au cours de sa formation en Russie et dans la pratique aux côtés de Paul Chemetov.
Cet ouvrage parcourt les différentes dimensions de l’oeuvre de Garry Faïf et propose des lectures croisées et complémentaires.
Bulletin de souscription à prix préférentiel
A envoyer (avant le 15 septembre), avec votre règlement
A l’ordre de : « Les Amis de Garry Faïf » 42, rue du Château d’Eau 75010 Paris
——————————— Nom & Prénom : …………………………………………….
Adresse : …………………………………………………………
…………………………………………………………………….
Code postal : ………… Ville : ……………………………..
…………………………………………………………………….
Contact mail ou téléphone : …………………………….
…………………………………………………………………….
Je commande ……. exemplaire(s) au prix de 25 € TTC L’un (Frais de port inclus) au lieu de 32 € TTC.
Soit ……………………………
Sous la direction de
Jean-Louis Cohen
Avec les
contributions, entre autres, de :
François Barré
Paul Chemetov Mikhaïl Guerman Jean-Claude Marcadé David Peyceré -
Valentine Marcadé – 28 août 1994, décès le jour de la Dormition de la Mère de Dieu
Valentina Dmitrievna Wasiutinska (Lialia) est décédée à l’âge de 84 ans, le jour de la Dormition de la Mère de Dieu dans l’Église orthodoxe russe (28 août selon le calendrier julien, 15 août selon le calendrier grégorien). Quelques photos de son itinéraire terrestre. Elle a vécu avec Jean-Claude Marcadé (Vania) à partir de 1958.

Lialia et son frère Stiopa en italie 
le père la mère de Lialia devant leur propriété ukrainienne de Grouchevka 
Le père de Lialia Dmitri Stépanovitch Wasiutinski 
Lialia avec sa niania en Italie 
Lialia à Odessa 
La petite Lialia en Ukraine avant l’âge de 10 ans 
portrait de Liala sur un oeuf de Pâques 1930, l’année du bac à Moravska Třebova 
Lialia avec son chien Toukour dans les années 1930 
Lialia et Vania au Skit du Saint-Esprit (1966) 
21:05.66 Père Grégoire et Lialia 
21:05.1966, Moine Grégoire, Lialia, Vania, Père Serge Chévitch 
Madeleine Sébald, Serge Morin, Lialia, Lucette Vidal, Moine Grégoire 
Lialia milieu années 1970 
Vania et Lialia, vers 1970, photo de Vadym Pavlovsky -
Kazimir Malévitch, Écrits, t. I, éd. Allia, 2015 (traduction du russe et de l’ukrainien par Jean-Claude Marcadé)
Écrits, t. I
Kazimir MalévitchIl faut balayer au plus vite les vieilles ruines et ériger un gratte-ciel tenace comme une balle de fusil !
éditions Allia
septembre 2015 – prix: 30 €
format : 170 x 220 mm
688 pages
ISBN: 978-2-84485-886-3« Quand disparaîtra l’habitude de la conscience de voir dans les tableaux la représentation de petits coins de la nature, de madones ou de vénus impudiques, alors seulement nous verrons l’œuvre picturale.
Je me suis transfiguré en zéro des formes et je me suis repêché du trou d’eau des détritus de l’Art Académique.
J’ai détruit l’anneau de l’horizon et suis sorti du cercle des choses, à partir de l’anneau de l’horizon dans lequel sont inclus le peintre et les formes de la nature. »L’on connaît Kazimir Malévitch pour son œuvre de peintre. L’on connaît moins son œuvre d’écriture, celle d’un théoricien hors pair. Écrits et peinture sont du reste indissociables, comme le montre avec clarté le présent ensemble. La place qu’a occupée le texte dans l’œuvre de Malévitch est immense, à la fois à titre d’enseignement, à titre de réflexion personnelle sur la peinture et l’art en général, et à titre stratégique. Ces écrits débutent en 1913 pour prendre fin en 1930. Ils comportent aussi bien ses manifestes que ses cours et ses traités. On y découvre le cheminement intellectuel de l’artiste et ce qui l’a conduit au suprématisme. Loin de n’être qu’une théorie esthétique, le suprématisme est une philosophie et un engagement politique, visant à la libération de l’individu. Mais dans ses écrits, Malévitch se montre aussi un fin connaisseur de l’histoire de l’art. La radicalité de son art s’inscrit dans une continuité, qu’il nous fait brillamment sentir à travers le regard subtil qu’il pose sur l’œuvre de Cézanne, de Van Gogh et de Monet, et après eux sur le cubisme et le futurisme. Malévitch adopte aussi le ton de la polémique virulente dans ses manifestes, notamment face à un symbolisme honni. Essentiellement parus dans la revue Anarchie, aux côtés des textes de Maïakovski, ces écrits le placent dans la lignée des avant-gardes. Malévitch apparaît également en pédagogue zélé, remportant l’adhésion du lecteur.
Livre illustré
Traduit du russe et de l’ukrainien par Jean-Claude Marcadé -
Visions américaines sur la Russie
Washington (CNN)The outgoing Army chief of staff said Wednesday that Russia posed the « most dangerous » threat facing the United States today, thanks to its « sophisticated » operations in Ukraine.
Gen. Raymond Odierno, who is leaving his post, estimated that only a third of U.S. brigades are capable of operating at the level of the hybrid warfare Russia is undertaking there. And he worries that Russia could next intervene in NATO allies like Latvia or Estonia.
« They are more mature than some other of our potential adversaries, and I think they have some stated intents that concern me in terms of how the Cold War ended, » Odierno said of Russia when asked by CNN. « They have shown some significant capability in Ukraine to do operations that are fairly sophisticated, and so, for me, I think we should pay a lot of attention. »
Odierno explained that he’s concerned that Russia underestimates the extent to which NATO partners would defend the Latvians and Estonians, a miscalculation that could lead to conflict. The solution, he argued, would be to increase response capabilities in order to deter any possible Russian aggression.
« We have deterrent there and I think we’re doing a good job with that, » he said. « What we have do in the next several years is continue to increase that so the risk goes up for anybody who might consider operations in Eastern Europe. »






